Posted by: Kodeni
« on: 4 February 2026 à 11h46 »Chapitre 86
Ce 5 avril 1987, en Olympe, le soleil d’Apollon se lève comme chaque jour en prenant le relais de la lune d’Artémis.
Cette journée est semblable à toute autre pour un Olympien.
Ces élus des dieux, qui font parfois même partie de leurs descendants, se pressent dès l’aube de prier leurs bienfaiteurs.
Dans l’allégresse, chacun vaque ensuite à ses occupations.
L’entretien des potagers.
L’élevage des bêtes.
Les rituels dans les prieurés disposés tout autour des demeures.
Le service auprès des divinités qu’ils vénèrent.
L’entraînement dans les casernes du temple de la Lune pour les jeunes femmes intégrant la milice d’Artémis.
Les patrouilles continuelles des Anges dans tout le domaine.
Un quotidien bien rodé. Jusque dans les zones inexplorées de ce royaume idyllique…
En effet, prisonnier depuis des mois, Apodis demeure assis en tailleur au sommet de sa prison, un immense pylône suspendu au-dessus de l’Hyperdimension et désormais scellé par Zeus lui-même.
Torse nu, quelques morceaux de sa ceinture et de ses jambières, collant encore son pantalon craquelé, l’Oiseau de Paradis demeure inébranlable.
Sa musculature est toujours aussi saillante.
Ses blessures sont maintenant toutes cicatrisées.
Ses cheveux, devenus très longs, tombent sur son visage et ne font plus qu’un avec une barbe nouvelle qu’il ne peut entretenir.
Ses poils cachent son visage tout aussi crasseux que son corps, ô combien fermé et impénétrable.
Sa concentration et son abnégation lui ont fait oublier la faim, la soif, la peine et la souffrance.
Son cosmos brûle à l’infini.
Un infini qu’il n’explore que par la pensée, prisonnier d’un univers qui n’est pas le sien et où tout le monde semble l’avoir oublié.
Alors que lui n’oublie pas la Terre.
S’il ignore tout de ce qui s’y passe, il n’en est pas impatient pour autant.
Le temps ne lui parait plus long.
L’Eveil et l’Illumination lui ont appris à être au-dessus de tout ça.
Il cultive désormais ces facultés qui le rapprochent chaque jour un peu plus des dieux…
Si au Sanctuaire les évènements se sont enchaînés si rapidement que personne n’a vu les quinze derniers jours s’écouler, les jours paraissent interminables pour Mei au Mexique.
Les mois défilent sans que l’enquête du Japonais et de ses amis n’avancent. Ils piétinent dans la recherche de Tezcatlipoca.
Le réveil d’Hilda, la chute de Poséidon, les attaques de l’Olympe sur Blue Graad et Yíaros, l’incarnation de Loki…
Ils sont loin de tout cela, mais si peu efficaces malgré tout.
Dès l’aube, sur le toit de la taverne où il a élu domicile avec ses amis depuis leur arrivée il y a trois mois et demi, Mei fait virevolter une fumée blanche autour de lui.
Allongé, sur le dos, le bras gauche recroquevillé derrière la tête pour lui servir d’appui, le Saint de la Chevelure de Bérénice fait tournoyer les boules de brouillard avec sa main droite.
Incrédule, le visage à découvert, dégustant de la papaye, Yulij, sa petite amie, le rejoint.
Ses cheveux longs, blancs grisonnants, descendent dans son dos jusqu’à son postérieur. Ils tombent en de fines mèches sur sa poitrine habillée d’un maillot kaki. Son court short de la même couleur permet à ses fines jambes de se présenter sous leur plus bel aspect, tandis que ses chevilles sont lassés par ses spartiates à talons.
Ses fins sourcils remuent, à mesure que ses grands yeux bleus témoignent du plaisir que ses lèvres prennent à déguster le fruit.
Les épais cheveux de Mei, plus ébouriffés mais tout aussi blanc que ceux de la Grecque, sont recoiffés par la légère brise, lorsqu’il redresse son buste sans le moindre effort pour admirer celle qu’il aime.
_ « Déjà réveillée ?
_ Je n’aime pas rester seule dans mon lit tu le sais bien. »
En guise de réponse, Mei projette ses sphères sur Yulij.
Celles-ci l’encerclent et prennent pour certains, la forme de visages qui ne lui sont pas inconnus.
_ « On dirait… Les derniers disparus qui ont été enlevés par les Jaguars. Comment as-tu…
_ Il s’agit de feux follets. Autrement dit, les âmes des défunts. J’ai réussi à les appeler auprès de moi avant qu’elles ne tombent au Yomotsu Hirasaka. Ainsi j’ai obtenu quelques informations par ces sacrifiés des Jaguars sur le lieu de la citée où ils résident.
_ Par quel miracle ?
_ En fait, depuis le début de notre apprentissage du septième sens à Jamir, j’essaie de reproduire l’arcane de mon maître Deathmask. Cette technique aspire l’âme de l'adversaire, jusqu'à ce qu’elle soit jetée directement dans le puit de la mort, laissant son enveloppe charnelle à jamais inerte sur terre. Mais elle ne se résume pas qu’à ça. Je sais que Maître Deathmask savait manipuler ces âmes, les asservir parfois. Une fois arrivé au Mexique, j’ai choisi de m’ouvrir à cette voie en m’entrainant davantage. Cela m’a permis d’être le plus proche possible de la mort. Lorsqu’une âme quitte un corps, je peux dorénavant l’appeler à moi et l’interroger. Je maîtrise le Seki Shiki Meikai Ha et ai même appris à voir au-delà.
_ C’est incroyable. Ton maître aurait sûrement été très fier de toi. »
Mei serre les poings et lève les yeux au ciel : « Oui, j’aurai tellement aimé qu’il soit là. »
Absorbé par sa mélancolie, Mei ne voit pas Yulij lui sauter dessus : « Il faut absolument qu’on aille voir Nicol et Médée pour leur parler de ta technique et des informations que tu as pu glaner auprès des âmes des victimes de Tezcatlipoca ! »
Loin de là, sous le soleil de Grèce, Marin reste à l’ombre d’une colonne du temple des prêtresses.
Dans les jardins, elle supervise les efforts de celles qu’elle a façonnées ces trois derniers mois.
N’étant pas revenue auprès d’elles depuis son retour d’Asgard, elle est soulagée que son absence n’a pas provoqué de relâchement chez ses élèves.
Au contraire, elle remarque chez elles une évolution flagrante sur ces derniers jours.
A l’exception près de Maria qui parvient difficilement à suivre le rythme de ses semblables, Shoko, Erda, Mii et Xiao Ling sont maintenant prêtes à rejoindre Katya au rang de Saintias.
Les quatre prétendantes font désormais jeu égal avec leur aînée Saintia de la Couronne Boréale.
Couvertes de poussières dans leurs tuniques d’entraînement déchirées, chacune donne ce qu’elle a. Que ce soit Shoko et Katya au corps à corps, Xiao Ling dans les exercices de musculations qu’elle copie sur Erda, ou encore Mii qui fait virevolter une sphère de cosmos tout autour d’elle durant sa méditation.
Tout à coup, sans dire un mot, Marin se montre enfin.
_ « Marin ! Mais enfin, où étiez-vous, s’inquiète Mii ?! Cela fait plus de deux semaines maintenant que nous étions sans nouvelles !
_ L’heure est venue, se contente de répondre Marin. »
Comprenant où leur mentor voulait en venir, les filles se regardent tour à tour, les unes les autres.
Les yeux bordés de larmes, elles s’échangent chacune un hochement de tête en guise de félicitations et d’estime envers leurs efforts communs.
Seule Maria, garde le visage rivé par terre. Sans que personne ne lui fasse remarquer, elle comprend bien qu’elle est ne fait pas partie du groupe.
Marin dresse un bandeau de papier qu’elle garde depuis ce matin dans le creux de sa main : « J’ai reçu d’un messager cette convocation d’Athéna. Votre convocation. Vos Cloths ont été réunies au palais du Grand Pope. Il y a quinze jours, après sa victoire sur Poséidon, Athéna a reconnu votre valeur. Le temps que certaines Cloths restées par-delà le monde soient ramenées au Sanctuaire, le jour de votre sacre est venu. »
Les futures Saintias demeurent interdites jusqu’à ce que Mii s’exclame d’angoisse : « Oh ! Mais vite ! Nous ne pouvons pas nous présenter à Athéna dans cette tenue ! Nous devons vite faire notre toilette et purifier nos corps pour porter nos toges immaculées ! »
Ni une ni deux, les filles se précipitent sous le regard amusé de Katya, déjà Saintia.
Marin regarde Shoko et Erda se bousculer pour être les premières à être prêtes, pressées qu’elles sont de recevoir leur titre.
_ « Ce sont ces deux furies-là les plus pressées qui prêteront le moins attention à leurs tenues, rigole Katya. »
Mii les suit en demandant à Xiao Ling si elle pourra lui coiffer les cheveux, une fois qu’elle les aura lavés vu qu’elle sait si bien le faire.
En l’entendant, Katya ne peut refreiner un gloussement.
Xiao Ling accepte une fois qu’elle aura vérifié qu’Erda se sera bien parée de bijoux afin d’être encore plus présentable.
Moins amusée que Katya, Marin remarque : « Une certaine complicité semble s’être installée entre elles. »
Katya attend que Maria, bonne dernière, cesse de traîner sa peine en suivant les autres à l’intérieur pour répondre.
_ « En effet. Notre caste ne comptant plus que nous, il a fallu nous montrer solidaires et faire preuve de compromis. Nous avons toutes une histoire différente. Et chacune a ses propres blessures. Certaines ont été exposées au grand jour, comme pour Shoko et moi-même. D’autres sont encore secrètes comme pour Erda et Mii. Pourtant, nous savons toutes que nous revenons de loin et avons toutes eu de l’estime pour l’abnégation des autres à s’accrocher à notre devoir. Nous ne serons peut-être pas toutes Saintias pour les mêmes ambitions. Mais nous serons toutes fidèles à notre serment.
_ Il le faudra, assure sèchement Marin.
_ Une mission nous attend déjà toutes n’est-ce pas ?
_ Pas toutes hélas. Tu te doutes bien que Maria ne sera pas retenue comme Saintia. Athéna va la renvoyer à la vie civile.
_ Cela me paraissait inévitable en effet, dit Katya en baissant la tête … »
Marin écoute résonner dans le temple, les éclats de voix des jeunes femmes qui se disputent les ustensiles nécessaires à leurs toilettes.
Si Katya est amusée à nouveau, Marin demeure préoccupée. Sa dernière entrevue avec Athéna lorsque celle-ci est revenue du sanctuaire sous-marin, il y a huit jours, lui revient en mémoire…
Flashback
Située derrière la salle du trône où siège habituellement le Grand Pope, Athéna se reposait dans ses appartements.
Dans sa grande salle d’audience où est dressé son lit de pierre, la jeune femme s’offrait un repos bien mérité, après les efforts cumulés des jours passés.
Ceux-ci ont permis à la déesse de s’éveiller progressivement à sa conscience et à son cosmos divin.
Peu à peu, Athéna prenait le pas sur Saori. Si bien, que malgré son sommeil, elle pouvait entendre depuis le palais papal l’approche d’un Saint.
Très vite, ses sens reconnurent la démarche de Marin.
Lorsqu’elle pénétra dans la salle d’audience, elle eut à peine le temps de s’agenouiller, sans se donner la peine de s’annoncer, que déjà sa souveraine, encore étendue, la saluait.
_ « Bonjour Marin. Déjà revenue d’Asgard ?
_ En effet Athéna. Après avoir porté assistance à Seiya là-bas, j’ai jugé bon de rentrer explorer une piste que le Vieux Maître m’a convaincu de ne pas négliger. Il s’agit de reprendre les recherches sur la s½ur de Seiya. Qui sait, peut-être que Seika est réellement la Chouette ? Quoi qu’il en soit, retrouver la s½ur de Seiya, c’est se rapprocher à coup sûr du mystère qui entoure la disparition de la Chouette. »
Athéna écarta les grands voiles rouges qui séparent sa chambre et les appartements privés du Grand Pope de la salle d’audience.
Elle apparut ainsi aux yeux de l’Aigle de Zeus.
Puis passa devant le trône papal : « C’est une sage réflexion du Vieux Maître et j’imagine que Mû du Bélier est d’accord ? »
Comme pour devancer son entrée, Athéna questionna le Saint d’or qui fit irruption depuis les grandes portes par lesquelles Marin était passée avant lui.
Il ôta son heaume et posa genou à terre pour lui rendre hommage.
_ « J’imagine, Mû, que tu as retrouvé ton disciple, poursuivit Athéna ?
_ Bonjour Majesté. Oui, à peine étiez-vous rentrés au Sanctuaire que Kiki s’est précipité pour me raconter le courage dont il a fait preuve. C’était une réelle expérience pour lui et je vous remercie de me l’avoir ramené sain et sauf du royaume de Poséidon. J’espère qu’il vous a fait honneur.
_ Hormis la fougue de sa jeunesse, il est à ton image. Fidèle et courageux. »
L’époux de Médée baissa encore plus bas la tête, flatté d’une telle remarque : « Merci Athéna. »
La splendide femme d’affaires, dorénavant garante de la paix, bomba le torse et adopta un ton plus concerné.
_ « Je sais que j’ai pu faire confiance à Kiki et qu’il a donc su garder sa langue. Cependant, n’étant pas tenu au secret, j’imagine que le Vieux Maître t’a informé de mon choix d’épargner un homme ?
_ En effet. Et même si je ne discuterai pas votre décision, je reste surpris de votre choix d’avoir sauvé Kanon. »
En découvrant l’identité du rescapé qu’Athéna lui gardait secrète jusqu’alors, Marin la conforta dans son choix.
_ « La prochaine bataille que nous allons mener va demander de terribles efforts. Kanon souhaite vraisemblablement expier ses fautes, ainsi que celles de son frère. Il est tout à fait capable de mener cette future Guerre Sainte contre Hadès.
_ A ce propos, quelle est votre décision concernant les Saints de bronze qui vous ont accompagnés à Asgard et chez Poséidon, releva Mû ?
_ Conformément à ce que nous avions décidé, Seiya et les autres sont chez eux. La guerre est finie pour eux. Du moins, pour le moment.
_ Ils doivent se remettre de leurs émotions, approuva Mû. Hadès est notre guerre. La destinée de la Terre après ce combat, sera entre leurs mains.
_ En effet, reprit la parole Marin, c’est pourquoi, je vais maintenant reprendre mes investigations. Mais avant cela, il est important que vous adoubiez en secret vos Saintias. Hormis l’une d’elles, elles sont prêtes.
_ En secret, l’interrogea Athéna ?
_ Oui, répondit gravement la Saint d’argent. »
Mû se redressa inconsciemment. Le ton pris par Marin l’inquiéta tout autant qu’Athéna qui en fronça les sourcils.
_ « Pourquoi y attaches-tu une importance particulière Marin, demanda le Bélier ?
_ Tu n’es pas sans savoir qu’actuellement ton épouse mène une mission au Mexique. L’objectif est de récupérer mon Pendentif et de me permettre de me rendre en Olympe retrouver mon maître, Zeus. Afin d’éviter une Guerre Sainte tragique, il est important que je puisse assurer mon rôle d’Aigle de Zeus et que je lui rapporte que des forces agissent contre son gré. Malgré tout, le mal est peut-être déjà fait et la bataille pourrait être inévitable. Sous le consentement de Zeus, voire avec sa participation, les dieux de l’Olympe peuvent soumettre les humains à de rudes épreuves depuis leur royaume. Un royaume inaccessible pour un mortel. L’Hyperdimension disloquerait quiconque voudrait la traverser. En l’occurrence, Athéna ne pourrait transporter son armée tout entière là-bas sans y laisser toutes ses forces. Et si elle s’y rendait seule, elle serait soumise à leur toute puissance en un très bref affrontement. Enfin, si Athéna et ses Saints affrontent à distance des entités capables d’agir sur les éléments et d’emporter à chaque action la totalité de l’humanité, il ne serait même pas question de parler de guerre.
_ Il existe un moyen de traverser les dimensions pour mon armée, intervint Athéna. »
Sous son masque, Marin sourit, satisfaite de faire remonter à la surface les souvenirs de la Déesse de la Sagesse.
_ « Le Navire de l’Espoir, poursuivit Athéna. Ce bateau a été construit lors des âges mythologiques en utilisant la totalité d'un arbre divin qui poussait sur l'Olympe. Le bois exceptionnel dont il est construit en fait un bateau vivant.
_ Les récits de l’ancienne Guerre Sainte contre Hadès de mon maître Shion, prêtent à ce bateau des capacités de vol dues à l'immense pouvoir emprunté à Poséidon, ajouta Mû. Seulement, Maître Shion explique aussi dans ses récits que le navire a disparu avec le Lost Canvas quand celui-ci fut détruit.
_ Il s’agit d’un artefact divin empreint du sentiment de ses réparateurs et des volontés des gens qui ont navigués dessus, tempéra Marin. Ajoutons à cela que l’orichalque de Poséidon le nourrit aussi désormais. Il n’a pas pu être détruit.
_ Il doit sommeiller quelque part sur Terre, suggéra Athéna. »
Bien que prudent, Mû parut plutôt convaincu : « Et donc tu envisages d’investir l’Olympe par surprise grâce à ce navire ? »
Marin se tourna vers Athéna pour recueillir son approbation : « C’est une éventualité qu’il ne faut pas négliger. »
Saori laissa tomber le poids de son corps sur le dossier du trône du Pope, contre lequel elle s’appuya de ses bras.
Elle baissa la tête pour rassembler ses esprits et déduire le plan de Marin : « Investir les Saintias de cette première mission peut leur servir de test. Personne ne saurait que ma garde rapprochée est reconstituée et leur absence n’éveillerait pas les soupçons. Elles pourraient enquêter, sans que cela n’attire l’½il de l’Olympe non plus, puisqu’elles n’ont encore aucun fait d’armes à leur actif et qu’ils ne suspectent guère la reconstitution de cette caste. »
Flashback
Au silence de Marin, Katya devine que sous son masque la Japonaise leur prédit une rude mission…
Toujours dans le camp d’Athéna, au Japon, d’autres forces se mobilisent.
Sous les ruines du Coliseum où ont eu lieu les Galaxian Wars, le quartier général de la Fondation Graad opère toujours depuis le terme de la bataille du Sanctuaire.
Les longs couloirs blancs sont désormais traversés par davantage d’agents, tous pressés de transmettre de services en services des relevés d’informations.
Dans la grande salle de contrôle aux écrans géants où s’enchainent sans interruption des retransmissions des chaînes d’informations du monde entier, jumelées à des séries de chiffres et statistiques, les Steel Saints orchestrent la man½uvre.
Sho, le meneur, achève de prendre connaissance d’un bulletin qu’on lui confie. Il fixe aussitôt un agent qui pianote son clavier : « Dites à nos équipes situées au Canal du Mozambique, qu’une fois que les populations des archipels des Comores et des Seychelles auront finies d’être prises en charge, il sera nécessaire d’aller aux renforts des équipes de Madagascar. »
Daichi, le plus petit des chevaliers d’Acier, sort la tête d’une autre console : « Impossible, déplore-t-il. Je supervise moi-même les opérations sur ces archipels. Bien que cela fasse dix jours que Poséidon ait été vaincu, les moyens sur place sont limités et la population a encore besoin que la Fondation reste à son chevet. »
Sho se laisse tomber sur un fauteuil à roulette et traverse dans son élan une bonne partie de la plateforme en râlant : « Rah… Mais les eaux et les dégâts causés n’ont pas encore été totalement évacués là-bas ! »
Les portes blindées coulissantes de la salle de contrôle s’écartent pour faire rentrer le dernier des Steel Saints. Ushio, marqué d’une cicatrice à la joue, se veut fataliste : « Comme partout ailleurs dans le monde hélas. Les dégâts sont colossaux et les pertes humaines se comptent par millions. Je reviens d’Australie. Alors que le pays dispose de meilleurs moyens, la situation n’est guère reluisante. »
Les trois camarades se rejoignent au milieu de la pièce après avoir gardé un court silence.
_ « Encore heureux que Saori ait anticipé ce genre de catastrophe, tente de se rassurer Daichi.
_ Il est vrai qu’après son triomphe au Sanctuaire, une fois revenue au Japon, elle a activé de nombreux plans de sauvegarde partout sur le globe, complète Sho. Saori souhaite mettre en ½uvre les moyens modernes de son défunt grand-père, pour anticiper les changements dans le monde et être plus efficaces encore que ses précédentes réincarnations dans le monde entier. Sans le déploiement d’immense moyens de prévention en amont, les pertes auraient pu être encore plus lourdes.
_ Les pertes ont été limitées à quelques millions pour cette fois. Bien que ce chiffre soit dramatique, cela aurait pu être pire. Et lorsque les plus démunis parmi la population mondiale seront enfin totalement pris en charge, les reconstructions dans des zones de sûretés ne devraient pas être trop longues grâce à la technologie Graad, complète Ushio. »
Malgré ces nouvelles qui pourraient être réjouissantes, une pointe de scepticisme obstrue sa voix. Ce que ne manque pas de relever Sho : « Tu ne m’apparais pas convaincu pourtant. »
Pour seule réponse, Ushio s’installe derrière un ordinateur libre et commence à y enchaîner quelques notes sur le clavier.
Il sort un rapport sur la criminalité en Australie : « Ma supervision des secours apportés sur le continent australien m’a permis d’être au contact de la population. En plusieurs endroits où je suis allé, on m’a fait constater qu’il commençait à faire bon vivre avant cette catastrophe. »
Daichi apparait crédule : « Tant mieux non ? »
Sho, lui, reste circonspect : « J’ai entendu ça moi aussi dans les différents lieux où je me suis rendu ces dix derniers jours. »
Daichi demeure optimiste : « Certainement une conséquence inconsciente du rayonnement de Saori depuis qu’elle s’est affirmée Athéna ?! »
Ushio appuie sur une touche pour faire défiler une série de diagrammes qui remontent le temps, semaines après semaines, jusqu’à pouvoir lisser le taux de criminalité sur les douze derniers mois glissants : « C’est ce que j’aurai aimé croire aussi. Mais, puisque je suis l’indicateur de la criminalité depuis que le quartier général est en fonctionnement, je peux affirmer, sur la base de mes études, que cela ne correspond pas. Cela remonte à bien avant le triomphe d’Athéna en fait. Tout d’abord, lorsque Saga a accéléré ses recherches de la Cloth du Sagittaire, on voit que des crimes de guerre se sont amplifiés un peu partout dans le monde, en même temps qu’il envoyait ses mercenaires prendre des positions dans le monde contemporain. Aveuglés que nous étions par la bataille contre le Sanctuaire, nous n’avons pas vu que dans le même temps, dans le monde entier, les délits d’autres types avaient chuté. »
Daichi s’en félicite en détaillant la courbe : « En effet, depuis quelques mois dans le monde entier le nombre de délits tend à diminuer. »
Ushio presse d’un coup ferme la touche entrée ; afin de basculer cette fois-ci le détail sur tous les écrans : « Je m’en étais arrêté là, trop accaparé par les inondations d’il y a dix jours. Puis les témoignages que j’ai recueillis ici et là, m’ont obligé à creuser davantage les différents types de délits. Les premiers à avoir diminué il y a environ un an, en occultant les actes de Saga qui eux ont augmentés, sont les plus répréhensibles. Meurtres, viol et violences aggravées. Quand les taux de cette catégorie ont drastiquement chuté en quelques semaines, les délits d’une gravité, si j’ose dire, moindre, ont suivi. A mesure que chaque catégorie sur une échelle de gravité décroissante s’amenuisait, la suivante commençait à s’amenuir aussi. Sans que les précédentes ne reprennent de l’ampleur. »
Sho fronce les sourcils : « Comme si un message était clairement passé. Et qu’on éradiquait le Mal. »
Daichi commence à comprendre et tempère aussitôt : « Sauf que là il n’est plus question de Mal si j’ose dire. Regardez les vols. Les menaces sans suites. Leurs courbes sont au plus bas comme si… »
Sho en déduit pour lui : « Comme si l’idée était de supprimer tout acte qui moralement nuirait à son prochain. »
Daichi suggère : « Ne devrions-nous pas nous en réjouir ? »
Ushio garde un ton grave : « J’aimerai. Toutefois, au hasard de discussions, et d’introspection dans quelques pays, y compris les plus démunis où le vol est un moyen de subsister et de subvenir aux besoins de sa famille, acte que je ne qualifie pas d’honorable, mais qui pourrait être jugé de façon conciliante, j’ai découvert qu’une justice totalitaire s’exerçait sans procès sur les prévenus. De façon anonyme qui plus est. Une seule sentence dans chacun des cas. Une mort, plus ou moins violente selon le délit commis. »
Ushio fait défiler quelques photos : « Par exemple, nous avons un sanguinaire démembrement ici pour un coupable de viol. Là une nuque brisée par un coup sec et net pour un cambriolage sans violence. »
Daichi murmure : « Quelqu’un veut rendre la justice… »
Sho le corrige : « Quelqu’un veut rendre sa justice ! »
Ushio complète : « Pas quelqu’un. Mais plusieurs personnes. Car des actes ont été répertoriés exactement au même moment, à des lieux totalement opposés. »
Daichi saisit le problème : « Et pas n’importe qui. Ces exécutions ont lieu dans des endroits, où il est impossible de se rendre sans être vu par le commun des mortels. Chaque fois sans laisser de traces. Ni d’images. »
Ushio acquiesce : « Précision chirurgicale et discrétion assurée. Meurtre aussitôt accompli, plus personne sur les lieux. Seules des personnes douées de cosmos peuvent échapper ainsi aux moyens contemporains. »
Ce constat fait peser un lourd silence dans la salle…
Dans le même temps, en Grèce, dans les cavités insondables sous les ruines de l’Aréopage, l’armée d’Arès n’est pas en reste.
Le temple du Dieu de la Guerre, ressemble à une véritable fourmilière où près de deux-cent hommes s’activent à des tâches militaires diverses sous la houlette des trois Berserkers.
Le parvis du palais aide à favoriser l’entrainement individualisé ou bien l’instruction stratégique, en groupes, sous les ordres de Tromos.
L’organisation du ravitaillement en vivres et en informations avec le monde contemporain appartient à l’appréciation d’Atychia.
Ainsi, Vasiliás réunit ses deux lieutenants, dans le but de coordonner les actions à mener avec discrétion et efficacité sur le monde moderne, afin de préparer l’humanité à sa prise de pouvoir.
Arès en a bien conscience, bien que cela ne soit jamais assez.
Affalé sur son trône au centre de son royaume entouré de lave, il s’impatiente devant un Vasiliás venu lui rendre des comptes.
Majestueux dans sa Nightmare, il remonte frénétiquement sa montre gousset qu’il garde sans cesse avec lui.
_ « Alors ? Où en est le bain de sang que tu m’as promis ?
_ N’en sommes-nous pas là où nous devrions en être Seigneur Arès ?
_ J’ai horreur qu’on me réponde à une question par une autre. Que veux-tu dire ? »
Le Berserker de la Royauté pointe du doigt une troupe fraîchement revenue du monde contemporain, recouverte d’hémoglobine et autres phanères.
_ « Chaque jour de nouvelles escouades rentrent couvertes des tripes de cibles minutieusement sélectionnées par Atychia.
_ C’est bien ce qui me dérange… Nous agissons dans l’ombre quand tu m’as promis un carnage !
_ Nous avons déjà eu cette discussion. Tout cela appartient à ma stratégie. Vous m’avez donné les pleins pouvoirs et je les exerce comme il m’apparait opportun de le faire. D’abord, nous avons recruté une armée, qui exècre l’injustice dont elle a été victime dans le monde contemporain. Nous l’éveillons au cosmos. Nous assouvissons sa vengeance pour rendre la justice qu’elle mérite et qu’elle n’a pas reçu dans un monde protégé par Athéna. Tout ceci pour la gagner définitivement à notre cause. Une fois cela fait, nous gardons un pied dans le monde moderne pour rester aux faits des actes répréhensibles aux quatre coins du globe. Et discrètement nous rendons notre justice. L’opinion populaire en fait un acte bienveillant. Dès lors, quand nous renverserons Athéna et que je prendrai le contrôle de la Terre, vous serez érigé en dieu bienfaiteur qui m’a dicté cette conduite qu’ils ont déjà inconsciemment approuvé et félicité. Vous serez le dieu en lequel ils n’osaient plus croire. »
Bien que flatté, Arès n’en demeure pas moins incapable de contrôler son tempérament belliqueux. Il tape des poings sur les accoudoirs de son trône : « Certes ! Mais quand ?! Quand renverserons-nous Athéna justement ?! Quand viendra ce grand moment où les cadavres athéniens joncheront par centaines les allées enflammées du Sanctuaire ?! »
Dans le dos de Vasiliás, un soldat, Noir de peau, les cheveux courts et crépus, vient s’agenouiller. Il n’ose interrompre la discussion entre son dieu et son roi. Alors, dans sa tenue orange, cuirassée de rouge, il attend casque sous le bras qu’on le sollicite.
Impatient lui aussi d’en découdre, Vasiliás n’en démord pas devant son dieu. Il masque sa hâte en triturant sa montre gousset : « Patience Seigneur Arès… Patience… Nous gagnons l’opinion populaire mondiale progressivement… Tandis qu’Athéna perd ses forces dans d’autres Guerres Saintes… Bientôt Hadès attaquera. Et le Sanctuaire y laissera toutes ses forces. Nous n’aurons plus qu’à cueillir la victoire militaire, après avoir gagné la bataille des idées. »
Vasiliás prend congé et d’un hochement de tête il invite son soldat à le suivre…
Pendant ce temps, à l’extrême nord de l’Europe, à Asgard, la météo demeure douce depuis la défaite de Poséidon.
Mieux, les températures sont agréables.
Par endroit, les sols totalement déneigés apparaissent pour la première fois depuis leur naissance aux Asgardiens.
Nombreux sont les villageois qui sortent sans crainte leurs bêtes.
D’autres peuvent même tenter la culture en extérieur, en dehors des serres qu’ils faisaient péniblement tenir debout face aux tempêtes de neige.
C’est dans cette démarche, qu’Helena développe son jardin.
La fleuraison d’une plante était chaque fois un évènement il y a encore quelques jours.
Ses fleurs valaient une fortune et n’étaient réservées qu’à quelques privilégiés qui pouvaient avoir les moyens de se les offrir.
Aujourd’hui, elles égaient le quotidien des habitants de son village.
Son commerce est aussi florissant que la verdure.
Elle connaît enfin le bonheur de nourrir à leur faim ses frères et s½urs malgré la maladie qui l’affaiblit de jour en jour.
Infiniment reconnaissante envers les God Warriors qu’elle imagine, comme l’ensemble du peuple, responsable de cette accalmie, Helena se recueille au Walhalla.
Dans les jardins de la cour, devant une stèle en marbre sur laquelle est gravée le nom de Thor de Phecda, elle dépose une gerbe de fleur : « Merci Odin de nous avoir apporté des hommes si courageux pour défendre notre royaume. De les honorer ainsi de leur bravoure en nous accordant ce temps clément. »
A ses côtés, devant une chapelle encore en construction, une jeune femme blonde de haut rang parait inconsolable.
Ses longs cheveux soyeux, tombent sur ses épaules nues couvertes d’un épais pull rose au col en fourrure blanche.
Se sentant misérable dans sa robe taupe décousue par-dessus son pull jaune effiloché, Helena hésite un instant à se rapprocher de la bourgeoise éplorée.
Ridicule avec ses cheveux bruns grossièrement peignés, elle n’ose pas s’adresser à une dame de la cour.
Alors, discrètement, elle s’accroupit à côté d’elle pour déposer une autre gerbe, semblable à celle laissée à Thor.
Puis, elle se sauve presque.
Apercevant son geste de ses yeux améthyste malgré les larmes, Bedra de Edel la rappelle aussitôt : « Vous connaissiez mon fiancé ? »
Immédiatement, Helena plie le genou pour saluer la dame.
_ « Désolé Madame. Je ne cherchais pas à vous importuner.
_ Pas du tout voyons. Vous avez le droit de vous recueillir vous aussi.
_ Merci. J’ai beaucoup de respect pour Syd de Mizar en effet. Lorsque la secousse, qui était en réalité la vague de Poséidon, a frappé Asgard, tout le royaume fut ébranlé. Thor de Phecda et Syd de Mizar vinrent au secours de nombreux villageois, dont ma famille, avant d’être nommés God Warriors. Même bien avant cela, ils venaient rationner plusieurs fois par semaine nos villages, alors que nous connaissions la faim. »
Ces paroles réchauffent le c½ur de Bedra qui lève les yeux au ciel pour apprécier le soleil : « Une époque révolue, j’espère… »
Une voix impériale complète : « Nous l’espérons tous ! »
Dans une longue robe blanche surmontée d’une cape violacée et ornementée d’or, bien plus noble que l’apparence plus sobre qui était encore la sienne il y a peu, Andreas Riese apparaît.
Immédiatement, Bedra se courbe.
Alors qu’elle n’en faisait pas tant vis-à-vis de lui il y a peu encore, Helena se sent obligée d’imiter sa compatriote.
Digne, Andreas apprécie le geste et pointe du doigt la forêt d’améthyste où a combattu auparavant Alberich. L’horizon y est embrumé tout autour d’un gigantesque frêne vert.
_ « Mais je n’ai aucune crainte quant à ça. Yggdrasil semble avoir jaillit des entrailles d’Asgard peu après les obsèques des God Warriors ! Comme si Odin nous offrait ce présent pour féliciter la bravoure de nos héros. »
A l’affût, Utgarda, encapuchonné observe le médecin de la cour d’un air circonspect.
Accompagné de Sköll, son loup au pelage noir, il s’efface en toute discrétion…
Dans une dimension qui surplombe la Terre, en Olympe, dans sa demeure du Soleil, Apollon est allongé sur un de ses divans.
La chevelure semblable à un foyer crépitant, le propriétaire des lieux pioche dans un plateau quelques fruits, qui lui ont été offerts par le peuple olympien en offrande dans les divers prieurés du territoire.
Il grappille avec sa main droite dans le plat que lui tend un serviteur, et recrache les noyaux sur le sol, que d’autres valets viennent avec joie nettoyer.
Jamais l’un d’eux n’ose lever les yeux sur l’immense Majesté sauf un.
Le plus vieux et le plus atypique des domestiques.
L’incroyable Roloi, aux cheveux blancs et aux fines moustaches.
Il reste les yeux rivés sur la bille que fait rouler entre son pouce et son index gauche le Dieu du Soleil.
Si son maître contemple avec ambition l’armillaire de Chronos, Roloi, lui, l’admire.
Tout à coup, le calme malsain qui règne dans la pièce cesse. Les grandes portes qui renferment la pièce principale dans laquelle le fils de Zeus se détend s’ouvrent.
Les pierres aux teintes sombres ne peuvent couvrir les cliquetis qui résultent de la démarche d’une jeune femme montée sur escarpins.
Sublime dans sa robe violette sans bretelles qui dissimule à peine sa généreuse poitrine, Helénê apparaît devant son souverain dans sa tenue humaine.
_ « Te revoilà dans la peau de Ksénia. Toi Helénê, la plus puissante des Anges au service de l’Olympe. »
La jeune femme aux rubans violets qui se mêlent derrière sa tête à ses longs cheveux châtains s’agenouille. Sa posture laisse apparaître ses longues et fines jambes pour lesquelles Roloi bavent sans ménagement : « Je me présente devant vous, comme vous me l’avez demandé Seigneur Apollon. »
D’un geste de la main, il congédie l’ensemble de ses sujets à l’exception de Ksénia et Roloi.
Il range l’Armillaire de Chronos sous sa cape et ordonne de sa voix soutenue et malsaine : « En effet. Dans quelques heures le sceau d’Athéna qui retenait prisonnier les 108 Spectres d’Hadès sera brisé. C’est le moment de mettre notre plan en marche. Hadès va attaquer Athéna. Loki va profiter de cet instant pour activer son plan. Pendant ce temps tu pourras annoncer à Tezcatlipoca que le jour de la destruction a été décidé par Apollon. Enfin tu iras trouver le Berserker de la Royauté afin d’envoyer Arès au Sanctuaire. Athéna sera débordée. Acculée. Poséidon l’a mise en garde avant d’être enfermé. A trop agir pour les humains, elle commettra une faute. Cela lui fera quatre Guerres Saintes à gérer. Elle n’aura pas d’autre choix que de prendre des décisions qui froisseront enfin le Dieu des Dieux. »
La jolie femme à l’accent slave acquiesce : « Bien. Je me rends de ce pas à Citlali puis à l’Aréopage. »
L’Ange fait demi-tour, pour le plus grand plaisir de Roloi, qui admire son déhanché et son postérieur.
La morve au nez, le vieillard est rappelé à l’ordre par Apollon, ce qui le fait sursauter : « Roloi. Tu peux allez prévenir Héra, Hestia et Héphaïstos de la prochaine tournure des évènements. Le spectacle devrait leur plaire. »
Sur Terre, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’orée de la forêt, là où plus aucun villageois n’ose s’aventurer, après les disparitions de plus en plus importantes orchestrées par les Jaguars, un homme à la carrure digne d’une statue grecque s’exerce à faire quelques tractions en s’aidant des branches d’un arbre.
Au-delà de sa tenue négligée et de ses cheveux châtain clair ébouriffés, son visage raffiné assure à ce bel étranger un charme incontestable.
Cessant cet exercice pour se défouler en abattant quelques arbres, Nicol affiche une maîtrise de ses gestes et une agilité certaines.
Durant ses enchaînements, il maintient entre son index et son majeur une curieuse bandelette de papier où sont marqués quelques symboles en grec ancien. Son cosmos la nourrit et la fait briller d’une lumière encore plus grande que l’aura qui l’entoure lorsqu’il est couvert de son armure.
Tout à coup, alors qu’il reprend sa garde, un mystérieux objet, aussi gros qu’une sphère, verte, fonce sur lui.
Avec assurance, d’une main, il se saisit de la pastèque envoyée depuis des mètres de là, par l’épouse de Mû.
Dissimulée sous son masque de femme chevalier, la Saint du Graveur aux longues nattes vertes, se montre.
_ « Incroyable réflexe !
_ Il faut dire que tu ne me l’as pas jeté de toutes tes forces Médée.
_ Tout de même, je te l’ai presque envoyé à la vitesse de la lumière. Il faut une sacrée virtuosité pour s’en emparer sans la briser.
_ Je n’ai pas déjeuné ce matin. Je n’allais donc pas la gâcher. La partageras-tu avec moi ? »
La Muvienne s’assoit à côté de Nicol sur une souche d’arbre couchée : « Volontiers. Je ne pensais pas te trouver seul ce matin. Tu n’as donc pas passé la nuit avec Iuitl ? »
Après l’avoir coupée à une vitesse folle du tranchant de la main, Nicol tend une part de pastèque à son amie tout en fixant le soleil levant avec désappointement.
_ « Hélas, ce n’est pas aussi facile que je le souhaite avec Iuitl. Il ne se passe toujours rien. Elle repousse mes avances, en prétextant qu’elle s’attacherait trop vite et vivrait mal mon départ lorsqu’il viendra.
_ Ce n’est pas au rythme où avancent nos investigations, que nous allons partir de sitôt. Tu peux la rassurer. »
Les camarades rigolent nerveusement quelques instants.
S’en suit un long silence pesant, qui leur rappelle qu’en effet leur quête du Pendentif de Zeus est toujours au point mort.
La femme chevalier brise alors le silence.
_ « Ce bandeau blanc avec des inscriptions anciennes dessus que tu manipulais avant mon arrivée, ce n’est pas ce que je pense tout de même.
_ Si. Il s’agit d’un sceau d’Athéna. Il me vient de mon maître Arlès, qui lui-même le détenait de son frère, le maître de ton époux Mû, Shion du Bélier, notre défunt Grand Pope. Arlès me disait toujours qu’il venait de la précédente Guerre Sainte contre Hadès et qu’il n’avait pas été utilisé. Il regorge donc encore de tous les pouvoirs d’Athéna. Je le garde précieusement auprès de moi, un peu comme porte bonheur. Et peut-être qu’un jour, j’aurai à l’utiliser… »
Au Sanctuaire, au sommet des douze maisons du zodiaque, le temple des prêtresses s’est vidé.
Sublimes dans leurs robes légères et immaculées, Shoko, Erda, Mii, Xiao Ling et Maria suivent Marin qui devance Katya.
Leurs supérieures ont revêtu leurs Cloths. Cela suscite une plus grande impatience chez les futures promues.
Malgré qu’elles bouillent intérieurement, l’atmosphère demeure légère.
La brise est agréable. Le vent est tempéré et suffisant.
Surtout, ce souffle est la seule chose que les femmes entendent, hormis les pas de leurs doyennes.
Intriguée, Shoko tourne furtivement la tête derrière elle, pour s’assurer que le Sanctuaire est toujours debout.
Bien entendu, la vie suit son court plus bas.
Néanmoins, après la maison du Scorpion, dernière encore gardée, il n’y a plus âme qui vive.
Shoko réfléchit à voix haute : « On dirait que le temps est suspendu après la maison du Seigneur Milo. D’ordinaire, on aperçoit, depuis le passage secret, aller et venir quelques messagers jusqu’au palais du Pope. Comme ce beau jeune homme blond que Mii aime souvent croiser, en nous faisant croire que cela arrive de façon fortuite et pas aussi souvent qu’on ne le croit. Edward c’est ça… »
Mii s’empresse de passer ses mains sur la bouche de Shoko pour la réduire au silence, tandis que toutes les autres, Marin y compris sous son masque, pouffent de rire.
Très vite, elles arrivent dans le temple immense, qu’elles ne connaissent maintenant que trop bien.
Devenues coutumières des bons soins de Saori, depuis qu’Athéna a repris son Sanctuaire et chaque fois qu’elle y est présente désormais, les prêtresses naviguent dans les couloirs sans hésitation jusqu’à la salle d’audience du Grand Pope.
Comme à chaque fois qu’elle pénètre en ce lieu, Katya ne peut refreiner un brin de nostalgie à l’endroit de Saga qu’elle a fréquenté ici tant d’années.
Les autres, y compris Marin, elles, sont subjuguées par l’allure de Saori.
Bien qu’elles lui portent ses repas, assurent ses toilettes et se sont familiarisées avec elle ces derniers mois, elles ne lui ont jamais trouvé autant de prestance qu’en cet instant.
Debout, le sceptre fermement cramponné dans sa main gauche, sa traditionnelle robe blanche est aujourd’hui ornée de bijoux en or.
En plus de sa ceinture d’acier qui couvre son abdomen, son bustier est agrafé d’une parure dorée.
Ces ornements sont parfaitement assortis à l’épais choker autour de son cou et aux bracelets qui serrent ses poignets et ses biceps.
Pour cette tenue de cérémonie, elle ne porte pas l’épingle habituelle avec laquelle elle coiffe ses cheveux mauves mais un diadème.
Les extrémités de la tiare prennent la forme d’ailes par-dessus les oreilles et laissent pendre par-dessous des filaments couverts de diamants qui tombent jusque sur ses épaules.
Egalement élégamment vêtues, comme chaque fois qu’elles viennent à son service, les prêtresses paraissent bien sobres en comparant leurs parures et la majesté qui se dégage d’Athéna par rapport à elles.
Pour autant, Saori leur sourit avec cette simplicité et cette douceur à laquelle elles sont habituées.
Devant elle, quatre Pandora Box attendent en bas des marches qui élèvent le siège papal.
Naturellement, capables d’entrer en osmose avec leurs constellations protectrices, chaque aspirante capte instantanément l’objet de sa convoitise.
Le Petit Cheval pour Shoko, Cassiopée pour Erda, le Dauphin pour Mii et la Petite Ours pour Xiao Ling.
Immédiatement, Maria prend conscience de son sort.
Elle ne se faisait guère d’illusion jusqu’alors. Néanmoins, la voici définitivement fixée.
Marin devance ses camarades. Elle plie genou à terre, suivie de Katya derrière, puis des aspirantes alignées dans le dos de Katya.
Une fois ses sujets prosternés, le visage de Saori se raidit pour paraître plus neutre. Moins familier.
Son timbre est monocorde. Presque austère.
Elle cramponne davantage son sceptre qui rayonne dans la pièce.
Aussitôt, les Cloths se mettent à vibrer.
_ « Elles chantent, s’émerveillent en ch½ur les prêtresses ! »
Un effluve blanchâtre émane des urnes et vient trouver l’aura dorée qui entoure maintenant Athéna.
Le spectacle époustoufle les novices et assoit la toute autorité de la Déesse de la Sagesse.
_ « Marin, commence-t-elle, tu m’as certifié il y a quinze jours que ma garde personnelle est prête.
_ N’ayant rien à leur enseigner des us et coutumes d’une bonne servante, je les ai néanmoins rendues plus aguerries afin d’être prêtes sur un champ de bataille.
_ Alors ta tâche est accomplie. Je t’invite à reprendre tes investigations que le Vieux Maître et moi t’avons demandé. Tu raccompagneras Maria en partant. »
La solennité dans la voix d’Athéna, plus que l’annonce du renvoi de Maria en elle-même, mystifie les suivantes.
Gardant un ton impérieux, Athéna poursuit : « Le temps n’est plus à la charité. Maria, après toutes ces années de bon et loyaux services durant lesquels tu n’as pas failli à ta tâche de domestique, tu n’as hélas pas su montrer le moindre progrès dans l’art martial et la maîtrise du cosmos. Le temps des menaces est venu. Je vais être directement visée par des incursions ennemies. Et tout ce qui porte à ma personne sera visé. Le temple des prêtresses en premier lieu. Je ne peux y laisser, en connaissance de cause, une innocente qui sera la proie facile aux pires sévices que voudront m’infliger mes ennemis. »
Sans broncher, Marin dispose, non sans assurer une révérence avant de quitter la pièce.
Maria non plus n’émet aucune protestation. Son regard est vide, perdu dans le vague.
Machinalement, elle se relève et salue Athéna avant de suivre Marin.
Alors qu’elle passe devant elles, les filles, et à fortiori sa s½ur Katya, lèvent les yeux pour chercher son regard et témoigner de leur compassion. Toutefois, le voile de brume qui floute sa vue, prive Maria du moindre soutien, dont elle se moque éperdument au fond.
Athéna l’observe traîner les pieds et attend qu’elle disparaisse à l’horizon avant de reprendre.
_ « En témoigne le chant de ces armures à votre attention, je reconnais en vous les s½urs d’armes de Katya… »
L’effervescence des Pandora Box vient chercher et imprégner chacune des promises.
Hormis Mii qui s’oblige à garder genoux à terre pour respecter le protocole, Shoko, Erda et Xiao Ling abandonnent leur déférence. Elles laissent leurs futures Cloth entrer en osmose avec elles.
Elles regardent la vie des armures glisser autour de leurs membres, filés entre leurs doigts.
_ « … Depuis les temps anciens de la mythologie, continue Athéna, les Saintias m’ont protégée, servie et ont fait rempart de leurs vies. Ces armures ne peuvent être portées qu’au service des valeurs auxquelles j’aspire et ne jamais servir des ambitions personnelles. Votre statut est à part. Privilégié et à la fois si cruel. Vous n’êtes pas des Saints. Dès à présent, vous êtes des Saintias. Plus que des guerrières, vous êtes mes boucliers. Plus que des servantes, vous êtes mes complices. »
Les paroles d’Athéna valant adoubement pour les Cloths, celles-ci jaillissent des Pandora Box et soulèvent les corps gracieux de la garde rapprochée.
Leurs robes épousent à merveille leurs formes pour que, par-dessus, les Cloths les protègent.
Tandis qu’elles retombent fermement sur leurs jambes bardées de bronze, chacune effectue quelques mouvements pour se familiariser avec son armure.
Disciplinée, elles font preuve de la concentration nécessaire inculquée par Marin pour ne faire qu’une avec elles. Ainsi, aucune Cloth ne leur apparaît lourde et sans âme.
Devant ce spectacle dont elle ne se lasse pas, Athéna rejoint Katya qui se relève à son tour.
Emboîtant le pas à Athéna, la Saintia de la Couronne Boréale achève la cérémonie : « Shoko Saintia du Petit Cheval. Erda Saintia de Cassiopée. Alicia Saintia du Dauphin. Xiao Ling Saintia de la Petite Ours. L’heure est venue de prêter serment ! »
Les quatre nouvelles Saintias se mettent au garde à vous, poing contre le c½ur et écoutent scrupuleusement Katya.
_ « Nous, Saintias, prêcherons les sacrements d’Athéna et observerons ses commandements. »
En ch½ur, elles répètent les paroles de Katya.
_ « Nous protégerons Athéna. Nous appliquerons sa loi divine en n’étant dévouées qu’à elle, corps et âme. Nous ne lui mentirons jamais et resterons fidèles à notre parole. »
De nouveau, elles répètent sans sourciller. Puis concluent d’une même voix : « Nous, Saintias, en faisons le serment. »
Alors, Katya se retourne enfin et mime la même dignité que ses consoeurs : « Moi, Katya Saintia de la Couronne Boréale, renouvelle mon serment auprès de vous Athéna. »
Gonflant ses poumons d’autant d’oxygène que possible, Athéna se donne une stature encore plus incroyable.
Satisfaite, elle retourne en direction de ses appartements : « Parfait Saintias. Vous pouvez disposer. Retrouvez votre temple. Nous prendrons ensemble le repas de midi. Je profiterai de ce moment, pour vous confier votre première mission. Elle sera l’occasion pour vous de prouver votre allégeance et de vous distinguer. Celle-ci doit rester secrète. Tout comme votre adoubement. Interdiction de descendre à Honkios et de quitter les douze maisons. »
Ce 5 avril 1987, en Olympe, le soleil d’Apollon se lève comme chaque jour en prenant le relais de la lune d’Artémis.
Cette journée est semblable à toute autre pour un Olympien.
Ces élus des dieux, qui font parfois même partie de leurs descendants, se pressent dès l’aube de prier leurs bienfaiteurs.
Dans l’allégresse, chacun vaque ensuite à ses occupations.
L’entretien des potagers.
L’élevage des bêtes.
Les rituels dans les prieurés disposés tout autour des demeures.
Le service auprès des divinités qu’ils vénèrent.
L’entraînement dans les casernes du temple de la Lune pour les jeunes femmes intégrant la milice d’Artémis.
Les patrouilles continuelles des Anges dans tout le domaine.
Un quotidien bien rodé. Jusque dans les zones inexplorées de ce royaume idyllique…
En effet, prisonnier depuis des mois, Apodis demeure assis en tailleur au sommet de sa prison, un immense pylône suspendu au-dessus de l’Hyperdimension et désormais scellé par Zeus lui-même.
Torse nu, quelques morceaux de sa ceinture et de ses jambières, collant encore son pantalon craquelé, l’Oiseau de Paradis demeure inébranlable.
Sa musculature est toujours aussi saillante.
Ses blessures sont maintenant toutes cicatrisées.
Ses cheveux, devenus très longs, tombent sur son visage et ne font plus qu’un avec une barbe nouvelle qu’il ne peut entretenir.
Ses poils cachent son visage tout aussi crasseux que son corps, ô combien fermé et impénétrable.
Sa concentration et son abnégation lui ont fait oublier la faim, la soif, la peine et la souffrance.
Son cosmos brûle à l’infini.
Un infini qu’il n’explore que par la pensée, prisonnier d’un univers qui n’est pas le sien et où tout le monde semble l’avoir oublié.
Alors que lui n’oublie pas la Terre.
S’il ignore tout de ce qui s’y passe, il n’en est pas impatient pour autant.
Le temps ne lui parait plus long.
L’Eveil et l’Illumination lui ont appris à être au-dessus de tout ça.
Il cultive désormais ces facultés qui le rapprochent chaque jour un peu plus des dieux…
Si au Sanctuaire les évènements se sont enchaînés si rapidement que personne n’a vu les quinze derniers jours s’écouler, les jours paraissent interminables pour Mei au Mexique.
Les mois défilent sans que l’enquête du Japonais et de ses amis n’avancent. Ils piétinent dans la recherche de Tezcatlipoca.
Le réveil d’Hilda, la chute de Poséidon, les attaques de l’Olympe sur Blue Graad et Yíaros, l’incarnation de Loki…
Ils sont loin de tout cela, mais si peu efficaces malgré tout.
Dès l’aube, sur le toit de la taverne où il a élu domicile avec ses amis depuis leur arrivée il y a trois mois et demi, Mei fait virevolter une fumée blanche autour de lui.
Allongé, sur le dos, le bras gauche recroquevillé derrière la tête pour lui servir d’appui, le Saint de la Chevelure de Bérénice fait tournoyer les boules de brouillard avec sa main droite.
Incrédule, le visage à découvert, dégustant de la papaye, Yulij, sa petite amie, le rejoint.
Ses cheveux longs, blancs grisonnants, descendent dans son dos jusqu’à son postérieur. Ils tombent en de fines mèches sur sa poitrine habillée d’un maillot kaki. Son court short de la même couleur permet à ses fines jambes de se présenter sous leur plus bel aspect, tandis que ses chevilles sont lassés par ses spartiates à talons.
Ses fins sourcils remuent, à mesure que ses grands yeux bleus témoignent du plaisir que ses lèvres prennent à déguster le fruit.
Les épais cheveux de Mei, plus ébouriffés mais tout aussi blanc que ceux de la Grecque, sont recoiffés par la légère brise, lorsqu’il redresse son buste sans le moindre effort pour admirer celle qu’il aime.
_ « Déjà réveillée ?
_ Je n’aime pas rester seule dans mon lit tu le sais bien. »
En guise de réponse, Mei projette ses sphères sur Yulij.
Celles-ci l’encerclent et prennent pour certains, la forme de visages qui ne lui sont pas inconnus.
_ « On dirait… Les derniers disparus qui ont été enlevés par les Jaguars. Comment as-tu…
_ Il s’agit de feux follets. Autrement dit, les âmes des défunts. J’ai réussi à les appeler auprès de moi avant qu’elles ne tombent au Yomotsu Hirasaka. Ainsi j’ai obtenu quelques informations par ces sacrifiés des Jaguars sur le lieu de la citée où ils résident.
_ Par quel miracle ?
_ En fait, depuis le début de notre apprentissage du septième sens à Jamir, j’essaie de reproduire l’arcane de mon maître Deathmask. Cette technique aspire l’âme de l'adversaire, jusqu'à ce qu’elle soit jetée directement dans le puit de la mort, laissant son enveloppe charnelle à jamais inerte sur terre. Mais elle ne se résume pas qu’à ça. Je sais que Maître Deathmask savait manipuler ces âmes, les asservir parfois. Une fois arrivé au Mexique, j’ai choisi de m’ouvrir à cette voie en m’entrainant davantage. Cela m’a permis d’être le plus proche possible de la mort. Lorsqu’une âme quitte un corps, je peux dorénavant l’appeler à moi et l’interroger. Je maîtrise le Seki Shiki Meikai Ha et ai même appris à voir au-delà.
_ C’est incroyable. Ton maître aurait sûrement été très fier de toi. »
Mei serre les poings et lève les yeux au ciel : « Oui, j’aurai tellement aimé qu’il soit là. »
Absorbé par sa mélancolie, Mei ne voit pas Yulij lui sauter dessus : « Il faut absolument qu’on aille voir Nicol et Médée pour leur parler de ta technique et des informations que tu as pu glaner auprès des âmes des victimes de Tezcatlipoca ! »
Loin de là, sous le soleil de Grèce, Marin reste à l’ombre d’une colonne du temple des prêtresses.
Dans les jardins, elle supervise les efforts de celles qu’elle a façonnées ces trois derniers mois.
N’étant pas revenue auprès d’elles depuis son retour d’Asgard, elle est soulagée que son absence n’a pas provoqué de relâchement chez ses élèves.
Au contraire, elle remarque chez elles une évolution flagrante sur ces derniers jours.
A l’exception près de Maria qui parvient difficilement à suivre le rythme de ses semblables, Shoko, Erda, Mii et Xiao Ling sont maintenant prêtes à rejoindre Katya au rang de Saintias.
Les quatre prétendantes font désormais jeu égal avec leur aînée Saintia de la Couronne Boréale.
Couvertes de poussières dans leurs tuniques d’entraînement déchirées, chacune donne ce qu’elle a. Que ce soit Shoko et Katya au corps à corps, Xiao Ling dans les exercices de musculations qu’elle copie sur Erda, ou encore Mii qui fait virevolter une sphère de cosmos tout autour d’elle durant sa méditation.
Tout à coup, sans dire un mot, Marin se montre enfin.
_ « Marin ! Mais enfin, où étiez-vous, s’inquiète Mii ?! Cela fait plus de deux semaines maintenant que nous étions sans nouvelles !
_ L’heure est venue, se contente de répondre Marin. »
Comprenant où leur mentor voulait en venir, les filles se regardent tour à tour, les unes les autres.
Les yeux bordés de larmes, elles s’échangent chacune un hochement de tête en guise de félicitations et d’estime envers leurs efforts communs.
Seule Maria, garde le visage rivé par terre. Sans que personne ne lui fasse remarquer, elle comprend bien qu’elle est ne fait pas partie du groupe.
Marin dresse un bandeau de papier qu’elle garde depuis ce matin dans le creux de sa main : « J’ai reçu d’un messager cette convocation d’Athéna. Votre convocation. Vos Cloths ont été réunies au palais du Grand Pope. Il y a quinze jours, après sa victoire sur Poséidon, Athéna a reconnu votre valeur. Le temps que certaines Cloths restées par-delà le monde soient ramenées au Sanctuaire, le jour de votre sacre est venu. »
Les futures Saintias demeurent interdites jusqu’à ce que Mii s’exclame d’angoisse : « Oh ! Mais vite ! Nous ne pouvons pas nous présenter à Athéna dans cette tenue ! Nous devons vite faire notre toilette et purifier nos corps pour porter nos toges immaculées ! »
Ni une ni deux, les filles se précipitent sous le regard amusé de Katya, déjà Saintia.
Marin regarde Shoko et Erda se bousculer pour être les premières à être prêtes, pressées qu’elles sont de recevoir leur titre.
_ « Ce sont ces deux furies-là les plus pressées qui prêteront le moins attention à leurs tenues, rigole Katya. »
Mii les suit en demandant à Xiao Ling si elle pourra lui coiffer les cheveux, une fois qu’elle les aura lavés vu qu’elle sait si bien le faire.
En l’entendant, Katya ne peut refreiner un gloussement.
Xiao Ling accepte une fois qu’elle aura vérifié qu’Erda se sera bien parée de bijoux afin d’être encore plus présentable.
Moins amusée que Katya, Marin remarque : « Une certaine complicité semble s’être installée entre elles. »
Katya attend que Maria, bonne dernière, cesse de traîner sa peine en suivant les autres à l’intérieur pour répondre.
_ « En effet. Notre caste ne comptant plus que nous, il a fallu nous montrer solidaires et faire preuve de compromis. Nous avons toutes une histoire différente. Et chacune a ses propres blessures. Certaines ont été exposées au grand jour, comme pour Shoko et moi-même. D’autres sont encore secrètes comme pour Erda et Mii. Pourtant, nous savons toutes que nous revenons de loin et avons toutes eu de l’estime pour l’abnégation des autres à s’accrocher à notre devoir. Nous ne serons peut-être pas toutes Saintias pour les mêmes ambitions. Mais nous serons toutes fidèles à notre serment.
_ Il le faudra, assure sèchement Marin.
_ Une mission nous attend déjà toutes n’est-ce pas ?
_ Pas toutes hélas. Tu te doutes bien que Maria ne sera pas retenue comme Saintia. Athéna va la renvoyer à la vie civile.
_ Cela me paraissait inévitable en effet, dit Katya en baissant la tête … »
Marin écoute résonner dans le temple, les éclats de voix des jeunes femmes qui se disputent les ustensiles nécessaires à leurs toilettes.
Si Katya est amusée à nouveau, Marin demeure préoccupée. Sa dernière entrevue avec Athéna lorsque celle-ci est revenue du sanctuaire sous-marin, il y a huit jours, lui revient en mémoire…
Flashback
Située derrière la salle du trône où siège habituellement le Grand Pope, Athéna se reposait dans ses appartements.
Dans sa grande salle d’audience où est dressé son lit de pierre, la jeune femme s’offrait un repos bien mérité, après les efforts cumulés des jours passés.
Ceux-ci ont permis à la déesse de s’éveiller progressivement à sa conscience et à son cosmos divin.
Peu à peu, Athéna prenait le pas sur Saori. Si bien, que malgré son sommeil, elle pouvait entendre depuis le palais papal l’approche d’un Saint.
Très vite, ses sens reconnurent la démarche de Marin.
Lorsqu’elle pénétra dans la salle d’audience, elle eut à peine le temps de s’agenouiller, sans se donner la peine de s’annoncer, que déjà sa souveraine, encore étendue, la saluait.
_ « Bonjour Marin. Déjà revenue d’Asgard ?
_ En effet Athéna. Après avoir porté assistance à Seiya là-bas, j’ai jugé bon de rentrer explorer une piste que le Vieux Maître m’a convaincu de ne pas négliger. Il s’agit de reprendre les recherches sur la s½ur de Seiya. Qui sait, peut-être que Seika est réellement la Chouette ? Quoi qu’il en soit, retrouver la s½ur de Seiya, c’est se rapprocher à coup sûr du mystère qui entoure la disparition de la Chouette. »
Athéna écarta les grands voiles rouges qui séparent sa chambre et les appartements privés du Grand Pope de la salle d’audience.
Elle apparut ainsi aux yeux de l’Aigle de Zeus.
Puis passa devant le trône papal : « C’est une sage réflexion du Vieux Maître et j’imagine que Mû du Bélier est d’accord ? »
Comme pour devancer son entrée, Athéna questionna le Saint d’or qui fit irruption depuis les grandes portes par lesquelles Marin était passée avant lui.
Il ôta son heaume et posa genou à terre pour lui rendre hommage.
_ « J’imagine, Mû, que tu as retrouvé ton disciple, poursuivit Athéna ?
_ Bonjour Majesté. Oui, à peine étiez-vous rentrés au Sanctuaire que Kiki s’est précipité pour me raconter le courage dont il a fait preuve. C’était une réelle expérience pour lui et je vous remercie de me l’avoir ramené sain et sauf du royaume de Poséidon. J’espère qu’il vous a fait honneur.
_ Hormis la fougue de sa jeunesse, il est à ton image. Fidèle et courageux. »
L’époux de Médée baissa encore plus bas la tête, flatté d’une telle remarque : « Merci Athéna. »
La splendide femme d’affaires, dorénavant garante de la paix, bomba le torse et adopta un ton plus concerné.
_ « Je sais que j’ai pu faire confiance à Kiki et qu’il a donc su garder sa langue. Cependant, n’étant pas tenu au secret, j’imagine que le Vieux Maître t’a informé de mon choix d’épargner un homme ?
_ En effet. Et même si je ne discuterai pas votre décision, je reste surpris de votre choix d’avoir sauvé Kanon. »
En découvrant l’identité du rescapé qu’Athéna lui gardait secrète jusqu’alors, Marin la conforta dans son choix.
_ « La prochaine bataille que nous allons mener va demander de terribles efforts. Kanon souhaite vraisemblablement expier ses fautes, ainsi que celles de son frère. Il est tout à fait capable de mener cette future Guerre Sainte contre Hadès.
_ A ce propos, quelle est votre décision concernant les Saints de bronze qui vous ont accompagnés à Asgard et chez Poséidon, releva Mû ?
_ Conformément à ce que nous avions décidé, Seiya et les autres sont chez eux. La guerre est finie pour eux. Du moins, pour le moment.
_ Ils doivent se remettre de leurs émotions, approuva Mû. Hadès est notre guerre. La destinée de la Terre après ce combat, sera entre leurs mains.
_ En effet, reprit la parole Marin, c’est pourquoi, je vais maintenant reprendre mes investigations. Mais avant cela, il est important que vous adoubiez en secret vos Saintias. Hormis l’une d’elles, elles sont prêtes.
_ En secret, l’interrogea Athéna ?
_ Oui, répondit gravement la Saint d’argent. »
Mû se redressa inconsciemment. Le ton pris par Marin l’inquiéta tout autant qu’Athéna qui en fronça les sourcils.
_ « Pourquoi y attaches-tu une importance particulière Marin, demanda le Bélier ?
_ Tu n’es pas sans savoir qu’actuellement ton épouse mène une mission au Mexique. L’objectif est de récupérer mon Pendentif et de me permettre de me rendre en Olympe retrouver mon maître, Zeus. Afin d’éviter une Guerre Sainte tragique, il est important que je puisse assurer mon rôle d’Aigle de Zeus et que je lui rapporte que des forces agissent contre son gré. Malgré tout, le mal est peut-être déjà fait et la bataille pourrait être inévitable. Sous le consentement de Zeus, voire avec sa participation, les dieux de l’Olympe peuvent soumettre les humains à de rudes épreuves depuis leur royaume. Un royaume inaccessible pour un mortel. L’Hyperdimension disloquerait quiconque voudrait la traverser. En l’occurrence, Athéna ne pourrait transporter son armée tout entière là-bas sans y laisser toutes ses forces. Et si elle s’y rendait seule, elle serait soumise à leur toute puissance en un très bref affrontement. Enfin, si Athéna et ses Saints affrontent à distance des entités capables d’agir sur les éléments et d’emporter à chaque action la totalité de l’humanité, il ne serait même pas question de parler de guerre.
_ Il existe un moyen de traverser les dimensions pour mon armée, intervint Athéna. »
Sous son masque, Marin sourit, satisfaite de faire remonter à la surface les souvenirs de la Déesse de la Sagesse.
_ « Le Navire de l’Espoir, poursuivit Athéna. Ce bateau a été construit lors des âges mythologiques en utilisant la totalité d'un arbre divin qui poussait sur l'Olympe. Le bois exceptionnel dont il est construit en fait un bateau vivant.
_ Les récits de l’ancienne Guerre Sainte contre Hadès de mon maître Shion, prêtent à ce bateau des capacités de vol dues à l'immense pouvoir emprunté à Poséidon, ajouta Mû. Seulement, Maître Shion explique aussi dans ses récits que le navire a disparu avec le Lost Canvas quand celui-ci fut détruit.
_ Il s’agit d’un artefact divin empreint du sentiment de ses réparateurs et des volontés des gens qui ont navigués dessus, tempéra Marin. Ajoutons à cela que l’orichalque de Poséidon le nourrit aussi désormais. Il n’a pas pu être détruit.
_ Il doit sommeiller quelque part sur Terre, suggéra Athéna. »
Bien que prudent, Mû parut plutôt convaincu : « Et donc tu envisages d’investir l’Olympe par surprise grâce à ce navire ? »
Marin se tourna vers Athéna pour recueillir son approbation : « C’est une éventualité qu’il ne faut pas négliger. »
Saori laissa tomber le poids de son corps sur le dossier du trône du Pope, contre lequel elle s’appuya de ses bras.
Elle baissa la tête pour rassembler ses esprits et déduire le plan de Marin : « Investir les Saintias de cette première mission peut leur servir de test. Personne ne saurait que ma garde rapprochée est reconstituée et leur absence n’éveillerait pas les soupçons. Elles pourraient enquêter, sans que cela n’attire l’½il de l’Olympe non plus, puisqu’elles n’ont encore aucun fait d’armes à leur actif et qu’ils ne suspectent guère la reconstitution de cette caste. »
Flashback
Au silence de Marin, Katya devine que sous son masque la Japonaise leur prédit une rude mission…
Toujours dans le camp d’Athéna, au Japon, d’autres forces se mobilisent.
Sous les ruines du Coliseum où ont eu lieu les Galaxian Wars, le quartier général de la Fondation Graad opère toujours depuis le terme de la bataille du Sanctuaire.
Les longs couloirs blancs sont désormais traversés par davantage d’agents, tous pressés de transmettre de services en services des relevés d’informations.
Dans la grande salle de contrôle aux écrans géants où s’enchainent sans interruption des retransmissions des chaînes d’informations du monde entier, jumelées à des séries de chiffres et statistiques, les Steel Saints orchestrent la man½uvre.
Sho, le meneur, achève de prendre connaissance d’un bulletin qu’on lui confie. Il fixe aussitôt un agent qui pianote son clavier : « Dites à nos équipes situées au Canal du Mozambique, qu’une fois que les populations des archipels des Comores et des Seychelles auront finies d’être prises en charge, il sera nécessaire d’aller aux renforts des équipes de Madagascar. »
Daichi, le plus petit des chevaliers d’Acier, sort la tête d’une autre console : « Impossible, déplore-t-il. Je supervise moi-même les opérations sur ces archipels. Bien que cela fasse dix jours que Poséidon ait été vaincu, les moyens sur place sont limités et la population a encore besoin que la Fondation reste à son chevet. »
Sho se laisse tomber sur un fauteuil à roulette et traverse dans son élan une bonne partie de la plateforme en râlant : « Rah… Mais les eaux et les dégâts causés n’ont pas encore été totalement évacués là-bas ! »
Les portes blindées coulissantes de la salle de contrôle s’écartent pour faire rentrer le dernier des Steel Saints. Ushio, marqué d’une cicatrice à la joue, se veut fataliste : « Comme partout ailleurs dans le monde hélas. Les dégâts sont colossaux et les pertes humaines se comptent par millions. Je reviens d’Australie. Alors que le pays dispose de meilleurs moyens, la situation n’est guère reluisante. »
Les trois camarades se rejoignent au milieu de la pièce après avoir gardé un court silence.
_ « Encore heureux que Saori ait anticipé ce genre de catastrophe, tente de se rassurer Daichi.
_ Il est vrai qu’après son triomphe au Sanctuaire, une fois revenue au Japon, elle a activé de nombreux plans de sauvegarde partout sur le globe, complète Sho. Saori souhaite mettre en ½uvre les moyens modernes de son défunt grand-père, pour anticiper les changements dans le monde et être plus efficaces encore que ses précédentes réincarnations dans le monde entier. Sans le déploiement d’immense moyens de prévention en amont, les pertes auraient pu être encore plus lourdes.
_ Les pertes ont été limitées à quelques millions pour cette fois. Bien que ce chiffre soit dramatique, cela aurait pu être pire. Et lorsque les plus démunis parmi la population mondiale seront enfin totalement pris en charge, les reconstructions dans des zones de sûretés ne devraient pas être trop longues grâce à la technologie Graad, complète Ushio. »
Malgré ces nouvelles qui pourraient être réjouissantes, une pointe de scepticisme obstrue sa voix. Ce que ne manque pas de relever Sho : « Tu ne m’apparais pas convaincu pourtant. »
Pour seule réponse, Ushio s’installe derrière un ordinateur libre et commence à y enchaîner quelques notes sur le clavier.
Il sort un rapport sur la criminalité en Australie : « Ma supervision des secours apportés sur le continent australien m’a permis d’être au contact de la population. En plusieurs endroits où je suis allé, on m’a fait constater qu’il commençait à faire bon vivre avant cette catastrophe. »
Daichi apparait crédule : « Tant mieux non ? »
Sho, lui, reste circonspect : « J’ai entendu ça moi aussi dans les différents lieux où je me suis rendu ces dix derniers jours. »
Daichi demeure optimiste : « Certainement une conséquence inconsciente du rayonnement de Saori depuis qu’elle s’est affirmée Athéna ?! »
Ushio appuie sur une touche pour faire défiler une série de diagrammes qui remontent le temps, semaines après semaines, jusqu’à pouvoir lisser le taux de criminalité sur les douze derniers mois glissants : « C’est ce que j’aurai aimé croire aussi. Mais, puisque je suis l’indicateur de la criminalité depuis que le quartier général est en fonctionnement, je peux affirmer, sur la base de mes études, que cela ne correspond pas. Cela remonte à bien avant le triomphe d’Athéna en fait. Tout d’abord, lorsque Saga a accéléré ses recherches de la Cloth du Sagittaire, on voit que des crimes de guerre se sont amplifiés un peu partout dans le monde, en même temps qu’il envoyait ses mercenaires prendre des positions dans le monde contemporain. Aveuglés que nous étions par la bataille contre le Sanctuaire, nous n’avons pas vu que dans le même temps, dans le monde entier, les délits d’autres types avaient chuté. »
Daichi s’en félicite en détaillant la courbe : « En effet, depuis quelques mois dans le monde entier le nombre de délits tend à diminuer. »
Ushio presse d’un coup ferme la touche entrée ; afin de basculer cette fois-ci le détail sur tous les écrans : « Je m’en étais arrêté là, trop accaparé par les inondations d’il y a dix jours. Puis les témoignages que j’ai recueillis ici et là, m’ont obligé à creuser davantage les différents types de délits. Les premiers à avoir diminué il y a environ un an, en occultant les actes de Saga qui eux ont augmentés, sont les plus répréhensibles. Meurtres, viol et violences aggravées. Quand les taux de cette catégorie ont drastiquement chuté en quelques semaines, les délits d’une gravité, si j’ose dire, moindre, ont suivi. A mesure que chaque catégorie sur une échelle de gravité décroissante s’amenuisait, la suivante commençait à s’amenuir aussi. Sans que les précédentes ne reprennent de l’ampleur. »
Sho fronce les sourcils : « Comme si un message était clairement passé. Et qu’on éradiquait le Mal. »
Daichi commence à comprendre et tempère aussitôt : « Sauf que là il n’est plus question de Mal si j’ose dire. Regardez les vols. Les menaces sans suites. Leurs courbes sont au plus bas comme si… »
Sho en déduit pour lui : « Comme si l’idée était de supprimer tout acte qui moralement nuirait à son prochain. »
Daichi suggère : « Ne devrions-nous pas nous en réjouir ? »
Ushio garde un ton grave : « J’aimerai. Toutefois, au hasard de discussions, et d’introspection dans quelques pays, y compris les plus démunis où le vol est un moyen de subsister et de subvenir aux besoins de sa famille, acte que je ne qualifie pas d’honorable, mais qui pourrait être jugé de façon conciliante, j’ai découvert qu’une justice totalitaire s’exerçait sans procès sur les prévenus. De façon anonyme qui plus est. Une seule sentence dans chacun des cas. Une mort, plus ou moins violente selon le délit commis. »
Ushio fait défiler quelques photos : « Par exemple, nous avons un sanguinaire démembrement ici pour un coupable de viol. Là une nuque brisée par un coup sec et net pour un cambriolage sans violence. »
Daichi murmure : « Quelqu’un veut rendre la justice… »
Sho le corrige : « Quelqu’un veut rendre sa justice ! »
Ushio complète : « Pas quelqu’un. Mais plusieurs personnes. Car des actes ont été répertoriés exactement au même moment, à des lieux totalement opposés. »
Daichi saisit le problème : « Et pas n’importe qui. Ces exécutions ont lieu dans des endroits, où il est impossible de se rendre sans être vu par le commun des mortels. Chaque fois sans laisser de traces. Ni d’images. »
Ushio acquiesce : « Précision chirurgicale et discrétion assurée. Meurtre aussitôt accompli, plus personne sur les lieux. Seules des personnes douées de cosmos peuvent échapper ainsi aux moyens contemporains. »
Ce constat fait peser un lourd silence dans la salle…
Dans le même temps, en Grèce, dans les cavités insondables sous les ruines de l’Aréopage, l’armée d’Arès n’est pas en reste.
Le temple du Dieu de la Guerre, ressemble à une véritable fourmilière où près de deux-cent hommes s’activent à des tâches militaires diverses sous la houlette des trois Berserkers.
Le parvis du palais aide à favoriser l’entrainement individualisé ou bien l’instruction stratégique, en groupes, sous les ordres de Tromos.
L’organisation du ravitaillement en vivres et en informations avec le monde contemporain appartient à l’appréciation d’Atychia.
Ainsi, Vasiliás réunit ses deux lieutenants, dans le but de coordonner les actions à mener avec discrétion et efficacité sur le monde moderne, afin de préparer l’humanité à sa prise de pouvoir.
Arès en a bien conscience, bien que cela ne soit jamais assez.
Affalé sur son trône au centre de son royaume entouré de lave, il s’impatiente devant un Vasiliás venu lui rendre des comptes.
Majestueux dans sa Nightmare, il remonte frénétiquement sa montre gousset qu’il garde sans cesse avec lui.
_ « Alors ? Où en est le bain de sang que tu m’as promis ?
_ N’en sommes-nous pas là où nous devrions en être Seigneur Arès ?
_ J’ai horreur qu’on me réponde à une question par une autre. Que veux-tu dire ? »
Le Berserker de la Royauté pointe du doigt une troupe fraîchement revenue du monde contemporain, recouverte d’hémoglobine et autres phanères.
_ « Chaque jour de nouvelles escouades rentrent couvertes des tripes de cibles minutieusement sélectionnées par Atychia.
_ C’est bien ce qui me dérange… Nous agissons dans l’ombre quand tu m’as promis un carnage !
_ Nous avons déjà eu cette discussion. Tout cela appartient à ma stratégie. Vous m’avez donné les pleins pouvoirs et je les exerce comme il m’apparait opportun de le faire. D’abord, nous avons recruté une armée, qui exècre l’injustice dont elle a été victime dans le monde contemporain. Nous l’éveillons au cosmos. Nous assouvissons sa vengeance pour rendre la justice qu’elle mérite et qu’elle n’a pas reçu dans un monde protégé par Athéna. Tout ceci pour la gagner définitivement à notre cause. Une fois cela fait, nous gardons un pied dans le monde moderne pour rester aux faits des actes répréhensibles aux quatre coins du globe. Et discrètement nous rendons notre justice. L’opinion populaire en fait un acte bienveillant. Dès lors, quand nous renverserons Athéna et que je prendrai le contrôle de la Terre, vous serez érigé en dieu bienfaiteur qui m’a dicté cette conduite qu’ils ont déjà inconsciemment approuvé et félicité. Vous serez le dieu en lequel ils n’osaient plus croire. »
Bien que flatté, Arès n’en demeure pas moins incapable de contrôler son tempérament belliqueux. Il tape des poings sur les accoudoirs de son trône : « Certes ! Mais quand ?! Quand renverserons-nous Athéna justement ?! Quand viendra ce grand moment où les cadavres athéniens joncheront par centaines les allées enflammées du Sanctuaire ?! »
Dans le dos de Vasiliás, un soldat, Noir de peau, les cheveux courts et crépus, vient s’agenouiller. Il n’ose interrompre la discussion entre son dieu et son roi. Alors, dans sa tenue orange, cuirassée de rouge, il attend casque sous le bras qu’on le sollicite.
Impatient lui aussi d’en découdre, Vasiliás n’en démord pas devant son dieu. Il masque sa hâte en triturant sa montre gousset : « Patience Seigneur Arès… Patience… Nous gagnons l’opinion populaire mondiale progressivement… Tandis qu’Athéna perd ses forces dans d’autres Guerres Saintes… Bientôt Hadès attaquera. Et le Sanctuaire y laissera toutes ses forces. Nous n’aurons plus qu’à cueillir la victoire militaire, après avoir gagné la bataille des idées. »
Vasiliás prend congé et d’un hochement de tête il invite son soldat à le suivre…
Pendant ce temps, à l’extrême nord de l’Europe, à Asgard, la météo demeure douce depuis la défaite de Poséidon.
Mieux, les températures sont agréables.
Par endroit, les sols totalement déneigés apparaissent pour la première fois depuis leur naissance aux Asgardiens.
Nombreux sont les villageois qui sortent sans crainte leurs bêtes.
D’autres peuvent même tenter la culture en extérieur, en dehors des serres qu’ils faisaient péniblement tenir debout face aux tempêtes de neige.
C’est dans cette démarche, qu’Helena développe son jardin.
La fleuraison d’une plante était chaque fois un évènement il y a encore quelques jours.
Ses fleurs valaient une fortune et n’étaient réservées qu’à quelques privilégiés qui pouvaient avoir les moyens de se les offrir.
Aujourd’hui, elles égaient le quotidien des habitants de son village.
Son commerce est aussi florissant que la verdure.
Elle connaît enfin le bonheur de nourrir à leur faim ses frères et s½urs malgré la maladie qui l’affaiblit de jour en jour.
Infiniment reconnaissante envers les God Warriors qu’elle imagine, comme l’ensemble du peuple, responsable de cette accalmie, Helena se recueille au Walhalla.
Dans les jardins de la cour, devant une stèle en marbre sur laquelle est gravée le nom de Thor de Phecda, elle dépose une gerbe de fleur : « Merci Odin de nous avoir apporté des hommes si courageux pour défendre notre royaume. De les honorer ainsi de leur bravoure en nous accordant ce temps clément. »
A ses côtés, devant une chapelle encore en construction, une jeune femme blonde de haut rang parait inconsolable.
Ses longs cheveux soyeux, tombent sur ses épaules nues couvertes d’un épais pull rose au col en fourrure blanche.
Se sentant misérable dans sa robe taupe décousue par-dessus son pull jaune effiloché, Helena hésite un instant à se rapprocher de la bourgeoise éplorée.
Ridicule avec ses cheveux bruns grossièrement peignés, elle n’ose pas s’adresser à une dame de la cour.
Alors, discrètement, elle s’accroupit à côté d’elle pour déposer une autre gerbe, semblable à celle laissée à Thor.
Puis, elle se sauve presque.
Apercevant son geste de ses yeux améthyste malgré les larmes, Bedra de Edel la rappelle aussitôt : « Vous connaissiez mon fiancé ? »
Immédiatement, Helena plie le genou pour saluer la dame.
_ « Désolé Madame. Je ne cherchais pas à vous importuner.
_ Pas du tout voyons. Vous avez le droit de vous recueillir vous aussi.
_ Merci. J’ai beaucoup de respect pour Syd de Mizar en effet. Lorsque la secousse, qui était en réalité la vague de Poséidon, a frappé Asgard, tout le royaume fut ébranlé. Thor de Phecda et Syd de Mizar vinrent au secours de nombreux villageois, dont ma famille, avant d’être nommés God Warriors. Même bien avant cela, ils venaient rationner plusieurs fois par semaine nos villages, alors que nous connaissions la faim. »
Ces paroles réchauffent le c½ur de Bedra qui lève les yeux au ciel pour apprécier le soleil : « Une époque révolue, j’espère… »
Une voix impériale complète : « Nous l’espérons tous ! »
Dans une longue robe blanche surmontée d’une cape violacée et ornementée d’or, bien plus noble que l’apparence plus sobre qui était encore la sienne il y a peu, Andreas Riese apparaît.
Immédiatement, Bedra se courbe.
Alors qu’elle n’en faisait pas tant vis-à-vis de lui il y a peu encore, Helena se sent obligée d’imiter sa compatriote.
Digne, Andreas apprécie le geste et pointe du doigt la forêt d’améthyste où a combattu auparavant Alberich. L’horizon y est embrumé tout autour d’un gigantesque frêne vert.
_ « Mais je n’ai aucune crainte quant à ça. Yggdrasil semble avoir jaillit des entrailles d’Asgard peu après les obsèques des God Warriors ! Comme si Odin nous offrait ce présent pour féliciter la bravoure de nos héros. »
A l’affût, Utgarda, encapuchonné observe le médecin de la cour d’un air circonspect.
Accompagné de Sköll, son loup au pelage noir, il s’efface en toute discrétion…
Dans une dimension qui surplombe la Terre, en Olympe, dans sa demeure du Soleil, Apollon est allongé sur un de ses divans.
La chevelure semblable à un foyer crépitant, le propriétaire des lieux pioche dans un plateau quelques fruits, qui lui ont été offerts par le peuple olympien en offrande dans les divers prieurés du territoire.
Il grappille avec sa main droite dans le plat que lui tend un serviteur, et recrache les noyaux sur le sol, que d’autres valets viennent avec joie nettoyer.
Jamais l’un d’eux n’ose lever les yeux sur l’immense Majesté sauf un.
Le plus vieux et le plus atypique des domestiques.
L’incroyable Roloi, aux cheveux blancs et aux fines moustaches.
Il reste les yeux rivés sur la bille que fait rouler entre son pouce et son index gauche le Dieu du Soleil.
Si son maître contemple avec ambition l’armillaire de Chronos, Roloi, lui, l’admire.
Tout à coup, le calme malsain qui règne dans la pièce cesse. Les grandes portes qui renferment la pièce principale dans laquelle le fils de Zeus se détend s’ouvrent.
Les pierres aux teintes sombres ne peuvent couvrir les cliquetis qui résultent de la démarche d’une jeune femme montée sur escarpins.
Sublime dans sa robe violette sans bretelles qui dissimule à peine sa généreuse poitrine, Helénê apparaît devant son souverain dans sa tenue humaine.
_ « Te revoilà dans la peau de Ksénia. Toi Helénê, la plus puissante des Anges au service de l’Olympe. »
La jeune femme aux rubans violets qui se mêlent derrière sa tête à ses longs cheveux châtains s’agenouille. Sa posture laisse apparaître ses longues et fines jambes pour lesquelles Roloi bavent sans ménagement : « Je me présente devant vous, comme vous me l’avez demandé Seigneur Apollon. »
D’un geste de la main, il congédie l’ensemble de ses sujets à l’exception de Ksénia et Roloi.
Il range l’Armillaire de Chronos sous sa cape et ordonne de sa voix soutenue et malsaine : « En effet. Dans quelques heures le sceau d’Athéna qui retenait prisonnier les 108 Spectres d’Hadès sera brisé. C’est le moment de mettre notre plan en marche. Hadès va attaquer Athéna. Loki va profiter de cet instant pour activer son plan. Pendant ce temps tu pourras annoncer à Tezcatlipoca que le jour de la destruction a été décidé par Apollon. Enfin tu iras trouver le Berserker de la Royauté afin d’envoyer Arès au Sanctuaire. Athéna sera débordée. Acculée. Poséidon l’a mise en garde avant d’être enfermé. A trop agir pour les humains, elle commettra une faute. Cela lui fera quatre Guerres Saintes à gérer. Elle n’aura pas d’autre choix que de prendre des décisions qui froisseront enfin le Dieu des Dieux. »
La jolie femme à l’accent slave acquiesce : « Bien. Je me rends de ce pas à Citlali puis à l’Aréopage. »
L’Ange fait demi-tour, pour le plus grand plaisir de Roloi, qui admire son déhanché et son postérieur.
La morve au nez, le vieillard est rappelé à l’ordre par Apollon, ce qui le fait sursauter : « Roloi. Tu peux allez prévenir Héra, Hestia et Héphaïstos de la prochaine tournure des évènements. Le spectacle devrait leur plaire. »
Sur Terre, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’orée de la forêt, là où plus aucun villageois n’ose s’aventurer, après les disparitions de plus en plus importantes orchestrées par les Jaguars, un homme à la carrure digne d’une statue grecque s’exerce à faire quelques tractions en s’aidant des branches d’un arbre.
Au-delà de sa tenue négligée et de ses cheveux châtain clair ébouriffés, son visage raffiné assure à ce bel étranger un charme incontestable.
Cessant cet exercice pour se défouler en abattant quelques arbres, Nicol affiche une maîtrise de ses gestes et une agilité certaines.
Durant ses enchaînements, il maintient entre son index et son majeur une curieuse bandelette de papier où sont marqués quelques symboles en grec ancien. Son cosmos la nourrit et la fait briller d’une lumière encore plus grande que l’aura qui l’entoure lorsqu’il est couvert de son armure.
Tout à coup, alors qu’il reprend sa garde, un mystérieux objet, aussi gros qu’une sphère, verte, fonce sur lui.
Avec assurance, d’une main, il se saisit de la pastèque envoyée depuis des mètres de là, par l’épouse de Mû.
Dissimulée sous son masque de femme chevalier, la Saint du Graveur aux longues nattes vertes, se montre.
_ « Incroyable réflexe !
_ Il faut dire que tu ne me l’as pas jeté de toutes tes forces Médée.
_ Tout de même, je te l’ai presque envoyé à la vitesse de la lumière. Il faut une sacrée virtuosité pour s’en emparer sans la briser.
_ Je n’ai pas déjeuné ce matin. Je n’allais donc pas la gâcher. La partageras-tu avec moi ? »
La Muvienne s’assoit à côté de Nicol sur une souche d’arbre couchée : « Volontiers. Je ne pensais pas te trouver seul ce matin. Tu n’as donc pas passé la nuit avec Iuitl ? »
Après l’avoir coupée à une vitesse folle du tranchant de la main, Nicol tend une part de pastèque à son amie tout en fixant le soleil levant avec désappointement.
_ « Hélas, ce n’est pas aussi facile que je le souhaite avec Iuitl. Il ne se passe toujours rien. Elle repousse mes avances, en prétextant qu’elle s’attacherait trop vite et vivrait mal mon départ lorsqu’il viendra.
_ Ce n’est pas au rythme où avancent nos investigations, que nous allons partir de sitôt. Tu peux la rassurer. »
Les camarades rigolent nerveusement quelques instants.
S’en suit un long silence pesant, qui leur rappelle qu’en effet leur quête du Pendentif de Zeus est toujours au point mort.
La femme chevalier brise alors le silence.
_ « Ce bandeau blanc avec des inscriptions anciennes dessus que tu manipulais avant mon arrivée, ce n’est pas ce que je pense tout de même.
_ Si. Il s’agit d’un sceau d’Athéna. Il me vient de mon maître Arlès, qui lui-même le détenait de son frère, le maître de ton époux Mû, Shion du Bélier, notre défunt Grand Pope. Arlès me disait toujours qu’il venait de la précédente Guerre Sainte contre Hadès et qu’il n’avait pas été utilisé. Il regorge donc encore de tous les pouvoirs d’Athéna. Je le garde précieusement auprès de moi, un peu comme porte bonheur. Et peut-être qu’un jour, j’aurai à l’utiliser… »
Au Sanctuaire, au sommet des douze maisons du zodiaque, le temple des prêtresses s’est vidé.
Sublimes dans leurs robes légères et immaculées, Shoko, Erda, Mii, Xiao Ling et Maria suivent Marin qui devance Katya.
Leurs supérieures ont revêtu leurs Cloths. Cela suscite une plus grande impatience chez les futures promues.
Malgré qu’elles bouillent intérieurement, l’atmosphère demeure légère.
La brise est agréable. Le vent est tempéré et suffisant.
Surtout, ce souffle est la seule chose que les femmes entendent, hormis les pas de leurs doyennes.
Intriguée, Shoko tourne furtivement la tête derrière elle, pour s’assurer que le Sanctuaire est toujours debout.
Bien entendu, la vie suit son court plus bas.
Néanmoins, après la maison du Scorpion, dernière encore gardée, il n’y a plus âme qui vive.
Shoko réfléchit à voix haute : « On dirait que le temps est suspendu après la maison du Seigneur Milo. D’ordinaire, on aperçoit, depuis le passage secret, aller et venir quelques messagers jusqu’au palais du Pope. Comme ce beau jeune homme blond que Mii aime souvent croiser, en nous faisant croire que cela arrive de façon fortuite et pas aussi souvent qu’on ne le croit. Edward c’est ça… »
Mii s’empresse de passer ses mains sur la bouche de Shoko pour la réduire au silence, tandis que toutes les autres, Marin y compris sous son masque, pouffent de rire.
Très vite, elles arrivent dans le temple immense, qu’elles ne connaissent maintenant que trop bien.
Devenues coutumières des bons soins de Saori, depuis qu’Athéna a repris son Sanctuaire et chaque fois qu’elle y est présente désormais, les prêtresses naviguent dans les couloirs sans hésitation jusqu’à la salle d’audience du Grand Pope.
Comme à chaque fois qu’elle pénètre en ce lieu, Katya ne peut refreiner un brin de nostalgie à l’endroit de Saga qu’elle a fréquenté ici tant d’années.
Les autres, y compris Marin, elles, sont subjuguées par l’allure de Saori.
Bien qu’elles lui portent ses repas, assurent ses toilettes et se sont familiarisées avec elle ces derniers mois, elles ne lui ont jamais trouvé autant de prestance qu’en cet instant.
Debout, le sceptre fermement cramponné dans sa main gauche, sa traditionnelle robe blanche est aujourd’hui ornée de bijoux en or.
En plus de sa ceinture d’acier qui couvre son abdomen, son bustier est agrafé d’une parure dorée.
Ces ornements sont parfaitement assortis à l’épais choker autour de son cou et aux bracelets qui serrent ses poignets et ses biceps.
Pour cette tenue de cérémonie, elle ne porte pas l’épingle habituelle avec laquelle elle coiffe ses cheveux mauves mais un diadème.
Les extrémités de la tiare prennent la forme d’ailes par-dessus les oreilles et laissent pendre par-dessous des filaments couverts de diamants qui tombent jusque sur ses épaules.
Egalement élégamment vêtues, comme chaque fois qu’elles viennent à son service, les prêtresses paraissent bien sobres en comparant leurs parures et la majesté qui se dégage d’Athéna par rapport à elles.
Pour autant, Saori leur sourit avec cette simplicité et cette douceur à laquelle elles sont habituées.
Devant elle, quatre Pandora Box attendent en bas des marches qui élèvent le siège papal.
Naturellement, capables d’entrer en osmose avec leurs constellations protectrices, chaque aspirante capte instantanément l’objet de sa convoitise.
Le Petit Cheval pour Shoko, Cassiopée pour Erda, le Dauphin pour Mii et la Petite Ours pour Xiao Ling.
Immédiatement, Maria prend conscience de son sort.
Elle ne se faisait guère d’illusion jusqu’alors. Néanmoins, la voici définitivement fixée.
Marin devance ses camarades. Elle plie genou à terre, suivie de Katya derrière, puis des aspirantes alignées dans le dos de Katya.
Une fois ses sujets prosternés, le visage de Saori se raidit pour paraître plus neutre. Moins familier.
Son timbre est monocorde. Presque austère.
Elle cramponne davantage son sceptre qui rayonne dans la pièce.
Aussitôt, les Cloths se mettent à vibrer.
_ « Elles chantent, s’émerveillent en ch½ur les prêtresses ! »
Un effluve blanchâtre émane des urnes et vient trouver l’aura dorée qui entoure maintenant Athéna.
Le spectacle époustoufle les novices et assoit la toute autorité de la Déesse de la Sagesse.
_ « Marin, commence-t-elle, tu m’as certifié il y a quinze jours que ma garde personnelle est prête.
_ N’ayant rien à leur enseigner des us et coutumes d’une bonne servante, je les ai néanmoins rendues plus aguerries afin d’être prêtes sur un champ de bataille.
_ Alors ta tâche est accomplie. Je t’invite à reprendre tes investigations que le Vieux Maître et moi t’avons demandé. Tu raccompagneras Maria en partant. »
La solennité dans la voix d’Athéna, plus que l’annonce du renvoi de Maria en elle-même, mystifie les suivantes.
Gardant un ton impérieux, Athéna poursuit : « Le temps n’est plus à la charité. Maria, après toutes ces années de bon et loyaux services durant lesquels tu n’as pas failli à ta tâche de domestique, tu n’as hélas pas su montrer le moindre progrès dans l’art martial et la maîtrise du cosmos. Le temps des menaces est venu. Je vais être directement visée par des incursions ennemies. Et tout ce qui porte à ma personne sera visé. Le temple des prêtresses en premier lieu. Je ne peux y laisser, en connaissance de cause, une innocente qui sera la proie facile aux pires sévices que voudront m’infliger mes ennemis. »
Sans broncher, Marin dispose, non sans assurer une révérence avant de quitter la pièce.
Maria non plus n’émet aucune protestation. Son regard est vide, perdu dans le vague.
Machinalement, elle se relève et salue Athéna avant de suivre Marin.
Alors qu’elle passe devant elles, les filles, et à fortiori sa s½ur Katya, lèvent les yeux pour chercher son regard et témoigner de leur compassion. Toutefois, le voile de brume qui floute sa vue, prive Maria du moindre soutien, dont elle se moque éperdument au fond.
Athéna l’observe traîner les pieds et attend qu’elle disparaisse à l’horizon avant de reprendre.
_ « En témoigne le chant de ces armures à votre attention, je reconnais en vous les s½urs d’armes de Katya… »
L’effervescence des Pandora Box vient chercher et imprégner chacune des promises.
Hormis Mii qui s’oblige à garder genoux à terre pour respecter le protocole, Shoko, Erda et Xiao Ling abandonnent leur déférence. Elles laissent leurs futures Cloth entrer en osmose avec elles.
Elles regardent la vie des armures glisser autour de leurs membres, filés entre leurs doigts.
_ « … Depuis les temps anciens de la mythologie, continue Athéna, les Saintias m’ont protégée, servie et ont fait rempart de leurs vies. Ces armures ne peuvent être portées qu’au service des valeurs auxquelles j’aspire et ne jamais servir des ambitions personnelles. Votre statut est à part. Privilégié et à la fois si cruel. Vous n’êtes pas des Saints. Dès à présent, vous êtes des Saintias. Plus que des guerrières, vous êtes mes boucliers. Plus que des servantes, vous êtes mes complices. »
Les paroles d’Athéna valant adoubement pour les Cloths, celles-ci jaillissent des Pandora Box et soulèvent les corps gracieux de la garde rapprochée.
Leurs robes épousent à merveille leurs formes pour que, par-dessus, les Cloths les protègent.
Tandis qu’elles retombent fermement sur leurs jambes bardées de bronze, chacune effectue quelques mouvements pour se familiariser avec son armure.
Disciplinée, elles font preuve de la concentration nécessaire inculquée par Marin pour ne faire qu’une avec elles. Ainsi, aucune Cloth ne leur apparaît lourde et sans âme.
Devant ce spectacle dont elle ne se lasse pas, Athéna rejoint Katya qui se relève à son tour.
Emboîtant le pas à Athéna, la Saintia de la Couronne Boréale achève la cérémonie : « Shoko Saintia du Petit Cheval. Erda Saintia de Cassiopée. Alicia Saintia du Dauphin. Xiao Ling Saintia de la Petite Ours. L’heure est venue de prêter serment ! »
Les quatre nouvelles Saintias se mettent au garde à vous, poing contre le c½ur et écoutent scrupuleusement Katya.
_ « Nous, Saintias, prêcherons les sacrements d’Athéna et observerons ses commandements. »
En ch½ur, elles répètent les paroles de Katya.
_ « Nous protégerons Athéna. Nous appliquerons sa loi divine en n’étant dévouées qu’à elle, corps et âme. Nous ne lui mentirons jamais et resterons fidèles à notre parole. »
De nouveau, elles répètent sans sourciller. Puis concluent d’une même voix : « Nous, Saintias, en faisons le serment. »
Alors, Katya se retourne enfin et mime la même dignité que ses consoeurs : « Moi, Katya Saintia de la Couronne Boréale, renouvelle mon serment auprès de vous Athéna. »
Gonflant ses poumons d’autant d’oxygène que possible, Athéna se donne une stature encore plus incroyable.
Satisfaite, elle retourne en direction de ses appartements : « Parfait Saintias. Vous pouvez disposer. Retrouvez votre temple. Nous prendrons ensemble le repas de midi. Je profiterai de ce moment, pour vous confier votre première mission. Elle sera l’occasion pour vous de prouver votre allégeance et de vous distinguer. Celle-ci doit rester secrète. Tout comme votre adoubement. Interdiction de descendre à Honkios et de quitter les douze maisons. »