Chapitre 85
Dans une dimension qui surplombe la Terre, en Olympe, Apollon observe un pilier surmonté d’une lune.
Au sommet des vertes contrées où le peuple Olympien vit paisiblement, devant un des onze temples au pied du Mont Olympe, le Dieu du Soleil marque le pas devant l’entrée sur le territoire d’Artémis.
Les glaciers au sommet du Mont Olympe alimente un lac tout autour.
Le long chemin bordé du lac conduit plus à une véritable citée qu’à un temple.
Accompagné de son serviteur Roloi, il progresse sur un long pont jusqu’à une citadelle aux pierres froides. Elles soutiennent grâce à ses colonnes grecques des voûtes sur lesquelles sont gravés des croissants de lune.
Sur leur chemin, les jeunes filles au service d’Artémis, les Satellites, s’écartent en révérant le Dieu du Soleil.
Toutes armées d’un arc et de flèches, elles portent un serre-tête en forme d'oreilles de lapin et semblent être commandées par une Satellite à la protection plus sombre et à la forme plus reptilienne, La Scoumoune.
Aux abords de la bâtisse, vont et viennent les cohortes d’une véritable armée. Elles traversent les ruelles et allées du seul édifice d’un dieu de l’Olympe semblable à une caserne plutôt qu’à un palais.
Tout autour d’eux, des serviteurs, Olympiens et Olympiennes, s’affairent à nettoyer les lieux et à prier sans cesse.
L’un d’entre eux, un jeune garçon nommé Lytus fait preuve de maladresse en laissant glisser de ses doigts une amphore d’ambroisie.
Le fracas agace d’un claquement de langue Apollon tandis que Callisto chuinte instamment pour que Lytus se courbe plus bas que terre pour nettoyer prestement.
La protection de Callisto est semblable à celle de La Scoumoune, néanmoins, à sa façon de réceptionner sans crainte le Dieu du Soleil, elle apparaît extrêmement retorse.
_ « Seigneur Apollon. Sa Majesté Artémis attend votre visite avec impatience. Si vous voulez bien me suivre. »
Au détour de quelques couloirs, ils arrivent devant la salle impériale. Là, trône la Déesse de la Lune sur une grande ouverture à ciel ouvert.
Les cieux laissent apercevoir sur un pan béant de l’Hyperdimension la lune qui baigne tout le domaine d’Artémis de sa pâle lueur.
_ « Je vois que l’Olympe peut toujours compter sur ta rigueur ma chère petite s½ur. »
A cette remarque, Callisto se sent honorée pour sa maîtresse tandis qu’elle se prosterne en bas des marches qui conduisent au trône de sa déesse.
Véritable rempart d’Artémis, elle fixe avec dédain le serviteur d’Apollon qui ne présente pas d’aussi bonnes manières.
En effet, Roloi, resté derrière Apollon, garde les mains derrière la tête à admirer de ses grands yeux la Déesse de la Lune.
_ « Apollon… Que me vaut l’objet de ta visite…
_ Ton dévouement justement. Et ton incarnation de la droiture olympienne. »
Ainsi louée par la figure la plus emblématique du royaume après Zeus, Artémis est flattée.
Elle se presse de descendre les marches couvertes d’un tapis bleu pour se mettre au niveau de son jumeau, voire plus bas tant elle s’applique à plier les genoux pour le saluer.
Malgré cette admiration qu’il semble lui vouer, Apollon garde ce ton monocorde et hautain qu’il emploie d’ordinaire dans ses phrases courtes qui le caractérisent.
_ « Ton armée s’agrandit. Et se renforce. Je le sens dans la détermination et le cosmos de tes Satellites.
_ Hormis quelques élus, les Anges ne sont au service d’aucun dieu en particulier. Il s’agit d’un groupe de guerriers à notre disposition. Néanmoins, depuis des millénaires à présent, je pressens que l’obscénité humaine pullule à foison. Si bien que dans leur folie, les humains chercheront un jour à se retourner contre les dieux envers lesquels ils ne croient plus. Pire, qu’ils méprisent, fous qu’ils sont.
_ Crois-tu qu’ils envahiront un jour l’Olympe, suggère-t-il sans donner l’intonation d’une question.
_ Non. Pas qu’ils ne sont pas susceptibles d’essayer. Heureusement, les Anges puniront toutes tentatives. Seulement, avant cela, il faudra certainement un jour marcher sur la Terre pour ramener l’humanité vers la droiture qu’ils n’auraient jamais dû quitter.
_ Si seulement tu pouvais gouverner ce monde, lâche-t-il intentionnellement.
_ J’y ai déjà songé. D’où la formation et l’amélioration constante d’une armée chaste. Symbole d’une Olympe pure. Première rempart s’il le fallait face à une humanité souillée.
_ Je suis rassuré de t’entendre parler ainsi. Surtout après les derniers événements sur Terre.
_ Notre chère petite s½ur se fourvoie. Athéna s’est laissée corrompre par le c½ur des hommes.
_ Peut-être serait-il bon de lui réserver le même sort qu’à l’humanité.
_ Par Zeus, non ! La châtier me parait devenir d’à propos. Mais faire preuve d’autant de radicalité… »
Conscient que bien qu’aveuglée par sa machination Artémis n’en demeure pas moins aimante envers sa s½ur, Apollon use d’ingéniosité.
_ « Je suis satisfait de te l’entendre dire. C’est pour cela que je viens à toi aujourd’hui. Il me revient régulièrement à l’oreille que nos semblables ne sont plus aussi patients que toi à l’endroit de la Déesse de la Sagesse. Peut-on lui accorder encore ce titre. La présence d’un de ses Saints dans la prison de l’Olympe reflète parfaitement où en est l’humanité. Elle confirme tes soupçons. Et justifie l’existence de ton armée destinée à tous nous protéger. Le Dieu des dieux t’en saura gré.
_ Que cherches-tu à me dire ?
_ Hadès est proche de se réveiller. Je le sens. Selon la résultante de sa Guerre Sainte inévitable contre Athéna des décisions seront à prendre. Je suis rassuré de savoir que la plus dévouée à notre cause soit également la plus raisonnée. Cela permettra de calmer les ardeurs des plus belliqueux d’entre nous si tu viens à devoir intervenir.
_ Et toi ? Comment réagirais-tu à ma place ?
_ L’humanité a eu plus de fois qu’elle ne l’aurait dû sa chance. Tu seras la dernière alternative à laquelle Athéna aura droit avant la colère des dieux. »
Une fois dehors et à l’abri des regards, Roloi tourne autour de son maître.
Alors qu’ils arrivent devant le pilier lunaire qui marque la limite du territoire d’Artémis, le vieux serviteur gesticule dans tous les sens.
Incapable de cacher dans ses grands yeux sa surprise, il cherche à connaître ce que cache le stratagème d’Apollon.
_ « Vous semblez satisfait de la situation ?! Hélas, malgré la chute d’Asgard puis celle de Poséidon, Artémis semble encore trop compatissante envers Athéna ?! Artémis est la plus investie dans son rôle de représentation de la vertu Olympienne ! Sa mesure envers les décisions à prendre à l’encontre d’Athéna va influencer les esprits les moins concernés par votre stratagème ! A coup sûr, Hermès, Aphrodite ou encore Déméter iront dans son sens plutôt que dans le votre lorsque viendra le moment de juger Athéna ! Et comme sa dévotion est appréciée du Seigneur Zeus, celui-ci consentira à suivre sa pédagogie ! Ça va à l’encontre de…
_ Cesse de t’agiter ainsi, l’interrompt sèchement le Dieu du Soleil. Crois-tu que tout ceci n’est pas contrôlé. Artémis est maintenant convaincue qu’il lui faudra intervenir. Elle sera clémente envers Athéna. Néanmoins ses méthodes ne satisferont pas Athéna. Trop rigoureuses. Pas assez altruistes envers les humains. Mettre Artémis sur la route d’Athéna est la meilleure chose à faire pour faire perdre le crédit que le Dieu des dieux accorde encore à Athéna. »
Rassuré, Roloi comprend mieux cette visite fortuite à Artémis.
Dès lors, il emboîte le pas à son maître jusqu’à lui barrer la route : « Dois-je donc demander à Helénê d’activer le second acte à Asgard ?! »
D’un hochement de tête, le Dieu du Soleil donne son approbation.
Alors qu’ils sortent du domaine d’Artémis, ils croisent une vieille Olympienne à la peau flétrie.
Son épaisse soutane n’est pas suffisante pour dissimuler son visage rubicond.
Ses pupilles rougies par les millénaires qu’elle a traversées trouvent la force de s’écarquiller tant la stupéfaction la saisit lorsqu’elle contourne les invités d’Artémis.
Sa bouche édentée reste entrouverte.
Prise de bégaiement, son attitude stupéfait le Dieu du Soleil qui n’a jamais connu pareille circonstance depuis l’aube des temps.
Comprenant rapidement le malaise qui parcourt l’ancêtre, Roloi fonce sur elle d’un pas autoritaire : « Vas-tu te calmer vieille folle ?! Ne vois-tu pas que tu as affaire au Dieu du Soleil ! »
La dame en laisse tomber sa canne et passe ses mains aux longs ongles jaunis par-dessus sa capuche pour se couvrir la tête du courroux du serviteur.
Jamais Roloi n’a fait montre d’une telle sévérité et jamais un Olympien ne lui a donné autant de crédit.
Poursuivant sa route sans vouloir jeter le déshonneur sur la propriété de sa s½ur, Apollon n’a cure de ce manque d’élégance de la part d’une vieillarde : « Allons Roloi. Pour une fois que tu t’intéresses à une fille de ton âge. Je n’ai pas de temps pour cela cependant moi. Il me tarde de trouver en mon temple de jolies muses. »
Jetant un dernier regard austère envers elle, Roloi s’écarte progressivement.
Il attend que l’aïeule ne soit plus pour lui qu’un point à l’horizon pour reprendre sa démarche pleine d’allégresse.
Resté en retrait, intrigué par cette entité rayonnante et son serviteur aux fines moustaches qu’il n’a de cesse de frictionner, le jeune Lytus sort de sa cachette.
Fringuant dans sa toge immaculée dont la jupette termine haut sur les cuisses, il détalle dans ses sandales lassées jusqu’au haut des tibias en direction de la dame affolée : « Hécate ! Hécate ! Que vous arrive-t-il enfin ?! »
La pauvre demeure tremblante, incapable de se ressaisir : « Il est réveillé… Après tout ce temps… »
Cherchant à la rassurer, il la prend par-dessus l’épaule : « Allons Hécate ! C’est le Dieu du Soleil ! Le frère jumeau de Sa Majesté Artémis ! Depuis ces milliers d’années passés ici vous l’avez déjà rencontré des centaines de fois ! »
Hécate reste cependant incapable de contrôler ses spasmes de panique.
Le jeune archer, affublé de son instrument et de ses munitions dans son dos, est perplexe.
Au fond de lui, il ne parvient pas à comprendre pourquoi la voici tant tourmentée : « J’ai l’habitude de voir divaguer cette ancienne servante de Sa Majesté Artémis. D’ordinaire elle va cueillir dans les jardins d’Olympe des herbes afin de concocter des mixtures tout en radotant des inepties autour de son chaudron. C’est vrai que le peuple l’a toujours trouvé étrange. Mais c’est la première fois que je la vois elle être ainsi interloquée. »
En Grèce, au royaume de la défunte Hébé, la population profite des premiers rayons de soleil depuis trois jours.
Ce 25 mars 1987, la décrue du fleuve du Nord-Est de l’île ainsi que de la mer au Sud sur le port permet aux villageois de vider leurs demeures des eaux boueuses qui ont tout ravagées.
En deux jours de temps, les choses se sont accélérées dans le monde et ont entraîné des répercussions même jusque Yíaros.
En effet, trop préoccupée par l’aide inconsciente fournie à Alexer, Saori n’a pas deviné l’attaque de Syd contre Aldebaran.
Heureusement, lorsque le God Warrior de Zeta est venue attenter à sa vie au Japon, les Saints de bronze sont venus à sa rescousse couverts de leurs nouvelles Cloths.
En coulisse, la liberté provisoire de Freya octroyée par Thor a permis la fuite de Hyoga venu enquêter sur le royaume d’Asgard.
Les Guerres Saintes, d’abord contre Asgard, puis Poséidon, s’en sont suivies.
Témoin inconscient des périples d’Athéna, la planète a vécu des heures très noires.
Des pluies torrentielles, des montées des eaux et des inondations historiques ont causé de nombreux dégâts et d’innombrables décès et disparitions.
Enfin, depuis près d’une heure, grâce à la victoire d’Athéna, le soleil reprend ses droits, signifiant l’enfermement de l’âme de Poséidon et l’achèvement de deux Guerres Saintes consécutives.
Sur Yíaros, la forêt de l’Est a totalement été balayée par les eaux, seuls quelques arbres sont encore debout.
A l’Ouest les éleveurs rassemblent le bétail noyé.
Les agriculteurs déplorent la perte des récoltes.
Au large, sur le port, quelques marchands ne peuvent que constater les dégâts. Leurs cabanons ont été enlevés et les pontons arrachés par la mer.
Les prêtres officient quelques cérémonies funèbres pour les quelques habitants qui n’ont pus échapper à la montée des eaux.
Déjà fort entamé ces dernières années, le moral des Hébéïens est davantage emprunté.
Accompagnant les pêcheurs pour déblayer le port, la régente de l’île, Juventas Alcide des Juments de Diomède pleure sous son masque.
Eprouvée par la charge mentale qui s’accumule ces derniers moi, elle attend de se trouver seule, à l’écart, pour enfin relâcher dans quelques sanglots son désarroi.
Assise sur la plage, Juventas se morfond : « Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement des dieux contre nous ? »
Inopinément, une voix inconnue lui rétorque : « Vous n’avez pas à vous poser cette question. Vous devez accepter le jugement de l’Olympe. »
Instantanément, la femme chevalier se retourne et découvre un homme habillé d’une armure d’un noir clair et brillant, affublée d’ornements célestes.
L’homme, aux longs cheveux azurs coupés en carré plongeant et coiffés d’un diadème, a un regard suffisant.
La jeune femme à la peau mate, grande et mince, demande : « Qui es-tu ? A entendre tes propos tu sembles être un Ange comme celui combattu par mon amie Baucis lorsque nous fûmes confrontés à Hestia ! »
Un sourire en coin, l’Ange n’est autre que l’envoyé d’Héphaïstos qui s’affairait dans son atelier à réparer le char d’Apollon.
_ « A la différence près, que moi, je ne me laisserai pas vaincre par de faibles créatures. Je suis Phygée Ange de l’Olympe. Je suis venu ici prendre votre tête à vous les deux derniers Alcides.
_ Qui t’envoie ? »
Pointant son doigt sur la jeune femme, Phygée l’immobilise aussitôt et brise son masque : « Il suffit ! Quel ton insolent ! Réalises-tu que tu t’adresses à un messager des dieux ? »
La courte robe grenat qui cache son short de la même couleur par-dessous la Cloth beige de Juventas est soulevée par le courant d’air provoqué par l’émanation de cosmos de l’Olympien. Ses cheveux couleur taupe s’hérissent sur sa tête au visage interdit.
Naturellement, sans disserter davantage, l’ennemi tend le poing dans la direction de son adversaire : « Forge of Fire. »
Son bras libère une immense Forge de Feu qui s’abat sur la mère d’Agape.
Le fracas est si violent qu’elle est projetée dans la mer, laissant derrière elle des morceaux de son armure couverts de sang.
Seul, convaincu de sa victoire, Phygée murmure : « Et d’un. Le second est justement arrivé. »
Contre toute attente, n’attendant pas que le second Alcide déchire l’air comme il en a l’habitude pour apparaître par une porte dimensionnelle, Phygée tend le bras dans le vide et semble creuser un passage d’où il extirpe le difforme ¼dipe.
Dans le même élan, l’ayant empoigné à la gorge, il l’encastre violemment dans le sable.
Le geste est si puissant qu’il crée une brèche qui s’ouvre jusqu’à la mer. La faille permet à l’eau de s’engouffrer dedans et emporte ¼dipe dans les abysses.
Ahurissant de force, le guerrier céleste tourne les talons en lâchant : « Et de deux. Je vais maintenant me rendre à Blue Graad achever ce qu’Idaios n’a pas su faire. »
Venue d’outre-tombe, la voix féminine de Juventas le rappelle : « Tu ne crois pas aller trop vite en besogne ? »
Ressortie de l’eau, ayant récupéré ¼dipe qu’elle garde sous son bras, Juventas apparaît plus déterminée que jamais : « Il n’est pas question de s’avouer vaincus contre les responsables de la mort de sa Majesté Hébé. »
Dépourvu depuis la naissance de ses cinq sens, ¼dipe confirme par télépathie : « Hors de question de ne pas venger Baucis et tous nos amis. »
Faisant volte-face, Phygée confesse : « Je comprends maintenant pourquoi Idaios et les autres ont eu tant de mal que ça à vous vaincre. Vous faites preuve d’une volonté incroyable. Ça n’en sera que plus glorifiant envers mes dieux que de la briser. »
Anatomiquement mal constitué, ¼dipe marche lentement en traînant les pattes tel un animal abattu. Le Bolivien, qui paradoxalement dispose de la plus belle Cloth parmi les Alcides, bave devant son adversaire. Sa télépathie lui permet de rétorquer : « Ce ne sera pas aussi facile que tu le penses de briser l’homme voué à l’obscurité dès sa conception que je suis. Affronte donc mon Fracas Mystique ! Mystic Smash ! »
Droit, Phygée reste inflexible.
Quand d’ordinaire les adversaires de l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale se tordent de douleur alors que leurs organes implosent à l’intérieur de leurs corps, ici l’Ange se contente de sourire.
La seule à réagir est Juventas.
La jeune femme se plie subitement, ne comprenant pas ce qui lui arrive.
Ses contorsions s’achèvent lorsqu’elle passe ses mains dans le bas de son dos.
_ « On dirait que ton Fracas Mystique vient de lui détruire un rein. Il paraît qu’on peut vivre avec un seul. Dans ce cas je vais me charger de lui arracher le second si tu le permets.
_ Incroyable ! Il peut voir mes déplacements dans l’espace et retourner mes arcanes sans fournir le moindre effort, déplore ¼dipe. »
Seulement, l’immonde personnage refuse de livrer ainsi son amie à l’Ange qui approche pour l’achever.
Faisant barrage avec son corps, il espère annihiler l’assaut de l’Olympien.
_ « Forge of Fire.
_ Psycho Crusher ! »
La géante Forge de Feu se retrouve immobilisée dans un cube de cosmos qui rétrécit sur lui-même, condamnant l’émanation cosmique rivale à s’amoindrir puis disparaître.
Seulement, alors qu’il ne reste du cube plus qu’un minuscule dé, voué à être dissout par le cosmos d’¼dipe, celui-ci fonce contre toute attente sur l’Alcide.
Il brise sa barrière de cosmos juste avant de le frapper.
¼dipe est balayé de plein fouet et repoussé en arrière.
Seule face à l’Ange, Juventas réussit à se remettre sur pied et à accroître sa cosmo énergie.
Déterminée, elle réussit à ralentir l’approche de son opposant.
Son aura dorée dessine dans son dos les Juments de Diomède.
Lorsqu’elle abat ses mains en direction de son adversaire, celles-ci partent dans sa direction à la vitesse de la lumière : « Funereal Trampling ! »
Devenues faisceaux de lumière, les juments quadrillent la zone et rossent sur toute sa surface l’Ange.
Projeté dans les airs, il se réceptionne sur ses jambes fléchies.
La Glory rayée, partiellement entamée, il adresse à Juventas un regard admiratif.
A son tour, il déploie ses forces et libère une Forge de Feu encore plus grande que les précédentes : « Forge of Fire. »
Juventas, revigorée par l’inversement des rôles, réitère : « Funereal Trampling ! »
Cependant, la concentration de l’Ange permet à son instrument de feu de briser les traits lumineux laissés par les juments de Juventas.
Seulement, l’Alcide refuse de renoncer. Elle recroqueville ses bras en les passant devant sa tête pour encaisser l’attaque.
La masse incandescente lui arrache l’armure.
Effritant la Cloth morceau après morceau, l’arcane lui craquelle ensuite la peau.
La Forge de Feu laisse Juventas tenir debout, figée, la Cloth ne tenant sur elle qu’en quelques mosaïques par-dessus ses vêtements déchirés.
Pensant n’avoir plus qu’à l’achever, Phygée progresse vers son adversaire immobile.
C’est alors que jaillit depuis derrière elle ¼dipe.
Prenant par surprise l’Ange, il apparaît en ouvrant grand sa bouche.
Sa mauvaise dentition se transforme en canines alignées, faîtes de bronze.
Les ailes de sa Cloth s’agitent.
Ses ongles deviennent longs, affûtés et aussi solides que l’acier.
Pendant que semblent résonner des cris d’oiseaux, ses yeux rouges virent au sombre, ses ailes se déploient, ses bras s’écartent et sa mâchoire se déboîte.
L’invocation du septième sens à son paroxysme permet à ¼dipe de réhabiliter temporairement les cinq sens qu’il n’a jamais eus. Un son strident provenant de sa gorge criaille : « Armageddon ! »
Stupéfait, Phygée ne réagit pas.
La vitesse d’¼dipe surpasse celle de la lumière pour égaler celle des guerriers Olympiens.
Le chevalier céleste est frappé en plein buste, faisant voler le haut de sa Glory et son diadème en morceau.
Il retombe cette fois-ci au sol, tête la première, le visage couvert d’égratignures…
Pendant ce temps, à l’extrême Nord de l’Europe, dans le domaine gelé d’Asgard, le médecin de la cour se hâte dans les plaines reculées de la citée du Walhalla : « Le temps est doux aujourd’hui. Sans doute un répit après la tentative de conquête avortée de Poséidon. Mais cela ne durera pas éternellement, je dois me presser si je veux avoir le temps de soigner ce rescapé avant de me rendre au palais. »
L’homme, de haute stature comme la plupart de ses concitoyens, porte un châle marron par-dessus son long gilet gris.
Il lève sous les bras deux bûches épaisses tandis qu’un sac en bandoulière tapote contre ses reins au rythme effréné de ses grands pas.
Il progresse, neige aux genoux, jusqu’à ce qui semble avoir été une immense propriété depuis laquelle sort par la cheminée une diffuse fumée blanche.
Le blason couvert de givre sur le mur d’enceinte effondré par endroit est annonciateur de la noblesse d’antan des propriétaires. Il représente un tigre à dents de sabre.
Composée, à première vue, de plusieurs ailes, seul le bâtiment central tient encore péniblement debout.
Les vitraux des grandes fenêtres des niveaux supérieurs sont tous éventrés.
Le vent s’y engouffre dans un sifflement strident tandis que la neige recouvre les sols et fait gondoler le parquet réchauffé par le feu du dessous.
Sans frapper, Andreas entre à l’intérieur et se précipite balancer le bois dans le timide feu qui crépite dans l’âtre de la cheminée.
Très vite, les flammèches lèchent les rondins et ravivent la lumière dans cette modeste demeure.
Immédiatement, la lueur permet de comprendre qu’elle a été abandonnée durant de longues années.
Le mobilier est vétuste, son bois pourri et imprégné de poussière.
Seulement, le docteur a bien deviné l’importance qu’à ce lieu pour le rescapé étendu sur une vieille couche dans des draps crasseux.
_ « Bud… J’ai ramené de l’onguent et quelques décoctions de mon atelier au Walhalla. Avec ça, tu devrais vite cicatriser avant que les vitamines ne te redonnent ensuite la force de marcher. »
A peine conscient, l’Ombre de Zeta secoue la tête comme pour essayer de lutter alors qu’il est à bout de force : « Andreas… Andreas... Syd… Cette maison… »
Lui serrant la main pour tenter de le rassurer, Andreas lui susurre : « Oui… Je t’ai conduit dans cette maison où vos parents vous ont fait naître en secret, comme tu me l’as demandé quand j’ai retrouvé vos corps après la bataille. Néanmoins, je n’ai rien pu faire pour Syd. Il était déjà mort. Il n’y a que toi, véritable force de la nature, qui s’est accroché à la vie. Les obsèques des God Warriors tombés au combat il y a deux jours ont lieu aujourd’hui au Walhalla. J’y ai rendu le corps de ton frère à vos parents et à sa promise. Je sais qu’il te tenait à c½ur de lui rendre toi-même hommage, mais tu n’es pas en état de le faire. La Princesse de Polaris saura célébrer sa mémoire avec honneur. Toi, tu dois reprendre des forces. »
Ayant lutté pour entendre ces quelques mots, Bud retombe dans un profond sommeil.
Toutefois, Andreas n’est pas soucieux.
En effet, il prend le pouls du Guerrier Divin et admire dans le fond de la pièce les God Robs de Zeta et de l’ombre de celle-ci. Sous formes totémiques, alors qu’elles portent encore les stigmates des combats contre les Saints de bronze, elles resplendissent et paraissent contribuer au maintien en vie du rescapé.
Pendant ce temps, quelque part sur le bord d’une plage désaffectée de la Méditerranée, loin de la présence de toute civilisation, seul le mouvement des vagues extirpe de sa léthargie un homme aux cheveux bleu foncé.
Déposé par le reflux de la mer, sa tunique marine porte encore les marques de son combat sous les mers malgré la Scale qu’il portait à ce moment.
Le visage enfoncé dans le sable humide, les muscles endoloris, ses sens reviennent peu à peu.
Kanon retrouve d’abord cette sensation salée qui provient de l’eau de mer qu’il a dû ingurgiter en grande quantité lorsqu’il a été rappelé à la surface.
_ « Mais pourquoi ? Pourquoi moi, s’interroge-t-il avec une soudaine culpabilité ? »
Très vite, la réponse lui apparaît comme une évidence.
En se redressant, entre lui et l’eau, planté dans le sable, le sceptre d’Athéna brille grâce à l’éclat du soleil.
Tremblant, tenant difficilement sur ses jambes, il remarque avec une étrange passivité un corps partiellement immergé par les flots.
A bout de force, cette silhouette, encore consciente, lutte du peu de force qu’il lui reste pour garder sa tête à la chevelure pomme hors de l’onde pour éviter toute noyade.
Grâce à une nage désordonnée, guidée par l’instinct de survie, Shaina parvient à toucher pieds du bout de ses escarpins.
Rassurée bien qu’à bout, elle laisse le choc des houles la ramener sur les gravillons d’où l’observe penaud l’ancien Dragon des Mers.
Seulement, l’étrange impression du Grec ne le quitte pas.
Le reflet du soleil sur le sceptre ne l’aveugle pas autant que cette boule lumineuse qui trône au-dessus de l’eau à quelques brasses de là.
Spontanément, il commence à s’enfoncer dans la mer pour découvrir de lui-même quel est cet étrange phénomène.
Baigné jusqu’à la taille, il reconnaît enfin les formes en totem de trois armures qu’il identifie très vite : « Les armures d’or du Sagittaire, du Verseau et de la Balance… Pourquoi résonnent-elles à l’unisson ? »
Les lames, violentes en raison de tous les remous provoqués en profondeur par l’effondrement du sanctuaire sous-marin, lui permettent de distinguer au loin dans la mer une silhouette flottant inanimée sur le ventre.
Les longs cheveux mauves de cette apparence l’inquiètent.
Son sang ne fait qu’un tour. Mais lorsqu’il essaie de s’y précipiter, une secousse violente le frappe en plein dos.
Trop aguerri pour souffrir de réels dommages de cette attaque, Kanon se retourne pour distinguer son adversaire.
Tout juste remise debout, Shaina, amoindrie, appelle en elle ce qui lui reste de cosmo énergie : « Je ne sais pas par quel miracle tu es encore en vie, mais tu dois payer pour tout ce que tu as fait. »
Hautain comme à son habitude, Kanon ferme les yeux en tournant le dos à son adversaire : « Je n’ai pas le temps de t’expliquer. »
L’Italienne n’en démord pas pour autant et envoie à distance les Griffes du Tonnerre : « Thunder Claw ! »
En soufflant, d’un revers nonchalant de la main, il annihile la tentative du Saint d’argent puis plonge en direction des trois Cloths d’or.
Arrivé à leur hauteur, il retourne cette femme à la robe blanche que l’eau rend presque transparente.
Tout en admirant sa beauté, le frère de Saga remarque que la couleur de sa peau n’a rien du teint livide d’un noyé.
En approchant son visage du sien, il entend une respiration légère mais régulière pouvant dissiper les derniers doutes qui l’habitent.
Alors, en puisant dans ce qu’il lui reste, la maintenant par la mâchoire pour lui sortir la tête de l’eau, Kanon nage jusqu’au bord de plage.
Il sauve Saori, aidé par le cosmos des armures d’or.
Affaissée sur son postérieur, à bout de force, Shaina est abasourdie en voyant Kanon jaillir de l’eau avec sa déesse dans les bras, inconsciente, dégoulinante d’eau de mer, les cheveux mouillés et entremêlés, telle une sirène.
Elle se traîne péniblement jusqu’à Kanon qui prend soin de déposer délicatement la vénusté sur le sable sec avant de se laisser tomber sur le dos.
Shaina ne sait que dire.
Sa première pensée est prononcée tout haut : « Athéna. Athéna ?! »
Instantanément, les yeux de la Déesse de la Sagesse s’ouvrent.
Les armures d’or filent comme des étoiles jusqu’au Sanctuaire et Kanon sourit niaisement, rassuré et libéré.
D’une sérénité déconcertante, sans même faire le tour d’elle-même, la responsable de la Fondation Graad murmure : « Shaina. Kanon. Kiki… »
Surpris, Kanon et Shaina remarquent à quelques mètres au bout de la plage le petit garçon se relever en tapotant sur ses vêtements pour détacher le sable collé dessus.
Ses petits yeux malicieux et son sourire chenapan fixent déjà avec passion Sa Majesté.
La gorge enrouée, trop faible pour se téléporter jusqu’à elle, il essaie d’exulter : « Athéna ! »
En fixant le petit garçon venir jusqu’à eux, Shaina demande avec un certain soulagement : « Est-ce fini ? »
Athéna confirme : « Oui. C’est terminé. L’âme de Poséidon sommeille dans les profondeurs des océans. »
Coupable, Kanon fixe le sable.
_ « Et… Le peuple du sanctuaire sous-marin, s’inquiète-t-il inopinément ?
_ Il est sauf. Poséidon n’est pas mort. Si ses temples ont été envahis par les eaux, son cosmos est parvenu à maintenir le niveau des océans au-dessus de quelques rassemblements de ses fidèles. Le mythe de Poséidon ne s’est pas effondré avec lui. »
Alors que cette phrase aurait dû laisser présager un sursaut d’orgueil pour l’ennemi d’Athéna qu’il était, Kanon parait seulement soulagé : « Des innocents qui n’auraient pas mérités la mort. Il y en a déjà eu tant d’autres. Par ma faute. »
Comme interdite, Shaina détaille plus précisément son ancien ennemi : « D’autres victimes ? Tu n’es pas un simple Marina ? Mais, dans ce cas, tu serais… Oui, cette démarche, ça ne peut-être que toi… »
Partagé entre fierté et douleur, Kanon confirme : « Oui, je suis Kanon du Dragon des Mers. Frère jumeau de Saga Saint d’or des Gémeaux et usurpateur au trône de Pope. Je suis celui qui a influencé le mal dans l’esprit de Saga. S’il a causé tant de désolation, c’est parce que je l’y ai poussé à une certaine époque. Il alla même jusqu’à défier la femme que nous aimions, Ambroisie d’Yíaros, la Déesse Hébé. »
Convaincue, Athéna se relève en empoignant son sceptre : « Si Saga a choisi la voix du mal, c’est parce qu’il s’en était lui-même convaincu. L’homme par nature a toujours été tenté. C’est de lui-même qu’il a su surmonter ses tentations pour faire le bien… »
Ces quelques mots ramènent Saori et Kanon quelques heures en arrière…
Flashback
Le fracas de l’eau sur les roches arrachait les piliers des temples et engloutissait le palais de Poséidon.
Quelques soldats de l’armée sous-marine essayaient de fuir, en vain, rattrapés par les vagues immenses.
Impuissant, son visage, absorbé par la désolation qu’il avait causée, avait fait disparaître chez Kanon la déception de l’échec de son complot contre les dieux.
Il entendait depuis son pilier effondré de l’Atlantique Nord les appels au secours de ses hommes que les flots avalaient à une vitesse folle.
De seconde en seconde, le niveau de la mer grimpait et lui prenait déjà la Scale à hauteur de la taille.
_ « C’est moi qui ai libéré Poséidon. Autrement dit, il est normal que ce soit moi qui reçois la colère des dieux, pensait-il en sentant l’onde glacée monter rapidement. »
Plus loin, cinq lumières s’envolaient vers le plafond d’eau qui s’écroulait peu à peu.
Puis deux autres les suivirent.
_ « Les Saints de bronze… et leurs deux alliés, le Saint d’argent et le petit apprenti de Mû, fort courageux, constatait-il mélancolique… »
Puis, comme pour libérer son âme, il confessa à voix haute : « Il y a treize ans, lorsqu’elle m’a sauvé, j’aurai dû faire comme ces Saints. Croire en Athéna. Le rayonnement de son cosmos les a guidés à la victoire. J’ai vu l’amour suprême qu’elle leur rendait en retour de leur dévotion. L’immense bonté qui émanait de sa personne lorsqu’elle retenait les eaux dans le Main Blade Winner a lavé trop tard mon c½ur empoisonné par le mal. Si je me réincarne un jour, j’espère que je serai auprès d’Athéna pour faire le bien. »
Il ferma aussitôt ses yeux pour retenir les larmes de sa culpabilité et lorsqu’il les ouvrit, alerté par le son d’une immense déferlante synonyme de mort pour lui, il put reconnaître, devançant la vague, celle qu’il combattait encore quelques minutes auparavant.
_ « Athéna ?! Il vous faut partir, vous mourrez si vous restez ici ! Vous devriez être loin, avec vos Saints à l’heure qu’il est !
_ Tous mes Saints ne sont pas encore rentrés sur Terre. J’ai entendu ta détresse Kanon. Un Saint est encore prisonnier des eaux. »
La honte fût désormais trop lourde à porter.
Il se laissa submerger par l’émotion.
_ « Athéna… Tout est ma faute… Je ne suis qu’un idiot… Je vous en prie, rentrez sur Terre et pardonnez-moi.
_ Oui Kanon, il est l’heure de partir. C’est le moment de renaître, comme tu l’as demandé. »
Lorsqu’il eut assez de courage pour la regarder droit dans les yeux, comprenant qu’elle l’absolvait, Kanon ne se trouvait plus qu’en compagnie du sceptre de la bienveillante déité. Celui-ci l’enveloppait d’une aura qui lui fit perdre sa Scale et lui permettait de remonter à la surface en le protégeant de la pression de l’eau.
Il jeta un dernier coup d’½il coupable vers la citée qu’il avait condamné et, catastrophé, remarqua Athéna, toujours sur place, bientôt écrasé par le mur d’eau qui lui était destiné.
Alors qu’il perdait connaissance, perdant le peu d’air qui lui restait dans les poumons, il se jurait de se battre jusqu’à la mort pour Athéna et la justice dorénavant…
Flashback
Kanon comprend aussitôt : « Vous…Vous êtes partie seulement une fois que vous vous êtes assurée que le peuple de Poséidon était à l’abri des eaux ?! »
Elle confirme d’un hochement de tête.
Puis, reprend le but de son échange : « Dorénavant, je sais que ton âme est purifiée par ta dévotion et ton v½u de m’épauler Kanon. Si les armures d’or sont reparties au Sanctuaire, c’est qu’elles ont pleinement confiance en toi et te confient ma garde en tant que Kanon des Gémeaux. »
Arrivant sur les genoux, brisant l’émotion partagée entre le Saint d’or fraîchement reconnu et sa Déesse de la Guerre, Kiki est surtout tracassé par toute autre chose : « Et Seiya ? Shiryu ? Hyoga ? Shun ? Et Ikki ? Est-ce qu’ils vont bien ? »
Immédiatement, Shaina sent un frisson parcourir tout son corps, remontant jusqu’à sa nuque, inquiète du sort du Saint de Pégase.
Heureusement, le visage d’Athéna rayonne : « Ils vont bien. Au moment de l’effondrement du monde aquatique, je les ai renvoyés chez eux, au Japon. La guerre est finie pour eux. »
Rassurée, Shaina passe sa main sur son c½ur comme pour le soulager.
Kanon, lui, se contente d’un sourire discret alors que Kiki rassemble son cosmos entre ses mains : « Ça ne sera pas facile, je suis épuisé, mais je devrais pouvoir nous renvoyer au moins jusqu’aux remparts du Sanctuaire. »
Avenante, Saori pose sa main sur l’épaule du Muvien : « N’ais crainte. J’ai repris des forces depuis mon réveil. Et hormis moi, personne ne peut nous téléporter directement au sein de mon temple. C’est pourtant là où nous serons le mieux je pense. »
D’un sourire malicieux, Kiki approuve cette décision.
Juste avant que les quatre enveloppes charnelles ne quittent la plage, la divinité réclame : « A notre retour, Kanon veillera à mes côtés. Je n’ai pas besoin qu’on vienne lui demander de rendre des comptes. Shaina, Kiki, je compte sur votre discrétion. »
Au royaume d’Asgard, permettant de déboucher sur le Walhalla et situé après la Forêt d’Améthyste, le Temple de Hel, qui a vu combattre Syd et Shun, est emprunté par de nombreux villageois.
Ceux-ci se rassemblent en direction du palais pour rendre un dernier hommage aux héros de la nation.
Sur le parvis, Andreas tape ses pieds afin d’y faire tomber la neige restée accrochée à ses bottes.
_ « Il faut croire que c’est un geste coutumier ici, lui déclare une voix douce. »
En regardant à gauche puis à droite, le médecin identifie ses semblables exécuter le même réflexe avant de s’enfoncer dans le temple.
Toutefois, s’il reconnaît l’accent étranger propre à ceux vivant plus à l’Est dans des contrées moins périlleuses, la Russie, il n’arrive pas à mettre un nom sur ce visage féminin inconnu qui vient de lui adresser la parole.
La jeune femme a de longs cheveux châtains qui tombent en quelques mèches sur sa généreuse poitrine à peine couverte par sa robe violette sans bretelle.
Malgré le froid ambiant, son manteau de fourrure resté ouvert semble n’être qu’un simulacre tant elle ne semble pas souffrir des températures négatives.
Des petits rubans violets se mêlent derrière sa tête à ses cheveux et font ressortir le maquillage qui habille ses lèvres pulpeuses. Un petit c½ur rose tatoué sur sa pommette gauche s’accorde à merveille avec ses yeux topaze enjolivés par de fins sourcils.
_ « Définitivement, elle n’est pas d’ici, en déduit-il. »
Néanmoins, l’intruse ne parait pas perdue, au contraire. Son guide, aux longs cheveux argentés coiffés d’une frange et dans l’accoutrement traditionnel des soldats du royaume, lui indique d’un geste du bras la direction à suivre : « Par ici Ksénia ! »
Andreas ne parvient pas à masquer sa surprise : « Balder de Hraesvelgr ! Dit Balder le solitaire ! Quelle surprise de te voir participer à une telle cérémonie ! Et accompagné qui plus est ! »
Le susnommé a le regard vide, empli de dédain : « Quoi de plus normal que je me recueille sur la tombe de courageux God Warriors ? Odin les a choisis comme il m’a choisi lorsque j’étais enfant agonisant. Il m’a fait don de son immortalité et je sais que tôt ou tard il me donnera l’occasion d’exercer ce pouvoir. Après tout, seuls les God Warriors de la Grande Ours ont été appelés. Il reste encore sept God Warriors à réveiller. En venant honorer la mémoire de mes frères d’armes, je veux qu’Odin entende mes prières. Qu’il sache que je lui suis reconnaissant et que je reste dans l’attente de pouvoir lui rendre sa confiance sur le champ de bataille. »
Devinant que Ksénia cache quelque chose, Andreas demande : « Beaucoup de gens sont morts en raison d’une guerre que la Princesse de Polaris n’a pas commandé. Balder, comment peut-on souhaiter repartir de sitôt à la bataille ? Et vous Mademoiselle, que pensez-vous de tout ceci ? Depuis combien de temps êtes-vous présente dans notre contrée ? »
Balder fronce les sourcils mais Ksénia lui grille la politesse : « Je pense que le dieu Odin n’a pas été rappelé sur ce monde pour rien. D’autres forces sont à l’action partout dans le monde. Odin doit avoir son mot à dire. »
Elle lui tourne le dos et traîne Balder par la main.
_ « Et vous ? Qui êtes-vous ? Depuis quand êtes-vous parmi nous, espère la retenir Andreas. »
Pour seule réponse, il sent une légère résistance tirer sur le bas de son gilet gris.
Un enfant lui adresse un sourire affectueux avant d’être rejoint par ses frères et s½urs, menés par Helena, l’aînée : « Seigneur Andreas ! Je tenais à vous remercier pour les potions gracieusement préparées pour la rage de dents du petit. »
Elle lui tend un maigre bouquet de trois fleurs : « Je sais que c’est peu de chose au regard de votre investissement pour nous autres dans ce royaume. J’aurai aimé vous offrir plus. Mais comme vous le savez le climat n’aide pas à… Seigneur Andreas ? »
Helena tente de le rappeler à lui mais son attention reste fixée vers la Russe, déjà disparue à l’horizon avec Balder…
Au même moment, sur Yíaros, la plage au Sud de l’île vit des minutes intenses.
Remis sur pieds mais franchement affaiblis, l’Ange garde tout de même un avantage considérable sur ses adversaires davantage meurtris.
Contrairement à ses semblables, Phygée fait preuve de respect envers les humains. Et le fil à retordre qu’ils lui donnent le conforte dans cette attitude : « Je réalise maintenant la raison de toute cette attention de l’Olympe envers vous. Bientôt, l’ultime Guerre Sainte, opposant la Terre à l’Olympe, aura lieu. Athéna mènera les hommes. Je refuse de lui laisser des alliés de votre rang. »
Côte à côte, Juventas et ¼dipe rassemblent leurs forces.
_ « Pourquoi vouloir détruire la Terre maintenant, s’enquiert Juventas ?
_ Nous sommes arrivés à un point de non-retour. Les dieux de l’Olympe, ces divinités suprêmes, ne sont plus invoqués par l’Homme. Ces êtres se sont réfugiés dans des croyances qu’ils ont inventées. Pires, certains refusent toute existence divine possible. Cette Terre que nos maîtres ont confiée est détruite chaque jour. Les humains se haïssent eux-mêmes de plus en plus. Tout cela sous l’aval d’Athéna ou Hébé. Même des dieux mineurs tel Odin acceptent cela. Il y a près de deux cents ans par exemple, Hadès a été dupé par un humain du nom d’Alone. Pire, toujours à la même époque, des divinités ont été tuées. Les Dieux des Rêves. L’homme va trop loin et rien de ce que vous pouvez me dire ne me fera reculer.
_ Dans ce cas, avançons vers cet ultime échange, s’impatiente ¼dipe. »
Comme pour approuver la décision d’¼dipe, Phygée augmente l’intensité de sa cosmo énergie.
La chaleur du feu qu’il invoque cristallise tout autour d’eux le sable.
La plage devient un parterre de verre qui se raye sous les pieds bardés d’armure des trois guerriers.
De leur côté, Juventas et ¼dipe ont du mal à lutter contre l’essence cosmique adverse.
Alors qu’ils poussent leurs forces à leur paroxysme, ¼dipe propose un plan.
_ « Il va s’attendre à ce que nous attaquions tous les deux. Je vais donc me présenter seul face à lui pour encaisser la totalité de son arcane. Ainsi tu auras le champ libre.
_ Tu es fou. Poussée à pleine puissance, son attaque te tuera.
_ Je ne dispose d’aucun sens. La douleur ne signifie rien pour moi. C’est le seul moyen de le vaincre. »
Aussitôt sa phrase achevée, ¼dipe s’élance sans même laisser à Juventas la chance de le retenir.
Se sachant condamné, il refuse de longs et poignants adieux.
Trop tardivement, Juventas tend le bras pour désespéramment retenir le malheureux homme qui toute sa vie aura souffert de sa différence.
C’est parce qu’il aura trouvé de la compassion et de l’amour sur Yíaros qu’il donne à cet instant sa vie sans hésiter.
Surpris, Phygée projette son attaque en libérant toute sa volonté : « Forge of Fire ! »
Tel un oiseau sorti de sa cage, ¼dipe étend ses bras.
Il libère toute sa cosmo énergie pour dresser une barrière de cosmos dans laquelle il met toute sa passion.
Son visage atrophié essaie d’esquisser un sourire.
Contre la Forge de Feu, une violente secousse résulte alors.
Le choc des deux murs fait voler en éclat les plaques de verre habillant le sol.
Les morceaux cristallins s’effritent en milliards de particules au contact de leurs corps engagés.
Dessous ce parterre brisé, le sable se soulève ensuite.
Alors, il confond les adversaires dans un nuage de poussière.
Le voile permet à Juventas de traverser à l’affût le champ de bataille.
Phygée distingue à peine le corps à l’armure brisée et aux vêtements arrachés d’¼dipe retomber au sol.
Juventas est donc prête à honorer le sacrifice de son ami.
Hélas, resté aux aguets, Phygée la devine venir.
Il réunit encore son cosmos dans son poing droit : « Je n’allais pas me faire avoir par une ruse aussi évidente. La mort de ton ami aura été in… »
Contre toute attente, l’Ange n’arrive pas à achever sa phrase.
Ses mouvements ralentissent.
Son corps se pétrifie.
Résonnant dans l’atmosphère, la voix d’¼dipe, pourtant étendu sans vie sur le sol, annonce : « Psycho Crusher. »
Stupéfait, le fidèle d’Héphaïstos ne peut rien faire lorsque Juventas décoche à bout portant son arcane : « Funereal Trampling ! »
Voyant sa mort imminente, Phygée réalise : « Je vois, l’Ecraseur Psycho n’était pas seulement une technique de défense mais aussi d’attaque. Le heurt de nos deux arcanes m’a fait croire que j’avais forcé sa défense. Mais en réalité l’onde de choc m’aura intérieurement atteint et affaibli. Trop préoccupé par la ruse de Juventas, je suis resté fixé sur mes appuis et je ne me suis pas rendu compte que mes mouvements étaient entravés. Lorsqu’ils s’unissent, ces humains sont étonnants, astucieux et puissants. Je comprends maintenant la raison de notre acharnement contre eux. Ils ont quelque chose qui… »
Traversé de toute part par le Piétinement Funèbre, Phygée achève sa réflexion en soupirant ses derniers mots : « … nous dépasse. »
Les bras ballants, Juventas attend debout que le cadavre de Phygée retombe au sol avant de se laisser tomber elle aussi…
A Asgard, à l’intérieur du palais royal, la salle de réception est comble.
A l’abri des chutes de neige qui reprennent timidement, éclairés par les nombreuses torches fixées au mur, réchauffés par l’immense cheminée de la gigantesque pièce, les convives n’en demeurent pas moins glaciaux. L’affliction les étreint.
Le sol marbré, foulé par le peuple asgardien au grand complet, ne reflète que les larmes d’une nation.
Aux murs de pierres lisses, sur d’immenses tableaux, sept portraits peints rappellent la jeunesse des héros de la patrie disparus trop tôt.
Soutenue par les siens, qu’ils soient des classes les plus appauvries ou de la haute bourgeoisie, Hilda achève son discours à l’honneur de ses Guerriers Divins.
Bien qu’ils soient d’ordinaire affamés, les villageois gouttent avec parcimonie le festin laissé à leur guise.
Le banquet est bien triste.
Freya compte sur le soutien de Frodi et de Lyfia après la perte d’Hagen.
Helena et les enfants prient devant le portrait de Thor afin de le remercier pour tous les efforts accomplis au profit des plus démunis.
Héraclès et d’autres soldats vantent à la famille de Mizar à quel point Syd était un guerrier valeureux.
Fafner en fait tout autant auprès des de Megrez en évoquant à quel point Alberich l’inspire.
Mime et Fenrir ne sont pas laissés pour compte tant ces God Warriors et leurs rancoeurs peuvent être compris de Surt qui conte à ses hommes leurs faits d’armes le jour où un étranger, Rhadamanthe, a posé le pied à Asgard avant de vouloir lâchement s’enfuir.
Descendue de l’estrade, la Princesse de Polaris est accueillie par la famille de Dubhe, orpheline de Siegfried, seul God Warrior dont le corps n’a pu être mis en terre, n’ayant qu’une seule pierre tombale fixée dans la neige au contraire des sépultures plus ornementales de ses camarades.
Inconsolable, la Prêtresse d’Odin essaie de masquer les apparences en rendant aux familles des défunts un semblant de dignité.
_ « Je ferai construire une chapelle en la mémoire de Siegfried, assure-t-elle. »
Elle n’ose pas poser ses yeux sur Sigmund qui refuse lui aussi regarder vers sa direction.
Désormais balafré, le frère aîné de Siegfried lui tourne même le dos, préférant quitter la pièce.
Au détour du couloir, il croise Andreas qui le retient par le poignet.
_ « C’est dur également pour la Princesse Hilda vous savez.
_ Sire Andreas… Je… Je le sais… J’ai bien conscience qu’une force supérieure la dominait… Malgré tout, je n’arrive pas à trouver la force de lui pardonner.
_ Il le faudra bien un jour. N’oublie pas que cette bataille nous a prouvé que chaque Asgardien peut à tout moment être appelé à son devoir et que ce sera bien la Prêtresse d’Odin qui guidera les hommes au front.
_ J’en prends acte. Seulement, pardonnez mes propos Sire Andreas, mais il serait tellement plus juste qu’un homme sage comme vous puissiez guider les God Warriors plutôt que cette Prêtresse qui aura été trop faible pour lutter contre une force ennemie qui la rongeait de l’intérieur.
_ Le fait que je t’ai porté assistance dans les cachots ne doit pas influencer ton jugement.
_ Vous n’avez pas fait que ça. Vous m’avez soigné et accompagné dans mon deuil. Et ça, je vous en serai éternellement reconnaissant. »
D’une tape amicale sur l’épaule, il laisse Sigmund disposer.
En relevant ses yeux revigorés par de tels compliments, il les dirige vers le centre de la salle de réception où brille de son bleu saphir la God Rob d’Odin.
Disposée là pour rappeler au peuple la toute puissance de leur dieu et le réveil de celui-ci, elle apaise la crainte du peuple face à l’avenir incertain et les menaces divines qui planent sur Terre.
Son regard croise celui de Balder, à l’opposé de la pièce et tout aussi admiratif que lui de l’armure.
Andreas ne peut maquiller un petit sourire niais, charmé qu’il est par le dévouement de Balder même si celui-ci parait trop pressé et son histoire d’immortalité octroyée par Odin, en sommeil jusqu’à la présente Guerre Sainte, inquiétants.
C’est alors qu’il constate que sa partenaire Russe ne l’accompagne plus.
En balayant la tête de droite à gauche, puis de gauche à droite pour la chercher, il distingue la dénommée Ksénia seule, à l’autre bout du couloir, dans la direction opposée à celle empruntée plus tôt par Sigmund.
Elle est prête à descendre dans les cryptes du palais : « Qu’est-ce qu’une étrangère pourrait bien avoir à faire là-bas… »
Là, il constate qu’elle le fixe avec insistance et qu’elle a les yeux posés sur lui depuis bien avant qu’il ne la cherche : « … Mais… On dirait qu’elle m’attend… »
Seulement après s’être assurée qu’il a compris, elle s’enfonce sans la moindre torche dans l’escalier glacial à l’obscurité insondable.
Andreas se précipite à sa poursuite : « D’ordinaire, l’entrée de ce lieu est hautement gardée… »
Il arrive devant d’épaisses portes en acier encore marquées à leurs jointures par des couches de glaces qui viennent d’être rompues.
Là, il cherche d’un coup d’½il en direction du bout du couloir d’où il vient le moindre allié qui pourrait déclencher l’alerte : « Personne… Ils sont tous dans la salle de réception, préoccupés par la cérémonie… »
Il approche tout doucement sa tête à l’encadrement de porte fraîchement descellée : « La glace a été tranchée nette… Comme découpée au laser… Quel puissant cosmos peut être capable de ça ? »
A ses pieds, étendus sur le dos, renversés sur les premières marches à prendre, trois gardes ont rendu la vie.
Sans véritable espoir, mais par pur réflexe, Andreas prend leur pouls : « Leurs corps ne sont pas marqué. Comme si une simple pression de cosmos avait suffi à interrompre instantanément les battements de leurs c½urs. »
Une dernière fois, il espère trouver du soutien lorsqu’il recule la tête en direction du couloir.
Mais toujours personne.
La salle de réception est loin. Tandis qu’il entend encore les escarpins de l’intruse sur les marches, à peine plus bas.
_ « Serait-ce elle qui est à l’origine d’une telle démonstration de force ? Que peut-elle bien espérer trouver en bas ? On dit que cela fait plus de dix ans et les obsèques du patriarche de Polaris que le froid a condamné ce lieu ! »
Ni une ni deux, il choisit de la suivre.
Il enjambe les trois corps encore chauds, manquant de glisser sur les marches étroites et verglacées.
Fin de la partie 1
Partie 2 dans le post ci-dessous
Partie 2. Suite et fin du chapitre
L’endroit est sombre.
Encaissé.
Gelé.
Si enfoui sous cette terre de glace que la taille dans la roche n’est plus visible sous les épaisses couches de givre.
La descente parait interminable pour Andreas qui distingue de moins en moins les derniers rayons du jour qui s’infiltrent des grands vitraux du palais jusqu’au début des marches, avant de laisser les ténèbres régner.
Le froid masque l’odeur de renfermé. Heureusement, sinon elle incommoderait davantage Andreas une fois le pied posé sur le parterre dallé de grands carreaux de ciment.
Le gel reflète quelques torches que des gardes tiennent un peu partout dans la vaste pièce.
_ « Ces cryptes semblent s’étendre sous toute la surface du palais. Depuis mon enfance, j’entends de ce lieu qu’il regorge de vieilles tombes de représentants d’Odin d’antan ainsi que d’anciens artefacts vidés du cosmos qu’Odin leur insuffla jadis, songe Andreas. »
Il fait le tour de lui-même, surpris de voir, autour de caveaux et autres présentoirs, autant de soldats en garde ici et là.
Ils sont inflexibles, immobiles, rudement bardés de leurs protections.
_ « Comment est-ce possible que depuis une dizaine d’année ces guerriers ont pu rester postés ainsi ? A moins que… »
Une idée le faisant frémir parcourt tout son être.
Il se précipite jusqu’au guerrier le plus proche.
Celui-ci a le visage tatoué de symboles pourpres.
_ « … A moins qu’ils ne soient morts… Et revenus à la vie… Des Einherjar ! »
Il vivote d’un monument à l’autre pour étudier sous la lueur de leurs torches les morts vivants.
_ « Odin ferait garder ce tombeau par des Einherjar ? »
Seulement, au beau milieu de cet immobilisme malsain, le silence est rompu depuis son arrivée par les claquements lents des talons aiguilles de l’étrangère.
Ils poursuivent leur chemin sur un rythme continu. Ne marquant ni pause, ni hésitation.
Ils ne laissent pas à Andreas suffisamment de temps pour s’interroger davantage.
Il part à sa recherche en slalomant entre les colonnes de pierre qui soutiennent l’édifice.
Durant son parcours, pas un Einherjar ne réagit à sa présence.
Tandis qu’il se rapproche de Ksénia, les idées se mélangent, semant la confusion dans son esprit : « Si Odin s’est constitué une armée d’Einherjar ces dernières années, alors c’est qu’il est réveillé depuis tout ce temps. Ça n’a aucun sens. Il a fallu le rappel de sa God Rob pour réanimer son esprit à travers elle. »
C’est alors que l’ambiance lugubre prend une effervescence colorée.
Une lueur violacée, semblable à celle qui maquille les Einherjar sur leurs visages et parfois leurs corps, tamise la direction où les pas de Ksénia cessent de résonner.
Immédiatement, Andreas ne pense plus.
Sa cadence ralentit.
L’éclat mauve brille dans ses yeux.
Plus il s’en approche, plus le rythme de ses pas diminue.
Plus il en prêt, plus l’illumination devient intense.
Il est désormais arrivé à l’autre bout du palais.
Sur le mur du fond du souterrain, une stèle en brique est gravée à l’effigie d’un dieu ancien et craint : « Loki, souffle à peine Andreas ! »
La stèle soutien une urne d’où émane la lumière.
En y regardant de plus près, le médecin comprend que ça n’est en rien une illumination mais plutôt une aura : « Un cosmos… Mais il irradie d’une phosphorescence opaque… Etouffante… Et sur cette urne… »
Il plisse un peu plus les yeux sur le vase précieux pour reconnaître une bandelette de papier arrachée : « Un sceau… Un sceau frappé d’une rune… Malgré qu’il ait été arraché… On peut reconnaître à sa première lettre le sceau d’Odin… Mais alors... »
Sortant de derrière un pilier où elle s’était cachée, Ksénia se montre enfin.
Ne souffrant pas du froid malgré sa tenue affriolante, la Russe dévoile de son doux accent slave : « En effet, ici était emprisonné pour la nuit des temps Loki. »
Andreas remarque trop tard que l’effluve cosmique qui imprègne la salle entrave ses mouvements.
_ « Etait ?
_ Oui. Il y a des millénaires, lors de la bataille qui a permis à Odin de sommeiller jusqu’alors, il a triomphé de Loki. Il l’a privé de réincarnation en l’emprisonnant de toutes ses forces ici. Cet immense caveau où reposent les ancêtres de Polaris et leurs plus fidèles guerriers était le lieu parfait pour y abriter le sceau d’Odin.
_ Si Loki ne peut plus se réincarner, alors comment peut-il s’être échappé ?! Si Odin y a mis tout son cosmos alors seul un dieu a pu… Et pas n’importe quel dieu…
_ Tu as deviné. Seule la force des dieux qui gouvernent l’ensemble des panthéons a pu briser cette entrave. Lorsque Athéna s’est réincarnée sur Terre et que mon maître s’est préparé à lutter contre elle, nous étions loin de nous douter que nous pourrions utiliser les desseins d’un humain pour manipuler Poséidon et à fortiori les représentants d’Asgard. A la recherche de dieux mineurs pouvant arranger nos affaires en affaiblissant Athéna et en la conduisant à la faute, mon maître a profité des obsèques du père d’Hilda et que la prison de glace dans laquelle est condamnée Loki soit rouverte pour m’y envoyer. Jeune fille à l’époque, d’apparence innocente, je n’ai éveillé aucun soupçon au milieu de la foule immense réunie. Porteuse d’un sceau de la force solaire qu’il a confectionné pour l’occasion, j’ai profité d’être à l’abri des regards pour que la force d’Apollon annihile celle d’Odin.
_ Alors, Loki attend son retour, en secret, depuis qu’Hilda gouverne et que les portes se sont refermées après qu’a été déposée ici la dépouille de son père… L’immortalité que Baldr croit avoir obtenu d’Odin, elle ne vient de nul autre que de Loki n’est-ce pas ?!
_ En trompant Baldr, Loki nous a convaincu qu’il serait utile aux desseins de l’Olympe. Il ne nous manquait plus qu’une personne influente à Asgard qui n’éveillerait aucun soupçon pour que Loki puisse s’y incarner.
_ S’y incarner ?
_ Oui. Si Odin a brisé le cycle de réincarnation de Loki, celui-ci n’en reste pas moins un dieu. Il lui suffit de choisir un hôte. Et je crois qu’il a fait son choix. Depuis les millénaires qu’il attend… »
En effet, alors qu’il converse avec Ksénia, le corps d’Andreas se dirige irrémédiablement jusqu’à l’urne.
Son regard, absorbé, témoigne de l’envoûtement de Loki.
En aucun cas Andreas ne peut et ne veut lutter contre cette tentation.
_ « Sa libération puis notre absence il y a une dizaine d’années a dû exacerber sa volonté de prendre le contrôle d’Asgard. »
A ce stade, Andreas n’écoute déjà plus Ksénia.
Il est posté face à l’urne, les bras ballants.
Sa conscience est vidée de toute détermination à lutter.
Ses pupilles se dilatent.
Le cosmos sinistre finit d’émaner sous ses yeux.
L’urne est désormais vidée.
L’atmosphère lugubre est si lourde qu’il ferme ses paupières comme si elle lui pique les yeux.
Il hume à pleins poumons l’air piquant du froid asgardien.
A l’oxygène qu’il aspire se mêle la luisance violacée qui éclairait jusqu’alors l’espace.
Il la respire d’une longue et interminable traite comme s’il reprenait en lui tout le cosmos que Loki a libéré sur plus d’une décennie dans les catacombes d’Asgard.
Il rouvre alors les yeux.
Ses iris brillent désormais d’un rouge vif.
Il n’est plus question de phosphorescence mais bien d’une aura, un cosmos, qui émane maintenant de lui.
Il n’est plus Andreas. Il est Loki.
Aussitôt, la lueur cosmique baisse et c’est la lueur des torches des Einherjar qui prend le relais.
Immédiatement, les morts vivants plient le genou à terre pour reconnaître celui qui les a ramenés à Asgard.
Satisfait, inquiétant dans cette pénombre nouvelle, il reprend sa conversation avec Ksénia.
_ « En effet. Cela m’a paru interminable.
_ Les événements chez Poséidon ont relégué votre réveil au second plan.
_ Je suis une issue de secours si je comprends bien.
_ Absolument.
_ Et qu’attend Apollon de cette issue de secours.
_ Ce que vous savez faire de mieux. Semer la confusion. »
Loki la fixe avec malice.
_ « Je ne suis pas le seul à savoir le faire apparemment.
_ Baldr n’était qu’un moyen d’attirer l’attention d’Andreas. Me faire passer pour une chétive voyageuse qui
Dans une dimension qui surplombe la Terre, en Olympe, Apollon observe un pilier surmonté d’une lune.
Au sommet des vertes contrées où le peuple Olympien vit paisiblement, devant un des onze temples au pied du Mont Olympe, le Dieu du Soleil marque le pas devant l’entrée sur le territoire d’Artémis.
Les glaciers au sommet du Mont Olympe alimente un lac tout autour.
Le long chemin bordé du lac conduit plus à une véritable citée qu’à un temple.
Accompagné de son serviteur Roloi, il progresse sur un long pont jusqu’à une citadelle aux pierres froides. Elles soutiennent grâce à ses colonnes grecques des voûtes sur lesquelles sont gravés des croissants de lune.
Sur leur chemin, les jeunes filles au service d’Artémis, les Satellites, s’écartent en révérant le Dieu du Soleil.
Toutes armées d’un arc et de flèches, elles portent un serre-tête en forme d'oreilles de lapin et semblent être commandées par une Satellite à la protection plus sombre et à la forme plus reptilienne, La Scoumoune.
Aux abords de la bâtisse, vont et viennent les cohortes d’une véritable armée. Elles traversent les ruelles et allées du seul édifice d’un dieu de l’Olympe semblable à une caserne plutôt qu’à un palais.
Tout autour d’eux, des serviteurs, Olympiens et Olympiennes, s’affairent à nettoyer les lieux et à prier sans cesse.
L’un d’entre eux, un jeune garçon nommé Lytus fait preuve de maladresse en laissant glisser de ses doigts une amphore d’ambroisie.
Le fracas agace d’un claquement de langue Apollon tandis que Callisto chuinte instamment pour que Lytus se courbe plus bas que terre pour nettoyer prestement.
La protection de Callisto est semblable à celle de La Scoumoune, néanmoins, à sa façon de réceptionner sans crainte le Dieu du Soleil, elle apparaît extrêmement retorse.
_ « Seigneur Apollon. Sa Majesté Artémis attend votre visite avec impatience. Si vous voulez bien me suivre. »
Au détour de quelques couloirs, ils arrivent devant la salle impériale. Là, trône la Déesse de la Lune sur une grande ouverture à ciel ouvert.
Les cieux laissent apercevoir sur un pan béant de l’Hyperdimension la lune qui baigne tout le domaine d’Artémis de sa pâle lueur.
_ « Je vois que l’Olympe peut toujours compter sur ta rigueur ma chère petite s½ur. »
A cette remarque, Callisto se sent honorée pour sa maîtresse tandis qu’elle se prosterne en bas des marches qui conduisent au trône de sa déesse.
Véritable rempart d’Artémis, elle fixe avec dédain le serviteur d’Apollon qui ne présente pas d’aussi bonnes manières.
En effet, Roloi, resté derrière Apollon, garde les mains derrière la tête à admirer de ses grands yeux la Déesse de la Lune.
_ « Apollon… Que me vaut l’objet de ta visite…
_ Ton dévouement justement. Et ton incarnation de la droiture olympienne. »
Ainsi louée par la figure la plus emblématique du royaume après Zeus, Artémis est flattée.
Elle se presse de descendre les marches couvertes d’un tapis bleu pour se mettre au niveau de son jumeau, voire plus bas tant elle s’applique à plier les genoux pour le saluer.
Malgré cette admiration qu’il semble lui vouer, Apollon garde ce ton monocorde et hautain qu’il emploie d’ordinaire dans ses phrases courtes qui le caractérisent.
_ « Ton armée s’agrandit. Et se renforce. Je le sens dans la détermination et le cosmos de tes Satellites.
_ Hormis quelques élus, les Anges ne sont au service d’aucun dieu en particulier. Il s’agit d’un groupe de guerriers à notre disposition. Néanmoins, depuis des millénaires à présent, je pressens que l’obscénité humaine pullule à foison. Si bien que dans leur folie, les humains chercheront un jour à se retourner contre les dieux envers lesquels ils ne croient plus. Pire, qu’ils méprisent, fous qu’ils sont.
_ Crois-tu qu’ils envahiront un jour l’Olympe, suggère-t-il sans donner l’intonation d’une question.
_ Non. Pas qu’ils ne sont pas susceptibles d’essayer. Heureusement, les Anges puniront toutes tentatives. Seulement, avant cela, il faudra certainement un jour marcher sur la Terre pour ramener l’humanité vers la droiture qu’ils n’auraient jamais dû quitter.
_ Si seulement tu pouvais gouverner ce monde, lâche-t-il intentionnellement.
_ J’y ai déjà songé. D’où la formation et l’amélioration constante d’une armée chaste. Symbole d’une Olympe pure. Première rempart s’il le fallait face à une humanité souillée.
_ Je suis rassuré de t’entendre parler ainsi. Surtout après les derniers événements sur Terre.
_ Notre chère petite s½ur se fourvoie. Athéna s’est laissée corrompre par le c½ur des hommes.
_ Peut-être serait-il bon de lui réserver le même sort qu’à l’humanité.
_ Par Zeus, non ! La châtier me parait devenir d’à propos. Mais faire preuve d’autant de radicalité… »
Conscient que bien qu’aveuglée par sa machination Artémis n’en demeure pas moins aimante envers sa s½ur, Apollon use d’ingéniosité.
_ « Je suis satisfait de te l’entendre dire. C’est pour cela que je viens à toi aujourd’hui. Il me revient régulièrement à l’oreille que nos semblables ne sont plus aussi patients que toi à l’endroit de la Déesse de la Sagesse. Peut-on lui accorder encore ce titre. La présence d’un de ses Saints dans la prison de l’Olympe reflète parfaitement où en est l’humanité. Elle confirme tes soupçons. Et justifie l’existence de ton armée destinée à tous nous protéger. Le Dieu des dieux t’en saura gré.
_ Que cherches-tu à me dire ?
_ Hadès est proche de se réveiller. Je le sens. Selon la résultante de sa Guerre Sainte inévitable contre Athéna des décisions seront à prendre. Je suis rassuré de savoir que la plus dévouée à notre cause soit également la plus raisonnée. Cela permettra de calmer les ardeurs des plus belliqueux d’entre nous si tu viens à devoir intervenir.
_ Et toi ? Comment réagirais-tu à ma place ?
_ L’humanité a eu plus de fois qu’elle ne l’aurait dû sa chance. Tu seras la dernière alternative à laquelle Athéna aura droit avant la colère des dieux. »
Une fois dehors et à l’abri des regards, Roloi tourne autour de son maître.
Alors qu’ils arrivent devant le pilier lunaire qui marque la limite du territoire d’Artémis, le vieux serviteur gesticule dans tous les sens.
Incapable de cacher dans ses grands yeux sa surprise, il cherche à connaître ce que cache le stratagème d’Apollon.
_ « Vous semblez satisfait de la situation ?! Hélas, malgré la chute d’Asgard puis celle de Poséidon, Artémis semble encore trop compatissante envers Athéna ?! Artémis est la plus investie dans son rôle de représentation de la vertu Olympienne ! Sa mesure envers les décisions à prendre à l’encontre d’Athéna va influencer les esprits les moins concernés par votre stratagème ! A coup sûr, Hermès, Aphrodite ou encore Déméter iront dans son sens plutôt que dans le votre lorsque viendra le moment de juger Athéna ! Et comme sa dévotion est appréciée du Seigneur Zeus, celui-ci consentira à suivre sa pédagogie ! Ça va à l’encontre de…
_ Cesse de t’agiter ainsi, l’interrompt sèchement le Dieu du Soleil. Crois-tu que tout ceci n’est pas contrôlé. Artémis est maintenant convaincue qu’il lui faudra intervenir. Elle sera clémente envers Athéna. Néanmoins ses méthodes ne satisferont pas Athéna. Trop rigoureuses. Pas assez altruistes envers les humains. Mettre Artémis sur la route d’Athéna est la meilleure chose à faire pour faire perdre le crédit que le Dieu des dieux accorde encore à Athéna. »
Rassuré, Roloi comprend mieux cette visite fortuite à Artémis.
Dès lors, il emboîte le pas à son maître jusqu’à lui barrer la route : « Dois-je donc demander à Helénê d’activer le second acte à Asgard ?! »
D’un hochement de tête, le Dieu du Soleil donne son approbation.
Alors qu’ils sortent du domaine d’Artémis, ils croisent une vieille Olympienne à la peau flétrie.
Son épaisse soutane n’est pas suffisante pour dissimuler son visage rubicond.
Ses pupilles rougies par les millénaires qu’elle a traversées trouvent la force de s’écarquiller tant la stupéfaction la saisit lorsqu’elle contourne les invités d’Artémis.
Sa bouche édentée reste entrouverte.
Prise de bégaiement, son attitude stupéfait le Dieu du Soleil qui n’a jamais connu pareille circonstance depuis l’aube des temps.
Comprenant rapidement le malaise qui parcourt l’ancêtre, Roloi fonce sur elle d’un pas autoritaire : « Vas-tu te calmer vieille folle ?! Ne vois-tu pas que tu as affaire au Dieu du Soleil ! »
La dame en laisse tomber sa canne et passe ses mains aux longs ongles jaunis par-dessus sa capuche pour se couvrir la tête du courroux du serviteur.
Jamais Roloi n’a fait montre d’une telle sévérité et jamais un Olympien ne lui a donné autant de crédit.
Poursuivant sa route sans vouloir jeter le déshonneur sur la propriété de sa s½ur, Apollon n’a cure de ce manque d’élégance de la part d’une vieillarde : « Allons Roloi. Pour une fois que tu t’intéresses à une fille de ton âge. Je n’ai pas de temps pour cela cependant moi. Il me tarde de trouver en mon temple de jolies muses. »
Jetant un dernier regard austère envers elle, Roloi s’écarte progressivement.
Il attend que l’aïeule ne soit plus pour lui qu’un point à l’horizon pour reprendre sa démarche pleine d’allégresse.
Resté en retrait, intrigué par cette entité rayonnante et son serviteur aux fines moustaches qu’il n’a de cesse de frictionner, le jeune Lytus sort de sa cachette.
Fringuant dans sa toge immaculée dont la jupette termine haut sur les cuisses, il détalle dans ses sandales lassées jusqu’au haut des tibias en direction de la dame affolée : « Hécate ! Hécate ! Que vous arrive-t-il enfin ?! »
La pauvre demeure tremblante, incapable de se ressaisir : « Il est réveillé… Après tout ce temps… »
Cherchant à la rassurer, il la prend par-dessus l’épaule : « Allons Hécate ! C’est le Dieu du Soleil ! Le frère jumeau de Sa Majesté Artémis ! Depuis ces milliers d’années passés ici vous l’avez déjà rencontré des centaines de fois ! »
Hécate reste cependant incapable de contrôler ses spasmes de panique.
Le jeune archer, affublé de son instrument et de ses munitions dans son dos, est perplexe.
Au fond de lui, il ne parvient pas à comprendre pourquoi la voici tant tourmentée : « J’ai l’habitude de voir divaguer cette ancienne servante de Sa Majesté Artémis. D’ordinaire elle va cueillir dans les jardins d’Olympe des herbes afin de concocter des mixtures tout en radotant des inepties autour de son chaudron. C’est vrai que le peuple l’a toujours trouvé étrange. Mais c’est la première fois que je la vois elle être ainsi interloquée. »
En Grèce, au royaume de la défunte Hébé, la population profite des premiers rayons de soleil depuis trois jours.
Ce 25 mars 1987, la décrue du fleuve du Nord-Est de l’île ainsi que de la mer au Sud sur le port permet aux villageois de vider leurs demeures des eaux boueuses qui ont tout ravagées.
En deux jours de temps, les choses se sont accélérées dans le monde et ont entraîné des répercussions même jusque Yíaros.
En effet, trop préoccupée par l’aide inconsciente fournie à Alexer, Saori n’a pas deviné l’attaque de Syd contre Aldebaran.
Heureusement, lorsque le God Warrior de Zeta est venue attenter à sa vie au Japon, les Saints de bronze sont venus à sa rescousse couverts de leurs nouvelles Cloths.
En coulisse, la liberté provisoire de Freya octroyée par Thor a permis la fuite de Hyoga venu enquêter sur le royaume d’Asgard.
Les Guerres Saintes, d’abord contre Asgard, puis Poséidon, s’en sont suivies.
Témoin inconscient des périples d’Athéna, la planète a vécu des heures très noires.
Des pluies torrentielles, des montées des eaux et des inondations historiques ont causé de nombreux dégâts et d’innombrables décès et disparitions.
Enfin, depuis près d’une heure, grâce à la victoire d’Athéna, le soleil reprend ses droits, signifiant l’enfermement de l’âme de Poséidon et l’achèvement de deux Guerres Saintes consécutives.
Sur Yíaros, la forêt de l’Est a totalement été balayée par les eaux, seuls quelques arbres sont encore debout.
A l’Ouest les éleveurs rassemblent le bétail noyé.
Les agriculteurs déplorent la perte des récoltes.
Au large, sur le port, quelques marchands ne peuvent que constater les dégâts. Leurs cabanons ont été enlevés et les pontons arrachés par la mer.
Les prêtres officient quelques cérémonies funèbres pour les quelques habitants qui n’ont pus échapper à la montée des eaux.
Déjà fort entamé ces dernières années, le moral des Hébéïens est davantage emprunté.
Accompagnant les pêcheurs pour déblayer le port, la régente de l’île, Juventas Alcide des Juments de Diomède pleure sous son masque.
Eprouvée par la charge mentale qui s’accumule ces derniers moi, elle attend de se trouver seule, à l’écart, pour enfin relâcher dans quelques sanglots son désarroi.
Assise sur la plage, Juventas se morfond : « Pourquoi ? Pourquoi cet acharnement des dieux contre nous ? »
Inopinément, une voix inconnue lui rétorque : « Vous n’avez pas à vous poser cette question. Vous devez accepter le jugement de l’Olympe. »
Instantanément, la femme chevalier se retourne et découvre un homme habillé d’une armure d’un noir clair et brillant, affublée d’ornements célestes.
L’homme, aux longs cheveux azurs coupés en carré plongeant et coiffés d’un diadème, a un regard suffisant.
La jeune femme à la peau mate, grande et mince, demande : « Qui es-tu ? A entendre tes propos tu sembles être un Ange comme celui combattu par mon amie Baucis lorsque nous fûmes confrontés à Hestia ! »
Un sourire en coin, l’Ange n’est autre que l’envoyé d’Héphaïstos qui s’affairait dans son atelier à réparer le char d’Apollon.
_ « A la différence près, que moi, je ne me laisserai pas vaincre par de faibles créatures. Je suis Phygée Ange de l’Olympe. Je suis venu ici prendre votre tête à vous les deux derniers Alcides.
_ Qui t’envoie ? »
Pointant son doigt sur la jeune femme, Phygée l’immobilise aussitôt et brise son masque : « Il suffit ! Quel ton insolent ! Réalises-tu que tu t’adresses à un messager des dieux ? »
La courte robe grenat qui cache son short de la même couleur par-dessous la Cloth beige de Juventas est soulevée par le courant d’air provoqué par l’émanation de cosmos de l’Olympien. Ses cheveux couleur taupe s’hérissent sur sa tête au visage interdit.
Naturellement, sans disserter davantage, l’ennemi tend le poing dans la direction de son adversaire : « Forge of Fire. »
Son bras libère une immense Forge de Feu qui s’abat sur la mère d’Agape.
Le fracas est si violent qu’elle est projetée dans la mer, laissant derrière elle des morceaux de son armure couverts de sang.
Seul, convaincu de sa victoire, Phygée murmure : « Et d’un. Le second est justement arrivé. »
Contre toute attente, n’attendant pas que le second Alcide déchire l’air comme il en a l’habitude pour apparaître par une porte dimensionnelle, Phygée tend le bras dans le vide et semble creuser un passage d’où il extirpe le difforme ¼dipe.
Dans le même élan, l’ayant empoigné à la gorge, il l’encastre violemment dans le sable.
Le geste est si puissant qu’il crée une brèche qui s’ouvre jusqu’à la mer. La faille permet à l’eau de s’engouffrer dedans et emporte ¼dipe dans les abysses.
Ahurissant de force, le guerrier céleste tourne les talons en lâchant : « Et de deux. Je vais maintenant me rendre à Blue Graad achever ce qu’Idaios n’a pas su faire. »
Venue d’outre-tombe, la voix féminine de Juventas le rappelle : « Tu ne crois pas aller trop vite en besogne ? »
Ressortie de l’eau, ayant récupéré ¼dipe qu’elle garde sous son bras, Juventas apparaît plus déterminée que jamais : « Il n’est pas question de s’avouer vaincus contre les responsables de la mort de sa Majesté Hébé. »
Dépourvu depuis la naissance de ses cinq sens, ¼dipe confirme par télépathie : « Hors de question de ne pas venger Baucis et tous nos amis. »
Faisant volte-face, Phygée confesse : « Je comprends maintenant pourquoi Idaios et les autres ont eu tant de mal que ça à vous vaincre. Vous faites preuve d’une volonté incroyable. Ça n’en sera que plus glorifiant envers mes dieux que de la briser. »
Anatomiquement mal constitué, ¼dipe marche lentement en traînant les pattes tel un animal abattu. Le Bolivien, qui paradoxalement dispose de la plus belle Cloth parmi les Alcides, bave devant son adversaire. Sa télépathie lui permet de rétorquer : « Ce ne sera pas aussi facile que tu le penses de briser l’homme voué à l’obscurité dès sa conception que je suis. Affronte donc mon Fracas Mystique ! Mystic Smash ! »
Droit, Phygée reste inflexible.
Quand d’ordinaire les adversaires de l’Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale se tordent de douleur alors que leurs organes implosent à l’intérieur de leurs corps, ici l’Ange se contente de sourire.
La seule à réagir est Juventas.
La jeune femme se plie subitement, ne comprenant pas ce qui lui arrive.
Ses contorsions s’achèvent lorsqu’elle passe ses mains dans le bas de son dos.
_ « On dirait que ton Fracas Mystique vient de lui détruire un rein. Il paraît qu’on peut vivre avec un seul. Dans ce cas je vais me charger de lui arracher le second si tu le permets.
_ Incroyable ! Il peut voir mes déplacements dans l’espace et retourner mes arcanes sans fournir le moindre effort, déplore ¼dipe. »
Seulement, l’immonde personnage refuse de livrer ainsi son amie à l’Ange qui approche pour l’achever.
Faisant barrage avec son corps, il espère annihiler l’assaut de l’Olympien.
_ « Forge of Fire.
_ Psycho Crusher ! »
La géante Forge de Feu se retrouve immobilisée dans un cube de cosmos qui rétrécit sur lui-même, condamnant l’émanation cosmique rivale à s’amoindrir puis disparaître.
Seulement, alors qu’il ne reste du cube plus qu’un minuscule dé, voué à être dissout par le cosmos d’¼dipe, celui-ci fonce contre toute attente sur l’Alcide.
Il brise sa barrière de cosmos juste avant de le frapper.
¼dipe est balayé de plein fouet et repoussé en arrière.
Seule face à l’Ange, Juventas réussit à se remettre sur pied et à accroître sa cosmo énergie.
Déterminée, elle réussit à ralentir l’approche de son opposant.
Son aura dorée dessine dans son dos les Juments de Diomède.
Lorsqu’elle abat ses mains en direction de son adversaire, celles-ci partent dans sa direction à la vitesse de la lumière : « Funereal Trampling ! »
Devenues faisceaux de lumière, les juments quadrillent la zone et rossent sur toute sa surface l’Ange.
Projeté dans les airs, il se réceptionne sur ses jambes fléchies.
La Glory rayée, partiellement entamée, il adresse à Juventas un regard admiratif.
A son tour, il déploie ses forces et libère une Forge de Feu encore plus grande que les précédentes : « Forge of Fire. »
Juventas, revigorée par l’inversement des rôles, réitère : « Funereal Trampling ! »
Cependant, la concentration de l’Ange permet à son instrument de feu de briser les traits lumineux laissés par les juments de Juventas.
Seulement, l’Alcide refuse de renoncer. Elle recroqueville ses bras en les passant devant sa tête pour encaisser l’attaque.
La masse incandescente lui arrache l’armure.
Effritant la Cloth morceau après morceau, l’arcane lui craquelle ensuite la peau.
La Forge de Feu laisse Juventas tenir debout, figée, la Cloth ne tenant sur elle qu’en quelques mosaïques par-dessus ses vêtements déchirés.
Pensant n’avoir plus qu’à l’achever, Phygée progresse vers son adversaire immobile.
C’est alors que jaillit depuis derrière elle ¼dipe.
Prenant par surprise l’Ange, il apparaît en ouvrant grand sa bouche.
Sa mauvaise dentition se transforme en canines alignées, faîtes de bronze.
Les ailes de sa Cloth s’agitent.
Ses ongles deviennent longs, affûtés et aussi solides que l’acier.
Pendant que semblent résonner des cris d’oiseaux, ses yeux rouges virent au sombre, ses ailes se déploient, ses bras s’écartent et sa mâchoire se déboîte.
L’invocation du septième sens à son paroxysme permet à ¼dipe de réhabiliter temporairement les cinq sens qu’il n’a jamais eus. Un son strident provenant de sa gorge criaille : « Armageddon ! »
Stupéfait, Phygée ne réagit pas.
La vitesse d’¼dipe surpasse celle de la lumière pour égaler celle des guerriers Olympiens.
Le chevalier céleste est frappé en plein buste, faisant voler le haut de sa Glory et son diadème en morceau.
Il retombe cette fois-ci au sol, tête la première, le visage couvert d’égratignures…
Pendant ce temps, à l’extrême Nord de l’Europe, dans le domaine gelé d’Asgard, le médecin de la cour se hâte dans les plaines reculées de la citée du Walhalla : « Le temps est doux aujourd’hui. Sans doute un répit après la tentative de conquête avortée de Poséidon. Mais cela ne durera pas éternellement, je dois me presser si je veux avoir le temps de soigner ce rescapé avant de me rendre au palais. »
L’homme, de haute stature comme la plupart de ses concitoyens, porte un châle marron par-dessus son long gilet gris.
Il lève sous les bras deux bûches épaisses tandis qu’un sac en bandoulière tapote contre ses reins au rythme effréné de ses grands pas.
Il progresse, neige aux genoux, jusqu’à ce qui semble avoir été une immense propriété depuis laquelle sort par la cheminée une diffuse fumée blanche.
Le blason couvert de givre sur le mur d’enceinte effondré par endroit est annonciateur de la noblesse d’antan des propriétaires. Il représente un tigre à dents de sabre.
Composée, à première vue, de plusieurs ailes, seul le bâtiment central tient encore péniblement debout.
Les vitraux des grandes fenêtres des niveaux supérieurs sont tous éventrés.
Le vent s’y engouffre dans un sifflement strident tandis que la neige recouvre les sols et fait gondoler le parquet réchauffé par le feu du dessous.
Sans frapper, Andreas entre à l’intérieur et se précipite balancer le bois dans le timide feu qui crépite dans l’âtre de la cheminée.
Très vite, les flammèches lèchent les rondins et ravivent la lumière dans cette modeste demeure.
Immédiatement, la lueur permet de comprendre qu’elle a été abandonnée durant de longues années.
Le mobilier est vétuste, son bois pourri et imprégné de poussière.
Seulement, le docteur a bien deviné l’importance qu’à ce lieu pour le rescapé étendu sur une vieille couche dans des draps crasseux.
_ « Bud… J’ai ramené de l’onguent et quelques décoctions de mon atelier au Walhalla. Avec ça, tu devrais vite cicatriser avant que les vitamines ne te redonnent ensuite la force de marcher. »
A peine conscient, l’Ombre de Zeta secoue la tête comme pour essayer de lutter alors qu’il est à bout de force : « Andreas… Andreas... Syd… Cette maison… »
Lui serrant la main pour tenter de le rassurer, Andreas lui susurre : « Oui… Je t’ai conduit dans cette maison où vos parents vous ont fait naître en secret, comme tu me l’as demandé quand j’ai retrouvé vos corps après la bataille. Néanmoins, je n’ai rien pu faire pour Syd. Il était déjà mort. Il n’y a que toi, véritable force de la nature, qui s’est accroché à la vie. Les obsèques des God Warriors tombés au combat il y a deux jours ont lieu aujourd’hui au Walhalla. J’y ai rendu le corps de ton frère à vos parents et à sa promise. Je sais qu’il te tenait à c½ur de lui rendre toi-même hommage, mais tu n’es pas en état de le faire. La Princesse de Polaris saura célébrer sa mémoire avec honneur. Toi, tu dois reprendre des forces. »
Ayant lutté pour entendre ces quelques mots, Bud retombe dans un profond sommeil.
Toutefois, Andreas n’est pas soucieux.
En effet, il prend le pouls du Guerrier Divin et admire dans le fond de la pièce les God Robs de Zeta et de l’ombre de celle-ci. Sous formes totémiques, alors qu’elles portent encore les stigmates des combats contre les Saints de bronze, elles resplendissent et paraissent contribuer au maintien en vie du rescapé.
Pendant ce temps, quelque part sur le bord d’une plage désaffectée de la Méditerranée, loin de la présence de toute civilisation, seul le mouvement des vagues extirpe de sa léthargie un homme aux cheveux bleu foncé.
Déposé par le reflux de la mer, sa tunique marine porte encore les marques de son combat sous les mers malgré la Scale qu’il portait à ce moment.
Le visage enfoncé dans le sable humide, les muscles endoloris, ses sens reviennent peu à peu.
Kanon retrouve d’abord cette sensation salée qui provient de l’eau de mer qu’il a dû ingurgiter en grande quantité lorsqu’il a été rappelé à la surface.
_ « Mais pourquoi ? Pourquoi moi, s’interroge-t-il avec une soudaine culpabilité ? »
Très vite, la réponse lui apparaît comme une évidence.
En se redressant, entre lui et l’eau, planté dans le sable, le sceptre d’Athéna brille grâce à l’éclat du soleil.
Tremblant, tenant difficilement sur ses jambes, il remarque avec une étrange passivité un corps partiellement immergé par les flots.
A bout de force, cette silhouette, encore consciente, lutte du peu de force qu’il lui reste pour garder sa tête à la chevelure pomme hors de l’onde pour éviter toute noyade.
Grâce à une nage désordonnée, guidée par l’instinct de survie, Shaina parvient à toucher pieds du bout de ses escarpins.
Rassurée bien qu’à bout, elle laisse le choc des houles la ramener sur les gravillons d’où l’observe penaud l’ancien Dragon des Mers.
Seulement, l’étrange impression du Grec ne le quitte pas.
Le reflet du soleil sur le sceptre ne l’aveugle pas autant que cette boule lumineuse qui trône au-dessus de l’eau à quelques brasses de là.
Spontanément, il commence à s’enfoncer dans la mer pour découvrir de lui-même quel est cet étrange phénomène.
Baigné jusqu’à la taille, il reconnaît enfin les formes en totem de trois armures qu’il identifie très vite : « Les armures d’or du Sagittaire, du Verseau et de la Balance… Pourquoi résonnent-elles à l’unisson ? »
Les lames, violentes en raison de tous les remous provoqués en profondeur par l’effondrement du sanctuaire sous-marin, lui permettent de distinguer au loin dans la mer une silhouette flottant inanimée sur le ventre.
Les longs cheveux mauves de cette apparence l’inquiètent.
Son sang ne fait qu’un tour. Mais lorsqu’il essaie de s’y précipiter, une secousse violente le frappe en plein dos.
Trop aguerri pour souffrir de réels dommages de cette attaque, Kanon se retourne pour distinguer son adversaire.
Tout juste remise debout, Shaina, amoindrie, appelle en elle ce qui lui reste de cosmo énergie : « Je ne sais pas par quel miracle tu es encore en vie, mais tu dois payer pour tout ce que tu as fait. »
Hautain comme à son habitude, Kanon ferme les yeux en tournant le dos à son adversaire : « Je n’ai pas le temps de t’expliquer. »
L’Italienne n’en démord pas pour autant et envoie à distance les Griffes du Tonnerre : « Thunder Claw ! »
En soufflant, d’un revers nonchalant de la main, il annihile la tentative du Saint d’argent puis plonge en direction des trois Cloths d’or.
Arrivé à leur hauteur, il retourne cette femme à la robe blanche que l’eau rend presque transparente.
Tout en admirant sa beauté, le frère de Saga remarque que la couleur de sa peau n’a rien du teint livide d’un noyé.
En approchant son visage du sien, il entend une respiration légère mais régulière pouvant dissiper les derniers doutes qui l’habitent.
Alors, en puisant dans ce qu’il lui reste, la maintenant par la mâchoire pour lui sortir la tête de l’eau, Kanon nage jusqu’au bord de plage.
Il sauve Saori, aidé par le cosmos des armures d’or.
Affaissée sur son postérieur, à bout de force, Shaina est abasourdie en voyant Kanon jaillir de l’eau avec sa déesse dans les bras, inconsciente, dégoulinante d’eau de mer, les cheveux mouillés et entremêlés, telle une sirène.
Elle se traîne péniblement jusqu’à Kanon qui prend soin de déposer délicatement la vénusté sur le sable sec avant de se laisser tomber sur le dos.
Shaina ne sait que dire.
Sa première pensée est prononcée tout haut : « Athéna. Athéna ?! »
Instantanément, les yeux de la Déesse de la Sagesse s’ouvrent.
Les armures d’or filent comme des étoiles jusqu’au Sanctuaire et Kanon sourit niaisement, rassuré et libéré.
D’une sérénité déconcertante, sans même faire le tour d’elle-même, la responsable de la Fondation Graad murmure : « Shaina. Kanon. Kiki… »
Surpris, Kanon et Shaina remarquent à quelques mètres au bout de la plage le petit garçon se relever en tapotant sur ses vêtements pour détacher le sable collé dessus.
Ses petits yeux malicieux et son sourire chenapan fixent déjà avec passion Sa Majesté.
La gorge enrouée, trop faible pour se téléporter jusqu’à elle, il essaie d’exulter : « Athéna ! »
En fixant le petit garçon venir jusqu’à eux, Shaina demande avec un certain soulagement : « Est-ce fini ? »
Athéna confirme : « Oui. C’est terminé. L’âme de Poséidon sommeille dans les profondeurs des océans. »
Coupable, Kanon fixe le sable.
_ « Et… Le peuple du sanctuaire sous-marin, s’inquiète-t-il inopinément ?
_ Il est sauf. Poséidon n’est pas mort. Si ses temples ont été envahis par les eaux, son cosmos est parvenu à maintenir le niveau des océans au-dessus de quelques rassemblements de ses fidèles. Le mythe de Poséidon ne s’est pas effondré avec lui. »
Alors que cette phrase aurait dû laisser présager un sursaut d’orgueil pour l’ennemi d’Athéna qu’il était, Kanon parait seulement soulagé : « Des innocents qui n’auraient pas mérités la mort. Il y en a déjà eu tant d’autres. Par ma faute. »
Comme interdite, Shaina détaille plus précisément son ancien ennemi : « D’autres victimes ? Tu n’es pas un simple Marina ? Mais, dans ce cas, tu serais… Oui, cette démarche, ça ne peut-être que toi… »
Partagé entre fierté et douleur, Kanon confirme : « Oui, je suis Kanon du Dragon des Mers. Frère jumeau de Saga Saint d’or des Gémeaux et usurpateur au trône de Pope. Je suis celui qui a influencé le mal dans l’esprit de Saga. S’il a causé tant de désolation, c’est parce que je l’y ai poussé à une certaine époque. Il alla même jusqu’à défier la femme que nous aimions, Ambroisie d’Yíaros, la Déesse Hébé. »
Convaincue, Athéna se relève en empoignant son sceptre : « Si Saga a choisi la voix du mal, c’est parce qu’il s’en était lui-même convaincu. L’homme par nature a toujours été tenté. C’est de lui-même qu’il a su surmonter ses tentations pour faire le bien… »
Ces quelques mots ramènent Saori et Kanon quelques heures en arrière…
Flashback
Le fracas de l’eau sur les roches arrachait les piliers des temples et engloutissait le palais de Poséidon.
Quelques soldats de l’armée sous-marine essayaient de fuir, en vain, rattrapés par les vagues immenses.
Impuissant, son visage, absorbé par la désolation qu’il avait causée, avait fait disparaître chez Kanon la déception de l’échec de son complot contre les dieux.
Il entendait depuis son pilier effondré de l’Atlantique Nord les appels au secours de ses hommes que les flots avalaient à une vitesse folle.
De seconde en seconde, le niveau de la mer grimpait et lui prenait déjà la Scale à hauteur de la taille.
_ « C’est moi qui ai libéré Poséidon. Autrement dit, il est normal que ce soit moi qui reçois la colère des dieux, pensait-il en sentant l’onde glacée monter rapidement. »
Plus loin, cinq lumières s’envolaient vers le plafond d’eau qui s’écroulait peu à peu.
Puis deux autres les suivirent.
_ « Les Saints de bronze… et leurs deux alliés, le Saint d’argent et le petit apprenti de Mû, fort courageux, constatait-il mélancolique… »
Puis, comme pour libérer son âme, il confessa à voix haute : « Il y a treize ans, lorsqu’elle m’a sauvé, j’aurai dû faire comme ces Saints. Croire en Athéna. Le rayonnement de son cosmos les a guidés à la victoire. J’ai vu l’amour suprême qu’elle leur rendait en retour de leur dévotion. L’immense bonté qui émanait de sa personne lorsqu’elle retenait les eaux dans le Main Blade Winner a lavé trop tard mon c½ur empoisonné par le mal. Si je me réincarne un jour, j’espère que je serai auprès d’Athéna pour faire le bien. »
Il ferma aussitôt ses yeux pour retenir les larmes de sa culpabilité et lorsqu’il les ouvrit, alerté par le son d’une immense déferlante synonyme de mort pour lui, il put reconnaître, devançant la vague, celle qu’il combattait encore quelques minutes auparavant.
_ « Athéna ?! Il vous faut partir, vous mourrez si vous restez ici ! Vous devriez être loin, avec vos Saints à l’heure qu’il est !
_ Tous mes Saints ne sont pas encore rentrés sur Terre. J’ai entendu ta détresse Kanon. Un Saint est encore prisonnier des eaux. »
La honte fût désormais trop lourde à porter.
Il se laissa submerger par l’émotion.
_ « Athéna… Tout est ma faute… Je ne suis qu’un idiot… Je vous en prie, rentrez sur Terre et pardonnez-moi.
_ Oui Kanon, il est l’heure de partir. C’est le moment de renaître, comme tu l’as demandé. »
Lorsqu’il eut assez de courage pour la regarder droit dans les yeux, comprenant qu’elle l’absolvait, Kanon ne se trouvait plus qu’en compagnie du sceptre de la bienveillante déité. Celui-ci l’enveloppait d’une aura qui lui fit perdre sa Scale et lui permettait de remonter à la surface en le protégeant de la pression de l’eau.
Il jeta un dernier coup d’½il coupable vers la citée qu’il avait condamné et, catastrophé, remarqua Athéna, toujours sur place, bientôt écrasé par le mur d’eau qui lui était destiné.
Alors qu’il perdait connaissance, perdant le peu d’air qui lui restait dans les poumons, il se jurait de se battre jusqu’à la mort pour Athéna et la justice dorénavant…
Flashback
Kanon comprend aussitôt : « Vous…Vous êtes partie seulement une fois que vous vous êtes assurée que le peuple de Poséidon était à l’abri des eaux ?! »
Elle confirme d’un hochement de tête.
Puis, reprend le but de son échange : « Dorénavant, je sais que ton âme est purifiée par ta dévotion et ton v½u de m’épauler Kanon. Si les armures d’or sont reparties au Sanctuaire, c’est qu’elles ont pleinement confiance en toi et te confient ma garde en tant que Kanon des Gémeaux. »
Arrivant sur les genoux, brisant l’émotion partagée entre le Saint d’or fraîchement reconnu et sa Déesse de la Guerre, Kiki est surtout tracassé par toute autre chose : « Et Seiya ? Shiryu ? Hyoga ? Shun ? Et Ikki ? Est-ce qu’ils vont bien ? »
Immédiatement, Shaina sent un frisson parcourir tout son corps, remontant jusqu’à sa nuque, inquiète du sort du Saint de Pégase.
Heureusement, le visage d’Athéna rayonne : « Ils vont bien. Au moment de l’effondrement du monde aquatique, je les ai renvoyés chez eux, au Japon. La guerre est finie pour eux. »
Rassurée, Shaina passe sa main sur son c½ur comme pour le soulager.
Kanon, lui, se contente d’un sourire discret alors que Kiki rassemble son cosmos entre ses mains : « Ça ne sera pas facile, je suis épuisé, mais je devrais pouvoir nous renvoyer au moins jusqu’aux remparts du Sanctuaire. »
Avenante, Saori pose sa main sur l’épaule du Muvien : « N’ais crainte. J’ai repris des forces depuis mon réveil. Et hormis moi, personne ne peut nous téléporter directement au sein de mon temple. C’est pourtant là où nous serons le mieux je pense. »
D’un sourire malicieux, Kiki approuve cette décision.
Juste avant que les quatre enveloppes charnelles ne quittent la plage, la divinité réclame : « A notre retour, Kanon veillera à mes côtés. Je n’ai pas besoin qu’on vienne lui demander de rendre des comptes. Shaina, Kiki, je compte sur votre discrétion. »
Au royaume d’Asgard, permettant de déboucher sur le Walhalla et situé après la Forêt d’Améthyste, le Temple de Hel, qui a vu combattre Syd et Shun, est emprunté par de nombreux villageois.
Ceux-ci se rassemblent en direction du palais pour rendre un dernier hommage aux héros de la nation.
Sur le parvis, Andreas tape ses pieds afin d’y faire tomber la neige restée accrochée à ses bottes.
_ « Il faut croire que c’est un geste coutumier ici, lui déclare une voix douce. »
En regardant à gauche puis à droite, le médecin identifie ses semblables exécuter le même réflexe avant de s’enfoncer dans le temple.
Toutefois, s’il reconnaît l’accent étranger propre à ceux vivant plus à l’Est dans des contrées moins périlleuses, la Russie, il n’arrive pas à mettre un nom sur ce visage féminin inconnu qui vient de lui adresser la parole.
La jeune femme a de longs cheveux châtains qui tombent en quelques mèches sur sa généreuse poitrine à peine couverte par sa robe violette sans bretelle.
Malgré le froid ambiant, son manteau de fourrure resté ouvert semble n’être qu’un simulacre tant elle ne semble pas souffrir des températures négatives.
Des petits rubans violets se mêlent derrière sa tête à ses cheveux et font ressortir le maquillage qui habille ses lèvres pulpeuses. Un petit c½ur rose tatoué sur sa pommette gauche s’accorde à merveille avec ses yeux topaze enjolivés par de fins sourcils.
_ « Définitivement, elle n’est pas d’ici, en déduit-il. »
Néanmoins, l’intruse ne parait pas perdue, au contraire. Son guide, aux longs cheveux argentés coiffés d’une frange et dans l’accoutrement traditionnel des soldats du royaume, lui indique d’un geste du bras la direction à suivre : « Par ici Ksénia ! »
Andreas ne parvient pas à masquer sa surprise : « Balder de Hraesvelgr ! Dit Balder le solitaire ! Quelle surprise de te voir participer à une telle cérémonie ! Et accompagné qui plus est ! »
Le susnommé a le regard vide, empli de dédain : « Quoi de plus normal que je me recueille sur la tombe de courageux God Warriors ? Odin les a choisis comme il m’a choisi lorsque j’étais enfant agonisant. Il m’a fait don de son immortalité et je sais que tôt ou tard il me donnera l’occasion d’exercer ce pouvoir. Après tout, seuls les God Warriors de la Grande Ours ont été appelés. Il reste encore sept God Warriors à réveiller. En venant honorer la mémoire de mes frères d’armes, je veux qu’Odin entende mes prières. Qu’il sache que je lui suis reconnaissant et que je reste dans l’attente de pouvoir lui rendre sa confiance sur le champ de bataille. »
Devinant que Ksénia cache quelque chose, Andreas demande : « Beaucoup de gens sont morts en raison d’une guerre que la Princesse de Polaris n’a pas commandé. Balder, comment peut-on souhaiter repartir de sitôt à la bataille ? Et vous Mademoiselle, que pensez-vous de tout ceci ? Depuis combien de temps êtes-vous présente dans notre contrée ? »
Balder fronce les sourcils mais Ksénia lui grille la politesse : « Je pense que le dieu Odin n’a pas été rappelé sur ce monde pour rien. D’autres forces sont à l’action partout dans le monde. Odin doit avoir son mot à dire. »
Elle lui tourne le dos et traîne Balder par la main.
_ « Et vous ? Qui êtes-vous ? Depuis quand êtes-vous parmi nous, espère la retenir Andreas. »
Pour seule réponse, il sent une légère résistance tirer sur le bas de son gilet gris.
Un enfant lui adresse un sourire affectueux avant d’être rejoint par ses frères et s½urs, menés par Helena, l’aînée : « Seigneur Andreas ! Je tenais à vous remercier pour les potions gracieusement préparées pour la rage de dents du petit. »
Elle lui tend un maigre bouquet de trois fleurs : « Je sais que c’est peu de chose au regard de votre investissement pour nous autres dans ce royaume. J’aurai aimé vous offrir plus. Mais comme vous le savez le climat n’aide pas à… Seigneur Andreas ? »
Helena tente de le rappeler à lui mais son attention reste fixée vers la Russe, déjà disparue à l’horizon avec Balder…
Au même moment, sur Yíaros, la plage au Sud de l’île vit des minutes intenses.
Remis sur pieds mais franchement affaiblis, l’Ange garde tout de même un avantage considérable sur ses adversaires davantage meurtris.
Contrairement à ses semblables, Phygée fait preuve de respect envers les humains. Et le fil à retordre qu’ils lui donnent le conforte dans cette attitude : « Je réalise maintenant la raison de toute cette attention de l’Olympe envers vous. Bientôt, l’ultime Guerre Sainte, opposant la Terre à l’Olympe, aura lieu. Athéna mènera les hommes. Je refuse de lui laisser des alliés de votre rang. »
Côte à côte, Juventas et ¼dipe rassemblent leurs forces.
_ « Pourquoi vouloir détruire la Terre maintenant, s’enquiert Juventas ?
_ Nous sommes arrivés à un point de non-retour. Les dieux de l’Olympe, ces divinités suprêmes, ne sont plus invoqués par l’Homme. Ces êtres se sont réfugiés dans des croyances qu’ils ont inventées. Pires, certains refusent toute existence divine possible. Cette Terre que nos maîtres ont confiée est détruite chaque jour. Les humains se haïssent eux-mêmes de plus en plus. Tout cela sous l’aval d’Athéna ou Hébé. Même des dieux mineurs tel Odin acceptent cela. Il y a près de deux cents ans par exemple, Hadès a été dupé par un humain du nom d’Alone. Pire, toujours à la même époque, des divinités ont été tuées. Les Dieux des Rêves. L’homme va trop loin et rien de ce que vous pouvez me dire ne me fera reculer.
_ Dans ce cas, avançons vers cet ultime échange, s’impatiente ¼dipe. »
Comme pour approuver la décision d’¼dipe, Phygée augmente l’intensité de sa cosmo énergie.
La chaleur du feu qu’il invoque cristallise tout autour d’eux le sable.
La plage devient un parterre de verre qui se raye sous les pieds bardés d’armure des trois guerriers.
De leur côté, Juventas et ¼dipe ont du mal à lutter contre l’essence cosmique adverse.
Alors qu’ils poussent leurs forces à leur paroxysme, ¼dipe propose un plan.
_ « Il va s’attendre à ce que nous attaquions tous les deux. Je vais donc me présenter seul face à lui pour encaisser la totalité de son arcane. Ainsi tu auras le champ libre.
_ Tu es fou. Poussée à pleine puissance, son attaque te tuera.
_ Je ne dispose d’aucun sens. La douleur ne signifie rien pour moi. C’est le seul moyen de le vaincre. »
Aussitôt sa phrase achevée, ¼dipe s’élance sans même laisser à Juventas la chance de le retenir.
Se sachant condamné, il refuse de longs et poignants adieux.
Trop tardivement, Juventas tend le bras pour désespéramment retenir le malheureux homme qui toute sa vie aura souffert de sa différence.
C’est parce qu’il aura trouvé de la compassion et de l’amour sur Yíaros qu’il donne à cet instant sa vie sans hésiter.
Surpris, Phygée projette son attaque en libérant toute sa volonté : « Forge of Fire ! »
Tel un oiseau sorti de sa cage, ¼dipe étend ses bras.
Il libère toute sa cosmo énergie pour dresser une barrière de cosmos dans laquelle il met toute sa passion.
Son visage atrophié essaie d’esquisser un sourire.
Contre la Forge de Feu, une violente secousse résulte alors.
Le choc des deux murs fait voler en éclat les plaques de verre habillant le sol.
Les morceaux cristallins s’effritent en milliards de particules au contact de leurs corps engagés.
Dessous ce parterre brisé, le sable se soulève ensuite.
Alors, il confond les adversaires dans un nuage de poussière.
Le voile permet à Juventas de traverser à l’affût le champ de bataille.
Phygée distingue à peine le corps à l’armure brisée et aux vêtements arrachés d’¼dipe retomber au sol.
Juventas est donc prête à honorer le sacrifice de son ami.
Hélas, resté aux aguets, Phygée la devine venir.
Il réunit encore son cosmos dans son poing droit : « Je n’allais pas me faire avoir par une ruse aussi évidente. La mort de ton ami aura été in… »
Contre toute attente, l’Ange n’arrive pas à achever sa phrase.
Ses mouvements ralentissent.
Son corps se pétrifie.
Résonnant dans l’atmosphère, la voix d’¼dipe, pourtant étendu sans vie sur le sol, annonce : « Psycho Crusher. »
Stupéfait, le fidèle d’Héphaïstos ne peut rien faire lorsque Juventas décoche à bout portant son arcane : « Funereal Trampling ! »
Voyant sa mort imminente, Phygée réalise : « Je vois, l’Ecraseur Psycho n’était pas seulement une technique de défense mais aussi d’attaque. Le heurt de nos deux arcanes m’a fait croire que j’avais forcé sa défense. Mais en réalité l’onde de choc m’aura intérieurement atteint et affaibli. Trop préoccupé par la ruse de Juventas, je suis resté fixé sur mes appuis et je ne me suis pas rendu compte que mes mouvements étaient entravés. Lorsqu’ils s’unissent, ces humains sont étonnants, astucieux et puissants. Je comprends maintenant la raison de notre acharnement contre eux. Ils ont quelque chose qui… »
Traversé de toute part par le Piétinement Funèbre, Phygée achève sa réflexion en soupirant ses derniers mots : « … nous dépasse. »
Les bras ballants, Juventas attend debout que le cadavre de Phygée retombe au sol avant de se laisser tomber elle aussi…
A Asgard, à l’intérieur du palais royal, la salle de réception est comble.
A l’abri des chutes de neige qui reprennent timidement, éclairés par les nombreuses torches fixées au mur, réchauffés par l’immense cheminée de la gigantesque pièce, les convives n’en demeurent pas moins glaciaux. L’affliction les étreint.
Le sol marbré, foulé par le peuple asgardien au grand complet, ne reflète que les larmes d’une nation.
Aux murs de pierres lisses, sur d’immenses tableaux, sept portraits peints rappellent la jeunesse des héros de la patrie disparus trop tôt.
Soutenue par les siens, qu’ils soient des classes les plus appauvries ou de la haute bourgeoisie, Hilda achève son discours à l’honneur de ses Guerriers Divins.
Bien qu’ils soient d’ordinaire affamés, les villageois gouttent avec parcimonie le festin laissé à leur guise.
Le banquet est bien triste.
Freya compte sur le soutien de Frodi et de Lyfia après la perte d’Hagen.
Helena et les enfants prient devant le portrait de Thor afin de le remercier pour tous les efforts accomplis au profit des plus démunis.
Héraclès et d’autres soldats vantent à la famille de Mizar à quel point Syd était un guerrier valeureux.
Fafner en fait tout autant auprès des de Megrez en évoquant à quel point Alberich l’inspire.
Mime et Fenrir ne sont pas laissés pour compte tant ces God Warriors et leurs rancoeurs peuvent être compris de Surt qui conte à ses hommes leurs faits d’armes le jour où un étranger, Rhadamanthe, a posé le pied à Asgard avant de vouloir lâchement s’enfuir.
Descendue de l’estrade, la Princesse de Polaris est accueillie par la famille de Dubhe, orpheline de Siegfried, seul God Warrior dont le corps n’a pu être mis en terre, n’ayant qu’une seule pierre tombale fixée dans la neige au contraire des sépultures plus ornementales de ses camarades.
Inconsolable, la Prêtresse d’Odin essaie de masquer les apparences en rendant aux familles des défunts un semblant de dignité.
_ « Je ferai construire une chapelle en la mémoire de Siegfried, assure-t-elle. »
Elle n’ose pas poser ses yeux sur Sigmund qui refuse lui aussi regarder vers sa direction.
Désormais balafré, le frère aîné de Siegfried lui tourne même le dos, préférant quitter la pièce.
Au détour du couloir, il croise Andreas qui le retient par le poignet.
_ « C’est dur également pour la Princesse Hilda vous savez.
_ Sire Andreas… Je… Je le sais… J’ai bien conscience qu’une force supérieure la dominait… Malgré tout, je n’arrive pas à trouver la force de lui pardonner.
_ Il le faudra bien un jour. N’oublie pas que cette bataille nous a prouvé que chaque Asgardien peut à tout moment être appelé à son devoir et que ce sera bien la Prêtresse d’Odin qui guidera les hommes au front.
_ J’en prends acte. Seulement, pardonnez mes propos Sire Andreas, mais il serait tellement plus juste qu’un homme sage comme vous puissiez guider les God Warriors plutôt que cette Prêtresse qui aura été trop faible pour lutter contre une force ennemie qui la rongeait de l’intérieur.
_ Le fait que je t’ai porté assistance dans les cachots ne doit pas influencer ton jugement.
_ Vous n’avez pas fait que ça. Vous m’avez soigné et accompagné dans mon deuil. Et ça, je vous en serai éternellement reconnaissant. »
D’une tape amicale sur l’épaule, il laisse Sigmund disposer.
En relevant ses yeux revigorés par de tels compliments, il les dirige vers le centre de la salle de réception où brille de son bleu saphir la God Rob d’Odin.
Disposée là pour rappeler au peuple la toute puissance de leur dieu et le réveil de celui-ci, elle apaise la crainte du peuple face à l’avenir incertain et les menaces divines qui planent sur Terre.
Son regard croise celui de Balder, à l’opposé de la pièce et tout aussi admiratif que lui de l’armure.
Andreas ne peut maquiller un petit sourire niais, charmé qu’il est par le dévouement de Balder même si celui-ci parait trop pressé et son histoire d’immortalité octroyée par Odin, en sommeil jusqu’à la présente Guerre Sainte, inquiétants.
C’est alors qu’il constate que sa partenaire Russe ne l’accompagne plus.
En balayant la tête de droite à gauche, puis de gauche à droite pour la chercher, il distingue la dénommée Ksénia seule, à l’autre bout du couloir, dans la direction opposée à celle empruntée plus tôt par Sigmund.
Elle est prête à descendre dans les cryptes du palais : « Qu’est-ce qu’une étrangère pourrait bien avoir à faire là-bas… »
Là, il constate qu’elle le fixe avec insistance et qu’elle a les yeux posés sur lui depuis bien avant qu’il ne la cherche : « … Mais… On dirait qu’elle m’attend… »
Seulement après s’être assurée qu’il a compris, elle s’enfonce sans la moindre torche dans l’escalier glacial à l’obscurité insondable.
Andreas se précipite à sa poursuite : « D’ordinaire, l’entrée de ce lieu est hautement gardée… »
Il arrive devant d’épaisses portes en acier encore marquées à leurs jointures par des couches de glaces qui viennent d’être rompues.
Là, il cherche d’un coup d’½il en direction du bout du couloir d’où il vient le moindre allié qui pourrait déclencher l’alerte : « Personne… Ils sont tous dans la salle de réception, préoccupés par la cérémonie… »
Il approche tout doucement sa tête à l’encadrement de porte fraîchement descellée : « La glace a été tranchée nette… Comme découpée au laser… Quel puissant cosmos peut être capable de ça ? »
A ses pieds, étendus sur le dos, renversés sur les premières marches à prendre, trois gardes ont rendu la vie.
Sans véritable espoir, mais par pur réflexe, Andreas prend leur pouls : « Leurs corps ne sont pas marqué. Comme si une simple pression de cosmos avait suffi à interrompre instantanément les battements de leurs c½urs. »
Une dernière fois, il espère trouver du soutien lorsqu’il recule la tête en direction du couloir.
Mais toujours personne.
La salle de réception est loin. Tandis qu’il entend encore les escarpins de l’intruse sur les marches, à peine plus bas.
_ « Serait-ce elle qui est à l’origine d’une telle démonstration de force ? Que peut-elle bien espérer trouver en bas ? On dit que cela fait plus de dix ans et les obsèques du patriarche de Polaris que le froid a condamné ce lieu ! »
Ni une ni deux, il choisit de la suivre.
Il enjambe les trois corps encore chauds, manquant de glisser sur les marches étroites et verglacées.
Fin de la partie 1
Partie 2 dans le post ci-dessous
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Partie 2. Suite et fin du chapitre
L’endroit est sombre.
Encaissé.
Gelé.
Si enfoui sous cette terre de glace que la taille dans la roche n’est plus visible sous les épaisses couches de givre.
La descente parait interminable pour Andreas qui distingue de moins en moins les derniers rayons du jour qui s’infiltrent des grands vitraux du palais jusqu’au début des marches, avant de laisser les ténèbres régner.
Le froid masque l’odeur de renfermé. Heureusement, sinon elle incommoderait davantage Andreas une fois le pied posé sur le parterre dallé de grands carreaux de ciment.
Le gel reflète quelques torches que des gardes tiennent un peu partout dans la vaste pièce.
_ « Ces cryptes semblent s’étendre sous toute la surface du palais. Depuis mon enfance, j’entends de ce lieu qu’il regorge de vieilles tombes de représentants d’Odin d’antan ainsi que d’anciens artefacts vidés du cosmos qu’Odin leur insuffla jadis, songe Andreas. »
Il fait le tour de lui-même, surpris de voir, autour de caveaux et autres présentoirs, autant de soldats en garde ici et là.
Ils sont inflexibles, immobiles, rudement bardés de leurs protections.
_ « Comment est-ce possible que depuis une dizaine d’année ces guerriers ont pu rester postés ainsi ? A moins que… »
Une idée le faisant frémir parcourt tout son être.
Il se précipite jusqu’au guerrier le plus proche.
Celui-ci a le visage tatoué de symboles pourpres.
_ « … A moins qu’ils ne soient morts… Et revenus à la vie… Des Einherjar ! »
Il vivote d’un monument à l’autre pour étudier sous la lueur de leurs torches les morts vivants.
_ « Odin ferait garder ce tombeau par des Einherjar ? »
Seulement, au beau milieu de cet immobilisme malsain, le silence est rompu depuis son arrivée par les claquements lents des talons aiguilles de l’étrangère.
Ils poursuivent leur chemin sur un rythme continu. Ne marquant ni pause, ni hésitation.
Ils ne laissent pas à Andreas suffisamment de temps pour s’interroger davantage.
Il part à sa recherche en slalomant entre les colonnes de pierre qui soutiennent l’édifice.
Durant son parcours, pas un Einherjar ne réagit à sa présence.
Tandis qu’il se rapproche de Ksénia, les idées se mélangent, semant la confusion dans son esprit : « Si Odin s’est constitué une armée d’Einherjar ces dernières années, alors c’est qu’il est réveillé depuis tout ce temps. Ça n’a aucun sens. Il a fallu le rappel de sa God Rob pour réanimer son esprit à travers elle. »
C’est alors que l’ambiance lugubre prend une effervescence colorée.
Une lueur violacée, semblable à celle qui maquille les Einherjar sur leurs visages et parfois leurs corps, tamise la direction où les pas de Ksénia cessent de résonner.
Immédiatement, Andreas ne pense plus.
Sa cadence ralentit.
L’éclat mauve brille dans ses yeux.
Plus il s’en approche, plus le rythme de ses pas diminue.
Plus il en prêt, plus l’illumination devient intense.
Il est désormais arrivé à l’autre bout du palais.
Sur le mur du fond du souterrain, une stèle en brique est gravée à l’effigie d’un dieu ancien et craint : « Loki, souffle à peine Andreas ! »
La stèle soutien une urne d’où émane la lumière.
En y regardant de plus près, le médecin comprend que ça n’est en rien une illumination mais plutôt une aura : « Un cosmos… Mais il irradie d’une phosphorescence opaque… Etouffante… Et sur cette urne… »
Il plisse un peu plus les yeux sur le vase précieux pour reconnaître une bandelette de papier arrachée : « Un sceau… Un sceau frappé d’une rune… Malgré qu’il ait été arraché… On peut reconnaître à sa première lettre le sceau d’Odin… Mais alors... »
Sortant de derrière un pilier où elle s’était cachée, Ksénia se montre enfin.
Ne souffrant pas du froid malgré sa tenue affriolante, la Russe dévoile de son doux accent slave : « En effet, ici était emprisonné pour la nuit des temps Loki. »
Andreas remarque trop tard que l’effluve cosmique qui imprègne la salle entrave ses mouvements.
_ « Etait ?
_ Oui. Il y a des millénaires, lors de la bataille qui a permis à Odin de sommeiller jusqu’alors, il a triomphé de Loki. Il l’a privé de réincarnation en l’emprisonnant de toutes ses forces ici. Cet immense caveau où reposent les ancêtres de Polaris et leurs plus fidèles guerriers était le lieu parfait pour y abriter le sceau d’Odin.
_ Si Loki ne peut plus se réincarner, alors comment peut-il s’être échappé ?! Si Odin y a mis tout son cosmos alors seul un dieu a pu… Et pas n’importe quel dieu…
_ Tu as deviné. Seule la force des dieux qui gouvernent l’ensemble des panthéons a pu briser cette entrave. Lorsque Athéna s’est réincarnée sur Terre et que mon maître s’est préparé à lutter contre elle, nous étions loin de nous douter que nous pourrions utiliser les desseins d’un humain pour manipuler Poséidon et à fortiori les représentants d’Asgard. A la recherche de dieux mineurs pouvant arranger nos affaires en affaiblissant Athéna et en la conduisant à la faute, mon maître a profité des obsèques du père d’Hilda et que la prison de glace dans laquelle est condamnée Loki soit rouverte pour m’y envoyer. Jeune fille à l’époque, d’apparence innocente, je n’ai éveillé aucun soupçon au milieu de la foule immense réunie. Porteuse d’un sceau de la force solaire qu’il a confectionné pour l’occasion, j’ai profité d’être à l’abri des regards pour que la force d’Apollon annihile celle d’Odin.
_ Alors, Loki attend son retour, en secret, depuis qu’Hilda gouverne et que les portes se sont refermées après qu’a été déposée ici la dépouille de son père… L’immortalité que Baldr croit avoir obtenu d’Odin, elle ne vient de nul autre que de Loki n’est-ce pas ?!
_ En trompant Baldr, Loki nous a convaincu qu’il serait utile aux desseins de l’Olympe. Il ne nous manquait plus qu’une personne influente à Asgard qui n’éveillerait aucun soupçon pour que Loki puisse s’y incarner.
_ S’y incarner ?
_ Oui. Si Odin a brisé le cycle de réincarnation de Loki, celui-ci n’en reste pas moins un dieu. Il lui suffit de choisir un hôte. Et je crois qu’il a fait son choix. Depuis les millénaires qu’il attend… »
En effet, alors qu’il converse avec Ksénia, le corps d’Andreas se dirige irrémédiablement jusqu’à l’urne.
Son regard, absorbé, témoigne de l’envoûtement de Loki.
En aucun cas Andreas ne peut et ne veut lutter contre cette tentation.
_ « Sa libération puis notre absence il y a une dizaine d’années a dû exacerber sa volonté de prendre le contrôle d’Asgard. »
A ce stade, Andreas n’écoute déjà plus Ksénia.
Il est posté face à l’urne, les bras ballants.
Sa conscience est vidée de toute détermination à lutter.
Ses pupilles se dilatent.
Le cosmos sinistre finit d’émaner sous ses yeux.
L’urne est désormais vidée.
L’atmosphère lugubre est si lourde qu’il ferme ses paupières comme si elle lui pique les yeux.
Il hume à pleins poumons l’air piquant du froid asgardien.
A l’oxygène qu’il aspire se mêle la luisance violacée qui éclairait jusqu’alors l’espace.
Il la respire d’une longue et interminable traite comme s’il reprenait en lui tout le cosmos que Loki a libéré sur plus d’une décennie dans les catacombes d’Asgard.
Il rouvre alors les yeux.
Ses iris brillent désormais d’un rouge vif.
Il n’est plus question de phosphorescence mais bien d’une aura, un cosmos, qui émane maintenant de lui.
Il n’est plus Andreas. Il est Loki.
Aussitôt, la lueur cosmique baisse et c’est la lueur des torches des Einherjar qui prend le relais.
Immédiatement, les morts vivants plient le genou à terre pour reconnaître celui qui les a ramenés à Asgard.
Satisfait, inquiétant dans cette pénombre nouvelle, il reprend sa conversation avec Ksénia.
_ « En effet. Cela m’a paru interminable.
_ Les événements chez Poséidon ont relégué votre réveil au second plan.
_ Je suis une issue de secours si je comprends bien.
_ Absolument.
_ Et qu’attend Apollon de cette issue de secours.
_ Ce que vous savez faire de mieux. Semer la confusion. »
Loki la fixe avec malice.
_ « Je ne suis pas le seul à savoir le faire apparemment.
_ Baldr n’était qu’un moyen d’attirer l’attention d’Andreas. Me faire passer pour une chétive voyageuse qui
