Chapitre 29 - Un Ange étrange

Le Sanctuaire reprenait un rythme calme après les évènements de la Journée Sainte. Sur Yíaros, les hébéïens apprenaient malgré eux à vivre sous l’influence des athéniens.
Mais le plus important durant cette phase de transition restait les évènements troublants sous les océans et au Canada…


Chapitre 29 - Un Ange étrange


Canada, région de Nunavut, ville d’Arviat :

22 juillet 1985.
A l’extérieur de la petite bourgade, sur une route enneigée déserte, un homme atterrit depuis les airs jusqu’au parterre givré. Il s’écrase la tête la première, le corps tuméfié et le visage ensanglanté.
Il rampe difficilement, en regardant derrière lui comme pour fuir l’animal féroce, responsable de son calvaire. Celui-ci ne tarde pas à dévoiler son identité.

Un homme corpulent qui devance sept de ses semblables, aux cheveux longs et quasis étouffés par un casque noir, muni en son sommet d’une corne acérée, s’avance jusque sa victime.
Il est couvert d’une armure noire qui copie au détail l’armure de bronze de la Licorne et qui couvre ses vêtements sombres.

En se frottant sa grosse moustache il écrase du pied l’homme vêtu d’un costume noir arraché :
Ankoku Monoceros - " Est-ce bien ici que vit ton patron ? "
L’employé - " Je vous l’ai déjà dis, notre directeur est très discret sur sa vie privée. La seule adresse que nous avons dans nos fichiers, est celle-ci. "
Le chevalier noir de la Licorne lève les yeux en direction d’un homme recouvert d’une version ténébreuse de l’armure d’or des Gémeaux :
Ankoku Monoceros - " Gémeaux Noir, as-tu encore besoin de lui ? "
Le visage dissimulé sous son heaume, le Gémeaux maléfique répond d’une voix venue d’outre-tombe :
Ankoku Gemini - " Non. N’oublions pas que nous devons rester discrets pour accomplir cette mission. Personne ne doit être capable d’identifier des chevaliers, qu’ils soient d’Athéna ou d’un autre dieu. "

Comprenant très peu les propos de son chef, la Licorne Noire se gratte derrière la tête, secouant ainsi ses longues bouclettes qui tombent de son casque. Il regarde enfin sa victime et lui sourie bêtement :
Ankoku Monoceros - " Je n’ai pas tout compris à ce que raconte notre chef. J’ai seulement retenu qu’il fallait en finir avec toi. Alors… "
Sans même finir sa phrase, il soulève son énorme pied, qu’il abat sur le crâne du salarié de l’entreprise familiale de Vasiliás…

Observant cette scène macabre, les sept autres Ankoku Saints restent de marbre.
La Licorne, le Lynx, la Lyre, l’Aigle, l’Ophiucus, le Sagittaire, le Scorpion et les Gémeaux… En un grondement de tonnerre, ils se dispersent aussitôt à l’orée de la ville…


Sous la Méditerranée, loin dessous les abysses :

Couvert de sa Scale orangée et dorée, Kanon, le visage à peine discernable sous son heaume, sort du temple dans lequel il a élu domicile en compagnie de ses pairs.

Reculé à quelques kilomètres du temple de Poséidon, établi au beau milieu d’un village d’une centaine d’habitations où résident les soldats et leurs familles, le temple des Généraux a été érigé il y a des millénaires et sert de poste de commandement aux plus puissants guerriers de Poséidon.
Aux alentours, vivent les descendants d’une poignée d’humains désignés par Poséidon à l’époque du grand déluge. Depuis la nuit des temps, ces fidèles consacrent leur temps à la perfection de ce qu’ils entreprennent : entraînement et éveil au cosmos, prières et entretiens des cultes de leur dieu, créations d’armures et d’armes, pêche et culture d’algues dans les lagons qui se trouvent au milieu des récifs coralliens qui dominent le décor.


Derrière Kanon, le cliquetis métallique d’une Scale contre les dalles rocheuses blanches se fait entendre. Sans se retourner, Kanon reconnaît à sa cosmo énergie et au froid qui s’en dégage le finlandais Isaac.
Arrive ensuite Io, le nouveau venu qui s’entraîne à des kilomètres de là, près du pilier du Pacifique Sud sur lequel il doit veiller, tandis que Krishna surplombe le reste des Généraux depuis une colline qui domine le village.
Thétis bondit de roches en roches, pour enfin venir se prosterner devant ses supérieurs, tandis que Kassa arrive par là où sont apparus Kanon et Isaac en ricanant. Légèrement voûté vers l’avant, le portugais constate :
Kassa - " L’équipe est presque au complet n’est-ce pas ? "
Le meneur des hommes de Poséidon lui répond d’une voix grondante :
Kanon - " Effectivement, seul Sorrento n’est pas encore au Sanctuaire sous-marin. Il a pour mission de veiller sur la réincarnation de notre majesté, en attendant que celui-ci décide de mener nos troupes à la surface. Aujourd’hui va être un grand jour, le Cheval des Mers, notre dernier semblable, va enfin nous rejoindre. Sa Scale s’est éveillée aujourd’hui, preuve qu’il a été reconnu comme nous tous.  Kassa observe cet homme depuis des mois et s’en est fait un ami à qui il transmet la passion de Poséidon… "
Le Général des Lymnades frotte sa joue blafarde avec son longs ongles en affichant un sourire ravi :
Kassa - " Dragon des Mers, si la Scale du Cheval des Mers a réagi, c’est qu’elle reconnaît définitivement Bian comme étant prêt à la porter. "
Kanon - " Exactement. Il est temps que tu mettes ton plan à exécution. Détache-le de cet homme au puissant cosmos qui l’accompagne et ouvre-lui les yeux sur sa destinée. "


Au Sanctuaire d’Athéna, à Noioso, un village du sud :

Dans cette zone du Sanctuaire, où la population est surtout composée de vieillards, d’esclaves affranchis et d’apprentis chevaliers ou soldats devenus infirmes, le lieutenant Arachné, Saint d’argent de la Tarentule s’ennuie à mourir.
Rares sont les animations qui permettent de se distraire. Les tavernes sont délabrées, à peine fréquentées et les femmes qu’il y trouve, sont toutes des veuves de soldats et des femmes insatisfaites de leurs époux invalides.
La jeunesse prometteuse de cette contrée du domaine sacré fuit pour gagner Honkios, au centre, ainsi que les villages de l’ouest et de l’est où le travail se trouve plus facilement.

Seule une beauté subsiste dans cette zone. Courtisée par Arachné et ses soldats, elle élève seule son fils dont personne ne connaît le géniteur.
C’est dans son village de Noioso que cette fleur vit au milieu d’une terre aride.
Dans un logis aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille, au sol argileux et au mobilier monté avec des matériaux récupérés des fermes avoisinantes, vit cette vénusté aux grands yeux océan et aux longs cheveux roux.
Sa peau blanche et son allure frêle lui donnent un aspect angélique. Ses petits pieds nus avancent gracieusement jusqu’à sa couche, faite de paille et couverte d’une épaisse étoffe. Elle défait sa toge blanche, afin de libérer son corps de ses vêtements qui couvrent sa petite poitrine et son intimité.

Myrrha, de son prénom, fixe avec émotion un bel homme au corps d’athlète, aux cheveux bleus teintés de reflets verts, étendu dans le plus simple appareil sur ce lit de fortune.
Ses doigts délicats viennent lui caresser ses pectoraux et dévalent délicatement ses abdominaux d’acier. L’homme au grain de beauté sous son ½il gauche, considéré comme étant le plus beau du Sanctuaire, laisse s’allonger contre lui la jeune femme…


Canada, région de Nunavut, ville d’Arviat :

A proximité des calottes glaciaires, sur la baie de Baffin, Bian s’essaie à nouveau à son arcane meurtrier.
Son Souffle Divin arrache la banquise et provoque un grondement retentissant partout dans les environs.

Cette manifestation de cosmo énergie, ne passe pas inaperçue auprès de cet homme, portant une version masculine de l’armure d’argent de l’Aigle. Cette copie sombre forme sur le corps de ce chevalier noir une cuirasse à l’apparence épaisse en comparaison à son corps rachitique.
Ses yeux de rapace s’accommodent à merveille à son visage creusé où quelques mèches rosées de sa chevelure hirsute, passent par-dessus son diadème orné d’un aigle au beau milieu du front.

L’Aigle Noir bondit de roches en roches en écartant dans les airs ses bras, tel un volatile arborant son plumage.
Il arrive rapidement sur les rives gelées de la baie et découvre le canadien aux cheveux grisonnant qu’est Bian.
L’autochtone reconnaît par le physique de cet intrus ce que Vasiliás lui a toujours décris comme étant un chevalier :
Bian - " Qui es-tu chevalier ? "
D’une voix aigue, l’Ankoku Saint ne daigne même pas répondre et présente directement ses intentions :
Ankoku Aquila - " Vasiliás, sur ordre du Grand Pope, je suis venu t’exécuter. "
L’ami de l’américain, comprend immédiatement que le Sanctuaire a retrouvé sa trace. Se gardant bien de dévoiler son identité, Bian se fait passer pour son camarade.

Le futur Marinas, ne réagit pas par la parole à l’annonce faite par le maléfique guerrier, il privilégie l’action.
À une vitesse surpassant celle du son, Bian surgit devant la menace que représente le guerrier à l’allure chétive et s’en défait sans perdre de temps :
Bian - " God Breath ! "
En déployant ses bras devant son adversaire, Bian déclenche un souffle surpuissant qui l’emporte à plus de dix mètres du sol et le déchiquette.
L’Ankoku Saint retombe sur la banquise, face contre sol, la Cloth en morceaux et la chair en lambeau.

Bian sourit devant le cadavre et semble satisfait de sa technique :
Bian - " J’ai réussi à le vaincre sans déclencher mon attaque à pleine puissance ! "
A cela, un timbre grave résonne dans l’atmosphère qui se déchire devant le canadien pour laisser apparaître le Gémeaux Noir :
Ankoku Gemini - " Très bien… Dans ce cas tu vas pouvoir nous faire la démonstration de tous tes talents. "
Bian lève alors les yeux et fait le tour de lui-même, pour remarquer qu’il est maintenant cerné par les sept camarades de sa victime.
Pourtant cela ne l’effraie pas, Vasiliás lui a déjà évoqué la légende des chevaliers noirs, ces renégats ayant échoués à l’accession d’une armure et ayant endossé les armures du mal à des fins personnelles.
Il se met en garde immédiatement et fixe le visage ombragé du Gémeaux Noir dont les deux faces du heaume représentent le malin.
Durant de longues secondes, il reste ainsi, sans trembler, à écouter les rires alentours de ces sept adversaires jusqu’à ce que, soudain, la glace se brise sous ses pieds.

Agile, le futur Général exécute un saut périlleux prodigieux et atterrit sur le bloc de glace le plus proche.
De sous l’eau glaciale, apparaît l’origine de ce fracas. Un homme grand et fin arbore un sourire en coin. Ses cheveux longs, du même bleu marin que ses vêtements, frottent jusqu’au sol. Il se montre vêtu d’une armure qui n’est en rien semblable à celle de ses acolytes.
Celle-ci marine et grise métallisée présente un éclat bien moins apocalyptique. D’ailleurs, cette distinction fait de lui le meneur de cette troupe.

Bian examine la Cloth du nouvel arrivant : « D’une grande luminosité, elle couvre uniquement les zones vitales de son porteur et non l’entièreté de son corps, pour lui laisser une liberté de mouvement essentiel à l’exécution de ses missions… Voici donc un chevalier de bronze ! »
Toutefois, ses pensées le tracassent, Vasiliás lui a pourtant certifié que les chevaliers du zodiaque et les chevaliers noirs étaient ennemis, alors que là le Saint de bronze n’est en rien hostile à eux.
Le Gémeaux Noir apporte plus de précision à ses interrogations :
Ankoku Gemini - " Devons-nous te laisser l’honneur d’achever toi-même ton disciple, Klok Saint de bronze de l’Horloge ? "
A cette annonce, Bian comprend enfin que cet homme n’est autre que le néerlandais qui a instruit Vasiliás lorsqu’il arriva au Sanctuaire.

Klok pose sa main gauche sur sa hanche et déclare :
Klok - " Ce n’est pas Vasiliás ! "

Du haut d’un glacier, une magnifique jeune femme aux cheveux d’un blanc éclatant et portant une version féminine et sombre de l’armure d’or du Scorpion réagit :
Ankoku Scorpius - " Cet homme a tué notre camarade en une fraction de seconde. Alors s’il n’est pas celui que nous devons exécuter, qui est-il ? "
Klok - " Je n’en sais rien, mais il n’a pas sourcillé lorsque Ankoku Aquila l’a confondu avec Vasiliás. Il doit le connaître. "
Ankoku Gemini - " Peu importe, s’il s’est battu contre l’Aigle Noir, c’est qu’il a l’intention de protéger Vasiliás jusqu’à la mort. Il ne parlera pas, il ne nous est donc d’aucune utilité. "
Une seconde jeune femme, plus imposante physiquement que le Scorpion Noir, grande et dotée d’une musculature aussi remarquable que celle de Docrates, le visage maculé de cicatrices immondes, habillée d’une copie ébène de l’armure de Shaina intervient alors.
En se déplaçant d’une vivacité encore plus grande que celle de Bian contre l’Aigle Noir, elle arrive au-dessus de lui et abat ses deux mains aux ongles longs et sales dans sa direction :
Ankoku Ophiuchus - " Ankoku Claw ! "
Les Griffes du Mal déchirent les vêtements de Bian et lacèrent sa peau, tout en faisant voler en éclat l’iceberg, sur lequel il a précédemment atterri.

Torse nu, ne portant plus son pantalon que comme un short, Bian essaie de ne pas sombrer dans l’eau glaciale, tandis qu’un nouveau Saint noir s’élance dans les airs au-dessus du point d’impact, pour suppléer la femme bodybuildée.
Il porte la sombre imitation de l’armure de bronze du Lynx. Tout aussi athlétique que l’Ophiucus Noir, il abat de la même façon qu’elle ses bras en direction du canadien en mauvaise posture :
Ankoku Lynx - " Ankoku Claw ! "
Bian reçoit de nouveau les Griffes du Mal qui découpent l’espace d’une seconde l’écume en de fins cubes d’eau et entaille plus profondément la chair de Bian qui coule au fond de l’eau. Ne laissant remonter à la surface que son hémoglobine qui drape la surface aquatique.

Le Lynx Noir se réceptionne juste à côté de l’Ophiucus Noir qui l’embrasse aussitôt à pleine bouche afin de partager avec elle cette victoire que ce surprenant couple vient de remporter.
Pendant ce temps, la dernière femme composant l’équipe des chevaliers noirs, protégée par une Cloth noire et féminisée de la Lyre, approche du cadavre de l’Aigle Noir. Bien qu’elle ait le crâne rasé, cela n’altère en rien à sa beauté renforcée par l’expression mélancolique qui noie ses yeux de chagrins :
Ankoku Lyra - " Ankoku Aquila espérait plus que tout revenir en grâce aux yeux du Pope en accomplissant cette mission… "
Ankoku Gemini ajoute :
Ankoku Gemini - " Il est vrai que sur les conseils de Jango et suite aux ordres de Guilty, j’ai abandonné mon poste de Seigneur Noir laissé au Pégase Noir et ait débauché les meilleurs d’entre vous pour être reconnu aux yeux du Grand Pope, en acceptant d’accompagner Klok le chevalier de bronze de l’Horloge. Klok nous a averti du danger que représente Vasiliás mais ayant moi-même, ainsi que certains d’entre vous, le niveau d’un chevalier d’or et après avoir suivi l’entraînement du Sanctuaire pour acquérir ces Cloths, je ne pensais pas qu’il faudrait se méfier autant de notre ennemi. "
Klok ne les rassure en rien :
Klok - " En effet, cet homme disposait d’un fort potentiel, mais celui-ci n’est rien par rapport à celui de Vasiliás. Je dois avouer que faire équipe avec des chevaliers noirs ne me ravit absolument pas. Cependant les ordres du Pope sont clairs et s’il faut demander de l’aide à des renégats, plus puissants qu’un simple chevalier de bronze comme moi, pour exécuter un autre rebelle, qu’il en soit ainsi. Connaissant les capacités de Vasiliás, je suis donc tout aussi déçu que vous, par la perte de votre homme. "
Ankoku Gemini lève son bras gauche vers le ciel et claque des doigts pour conclure cet entretien. A cet instant, tous disparaissent et partent à nouveau à la recherche de Vasiliás, laissant revenir à la surface le corps de Bian dont la main s’agrippe à la banquise…


A quelques kilomètres de là, une demi-heure plus tard, dans la chambrette impeccablement rangée de Vasiliás où, sur le valet de chambre, est impeccablement posé son costume blanc, des exclamations de plaisir sont à peine contenues.
Les retrouvailles entre Vasiliás et Ariel paraissent passionnées, toutefois, de sous les draps du lit positionné au milieu de la pièce, sort la mine resplendissante de l’américain, ainsi que celle satisfaite de Dolly.
Sa frange et ses longs cheveux blonds totalement défaits, elle pose sa tête sur le torse magnifiquement dessiné du discret homme d’affaires.
Ne prononçant pas un mot, il passe sous le fin tissu qui les couvre de leur totale nudité et caresse sa belle poitrine rebondie.
Dolly apprécie grandement que Vasiliás ait enfin remarqué sa présence :
Dolly - " Si tu savais à quel point j’attendais ce moment. "
D’un ton blasé et inhabituel, Vasiliás s’étonne :
Vasiliás - " Ce n’était donc pas un moment d’égarement ? Et depuis tout ce temps tu étais avec Bian sans même l’aimer ? "
Sans qu’elle ne le remarque, Vasiliás se met à sourire perfidement en entendant des pas résonner dans le chalet…

Une main couverte de sang ouvre délicatement et avec difficulté la porte de chambre, tandis que Dolly répond à Vasiliás :
Dolly - " Bian est bien gentil, il est drôle et attentionné mais il n’a pas ta beauté et ta culture qui font de toi un homme par… "
La vénusté n’a pas le temps de finir sa phrase, que déjà Bian surgit dans la pièce où il s’effondre, défiguré, noyant la moquette de son sang.

Souffrant mille morts dans ce corps mutilé, Bian sent maintenant son c½ur se déchirer, en découvrant son meilleur ami, son mentor, son frère, profiter du corps aux formes parfaites de sa petite amie. Au plasma coulant de ses joues, se mêlent ses larmes qui lui rongent sa peau écorchée. Il vient de surmonter la mort qui lui tendait les bras, pour protéger son ami et le prévenir du danger qui le guette, la surprise de le voir dans cette position, n’en est que plus insupportable.
Confuse, Dolly se recroqueville dans la couverture tandis que Vasiliás se met aussitôt debout, affichant sans complexes son physique gracieux et son intimité :
Vasiliás - " Bian… Mon ami… Ecoute… Je… "
Il s’approche petit à petit de lui, en constatant l’état physique inquiétant de ce dernier :
Vasiliás - " Mais… Qu’est-ce que… "
Puisant dans ce qui lui reste de forces, Bian décoche une puissante droite en pleine mâchoire de Vasiliás qui part s’écraser dans le mur proche duquel sont déposés ses vêtements.
Les jambes flageolantes, il déclare enfin :
Bian - " Le Sanctuaire… Il t’a retrouvé… "
Vasiliás se défait du plâtre et de la brique dans lesquels il est encastré et ramasse ses vêtements. Il attend que Bian détourne son attention de lui pour sourire machiavéliquement.
Dolly approche à son tour Bian en masquant son corps de déesse avec le tissu de soie sous lequel elle vient de passer d’agréables moments :
Dolly - " Bian… Mon amour… "
Bian ne pose même pas les yeux dans sa direction, il lui tourne le dos et part se diriger vers les sanitaires, en espérant y trouver de quoi couvrir ses plaies :
Bian - " Rhabille-toi et dégage d’ici ! "

Vasiliás finit d’enfiler sa veste et s’approche de Bian pour l’aider à se tenir debout mais celui-ci le rejette. Il le pointe du doigt et ouvre la bouche pour le congédier :
Bian - " … "
Inopinément, une immense secousse empêche Bian de prononcer le moindre mot, la maison est soufflée et s’écroule sur le trio pris par surprise…


Sur Yíaros, à l’ouest, près des montagnes qui bordent la côte :

Philémon atteint les corps de fermes les plus reculés de l’île, afin de veiller à ce qu’aucun habitant ne projette clandestinement de fuir la cité, ou d’y préparer un mauvais coup.
Poli, aimable et charitable, il assiste même les braves gens à traire leurs animaux, ou à soulever des ballots de paille.
Aussi, il préfère porter sa tenue d’entraînement plutôt que son armure, afin de paraître plus abordable pour les hébéïens.

Après quelques heures, durant lesquelles il a travaillé la terre, le petit grec quitte une famille de cultivateurs, en les saluant en faisant de grands signes de bras, souriant et affichant dans ses grands yeux bleus une profonde sympathie.

Sur le chemin du retour, après avoir défait son plastron au métal rouillé, il ôte son maillot noir sous laquelle il est torse nu et replie ses bas de pantalons pour laisser ses mollets à l’air libre.
Il s’assied sous un arbre, à l’ombre, et arrache une brindille qu’il met à sa bouche avant de s’allonger dans l’herbe touffue en espérant s’y reposer avant de rentrer. Enfin, tout en restant couché, il demande à voix haute :
Philémon - " Quand comptes-tu me lâcher ? "
Philémon ouvre seulement son ½il gauche par lequel passe une longue cicatrice qui part de son front et s’achève à sa joue. Il observe en haut de l’arbre sous lequel il se repose, la silhouette d’une femme aux courbes généreuses.

Désormais découverte, elle se laisse tomber du haut du végétal et atterrit sur ses pieds devant le chevalier aux cheveux bruns hirsutes. L’intruse passe ses longs cheveux lilas derrière son dos et prononce d’un air froid :
Baucis - " Crois-tu que ces bonnes actions auprès du peuple servent à te racheter à leurs yeux ? "
D’une voix tout à fait amicale, le chevalier du Lièvre rectifie :
Philémon - " Me racheter ? N’oublie pas que la coupable dans cette Guerre Sainte c’est Hébé. C’est elle qui a déclaré les hostilités, en attaquant le Sanctuaire. Je trouve juste dommage que son peuple en pâtisse. Mais j’imagine que cela n’est pas la réelle cause de ta présence à mes côtés, Baucis Alcide de la Biche de Cérynie ! "
Habillée d’un court bustier grenat qui cache à peine sa poitrine sur-volumineuse et d’un short de la même couleur qui couvre presque ses fesses rebondies, la pulpeuse guerrière enlève son masque de femme chevalier :
Baucis - " Evidemment ! "
Philémon relève son buste et la dévisage avec insistance :
Philémon - " La fois où j’ai brisé ton masque, ton visage était maculé de sang, je n’avais pu admirer ta beauté. "
L’Alcide rougit mais n’en décolère pas pour autant :
Baucis - " Tu sais qu’il faudra que je prenne ta vie tôt ou tard, alors pourquoi ne pas rester sur tes gardes ? "
Philémon - " Parce que m’attaquer dans la situation actuelle serait du suicide pour ton peuple. La population s’est rendue et le grand prêtre Acis qui la représente, a ratifié un traité de paix avec nos chevaliers d’or. Tuer un chevalier de bronze, alors qu’il est désormais un des magistrats de cette île, reviendrait à entacher ce traité et conduire au massacre les tiens. Ce n’est pas ce que tu veux et ce n’est pas ce que je veux non plus… "
Philémon s’assit les jambes croisées et achève sa phrase :
Philémon - " … De plus, rien ne dit que tu parviendrais à gagner contre moi, vu que lors de notre combat j’avais nettement l’avantage ! "
En entendant ces mots, le sang de Baucis ne fait qu’un tour et la voici qu’elle se jette sur le Saint qui malgré, son mètre cinquante-huit arbore une musculature impressionnante.

Il ne réagit pas et se laisse plaquer au sol tandis qu’elle prend son élan, le poing serré. Elle abat son poing juste à côté du visage de Philémon, lui éraflant la joue et creusant un cratère dans lequel il tombe tous les deux, elle sur lui, lui toujours couché sur le dos et arborant un sourire enfantin, malgré les griffures sur son visage.

Baucis est enragée :
Baucis - " Qu’est-ce qui te fait rire ? "
Le grec se retient l’espace d’une minute et plonge ses yeux bleus dans ceux de Baucis qui sont d’une couleur tout à fait semblable :
Philémon - " C’est la première fois qu’une femme aussi belle est allongée sur moi ! "
La Biche de Cérynie se dégage illico et part réajuster son masque, en dressant à nouveau avec rage son poing :
Baucis - " Comme les vôtres, nos armures sont vivantes. La mienne a nécessité énormément de mon sang et repose dans sa Pandora Box. Lorsqu’elle sera enfin régénérée je te donnerai la mort. "
Philémon continue de sourire et murmure en la voyant partir :
Philémon - " Pour revenir d’elle-même à la vie sans la faire réparer par un alchimiste, une armure met énormément de temps malgré le sang et sa Pandora Box. J’ai encore le temps de m’y préparer… "


Sous la Méditerranée, loin dessous les abysses :

Loin du temple de Poséidon et de ses appartements, le Dragon des Mers observe les coraux scintiller et admire le décor maritime somptueux.
Ses pieds, chaussés de sa Scale, piétinent les nombreuses marres d’eau salée qui forment sur les roches rongées par le sel, un parterre aux formes creusées de façon inégale.

Voici maintenant douze ans qu’il vit en ce lieu. Pourtant, malgré tous les endroits merveilleux qui lui ont été donné de voir, qu’il s’agisse de l’île d’Yíaros ou du Sanctuaire d’Athéna, Kanon n’a de cesse d’apprécier les paysages naturels et l’architecture antique des temples du monde sous-marin.

Son état d’extase cesse lorsque soudain des rires d’enfants viennent jusqu’à lui.
Il reconnaît les exclamations de plusieurs gamins, garçons et filles, vêtus de vêtements traditionnels de la Grèce antique, comme au Sanctuaire d’Athéna, se courant les uns après les autres en spartiates ou pieds nus.
L’attroupement se rapproche du Marinas et stoppe net devant lui.

Le Général, le visage ombragé par son heaume, se tient droit sans rien dire.
Les jeunes amis reculent d’un pas tremblotant en raclant leurs gorges.
La voix grave du régent du royaume en l’absence de Poséidon finit par engager la conversation :
Kanon - " Que faites-vous si loin de la citée ? "
Ces enfants de soldats ne savent quoi répondre.
Kanon ôte son casque, libérant ainsi son opulente chevelure bleu foncé et présente son visage dur aux sourcils froncés. Pourtant son ton est concilient :
Kanon - " Il est interdit à quiconque n’appartenant pas à l’armée de sa Majesté Poséidon, de quitter la citée. Les vastes étendues où nous nous trouvons sont des zones d’entraînement pour les Marinas. Je ne veux plus vous voir ici. "
Les enfants hochent la tête et passent derrière Kanon, encore plus vite qu’ils ne sont arrivés jusqu’à lui, pour rentrer chez eux.

De nouveau seul, le grec soupire, en parlant à l’adresse d’un immense rocher, sur lequel tombe un filet d’eau depuis le plafond et coule comme une fontaine, une fois arrivé sur le sol :
Kanon - " Nous sommes enfin seuls. "
Encapuchonné, le mystérieux récepteur du message sort de sa cachette.

Le voile blanc qui couvre entièrement le destinataire de la remarque, descend jusqu’au sol humide et flotte dans les flaques.
Kanon sourit sournoisement et balance son casque sur l’intrus. Celui-ci est correctement saisi par les bras fins, et les doigts délicats aux longs ongles, parfaitement manucurés, dévoilant ainsi un peu plus son identité.
Par un tel mouvement le manteau s’ouvre et présente sous celui-ci, une tenue contemporaine, habillant de façon sensuelle une jolie jeune femme brune, aux cheveux coiffés de quelques rubans violets et aux yeux topaze.
Ses lèvres pulpeuses maquillées aux couleurs de ses ornements capillaires s’entrouvrent pour laisser son magnifique accent slave envoûter l’homme à l’allure impénétrable :
Ksénia - " Je te trouve bien clément envers de simples enfants pour un homme qui complote contre les dieux. "
Elle lui renvoie son casque qu’il réceptionne en répondant :
Kanon - " Tu l’as dis toi-même, ce ne sont que des enfants. "

Le Marinas garde sa protection sous le bras tandis que Ksénia s’approche par petits pas avec un déhanché gracieux jusqu’à lui :
Ksénia - " Tu dois être comblé désormais, ton armée va être complète. "
Elle arrive jusqu’à lui et dépose ses mains en appui sur sa cuirasse, à hauteur de l’abdomen. Ensorcelé par la beauté de celle, qu’il ne rencontre pas pour la première fois, Kanon reste plongé dans son regard :
Kanon - " Je vais en effet réunir auprès de moi tous les Généraux des Mers. Cependant les générations passent et le nombre d’humains fidèles à Poséidon et résidants en son royaume sous-marin s’amenuise. Aujourd’hui je déplore un nombre d’à peine cent soldats, au niveau plutôt lamentable, à peine aussi élevé qu’un Saint de bronze d’Athéna pour les plus talentueux. Le reste du peuple est composé de femmes et d’enfants encore trop jeunes pour manier les armes. "

Elle approche avec sensualité jusqu’au visage de Kanon, en se levant sur la pointe des pieds. Ses lèvres frôlent les joues du bel homme et glissent dans son cou, jusqu’à son oreille gauche dans laquelle elle susurre :
Ksénia - " Crains-tu donc pour tes chances de succès ? "
Kanon agrippe brusquement la vénusté par les épaules, comme s’il voulait garder le dessus dans ce jeu de séduction et affiche spontanément un visage machiavélique :
Kanon - " Absolument pas ! Toutefois je ne tiens pas à ce qu’en une bataille nous puissions perdre trop d’hommes. "
Ksénia se défait de l’étreinte du grec, en mouvant ses épaules comme pour lui faire remarquer que cette prise brutale n’était pas convenable :
Ksénia - " Allons, n’as-tu pas pensé à d’autres solutions, que de te lancer dans une lutte sans merci contre Athéna ? "
Kanon - " J’ai déjà imaginé me servir de dieux mineurs, auprès desquels j’aurai vendu la cause de Poséidon, en leur promettant de participer au partage de la Terre. Malheureusement, mon frère s’est montré bien plus intelligent que je ne l’aurai cru et son emprise sur le Sanctuaire s’est soldée par un rappel de force des positions athéniennes dans le monde auprès de ces dits dieux. "
Ksénia - " Sous-traiter la guerre contre le Sanctuaire est une très bonne idée et je comprends que tu sois ennuyé par la prise de pouvoir athénienne par Saga. Néanmoins, il reste parmi les dieux, le plus puissant dieu nordique qui dispose d’une armée presque comparable au statut des douze Saints d’or et des sept Généraux des Mers. "
Kanon - " Tu fais très certainement allusion au dieu Odin et à ses Guerriers Divins. Pourtant tu omets la fidélité de la famille de Polaris envers Athéna. Représentante d’Odin sur Terre depuis des millénaires, la famille de Polaris a toujours présenté un visage pacifique. "
Ksénia - " Il manque seulement à Hilda de bonnes raisons et un allié convaincant. Un élément déclencheur en quelque sorte. Asgard n’est pas le seul royaume du grand nord. Heureusement pour toi, je nourris quelques relations privilégiées avec Alexer de Blue Graad. A Blue Graad, le fils de l’empereur Piotr entretient de fortes ambitions de conquête. Seul il est faible mais avec les guerriers d’Odin à ses côtés, il pourra mener cette Guerre Sainte qui se révèlera être une catastrophe pour le monde. "
Kanon - " Effectivement, une Guerre Sainte impliquant l’absence de prières d’Hilda provoquerait la fonte des glaces aux pôles. La terre se retrouverait sous les eaux et la planète sans autres protecteurs que Poséidon, après une guerre dévastatrice entres les royaumes du grand nord et le Sanctuaire. Je pourrai alors dominer le monde au nom de Poséidon, tout en gardant à ma botte mes Marinas. "

Convaincue que son plan est infaillible, Ksénia se mordille sensuellement les lèvres en s’imaginant déjà victorieuse :
Ksénia - " Exactement. Il ne me reste plus qu’à convaincre Alexer de s’allier à Hilda. "
Elle tourne presque aussitôt les talons pour prendre congés de Kanon, lorsque celui-ci la retient par le bras et la tire jusqu’à lui.
D’un ½il soupçonneux, il lui demande alors :
Kanon - " Ksénia, Ksénia, Ksénia… Qui es-tu donc réellement ? Depuis ma prise de fonction au sein de l’armée de Poséidon, tu t’es toujours montré être d’excellents conseils. Tu dissimules un cosmos infiniment grand et tu profites de la vie, sur cette planète au milieu des hommes, alors que tu complotes contre eux. "
Ksénia affiche une mine friponne et un sourire magnifique qui s’accorde à ravir avec son tatouage rose présent sous son ½il gauche. Elle déclare simplement :
Ksénia - " Je ne suis que le messager de mon maître. Une entité dont tu ne peux même pas imaginer l’existence et pour qui la domination de Poséidon sur Terre serait d’une grande utilité, que cela soit de la volonté du dieu lui-même, ou bien de celle de l’humain qui le manipule. "
Intrigué par cette jeune femme dont le nom signifie en grec, langue maternelle du jumeau de Saga, « étrangère », il essaie de lui prendre un baiser en se précipitant sur ses lèvres pulpeuses. Celle dont l’élégance frôle la perfection, recule légèrement son visage pour le distancer de celui du Marinas, qui se retrouve bien penaud une fois à bout de course.
C’est lorsque celui-ci constate qu’il se retrouve bêtement dans une position défavorable, qu’elle en profite pour venir lui déposer un tendre baiser sur le coin de la lèvre.

La sensation de ce bref échange est si agréable que Kanon lâche instinctivement sa prise et libère le bras de Ksénia :
Kanon - " Où vas-tu à présent ? A Blue Graad, trouver Alexer ? "
Ksénia - " J’ai à faire avant cela mais ne t’en fais pas, je te tiendrai informé de l’évolution de mon projet pour le grand nord. "
L’intrigante demoiselle quitte enfin le monde sous-marin en disparaissant sous la forme d’un mirage dont l’image transparaît jusqu’à se dissiper totalement au gré du vent…


Canada, région de Nunavut, ville d’Arviat :

Après l’explosion qui a fait écrouler la maison où se trouvent Vasiliás, Bian et Dolly, à l’intérieur de l’immense nuage de fumée, provoqué par la chute des décombres, les Saints Noirs se camouflent des regards indiscrets du voisinage qui sort immédiatement de chez lui pour constater les dégâts dont il ne s’explique pas l’origine.

De sous les gravats, ressort Bian plus mort que vif, aidé par l’arrivée surprenante de Kassa :
Kassa - " J’ai été alerté par l’arrivée dans le secteur de cosmo énergies hostiles. Nous devons nous enfuir. "
Quelques mèches de cheveux s’échappent de sous une poutre en bois et alertent Bian :
Bian - " Attends, Dolly est là-dessous… "
L’éloignant de toutes ses forces, Kassa le convainc d’abandonner sa vaine tentative :
Kassa - " Elle est morte Bian. Il faut t’enfuir maintenant. "
Bian - " Et Vasiliás ? "

En réponse à cette question, la voiture de Vasiliás regagne ce qu’il reste de son domicile et s’engage dans le nuage de cendre. La portière s’ouvre, pour laisser apparaître la mine inquiète de l’ancien prétendant à l’armure d’or du Lion :
Vasiliás - " Mais qu’est-ce que… "
Vasiliás n’a pas le temps d’achever sa phrase que déjà, sous l’impulsion d’un cosmos ennemi, son véhicule vole en morceaux et laisse retomber au sol une carcasse métallique calcinée :
Ankoku Gemini - " Te voilà enfin ! Il aura fallu suivre ton ami que nous avions laissé pour mort, afin que nous puissions mettre la main sur toi ! "
Dans le dos du Gémeaux Noir les silhouettes de ses six acolytes se dessinent.
Vasiliás - " Mon ami ? Qu’avez-vous fait à Bian ? Où est-il ? Comment se fait-il que des chevaliers noirs soient à ma recherche ? "
Pointant du doigt sa proie, pour convaincre ses pairs de passer à l’attaque, Ankoku Gemini lance les hostilités en s’exclamant :
Ankoku Gemini - " C’est le Sanctuaire qui nous envoie ! "
Les six compagnons d’arme du Gémeaux Noir chargent immédiatement Vasiliás qui essuie chacun des coups sans broncher.
Il est repoussé à quelques mètres en arrière et atterri jusqu’à Bian et Kassa.

Vasiliás remarque la présence de son ami et est ravi de le retrouver en vie :
Vasiliás - " Bian ! Comme je me suis inquiété pour toi. L’espace d’une seconde j’ai cru que… "
D’un ton rancunier, Bian le coupe en pointant du doigt le cadavre de Dolly :
Bian - " Ca t’aurait bien arrangé, n’est-ce pas ? En tout cas je découvre ta vraie nature, tu t’es enfui de l’écroulement sans même chercher à la sauver. "
Vasiliás découvre la dépouille dépourvue de vêtement et ne comprend pas :
Vasiliás - " Dolly ! Mais comment est-ce possible ? "
Resté en retrait, le sourire aux lèvres, Kassa feint d’être inquiet :
Kassa - " Nous devons fuir. Aussi puissant puisses-tu être Vasiliás, ces hommes sont trop nombreux pour que nous puissions en venir à bout. "
Vasiliás - " Tu as raison, vous allez pouvoir fuir. Moi je les retiendrai pendant que vous les sèmerez, car si je viens avec vous, ils ne vous laisseront pas repartir. Pars jusqu’au dispensaire retrouver Ariel et quitte le pays. "
Bian se défait de l’aide que lui apporte Kassa et serre le poing :
Bian - " Comment peux-tu te soucier du sort d’Ariel, avec ce que tu viens de nous faire ? Cependant, malgré tout, je ne t’abandonnerai pas, nous allons combattre ensemble, uniquement par respect pour tout ce que tu m’as appris. "
Vasiliás reste penaud :
Vasiliás - " Je ne comprends toujours pas ce que tu me reproches ? Quoi qu’il en soit je t’en conjure, quitte ce lieu. Tu es trop marqué pour résister à leur offensive. Kassa va assurer votre retraite. N’est-ce pas ? "
Kassa, satisfait de la confusion qu’il a crée entre Vasiliás et Bian, le rassure d’un hochement de tête et guide Bian…


Sa veste maintenant déchirée, Vasiliás la retire en même temps que sa cravate, tout en fixant d’un regard froid l’approche de ses adversaires.
Sa chemise toujours ajustée dans son pantalon maintenant poussiéreux, il ferme les yeux pour faire le vide dans son esprit et accroît sa cosmo énergie dont l’effluve dessine derrière son signe zodiacal.

Devant lui, la troupe d’exécuteurs avance en ligne. Au beau milieu d’eux, juste à côté du Gémeaux Noir, le Sagittaire Noir sort son arc et pointe sa flèche maléfique en direction de Vasiliás.
Sans que Vasiliás ne rouvre les yeux, le Sagittaire Noir est pris d’un inopiné malaise.
En effet, son corps se raidi de plus en plus et des plumes d’ange venues des cieux pleuvent au-dessus de lui.
L’homme de grande taille et chauve, bouge avec difficulté sa mâchoire pour interpeller son chef :
Ankoku Sagittarius - " Gémeaux Noir… J’ai… Je… "
Le Gémeaux Noir se retourne en direction de son subordonné qui ne peut désormais plus avancer. Il lit dans ses petits yeux vert pomme, une immense crainte et comprend que Vasiliás est vraiment un être exceptionnel.
Devinant l’assaut imminent de l’américain, il sonne la charge :
Ankoku Gemini - " Chevaliers Noirs, à l’attaque ! "
Les cinq autres chevaliers noirs s’élancent. Au même instant Vasiliás rouvre les yeux et prononce le nom de son arcane dévastateur :
Vasiliás - " Byakûjin ! "
Les Plumes Célestes déjà à terre s’élèvent alors vers les cieux, tandis que celles qui tombent du ciel, s’échouent lourdement sur le Sagittaire Noir, transperçant ainsi toute la surface de son corps. Après quelques secondes d’extrême douleur, le chevalier noir s’écroule en rendant son dernier souffle.
La tornade de plume ne cesse pas pour autant et part à la poursuite des assaillants de Vasiliás. Elle se sépare en deux, pour perforer les poitrines des chevaliers noirs de la Licorne et de la Lyre.

Les trois autres Ankoku Saints stoppent leurs courses et voient tomber aux pieds de Vasiliás le corps sans vie de la Licorne Noir, ses longs cheveux bouclés couleur cassis flottant dans le vent.
Celui de la Lyre est réceptionné par l’américain. En prenant la femme décédée dans ses bras, il remarque à quel point cette femme au crâne rasé était belle. Néanmoins autre chose l’intrigue.

Le Lynx Noir remarque la gêne de Vasiliás et lui demande :
Ankoku Lynx - " Est-ce le fait de tuer une femme qui te met dans cet état ? "
Vasiliás lève les yeux vers son interlocuteur et répond froidement :
Vasiliás - " Qui que soit l’adversaire d’un roi, il doit subir sa sentence sans traitement de faveur. Non, ce qui me gêne, c’est l’odeur que porte cette femme sur son corps. Elle porte la même odeur que la Licorne Noir qui gît à mes pieds, la même odeur que vous portez vous tous, celle de mon maître, Klok Saint de bronze de l’Horloge. "
La voix du néerlandais retentit aussitôt dans l’atmosphère :
Klok - " Tes sens sont toujours aussi aguerris mon cher disciple. "
Le chevalier de bronze aux longs cheveux bleus apparaît derrière Ankoku Gemini…
 

Au sud du Sanctuaire d’Athéna, dans le village de Noioso :

Dans la chaumière de Myrrha, des sanglots alertent la jeune femme et son amant.
L’homme au corps de rêve se redresse immédiatement et s’avance jusqu’à un berceau situé à l’opposé de la cahute. Myrrha observe sa démarche et reste admirative devant ses fesses fermes et musclées :
Myrrha - " Tu es toujours aussi beau Aphrodite ! "
Le Saint d’or du Poisson affiche un large sourire de satisfaction après ce compliment et attrape en chemin sa cape, qu’il tire puis enroule autour de sa taille, libérant ainsi l’armure d’or qu’il avait volontairement couverte, pour ne pas trop illuminer les lieux et réveiller l’enfant qui s’agite.
Aphrodite arrive devant le couffin et tend sa main devant le bambin qui fête aujourd’hui ses douze mois. Dans sa paume, son cosmos doré s’agite et forme une rose aux pétales aussi rouge que le sang. Il dépose la fleur à côté du visage du nourrisson et murmure affectivement :
Aphrodite - " Tu es certainement aussi beau que moi, Adonis… "

Myrrha les rejoint en déclarant :
Myrrha - " Contrairement à toi qui ne se nourrit que d’éloges, ton fils est un véritable glouton et il attend surtout qu’on lui donne à manger. "
Aphrodite - " Je sais que tu as peu de moyen. Je t’ai laissé un sac de sacres sur la table. Vous ne manquerez de rien Adonis et toi. Ma solde de Saint d’or est plus que suffisante pour subvenir à vos besoins. "
Myrrha - " Je n’aurai pas cru que tu viendrais pour ses douze mois. "
Aphrodite - " Adonis est mon fils, il est ce que l’univers a pu concevoir de plus beau, depuis la création du monde. Ne pas le voir fréquemment me brise le c½ur tu sais Myrrha. "
Myrrha - " Pas d’attache, une vie libertine, les combats et ton propre intérêt, ta gloire, voilà à quoi se résume ta vie Aphrodite. Je refuse de mêler mon enfant à ce que tu ornes comme des trophées. Il n’en est pas un, il est le fruit de l’amour que j’éprouve pour toi et de la satisfaction que tu as eu, de pouvoir séduire une des femmes les plus courtisées du domaine. "
Le suédois ne dit rien, ce constat de Myrrha, lui fait afficher un léger rictus de désappointement sur son visage. Finalement, Aphrodite lève l’enfant et le prend dans ses bras, l’espace d’un instant durant lequel il le couve de son cosmos et fait cesser aussitôt ses pleurs. Il lui murmure tendrement :
Aphrodite - " N’oublie jamais mon fils, que quoi que tu puisses penser de mon absence lorsque tu deviendras un jeune homme, je l’ai fais dans ton intérêt. Je sais que tu deviendras beau et brave et feras oublier à ta mère le manque d’amour dont elle souffre. Je t’aime mon petit cadeau des dieux… "
Il tend enfin l’enfant à sa mère et ramasse son pantalon :
Aphrodite - " Je reviendrai bientôt. "
Myrrha - " C’est ce que tu m’as dis il y a huit mois. "
La Cloth du Poisson se réajuste d’elle-même sur son propriétaire, hormis le casque que celui-ci prend dans ses mains pendant qu’il emprunte la sortie :
Aphrodite - " Alors considère que je reviendrai dans autant de temps… "

Arrivé dehors, il fixe son heaume sur son crâne et passe son index sous son ½il droit pour ramasser une larme. Savoir qu’il a un enfant, qu’il ne prendra pas la peine de connaître, le chagrine. Seulement, la vie qu’il mène n’est pas celle qui le destine a être un bon père de famille…



Aussi hasardeuse fut la rencontre entre Vasiliás et Bian, celle-ci arrangeait bien le mystérieux Ange qu’était Ksénia.
L’olympienne qui présentait un intérêt tout particulier pour l’américain, jubilait de voir que l’armée de Poséidon se constituait. Mais que pouvait-elle bien attendre ?
 

Chapitre 28 - Le renouveau d’Yíaros

Quatre mois s’étaient écoulés depuis la victoire athénienne sur Yíaros.
Pendant que je combattais Baucis, Shura et ses hommes prirent possession du centre de la cité avant de venir nous secourir.
Le lendemain matin, Aldebaran et le reste de nos cohortes assirent nos positions dans le centre, obligeant Hébé et ses trois derniers Alcides à se retrancher dans le Parthénos.
Depuis, la terre hébéïenne essayait de se reconstruire peu à peu, sous l’égide des chevaliers d’Athéna…



Chapitre 28 - Le renouveau d’Yíaros

Sur l’île d’Yíaros, au centre de la cité :

Beaucoup d’évènements se sont produits depuis la nuit du 7 au 8 mars 1985.

Shura du Capricorne et Aldebaran du Taureau finirent d’investir l’île dans sa totalité, en compagnie de Babel Saint d’argent du Centaure, Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, Philémon Saint de bronze du Lièvre et Apodis Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis.

Des deux cents soldats athéniens conduis ici, il en reste une centaine qui s’est installée partout dans les villages, afin de remplacer la garde hébéïenne dont l’armée a été décimée.

Le Grand Pope préférant regrouper ses forces autour de lui, remplaça la présence des deux Saints d’or et des deux Saints d’argent par celle de quatre autres chevaliers de bronze : Anikeï de Cassiopée, Carina de la Carène du Navire, Lena de la Boussole et, enfin, Taishi du Toucan, investi par le Pope en personne d’une mission personnelle, remettre à Hébé le bandeau d’Iphiclès et lui délivrer un message.

Apodis et Lena, les deux chevaliers les plus expérimentés du Sanctuaire, en ce qui concerne les missions en territoires hostiles, ont réorganisé la politique de la cité.


Le Grand Pope a obtenu avant le départ de Shura, la réédition d’Hébé. La Déesse de la Jeunesse accepte la prise politique de l’île par Athéna en échange de la vie sauve du peuple hébéïen, composé d’un millier d’habitants.
Alors, Apodis et Lena ont suggéré d’instaurer un climat de paix, en rétablissant un système de rémunération basé sur le mérite.
Si le peuple veut recevoir à nouveau de la nourriture, il doit participer à la reconstruction du port au sud de l’île qui fut le théâtre des premiers affrontements sur Yíaros. Ainsi, en se montrant obéissant, les travailleurs se voient versés des sacres, afin de relancer le commerce sur l’île.
En attendant, les rares récoltes sont saisies par les athéniens et stockées dans le temple d’Héraclès où a été établi le quartier général d’Apodis et des siens.

A raison de deux repas par jours, le peuple doit se déplacer jusqu’à ce temple pour le rationnement et respecter le couvre-feu qui interdit à quiconque de sortir de chez soi la nuit tombée, sous peine d’être immédiatement exécuté.
Malgré cela, de nombreux sabotages témoignant de la révolte du peuple hébéïen continuent de mobiliser fortement l’armée athénienne en cette période de récession.

L’instruction est désormais donnée en mixité dans l’ancien temple dédié aux femmes, le temple d’Héra, par les prêtres athéniens.
Les responsables religieux hébéïens ont tous été remis à la vie civile, hormis le grand cardinal Acis, sauveur de Saga et Kanon durant leur enfance, chargé par Lena, en accord avec Hébé, de raisonner les villageois afin de leur garantir la vie sauve. L’autre cardinal, celle des femmes, préféra se suicider lorsque son temple fut investi et pillé par la milice athénienne.

Sous la joute du caporal Pullo, second derrière les Saints de bronze, les garçons hébéïens en âge de porter l’épée sont contraints de suivre une éducation militaire, afin de constituer une nouvelle armée pour la défense de cette île au nom d’Athéna ainsi que d’Hébé lorsque celle-ci aura recouvert ses esprits.


22 juillet 1985.
Depuis le temple d’Hébé, le Parthénos, imprenable jusqu’à maintenant, sonne la cloche annonçant l’heure du déjeuner.

Repliée en compagnie des quinze derniers soldats de son armée qui veillent sur les issues de son palais, la déesse de la Jeunesse passe ses journées à regarder en direction des villages par les lucarnes, laissées volontairement dans la roche pour permettre à l’éclat du jour d’y passer.

Soudain, elle entend grincer les lourdes portes en bois massif du palais.
Dans ses hauts escarpins roses, elle court à vive allure en direction de l’entrée qui s’entrouvre sous la surveillance des quinze soldats hébéïens survivants.
Sa longue robe de satin rose pâle vogue dans les airs, tant elle se presse de trouver ses gens qui pénètrent dans l’enceinte hautement surveillée. Elle garde sa main gauche pressée contre sa poitrine, afin que son collier de perle ne vole dans tous les sens.

Arrivée aux abords de l’entrée principale, elle découvre deux paysans et leurs b½ufs qui tirent un chariot.
Un soldat finit de les fouiller et s’agenouille devant ¼dipe qui veille au grain :
Soldat hébéïen - " Seigneur ¼dipe, il s’agit bien des fermiers qui ravitaillent continuellement notre palais de vivres sur ordre des forces athéniennes. "
L’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale hoche la tête, afin de donner son approbation à son interlocuteur. Celui-ci ordonne aussitôt à ses pairs :
Soldat hébéïen - " Videz le chariot et amenez les vivres en cuisine aux serviteurs de notre majesté ! Vite ! "

Subitement, les talons d’Hébé résonnent sur les dalles marbrées du palais et attire l’attention de tous les protagonistes qui s’agenouillent immédiatement.
Hébé s’empresse de relever les deux paysans en les prenant chacun par la main. Son cosmos les enveloppe instantanément et leur réchauffe le c½ur :
Hébé - " Je vous en prie, hommes de mon peuple, ne vous baissez pas devant moi lorsque je reste cachée dans ce temple, alors que mon rôle est de vous protéger. Dîtes-moi comment se déroulent vos vies dans la cité ? Les athéniens sont-ils justes ? Manquez-vous de quelque chose ? Laissez vos c½urs me parler. "
Un seul paysan ose répondre à sa majesté. Il baisse les yeux et parle doucement :
Paysan - " La seule chose qui nous manque est notre liberté. Les débuts ont été difficiles mais plus nous nous montrons dociles et moins nous avons faim. Les athéniens sont durs mais leurs sergents, les Saints de bronze, sont plus justes et compréhensifs. Néanmoins, aucun de nos maux ne doit être aussi douloureux que le vôtre, de nous savoir soumis majesté. Les nôtres en ont conscience et acceptent leur destin en ne se souciant que de vous. "
Quelques larmes roulent sur les joues de la déité où tombent quelques mèches de ses courts cheveux blonds :
Hébé - " Dîtes à mon peuple que mon âme est meurtrie à l’idée de devoir me cacher et que… et que… "
La malheureuse ne peut finir de prononcer ses doléances que le chagrin l’envahit. Elle s’effondre à genoux, visage contre terre, en sanglot.
Les soldats font évacuer les deux campagnards en ouvrant le moins possible les portes principales, devant lesquelles attendent en ligne l’escorte athénienne des deux hommes.


Plus bas, dans la cité, dans une des chambres du temple d’Héraclès, Anikeï, l’ancien élève d’Albior et ami de Shun, se tient droit debout contre un jeune habitant de l’île qu’il a plaqué contre le mur et avec lequel il partage quelques caresses affectives.
Pendant qu’Anikeï exalte, le rideau qui fait office de porte, est écarté par une jeune femme au visage dissimulé sous un masque havane, vêtue d’un pull blanc couvert d’épaulettes en cuirs et d’une jupe marron.
En recoiffant ses cheveux blonds aux reflets bruns, Carina déclare :
Carina - " Anikeï ! Apodis et Lena ont été suffisamment clairs à ce sujet. Corrompre les habitants en leur promettant double ration n’est pas approprié à notre statut ! "
Anikeï libère le bel homme à qui il baise rapidement la bouche avant de lui dire :
Anikeï - " Pars maintenant. Quitte ce temple. Nous nous reverrons demain. "
L’ukrainien attend que son amant soit sorti pour répondre à Carina :
Anikeï - " Carina, mon amie, hormis surveiller ce peuple quasi-discipliné et nous entraîner, nous n’avons rien à faire sur cette île. Cela fait quatre mois que nous sommes là… "
Carina - " Et nous risquons d’y rester encore longtemps. Alors tâche de ne pas salir l’image que nous sommes censés véhiculer ! "
Au moment où elle quitte la pièce, Anikeï lui annonce :
Anikeï - " Tu devrais essayer pourtant. Ca te détendrait je t’assure. "
Carina - " Mon c½ur est ailleurs. "
Anikeï - " Il est mort Carina. Tu l’as lu de tes yeux. "

Le Saint de Cassiopée fait allusion au courrier reçu par un messager du Sanctuaire et écrit par Hyoga. Ne sachant où trouver son amie Carina partie de Sibérie, Hyoga a confié un courrier à un messager du Sanctuaire venu apporter une lettre au Seigneur Crystal écrite par Lena.
Dans celle-ci, l’apprenti chevalier du Cygne annonçait le sacrifice d’Isaac qui essaya de sauver son camarade lorsqu’il fut emporté par les courants marins en voulant voir sa mère.

Depuis, Carina n’arrive pas à faire le deuil d’Isaac qu’elle aime encore profondément.
La russe rétorque :
Carina - " Est-ce une raison pour entacher sa mémoire ? "
Une voix roque retentit depuis le couloir et les ramène à la raison. Il s’agit du mature Taishi, enfant de la fondation Kido et ancien élève à Oran en compagnie de Jabu. Devenu Saint du Toucan, il rappelle souvent ses camarades dans le droit chemin :
Taishi - " Allons ! Est-ce normal que nos soldats ne soient accompagnés d’aucun chevalier pour distribuer les vivres. Le rationnement est le moment propice aux écarts de conduites du peuple tout comme le couvre-feu. Vous devriez pourtant le savoir. "
Anikeï sourit puis rejoint les soldats :
Anikeï - " Taishi mon ami, tu as raison. "

Le japonais au menton carré et aux petits yeux noirs est vêtu de sa Cloth rouge et bleue. Il décrispe son visage fermé pour afficher une mine moins froide :
Taishi - " Carina, sache que si tu en as besoin, je suis à tes côtés. "
Carina - " Ca ira Taishi. J’ai déjà Lena pour me confier. Elle a été mon professeur durant toutes ces années, je n’ai aucun secret pour elle. D’ailleurs je vais la rejoindre. "
Taishi - " Elle est dans la forêt à l’est de l’île en compagnie du caporal Pullo qui instruit aux armes les jeunes hébéïens. Elle s’entraîne en compagnie de nos soldats. "
Carina - " Et Philémon et Apodis ? "
Taishi - " Philémon fait une ronde dans les villages. Apodis est sur la côte sud avec nos hommes. Il aide les hébéïens à reconstruire le port. "


Canada, région de Nunavut, ville d’Arviat :

Dans une auberge locale, Bian et sa petite amie sont attablés en compagnie d’un homme au visage creusé, au teint pâle et aux petits yeux sombres et sournois.
L’inconnu se tient voûté et rie aux anges en compagnie du couple. L’atmosphère est détendue et les spécialités semblent au goût des camarades. L’énigmatique jeune homme de vingt ans ne parvient pas à dissimuler sa laideur. Lorsqu’il rigole à gorge déployée, il dévoile ses dents pointues et mal entretenues.
Pourtant, cela ne coupe pas l’appétit de Bian qui apprécie la compagnie de ce portugais d’un mètre soixante-huit contrairement à Dolly qui s’ennuie à mourir. Elle remonte sans cesse son maillot rouge qui offre un aperçu agréable à l’invité qui ne s’interdit pas d’admirer sa poitrine rebondie.

Soudain, depuis l’intérieur, on entend le claquement d’une portière de voiture que reconnaissent aussitôt Bian et Dolly :
Bian - " Ah… Vasiliás vient d’arriver ! "
A cette annonce Dolly revit enfin et applique ses mains sur ses longs cheveux blonds pour s’assurer d’être présentable. L’ignoble convive le remarque d’un coup d’½il en coin et observe l’entrée du fameux Vasiliás, resplendissant dans son costume blanc aux rayures et à la chemise grise, le cou à peine serré par sa cravate blanche.
Ses belles dents alignées offrent un sourire à la table des trois clients, elles brillent presque autant que les diamants qu’il porte à chacune de ses oreilles et sont aussi claires que ses yeux bleus aux éclats verts.
Son allure faussement négligée, donnée par sa barbe de deux jours, aussi longue que ses cheveux d’à peine trois millimètres de hauteur, offre un charme fou à cet homme d’affaire sur lequel toutes les femmes de l’auberge se retournent.

Bian se lève de sa chaise pour accueillir Vasiliás qui lui serre fermement la main. Il baise les joues de Dolly sans lui prêter davantage d’attention, ce qui suffit toutefois à la jeune femme qui sourie timidement après le salut de l’américain.
Le canadien présente enfin son ami :
Bian - " Vasiliás, je tiens à te présenter mon ami Kassa. "
Vasiliás tend sa main à Kassa qu’il fixe droit dans les yeux :
Vasiliás - " C’est donc toi le fameux Kassa dont Bian me parle si souvent. "
Kassa d’un regard perfide répond :
Kassa - " Je pourrai en dire tout autant de toi. Cela fait des mois que Bian me vante tes mérites. "
Vasiliás - " Hélas les affaires à Miami nécessitent ma présence et je fais régulièrement la navette entre ici et la Floride ces dernières semaines. "

La propriétaire du restaurant reconnaît l’habitué qu’est Vasiliás et lui apporte un verre de vodka sans même lui demander quel plat il prendrait avec ça. Kassa poursuit le dialogue :
Kassa - " Et qu’est-ce qui t’a amené dans ce coin perdu du Canada ? "
Méfiant depuis qu’il est un fugitif du Sanctuaire, Vasiliás cache les raisons de sa discrétion :
Vasiliás - " Le besoin de me ressourcer au calme. Et toi ? "
Kassa ne lâche pas des yeux celui qui rêve d’être roi :
Kassa - " Je fuis la moquerie. Comme je l’ai déjà expliqué à Bian et comme tu peux le voir, je ne suis pas à ton image un modèle de perfection avec mon physique immonde et mes loques défraîchies. Au Portugal, d’où je viens, j’ai depuis mon enfance été martyrisé et moqué. Je suis venu chercher ici le calme loin du regard des gens. "
Vasiliás fronce aussitôt ses sourcils et ne tourne pas autour du pot :
Vasiliás - " Etonnant qu’un homme disposant d’une si grande cosmo énergie soit incapable de lutter contre l’intolérance d’autrui. "
Démasqué par cet ancien apprenti chevalier, Kassa perd tous ses moyens l’espace d’une seconde, il décroche son regard de celui de Vasiliás et est pris d’une suée inattendue.
Bian le couvre immédiatement :
Bian - " Je t’ai déjà expliqué Vasiliás que la frustration et l’endurcissement de Kassa lui ont permis de développer un potentiel dont il n’avait même pas idée… "
Sauvé par la réactivité de son ami, Kassa surenchérit :
Kassa - " … effectivement ! Et lorsque j’ai compris comment me servir de cette énergie, j’ai appris de moi-même à l’apprivoiser et à la développer. C’est ce qu’on appelle… "
En ch½ur, Vasiliás et Bian accompagnent la fin de phrase de Kassa à voix basse : « le cosmos ! »

Au même moment, à une table proche, deux hommes font un scandale. L’alcool aidant, ils se permettent d’insulter la serveuse et de manquer de respect envers les propriétaires du restaurant avant de partir sans payer en promettant qu’ils reviendront se venger.
Cet excès de colère laisse la table de Bian bien dubitative :
Bian - " Quelle bande d’imbéciles. "
Vasiliás - " Tu m’ôtes les mots de la bouche. C’est contre cette mauvaise graine que j’espère un jour réussir à lutter. "
Bian souffle de dépit :
Bian - " Ce germe du mal est présent dans chacun des hommes. Il faudrait tous les supprimer. "
Vasiliás - " Eliminer la race humaine est une solution extrême. Je suis convaincu qu'en assurant au monde la présence de chevaliers et qu'en leur imposant des lois strictes et semblables pour tous, quel que soit le pays ou la classe sociale de chacun, le monde se porterait mieux. "
Bian - " Qu'en penses-tu Kassa ? "
Kassa - " Et bien... Je ne voudrais pas dire de bêtises, mais il me semble que les propos de Bian sont les plus fondés. De tout temps, de toute époque, les hommes ont manifesté leur nature maléfique et cela sous tous les régimes politiques possibles. Ce n'est pas les lois qu'il faut changer, il faut changer les hommes. "
D'un ton coléreux, Vasiliás demande :
Vasiliás - " Tu proposes donc d'exterminer l'humanité toute entière toi aussi ? "
Bian s'interpose :
Bian - " Pas nécessairement ! Prend Poséidon pas exemple. Il ne souhaite pas anéantir la race humaine pour de bon, il souhaite recréer cette race en gardant quelques bons éléments qui deviendront fidèles et obéissants envers les dieux, comme cela devrait être le cas aujourd'hui. C'est la fuite des hommes vers d'autres croyances ou même l'abandon pur et simple de la foi qui poussent les dieux dans leurs derniers retranchements. Les hommes ne respectent plus rien, ni les divinités ni la terre qu'elles leurs ont confié. "


Le repas s’achève dans le calme, malgré les défis incessants que se lancent Vasiliás et Kassa du regard.
L’attention du Général de Poséidon est également posée sur Dolly qui depuis l’arrivée de Vasiliás n’a guère d’autre activité que de l’admirer.

Une fois le repas terminé, Bian choisit d’aller s’entraîner, Kassa choisit de profiter des quelques lueurs du soleil automnale pour se promener seul dans la rue, Vasiliás accepte la proposition de Dolly de la déposer chez Bian et lui-même avant de se rendre au dispensaire où travaille Ariel, sa petite amie et s½ur de Bian.


Sous la Méditerranée, loin dessous les abysses :

Dans une pièce lumineuse de trois mètres carrés, au sol de marbre clair et aux murs de rochers blancs rectangulaires parfaitement taillés, un homme à l’opulente chevelure marine remue sur son lit en banc de pierre, perturbé dans son sommeil…


Flashback
1er septembre 1973 - Un homme aux cheveux à peine plus clair que lui et au physique similaire l’affrontait.
Saga Saint d’or des Gémeaux corrigea son frère pour ses propos inopportuns. Kanon lui avait soumis l’idée d’assassiner Athéna qui venait de renaître sur cette planète.
Déjà tourmenté par son secret depuis des semaines, celui qui le tiraillait au plus profond de son être, se revoyant assassiner Arlès, le jeune frère de Shion, puis ce dernier, Saga ne put supporter d’avantage les paroles démoniaques de son jumeau et choisit de l’enfermer au Cap Sounion.

A l’intérieur de cette prison de métal où il fut projeté par l’Another Dimension de son frère, Kanon l’implorait d’ouvrir les yeux :
Kanon - " Saga, sors-moi de là ! Tu veux tuer ton propre frère ? "
Saga - " Kanon, tu pourras sortir de cette cellule, uniquement si c’est la volonté des dieux. Tu y resteras tant que le mal qui t’habite ne sera pas lavé… Jusqu’à ce qu’Athéna te pardonne. "
Kanon panique en voyant la mer monter et son frère quitter les lieux :
Kanon - " Sa… Saga… Les hommes comme toi s’appellent des hypocrites ! Ne pense pas pouvoir cacher indéfiniment le mal qu’il y a en toi ! Quel mal y a t il à ce qu’un homme puissant veuille conquérir ce dont il a envie ? Quel mal y a t il à utiliser la force que les dieux t’ont donné ? Saga… Je continuerai à te rappeler la fascination du Mal ! Saga, ta véritable personnalité c’est le Mal ! "
Avant de n’être plus qu’un point à l’horizon, Saga fut profondément ébranlé par une telle annonce en ce jour où il allait succomber aux tentations du malin.


Kanon essaya à maintes reprises de briser ces barreaux de métal fait d’orichalque, en vain.
Il n’y avait aucun moyen de rompre ces tiges, alors que la roche au-dessus de sa tête était trop lourde et l’aurait écrasé s’il avait essayé de la briser.
Son frère réussit à l’y précipiter grâce à l’Another Dimension, néanmoins, sans l’aide de quelqu’un maîtrisant le temps et l’espace, il lui était impossible de s’échapper.

Près de dix jours s’écoulèrent où lors de chaque marée haute la geôle de Kanon était inondée par l’eau. Autant de jours où il erra entre la vie et la mort. Il profitait de quelques instants de lucidité pour mettre au point une tactique similaire à celle de Saga. Elle consisterait à maîtriser l’espace et le temps afin de pouvoir fuir cette cellule. Mais le temps lui manquait. Souvent les eaux revenaient à la charge.
Heureusement, chaque fois qu’il se voyait mourir, un cosmos d’une intensité infinie et rempli d’une grande sérénité le sauvait. Et, dès qu’il s’en sortait, il jurait de sortir d’ici et de tuer Athéna.

Soudain, une lumière l’interpella du fond de la prison et il parvint à briser ce faux mur d’une faible épaisseur, pour découvrir dans cette nouvelle pièce, le trident de Poséidon scellé par Athéna.
Le temps aidant, les pouvoirs du sceau étaient estompés et, Kanon, de sa seule force, réussit à libérer l’arme de l’Empereur des mers.
Immédiatement, le jumeau de Saga fut aspiré dans les profondeurs sous-marines. La pression de l’eau lui comprima les organes et le manque d’oxygène lui fit perdre connaissances…
Flashback


Des pas résonnent dans les couloirs avoisinant la pièce où repose l’homme au sommeil agité.
Des soldats couverts d’armures en forme d’écailles approchent. Ils arrivent à hauteur de la chambre sans porte où repose leur général.
Le plus grand d’entre eux ôte timidement son heaume et avance d’un pas timoré jusqu’à son seuil.
Là il découvre leur chef à tous, allongé sur le dos, enroulé dans sa cape bleue marine, son imposante chevelure de même couleur dissimule son visage. Le Marinas tourne progressivement sa tête en direction d’une stèle sur laquelle resplendie la Scale du Général au repos, une monumentale armure en forme de Dragon des Mers.

Ayant tout tenté jusqu’ici pour ne pas réveiller brusquement le Général, le soldat espère désormais le sortir de son sommeil en se raclant la gorge. Tandis qu’il approche sa main de sa bouche, le souffle de l’individu le fait frémir :
Kanon - " Que se passe-t-il soldat ? Ton cosmos transpire l’inquiétude depuis des kilomètres à la ronde. "
Surpris que le maître des lieux en l’absence de Poséidon l’ait ressenti venir malgré son repos, le Marinas s’agenouille et baisse la tête en tremblotant :
Marinas - " U… u… Une révélation mon Seigneur. Le… Le temple de Poséidon… Une lumière scintillante vient de l’intérieur. "
Kanon se redresse enfin en passant sa main dans ses cheveux, les recoiffant par la même occasion :
Kanon - " Bien. Alors cela signifie que le dernier Général a été reconnu par sa Scale. Celui que nous observons depuis des mois est enfin prêt. Il sera temps bientôt d’accueillir le Cheval des Mers. "
Kanon se relève et couvre ses vêtements miteux de sa cape majestueuse afin de les cacher à ses hommes :
Kanon - " Réunissez les autres Généraux, je dois m’entretenir avec eux. "


Sur Yíaros, au sud de l’île, sur le port :

Torse nu, la peau dégageant une odeur de souffre provoquée par le soleil qui lui chauffe la peau, Apodis, dans son pantalon couleur marine et ses sandales nouées autour de ses chevilles, soulève facilement dans ses bras d’épais arbres que les ouvriers peinent à guider en s’y mettant par dizaines.
Silencieux et austère depuis la victoire, inconsolable depuis le meurtre de son fils et de sa mère, Apodis n’en reste pas moins courageux et juste envers les innocents. C’est pourquoi il se montre brave avec les travailleurs qui méritent leurs sacres pour s’accorder un minimum de confort maintenant que la juridiction du Sanctuaire est souveraine.

Ces travaux estivaux lui permettent de se vider l’esprit afin de s’appliquer à la reconstruction d’un port dont il a fait lui-même les plans. Son acharnement et son entêtement à offrir ses services aux villageois ont convaincus certains soldats athéniens de faire de même. Malgré son manque de sympathie à l’égard du peuple, Apodis est certainement l’athénien que les hébéïens apprennent le plus à apprécier.

Néanmoins, malgré son acharnement, rien ne permet à Apodis de chasser ses souvenirs du passé. Il revit la fin de la bataille de 1979 contre Arès, lorsqu’il venait de libérer le Sanctuaire de deux Berserkers et que seul le front droit de l’armée athénienne, était encore sous la menace des arèsiens…


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Sur le champ de bataille, les hommes qui formaient les rangs sur les lignes latérales de droite restaient les seuls à être encore aux prises avec les arèsiens.
Apodis remarquait que du haut de son cheval d’ébène, le dernier Berserker et sa cohorte dominaient les débats.
Il était temps pour Apodis d’utiliser le savoir que lui avait légué Pajaros : le Wing Jikan No Yoyu.

Les étendards d’Arès et les immenses catapultes tombés au sol ou consumés par les flammes des torches athéniennes n’affichaient plus aucun signe de menace.
Seulement, il y avait un homme qui méritait de ne pas être pris à la légère.

Au centre, dans le camp des athéniens désormais numériquement dominants, Apodis portait sous chaque bras Pullo et Cliff qu’il confia à un des gardes :
Apodis - " Soldat, puis-je te confier ces deux hommes ? Leur survie dépend de toi ! "
L’homme n’hésita pas face à un chevalier de bronze :
Soldat - " Bien sergent ! "
Après avoir été nommé ainsi, Apodis sentit en lui une grande fierté. Lui, le jeune freluquet qui traînait des pieds il y a encore quelques heures, devenait une figure aussi importante que Circinus du Compas qu’il voyait au loin en difficulté contre Antiochos, le dernier Berserker, et ses hommes.

Apodis rejoignit les troupes de Circinus en se débarrassant des arèsiens qui se dressaient sur son passage. Le Saint de bronze du Compas constata que l’armure que portait son ami Pajaros il y a encore quelques minutes était désormais sous l’égide d’un nouveau chevalier :
Circinus - " Tu tombes bien Saint. Je ne m’attendais pas à ce que l’armure de l’Oiseau de Paradis trouve aussi vite un nouveau porteur. Ton aide va nous être précieuse. Un messager m’a prévenu que notre armée avait remporté la victoire au nord du domaine et que le Grand Pope avait fait dépêcher les Saints encore debout là-bas pour nous prêter main forte. En attendant nous devons empêcher la troupe de ce Berserker de rallier les leurs qui sont encore plus haut à l’ouest, sinon nous sommes fichus. "
Effectivement, les troupes du Berserker étaient encore fort nombreuses et vaillantes.

Du haut de son cheval, Antiochos parvenait sans peine à canaliser l’énergie cosmique provoquée par les attaques de Circinus.
Circinus allait faire une énième tentative lorsque Apodis se mit sur son chemin :
Circinus - " Que fais tu chevalier ? Aurais-tu perdu la raison ? Par désespoir de cause tu aurais choisi de nous trahir ! "
Apodis - " Ne dîtes pas de sottises Saint du Compas. Je tiens juste à éviter que vous ne gaspilliez votre énergie à rien. Jusqu’ici il a réussi à bloquer votre arcane ! "
Une voix féminine confirma alors les propos du Saint débutant. La jeune femme portait une armure d’argent avec un Aigle en guise de diadème. Son visage était dissimulé mais sa voix était claire et impérative :
Marine - " Ce Saint de bronze a raison ! Ce serait te fatiguer pour rien Circinus. Le Pope m’a fait venir depuis les remparts du nord pour vous aider, alors écoutez-moi bien… "
Marine pointa du doigt Apodis :
Marine - " Saint de bronze, penses-tu être en mesure de me frayer un passage jusqu’à ce guerrier ? Circinus, ne maîtrisant que des attaques psychiques, m’accompagnera face au Berserker pour le neutraliser. "

Aussitôt Apodis vit l’occasion d’utiliser l’énergie conférée par Pajaros, grâce au Battement d’Ailes Majestueux de l’Oiseau de Paradis, le Wing Jikan No Yoyû.
Le nouveau chevalier se mit alors en tête des troupes, pour ne pas embarquer le moindre des siens dans la tempête qu’il allait provoquer.
Trop fougueux, il se prépara sans la moindre discrétion et Antiochos Berserker maîtrisant le feu, projeta une comète de lave en sa direction.
Stupéfait, Apodis ne put l’esquiver, heureusement Marine se dressa bras croisés devant lui pour faire écran avec son corps :
Marine - " Ne t’inquiète pas. Je veillerai sur toi. Sois plus prudent à l’avenir ! "
Outré d’entendre une si jolie voix se vouer à être son ange gardien, Apodis décréta que c’était plutôt à lui de couvrir Marine. Il se remit de ses émotions en déblayant le passage jusqu’à Antiochos. Ses bras s’écartèrent et lorsqu’il ferma les yeux, il l’aperçut, Pajaros, l’ancien Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. Il sentait à travers son armure qu’il l’accompagnait, le guidait dans l’utilisation de son arcane.

Antiochos devina la tentative. Il descendit de sa monture et colla sa tête contre celle de son cheval. Il lui prononça quelques mots à l’oreille puis l’animal parti au trot, s’effaçant dans la foule.
Antiochos était prêt. Il savait que Marine protégerait Apodis jusqu’au bout et que ses hommes allaient être condamnés par ce que préparait le Saint de bronze. Le mieux qu’il fallut faire pour lui, était de rassembler ses dernières forces. Le combat qu’il allait mener serait décisif pour les siens comme pour les athéniens.

Apodis ouvrit ses yeux et balança ses bras en avant comme un battement d’ailes, ressentant cette sensation de puissance propre à tous les guerriers qui maîtrisent le cosmos :
Apodis - " Wing Jikan No Yoyû ! "

Immédiatement, une puissante bourrasque souleva les corps face à Apodis, les déchirant dans les airs, brisant les armes ainsi que les roches alentours.
Seul Antiochos restait fixé au sol, autour de lui retombait un monceau de cadavres arèsiens.

Les râles de douleur ennemis n’impressionnaient pas Apodis, au contraire, il en était satisfait car il se remémorait les paroles d’Orphée avant que celui-ci ne se jette dans la bataille. Le Saint de la Lyre évoquait cette femme, Eurydice. Il tenait à la protéger, tout comme Apodis tenait maintenant à protéger celle qui lui avait accroché ce ruban autour du poignet, Netsuai. Grâce à son geste, Apodis comprit que plus jamais il ne perdrait son opiniâtreté. La haine, la violence, il a ça dans le sang, son père lui a transmis, mais au-delà de Frontinus, il y avait ses ancêtres, avec parmi eux Tenma de Pégase. Il réalisa qu’il était un mélange de bonté et de fureur, il avait tellement canalisé ses émotions jusqu’ici que libérer un tel potentiel destructeur était en tout point réjouissant. Il s’était retrouvé, il avait retrouvé sa personnalité de poète, d’homme inspiré car il avait trouvé sa muse, Netsuai. Tout comme Orphée, il était devenu un être d’exception, en plus du talent, il avait un devoir.
Cette prise de conscience réchauffa davantage son âme, de façon encore plus puissante que le cosmos laissé par Pajaros. Apodis percevait la chaleur d’une femme, d’une déesse. Athéna l’avait reconnu parmi les siens, il en était persuadé.

Les rangs d’Antiochos étaient grandement diminués. Désormais, Apodis menait les soldats contre ceux restants, animé d’une folle volonté de vaincre.

Au même instant, Marine se présentait face à Antiochos en compagnie de Circinus.
Antiochos était à genou, les mains ouvertes vers le ciel. Il semblait prier. Son casque était posé à côté de lui et sa longue épée était plantée dans le sol. Il paraissait être le plus jeune des Berserkers. Son visage était ferme, tant il paraissait intouchable. Ses cheveux forts blonds malgré des racines châtains, en batailles, lui donnaient vraiment un aspect juvénile.
Il était de taille moyenne et plutôt bien bâti. Sa Nightmare ne présentait aucune trace de lutte, comme si jusqu’ici il avait vaincu tous ses adversaires sans jamais être inquiété.
Leur imposant un profond respect, Marine et Circinus attendirent que le Berserker finisse sa prière. Ce dernier n’oublia pas de les remercier quelques secondes plus tard en réajustant son casque :
Antiochos - " Vous êtes des soldats bons, Saints d’Athéna… "
Sa voix était douce et posée :
Antiochos - " Vous estimez votre ennemi et je saurai m’en rappeler. Depuis la nuit des temps on vous présente comme des faiseurs de miracles. C’est donc un immense honneur de lever l’épée contre vous. J’espère être moi-même capable d’accomplir des miracles, choses qui ne sont propres qu’à nos maîtres, les dieux. J’implorais à l’instant mon maître, Arès, de faire de mes flammes celles qui le guideront à la victoire. Enfin… Je parle, je parle et j’en oublie les présentations… Je suis Antiochos Berserker maîtrisant le feu. On me présente comme étant le plus puissant des chevaliers d’Arès, je préfère être estimé comme le plus juste. C’est pour cette raison que je vous prie de bien vouloir cesser cette lutte inutile et d’offrir vos vies en sacrifice à notre seigneur. "
Circinus afficha un rictus :
Circinus - " Alors toi tu ne manques pas de culot ! Je vais te faire ravaler tes belles paroles : Funerary Torments ! "
Circinus colla ses mains contre ses tempes et semblait entrer par télépathie dans l’esprit d’Antiochos.
Le Berserker dressa alors avec à son épée un cercle de feu qui, par l’incandescence de ses flammes, créa un bouclier cosmique autour de lui. Circinus serra les dents de rage.
Antiochos - " Tu es bien ridicule d’essayer de m’atteindre avec cette technique, alors que depuis tout à l’heure je parviens à la contrer ! Si tu n’es pas capable de passer à autre chose, je te conseille tout de suite de m’offrir ta vie. Nous gagnerons du temps. "
Contre les conseils de Marine, Circinus se lança à corps perdus sur Antiochos.

Rapide et fluide, le jeune homme esquiva les coups de poings et de pieds du vieux Saint de bronze.
Marine ne se résolvait pas à perdre inutilement un allié, alors elle se joignit à Circinus.
Antiochos était bien trop doué pour être alarmé, il commença à riposter. Marine faisait face à merveille mais Circinus subissait à chaque fois les coups de son adversaire. Le Berserker comprit vite comment se défaire de lui. Il pointa sa lame vers Marine :
Antiochos - " Ignited Needles ! "
Les Aiguilles Enflammées vinrent transpercer Marine qui retomba à quelques mètres sur le ventre sans avoir eu le temps de réagir ; puis, d’un revers de main, Antiochos abattit son épée chargée de cosmos sur le flanc de Circinus. La collision fut si forte que l’armure se fissura et la lame pénétra de quelques centimètres la chair de Circinus.
Antiochos - " Tu as bien de la chance que ton corps soit couvert par ta Cloth. Malheureusement ce n’est pas le cas de ta gorge ! Je vais la transpercer immédiatement et venger la mort de mes hommes. "
Il posa la lame sur le cou de Circinus et appuya tout doucement. D’abord piqué par la pointe d’acier, la gorge saigna. Antiochos allait appuyer davantage sans compter sur le retour triomphant de Marine :
Marine - " Ryu Sei Ken ! "
Les Météores le rossèrent de toute part, entamant même sa Nightmare. Sans fléchir, Antiochos fit face avec calme :
Antiochos - " Tu as pu te relever après que mon épée t’ait envoyé ses Aiguilles Enflammées ! Tu m’épates ! "
Marine se mit en garde. Bien qu’elle soit agile, elle ne pouvait rien faire contre la lame du Berserker d’Arès qui la manipulait à merveille. Il finit par lui écorcher les deux cuisses pour la faire chanceler.
Antiochos l’accula contre une roche et poursuivit son discours :
Antiochos - " Il parait qu’Athéna hait les armes et qu’elle n’autorise que ses soldats à en porter. Le corps d’un homme maîtrisant sa cosmo énergie, n’a rien à craindre d’une arme, qu’elle soit à feu ou tranchante. Une arme devient dangereuse uniquement lorsqu’elle est portée par un autre guerrier ayant une emprise sur son cosmos. Voici pourquoi ma lame gorgée de cosmo énergie peut entamer n’importe quelle surface comme vos armures, qu’elles soient de bronze ou d’argent ! "
Il pointa son épée vers le ciel en la maintenant avec ses deux mains. Ses pupilles s’illuminèrent :
Antiochos - " Voici la plus puissante technique armée de mon épée : Fire Sword ! "
L’épée s’enflamma et fondit sur Marine, impuissante…
Apodis surgit alors devant l’Epée de Feu et déclencha à nouveau son arcane :
Apodis - " Wing Jikan No Yoyû ! "
Positionné juste devant le Berserker, Apodis réussit à créer un vent si puissant qu’il souleva son athlétique adversaire du sol et l’envoya dans les cieux, lacéré par la tempête.
Apodis se retourna ensuite devant Marine et du coin de l’½il, pour la rassurer, il annonça :
Apodis - " C’est à ton tour de ne plus t’inquiéter. C’est moi qui veillerai sur toi désormais ! "

Non loin de là, le corps d’Antiochos retombait au sol. Celui-ci, conservant son calme habituel, effectua un déhanchement dans les airs pour se réceptionner sur ses jambes. Il pointa sa lame en direction d’Apodis :
Antiochos - " Alors voici celui qui a mis à mal Evhémère et Diodoros et qui a pris le loisir de terrasser bon nombre de mes hommes. "
Apodis se tenait fièrement en entamant un magnifique jeu de jambes.
Antiochos - " Le Wing Jikan No Yoyû m’a pris par surprise. Je t’ai déjà vu l’utiliser contre mes hommes et je saurai le contrer maintenant. Quant à cette technique invoquée contre Diodoros, le Frantic Fury, il te faut concentrer un maximum d’énergie, ce qui prend du temps et ce que tu as pu faire car Diodoros te sous-estimait. Sache que ce n’est pas mon cas. Mais même si ma victoire est certaine, je te voue une profonde considération je te l’assure. "
Apodis - " Peu importe que tu puisses contrer mes techniques ou non ! Mon but est de détruire cette épée. Moi aussi je t’ai observé et sans ton arme tu n’es rien ! "
Antiochos - " Je te mets au défi d’essayer ! "

L’épée découpait le vent et s’agitait dans la direction du chevalier d’Athéna sans que jamais il ne se fasse avoir. Pourtant, il lui était impossible de contre-attaquer tant la garde adverse était parfaite. L’endurance lui manquait alors qu’Antiochos paraissait en pleine possession de ses moyens. Il remarqua qu’Apodis peinait à maintenir sa vive allure :
Antiochos - " L’oisillon que tu es est sorti trop tôt de son nid. Je vais lui transpercer les ailes avec mes Aiguilles Enflammées : Ignited Needles ! "
Des centaines d’aiguilles enflammées jaillirent de son épée, pour transpercer de part en part le chevalier. Impuissant, Apodis sentit d’innombrables piqures dévorer sa chair, passant même à travers son armure. Il retomba non loin de Marine.

Derrière Antiochos, Circinus rassemblait ses dernières forces pour les sauver tous les deux.
Antiochos fit mine de ne pas le percevoir. Il leva son épée au ciel et invoqua sa toute puissance :
Antiochos - " Fire Sword ! "
Alors qu’il abaissait l’épée dans la direction d’Apodis et de Marine, il pivota en arrière et la pointa finalement sur Circinus qui fut pris par surprise. Une boule de flamme vint emporter Circinus.
Au milieu du foyer, un semblant de lamelles tranchantes entama sa peau pour laisser le feu s’y engouffrer.
Antiochos dirigeait sa sphère de feu, semblable à un soleil, grâce à la pointe de son épée. Il leva son soleil vers le ciel. A cet instant, au beau milieu de la nuit, le champ de bataille fut illuminé comme si l’assaut se déroulait de jour.
Enfin, Antiochos ferma les yeux et la boule de feu explosa, laissant retomber Circinus, le corps calciné et sectionné de toute part, à des lieues d’ici.

Marine et Apodis, épuisés, furent incapables de faire le moindre mouvement. Il faut dire que le Saint d’argent de l’Aigle venait de lutter elle aussi au nord et n’était donc pas en pleine possession de ses moyens.
Antiochos - " Voici donc deux oiseaux ne pouvant prendre leur envol après avoir eu les ailes consumées … "
Le cor du Sanctuaire l’interrompit.

A l’ouest, la victoire d’Orphée et des athéniens était totale. Les troupes remontaient jusqu’à Antiochos et le peu d’hommes qu’il lui restait.
La tendance changea, désormais les soldats d’Arès étaient en infériorité numérique.
Pour la première fois, Antiochos semblait troublé. Il était pressé d’en finir :
Antiochos - " J’ai l’impression qu’il faille que ce soit moi qui me débarrasse de votre lieutenant. Le Saint de la Lyre aura été déterminant dans cette bataille. Il n’y a rien à voir avec vos faibles cosmos. Je vais vous écraser avant de me défaire de lui ! "

Apodis se dressa devant Marine pour agir tel un bouclier humain et protéger sa supérieure. Son initiative ne fut pas nécessaire puisque déjà Orphée avait choisi de les rallier sur le flanc droit avant même qu’Antiochos n’exécute le moindre mouvement :
Orphée - " Pourquoi ne pas entamer tout de suite notre combat Berserker ? "

Antiochos fut ravi :
Antiochos - " Voilà une proposition qui me convient. Je vais trancher les cordes de ta lyre avec mon épée de feu. "
Il se retourna brusquement pour menacer Orphée de sa lame, mais le Saint d’argent s’était déjà volatilisé. Antiochos tournait anxieusement la tête pour trouver où était passé le lieutenant. Il le découvrit trop tard puisque Orphée arriva par les airs et frappa du poing la clavicule gauche d’Antiochos. L’onde de choc produite fut si grande, qu’elle s’élargit sur le long du bras gauche d’Antiochos et la Nightmare protégeant cette zone éclata. Ses veines se gonflèrent de sang et finirent par exploser, les tendons et les nerfs lâchèrent. Son bras pendait le long de son corps.
Orphée s’apprêtait déjà à donner le coup de grâce :
Orphée - " Stringer Fine ! "
En jouant quelques notes, les cordes de sa lyre se jetèrent sur Antiochos pour le faire prisonnier.
Toutefois, avec son seul bras droit, le blondinet brandit son épée et la fit tournoyer devant lui pour laisser les cordes s’enrouler autour de sa lame. Une fois que cela fut fait, il tira son épée au ciel, ses yeux s’enflammèrent :
Antiochos - " Ne crois pas avoir gagné si vite. Maintenant tu es à ma merci : Fire Sword ! "
L’incandescence de la lame enflamma les cordes et le feu remonta jusqu’à la lyre d’Orphée pour le frapper. Les flammèches, une fois arrivées à sa hauteur, devinrent un énorme brasier qui forma un soleil qu’Antiochos leva à nouveau pour le faire imploser dans le ciel.
Orphée retomba, à demi conscient, devant Marine et Apodis.
Sa lyre, démunie de cordes, réduites en cendres, chuta au beau milieu d’un attroupement qui mêlait soldats athéniens et arèsiens.

En regardant autour de lui, Apodis voyait que les zones de combats diminuaient.
Alors qu’au commencement de la bataille, les deux camps occupés des hectares entiers, maintenant ils ne couvraient que quelques mètres ici et là.
Les zones abandonnées étaient devenues des charniers, desquels ressortaient quelques rescapés qui venaient réintégrer le combat pour y mourir. D’autres, allongés, gémissaient, ils avaient les membres sectionnés, les os brisés ou encore les corps bloqués sous les décombres.
Dans ces zones semblables à des nécropoles, on ne distinguait même plus qui appartenait à quel camp. Tous les soldats étaient égaux face à la mort…

Une mort à laquelle Orphée ne voulut pas se soumettre. Il se redressa uniquement pour couvrir Marine et Apodis, face au Berserker qui n’avait plus qu’à lui trancher la tête pour crier victoire.
Antiochos prit une impulsion avec son seul bras droit et destinait le crâne d’Orphée comme point de chute de sa terrible épée. Trop épuisé pour réagir, Orphée ne vit pas qu’avec un tel emportement Antiochos avait abandonné sa garde.
Apodis puisa dans ses dernières forces et se manifesta devant le Saint d’argent.
Antiochos - " Fire Swo… "
Complètement démuni, Antiochos ne pu que ressentir l’ambleur des dégâts, Apodis le cognait en plein thorax avec son Battement d’Ailes Majestueux :
Apodis - " Wing Jikan No Yoyû ! "
L’élan d’Antiochos, fit abattre lourdement son épée contre la colonne vertébrale d’Apodis, entamant légèrement son armure. Antiochos fut soulevé à nouveau du sol, mais cette fois-ci sa Nightmare fut complètement brisée au niveau de la zone ventrale, arrachant même ses vêtements.

Epuisé, Orphée observait le corps d’Antiochos retomber à hauteur de la brèche faite dans les murailles du Sanctuaire, là où attendait le cheval ébène du Berserker.
Orphée balbutia en se relevant :
Orphée - " Le Berserker… Il ne doit pas s’enfuir… "
En boitant, il traversa le dernier attroupement, où la bataille commençait à prendre des allures de victoire pour l’armée athénienne. Il ramassa sa lyre au passage en esquivant les haches, les épées, les flèches, en fracassant ses adversaires en brisant du revers de la main leur nuque, en délogeant leur c½ur par la force de ses poings…
Apodis releva Marine et suivit son lieutenant en l’imitant face à l’ennemi. Lorsqu’ils sortirent de la foule, ils observèrent Antiochos, le ventre profondément écorché par le vent violent d’Apodis, le bras gauche ensanglanté et le visage épuisé. Malgré tout, Antiochos voulait se relever en prenant appui avec sa main droite sur la selle de son canasson. Il se parlait à lui-même :
Antiochos - " Ma famille… Cette terre était la leur… Ils ont été massacrés par la folie des hommes car Athéna n’a pas su atténuer leurs bêtises. Maître Arès doit gagner cette bataille pour faire couler le sang impur de ces hommes abjects et recréer un monde nouveau… Je… Je dois me relever… Pour ma famille… "

En titubant, Apodis approchait le cheval qui s’agitait et s’inquiétait pour son maître. Le Saint de l’Oiseau de Paradis lui caressa la tête et le fixait dans les yeux pour lui communiquer toute sa compassion.
Il ne restait plus qu’une corde qui pendouillait sur la lyre d’Orphée. En la caressant de sa main avec son cosmos bienfaisant, le chevalier d’argent la fit s’agrandir pour qu’enfin sa lyre en soit totalement recouverte. L’instrument était comme neuf.
Antiochos était enfin debout, se tenant sur une jambe. Son genou droit avait du se briser en retombant au sol après l’arcane d’Apodis. Il avait la bouche tellement ensanglantée que les dents de ce beau blond n’étaient plus visibles, ni même son regard de braise tellement il peinait à ouvrir les yeux. Il lâcha la selle de son cheval qu’Apodis pris avec lui, pour le reculer du lieu où son maître allait tenter le tout pour le tout.
Antiochos pleurait et s’adressa à son cheval qui rechignait à suivre le Saint d’Athéna :
Antiochos - " Allons Sinir, toi, moi fidèle compagnon, calme-toi. Remercie plutôt ce glorieux chevalier de bien vouloir veiller sur toi. Je n’ai jamais autant douté de moi tu sais, c’est pour cette raison que je te prie de bien vouloir rentrer auprès de notre maître Arès, si jamais je devais périr dans ce combat… "
Soudain, il toussa du sang, il commença à vaciller… Juste avant de tomber il se reprit :
Antiochos - " Lieutenant Orphée de la Lyre ! Il n’y a pas que mon épée qui soit brûlante ! L’espoir qui fait battre mon c½ur peut être encore plus chaud que n’importe quelle source lumineuse sur cette terre. "
Le corps d’Antiochos devint étincelant. De petites flammèches commencèrent à surgir de son corps. Il était volontairement entré dans un état de combustion. On le vit serrer fort la mâchoire pour ne pas laisser s’échapper la douleur. Son cosmos accroissait de façon démesurée.
Antiochos - " Puisque nous sommes condamnés à la défaite, alors je vais devenir moi-même un soleil pour brûler ce qu’il reste de ce champ de bataille et faire subir au Sanctuaire les plus lourdes pertes humaines qu’il a connu… "
Son corps fût entouré par une boule solaire :
Antiochos - " Human Torch ! "
L’énergie produite par sa sphère de feu agissait comme un aimant et commençait à attirer vers lui les objets les plus légers, puis quelques cadavres alentours se soulevèrent. Apodis, Marine et Orphée luttaient pour ne pas être embarqués.
Orphée - " Berserker, ta cause est noble mais contraire à la nôtre. Tu souhaites imposer ta paix et ramener les hommes à la raison, en brisant ce qu’Athéna a protégé depuis des millénaires, des vies.
Aujourd’hui tes hommes s’écroulent tandis que les nôtres se relèvent. La victoire est acquise en notre faveur. Je n’ai pas l’intention de te laisser détruire tout cela. Je sens que ton corps et ton c½ur souffrent. Je vais donc les apaiser en jouant de ma lyre. Tu vas sombrer dans un profond sommeil. Les notes que je te destine vont soulager ton esprit et ainsi ralentir les battements de ton c½ur à tel point qu’elles annihileront totalement tes flammes. "
Antiochos vit ses membres se désintégrer sous la chaleur de son attaque, d’abord ses mains et ses jambes. Son esprit n’allait plus faire qu’un avec cette technique, Orphée devait faire vite.
Une douce sérénade retentit dans les airs. Elle paraissait comme un doux appel au calme, néanmoins, pour Antiochos, elle représentait une réelle contrainte puisqu’elle amoindrissait l’étendue de sa lumière. Son soleil commençait à se réduire en un vulgaire feu de bois, alors que le corps du Berserker refroidissait pour laisser apparaître un homme brûlé au troisième degré. Il était allongé au sol et n’avait plus ni bras ni jambes, déjà calcinées. Tout le derme était lésé. Il n’avait plus de cheveux et sur son visage on ne pouvait plus distinguer les yeux, de la bouche, du nez ou des oreilles. Sa peau était noire, carbonisée.
A ses gémissements on devinait la douleur qu’il éprouvait. Sa tentative a coupé court au moment le plus technique, le plus pointilleux, là où il devait se débarrasser de son corps de chair afin que son cosmos ne fasse qu’un avec la sphère de flammes.

Orphée n’interrompit pas sa sérénade afin d’abréger de telles souffrances. Il murmura graduellement :
Orphée - " Death Trip Serenade. "
Dès lors, la douleur ne semblait plus préoccuper Antiochos. Des larmes coulaient le long des joues d’Orphée tandis que Sinir, le cheval du Berserker, s’approchait de son maître agonisant. Sans même pouvoir regarder sa monture une dernière fois, Antiochos lui fit ses adieux :
Antiochos - " Je compte sur toi Sinir pour transmettre mon message… merci pour toutes ses chevauchés que nous avons réalisé ensemble mon fidèle compagnon… "
Orphée cessa de jouer :
Orphée - " C’est terminé, Antiochos chevalier d’Arès vient de rendre son dernier souffle. Mon requiem l’a accompagné dans la mort en l’aidant à faire abstraction de la douleur. "
Sinir fit quelques cabrioles en hennissant, comme s’il rendait hommage à son cavalier.

Apodis aidait Marine à se tenir droite et observait en sa compagnie l’étendue des dégâts. Il devait rester une bonne centaine d’athéniens. Ils aidaient les blessés à tenir bon, ou terrassaient les derniers soldats d’Arès qui se traînaient au sol pour fuir.
Orphée gagna une des tourelles jointes aux remparts qui tenait encore debout. Du haut de celle-ci, il prit une forte aspiration :
Orphée - " Soldats, Saints, mes frères ! Le soleil ne tardera pas à se lever d’une couleur rougeâtre une fois encore. Vous portez sur votre corps le sang de nos compagnons ainsi que celui de nos ennemis. Je ne sais comment vous remercier d’avoir tenu aussi longtemps, alors que la situation fut plus d’une fois critique. Athéna a béni vos vies. Soyez-en fier ! "
Tous les hommes levèrent leurs bras en l’air en hurlant « gloire à Athéna ! »

Comme tous les soldats, Apodis aidait les blessés.
Les prêtres des temples sacrés mandatés par le Pope, ainsi que les villageois bénévoles tardèrent à venir rapatrier les estropiés dans leurs villages et à soigner les multiples plaies qui couvraient leurs corps.

Les ferrailleurs et les forgerons chargeaient leurs mules de casques, boucliers et pièces d’armure des soldats sur ordre d’Orphée. Rien ne devait être négligé et ces métaux, à nouveau travaillés, formeraient quelques semaines plus tard, les nouvelles armes de l’armée athénienne.

Apodis soulevait des centaines de cadavres pour les identifier. Ils entassaient ceux des forces d’Arès au milieu d’un gigantesque brasier alimenté par leurs catapultes, béliers et autres armes en bois ; tandis que des charrettes transportaient les malheureux du camp d’Athéna, afin qu’ils soient identifiés auprès de leur famille pour ceux qui en avaient une.
C’est avec joie qu’Apodis remarqua un prêtre prodiguer des élixirs à Cliff et Pullo. Ils avaient survécu.
Le jeune chevalier se précipita vers eux et ôta le casque de sa Cloth pour converser en attendant qu’ils soient ramenés dans les temples qui faisaient offices d’hôpitaux.
Enfin, quelqu’un vint soulever leurs brancards pour les conduire jusqu’au village en ruines de Paesco, aménagé pour l’occasion en un grand centre de soin sous des tonnelles dressées par des villageois comme cela devait être le cas dans les villages des frontières du nord où la bataille s’était aussi achevée.

Au niveau des murailles, Apodis vis quelques soldats encercler Sinir qui refusait de se laisser monter. Il ramassa son casque et atteignit la cohorte pour les sommer d’arrêter.
Un autre soldat commençait à ramasser la triste dépouille d’Antiochos. Apodis comprit alors le comportement de Sinir.
Apodis - " Soldat ! Lâchez cet homme. Il est la cause du tournoiement de ce cheval. "
Apodis caressait alors la crinière de Sinir et agrippa son harnais pour le faire avancer jusqu’à son maître. Enfin, il chargea le cadavre d’Antiochos sur Sinir et d’une tape sur sa croupe, le laissa partir au galop avant qu’il ne disparaisse dans un nuage brumeux.
Apodis se plu à croire que Sinir avait retrouvé le chemin qui conduisait à l’Aréopage, temple d’Arès où le dieu aurait offert des funérailles dignes pour Antiochos.

Marine l’interpella :
Marine - " Tu as un grand c½ur Saint de bronze. Quel est ton nom ? "
Apodis - " Je me nomme Apodis, fils de Fronti… "
Apodis reprit la fin de sa phrase en joignant ses jambes comme au « garde à vous » :
Apodis - " Je suis Apodis, fils de Mujakis et Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. "
Elle tendit alors sa main vers lui et serra la sienne chaleureusement :
Marine - " C’est avec un immense plaisir que moi, Marine de l’Aigle, j’ai combattu à tes côtés. "
Marine soutenait Circinus sous le bras. Circinus félicita à son tour son nouvel allier :
Circinus - " Tu as été épatant jeune soldat. Je suis convaincu que Pajaros est mort le sourire aux lèvres, en sachant qu’un brave garçon comme toi allait prendre sa relève. "

Arrivée du village, la belle Eurydice courut jusqu’à Orphée et lui sauta dans les bras. Ce romantique spectacle réchauffa le c½ur à tous.
Apodis s’approcha d’eux, d’un pas beaucoup plus décidé que lors de leur première rencontre :
Orphée - " Alors voici celui qui m’a sauvé de l’épée de flamme. Tu as donc retrouvé l’inspiration suffisante pour déployer tes ailes, jeune poète. "
Apodis sourit fièrement et, sans se retourner, perçu la présence de Netsuai :
Apodis - " Vous ne me prendrez pas par surprise cette fois jolie demoiselle au ruban de soie. "
Malgré ses nombreux hématomes au visage, Apodis se tourna pour lui offrir un charmant sourire. Il tendit son poignet gauche et défit sa Cloth pour montrer à la jeune s½ur d’Eurydice le tissu qu’elle lui avait enroulé avant la bataille. Les regards des deux jeunes enfants s’entremêlèrent et dégagèrent un sentiment mêlant tendresse et remerciement.

Orphée se défit de l’étreinte d’Eurydice avec tendresse et annonça à Apodis :
Orphée - " Nous devons remonter auprès du Pope. Tous les Saints ayant participé à la bataille doivent s’agenouiller devant lui et lui rapporter les faits marquants. Tu dois me suivre et te présenter à lui comme étant son nouveau Saint de bronze ! "
Flashback


Inopinément, un hébéïen fait chuter du matériel et sort Apodis de ses songes :
Hébéïen - " Bateau en vu ! "
Le Saint de bronze soupire, ses souvenirs sont ceux d’une époque désormais perdue.



Si les souvenirs soulevaient mon c½ur, les évènements du monde sous-marin auraient dû m’inquiéter davantage.
En effet, la présence de Kassa auprès de Bian ne devait pas être le fruit du hasard…


 

Chapitre 27 - La Guerre Sainte terminée

Au Sanctuaire, durant la nuit du 7 au 8 mars 1985, des Saints de bronze étaient réunis, pour se rendre sur Yíaros. Le Grand Pope préparait déjà le gouvernement en place sur l’île, alors que mes hommes et moi allions seulement débarquer…


Chapitre 27 - La Guerre Sainte terminée

Au sud de l’île d’Yíaros, sur le port : 

Sous la tente la plus imposante du camp athénien, teintée de rouge et orné en son centre d’une statuette en or d’Athéna tenant Niké dans son bras, Aldebaran est attablé à un guéridon.
Un verre de vin dans la main droite, son casque aux cornes acérées maintenue dans la gauche, le brésilien observe son homologue Shura.
Le Capricorne, un genou au sol, le casque sous le bras, répète les saintes paroles prononcées par un prêtre, qui dirige ses mains au ciel en célébrant Athéna.

Au bout d’une demi-heure et trois verres, Aldebaran assiste enfin à la fin du rituel et se retrouve désormais seul à seul avec l’espagnol :
Aldebaran - " Je t’en sers un ? "
Shura - " Juste avant cette tentative ? Ca ne serait pas raisonnable. "
Aldebaran rit à pleins poumons :
Aldebaran - " Tu as raison Shura. Tu m’excuseras alors, mais j’avais besoin de ça pour tenir le coup avec la présence de ce prêtre. "
Shura - " Il est vrai que tu préfères prier seul et de façon plus succincte. "
Aldebaran - " Athéna n’a pas besoin de grands discours, juste de fidélité. "

Devant leur tente, ils entendent les cliquetis d’autres armures qui se réunissent :
Aldebaran - " Es-tu certain qu’attaquer si vite notre ennemi est une bonne idée ? "
Shura - " J’aurai cru le comité d’accueil plus important sur le port. Cela signifie qu’ils n’ont plus d’hommes. Investir le centre de l’île ne sera qu’une partie de plaisir, sachant qu’Apodis attirera l’attention sur lui en attaquant le nord/est. "
Aldebaran - " Dans ce cas nous ferons comme prévu. A l’aube, je te rejoindrai au centre de l’île avec nos hommes pour en prendre définitivement le contrôle. Seuls quelques soldats resteront sur le port pour veiller à ce qu’il n’y ait pas de fuyards. "
Shura - " Il n’y a pas de raison qu’il y en ait. S’ils se montrent fidèles à Athéna alors ils vivront heureux sous notre occupation. "

Le drap de leur tente est ouvert par Babel qui ôte son casque et s’agenouille :
Babel - " Seigneur Aldebaran, Seigneur Shura, moi Babel Saint d’argent du Centaure vient vous informer que nos troupes sont prêtes. Philémon Saint de bronze du Lièvre a réuni quatre-vingt soldats près à suivre vos ordres Saint du Capricorne. Trente autres affûtent déjà leurs armes, pour vous suivre demain matin Saint d’or du Taureau. Les hommes restants sont déjà sous le commandement de Ptolémy Saint d’argent de la Flèche afin de veiller sur le port. "

Shura ajuste son casque et déclare :
Shura - " Dans ce cas, ne les faisons pas attendre ! "
Il se retourne et serre fermement la main de son camarade Aldebaran qui lui sourit aimablement.


Au centre de l’île d’Yíaros : 

Torches éteintes, un groupe de soldats conduit par Baucis quitte le centre de l’île en direction du nord/est.
Tout en les observant partir en mission, le grand cardinal des prêtres d’Hébé, l’homme qui a recueilli Saga et Kanon lorsqu’ils étaient enfant, Acis, converse avec l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale, ¼dipe :
Acis - " Penses-tu que confier cette mission à Baucis, qui a perdu près de soixante-dix hommes sur le port cet après-midi, soit une bonne idée ? "
Dépourvu de ses cinq sens, ¼dipe répond en faisant retentir son cosmos dans l’esprit d’Acis :
¼dipe - " La perte d’Androgée Alcide du Taureau de Crète l’a beaucoup affectée. Une grande complicité les liait, elle se sent responsable de sa mort. "
Acis - " Justement, elle est à peine remise de ses blessures et elle n’a en tête qu’un esprit de revanche. "
¼dipe - " D’après ce qu’a dit Yakamoz, le Saint de bronze qui conduit cinquante homme est là, dans le but d’assouvir lui aussi, un désir de vengeance. Il nous pense responsable du décès des siens. Sur le port Baucis avait moins d’hommes que les athéniens. Nous n’étions que cent soldats et deux Alcides, contre cent cinquante soldats et sept Saints. Ce soir, Baucis conduira la trentaine de survivants de cet après-midi, ainsi que vingt soldats parmi la cinquantaine restée dans la cité auprès d’Hébé dans la journée. Elle aura cinquante hommes contre vingt-cinq… "

Ce constat fait état que seul une trentaine de soldat hébéïens restent présents pour veiller sur le centre de l’île.


Juventas, la veuve d’Iphiclès, est persuadée que la diversion au nord/est leur sera fatale.
A l’intérieur du Parthénos, elle observe Hébé qui reste les yeux fermés, assise sur son trône, à attendre la suite des évènements.


Au Sanctuaire d’Athéna, à l’ouest du domaine sacré :

En marge des incidents d’il y a trois jours, une orgie a lieu en l’honneur de la future victoire athénienne sur Yíaros, dans la maison de Misty Saint d’argent du Lézard.
Tandis que dans les villages alentours, on reconstruit les maisons endommagées et on fait le deuil des victimes de la tentative d’invasion d’Hébé, le français a convié ses habituels amis à une fête où seuls les personnalités les plus importantes, les plus belles et les plus désirées du domaine sont présentes.

A l’affût du général Gigas, qui récuse toute manifestation de ce genre, une vingtaine de personnes s’est réunie chez le Saint d’argent, afin de se livrer à la débauche et aux excès de la table et de la boisson.
Dans sa toge blanche et légère, qu’il ne porte que pour les occasions de ce genre, Misty tape dans ses mains pour accompagner les plus beaux esclaves du domaine, hommes ou femmes, dans leurs déhanchements, sur les airs joués par quelques musiciens fanfarons des auberges alentours.
A table, Docrates et quelques riches marchands, rient des témoignages de Jamian qui évoque avec humour, ses mésaventures journalières. Le Saint d’argent du Corbeau, vêtu d’un pantalon noir et d’un maillot sombre délavé, garde son bras autour du cou d’une jeune servante de Misty avec laquelle, il envisage de passer une agréable soirée.
Astérion, jeune veuf d’Agena, se console avec son camarade Moses en compagnie de filles de paysans, tandis que Dante et Capella, encore sous le choc de leur affrontement contre un Alcide, préfèrent manger grassement les plats préparés devant eux par les esclaves. Esclaves que Dio ne cesse de mépriser sous l’influence de l’alcool. Ses fidèles comparses, Sirius et Algethi jouent aux cartes avec Arachné, ainsi que quelques soldats et des filles de commerçants déjà bien éméchés.

Avachi sur une couche dans une robe sénatoriale qui n’est serrée à sa taille que grâce à un ceinturon de cuir, Algol déguste les succulents mets en compagnie de son camarade Spartan aux plaies encore fraîches. L’expert en télékinésie peut à peine lever le bras après son affrontement contre l’Alcide ¼dipe, mais tient cependant à profiter de ce genre de soirées, qui deviennent rare au Sanctuaire.
Affublé d’une longue et ample robe en coton de couleur pourpre, le mercenaire ne perd pas des yeux, la servante qui vient de leur déposer un plateau de pilons de poulet au miel. Cette femme aux cheveux courts, lisses et noirs, fait le service en tenue d’Eve comme l’exige Misty son propriétaire. Sa peau brunie par le soleil de Grèce garde quelques traces blanches cicatrisées, laissées par le fouet de son maître.
Tandis qu’il évoque les bienfaits de la politique actuelle du Grand Pope, Algol sent l’attention de son ami se dissiper. Il comprend vite la cause en remarquant cette jeune femme qui baisse les yeux chaque fois qu’un noble invité la toise.
Le Saint d’argent de Persée se lève alors sans mot dire et se dirige vers les chaudrons où les autres serviteurs préparent la nourriture qui est à chaque fois gaspillée par les convives.
Dio, un pichet de vin à la main, les yeux mi-clos, ricane tout en giflant un des cuisiniers pour l’unique raison que celui-ci ne va pas assez vite à son goût.
A ce moment l’esclave sur laquelle Spartan a jeté son dévolu, approche du malheureux souffre-douleur pour que celui-ci remplisse un nouveau plat. Le chevalier de la Mouche lâche le misérable et commence à poser ses mains vicieuses sur le corps soumis. La domestique ne dit rien, elle baisse simplement les yeux et ne bronche pas, telle est la volonté de Misty.
Dio sent subitement son bras être cramponné et repoussé en arrière. Grisé par l’alcool qui coule à flot, il met du temps à se tenir droit pour distinguer le gêneur :
Dio - " Qui es-tu pour oser me repousser ainsi ? "
Algol prend dans ses bras la femme et pose un regard froid vers son pair :
Algol - " Algol Saint de Persée. "
Dio - " Algol, je ne t’avais pas reconnu. Sache que cette femme est à moi. "
Algol pointe du doigt le cuisinier avec lequel jouait Dio auparavant :
Algol - " Faux ! Spartan a posé son dévolu dessus en premier alors que toi tu t’amusais à jouer avec ce laquais. Le vin te monte à la tête Saint de la Mouche. Je te propose de jouer à nouveau avec lui et de venir nous rejoindre partager notre eau lorsque tu auras recouvré tes esprits. "
Personne ne prête attention à l’échange entre les deux hommes. Dio, bien qu’émoustillé, sait qu’il ne faut pas se frotter ainsi à un des plus puissants Saint de son ordre. Il le laisse partir en frappant sur la fesse le valet qu’il ennuyait auparavant :
Dio - " Va Algol. Garde ton eau et emporte cette femme ! "
Algol sourit et conduit l’esclave qu’il garde à bras jusqu’à Spartan qui l’attend en souriant avec timidité.
Algol finit de vider sa coupe d’eau et laisse son camarade pour ne pas le déranger.
Le Saint de Persée passe sa main dans son opulente chevelure et quitte la demeure de Misty à qui il baise amicalement la joue avant de sortir afin de le remercier de l’invitation.

Le Saint remonte paisiblement les villages de l’ouest et s’aventure dans le centre du domaine, dans la ville d’Honkios. Il emprunte la direction est de la ville pour débarquer aux limites du camp d’entraînement des femmes chevaliers. Il s’assied sur une pierre et fixe l’orée du bois qui appartient à ce lieu interdit aux hommes.
L’arrogant chevalier d’argent ferme les yeux l’espace d’un instant et respire à pleins poumons. Lorsqu’il reprend ses esprits, il déclare à voix haute :
Algol - " Ce lieu a conservé l’odeur de sa peau. "
Une femme chevalier aux cheveux vert sort de l’ombre et reconnaît son camarade :
Shaina - " Algol ! Cela fait un moment que je ne t’ai vu. Que viens-tu faire ici ? "
Algol - " Tu sais… Au village voisin… Misty et ses fêtes habituelles. J’avais espéré m’y vider l’esprit, mais je garde son visage au fond de mon c½ur. Vois-tu Shaina, c’est sur ce banc de pierre que nous nous sommes embrassés la première fois Hasu et moi. "
Shaina - " Oui, je sais. Elle t’aimait beaucoup. "
Algol - " Hélas elle l’a suivi lui. Elle n’est pas allée au bout de son apprentissage de femme chevalier uniquement pour accompagner ce chevalier d’or, Shaka de la Vierge. "
Shaina - " Le Grand Pope a accordé un pèlerinage à Shaka et ses partisans. Elle a abandonné la voix de la violence, pour la sagesse de Bouddha. Elle estimait qu’ainsi elle servirait mieux Athéna. "
Algol - " Oui, la fidélité envers sa déesse avant tout. Hélas, j’ai un mauvais pressentiment. Dans un courrier que nous a adressé un messager, il était dit que Shaka et ses disciples allaient bientôt être de retour et que Hasu avait été faite Saint de bronze de la Couronne Australe. Elle qui a abandonné la chevalerie revient, sacrée chevalier ! Je suis sûr que l’influence de Shaka y est pour quelque chose. Crois-tu que ses sentiments pour moi sont toujours aussi forts ? "
Shaina - " L’amour entre un homme et une femme reste une situation bien mystérieuse. Pour ma part je ne saurai m’avancer à ce sujet. Rentre chez toi maintenant Algol. Demain tu iras mieux. "


Au Sanctuaire, dans la chambre du Pope :

Une voix roque répond à une autre dans la salle d’audience du palais papal.
Le maître des lieux est assis sur son siège et fixe un chevalier accroupi, casque en main. Le jeune homme affiche une maturité qui le vieillit par rapport à ses seize ans. Ses cheveux épais couvrent son front et descendent bas dans sa nuque ainsi que jusque sa mâchoire. Son menton carré, son nez épaté et ses petits yeux noirs, témoignent de la frayeur qu’il inspire habituellement.
Couvert par la Cloth de bronze du Toucan qui cuirasse son corps d’un plastron et d’une ceinture rouge, de jambières et d’avant-bras cobalts, il incline sa tête et assure :
Taishi - " Oui majesté, je suis bien l’élève de Lilium Saint de bronze de l’Octant qui instruit à des apprentis chevaliers au camp d’Oran en Algérie. Je suis Taishi Saint de bronze du Toucan, arrivé hier au port d’Athènes depuis celui d’Oran où j’ai voyagé incognito. J’ai été accueilli à mon arrivée au Sanctuaire par notre général en chef, Gigas, qui m’a informé de la mission que vous me confiez et de la situation en mer Egée. "
Grand Pope - " Lilium m’a rapporté par messagers que tu étais un Saint courageux et volontaire. "
Taishi - " Je ferais tout, Majesté, pour être à la hauteur des attentes de notre déesse Athéna. "
Grand Pope - " A l’heure actuelle je perçois notre armée investir le centre de l’île d’Yíaros. A cette occasion j’ai dépêché deux Saints d’or accomplir cette attaque. Toutefois, je préfère savoir nos Saints d’or près d’Athéna, c’est pourquoi je t’envoie ainsi que trois autres Saints de bronze sur Yíaros pour y maintenir l’ordre et faire respecter nos lois. "
Taishi - " Entendu votre majesté. Avec qui ferais-je équipe ? "
Grand Pope - " Tu seras accompagné d’Anikeï de Cassiopée, de Carina de la Carène du Navire et de Lena de la Boussole. Sur place resteront Philémon du Lièvre et Apodis de l’Oiseau de Paradis. Vous serez six Saints de bronze, soutenus par les soldats déjà sur place. Ce sera suffisant je pense. "
Taishi - " Si vous le pensez Majesté, ça ne peut-être alors qu’évident à nos yeux. "

Saga se lève de son siège, imposant un respect que lui rend Taishi, en s’inclinant davantage au sol.
Le Grand Pope avance jusqu’au Saint du Toucan et lui tend le bandeau rouge qu’il a pris à Iphiclès juste avant que l’Alcide ne décède dans la maison du Taureau :
Grand Pope - " Taishi, j’aimerai ta confier une autre tâche. "
Taishi - " C’est un honneur mon Seigneur. "
Grand Pope - " Je veux que tu remettes ce ruban à Hébé. Je sais que l’approcher sera une tâche ardue car à l’heure actuelle, je la sais barricadée dans son temple. "
Taishi - " Est-ce là une astuce pour lui ôter la vie majesté ? "
Saga perd aussitôt son sang froid :
Grand Pope - " Malheureux ! Otez la vie à un dieu n’est pas chose aisée. Seuls les chevaliers d’or ont accompli ce miracle contre les Titans sachant que ceux-ci ne disposaient pas de tous leurs moyens. Non, je préfère la savoir cachée dans son temple à regretter le sacrilège qu’elle a commis en s’attaquant à Athéna. Je veux la savoir l’esprit torturé pendant que notre peuple se venge des malheurs subis ici en rendant la monnaie de leur pièce au sien. Nous la tuerons plus tard. "
Taishi - " Pardonnez mon impudence votre Eminence. "
Grand Pope - " Tu es plein de fougue. J’aime ça et j’accepte tes excuses à l’égard des dieux. Lorsque tu donneras ce ruban à Hébé, je veux que tu lui délivres ce message. Dis-lui expressément que : « le passé ne peut être oublié et que le chagrin ronge les amis d’antan. » "


Au Sanctuaire d’Athéna, à l’ouest du domaine sacré :

Dans le village où se situe la demeure de Misty, Anikeï, l’ukrainien qui a suivi le même enseignement que Shun, marche les bras le long du corps. Dans son vieux maillot jaune rapiécé et son pantalon blanc troué aux genoux, le slave légèrement plus grand, baisse les yeux sur Carina durant leur balade nocturne.

Les deux jeunes Saints de bronze sont arrivés au Sanctuaire que découvre pour la première fois le svelte garçon aux traits efféminés. Il suit Carina qui a déjà eu l’occasion de remplir plusieurs missions en Egypte et qui a déjà fait le relais ici, au domaine sacré, lorsqu’elle revenait d’Afrique pour rejoindre sa Sibérie natale.
L’allure chétive de cette demoiselle, au visage caché sous un masque havane, la rend gracieuse dans sa jupe marron, qui descend jusqu’en haut de ses cuisses fermes. Ses tibias sont couverts par des bas blancs et ses chevilles sont surélevées par les hauts talons de ses chaussures. Sa fine taille est habillée d’un épais pull blanc qui épouse malgré tout sa poitrine rebondie.

Tenant chacun à dos leurs Pandora Box, les deux chevaliers de bronze témoignent de leurs durs entraînements, ainsi que des raisons qui les ont poussé à vouer fidélité à Athéna.

En passant près de la maison de Misty, Anikeï remarque un invité sortir nu, en compagnie d’un esclave qu’il caresse lascivement, en espérant ne pas dévoiler aux autres convives son homosexualité. C’était sans compter sur la présence des deux Saints de bronze :
Anikeï - " Apparemment ils savent s’amuser au Sanctuaire. "
La blonde aux mèches brunes fait glisser dans son dos ses cheveux qui tombent à hauteur des épaules en déclarant :
Carina - " N’est-ce pas la meilleure façon de chasser les démons qui nous hantent la nuit, après avoir accompli nos difficiles missions ? "
Interpellés par les messes basses des deux camarades, les convives rentrent alerter Misty que des rôdeurs les épient.
Le fringuant Saint d’argent sort immédiatement en compagnie de Docrates qui dresse déjà son poing vers les inconnus :
Docrates - " Qui êtes-vous pour vous aventurer dans ce village ? "
Misty admire le visage effilé d’Anikeï et calme le mercenaire en posant sa main sur la sienne :
Misty - " Allons mon ami, ne remarques-tu pas ces deux Pandora Box sur leurs dos. Ils sont des nôtres, voilà pourquoi aucun garde ne nous a alertés. "
Anikeï est aussi admiratif envers Misty que le français l’est pour lui :
Misty - " Je suis Misty Saint d’argent du Lézard et grand capitaine de l’armée athénienne. "
Les deux Saints de bronze s’inclinent immédiatement :
Carina - " Je suis Carina Saint de bronze de la Carène du Navire et voici Anikeï Saint de bronze de Cassiopée. "
Anikeï - " Nous avons été appelés par le Grand Pope pour renforcer nos positions sur Yíaros. Nous quittons demain dès l’aube le Sanctuaire pour accomplir notre destinée Seigneur Misty. "
Misty est ravi et tape dans ses mains :
Misty - " Allons, allons, pas de « Seigneur » aujourd’hui. Ce soir j’organise justement un repas en l’honneur de nos amis déjà sur place. Il serait donc tout naturel que vous vous joignez à nous, afin de nous faire profiter de votre présence. De nombreux pairs sont à l’intérieur, ce sera un moyen pour vous de mieux vous intégrer à notre chevalerie. "
Anikeï et Carina se redressent :
Carina - " Ce serait un véritable plaisir Seigneur Misty mais… "
Misty fixe Anikeï avec lequel il échange un regard concupiscent :
Misty - " J’insiste vraiment pour vous avoir à notre table. "
L’élève d’Albior qui n’a jamais caché à Shun ses sentiments pour lui durant sa formation, ne bronche pas, au contraire, il sourit chaleureusement à son supérieur :
Anikeï - " Dans ce cas, nous sommes vraiment ravis de vous suivre Seigneur Misty. "


A quelques heures de partir pour Athènes, Carina s’est détendue à la table de Docrates où elle rie aux éclats en entendant les âneries de Jamian, tandis que d’un mot à l’autre, Misty et Anikeï en sont venus à s’échanger quelques baisers sur les couches disposées dans le logis.

Au centre de la cité, dans le onzième palais du zodiaque, Camus et Lena ont ré endossé leurs armures. Dans quelques heures, Yíaros sera le point de chute de la russe qui fait ses adieux à son éternel amour secret…


Canada, région de Nunavut, ville d’Arviat :

Dans le centre de la ville aux habitations couvertes de neige, la voiture rouge de Vasiliás est stationnée face à un chalet surélevé par des pilotis d’au moins un mètre.
L’intérieur de la demeure est convivial, les murs de la pièce principale sont tapissés de photos de Vasiliás, Bian, Dolly et Ariel. La décoration est sobre en raison d’une maigre surface habitable.

Les pieds nus sur le carrelage des sanitaires qui jouxtent sa chambrette, Bian fait couler sa douche pour faire venir l’eau chaude et remplir la pièce de buée le temps qu’il retire ses loques rapiécées.

De l’autre côté de la salle de bain, à l’opposé de celle de Bian, se trouve la chambre commune d’Ariel et Vasiliás.
Encore enroulée dans leurs draps de soie, la belle employée du dispensaire regarde avec des yeux remplis d’affection, le physique parfait de son amant de toujours.
Celui-ci se tient debout et récupère ses vêtements, qu’il avait déposés sur un valet de chambre.
La pièce est lumineuse grâce aux murs blancs baignés par le jour qui traverse la grande fenêtre de la chambre. Le mobilier en rotin ne comporte pas un grain de poussière et chaque chose est rangée de façon millimétrée.
Vasiliás s’admire en même temps que sa compagne dans la psyché que lui renvoie le reflet de son corps travaillé depuis sa plus tendre enfance.
Son regard se fige sur le tatouage qui dessine du bas de sa hanche droite jusqu’au haut de sa cuisse un lion à la crinière épaisse. Ses ailes d’ange sont déployées, des cornes d’ivoires sortent de ses coudes et de sous ses genoux. L’animal est marqué d’une cicatrice à l’½il et arborent ses crocs acérés. Ce lion est le même que celui brodé sur la cape que Ksénia lui a laissé il y a prêt de onze ans.
Les souvenirs qui le hantent depuis son exil s’emparent alors à nouveau de lui et le renvoient neuf ans en arrière…


Flashback
Septembre 1976 - Le soleil d’été brillait toujours haut dans le ciel, malgré l’approche de l’automne.
Les bouclettes des cheveux châtains de Vasiliás gouttaient de transpiration. Son torse aux pectoraux maintenant bien formés et aux abdominaux forts prononcés, luisaient, tant la sueur inondait son corps.
Arborant avec fierté ses tatouages, dont les significations étaient désormais connues de tous, attisant la rage de ses concurrents à l’armure d’or du Lion qui n’étaient guère plus légion à présent, Vasiliás affichait un sourire de satisfaction, dans une arène de l’est du Sanctuaire, où il était venu défier un prétendant à la Cloth, quelques semaines avant la finale contre Aiolia.

Le vaincu, couché sur le dos, le visage chargé d’ecchymoses, observait le seul dessin sur la peau de Vasiliás qui n’était pas entièrement dévoilé. Il s’agissait d’une crinière et d’une corne d’un lion marqué sur son corps et qui dépassaient de son pantalon à hauteur de la hanche.
Couvert de sable et de poussière, le malheureux avait le regard chargé de haine à l’encontre de l’américain que certains huaient dans l’enceinte en ruine.
Vasiliás se tenait droit devant son adversaire qui attendait le coup de grâce :
Le vaincu - " Alors ! Qu’attends-tu pour m’ôter la vie ? "
En entendant cela, Vasiliás parut contrarié :
Vasiliás - " Pour quelle raison devrais-je te tuer ? Tu as été un redoutable adversaire et tu es soucieux des idéaux de paix pour cette planète. "
Le vaincu - " Tu en as pourtant tué pour moins que ça ! "
Vasiliás - " Les renégats, les irrespectueux et les malfaisants ont été victime de la justice. Personne d’autre. La réputation qu’on a faite de moi est fausse. "
Le vaincu - " Alors pour toi les fautifs n’ont pas le droit à une seconde chance ? "
Vasiliás - " Il y a des lois, des règles de conduite et des valeurs à respecter. La seconde chance ne servirait qu’à laisser un répit aux coupables qui garderont dans le sang l’empreinte du mal. L’éradiquer à la source est la seule alternative pour offrir un monde meilleur. "
La quelque cinquantaine de spectateurs, soldats et Saints venus profiter de ce combat pour se divertir, commença à faire silence afin d’écouter le dialogue des deux rivaux :
Le vaincu - " Voilà ce qui te pousse à devenir chevalier d’or ? "
Vasiliás - " C’est une des raisons. Le Sanctuaire a été trop absent de la vie politique du monde moderne. Aujourd’hui les gouvernements ne se soucient pas du rôle que nous avons dans l’équilibre du monde. Ils se font la guerre entre eux, privant les innocents de vivre dans la quiétude. Le Grand Pope est au-dessus des présidents et des monarchies. Agir dans l’ombre ne permettra jamais de ramener pleinement la paix et le respect sur cette planète. Le Grand Pope doit s’affirmer aux yeux de tous, être l’unique représentant de la loi planétaire qui prône les valeurs que nous, gardiens du Sanctuaire, devons véhiculer. Il doit être le Roi de la Terre. Si notre Grand Pope actuel n’y parvient pas, alors le Pope lui succédant, celui de notre génération, celui que je souhaite devenir en me vouant corps et âme à la chevalerie, accomplira cette destinée qui n’est plus que la seule alternative pour la sauvegarde de l’homme. "
L’assistance fut ébahie par de tels propos, certains hommes furent outrés, d’autres se mirent à applaudir, tout cela sous les yeux d’un jeune libyen, messager personnel de Saga l’usurpateur au trône du Grand Pope…


Dans le palais papal, le coursier du représentant d’Athéna venait une heure plus tard, lui rapporter les déclarations de l’apprenti chevalier.
Il était petit, son visage encore enfantin, sa sombre et opulente chevelure faisait ressortir ses petits yeux bleu foncés. Son corps tout entier était recouvert d’une lourde soutane semblable à celle que portent les moines dans les abbayes.
Agenouillé, le garçon d’à peine six ans attendait la réaction de son souverain, sans même oser lever les yeux vers celui-ci après lui avoir relaté les évènements.

Saga, le visage masqué, observant l’horizon depuis un balcon de son palais, tournait le dos à son espion.
Sa longue robe blanche frottait les dalles de ciment qui couvraient le sol de sa demeure et l’astre solaire se reflétait dans les yeux rouges de son masque violet. Ses cheveux gris sortaient de sous son casque doré, tandis qu’une de ses mains se dégageait de l’épais vêtement qui couvrait son corps afin de renvoyer d’un mouvement du bras le jeune garçon :
Grand Pope - " Merci beaucoup Ptolémy. Ton travail est remarquable. Depuis ton arrivée au Sanctuaire il y a un an, tu n’as cessé de m’impressionner. Ton professeur m’a révélé qu’il existait en toi de grosses capacités cosmiques qui embrasent les étoiles de la constellation de la Flèche lorsque tu concentres ton cosmos à son paroxysme. L’armure de la Flèche est détenue par un chevalier d’argent qui veille sur un camp d’apprentis à Thèbes, en Egypte. Je demanderai à ton professeur qu’il te conduise là-bas jusqu’à ton nouveau mentor afin de faire de toi son successeur. "
L’enfant qui devait beaucoup aux hommes du Sanctuaire de l’avoir sorti de sa vie misérable en Libye et qui vouait une fidélité inestimable pour le Grand Pope qui l’avait immédiatement pris sous son aile, se redressa couvert de larmes.
Ptolémy - " Majesté, je ne sais comment vous remercier, je… "
Saga le stoppa aussitôt en le congédiant d’un ton charitable :
Grand Pope - " La meilleure façon de me remercier est de revenir auprès de moi comme Saint d’argent de la Flèche. Va à présent… "
Ptolémy fit une révérence et quitta sans plus tarder la salle où les gardes postés en faction fermèrent les portes laissant le divin représentant seul.

Saga ôta alors son casque, son masque et se libéra de sa soutane sous laquelle il était entièrement nu. Il avança dans cette tenue jusqu’à des thermes, disposés en fond de salle, dans lesquels il se laissa glisser avec une certaine volupté.
Assis, l’eau le submergeant jusqu’à ses épaules râblées, il remonta dans ses mains jointes de l’eau qu’il se passa sur le visage et remonta jusqu’à ses cheveux grisonnant qu’il recoiffa par la continuité de son mouvement.
Enfin, lorsqu’ils reprirent leur teinte bleutée originelle, Saga se parla à lui-même :
Saga - " Vasiliás… Ce garçon a de l’ambition… Il me rappelle mon frère et moi… Ah… Kanon… Si tu étais encore de ce monde, que me conseillerais-tu ? "
Il resta un instant en l’attente d’une réponse que lui seul pouvait s’apporter :
Saga - " L’ambition peut conduire à des actes blasphématoires, j’en suis moi-même la preuve. Avant de devenir Saint d’or du Lion, Vasiliás devra affronter un enfant du même âge. Le dernier obstacle à son sacre, le frère de mon vieil et regretté ami Aiolos… Faut-il vraiment que le destin du Lion soit si proche de mon secret ? Qui sera chevalier ? Le frère de celui qui voulut lutter contre moi ? Ou bien l’enfant idéaliste qui rêve de me succéder ? "


A Rodorio, la foule s’agitait sur la place principale.
Les soldats traversaient l’avenue durant leur tour de garde. Les enfants se couraient après. Les femmes se hâtaient à un stand de marchand de fruit qui faisait le tour du domaine pour vendre le résultat de ses cultures d’un village du nord du Sanctuaire. Les hommes rentraient de leur journée de labeur dans les étables, de chez les artisans ou de chez les chevaliers pour qui ils travaillaient.

La routine journalière ne dérangeait pas outre mesure le jeune Vasiliás qui se relaxait après son âpre combat dans un tonneau d’eau qu’il remplit au petit matin par plusieurs seaux depuis la fontaine de la place et qu’il laissait réchauffer au soleil la journée.
A l’abri des regards indiscrets, dans le recoin d’une ruelle désertique, il défit ses sandales, son pantalon et ses bandelettes de papier puis sauta, pieds en avant, dans l’eau devenue tiède.
Une fois à l’intérieur, il retira son caleçon sale qu’il frotta avec ses mains et mit à sécher sur une bordure de fenêtre à côté de lui.

Ces instants de relaxation étaient rares, même si depuis peu son instructeur le laissait poursuivre seul, son apprentissage. L’élève avait, depuis bien longtemps, dépassé le maître et Klok savait Vasiliás suffisamment mature et compétent pour s’émanciper de lui.
Toutefois, il poursuivit ses cours théoriques durant lesquels il lui apprenait les nombres, la lecture, l’écriture ainsi que les mystères de la chevalerie.
En plus d’être doué au combat, Vasiliás présentait un génie mental très perspicace, surpassant bientôt, en plus de ses capacités de chevalier, les connaissances intellectuelles de son enseignant.
Néanmoins, Vasiliás continuait à se montrer obéissant et passionné par l’éloquence de cet homme aux très longs cheveux et au sourire inquiétant.
D’ailleurs, Klok ne tarda pas à rejoindre Vasiliás devant son bassin de fortune en le félicitant pour sa victoire :
Vasiliás - " Merci beaucoup maître, mais tout cela n’aurait pu être possible sans vous. "
Klok - " Tu ne dois ta victoire qu’à toi seul. Tu as emmagasiné tellement de choses en si peu d’années, tu me surpasses à tous les niveaux. Bientôt tu seras chevalier et tu seras mon supérieur hiérarchique. "
Vasiliás - " Ne dîtes pas ça maître, j’ai beaucoup à apprendre encore de votre expérience et jamais je ne pourrais me considérer comme vous étant supérieur. "
Klok - " Il le faudra pourtant. Mais avant cela, comptant sur ton bon c½ur et ton esprit de discernement, j’ai une faveur à te demander. "
Vasiliás - " Je vous écoute maître. "
Klok - " Tu es inflexible et obstiné, quoi que je puisse faire ou dire cela ne t’écartera pas de ta volonté de devenir un Grand Pope. Sache toutefois que l’ambition a mené bien des hommes à l’échec et que le recueil des pleins pouvoirs, a toujours conduis des dynasties de rois à la mort. Voilà pourquoi depuis la nuit des temps le Grand Pope a tenu à se tenir à l’écart du monde contemporain et qu’il doit le rester. Son rôle est simplement de tenir les dieux hostiles hors de portée de la Terre, pour le reste, les humains doivent d’eux-mêmes apprendre à vivre sans violence, dans le respect d’autrui. Les chevaliers peuvent parfois intervenir lors de missions secrètes, mais ce n’est pas leur rôle fondamental… "
Vasiliás écoutait avec attention son mentor bien qu’il était foncièrement opposé à ces propos. Le Saint de bronze de l’Horloge poursuivit :
Klok - " … malgré tout cela, promets-moi que ton sens de la justice restera toujours aussi droit et que tu iras au bout de ton rêve pour l’amour, seulement pour l’amour des hommes sur cette Terre. "
Vasiliás baissa les yeux vers l’eau de son tonneau qui par ses mouvements déformait le reflet de son corps. Malgré l’allure difforme qu’il pouvait avoir, Vasiliás fixait le tatouage de sa hanche droite et revit l’espace d’un instant Ksénia, l’enfant belle et chétive qu’il avait rencontré deux ans plus tôt et qui lui inspira cette gravure sur sa chaire, celle qui symbolise la royauté du lion.
Alors, avec en tête l’image de cette rêverie que lui inspirait, depuis le jour de leur rencontre, à chaque instant, Ksénia, Vasiliás répondit d’un air enjoué :
Vasiliás - " Seulement pour l’amour… Je vous le promets. "
Flashback


Cette promesse solennelle retentit dans l’esprit de Vasiliás tout comme l’image de Ksénia qui le préoccupe davantage que sa tendre Ariel.
Cette dernière, défaite de tout tissu, arrive derrière Vasiliás et se plaque contre son dos. Les vingt centimètres d’écart entre leurs tailles ainsi que leurs carrures logiquement opposées donnent l’impression que le lion garde sous son aile d’ange l’être aimée…


Sur Yíaros, dans le canal qui relie le nord et l’est de l’île :

Le silence est total, le navire remonte le long du canal avec à son bord les prêtres et les prêtresses accompagnés de l’équipage.
Sur la rive droite et la rive gauche, séparés en petits groupes, Apodis et ses hommes longent la berge dans l’obscurité. Ils n’ont pas allumé leurs torches afin de ne pas être remarqués.
Du côté de la forêt de l’est, Pullo et Cliff suivent le sergent Apodis :
Cliff - " Le plan des seigneurs Shura et Aldebaran va porter ses fruits, nous avançons sans même rencontrer âme qui vive dans ce détroit. "
Apodis n’a de cesse de se retourner et d’étudier les environs. D’un côté, la montagne du nord aux rochers assez grands pour dissimuler plusieurs soldats et de l’autre la forêt de l’est, sombre et à la flore luxuriante, suffisamment touffue pour s’y camoufler. Derrière, la mer Egée vers laquelle le navire ne peut retourner sans un vent favorable. Devant, bientôt les bâtisses hébéïennes uniquement connu des religieux athéniens grâce à leurs nombreux pèlerinages en ces lieux.
Apodis, de l’autre côté de la rivière, témoigne son inquiétude :
Apodis - " Au contraire, je crois qu’il va y avoir du grabuge. Ce lieu est un endroit idéal pour nous tendre une embuscade. "
Pullo renchérit :
Pullo - " Mes yeux d’aveugle ne me permettent pas d’examiner les environs, mais depuis notre arrivée sur l’île, je perçois d’étranges présences qui m’obsèdent. "
Cliff - " Vous vous faites du souci pour rien. Personne n’est au courant de notre présence et il n’y a aucune trace fraîche de pas sur le sol. L’ennemi est trop préoccupé par le débarquement de nos forces au sud pour se douter que nous attaquons de ce côté. Aucune tour de garde ne borde le détroit que nous avons emprunté et le navire s’est tenu à l’écart de la côte le temps que nous fassions le tour de l’île. Il est certain que… "

Un sifflement venu de la montagne coupe aussitôt la discussion. De l’autre côté du navire, celui qui berce la montagne, un athénien tombe à terre, une flèche s’est logée dans son ½il et a traversé son crâne.
Aussitôt, sur le navire, un marin traverse le pont et vient à bâbord, du côté de la forêt, donner l’alerte à Apodis. Le temps qu’il traverse, une flèche venue cette fois-ci de la forêt lui transperce le c½ur.
Apodis a vu venir la flèche mais n’a pu éviter le drame car aussitôt, de droite comme de gauche, d’autres projectiles suivent.
Cliff donne l’alerte :
Cliff - " Nous sommes tombés dans un guet-apens ! "
Pullo crie assez fort pour que des deux côtés chaque groupe entend les directives :
Pullo - " Soldats, levez les boucliers ! Regroupez-vous en carré et continuez à suivre l’avancée du navire le long du canal. "

Immédiatement, Apodis, vêtu de sa Cloth de bronze, réalise un bond prodigieux pour atterrir sur le pont du navire et protéger de son cosmos le clergé et les marins qui observent les alentours.
Pendant ce temps, de gauche comme de droite, quelques athéniens commencent à flancher sous les flèches, réduisant ainsi la surface des deux carrés militaires.
Une fois qu’il réussit à mettre tout le monde à l’abri dans les calles, Apodis choisit de concentrer son cosmos dans ses bras et de le projeter en direction de la montagne et du bois d’où sont tirées les flèches afin de débusquer leurs adversaires.
Cette ingénieuse idée oblige les hébéïens à sortir de leurs tanières et à brandir les dagues.
Cuirassés dans leurs carrés, les athéniens attendent les ordres de Pullo pour aller à la rencontre de l’ennemi :
Pullo - " Attendez… Encore… Encore… "
Les premiers hébéïens de droite finissent de descendre de la montagne, une demi dizaine de miles les séparent des athéniens…
Pullo - " Encore… "
A gauche, les premières silhouettes hébéïennes, jaillissent de derrière les buissons et sont à quelques pas des athéniens de bâbord…
Pullo - " Attendez un peu… "
C’est lorsque depuis la gauche Pullo sent les hébéïens de droite proches des athéniens du même côté qu’il lance la charge :
Pullo - " Portez pilum ! "
De chaque côté, le rideau hébéïen se heurte au mur athénien.
Ayant confiance en ses hommes de gauche puisqu’il combat avec quinze d’entre eux depuis toujours, l’Oiseau de Paradis choisit d’épauler les soldats de droite, contre les autochtones descendus des montagnes. Un mouvement sur le côté, une flexion des genoux, un coup de poing dans l’estomac, une déflagration cosmique… Apodis esquive et riposte facilement face à la garde hébéïenne contrairement à ses hommes qui sont de chaque côté en infériorité numérique. A droite comme à gauche, les athéniens sont trop faibles…

Soudain, une rafale cosmique repousse Apodis contre la coque du navire.
Le Saint de bronze observe son armure à l’éclat rouge vif et constate que son plastron écarlate est fissuré. Il lève les yeux en direction de la montagne et remarque qu’un nouveau vent puissant s’abat sur lui mais aussi sur ses hommes cette fois-ci. Apodis passe aussitôt devant le groupe qui n’est déjà plus composé que de douze soldats et fait écran avec son corps, encaissant toute la puissance ennemie.

Depuis les montagnes un éclat de rire machiavélique vibre dans l’atmosphère :
Baucis - " Ton sacrifice est inutile ! Bientôt tes soldats seront tous massacrés par les miens… Ah… Ah… Ah… "
Accroupi sur le sol rocheux, Apodis reprend son souffle et observe venir jusqu’à lui une femme aux courbes fort généreuses et à peine habillée sous sa Cloth beige et blanche fort endommagée :
Apodis - " Qui es-tu ? "
Baucis - " Je suis celle qui vengera mon peuple de la folie d’Athéna, je suis Baucis Alcide de la Biche de Cérynie et je vous tuerai tous ! "
En entendant cela, tous les hébéïens qui affrontent les hommes d’Apodis à tribord s’écartent. Baucis replie son bras gauche contre son imposante poitrine et dresse son poing droit devant la troupe athénienne :
Baucis - " Héraclès Hunting Arrow ! "
Un déluge de flèches illusoires chargées de cosmos perfore de toute part Apodis qui ne peut protéger les douze athéniens derrière lui.
Apodis s’encastre à nouveau contre le navire dont la coque se fendille, ses hommes s’écroulent un à un au sol, tués par les Flèches d’Héraclès.
D’un hochement de tête, Baucis fait comprendre aux hébéïens qui l’accompagnent sur le côté droit d’investir le navire, avant d’aller porter le coup de grâce aux athéniens qui s’opposent encore aux soldats du côté de la forêt.

De sous son casque semblable à un large diadème qui protège son front et descend jusqu’à son nez sous la forme d’un bec de couleur orangé, Apodis remarque impuissant l’étendu des dégâts, le bateau est maintenant investi par une vingtaine d’hébéïens.
Tandis qu’il se dégage de la coque, il est chargé par Baucis qui l’insère totalement dans le navire cette fois-ci. Elle retombe avec lui à l’intérieur du vaisseau, laissant un trou béant dans la carapace en bois qui prend maintenant l’eau.
Dans l’une des calles, Apodis se relève juste après Baucis qui essaie de le frapper au visage en lançant sa jambe en avant. Apodis tourne sur lui-même pour éviter et réplique par un crochet du gauche en plein estomac de l’Alcide, faisant voler davantage en éclat sa Cloth. Baucis recule et concentre sa cosmo énergie, pour frapper à nouveau son adversaire avec les Flèches d’Héraclès mais Apodis jaillit devant elle à toute vitesse et la cogne d’un uppercut en plein menton, lui faisant traverser le plafond et atterrir au niveau supérieur.

C’est dans ces autres niveaux, que les soldats de Baucis exécutent l’ensemble des religieux et des marins pendant qu’à bâbord, sur la berge, il ne reste plus qu’une poignée d’athéniens face à des hébéïens déchaînés.
Pullo et Cliff sont acculés avec trois des leurs contre plus du double d’hébéïens. Leurs protections sont lourdes à porter après les nombreuses entailles causées par les dagues adverses…

Dans le bateau, Apodis bloque le poing droit de Baucis avec son bras gauche et lui décoche un violent coup de tête en plein visage, fissurant à nouveau son masque de femme chevalier.
L’Alcide recule de trois pas et est retenue dans sa chute par une caisse en bois contenant des jarres d’eau et de vin. Apodis poursuit ce corps à corps genou droit en avant en plein estomac. L’élan de Baucis emporte avec elle la caisse de vivre qui vole en éclat dans le fond de la calle. Couverte d’eau, de vin et de morceaux de bois fendus, Baucis se relève et devance Apodis qui s’approche d’elle. Surpris, le Saint de bronze adresse mollement une droite qu’elle bloque immédiatement. Elle passe le corps du Saint au-dessus d’elle et le renverse contre une des lourdes tables en bois de cet étage. Le meuble se brise en morceaux sous l’impact et Apodis est enfoncé dans le plancher. Couché sur le dos, la tête aux pieds de Baucis, Apodis embrase en un éclair son cosmos et joint ses deux bras devant elle :
Apodis - " Wing Jikan No Yoyu ! "
Surprise, Baucis est emportée par le puissant courant d’air invoqué par le Battement d’Ailes majestueux d’Apodis qui arrache toute une partie du navire et envoie Baucis en direction de la montagne.
En se redressant, il constate que sur son passage, Baucis a laissé de nombreux débris d’armure et de sang. Pensant la victoire acquise, il se retourne pour aller aider ses soldats encore vivants.
Quelle n’est pas sa surprise lorsque, une fois après avoir fait demi-tour, il se retrouve nez à nez avec Baucis qui a réussi à se dégager à temps de son arcane et qui s’est déplacée à la vitesse de la lumière jusqu’à lui.
Saisi, il balance son poids en arrière en espérant tenir la distance pour vite riposter, hélas sa réaction est trop lente et Baucis le surpasse. Elle tourne autour de lui afin de créer une tornade dans laquelle il sent ses membres se tétaniser. Au fur et à mesure que la tornade se transforme en tourbillon, les planches qui couvrent le sol, les murs et les étages supérieurs du navire s’arrachent et s’effritent pour prendre une forme sablonneuse qui érafle la peau d’Apodis et corrode sa Cloth. Tandis que son corps est déchiqueté, il se sent être soulevé par la bourrasque et balayé comme un fétu de paille. Devenu autonome, le Tourbillon de Sable de Baucis n’a plus besoin qu’elle lui donne de vitesse. Elle en sort pour le diriger avec ses bras.

Désormais immobilisé dans la rivière par le poids de l’eau qui l’a investi, le bâtiment voit ses niveaux supérieurs être totalement emportés. Les corps des défunts matelots et des religieux sont broyés à l’intérieur du cataclysme, ainsi que ceux des soldats des deux camps qui combattent sur la berge. Rares sont ceux qui arrivent à s’accrocher à quelque chose comme le fait Pullo, pour ne pas être emporté.
A l’intérieur du désastre, Apodis perd connaissance à mesure que sa peau se fait lacérer et que son armure se craquelle. Baucis choisit de déclencher le véritable atout de cette technique en dégageant dans son poing le cosmos collecté par sa catastrophe. Elle se lance alors à l’intérieur du Tourbillon de Sable et décoche au chevalier de bronze un violent coup de poing en plein c½ur :
Baucis - " Sand Swirl ! "
Le côté gauche de son plastron ainsi que son épaulette gauche explosent sous l’impact. Apodis est propulsé vers les étoiles d’où il ne redescend pas.


Les alentours de la rivière sont anéantis. Du navire il ne reste que les calles submergées par les eaux, la montagne est ébranlée et les arbres aux abords de la forêt sont déracinés. Du Tourbillon de Sable de Baucis et de leur combat contre les athéniens ne ressortent vivants que onze hébéïens sur les cinquante conduits.
Comparés à Achille et ses mirmidons, Apodis et ses hommes font pâles figures dans ce guet-apens. Achille semble avoir était vaincu et il ne reste que deux mirmidons dans un piètre état, Pullo et Cliff.

A peine relevés, désarmés et meurtris, les deux hommes sont tenus en joug par les dagues des soldats à l’armure et aux vêtements bleus. Pullo grommelle :
Pullo - " Tuez-nous tout de suite. Nous ne parlerons jamais de toute façon… "
Un hébéïen cogne Pullo avec le manche de son arme en pleine nuque pour le faire tomber au sol. Cliff fait un pas pour aider son caporal, mais les pointes acérées des dagues pressent aussitôt sa poitrine pour l’en dissuader.
Baucis débarque dans le groupe et cogne le blondinet qu’est Cliff en plein estomac pour le faire tomber au sol. Couché sur le dos, se cramponnant l’estomac, Cliff observe les étoiles. Le pied de Baucis vient faire pression contre sa mâchoire :
Baucis - " Toi tu parleras. Sinon je te briserai les os un par un. "
Absorbé par la nuit, Cliff sourit sarcastiquement :
Cliff - " Vous n’en aurez jamais l’occasion Alcide… Un drôle d’oiseau vous en empêchera… "
Baucis remarque l’admiration qu’à le soldat à fixer la lune et lève les yeux dans cette direction. Elle est tout de suite affolée quand elle reconnaît un oiseau aux ailes déployées venir vers eux. La lueur de la lune ombrage davantage cet homme qui descend du ciel les bras grands ouverts, comme s’il volait dans les ténèbres de la nuit.

Ebahis, les hébéïens ne réagissent pas et observent l’arrivée impressionnante du Saint de bronze qui retombe seulement maintenant de la terrible technique de Baucis.

Cliff ramasse alors Pullo avec lequel il se jette dans la rivière.

Baucis reconnaît Apodis et recroqueville son bras gauche contre sa poitrine et dresse son bras droit contre l’Oiseau de Paradis. Concentré sur le Saint de bronze, elle laisse fuir les deux athéniens et s’adresse à son adversaire qui tombe à pic :
Baucis - " Allez viens volatile de malheur ! Les Flèches d’Héraclès vont t’achever ! "

En l’air, les protections des doigts d’Apodis qui forment de longues griffes deviennent incandescentes. Le Saint de bronze recroqueville ses coudes, tandis que les trente-neuf étoiles de sa constellation se relient dans le ciel et embrasent son corps. Baucis et ses hommes croient voir un véritable Oiseau de Paradis se créer grâce à l’effluve du cosmos d’Apodis.
Les soldats restent hébétés, lorsque le chevalier fond sur eux à grande vitesse avec ses serres affûtées et brûlantes, seule Baucis réagit :
Baucis - " Héraclès Hunting Arrow ! "

Tel un rapace, Apodis accélère sa chute, approchant l’ultime cosmos, passant au travers de toutes les Flèches d’Héraclès et décochant les serres brûlantes de l’Oiseau de Paradis :
Apodis - " Shining Apus Claw ! "
Semblable à une étoile filante, Apodis traverse le groupe à une vitesse incroyable, entamant au passage leurs corps, les amputant de leurs membres, tranchant en lamelles leurs panses, les décapitant et calcinant leurs peaux grâce à l’incandescence du cosmos qui l’enveloppe.

Il achève son atterrissage en s’écrasant au sol, à bout de force.
Seule Baucis est encore debout, le bras droit toujours tendu vers le ciel.
Une légère brise souffle sur elle et emporte en grain de poussière son armure. Son court bustier grenat s’arrache en son milieu, libérant encore un peu plus sa volumineuse poitrine. Bon nombre de ses longs cheveux violets aux reflets clair, voguent avec son armure tandis que de nombreuses plaies s’ouvrent partout sur son corps. De fines et profondes plaies, desquels s’échappent de la fumée suite à la chaleur libérée par Apodis.
Brûlée et profondément incisée sur tout le corps, Baucis sent son masque se fendiller en deux de façon horizontale entre son nez et sa bouche, libérant ainsi son menton de tout artifice. Déjà démasqué par Philémon, la belle Alcide a failli perdre encore une fois son honneur. Elle le sait et soupir en s’écroulant enfin au sol : « Qu’importe d’être découverte après tout… J’ai encore échoué et… et… cette fois-ci personne ne viendra me sauver… », pense-t-elle en toute amertume.

Elle reste inconsciente sur le sable pendant que Pullo et Cliff sortent de l’eau et titubent jusqu’à leur sergent qu’ils essaient de relever :
Pullo - " Apodis ! Apodis ! Reviens à toi vite ! Apodis ! "
Les paupières d’Apodis tremblotent et s’ouvrent à peine :
Apodis - " Pullo… L’Alcide… Elle n’est pas encore morte… "
Cliff réagit :
Cliff - " Tu ferais mieux de penser à toi. Nous sommes les seuls survivants, il faut qu’on aille se cacher pour récupérer en attendant l’arrivée de nos amis. "


Une voix féminine et familière à Apodis les interpelle : « Vous n’irez nulle part ! »
Apodis redresse son buste difficilement pour trouver qui a bien pu prononcer cette affirmation.
Pullo et Cliff se mettent en position de combat et reconnaissent à distance la lumière d’une torche qui avance vers eux depuis la direction du centre de la cité. Cliff ramasse une dague hébéïenne sur le sol et la brandit en direction de la flamme :
Cliff - " Personne ne nous empêchera d’accomplir cette mission ! "
Instantanément, la lame se désagrège et une onde de choc repousse les deux hommes dans la forêt où ils retombent inconscients.
Apodis se tient sur ses coudes et ne peut plus se relever. Ses yeux distinguent de mieux en mieux cette femme à la fine robe bleue azure, les cheveux et le visage cachés par un voile de la même couleur.
Autour d’elle brûle un cosmos qu’il reconnaît facilement. Tout en crachant du sang, il fait part de sa joie :
Apodis - " C’est toi… Yakamoz de la Grue… Alors vous êtes parvenus jusqu’au Parthénos ! Nous avons gagnés… "
Néanmoins la jeune femme ne répond pas, elle continue d’avancer et passe à côté du corps inanimé de Baucis. Apodis gesticule du mieux qu’il peut :
Apodis - " Yakamoz… L’Alcide… Elle est toujours vivante… Achève-la… "
Yakamoz n’écoute pas Apodis et continue de marcher jusqu’à lui. Derrière elle, il distingue dans l’ombre des silhouettes qu’il pense être celle de ses compères :
Apodis - " Mes amis… Pourquoi ne pas avoir allumé vos torches… Et… Et pourquoi avoir agressé mes hommes… "
Apodis réalise un effort insoutenable pour se redresser un peu plus durant quelques secondes. C’est là qu’il réalise :
Apodis - " Vous ! Mais alors… Qu’est-ce que… Yakamoz ? "

Derrière l’amante d’Apodis et de Shura se trouvent cinq soldats hébéïens ainsi qu’¼dipe.
Yakamoz retire son voile et laisse Apodis admirer son visage.
Yakamoz - " Je te l’avais dis Apodis qu’un jour je vengerai l’affront que tu m’as fait en me faisant faussement croire à ton amour. "
Une larme coule sur le visage d’Apodis :
Apodis - " Toi… Tu… Tu nous as trahis… Pour ça ? "
Le visage de Yakamoz est totalement défiguré par la haine :
Yakamoz - " C’est Athéna qui m’a trahie. C’est elle qui a trahie tous les hommes ! "
Apodis - " Mais qu’est-ce que tu racontes ? Tu es devenue folle ! "
Yakamoz - " Non ! Non, c’est elle qui a perdu la raison. Elle a toujours véhiculé l’amour et la paix sur Terre, mais ça fait maintenant une dizaine d’année que le domaine sacré est en guerre. Moi je n’ai toujours voulu qu’aimer et être aimée. Mais depuis que je suis devenue femme chevalier, je n’ai fais qu’ôter la vie à des personnes qui défendaient des causes plus importantes, que celle de notre déesse. Elle ne voit que dans le pouvoir et néglige nos sentiments. Son armée est corrompue et est remplie d’êtres sans c½ur comme toi. Tu m’as humilié en prenant mon innocence et en me rejetant… "
Apodis la coupe :
Apodis - " Ne mélange pas tout ! Tes états d’âme ne doivent pas t’écarter de ta mission. "
Yakamoz - " Ici, les gens vivaient en paix, avant qu’Athéna ne fomente un complot pour faire croire en une tentative d’invasion lors de la Journée Sainte. J’ai eu des doutes durant notre voyage et j’ai compris que nous étions dans l’erreur lorsque j’ai rencontré Hébé, lorsque j’ai dialogué avec ses prêtresses et… "
Apodis - " Yakamoz ! Baucis est une adversaire dangereuse, je t’en prie, tue-la pendant qu’il en est encore temps sinon il sera trop tard ! "
Yakamoz s’accroupit devant Apodis et concentre son cosmos dans ses mains :
Yakamoz - " Non Apodis, j’ai rejeté l’emprise d’Athéna. Désormais je défendrai la vraie justice et pour cela je dois te tuer. "

Tandis que sous le regard satisfait des soldats hébéïens Yakamoz prend son élan, un faisceau lumineux fend l’air.
Les coudes d’Apodis cessent leur appui et son corps tombe au sol, les yeux fermés.
C’est terminé.

Les bras de Yakamoz redescendent le long de son corps tandis que la voix stupéfaite d’¼dipe retentit dans l’atmosphère :
¼dipe - " Magnifique chevalier, tu lui as ôté la vie de sang froid… "

Au sol, tombe la tête de Yakamoz, détachée de son buste qui s’écrase sur Apodis qui rouvre les yeux. Une lumière dorée illumine la forêt tandis que s’avance un homme dont le tranchant de la main est pointé en direction d’¼dipe. L’Alcide continue de discourir :
¼dipe - " Ainsi, vous êtes parvenus jusqu’au centre de l’île. Le mal a remporté une victoire de plus et a aussi eu raison d’un de ses anciens sujets, Yakamoz de la Grue, n’est-ce pas, Shura du Capricorne ? "
De derrière Shura débarquent une dizaine de soldats athéniens qui soutiennent Pullo et Cliff tous deux évanouis. Le chevalier d’or répond sèchement :
Shura - " Le mal vient de ceux qui se rebellent contre celle qui a instauré la paix depuis la nuit des temps. Athéna a permis aux hommes de prospérer sur cette terre, quelque soit les dieux qu’ils vénèrent. Ce n’est pas une déesse intéressée et elle a toujours compté sur le soutien d’Hébé qui a profité de sa confiance pour la trahir. Je n’accepterai jamais qu’on puisse entacher Athéna comme l’a fait Yakamoz et comme l’a fait ta déesse. Hébé connaîtra le même sort que Yakamoz, je peux te l’assurer. "
Le cosmos d’¼dipe reste de longues secondes muet avant de constater :
¼dipe - " Ton corps porte encore les blessures infligées par Androgée. De mon côté ma déesse a besoin de soutien après votre invasion. Nous avons tous deux à nos pieds le corps d’un chevalier de notre camp que nous pouvons encore sauver. Je pense qu’il est plus sage de les ramener maintenant. Trop de sang a coulé pour aujourd’hui. "
Shura sourit presque chaleureusement à son adversaire puis ramasse le corps d’Apodis.
Les hébéïens font de même avec Baucis, tandis qu’¼dipe tranche l’air pour créer un passage dimensionnel, dans lequel il s’engouffre avec ses hommes pour rentrer au Parthénos.
Shura observe les hébéïens prendre la fuite et prononce :
Shura - " Tu as raison Alcide, nous affronter aujourd’hui serait du suicide. De toute manière notre victoire est désormais acquise. "



Le soleil du 8 mars 1985 n’était pas encore levé que la guerre était remportée. Il n’aura fallu qu’une journée pour nous permettre de venir à bout d’une armée avec laquelle nos ancêtres ont lutté main dans la main auparavant.
Hébé avait perdu cette Guerre Sainte, au final le Sanctuaire aussi, seul Saga fut le vainqueur. Des retours en Grèce, des arrivées sur Yíaros, un nouveau territoire conquis… Une page s’était tournée…

 

Chapitre 26 - L’Ange de l’Olympe

La journée du 7 mars s’achevait à mesure que mon navire s’engouffrait dans le c½ur de Yíaros.
Loin de nous, le passé de l’exilé américain du Sanctuaire servait à alimenter les desseins démoniaques de Ksénia et à raviver la flamme d’un dieu vaincu il y a quelques années…



Chapitre 26 - L’Ange de l’Olympe

Au Sanctuaire, sur le passage secret reliant les douze maisons du zodiaque au palais du Grand Pope :

L’étroit chemin qui joint les douze maisons du zodiaque est bien difficile à suivre en pleine nuit. Rien ne peut l’éclairer hormis la lueur de la lune.
C’est pourquoi Gigas mène le pas depuis le palais du Grand Pope qu’il vient de quitter. Lui qui peut utiliser ce passage les yeux fermés, descend lentement les marches en compagnie d’une femme chevalier.
Cette femme, dont les longs cheveux noirs couvrent son masque à hauteur du front et tombent en fines mèches sur ses épaules, porte une Cloth qui couvre ses épaules et ses mains d’une protection violette, tandis que ses avant-bras, son buste et ses genoux sont d’un noir cristallin. Son bustier descend jusqu’à son nombril et libère sa jupe, couleur lilas. Dessous son court vêtement elle porte un cuissard et ses tibias sont protégés par des jambières violettes. Ses longues jambes sont agrémentées d’escarpins qui agrandissent encore son mètre soixante-dix-sept.
Gigas ne cesse de lui donner ses directives :
Gigas - " Votre bateau quitte Athènes demain matin pour la Crète. Vous voyagerez dans l’anonymat le plus complet. Vous vous rendrez ensuite au Port du Destin, où un navire de commerce du Sanctuaire vous conduira jusque Yíaros. Cette galère marchande a déjà été payée par le Domaine Sacré pour vous amener toi, ton élève Carina, Anikeï de Cassiopée, Taishi du Toucan ainsi que des vivres pour nos soldats… "
Les deux passent sur le flanc de la maison des Poissons où Aphrodite, tapis dans l’ombre veille au grain. Gigas s’agenouille tandis que la femme chevalier l’imite. Aphrodite l’interroge néanmoins :
Aphrodite - " Dis-moi femme chevalier. Tu es déjà passé devant moi il y a une heure pour rencontrer le Pope et chaque fois j’ai ressenti un certain froid venant de toi… Serais-tu une de ces chevaliers des glaces ? Ou bien peut-être cherches-tu à me montrer une certaine hostilité ? "
Gigas - " Seigneur Aphrodite, en tant que général en chef de notre armée le Grand Pope m’a demandé de conduire cette femme à… "
Aphrodite s’expose à l’astre lunaire afin d’arborer son armure d’or enserrée par sa cape ainsi que son magnifique visage. Il interrompt le vieil homme :
Aphrodite - " Merci général Gigas mais je n’ai pas l’intention de laisser cette femme passer devant ma demeure, sans qu’elle ne me présente plus de respect. S’agenouiller est une chose, ne pas répondre à ma question en est une autre. "
Immédiatement, un courant d’air glacial venu du bas des marches gèle les colonnes du temple des Poissons, ainsi que les cheveux grisonnants du général qui grelotte aussitôt.
Aphrodite riposte instantanément en dégainant une rose rouge qu’il projette en bas des escaliers. La fleur fonce sur le mystérieux chevalier qui a couvert les environs de givre. C’est seulement lorsqu’elle arrive contre son visage ombragé, qu’elle se brise comme du verre après avoir été réfrigérée.
Aphrodite n’attend pas que son adversaire poursuive son ascension pour deviner de qui il s’agit :
Aphrodite - " Quelle charmante surprise. Je n’attendais plus que tu viennes me saluer depuis ton retour de Sibérie chevalier d’or ! Camus du Verseau ! "
Du bras, Camus écarte également sa cape pour présenter sa Cloth qui illumine les environs comme le fait celle d’Aphrodite.
Tenant son diadème dans la main gauche, le français pointe son index droit vers la femme chevalier et déclare à voix haute :
Camus - " Ça ira général Gigas, je m’occupe de reconduire Lena, Saint de bronze de la Boussole à Honkios. Je vous remercie. "
Aphrodite ne dit rien, il laisse Camus descendre jusqu’à son palais tandis que Gigas reste pantois.
Aphrodite profite que Camus et Lena aient quitté les lieux pour déclarer futilement au sujet de Lena :
Aphrodite - " De toute manière je ne m’imaginais pas passer la nuit avec un glaçon. "
Cette boutade fait rire Gigas qui espère gagner la sympathie du Saint d’or. Aphrodite n’est pas dupe :
Aphrodite - " Allons vieillard ! Qu’attends-tu pour quitter ce lieu. Tu n’as plus rien à faire à l’approche de ma demeure. "
Apeuré, le général cesse de glousser et s’empresse de suivre la même direction que le français et son amie russe. (Reste 55359 caractères)
 

Chapitre 25 - Les rêves d'un roi

A mesure que notre navire entrait dans Yíaros, par l’intermédiaire du canal formé par le chemin de la rivière, je sentais mon visage se crisper de rage. Le souvenir du corps inanimé de mon fils baignant dans le sang de ma mère, focalisait mon attention et m’exhortait davantage à massacrer les hébéïens pour venger nos pertes…
Remontés à bloc et prêts à mettre fin à cette Guerre Sainte, nous étions loin de nous douter que la machination de Saga allait faire de nombreuses victimes une fois de plus. De nouveaux martyrs. Comme cet américain obligé de se terrer loin du Sanctuaire, au Canada, pour échapper à sa mise à mort. Une mise à mort ordonnée par le Grand Pope en personne…



Chapitre 25 - Les rêves d’un roi

Canada, région de Nunavut, ville d’Arviat :

7 mars 1985.
En contraste total avec le décor environnant, un véhicule motorisé roule à toute vitesse sur les routes gelées. La voiture rouge, modèle sport, quitte la petite communauté Inuit d’environ mille huit cent habitants qui représente quatre-vingt pour cent de la région de Nunavut. (Reste 45191 caractères)
 

Chapitre 24 - De sages paroles

Le premier acte s’achevait sur Yíaros. La victoire athénienne au sud de l’île gardait tout de même un goût amer. La disparition de Yakamoz ainsi que l’annonce du décès de Naïra qui succomba aux blessures infligées par Baucis entachèrent cette première incursion.
J’allais conduire la seconde…



Chapitre 24 - De sages paroles

Au sud de l’île d’Yíaros, sur le port :

7 mars 1985.
L’atmosphère se rafraichit, le soleil tombe de plus en plus et la journée s’achève.
Au loin, proche du détroit, Shura somme à ses hommes de ne pas emprunter le chenal. Il a réajusté son casque sur sa tête après qu’avec du fil et une aiguille un soldat lui ait recousu le crâne.
Les athéniens, après avoir positionné quelques sentinelles dans les montagnes, déblayent la côte sud. Ils regroupent près de soixante cadavres hébéïens, avec dans le lot l’Alcide Androgée. Une bonne autre vingtaine de dépouilles n’a pas été retrouvée. Elles furent soit brûlées, soit ensevelies par les nombreuses avalanches.
Tandis que certains montent plusieurs tentes sur les flancs gauche et droit, d’autres creusent une fosse dans laquelle les morts sont lancés et brûlés.
La petite trentaine d’athéniens décédés a droit aux honneurs du bûcher avec des sacres sur les yeux pour le passeur des enfers, alors que les religieux officient une cérémonie funèbre. (Reste 59478 caractères)
 

Chapitre 23 - Souvenir d’un lieutenant exemplaire

Le soleil ne brillait plus de la même intensité qu’au début de l’après-midi. Sa teinte était orangée et il était moins haut dans le ciel.
J’avais choisi de me fixer sur le mat pour respirer l’air frais et me vider l’esprit, dans l’unique but de suivre les combats qui se jouaient dans le sud de l’île d’Yíaros…



Chapitre 23 - Souvenir d’un lieutenant exemplaire

En mer, à l’approche de l’embranchement entre le nord et l’est de l’île d’Yíaros :

7 mars 1985.
Le vent faiblit de plus en plus, les matelots rangent les voiles et les soldats rejoignent les marins pour pousser les longues rames, sous l’impulsion de Pullo qui hurle à la mort pour leur ordonner de se dépêcher.
Apodis, perché sur son mat, regarde derrière lui et se concentre sur le déroulement de la bataille. Cette Guerre Sainte lui rappelle celle qu’il vécu contre Arès, au moment de la bataille contre Cronos.


Flashback
Printemps 1979 - Les premières lueurs du soleil furent rouges. Beaucoup de sang avait dû couler la nuit précédente. Les rayons matinaux traversaient les lucarnes faîtes dans les murs et vinrent chauffer le visage du jeune garçon qui en une semaine obtint le grade de soldat.
Lorsqu’Apodis entrouvrit les yeux, il reconnut Cliff se redresser sur la même couche que lui. En balançant son regard à droite puis à gauche, il distingua les deux prostituées avec lesquelles ils passèrent la nuit.
A la veille de la mort qu’il attendait avec impatience, Apodis s’était endormi avec les trois autres et recouvrait avec bien du mal ses forces, les muscles encore endoloris par les exercices de Pullo.
Afin de ne pas réveiller les deux femmes allongées sur le ventre, nues, les bras et les jambes écartées, le blondinet chuchota à son camarade aux fins cheveux bleus :
Cliff - " Allez Apodis, debout ! Il est l’heure. " (Reste 48837 caractères)
 

Chapitre 22 - Les guerres forgent le caractère

Le 7 mars 1985 je passais la matinée en mer, à contempler les dauphins suivre notre grand voilier. Nous voguions sur la côte est d’Yíaros, en étant chacun concentré sur la bataille que nous allions livrer. D’après le capitaine de bord, nous devions arriver au détroit du nord/est le lendemain matin. A mes côtés, Cliff, un des mes fidèles soldats, affirmait que les vents étaient plus que favorables et que nous débarquerions en pleine nuit.
Toujours est-il que le navire de Shura et Aldebaran était tout proche du rivage, la bataille allait commencer…



Chapitre 22 - Les guerres forgent le caractère

En mer Egée, au sud/est d’Yíaros :

7 mars 1985.
Midi est vite arrivé. Le repas est servi sur le bâtiment où Apodis passe en revu en compagnie de Pullo les hommes laissés à sa disposition. Connaissant déjà quatorze d’entre eux puisqu’ils composent son habituelle troupe, il s’attarde surtout sur les visages qui lui sont inconnus.
Pas de grands discours, juste des paroles échangées pour faire connaissance, des révérences solennelles et parfois même de l’aide pour nettoyer les armes. (Reste 52093 caractères)