Posted by: Kodeni
« on: Today at 9:37 »Chapitre 87
En ce matin du 5 avril 1987, les Saintias savourent dans leur temple leur adoubement.
Un peu en retrait, Katya observe chacune de ses cons½urs apprécier leur sacre à leur manière.
Très protocolaire, Mii n’oublie pas le rendez-vous du déjeuner, que leur a fixé Saori.
Elle s’active déjà à préparer le repas et place avec minutie sur plusieurs plateaux les différents mets que cuisine Xiao Ling.
La chinoise, elle, s’extasie de faire la cuisine et d’avoir l’occasion de concocter un plat typique de sa culture d’origine.
Néanmoins, elle jette un coup d’½il à droite pour admirer sa Cloth, qu’elle a reposé sous sa forme totémique et un coup d’½il à gauche pour chercher où peut bien être Erda. Xiao Ling se disperse beaucoup.
Beaucoup trop pour Mii, qui la reprend constamment.
Cela amuse beaucoup l’aînée qui est rejointe par Shoko.
La Saintia du Petit Cheval ne quitte pas sa Cloth.
Fière, c’est également le sentiment étrange que partage son armure avec elle qui l’intrigue.
La Grecque surplombe Katya restée assise contre un pilier.
_ « Je peux quelque chose pour toi Shoko ?
_ Katya... Toi qui as bien connu ma s½ur et l’a vu porter cette Cloth plus de fois que moi…
_ Oui. Elle a changé de forme depuis qu’elle a quitté Kyoko en effet. L’avant-bras, la pointe basse du plastron, les épaulettes, la ceinture… Ta Cloth a évolué.
_ Il n’y a pas que ça. Je sens l’empreinte de ma s½ur s’estomper. Mais aussi une autre âme à travers elle. Des pensées… Une culpabilité de ne pas avoir pu sauver Kyoko… Ces sentiments, ce sont les tiens n’est-ce pas Katya ? »
La meneuse des Saintias se relève alors et avance doucement vers les jardins, à l’abri d’oreilles indiscrètes.
Suivie de Shoko, elle confesse : « Avant de ramener la Cloth de Kyoko au Pope, j’ai profité de mes blessures contre les Dryades pour verser mon sang sur elle, afin de l’aider à se régénérer dans sa Pandora Box en attendant le jour où tu prendrais le relais. Car je savais que ce serait toi. La Cloth t’a soutenu durant le combat contre Eris et tu as fait preuve d’une détermination sans faille. Une telle détermination qu’il était impossible d’imaginer que tu puisses en rester là. »
Après ces confessions, Shoko perçoit à travers les regrets captés par la Cloth, les réminiscences du passé de Katya. Sa relation avec le Pope, mais aussi les secrets qu’elle connaissait de Kyoko. Tout cela, sous forme de flashs qui frappent son esprit et meurtrissent son âme.
Elle s’en cramponne le c½ur et en tombe à genoux.
Katya se retourne alors vers elle : « Maintenant tu sais tout. »
Shoko relève les yeux vers Katya. Son regard mêle reconnaissance envers le sacrifice de Katya, souffrance pour les peines éprouvées par celle-ci, mais aussi colère contre tous ces secrets qui ont causés tant de mal et pervertis le c½ur de Kyoko.
Katya baisse les yeux, honteuse : « Je savais que par ce geste, mon message te serait délivré le jour où tu serais adoubée. Il était important pour moi de ne rien te cacher de nos passés à ta s½ur et moi. Encore plus désormais que nous sommes s½urs d’armes et que nos vies sur le champ de bataille dépendent, maintenant, l’une de l’autre. Je n’attends pas ton pardon, ni que tu me comprennes. Je souhaitais juste être franche avec toi, comme j’aurais dû plus l’être avec chacune des nôtres qui ont été sacrifiées pour les désirs de l’homme dont j’étais éperdument amoureuse. »
Alors qu’elle s’attend à un sermon, Katya sent contre ses épaulettes la poigne de chaque main de Shoko.
Celle-ci, debout à nouveau, lui adresse un sourire triste, gondolé de larme, mais sincère.
Sa voix, emprunte d’émotions diverses, allant de la colère à la compassion, promet : « Je te remercie de cette sincérité. La vérité m’aide à briser, une bonne fois pour toute, les regrets éprouvés envers Kyoko. Elle me convainc maintenant et définitivement de faire mieux qu’elle. Vous étiez s½urs, Kyoko et toi, dans le mensonge. Nous sommes s½urs, toi et moi, désormais, dans la vérité. »
Spontanément, Katya la prend alors dans ses bras et la serre très fort contre elle.
Les yeux fermés, absorbée par ce geste tendre auquel la froide Saintia n’est pas coutumière, elle ne remarque pas Maria, qui observe la scène depuis la lucarne des appartements du temple.
En effet, la prêtresse déchue, rassemble ses quelques objets personnels dans un panier en osier.
Interdite par cette scène attendrissante, elle sent une fracture au plus profond de son être.
L’Evil Seed dissimulée en elle développe ainsi à l’affût ses racines dans tout son être.
Consciente que son éviction lui fait perdre également sa famille, biologique pour Katya, et spirituelle pour les autres Saintias, cette affliction féconde davantage la graine maléfique et favorise son accroissement.
Soudain, le raclement de gorge de Marin lui rappelle de se presser.
Restée à l’encadrement de porte de la chambrée, le Saint de l’Aigle attend de pouvoir raccompagner sur ordre d’Athéna l’ancienne prêtresse, avant de reprendre ses recherches sur Seika et la Chouette…
Au même moment, au Japon, quelques grues s’activent en plein centre de Tokyo.
Alors qu’il y a encore 7 mois, les Galaxian Wars créaient d’interminables embouteillages sur l’avenue principale, la circulation est désormais fluide jusqu’au Coliseum.
De cette immense bâtisse, il ne reste plus que des vestiges de béton et de ferrailles.
Les galeries commerciales, cerclant les gradins capables de dépasser tous les records d’affluence de n’importe quelle enceinte sportive au monde, ont été réduites en cendres.
Les tribunes ne ressemblent plus qu’à des escaliers de pierre.
Les actes criminels orchestrés par Gigas et Phaéton ont réduit à néant, de prime abord, les efforts de Mitsumasa Kido.
En réalité, l’entreprise fut un succès, puisque cela a permis de dévoiler les cruelles intentions de Saga et de ramener Saori sur le trône du Sanctuaire.
Après le vol de la Cloth du Sagittaire par Ikki, la Fondation Graad a fini par communiquer qu’il s’agissait en réalité d’une mise en scène grandeur nature. Embourbée dans une lutte interminable pour récupérer la Cloth, puis reléguant ensuite cette quête derrière d’autres objectifs, Saori n’eut d’autres choix que de revoir sa communication aux yeux du monde contemporain.
Confiant cette tâche à Tatsumi, la population mondiale a peu gouté à cette mascarade. Et, si cela a permis finalement de taire au monde entier l’existence du Sanctuaire et des dangers qui entourent l’humanité, Tatsumi a ½uvré à racheter en apparence ce projet malvenu.
Tous les spectateurs ont été indemnisés. Tandis que les sponsors ont préféré renouveler leurs partenariats dès lors que la Fondation Graad a annoncé reconstruire sur les bases du Colisée un immense foyer caritatif destiné à accueillir, éduquer et insérer les plus démunis dans une société destinée à bâtir un monde meilleur.
La campagne de communication et les travaux de déblaiement qui s’en suivirent aussitôt ont permis d’améliorer la réputation de la Fondation Graad, alors que tout semblait il y à peu, plonger celle-ci dans une catastrophe historique.
S’étant acheté la paix, elle a pu ainsi poursuivre ses travaux de renseignements généraux conduits officieusement dans les souterrains du Coliseum qui, eux, demeurent intacts.
Dès lors, les allers et venues d’agents de la Fondation Graad paraissent naturelles, puisque couvertes par la reconstruction manifeste et les intentions caritatives annoncées.
C’est ainsi que devant le rideau de fer conduisant au parking souterrain, Sho, Ushio et Daichi restent à débriefer ce qu’ils viennent de comprendre.
Ils saluent à tour de bras les passages des véhicules qui rentrent et sortent après les contrôles de sécurité. Les équipes de renseignement se succèdent, tandis que leurs trois responsables s’inquiètent de la situation.
En charge des actes des forces divines sur le monde moderne pour le compte d’Athéna, ils prennent très à c½ur leur mission de relais.
Dès lors, maintenant qu’ils suspectent qu’une force non encore identifiée agit dans l’ombre, ils sont contraints d’agir.
_ « Il nous faut faire preuve de prudence, commence Ushio. Nous ne savons pas à qui nous avons affaire.
_ Il y a surtout un risque de confiance, corrige Sho en qualité de meneur. Les populations locales sont ravies de la chute de la criminalité. Il va nous falloir faire preuve d’encore plus de discrétion pour mener nos enquêtes.
_ Cela tombe au plus mal, déplore Daichi. Pile au moment où nous déployons tous les moyens de la Fondation Graad dans le secours de la population mondiale après les inondations de Poséidon.
_ Peut-être aurions-nous dû nous en apercevoir bien avant cela, rétorque Ushio…
_ Ça ne sert à rien de nous flageller, insiste Sho. Visiblement cela a commencé bien avant que les Galaxian Wars débutent. Le plan de Mitsumasa Kido n’était pas encore dévoilé et Saori n’avait pas conscience de la mission qui allait être la sienne.
_ Je trouve au contraire que nous avons fait preuve de réactivité et de discernement, positive Daichi.
_ Absolument, conclue Sho. Edward, un messager du Sanctuaire, est venu sur ordre d’Athéna en personne délivrer un message à Tatsumi. Celui-ci me l’a communiqué. Depuis qu’elle est partie pour Asgard, Saori n’est pas rentrée au Japon. Elle risque de demeurer encore quelques temps au Sanctuaire. Elle rappelle donc à elle Jabu, Ban, Geki, Ichi et Nachi. Ils retrouveront June et les autres Saints au domaine sacré. Il m’apparait nécessaire de les alerter de notre découverte avant leur départ, afin que l’information parvienne à Athéna. Cependant, il nous faudra faire preuve de discrétion. Seiya et Shun sont restés au Japon après la bataille contre Poséidon. Encore convalescents, nous les savons capables de repartir contre la volonté de Saori en mission s’ils ont vent qu’une nouvelle menace plane. »
Pendant ce temps, au Mexique, tout autour de la pyramide de Tezcatlipoca, les Jaguars se consacrent comme chaque jour au service de leur dieu et des leurs.
Humain en peau de jaguar ou humanoïdes, enfants ou adultes, hommes ou femmes, les Jaguars s’organisent autour de leurs tipis.
Certains dépècent les prises de chasses, pendant que d’autres font cuire la viande sur une broche.
D’autres rapportent les mangues, melons et oranges rapportés de leurs cueillettes, pendant que, sur quelques lopins de terre, les soldats les plus habiles en techniques agricoles s’affairent à récolter le maïs, les avocats et les tomates.
Sinon, ce peuple guerrier perfectionne sans cesse son sens du combat, lorsqu’il ne prie pas en direction du polyèdre.
A l’intérieur de celui-ci, les prêtres s’activent à déposer devant l’horrifiante statue quelques offrandes, alors que Tezcatlipoca reste assis nu, les mains sur les genoux, les yeux clos, sans rien dire la majeure partie du temps.
Il tourne le dos au sceau d’Apollon qui retient prisonnier le Pendentif de Zeus et qui ressemble à une boule de feu semblable au soleil.
Ce dernier chauffe le dos du dieu aztèque qui en emmagasine sa toute-puissance.
Admiratif, le Prêtre Necocyaotl observe sournoisement son maître, sans ignorer l’arrivée lumineuse de Ksénia qui avance d’une démarche sensuelle.
L’ecclésiaste, mince, les épaules tombantes et le regard vicieux, détaille la jeune femme qu’il reconnaît parfaitement.
Arrivée à sa hauteur, l’Ange fixe l’attitude reposée de Tezcatlipoca : « Le Dieu du Soleil a parlé. »
Necocyaotl ouvre sa très large et très fine bouche pour arborer ses dents longues et pointues. Il sort sa grande langue pour venir lécher le visage de la vénusté qui, elle, le saisit par la mâchoire pour l’immobiliser.
Elle plonge ses yeux topaze dans le regard couleur feux du conseiller de Tezcatlipoca qui témoigne d’une expression malsaine.
Par cette poigne elle rappelle sa puissance écrasante à ces sujets humains.
_ « Le sceau du Dieu du Soleil a redonné à Tezcatlipoca la totalité des forces dont Athéna l’avait privé deux cents ans plus tôt. L’heure est venue de détruire le monde tel que nous le connaissons. L’éradication de l’humanité provoquera la levée d’un nouveau soleil. Vous êtes ceux qui initieront la fin du monde. »
D’un mouvement de tête, le prêtre se défait de la prise d’Helénê.
Le fond blanc de ses yeux totalement imbibé de sang, il complète.
_ « Nous sommes ceux qui initieront la fin du monde. Nous sommes nés pour ce grand jour. Et quand ce sera fini, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde sera exaucé.
_ Avant cela le Dieu du Soleil réclame un dernier sacrifice. Celui des quatre Saints qui tournent trop autour de nos projets. »
Un large sourire malsain se dessine sur le visage peint de jaune et noir, couleur de sa tribu, de Necocyaotl : « C’est parfait. Cela rentre pile dans mes plans. »
La Russe passe ses doigts sous le châle vert du Mexicain, pour caresser délicatement son torse. Rappelant ainsi que c’est elle qui dispose des hommes et non l’inverse : « Une fois les Saints morts, Tezcatlipoca pourra utiliser les pleins pouvoirs que lui donnent le sceau semblable à un soleil. »
Le second du dieu aztèque frémit de plaisir, alors que l’apparence de la messagère d’Apollon, déjà téléportée vers d’autres cieux, se dissipe dans l’air : « C’est parfait. Il ne me reste plus qu’à convoquer les lieutenants de Tezcatlipoca. »
Après cela, au Sanctuaire, à travers les douze temples du zodiaque, les Saintias parcourent les marches pour des raisons diverses.
Déjà en place en ce lieu depuis qu’elle est adoubée, Erda visite la maison du Cancer, qu’elle connaît pourtant déjà très bien.
A l’écart du chemin principal qui relie l’entrée à la sortie du temple, elle se dirige vers la chambrette de Deathmask, qu’elle n’avait jamais exploré.
Curieuse, elle pousse la lourde porte en bois de la pièce dont les gonds sont fixés dans la roche.
En colère contre la cruauté de ce Saint, perturbée par le baiser volé qu’il lui prit au Yomotsu Hirasaka, elle demeure obnubilée par le défunt Cancer.
Le petit lieu d’intimité est bien morne.
Le feu, par-dessus lequel est suspendu un immense chaudron, ne brûle plus depuis des mois. Le bois noirci qui servait d’unique chauffage à la minuscule chambre ne crépite plus maintenant que Shiryu a pris la vie de celui qu’elle s’était jurée de conduire à sa perte.
Par souci d’équité, identique à toutes les autres chambres dans les douze temples, la pièce ne contient qu’un large lit, avec à sa droite un lourd bureau, uni à une ridicule penderie. Et à sa gauche, une table et deux chaises.
Erda semble déçue : « Bien que les masques de mort ne hantent plus le temple, je croyais trouver ici plus de… Enfin… Peut-être… Non… Je ne sais pas… Je ne sais pas ce que j’espérais trouver. »
Les meubles sont taillés dans du chêne massif. Le signe zodiacal qui orne le devant de la maison est également frappé sur un tableau de marbre au-dessus de la couche. Le même marbre couvre le sol.
Au bout de la pièce, il descend sur une profondeur d’un mètre sur un mètre. Un bouchon bloque une évacuation qui se situe au fond de ces thermes miniatures. L'écoulement ressort à l’extérieur du temple.
_ « Alors voici où il faisait sa toilette et où il évacuait ses déchets… Finalement, pour la caste la plus digne, leurs conditions de vie étaient bien pauvres face aux notre. Que ce soit au temple des prêtresses ou au camp des femmes Saints… »
Soudain, elle réalise qu’elle s’apitoie sur le sort de l’homme qu’elle hait.
Elle écarquille grand les yeux en se reprenant, referme la porte en la claquant et fait demi-tour : « Non mais qu’est-ce qu’il me prend ?! Pour peu, j’en viendrai à trouver des circonstances atténuantes à ce monstre ! »
Heureusement, le bruit des pas en approche l’aide à se remettre de ses émotions.
Après qu’un frisson d’angoisse la parcourt à l’idée d’avoir témoigné de la compassion pour Deathmask, elle part retrouver les visiteurs.
Marin et Maria débarquent depuis la maison du Lion.
Erda comprend que Marin a pour mission d’escorter, celle qui a été évincée du groupe.
Alors que plus d’une n’auraient pas osé croiser son regard par gêne, Erda, au caractère bien trempé, fixe Maria.
Elle espère y trouver la détermination qui a fait tant défaut à Maria ces dernières années. Pensant qu’être libérée de la pression de servir Athéna, donnerait un second souffle à la jeunesse de Maria, elle ne lit que mélancolie dans ses yeux.
Abandonnant toute charité envers celle pour qui elle n’a plus la moindre estime, Erda s’en désintéresse dès que Marin lui adresse la parole : « Comme souvent Erda, je te retrouve à visiter ce temple dès que tu as du temps libre. »
Elles sont interrompues par la course pressée de Katya qui arrive à toute vitesse après avoir descendue toutes les maisons à vive allure jusqu’ici : « Maria ! Maria ! Attends ! »
Comprenant que l’heure des adieux est venue pour les deux s½urs, Marin et Erda s’éloignent.
Maria, elle, ne se retourne pas vers Katya et continue de traverser la maison.
_ « Mais ! Enfin ! Attends-moi Maria, dit Katya en lui barrant la route ! Tu ne comptais tout de même pas partir comme ça ?! Sans me dire au revoir ?!
_ A quoi bon ? Cela a-t-il vraiment de l’importance après tout ?
_ Bien sûr que ça en a ! Tu es ma s½ur !
_ Ta s½ur ? C’est plus Shoko désormais. Comme Erda. Mii. Ou encore Xiao Ling.
_ Que dis-tu voyons ?! Rien ne pourra rompre le lien qui nous unit. Le sang et toutes ces épreuves que nous avons traversées ensemble !
_ Les épreuves ? Quelles épreuves ? Tu as toujours été brillante. Plus forte. Plus obstinée. Dès lors que nous avons quitté notre foyer, je n’ai plus connu la faim, tu as toujours fait en sorte que cela n’arrive pas. Tu m’as toujours protégé. »
Malgré le fait qu’elle reste calme, employant un ton monocorde, blasée, Maria repasse devant Katya pour poursuivre son chemin.
_ « Seulement me couver ainsi ne pouvait durer qu’un temps. Les Guerres Saintes s’enchaînent. Et le lieu où tu m’as conduit pour me protéger d’elles n’est plus un lieu sûr. Et la vérité est criante, je n’ai même pas le niveau d’un garde du Sanctuaire, malgré toutes ces années de souffrance.
_ Je suis certaine qu’on peut trouver une sol…
_ Pas la peine, la coupe Maria. Athéna a prévu ma reconversion en me trouvant une bonne famille. Marin m’y conduit.
_ C’est formidable, se montre rassurée Katya !
_ J’aimerai être aussi enthousiaste que toi. Cette bonne escorte et mon lieu d’affectation, une famille d’un pauvre village du Nord, écarté du Centre, sont destinés à me mettre au trou, là où je ne parlerai pas de votre adoubement, ni de mes connaissances des secrets du passé les plus inavouables. Comme si je n’étais pas une personne dévouée et de confiance. »
Katya a du mal à supporter davantage ces lamentations qu’elle subit depuis tant d’années.
De plus, le pardon d’Athéna après son allégeance envers Saga et le souci de celle-ci pour mettre Maria à l’abri d’un maître mal attentionné ou d’un travail accablant, l’indigne du manque de considération de sa s½ur à l’endroit de la Déesse de la Sagesse.
_ « Je te trouve injuste. Athéna fait tout pour te garantir une belle retraite.
_ Elle fait tout pour me faire taire surtout. Qu’elle est le problème, si on sait que vous êtes devenues Saintias ?!
_ Peut-être qu’une mission importante et secrète doit nous être confiée et ignorée des menaces qui planent sur la Terre ! Si tu n’avais pas passé ton temps à te plaindre et que tu t’étais investie davantage, peut-être que tu saurais ce que c’est de devoir protéger le secret d’une mission ! »
La vérité la blessant fortement, Maria montre enfin un élan de révolte : « En effet, je n’ai pas cette chance d’être aussi forte et motivée que toi ! Cela m’a valu de ne jamais être dans ses petits papiers ni dans ceux de Saga d’ailleurs ! Je n’ai donc pas ton expérience pour garder des secrets aussi sordides soient-ils d’ailleurs ! »
Pour seule réponse, Katya la retourne vers elle en lui cramponnant le bras et la gifle violemment.
Si fort que Maria en fait un pas de côté.
La plus faible des deux, riposte par un regard effronté, voire haineux.
Elle mouche d’un revers de main le sang qui coule de son nez et essaie de garder un semblant de dignité en ne frottant pas la contusion qui apparaît sur sa joue.
A nouveau, elle reprend sa route. Fâchée.
Elle quitte le temple du Cancer sans un dernier mot pour sa s½ur qui a pourtant tant donné pour elle.
Vexée, Katya n’arrive pas non plus à la retenir pour s’excuser.
Elle se sent presque soulagée de la voir enfin quitter sa protection, mais regrette déjà de la quitter de cette façon…
En retrait, Erda reste pensive à l’endroit de Deathmask…
Marin le constate. Elle détaille la Saintia des pieds à la tête dans la Cloth qu’elle a hérité de Rebecca et engage la conversation.
_ « Tu lui ressembles beaucoup tu sais.
_ Pardon, dit-elle en sortant de ses pensées ?!
_ A Rebecca. Tu apparais aussi noble qu’elle dans cette Cloth.
_ Merci, susurre-t-elle en baissant timidement la tête. »
Marin piétine dans la demeure du Cancer en observant les lézardes sur les murs et le plafond : « Je me souviens de l’époque, où nous nous sommes retrouvées au camp des femmes Saints après l’invasion des Dryades. Tu avais refusé de suivre l’entraînement d’un autre maître que Rebecca, prétextant vouloir poursuivre ta propre voie… »
Erda garde la tête basse.
Marin fixe alors la porte de la chambrée de Deathmask au loin. Elle remarque la poussière sur le seuil de porte qui a été soulevée par le mouvement de celle-ci et comprend : « … Finalement tu as quitté la voie des Saints pour devenir une Saintia. Te sens-tu comblée d’avoir fait ce choix ? »
La vue d’Erda se fixe sur le pilier le plus proche.
Elle caresse alors la colonne, perdue dans son spleen.
_ « Je m’en doutais, poursuit Marin. Malgré tes excellentes capacités martiales, j’ai bien compris que tu ne portais pas le même soin au service et aux bonnes manières qu’on inculque aux Saintias. Ton orientation vers cette caste était motivée à des fins personnelles n’est-ce pas ?
_ Il fallait que je me rapproche d’Athéna, confesse-t-elle timidement. Il fallait que je lui demande pourquoi ? Pourquoi accepte-t-elle dans ses rangs des monstres comme Deathmask ?
_ Tu sembles garder un certain trauma à l’égard de ce Saint.
_ A l’insu des Saints, il a rasé le camp des femmes chevaliers lors du combat contre les Dryades, pour se débarrasser de celles-ci et des Evil Seeds de l’Utérus. Sans distinction, aucune, entre ennemis et innocentes. Et lorsqu’il a fallu me rendre des comptes, il en riait, s’en vantait. Et il était même prêt à me sacrifier, pour me faire taire. Alors j’ai voulu à l’époque rencontrer Athéna, pour lui demander comment il était possible qu’elle garde dans ses rangs un monstre pareil ?! Puis j’ai réalisé que le meilleur moyen pour moi de la rencontrer, c’était de rentrer à son service direct.
_ Mais depuis des mois que tu la sers, tu ne lui as pas demandé. La question ne fait plus sens à tes yeux.
_ J’ai appris que l’armure l’a quitté en plein combat contre Shiryu du Dragon. J’ai compris que ce n’était pas Athéna en personne qui l’avait adoubé… Mais tout de même, la Cloth l’a reconnu et protégé durant tant d’années. Elle a fermé les yeux sur ses agissements durant tout ce temps. Comment interpréter cela ?!
_ Et maintenant que tu es toi aussi investie d’un devoir sacré, tu te remets en question n’est-ce pas ?
_ La Cloth de Cassiopée m’a choisi alors que j’ai agi à des fins personnelles.
_ Tu te mens à toi-même.
_ Pardon ?!
_ Tu fermes aveuglément les yeux sur des aspects qui te paraissent contradictoires, pour ne pas voir l’évidence. La Cloth d’or du Cancer a protégé Deathmask en dépit de ses actes malveillants. Mais a-t-il toujours été ainsi ? Sans vouloir le défendre, ni même vouloir cautionner son attitude, n’y a-t-il pas eu des circonstances expliquant sa cruauté ? Son manque de discernement ? Malgré leur impact, ses actes ne servaient-ils pas une cause plus grande que sa barbarie ? Et toi ? La Cloth de Cassiopée a-t-elle juste fermé les yeux sur ta ranc½ur ou bien a-t-elle ressenti un sens du devoir plus grand que tu ne veux le montrer au fond de ton c½ur ? »
Ces insinuations de Marin choquent Erda. L’Aigle poursuit : « Athéna aime les Hommes. Avec leurs forces et leurs faiblesses. Elle tolère leurs défauts, car elle sait voir le bien que ceux-ci dissimulent derrière leurs torts. C’est ainsi que Deathmask est devenu Saint. C’est ainsi que tu es devenue Saintia. La Cloth de Cassiopée est entrée en harmonie avec toi après avoir ployée devant Athéna. Elle te reconnaîtra et te protégera comme la Cloth du Cancer l’a fait avec Deathmask tant qu’il y aura de l’humanité en toi. Et ce, jusqu’au jour où elle estimera qu’il n’y a plus rien à sauver chez toi. Je ne peux pas croire qu’une favorite de Rebecca soit à ce point asservie par ses sentiments. Rebecca croyait en toi. Elle ne tarissait pas d’éloges à ton propos. D’où ma proposition d’achever ton apprentissage à sa mort. Entre temps, tu as choisi d’enquêter sur Deathmask. Mais le mystère est en parti élucidé. Sa Cloth l’a renié. Athéna a repris son Sanctuaire. Et ta Cloth a su lire en toi une ferveur, que tu refuses d’admettre. Qu’en est-il pour toi à l’aube d’une mission essentielle ? »
Erda plaque sa tête contre le pilier sur lequel elle s’appuie depuis le début.
_ « Je… Je suis tellement frustrée que quelqu’un d’autre a accompli ce que je m’étais promise de faire… Shiryu du Dragon… Ma… Ma mission de Saintia a-t-elle encore du sens du coup ?
_ Deathmask n’a jamais eu raison d’agir comme il agissait. Mais on ne naît pas bon ou mauvais. Des évènements l’ont sûrement rendu si peu magnanime. Il n’est pas question de pardonner sa malveillance. Seulement, si ce sujet te tourmente tant, cherche à comprendre comment Deathmask en est arrivé là. Et en même temps, réalises-tu pourquoi cela te choque tant ?
_ Parce que ça va à l’encontre de tout ce en quoi je crois. L’altruisme, le courage, l’amour, l’amitié… Tout ce qu’on m’a pris…
_ Ai-je donc encore besoin de te rappeler alors pourquoi ta Cloth t’a reconnu ? Pourquoi Athéna t’a choisi alors qu’elle a ressenti les tourments dans ton c½ur ? »
Erda relève la tête, les yeux embués de larmes.
Marin la met face au destin : « Tu es une Saintia au service de la justice. Et la mission qui va t’être confiée est d’une importance capitale. Le doute ne sera pas permis sur le champ de bataille. Elude ce doute en ton c½ur et choisit ta voie. Il te reste quelques heures, avant de t’engager dans une quête, dont il sera impossible de revenir indécise. »
Les deux femmes entendent le ton monter entre les s½urs et voient Maria quitter le temple de colère.
Marin ouvre les yeux à Erda : « Je conduis Maria chez un notable du Sanctuaire. Elle sera en sécurité au service de son épouse. C’est Athéna en personne qui a sélectionnée cette famille pour elle lors de ses visites du Sanctuaire. Elle est soucieuse de ses sujets et a foi autant en leurs forces qu’en leurs faiblesses. Vas-tu te perdre en tracasserie ? Ou bien saisir l’opportunité de défendre une entité qui partage les mêmes valeurs que celles pour lesquelles tu t’entraînais au camp des femmes Saints ? »
Sans attendre sa réponse, Marin repart auprès de Maria.
Elle laisse tour à tour Erda, face à ses doutes, et Katya après lui avoir affectueusement saisi l’épaule en croisant son chemin.
Seule à seule, les deux Saintias s’observent dans cet immense temple vide.
Immobiles, elles font le vide dans leur esprit.
Katya, la première scande : « Même si c’est dur, j’ai enfin levé le poids sur mon c½ur. Je peux entamer ma mission sereinement dorénavant. Et toi ? »
Erda lui tourne alors le dos : « J’y vois plus clair en cet instant. Mais j’ai besoin de méditer seule sur quelques doutes qui m’habitent encore. »
Katya remonte alors vers le sommet des douze maisons : « Alors profite de nos derniers moments de répit, pour faire la lumière sur la cause qui est la nôtre. Pour laver le mal sur lequel j’ai fermé les yeux autrefois, je sais que j’aurai besoin de ta force et de ton courage Erda. »
Profondément touchée par cette déclaration d’amitié de son aînée, Erda lève la tête au moment où Katya croise son chemin. Elle peut lire dans ses yeux toute la sincérité de celle qui a su grandir et s’ouvrir après avoir reçu le pardon d’Athéna.
De quoi l’aider un peu plus à effacer le tourment qui l’habite.
A nouveau seule dans ce palais qu’elle ne connaît désormais que trop bien, Erda fait volte-face en direction de la chambre qu’elle a honteusement visité plus tôt.
D’un pas décidé, elle enfonce cette fois-ci la porte pour faire irruption au milieu du petit logis.
Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle, tant elle demeure droite de longues secondes à faire le tour d’horizon du modeste foyer.
A la droite du large lit, elle se laisse guider vers la ridicule penderie où sont grossièrement entreposés quelques vêtements que Deathmask portait lorsqu’il n’était pas couvert de sa Cloth.
Instinctivement, elle saisit le maillot noir qui habillait souvent le Cancer.
Il est encore fripé et semble avoir été posé sur son cintre pour sécher après qu’il l’a lavé.
Sans même réfléchir, elle le porte à son visage et le hume.
Ses yeux se ferment, son visage dur prend des allures attendrissantes, voire niaises : « Il porte encore son odeur… La même que lorsqu’il m’a pris dans ses bras il y a maintenant trois ans… »
Enfin, elle se ressaisit, balance d’un geste de dégoût soudain le vêtement et recule de trois pas : « Non mais enfin Erda ?! A quoi tu joues ?! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?! »
Elle cesse sa fuite en arrière lorsqu’elle pose ses yeux sur le bureau.
Dessus, elle remarque des morceaux de papier encore enroulés, une plume et un encrier à l’intérieur séché.
Elle traîne alors de la gauche du lit une chaise, jusqu’à sa droite pour s’asseoir devant le bureau en chêne.
Elle déroule la première lettre. Elle est adressée à Lilith.
La seconde également.
Ainsi que les suivantes.
Elle les dévore chacune. Rapidement.
Puis les reprend tour à tour, plus longuement.
Ensuite, elle les éparpille aux quatre coins de la desserte afin de les organiser.
Enfin, elle blêmit : « Lilith… Il n’y en a pas une. Mais deux. Deux femmes qui l’ont marqué. La première… Lui a fait subir mille tourments… Il lui écrivait chaque jour, malgré qu’il ait fini par s’en débarrasser… Elle a fait de lui un monstre. La seconde… C’est lui qui lui a fait subir mille tourments… Le monstre qu’il était devenu, elle a su l’apprivoiser et le ramener à son humanité… Avant d’avoir le sentiment qu’elle le trahisse en se rapprochant d’un camarade en qui il avait confiance… Finalement… Il a toujours été seul… Brisé par l’amour qu’il a tenté d’offrir et qui ne lui est jamais pleinement revenu… »
Abandonnant le désordre qu’elle laisse volontairement ici, comme pour rendre justice à la personnalité décriée de l’homme qui l’obsède, Erda pivote vers la penderie pour s’enivrer à nouveau de l’odeur de son maillot.
Elle ferme les yeux.
Répète une seconde fois son geste.
Laisse son visage glisser sur le tissu.
Et aspire à plein poumon son parfum une dernière fois.
Dépendante malgré sa volonté de son influence, elle le caresse tendrement en glissant ses doigts du col jusqu’au bas du vêtement : « Rien ne peut excuser tes atrocités, sale crabe. Malgré tout… Je te souhaite un jour de renaître. D’abord pour réparer le mal que tu as commis dans ta première vie. Puis, pour avoir ensuite la chance d’être aimé sainement par une personne sincère. »
Enfin, la main sur la poitrine, elle quitte la pièce non sans jeter un dernier coup d’½il dans la chambre désertée de toute vie.
Le c½ur lourd et, paradoxalement, soulagé à la fois, elle referme enfin définitivement la porte sur leur destin croisé.
Elle emprunte la même direction que Katya, résolument orientée vers l’avenir…
Au Japon, sur le parvis du manoir de la famille Kido, une berline noire est attendue par trois majordomes, dont Tatsumi.
Sans même attendre que ceux-ci ne viennent, Daichi saute de l’arrière du véhicule, tandis que Ushio se déploie tout courbaturé qu’il est : « Nous aurions gagné plus de temps à employer nos Steel Cloths pour venir jusqu’ici. »
Devançant le domestique venu jusqu’à sa portière, Sho sort calmement du siège chauffeur : « Il m’apparait préférable de passer inaperçu après les annonces faites par la Fondation. »
Tatsumi descend deux à deux les marches de l’entrée pour rejoindre les Chevaliers d’Acier : « Parfaitement ! Je ne me suis pas échiné durant des semaines et des semaines à travailler notre communication et au renouvellement de la confiance de nos partenaires, pour que, au final, nous perdions toute crédibilité par manque de discrétion ! »
Derrière eux, deux autres véhicules de la Fondation suivent. Des hummers cette fois-ci.
Les majordomes déjà présents ouvrent les coffres, tandis que Jabu et les autres sortent du bâtiment.
_ « Allons Tatsumi, détends-toi un peu, propose la Licorne, j’imagine que nos amis étaient pressés de nous voir avant que nous ne partions. »
Sho effectue un bon prodigieux par-dessus la berline, pour atterrir devant les Saints de bronze.
Il salue d’un hochement de tête ses camarades avant d’entrer dans le vif du sujet : « Je ne te le fais pas dire. »
Au regard inquiet de Sho, Jabu saisit la gravité de cette visite impromptue.
Il penche la tête sur le côté, afin de saisir l’attention de Tatsumi.
_ « Dans combien de temps décollons nous pour la Grèce ?
_ S’il le faut la Fondation peut voir avec les contrôles aériens pour décaler notre créneau.
_ Bien. Dans ce cas, entrons, propose le leader des Saints de bronze. »
Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’opposé de la taverne où sont réunis ses amis, à l’autre bout du village, Nicol vient frapper à la porte d’une modeste maisonnette.
Il tient dans ses mains deux fruits vert foncé, brillants et verruqueux qu’il tend à la vue d’Iuitl qui lui ouvre la porte.
La charmante jeune femme tend les bras, agrémentés de brassards, pour s’en saisir.
Elle sourit en desserrant ses lèvres charnues.
_ « Des guanabanas ! Où en as-tu trouvé ?
_ Durant mes recherches dans la forêt. Avant de partir tu m’as demandé de passer te voir. Je ne voulais pas revenir les mains vides. »
La propriétaire ouvre plus grand la porte, pour inviter le Grec à la tenue négligée semblable à celle d’un garde du Sanctuaire à pénétrer dans la sobre demeure.
Le cultivé Saint d’argent, inspecte malgré lui, la qualité du mobilier faits de nattes travaillées à la mains.
_ « J’aime beaucoup vos matériaux d’ameublement. C’est magnifique.
_ Ne te moque pas de moi. Avec nos maigres revenus et le peu de moyens dont dispose le village, je n’ai rien d’autres pour cacher la misère, que de longues couvertures pour couvrir le sol et les murs. Et quelques récipients en céramique pour décorer.
_ Je ne me moque pas, je t’assure. Je suis même très content que tu me fasses autant confiance pour pouvoir m’inviter chez toi. »
La robe rouge foncé de l’autochtone, dédoublée avec audace haut sur la cuisse, remonte davantage lorsqu’elle s’accroupit pour sortir un couteau d’une malle.
Iuitl expose ainsi ses formes généreuses qui ne laissent pas le calme chevalier insensible.
_ « Il faut dire que depuis trois mois et demi que nous nous voyons, il était temps de prendre une décision et de franchir le pas. »
Avec application, elle découpe le fruit à la pulpe blanche et juteuse pour en proposer une part à son ami.
Celui-ci, légèrement plus grand qu’elle, peut admirer presque instinctivement sa ferme poitrine mise en valeur par le bustier de sa robe.
S’en voulant presque pour ce manque d’éducation, qu’elle ne remarque pas, ses joues s’empourprent.
_ « Il est vrai que je ne sais plus quoi penser. J’apprécie lorsque nous sommes à deux et je souffre de devoir chaque fois remettre à plus tard mon envie de te serrer contre moi.
_ Nous en avons déjà discuté. J’ai peur que cette relation ne me brise le c½ur. Je n’aime pas m’attacher aux gens de passages.
_ De passages ?! Cela fait maintenant trois mois et demi que je suis ici.
_ Ta quête ici est dangereuse. Peut-être que tu n’en reviendras pas. Et si tu en réchappes, alors un jour tu partiras.
_ Peut-être accepterais-tu de venir avec moi dans ce cas ? »
Les yeux tristes et chamboulés d’Iuitl, fixent le sol, tandis que sa main droite agrippe son c½ur pour l’aider à surmonter sa timidité et affronter ses sentiments : « Ne me fais pas de promesses que tu ne tiendras pas. »
Nicol abandonnent le guanabana et prend sensuellement Iuitl par la taille. Sa voix est rassurante : « Iuitl… Tu te rappelles le premier soir où nous nous sommes rencontrés ? Nous discutions dans la taverne et je te disais que le lendemain, je serai encore là. Et ce fut le cas. Depuis trois mois et demi, il n’y a pas un matin où je me lève sans penser à toi. J’en suis arrivé à reléguer ma mission, mon statut, le but de ma vie, au second rang uniquement pour passer du temps auprès de toi. Alors je te le redis, je te l’assure, demain, je serai encore là. Pour toi. »
Complètement envoûtée par l’application que Nicol met à lui prouver son amour, Iuitl est émue.
_ « Ne me trahis pas. Ne trahis pas ta parole.
_ Jamais, je te le promets. Je serai toujours là pour toi. »
Comme pour approuver enfin cette union qui est inévitable, Iuitl vient trouver la bouche de Nicol en se mettant sur la pointe des pieds.
Elle se contente d’un léger baiser auquel Nicol répond par un sourire charmeur.
Ses mains, aussi belles que si elles avaient été taillées dans le marbre, comme le reste de sa carrure digne d’une statue grecque, passent dans les cheveux longs, blonds et épais d’Iuitl, décorés de plumes noirs.
Elle l’imite en glissant les siennes sous son maillot pour savourer cran par cran, le passage sur ses abdominaux.
Les caresses de Nicol arrivent à hauteur du visage d’Iuitl, où son pouce vient faire le tour de ses lèvres qui épousent la forme de son doigt.
Les bras d’Iuitl sont remontés jusqu’aux pectoraux en acier trempé du Saint d’argent et lui permettent de lui ôter son maillot, pour venir se coller contre ce buste solide et chaud.
Tout en restant plongés dans le regard de l’autre depuis le début, Nicol remonte jusqu’à lui le menton de la villageoise, pour amener son cou jusqu’à sa bouche et le dévorer de langoureux baisers.
Conquise par le frottements des lèvres et de sa langue contre sa peau, rythmée par le souffle chaud qu’il libère dans sa nuque, lorsqu’il n’est pas à proximité de ses oreilles, Iuitl étreint Nicol encore plus fort, frottant inconsciemment les zones les plus érogènes de son corps contre cette sculpture vivante…
Dans le manoir Kido, dans le petit salon où il est si souvent arrivé à Seiya et ses camarades de se réunir au début de la bataille contre le Sanctuaire, un thé est servi aux Steel Saints, tandis que Tatsumi fait assoir l’ensemble des chevaliers.
Le regard grave de Sho reste rivé sur sa tasse fumante, une fois qu’il avait fini de relater l’objet de leur venue.
Sur la table basse, Tatsumi et chaque Saint de bronze prend puis repose des clichés et des rapports établis par les agents de renseignement de la Fondation Graad.
Jabu mesure à quel point la découverte des Steel Saints les accable : « Et donc, si j’ai bien compris, cette chute de la criminalité s’accroit en nombre. Elle réprimande les actes dans un ordre décroissant sur une échelle morale. »
Ichi, au contraire des Chevaliers d’Acier, se félicite d’une telle baisse : « Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir d’inquiétant à cela, au contraire ?! »
Daichi le reprend : « Je pensais comme toi au début. Mais nous avons observé que dans les pays où les crimes les plus graves et les plus nombreux ont baissé, ont commencé à suivre les méfaits mineurs. »
Nachi réagit : « J’imagine que les populations locales voient s’améliorer leur confort de vie. »
Ushio qui a pu observer le phénomène confirme : « Pour le moment l’opinion populaire est massivement satisfaite de cette chute soudaine mais… »
Le court silence que laisse volontairement Ushio pousse les Saints de bronze à creuser une certaine réflexion.
Ban le premier réalise le danger : « Mais jusqu’où peut-on considérer qu’un acte est criminel. Dans les cas que vous nous avez cité, une fois les plus graves délits endigués, ont été punis des actes plutôt malveillants que illégaux. »
Geki ajoute : « Tout le monde cause inconsciemment du tort à autrui. Qui peut juger les limites à ne pas franchir ? »
Jabu va plus loin : « Ce qui m’interpelle, ce sont les méthodes stratégiques et opérationnelles de ces punitions. Nous ne sommes clairement pas face à des actions menées, par des moyens conventionnels et humains. Des criminels de guerre ont été débusqués dans des coins où même les technologies modernes et les formations militaires ne permettent pas de se rendre efficacement. Aussi, les premiers éléments que vous nous avez fourni témoignent d’exécutions particulièrement chirurgicales. Pas forcément dans la précision des coups portés. Certaines scènes sont des bains de sang et témoignent d’un massacre volontaire, tandis que d’autres sont très propres si j’ose dire. Ce qui me fait dire ça, c’est le taux de réussite. Je remarque ici des carnages sans aucuns dommages collatéraux, parfois contre des milices entières. D’ordinaire, il faudrait un régiment tout entier pour débusquer et opérer avec succès. Sans aucune garantie de ne subir aucune perte dans ses propres rangs. »
Sho reprend la parole : « Nous en avons vite conclu que des cosmos sont derrière tout ça. »
Ichi passe sa tête par-dessus les clichés et les rapports que Tatsumi repasse en revue pour une énième fois.
_ « Des cosmos, demande l’Hydre ?
_ A des moments quasi simultanés d’un coin du globe à l’autre, des actes de ce type étaient perpétrés, confirme Ushio en pointant du doigt les documents que relit Tatsumi.
_ C’est ce qui nous conduit à vous aujourd’hui, va droit au but Sho. Vous repartez pour le Sanctuaire. L’information doit remonter à Athéna. Nous allons continuer de poursuivre notre mission. C’est-à-dire enquêter dans le monde contemporain, pour mieux cibler de quoi il en retourne réellement. Puis nous rendrons compte à un messager, que le Sanctuaire nous envoie régulièrement. Nous ne pouvions juste pas attendre sa prochaine venue pour faire part de nos doutes.
_ Peut-être que nous allons repartir plus tôt que prévu au combat finalement, suggère Nachi.
_ Oui, juste après nous être remis de nos blessures laissées par Syd de Mizar, dit Ban en frottant ses plaies fraichement cicatrisées. »
Tous ensemble, ils sourient nerveusement, à l’idée de cette potentielle menace qui plane sur eux.
Sho en profite pour balayer la pièce des yeux : « Bien entendu, je compte sur la discrétion de chacun. Athéna a été très claire à ce sujet avec nous. Seiya et les autres ne doivent pas prendre part aux prochaines Guerres Saintes. »
Tatsumi le rassure : « Shun a pris congé dans une autre aile de la résidence. Il ne sait donc pas que vous êtes ici. »
Ichi en profite pour rajouter : « Quant à Seiya, il passe son temps entre son studio et l’orphelinat ! Je le comprends en même temps ! Quand on a une aussi jolie fille que Miho qui vous y attend… »
Jabu lui passe une tape derrière la tête : « Cesse donc de dire des bêtises ! »
Geki amène davantage de légèreté en reprenant à son tour Ichi : « Dis-donc, ça n’est pas toi qui s’est trouvé un soudain intérêt également à soutenir l’orphelinat depuis que Miho a une nouvelle collègue. Erii Aizawa c’est ça ? »
Ichi parait bien embêté : « Ah… Euh… Mais pas du tout… Etant convalescent après la venue de Syd, je ne pouvais pas m’entrainer, donc j’ai cherché à être utile autrement en allant distraire les enfants… C’est tout… »
Cette courte distraction sert aux Steel Saints à se relâcher quelque peu et à prendre congé.
Raccompagnés sur le perron par Tatsumi et leurs amis, Sho écoute les conseils avisés de Jabu : « Bien entendu, nous tiendrons Athéna informée de vos investigations. Pour le moment, la population mondiale n’a pas encore conscience de ce qui se passe. Et j’imagine que d’un point de vue local, l’opinion populaire est conquise. Il vous faudra donc faire preuve de prudence dans les enquêtes, pour débusquer les origines de tout cela. Pendant ce temps, une guerre idéologique se prépare. Et nos contemporains y seront soumis par la force des choses. Un vent de panique s’en suivra quand les consciences débattront du bienfondé ou non de tels évènements. Je crains que les services de sécurité du monde entier aient à faire face à un mouvement populaire qui les dépasse. Il faudra donc que vous, chevaliers du monde moderne, avec les moyens humains, techniques et financiers de la Fondation Graad vous mainteniez l’ordre. Tandis que nous, Saints, déploierons nos cosmos pour stopper les instigateurs de ce phénomène nouveau. »
Sho acquiesce sans en dire plus.
A chaudes poignées de mains, ils se saluent avec moins de formalisme que lorsqu’ils se sont dit bonjour.
Les Guerres Saintes menées successivement, ainsi que les dangers à venir ont fait prendre conscience à chacun que chaque au revoir peut se transformer en adieu.
Sho se dirige vers la place du chauffeur de leur berline, mais Ushio l’en dissuade : « Laisse, je prends le volant. »
Daichi comprend l’intention de son ainé et fait remarquer à Sho : « Tu es toujours soucieux n’est-ce pas ? »
Sho s’installe côté passager : « Jabu a tout de suite pris conscience du danger qui nous guette. Il est double. Il y a une vraie menace idéologique qui va impliquer la population mondiale. Tandis que les Saints vont devoir s’engager dans une menace armée. »
Daichi s’attache à l’arrière : « Oui, d’ordinaire seuls les dieux et leurs forces s’affrontent à l’abris de l’humanité. Ici, elle risque d’être directement impliquée. »
Sur le parvis de la résidence, Jabu et les autres observent la voiture reprendre la direction du c½ur de Tokyo.
La Licorne enjoint ses amis à faire de même en pointant du doigt les hummers : « Allez ! Il est temps de saluer à notre tour Tatsumi, avant de retrouver le berceau de la chevalerie et d’enfin prendre nos fonctions définitives au Sanctuaire. »
En ce matin du 5 avril 1987, les Saintias savourent dans leur temple leur adoubement.
Un peu en retrait, Katya observe chacune de ses cons½urs apprécier leur sacre à leur manière.
Très protocolaire, Mii n’oublie pas le rendez-vous du déjeuner, que leur a fixé Saori.
Elle s’active déjà à préparer le repas et place avec minutie sur plusieurs plateaux les différents mets que cuisine Xiao Ling.
La chinoise, elle, s’extasie de faire la cuisine et d’avoir l’occasion de concocter un plat typique de sa culture d’origine.
Néanmoins, elle jette un coup d’½il à droite pour admirer sa Cloth, qu’elle a reposé sous sa forme totémique et un coup d’½il à gauche pour chercher où peut bien être Erda. Xiao Ling se disperse beaucoup.
Beaucoup trop pour Mii, qui la reprend constamment.
Cela amuse beaucoup l’aînée qui est rejointe par Shoko.
La Saintia du Petit Cheval ne quitte pas sa Cloth.
Fière, c’est également le sentiment étrange que partage son armure avec elle qui l’intrigue.
La Grecque surplombe Katya restée assise contre un pilier.
_ « Je peux quelque chose pour toi Shoko ?
_ Katya... Toi qui as bien connu ma s½ur et l’a vu porter cette Cloth plus de fois que moi…
_ Oui. Elle a changé de forme depuis qu’elle a quitté Kyoko en effet. L’avant-bras, la pointe basse du plastron, les épaulettes, la ceinture… Ta Cloth a évolué.
_ Il n’y a pas que ça. Je sens l’empreinte de ma s½ur s’estomper. Mais aussi une autre âme à travers elle. Des pensées… Une culpabilité de ne pas avoir pu sauver Kyoko… Ces sentiments, ce sont les tiens n’est-ce pas Katya ? »
La meneuse des Saintias se relève alors et avance doucement vers les jardins, à l’abri d’oreilles indiscrètes.
Suivie de Shoko, elle confesse : « Avant de ramener la Cloth de Kyoko au Pope, j’ai profité de mes blessures contre les Dryades pour verser mon sang sur elle, afin de l’aider à se régénérer dans sa Pandora Box en attendant le jour où tu prendrais le relais. Car je savais que ce serait toi. La Cloth t’a soutenu durant le combat contre Eris et tu as fait preuve d’une détermination sans faille. Une telle détermination qu’il était impossible d’imaginer que tu puisses en rester là. »
Après ces confessions, Shoko perçoit à travers les regrets captés par la Cloth, les réminiscences du passé de Katya. Sa relation avec le Pope, mais aussi les secrets qu’elle connaissait de Kyoko. Tout cela, sous forme de flashs qui frappent son esprit et meurtrissent son âme.
Elle s’en cramponne le c½ur et en tombe à genoux.
Katya se retourne alors vers elle : « Maintenant tu sais tout. »
Shoko relève les yeux vers Katya. Son regard mêle reconnaissance envers le sacrifice de Katya, souffrance pour les peines éprouvées par celle-ci, mais aussi colère contre tous ces secrets qui ont causés tant de mal et pervertis le c½ur de Kyoko.
Katya baisse les yeux, honteuse : « Je savais que par ce geste, mon message te serait délivré le jour où tu serais adoubée. Il était important pour moi de ne rien te cacher de nos passés à ta s½ur et moi. Encore plus désormais que nous sommes s½urs d’armes et que nos vies sur le champ de bataille dépendent, maintenant, l’une de l’autre. Je n’attends pas ton pardon, ni que tu me comprennes. Je souhaitais juste être franche avec toi, comme j’aurais dû plus l’être avec chacune des nôtres qui ont été sacrifiées pour les désirs de l’homme dont j’étais éperdument amoureuse. »
Alors qu’elle s’attend à un sermon, Katya sent contre ses épaulettes la poigne de chaque main de Shoko.
Celle-ci, debout à nouveau, lui adresse un sourire triste, gondolé de larme, mais sincère.
Sa voix, emprunte d’émotions diverses, allant de la colère à la compassion, promet : « Je te remercie de cette sincérité. La vérité m’aide à briser, une bonne fois pour toute, les regrets éprouvés envers Kyoko. Elle me convainc maintenant et définitivement de faire mieux qu’elle. Vous étiez s½urs, Kyoko et toi, dans le mensonge. Nous sommes s½urs, toi et moi, désormais, dans la vérité. »
Spontanément, Katya la prend alors dans ses bras et la serre très fort contre elle.
Les yeux fermés, absorbée par ce geste tendre auquel la froide Saintia n’est pas coutumière, elle ne remarque pas Maria, qui observe la scène depuis la lucarne des appartements du temple.
En effet, la prêtresse déchue, rassemble ses quelques objets personnels dans un panier en osier.
Interdite par cette scène attendrissante, elle sent une fracture au plus profond de son être.
L’Evil Seed dissimulée en elle développe ainsi à l’affût ses racines dans tout son être.
Consciente que son éviction lui fait perdre également sa famille, biologique pour Katya, et spirituelle pour les autres Saintias, cette affliction féconde davantage la graine maléfique et favorise son accroissement.
Soudain, le raclement de gorge de Marin lui rappelle de se presser.
Restée à l’encadrement de porte de la chambrée, le Saint de l’Aigle attend de pouvoir raccompagner sur ordre d’Athéna l’ancienne prêtresse, avant de reprendre ses recherches sur Seika et la Chouette…
Au même moment, au Japon, quelques grues s’activent en plein centre de Tokyo.
Alors qu’il y a encore 7 mois, les Galaxian Wars créaient d’interminables embouteillages sur l’avenue principale, la circulation est désormais fluide jusqu’au Coliseum.
De cette immense bâtisse, il ne reste plus que des vestiges de béton et de ferrailles.
Les galeries commerciales, cerclant les gradins capables de dépasser tous les records d’affluence de n’importe quelle enceinte sportive au monde, ont été réduites en cendres.
Les tribunes ne ressemblent plus qu’à des escaliers de pierre.
Les actes criminels orchestrés par Gigas et Phaéton ont réduit à néant, de prime abord, les efforts de Mitsumasa Kido.
En réalité, l’entreprise fut un succès, puisque cela a permis de dévoiler les cruelles intentions de Saga et de ramener Saori sur le trône du Sanctuaire.
Après le vol de la Cloth du Sagittaire par Ikki, la Fondation Graad a fini par communiquer qu’il s’agissait en réalité d’une mise en scène grandeur nature. Embourbée dans une lutte interminable pour récupérer la Cloth, puis reléguant ensuite cette quête derrière d’autres objectifs, Saori n’eut d’autres choix que de revoir sa communication aux yeux du monde contemporain.
Confiant cette tâche à Tatsumi, la population mondiale a peu gouté à cette mascarade. Et, si cela a permis finalement de taire au monde entier l’existence du Sanctuaire et des dangers qui entourent l’humanité, Tatsumi a ½uvré à racheter en apparence ce projet malvenu.
Tous les spectateurs ont été indemnisés. Tandis que les sponsors ont préféré renouveler leurs partenariats dès lors que la Fondation Graad a annoncé reconstruire sur les bases du Colisée un immense foyer caritatif destiné à accueillir, éduquer et insérer les plus démunis dans une société destinée à bâtir un monde meilleur.
La campagne de communication et les travaux de déblaiement qui s’en suivirent aussitôt ont permis d’améliorer la réputation de la Fondation Graad, alors que tout semblait il y à peu, plonger celle-ci dans une catastrophe historique.
S’étant acheté la paix, elle a pu ainsi poursuivre ses travaux de renseignements généraux conduits officieusement dans les souterrains du Coliseum qui, eux, demeurent intacts.
Dès lors, les allers et venues d’agents de la Fondation Graad paraissent naturelles, puisque couvertes par la reconstruction manifeste et les intentions caritatives annoncées.
C’est ainsi que devant le rideau de fer conduisant au parking souterrain, Sho, Ushio et Daichi restent à débriefer ce qu’ils viennent de comprendre.
Ils saluent à tour de bras les passages des véhicules qui rentrent et sortent après les contrôles de sécurité. Les équipes de renseignement se succèdent, tandis que leurs trois responsables s’inquiètent de la situation.
En charge des actes des forces divines sur le monde moderne pour le compte d’Athéna, ils prennent très à c½ur leur mission de relais.
Dès lors, maintenant qu’ils suspectent qu’une force non encore identifiée agit dans l’ombre, ils sont contraints d’agir.
_ « Il nous faut faire preuve de prudence, commence Ushio. Nous ne savons pas à qui nous avons affaire.
_ Il y a surtout un risque de confiance, corrige Sho en qualité de meneur. Les populations locales sont ravies de la chute de la criminalité. Il va nous falloir faire preuve d’encore plus de discrétion pour mener nos enquêtes.
_ Cela tombe au plus mal, déplore Daichi. Pile au moment où nous déployons tous les moyens de la Fondation Graad dans le secours de la population mondiale après les inondations de Poséidon.
_ Peut-être aurions-nous dû nous en apercevoir bien avant cela, rétorque Ushio…
_ Ça ne sert à rien de nous flageller, insiste Sho. Visiblement cela a commencé bien avant que les Galaxian Wars débutent. Le plan de Mitsumasa Kido n’était pas encore dévoilé et Saori n’avait pas conscience de la mission qui allait être la sienne.
_ Je trouve au contraire que nous avons fait preuve de réactivité et de discernement, positive Daichi.
_ Absolument, conclue Sho. Edward, un messager du Sanctuaire, est venu sur ordre d’Athéna en personne délivrer un message à Tatsumi. Celui-ci me l’a communiqué. Depuis qu’elle est partie pour Asgard, Saori n’est pas rentrée au Japon. Elle risque de demeurer encore quelques temps au Sanctuaire. Elle rappelle donc à elle Jabu, Ban, Geki, Ichi et Nachi. Ils retrouveront June et les autres Saints au domaine sacré. Il m’apparait nécessaire de les alerter de notre découverte avant leur départ, afin que l’information parvienne à Athéna. Cependant, il nous faudra faire preuve de discrétion. Seiya et Shun sont restés au Japon après la bataille contre Poséidon. Encore convalescents, nous les savons capables de repartir contre la volonté de Saori en mission s’ils ont vent qu’une nouvelle menace plane. »
Pendant ce temps, au Mexique, tout autour de la pyramide de Tezcatlipoca, les Jaguars se consacrent comme chaque jour au service de leur dieu et des leurs.
Humain en peau de jaguar ou humanoïdes, enfants ou adultes, hommes ou femmes, les Jaguars s’organisent autour de leurs tipis.
Certains dépècent les prises de chasses, pendant que d’autres font cuire la viande sur une broche.
D’autres rapportent les mangues, melons et oranges rapportés de leurs cueillettes, pendant que, sur quelques lopins de terre, les soldats les plus habiles en techniques agricoles s’affairent à récolter le maïs, les avocats et les tomates.
Sinon, ce peuple guerrier perfectionne sans cesse son sens du combat, lorsqu’il ne prie pas en direction du polyèdre.
A l’intérieur de celui-ci, les prêtres s’activent à déposer devant l’horrifiante statue quelques offrandes, alors que Tezcatlipoca reste assis nu, les mains sur les genoux, les yeux clos, sans rien dire la majeure partie du temps.
Il tourne le dos au sceau d’Apollon qui retient prisonnier le Pendentif de Zeus et qui ressemble à une boule de feu semblable au soleil.
Ce dernier chauffe le dos du dieu aztèque qui en emmagasine sa toute-puissance.
Admiratif, le Prêtre Necocyaotl observe sournoisement son maître, sans ignorer l’arrivée lumineuse de Ksénia qui avance d’une démarche sensuelle.
L’ecclésiaste, mince, les épaules tombantes et le regard vicieux, détaille la jeune femme qu’il reconnaît parfaitement.
Arrivée à sa hauteur, l’Ange fixe l’attitude reposée de Tezcatlipoca : « Le Dieu du Soleil a parlé. »
Necocyaotl ouvre sa très large et très fine bouche pour arborer ses dents longues et pointues. Il sort sa grande langue pour venir lécher le visage de la vénusté qui, elle, le saisit par la mâchoire pour l’immobiliser.
Elle plonge ses yeux topaze dans le regard couleur feux du conseiller de Tezcatlipoca qui témoigne d’une expression malsaine.
Par cette poigne elle rappelle sa puissance écrasante à ces sujets humains.
_ « Le sceau du Dieu du Soleil a redonné à Tezcatlipoca la totalité des forces dont Athéna l’avait privé deux cents ans plus tôt. L’heure est venue de détruire le monde tel que nous le connaissons. L’éradication de l’humanité provoquera la levée d’un nouveau soleil. Vous êtes ceux qui initieront la fin du monde. »
D’un mouvement de tête, le prêtre se défait de la prise d’Helénê.
Le fond blanc de ses yeux totalement imbibé de sang, il complète.
_ « Nous sommes ceux qui initieront la fin du monde. Nous sommes nés pour ce grand jour. Et quand ce sera fini, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde sera exaucé.
_ Avant cela le Dieu du Soleil réclame un dernier sacrifice. Celui des quatre Saints qui tournent trop autour de nos projets. »
Un large sourire malsain se dessine sur le visage peint de jaune et noir, couleur de sa tribu, de Necocyaotl : « C’est parfait. Cela rentre pile dans mes plans. »
La Russe passe ses doigts sous le châle vert du Mexicain, pour caresser délicatement son torse. Rappelant ainsi que c’est elle qui dispose des hommes et non l’inverse : « Une fois les Saints morts, Tezcatlipoca pourra utiliser les pleins pouvoirs que lui donnent le sceau semblable à un soleil. »
Le second du dieu aztèque frémit de plaisir, alors que l’apparence de la messagère d’Apollon, déjà téléportée vers d’autres cieux, se dissipe dans l’air : « C’est parfait. Il ne me reste plus qu’à convoquer les lieutenants de Tezcatlipoca. »
Après cela, au Sanctuaire, à travers les douze temples du zodiaque, les Saintias parcourent les marches pour des raisons diverses.
Déjà en place en ce lieu depuis qu’elle est adoubée, Erda visite la maison du Cancer, qu’elle connaît pourtant déjà très bien.
A l’écart du chemin principal qui relie l’entrée à la sortie du temple, elle se dirige vers la chambrette de Deathmask, qu’elle n’avait jamais exploré.
Curieuse, elle pousse la lourde porte en bois de la pièce dont les gonds sont fixés dans la roche.
En colère contre la cruauté de ce Saint, perturbée par le baiser volé qu’il lui prit au Yomotsu Hirasaka, elle demeure obnubilée par le défunt Cancer.
Le petit lieu d’intimité est bien morne.
Le feu, par-dessus lequel est suspendu un immense chaudron, ne brûle plus depuis des mois. Le bois noirci qui servait d’unique chauffage à la minuscule chambre ne crépite plus maintenant que Shiryu a pris la vie de celui qu’elle s’était jurée de conduire à sa perte.
Par souci d’équité, identique à toutes les autres chambres dans les douze temples, la pièce ne contient qu’un large lit, avec à sa droite un lourd bureau, uni à une ridicule penderie. Et à sa gauche, une table et deux chaises.
Erda semble déçue : « Bien que les masques de mort ne hantent plus le temple, je croyais trouver ici plus de… Enfin… Peut-être… Non… Je ne sais pas… Je ne sais pas ce que j’espérais trouver. »
Les meubles sont taillés dans du chêne massif. Le signe zodiacal qui orne le devant de la maison est également frappé sur un tableau de marbre au-dessus de la couche. Le même marbre couvre le sol.
Au bout de la pièce, il descend sur une profondeur d’un mètre sur un mètre. Un bouchon bloque une évacuation qui se situe au fond de ces thermes miniatures. L'écoulement ressort à l’extérieur du temple.
_ « Alors voici où il faisait sa toilette et où il évacuait ses déchets… Finalement, pour la caste la plus digne, leurs conditions de vie étaient bien pauvres face aux notre. Que ce soit au temple des prêtresses ou au camp des femmes Saints… »
Soudain, elle réalise qu’elle s’apitoie sur le sort de l’homme qu’elle hait.
Elle écarquille grand les yeux en se reprenant, referme la porte en la claquant et fait demi-tour : « Non mais qu’est-ce qu’il me prend ?! Pour peu, j’en viendrai à trouver des circonstances atténuantes à ce monstre ! »
Heureusement, le bruit des pas en approche l’aide à se remettre de ses émotions.
Après qu’un frisson d’angoisse la parcourt à l’idée d’avoir témoigné de la compassion pour Deathmask, elle part retrouver les visiteurs.
Marin et Maria débarquent depuis la maison du Lion.
Erda comprend que Marin a pour mission d’escorter, celle qui a été évincée du groupe.
Alors que plus d’une n’auraient pas osé croiser son regard par gêne, Erda, au caractère bien trempé, fixe Maria.
Elle espère y trouver la détermination qui a fait tant défaut à Maria ces dernières années. Pensant qu’être libérée de la pression de servir Athéna, donnerait un second souffle à la jeunesse de Maria, elle ne lit que mélancolie dans ses yeux.
Abandonnant toute charité envers celle pour qui elle n’a plus la moindre estime, Erda s’en désintéresse dès que Marin lui adresse la parole : « Comme souvent Erda, je te retrouve à visiter ce temple dès que tu as du temps libre. »
Elles sont interrompues par la course pressée de Katya qui arrive à toute vitesse après avoir descendue toutes les maisons à vive allure jusqu’ici : « Maria ! Maria ! Attends ! »
Comprenant que l’heure des adieux est venue pour les deux s½urs, Marin et Erda s’éloignent.
Maria, elle, ne se retourne pas vers Katya et continue de traverser la maison.
_ « Mais ! Enfin ! Attends-moi Maria, dit Katya en lui barrant la route ! Tu ne comptais tout de même pas partir comme ça ?! Sans me dire au revoir ?!
_ A quoi bon ? Cela a-t-il vraiment de l’importance après tout ?
_ Bien sûr que ça en a ! Tu es ma s½ur !
_ Ta s½ur ? C’est plus Shoko désormais. Comme Erda. Mii. Ou encore Xiao Ling.
_ Que dis-tu voyons ?! Rien ne pourra rompre le lien qui nous unit. Le sang et toutes ces épreuves que nous avons traversées ensemble !
_ Les épreuves ? Quelles épreuves ? Tu as toujours été brillante. Plus forte. Plus obstinée. Dès lors que nous avons quitté notre foyer, je n’ai plus connu la faim, tu as toujours fait en sorte que cela n’arrive pas. Tu m’as toujours protégé. »
Malgré le fait qu’elle reste calme, employant un ton monocorde, blasée, Maria repasse devant Katya pour poursuivre son chemin.
_ « Seulement me couver ainsi ne pouvait durer qu’un temps. Les Guerres Saintes s’enchaînent. Et le lieu où tu m’as conduit pour me protéger d’elles n’est plus un lieu sûr. Et la vérité est criante, je n’ai même pas le niveau d’un garde du Sanctuaire, malgré toutes ces années de souffrance.
_ Je suis certaine qu’on peut trouver une sol…
_ Pas la peine, la coupe Maria. Athéna a prévu ma reconversion en me trouvant une bonne famille. Marin m’y conduit.
_ C’est formidable, se montre rassurée Katya !
_ J’aimerai être aussi enthousiaste que toi. Cette bonne escorte et mon lieu d’affectation, une famille d’un pauvre village du Nord, écarté du Centre, sont destinés à me mettre au trou, là où je ne parlerai pas de votre adoubement, ni de mes connaissances des secrets du passé les plus inavouables. Comme si je n’étais pas une personne dévouée et de confiance. »
Katya a du mal à supporter davantage ces lamentations qu’elle subit depuis tant d’années.
De plus, le pardon d’Athéna après son allégeance envers Saga et le souci de celle-ci pour mettre Maria à l’abri d’un maître mal attentionné ou d’un travail accablant, l’indigne du manque de considération de sa s½ur à l’endroit de la Déesse de la Sagesse.
_ « Je te trouve injuste. Athéna fait tout pour te garantir une belle retraite.
_ Elle fait tout pour me faire taire surtout. Qu’elle est le problème, si on sait que vous êtes devenues Saintias ?!
_ Peut-être qu’une mission importante et secrète doit nous être confiée et ignorée des menaces qui planent sur la Terre ! Si tu n’avais pas passé ton temps à te plaindre et que tu t’étais investie davantage, peut-être que tu saurais ce que c’est de devoir protéger le secret d’une mission ! »
La vérité la blessant fortement, Maria montre enfin un élan de révolte : « En effet, je n’ai pas cette chance d’être aussi forte et motivée que toi ! Cela m’a valu de ne jamais être dans ses petits papiers ni dans ceux de Saga d’ailleurs ! Je n’ai donc pas ton expérience pour garder des secrets aussi sordides soient-ils d’ailleurs ! »
Pour seule réponse, Katya la retourne vers elle en lui cramponnant le bras et la gifle violemment.
Si fort que Maria en fait un pas de côté.
La plus faible des deux, riposte par un regard effronté, voire haineux.
Elle mouche d’un revers de main le sang qui coule de son nez et essaie de garder un semblant de dignité en ne frottant pas la contusion qui apparaît sur sa joue.
A nouveau, elle reprend sa route. Fâchée.
Elle quitte le temple du Cancer sans un dernier mot pour sa s½ur qui a pourtant tant donné pour elle.
Vexée, Katya n’arrive pas non plus à la retenir pour s’excuser.
Elle se sent presque soulagée de la voir enfin quitter sa protection, mais regrette déjà de la quitter de cette façon…
En retrait, Erda reste pensive à l’endroit de Deathmask…
Marin le constate. Elle détaille la Saintia des pieds à la tête dans la Cloth qu’elle a hérité de Rebecca et engage la conversation.
_ « Tu lui ressembles beaucoup tu sais.
_ Pardon, dit-elle en sortant de ses pensées ?!
_ A Rebecca. Tu apparais aussi noble qu’elle dans cette Cloth.
_ Merci, susurre-t-elle en baissant timidement la tête. »
Marin piétine dans la demeure du Cancer en observant les lézardes sur les murs et le plafond : « Je me souviens de l’époque, où nous nous sommes retrouvées au camp des femmes Saints après l’invasion des Dryades. Tu avais refusé de suivre l’entraînement d’un autre maître que Rebecca, prétextant vouloir poursuivre ta propre voie… »
Erda garde la tête basse.
Marin fixe alors la porte de la chambrée de Deathmask au loin. Elle remarque la poussière sur le seuil de porte qui a été soulevée par le mouvement de celle-ci et comprend : « … Finalement tu as quitté la voie des Saints pour devenir une Saintia. Te sens-tu comblée d’avoir fait ce choix ? »
La vue d’Erda se fixe sur le pilier le plus proche.
Elle caresse alors la colonne, perdue dans son spleen.
_ « Je m’en doutais, poursuit Marin. Malgré tes excellentes capacités martiales, j’ai bien compris que tu ne portais pas le même soin au service et aux bonnes manières qu’on inculque aux Saintias. Ton orientation vers cette caste était motivée à des fins personnelles n’est-ce pas ?
_ Il fallait que je me rapproche d’Athéna, confesse-t-elle timidement. Il fallait que je lui demande pourquoi ? Pourquoi accepte-t-elle dans ses rangs des monstres comme Deathmask ?
_ Tu sembles garder un certain trauma à l’égard de ce Saint.
_ A l’insu des Saints, il a rasé le camp des femmes chevaliers lors du combat contre les Dryades, pour se débarrasser de celles-ci et des Evil Seeds de l’Utérus. Sans distinction, aucune, entre ennemis et innocentes. Et lorsqu’il a fallu me rendre des comptes, il en riait, s’en vantait. Et il était même prêt à me sacrifier, pour me faire taire. Alors j’ai voulu à l’époque rencontrer Athéna, pour lui demander comment il était possible qu’elle garde dans ses rangs un monstre pareil ?! Puis j’ai réalisé que le meilleur moyen pour moi de la rencontrer, c’était de rentrer à son service direct.
_ Mais depuis des mois que tu la sers, tu ne lui as pas demandé. La question ne fait plus sens à tes yeux.
_ J’ai appris que l’armure l’a quitté en plein combat contre Shiryu du Dragon. J’ai compris que ce n’était pas Athéna en personne qui l’avait adoubé… Mais tout de même, la Cloth l’a reconnu et protégé durant tant d’années. Elle a fermé les yeux sur ses agissements durant tout ce temps. Comment interpréter cela ?!
_ Et maintenant que tu es toi aussi investie d’un devoir sacré, tu te remets en question n’est-ce pas ?
_ La Cloth de Cassiopée m’a choisi alors que j’ai agi à des fins personnelles.
_ Tu te mens à toi-même.
_ Pardon ?!
_ Tu fermes aveuglément les yeux sur des aspects qui te paraissent contradictoires, pour ne pas voir l’évidence. La Cloth d’or du Cancer a protégé Deathmask en dépit de ses actes malveillants. Mais a-t-il toujours été ainsi ? Sans vouloir le défendre, ni même vouloir cautionner son attitude, n’y a-t-il pas eu des circonstances expliquant sa cruauté ? Son manque de discernement ? Malgré leur impact, ses actes ne servaient-ils pas une cause plus grande que sa barbarie ? Et toi ? La Cloth de Cassiopée a-t-elle juste fermé les yeux sur ta ranc½ur ou bien a-t-elle ressenti un sens du devoir plus grand que tu ne veux le montrer au fond de ton c½ur ? »
Ces insinuations de Marin choquent Erda. L’Aigle poursuit : « Athéna aime les Hommes. Avec leurs forces et leurs faiblesses. Elle tolère leurs défauts, car elle sait voir le bien que ceux-ci dissimulent derrière leurs torts. C’est ainsi que Deathmask est devenu Saint. C’est ainsi que tu es devenue Saintia. La Cloth de Cassiopée est entrée en harmonie avec toi après avoir ployée devant Athéna. Elle te reconnaîtra et te protégera comme la Cloth du Cancer l’a fait avec Deathmask tant qu’il y aura de l’humanité en toi. Et ce, jusqu’au jour où elle estimera qu’il n’y a plus rien à sauver chez toi. Je ne peux pas croire qu’une favorite de Rebecca soit à ce point asservie par ses sentiments. Rebecca croyait en toi. Elle ne tarissait pas d’éloges à ton propos. D’où ma proposition d’achever ton apprentissage à sa mort. Entre temps, tu as choisi d’enquêter sur Deathmask. Mais le mystère est en parti élucidé. Sa Cloth l’a renié. Athéna a repris son Sanctuaire. Et ta Cloth a su lire en toi une ferveur, que tu refuses d’admettre. Qu’en est-il pour toi à l’aube d’une mission essentielle ? »
Erda plaque sa tête contre le pilier sur lequel elle s’appuie depuis le début.
_ « Je… Je suis tellement frustrée que quelqu’un d’autre a accompli ce que je m’étais promise de faire… Shiryu du Dragon… Ma… Ma mission de Saintia a-t-elle encore du sens du coup ?
_ Deathmask n’a jamais eu raison d’agir comme il agissait. Mais on ne naît pas bon ou mauvais. Des évènements l’ont sûrement rendu si peu magnanime. Il n’est pas question de pardonner sa malveillance. Seulement, si ce sujet te tourmente tant, cherche à comprendre comment Deathmask en est arrivé là. Et en même temps, réalises-tu pourquoi cela te choque tant ?
_ Parce que ça va à l’encontre de tout ce en quoi je crois. L’altruisme, le courage, l’amour, l’amitié… Tout ce qu’on m’a pris…
_ Ai-je donc encore besoin de te rappeler alors pourquoi ta Cloth t’a reconnu ? Pourquoi Athéna t’a choisi alors qu’elle a ressenti les tourments dans ton c½ur ? »
Erda relève la tête, les yeux embués de larmes.
Marin la met face au destin : « Tu es une Saintia au service de la justice. Et la mission qui va t’être confiée est d’une importance capitale. Le doute ne sera pas permis sur le champ de bataille. Elude ce doute en ton c½ur et choisit ta voie. Il te reste quelques heures, avant de t’engager dans une quête, dont il sera impossible de revenir indécise. »
Les deux femmes entendent le ton monter entre les s½urs et voient Maria quitter le temple de colère.
Marin ouvre les yeux à Erda : « Je conduis Maria chez un notable du Sanctuaire. Elle sera en sécurité au service de son épouse. C’est Athéna en personne qui a sélectionnée cette famille pour elle lors de ses visites du Sanctuaire. Elle est soucieuse de ses sujets et a foi autant en leurs forces qu’en leurs faiblesses. Vas-tu te perdre en tracasserie ? Ou bien saisir l’opportunité de défendre une entité qui partage les mêmes valeurs que celles pour lesquelles tu t’entraînais au camp des femmes Saints ? »
Sans attendre sa réponse, Marin repart auprès de Maria.
Elle laisse tour à tour Erda, face à ses doutes, et Katya après lui avoir affectueusement saisi l’épaule en croisant son chemin.
Seule à seule, les deux Saintias s’observent dans cet immense temple vide.
Immobiles, elles font le vide dans leur esprit.
Katya, la première scande : « Même si c’est dur, j’ai enfin levé le poids sur mon c½ur. Je peux entamer ma mission sereinement dorénavant. Et toi ? »
Erda lui tourne alors le dos : « J’y vois plus clair en cet instant. Mais j’ai besoin de méditer seule sur quelques doutes qui m’habitent encore. »
Katya remonte alors vers le sommet des douze maisons : « Alors profite de nos derniers moments de répit, pour faire la lumière sur la cause qui est la nôtre. Pour laver le mal sur lequel j’ai fermé les yeux autrefois, je sais que j’aurai besoin de ta force et de ton courage Erda. »
Profondément touchée par cette déclaration d’amitié de son aînée, Erda lève la tête au moment où Katya croise son chemin. Elle peut lire dans ses yeux toute la sincérité de celle qui a su grandir et s’ouvrir après avoir reçu le pardon d’Athéna.
De quoi l’aider un peu plus à effacer le tourment qui l’habite.
A nouveau seule dans ce palais qu’elle ne connaît désormais que trop bien, Erda fait volte-face en direction de la chambre qu’elle a honteusement visité plus tôt.
D’un pas décidé, elle enfonce cette fois-ci la porte pour faire irruption au milieu du petit logis.
Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle, tant elle demeure droite de longues secondes à faire le tour d’horizon du modeste foyer.
A la droite du large lit, elle se laisse guider vers la ridicule penderie où sont grossièrement entreposés quelques vêtements que Deathmask portait lorsqu’il n’était pas couvert de sa Cloth.
Instinctivement, elle saisit le maillot noir qui habillait souvent le Cancer.
Il est encore fripé et semble avoir été posé sur son cintre pour sécher après qu’il l’a lavé.
Sans même réfléchir, elle le porte à son visage et le hume.
Ses yeux se ferment, son visage dur prend des allures attendrissantes, voire niaises : « Il porte encore son odeur… La même que lorsqu’il m’a pris dans ses bras il y a maintenant trois ans… »
Enfin, elle se ressaisit, balance d’un geste de dégoût soudain le vêtement et recule de trois pas : « Non mais enfin Erda ?! A quoi tu joues ?! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?! »
Elle cesse sa fuite en arrière lorsqu’elle pose ses yeux sur le bureau.
Dessus, elle remarque des morceaux de papier encore enroulés, une plume et un encrier à l’intérieur séché.
Elle traîne alors de la gauche du lit une chaise, jusqu’à sa droite pour s’asseoir devant le bureau en chêne.
Elle déroule la première lettre. Elle est adressée à Lilith.
La seconde également.
Ainsi que les suivantes.
Elle les dévore chacune. Rapidement.
Puis les reprend tour à tour, plus longuement.
Ensuite, elle les éparpille aux quatre coins de la desserte afin de les organiser.
Enfin, elle blêmit : « Lilith… Il n’y en a pas une. Mais deux. Deux femmes qui l’ont marqué. La première… Lui a fait subir mille tourments… Il lui écrivait chaque jour, malgré qu’il ait fini par s’en débarrasser… Elle a fait de lui un monstre. La seconde… C’est lui qui lui a fait subir mille tourments… Le monstre qu’il était devenu, elle a su l’apprivoiser et le ramener à son humanité… Avant d’avoir le sentiment qu’elle le trahisse en se rapprochant d’un camarade en qui il avait confiance… Finalement… Il a toujours été seul… Brisé par l’amour qu’il a tenté d’offrir et qui ne lui est jamais pleinement revenu… »
Abandonnant le désordre qu’elle laisse volontairement ici, comme pour rendre justice à la personnalité décriée de l’homme qui l’obsède, Erda pivote vers la penderie pour s’enivrer à nouveau de l’odeur de son maillot.
Elle ferme les yeux.
Répète une seconde fois son geste.
Laisse son visage glisser sur le tissu.
Et aspire à plein poumon son parfum une dernière fois.
Dépendante malgré sa volonté de son influence, elle le caresse tendrement en glissant ses doigts du col jusqu’au bas du vêtement : « Rien ne peut excuser tes atrocités, sale crabe. Malgré tout… Je te souhaite un jour de renaître. D’abord pour réparer le mal que tu as commis dans ta première vie. Puis, pour avoir ensuite la chance d’être aimé sainement par une personne sincère. »
Enfin, la main sur la poitrine, elle quitte la pièce non sans jeter un dernier coup d’½il dans la chambre désertée de toute vie.
Le c½ur lourd et, paradoxalement, soulagé à la fois, elle referme enfin définitivement la porte sur leur destin croisé.
Elle emprunte la même direction que Katya, résolument orientée vers l’avenir…
Au Japon, sur le parvis du manoir de la famille Kido, une berline noire est attendue par trois majordomes, dont Tatsumi.
Sans même attendre que ceux-ci ne viennent, Daichi saute de l’arrière du véhicule, tandis que Ushio se déploie tout courbaturé qu’il est : « Nous aurions gagné plus de temps à employer nos Steel Cloths pour venir jusqu’ici. »
Devançant le domestique venu jusqu’à sa portière, Sho sort calmement du siège chauffeur : « Il m’apparait préférable de passer inaperçu après les annonces faites par la Fondation. »
Tatsumi descend deux à deux les marches de l’entrée pour rejoindre les Chevaliers d’Acier : « Parfaitement ! Je ne me suis pas échiné durant des semaines et des semaines à travailler notre communication et au renouvellement de la confiance de nos partenaires, pour que, au final, nous perdions toute crédibilité par manque de discrétion ! »
Derrière eux, deux autres véhicules de la Fondation suivent. Des hummers cette fois-ci.
Les majordomes déjà présents ouvrent les coffres, tandis que Jabu et les autres sortent du bâtiment.
_ « Allons Tatsumi, détends-toi un peu, propose la Licorne, j’imagine que nos amis étaient pressés de nous voir avant que nous ne partions. »
Sho effectue un bon prodigieux par-dessus la berline, pour atterrir devant les Saints de bronze.
Il salue d’un hochement de tête ses camarades avant d’entrer dans le vif du sujet : « Je ne te le fais pas dire. »
Au regard inquiet de Sho, Jabu saisit la gravité de cette visite impromptue.
Il penche la tête sur le côté, afin de saisir l’attention de Tatsumi.
_ « Dans combien de temps décollons nous pour la Grèce ?
_ S’il le faut la Fondation peut voir avec les contrôles aériens pour décaler notre créneau.
_ Bien. Dans ce cas, entrons, propose le leader des Saints de bronze. »
Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’opposé de la taverne où sont réunis ses amis, à l’autre bout du village, Nicol vient frapper à la porte d’une modeste maisonnette.
Il tient dans ses mains deux fruits vert foncé, brillants et verruqueux qu’il tend à la vue d’Iuitl qui lui ouvre la porte.
La charmante jeune femme tend les bras, agrémentés de brassards, pour s’en saisir.
Elle sourit en desserrant ses lèvres charnues.
_ « Des guanabanas ! Où en as-tu trouvé ?
_ Durant mes recherches dans la forêt. Avant de partir tu m’as demandé de passer te voir. Je ne voulais pas revenir les mains vides. »
La propriétaire ouvre plus grand la porte, pour inviter le Grec à la tenue négligée semblable à celle d’un garde du Sanctuaire à pénétrer dans la sobre demeure.
Le cultivé Saint d’argent, inspecte malgré lui, la qualité du mobilier faits de nattes travaillées à la mains.
_ « J’aime beaucoup vos matériaux d’ameublement. C’est magnifique.
_ Ne te moque pas de moi. Avec nos maigres revenus et le peu de moyens dont dispose le village, je n’ai rien d’autres pour cacher la misère, que de longues couvertures pour couvrir le sol et les murs. Et quelques récipients en céramique pour décorer.
_ Je ne me moque pas, je t’assure. Je suis même très content que tu me fasses autant confiance pour pouvoir m’inviter chez toi. »
La robe rouge foncé de l’autochtone, dédoublée avec audace haut sur la cuisse, remonte davantage lorsqu’elle s’accroupit pour sortir un couteau d’une malle.
Iuitl expose ainsi ses formes généreuses qui ne laissent pas le calme chevalier insensible.
_ « Il faut dire que depuis trois mois et demi que nous nous voyons, il était temps de prendre une décision et de franchir le pas. »
Avec application, elle découpe le fruit à la pulpe blanche et juteuse pour en proposer une part à son ami.
Celui-ci, légèrement plus grand qu’elle, peut admirer presque instinctivement sa ferme poitrine mise en valeur par le bustier de sa robe.
S’en voulant presque pour ce manque d’éducation, qu’elle ne remarque pas, ses joues s’empourprent.
_ « Il est vrai que je ne sais plus quoi penser. J’apprécie lorsque nous sommes à deux et je souffre de devoir chaque fois remettre à plus tard mon envie de te serrer contre moi.
_ Nous en avons déjà discuté. J’ai peur que cette relation ne me brise le c½ur. Je n’aime pas m’attacher aux gens de passages.
_ De passages ?! Cela fait maintenant trois mois et demi que je suis ici.
_ Ta quête ici est dangereuse. Peut-être que tu n’en reviendras pas. Et si tu en réchappes, alors un jour tu partiras.
_ Peut-être accepterais-tu de venir avec moi dans ce cas ? »
Les yeux tristes et chamboulés d’Iuitl, fixent le sol, tandis que sa main droite agrippe son c½ur pour l’aider à surmonter sa timidité et affronter ses sentiments : « Ne me fais pas de promesses que tu ne tiendras pas. »
Nicol abandonnent le guanabana et prend sensuellement Iuitl par la taille. Sa voix est rassurante : « Iuitl… Tu te rappelles le premier soir où nous nous sommes rencontrés ? Nous discutions dans la taverne et je te disais que le lendemain, je serai encore là. Et ce fut le cas. Depuis trois mois et demi, il n’y a pas un matin où je me lève sans penser à toi. J’en suis arrivé à reléguer ma mission, mon statut, le but de ma vie, au second rang uniquement pour passer du temps auprès de toi. Alors je te le redis, je te l’assure, demain, je serai encore là. Pour toi. »
Complètement envoûtée par l’application que Nicol met à lui prouver son amour, Iuitl est émue.
_ « Ne me trahis pas. Ne trahis pas ta parole.
_ Jamais, je te le promets. Je serai toujours là pour toi. »
Comme pour approuver enfin cette union qui est inévitable, Iuitl vient trouver la bouche de Nicol en se mettant sur la pointe des pieds.
Elle se contente d’un léger baiser auquel Nicol répond par un sourire charmeur.
Ses mains, aussi belles que si elles avaient été taillées dans le marbre, comme le reste de sa carrure digne d’une statue grecque, passent dans les cheveux longs, blonds et épais d’Iuitl, décorés de plumes noirs.
Elle l’imite en glissant les siennes sous son maillot pour savourer cran par cran, le passage sur ses abdominaux.
Les caresses de Nicol arrivent à hauteur du visage d’Iuitl, où son pouce vient faire le tour de ses lèvres qui épousent la forme de son doigt.
Les bras d’Iuitl sont remontés jusqu’aux pectoraux en acier trempé du Saint d’argent et lui permettent de lui ôter son maillot, pour venir se coller contre ce buste solide et chaud.
Tout en restant plongés dans le regard de l’autre depuis le début, Nicol remonte jusqu’à lui le menton de la villageoise, pour amener son cou jusqu’à sa bouche et le dévorer de langoureux baisers.
Conquise par le frottements des lèvres et de sa langue contre sa peau, rythmée par le souffle chaud qu’il libère dans sa nuque, lorsqu’il n’est pas à proximité de ses oreilles, Iuitl étreint Nicol encore plus fort, frottant inconsciemment les zones les plus érogènes de son corps contre cette sculpture vivante…
Dans le manoir Kido, dans le petit salon où il est si souvent arrivé à Seiya et ses camarades de se réunir au début de la bataille contre le Sanctuaire, un thé est servi aux Steel Saints, tandis que Tatsumi fait assoir l’ensemble des chevaliers.
Le regard grave de Sho reste rivé sur sa tasse fumante, une fois qu’il avait fini de relater l’objet de leur venue.
Sur la table basse, Tatsumi et chaque Saint de bronze prend puis repose des clichés et des rapports établis par les agents de renseignement de la Fondation Graad.
Jabu mesure à quel point la découverte des Steel Saints les accable : « Et donc, si j’ai bien compris, cette chute de la criminalité s’accroit en nombre. Elle réprimande les actes dans un ordre décroissant sur une échelle morale. »
Ichi, au contraire des Chevaliers d’Acier, se félicite d’une telle baisse : « Je ne vois pas ce qu’il peut y avoir d’inquiétant à cela, au contraire ?! »
Daichi le reprend : « Je pensais comme toi au début. Mais nous avons observé que dans les pays où les crimes les plus graves et les plus nombreux ont baissé, ont commencé à suivre les méfaits mineurs. »
Nachi réagit : « J’imagine que les populations locales voient s’améliorer leur confort de vie. »
Ushio qui a pu observer le phénomène confirme : « Pour le moment l’opinion populaire est massivement satisfaite de cette chute soudaine mais… »
Le court silence que laisse volontairement Ushio pousse les Saints de bronze à creuser une certaine réflexion.
Ban le premier réalise le danger : « Mais jusqu’où peut-on considérer qu’un acte est criminel. Dans les cas que vous nous avez cité, une fois les plus graves délits endigués, ont été punis des actes plutôt malveillants que illégaux. »
Geki ajoute : « Tout le monde cause inconsciemment du tort à autrui. Qui peut juger les limites à ne pas franchir ? »
Jabu va plus loin : « Ce qui m’interpelle, ce sont les méthodes stratégiques et opérationnelles de ces punitions. Nous ne sommes clairement pas face à des actions menées, par des moyens conventionnels et humains. Des criminels de guerre ont été débusqués dans des coins où même les technologies modernes et les formations militaires ne permettent pas de se rendre efficacement. Aussi, les premiers éléments que vous nous avez fourni témoignent d’exécutions particulièrement chirurgicales. Pas forcément dans la précision des coups portés. Certaines scènes sont des bains de sang et témoignent d’un massacre volontaire, tandis que d’autres sont très propres si j’ose dire. Ce qui me fait dire ça, c’est le taux de réussite. Je remarque ici des carnages sans aucuns dommages collatéraux, parfois contre des milices entières. D’ordinaire, il faudrait un régiment tout entier pour débusquer et opérer avec succès. Sans aucune garantie de ne subir aucune perte dans ses propres rangs. »
Sho reprend la parole : « Nous en avons vite conclu que des cosmos sont derrière tout ça. »
Ichi passe sa tête par-dessus les clichés et les rapports que Tatsumi repasse en revue pour une énième fois.
_ « Des cosmos, demande l’Hydre ?
_ A des moments quasi simultanés d’un coin du globe à l’autre, des actes de ce type étaient perpétrés, confirme Ushio en pointant du doigt les documents que relit Tatsumi.
_ C’est ce qui nous conduit à vous aujourd’hui, va droit au but Sho. Vous repartez pour le Sanctuaire. L’information doit remonter à Athéna. Nous allons continuer de poursuivre notre mission. C’est-à-dire enquêter dans le monde contemporain, pour mieux cibler de quoi il en retourne réellement. Puis nous rendrons compte à un messager, que le Sanctuaire nous envoie régulièrement. Nous ne pouvions juste pas attendre sa prochaine venue pour faire part de nos doutes.
_ Peut-être que nous allons repartir plus tôt que prévu au combat finalement, suggère Nachi.
_ Oui, juste après nous être remis de nos blessures laissées par Syd de Mizar, dit Ban en frottant ses plaies fraichement cicatrisées. »
Tous ensemble, ils sourient nerveusement, à l’idée de cette potentielle menace qui plane sur eux.
Sho en profite pour balayer la pièce des yeux : « Bien entendu, je compte sur la discrétion de chacun. Athéna a été très claire à ce sujet avec nous. Seiya et les autres ne doivent pas prendre part aux prochaines Guerres Saintes. »
Tatsumi le rassure : « Shun a pris congé dans une autre aile de la résidence. Il ne sait donc pas que vous êtes ici. »
Ichi en profite pour rajouter : « Quant à Seiya, il passe son temps entre son studio et l’orphelinat ! Je le comprends en même temps ! Quand on a une aussi jolie fille que Miho qui vous y attend… »
Jabu lui passe une tape derrière la tête : « Cesse donc de dire des bêtises ! »
Geki amène davantage de légèreté en reprenant à son tour Ichi : « Dis-donc, ça n’est pas toi qui s’est trouvé un soudain intérêt également à soutenir l’orphelinat depuis que Miho a une nouvelle collègue. Erii Aizawa c’est ça ? »
Ichi parait bien embêté : « Ah… Euh… Mais pas du tout… Etant convalescent après la venue de Syd, je ne pouvais pas m’entrainer, donc j’ai cherché à être utile autrement en allant distraire les enfants… C’est tout… »
Cette courte distraction sert aux Steel Saints à se relâcher quelque peu et à prendre congé.
Raccompagnés sur le perron par Tatsumi et leurs amis, Sho écoute les conseils avisés de Jabu : « Bien entendu, nous tiendrons Athéna informée de vos investigations. Pour le moment, la population mondiale n’a pas encore conscience de ce qui se passe. Et j’imagine que d’un point de vue local, l’opinion populaire est conquise. Il vous faudra donc faire preuve de prudence dans les enquêtes, pour débusquer les origines de tout cela. Pendant ce temps, une guerre idéologique se prépare. Et nos contemporains y seront soumis par la force des choses. Un vent de panique s’en suivra quand les consciences débattront du bienfondé ou non de tels évènements. Je crains que les services de sécurité du monde entier aient à faire face à un mouvement populaire qui les dépasse. Il faudra donc que vous, chevaliers du monde moderne, avec les moyens humains, techniques et financiers de la Fondation Graad vous mainteniez l’ordre. Tandis que nous, Saints, déploierons nos cosmos pour stopper les instigateurs de ce phénomène nouveau. »
Sho acquiesce sans en dire plus.
A chaudes poignées de mains, ils se saluent avec moins de formalisme que lorsqu’ils se sont dit bonjour.
Les Guerres Saintes menées successivement, ainsi que les dangers à venir ont fait prendre conscience à chacun que chaque au revoir peut se transformer en adieu.
Sho se dirige vers la place du chauffeur de leur berline, mais Ushio l’en dissuade : « Laisse, je prends le volant. »
Daichi comprend l’intention de son ainé et fait remarquer à Sho : « Tu es toujours soucieux n’est-ce pas ? »
Sho s’installe côté passager : « Jabu a tout de suite pris conscience du danger qui nous guette. Il est double. Il y a une vraie menace idéologique qui va impliquer la population mondiale. Tandis que les Saints vont devoir s’engager dans une menace armée. »
Daichi s’attache à l’arrière : « Oui, d’ordinaire seuls les dieux et leurs forces s’affrontent à l’abris de l’humanité. Ici, elle risque d’être directement impliquée. »
Sur le parvis de la résidence, Jabu et les autres observent la voiture reprendre la direction du c½ur de Tokyo.
La Licorne enjoint ses amis à faire de même en pointant du doigt les hummers : « Allez ! Il est temps de saluer à notre tour Tatsumi, avant de retrouver le berceau de la chevalerie et d’enfin prendre nos fonctions définitives au Sanctuaire. »