Chapitre 68

Chapitre 68

De retour dans le palais du Grand Pope, Athéna et ses Saints constatent que malgré la bonne volonté des gardes, tout est encore en chantier.
L’odeur de la poussière et du sang hante encore les lieux.
Tout n’est plus que ruines.
Les dalles au sol, sont complètement retournées, voire brisées.
Les voilures arrachées, les murs fissurés et les colonnes effondrées.
Les plafonds ébréchés et branlants.
Pourtant, au milieu de ce désordre, Athéna progresse sans hésiter.
Guidée par la lumière des Cloths d’or des Saints défunts qui illuminent la pièce, elle se recueille devant elles.
Tandis qu’elle verse ses larmes sur chaque armure auprès desquelles elle prend le temps d’adresser ses pensées, de gauche à droite Milo, Aiolia, Shaka, Aldebaran et Mû posent le genou à terre.
Derrière eux, Shaina les imite.
Une fois ses prières achevées, Athéna progresse sur l’estrade où trône au milieu du chambard le siège intact du Grand Pope.
Avec classe, elle pose sa main sur le dossier et affiche, après la peine, une grande assurance.
_ « Shaina, comme nous l’avons fait pour les maisons du zodiaque qui ont le plus souffert, nous confierons aux meilleurs artisans du domaine de réaménager ces locaux. Et nos ouvriers pourront compter sur des soldats pour faciliter la maniabilité des différents poids à transporter et à surélever pour faciliter les travaux. Nos hommes ne devraient pas s’opposer à ces directives n’est-ce pas ?
_ En effet Athéna. Après avoir été dupés, ils cherchent à présent à se racheter auprès de vous. Comme nous tous d’ailleurs, moi compris.
_ Je reconnais bien ta ferveur Shaina. Aussi, si la revue des effectifs entamée avec Mû est juste, je crois savoir qu’il n’existe plus de général des armées.
_ C’est exact, confirme Mû. Phaéton a succombé à ses blessures lors du climax de la bataille d’hier.
_ J’ai pu constater que pour le respect qu’elle impose à ses pairs, Shaina serait toute attitrée pour remplir cette fonction, suggère Athéna. »
Derrière leur déesse, les Saints d’or félicitent entre eux d’un hochement de tête cette décision.
Sous le masque de l’Italienne, des larmes signifient toute la joie que procure une telle intronisation.
Quittant la proximité prise avec le trône du Pope, Athéna avance d’un pas en direction de ses sujets : « Toujours dans le but de réorganiser au plus vite et au mieux mon armée, j’ai besoin de nommer un nouveau Grand Pope. Depuis toujours, j’ai privilégié l’expérience, la pureté de l’âme et la toute puissance d’un Saint d’or pour occuper ce rôle majeur. En l’occurrence, Dohko Saint d’or de la Balance est le plus à même de remplir cette tâche, surprend-elle. »
Aiolia, serre fermement son diadème sous son bras : « Athéna avec tout le respect que je vous dois, nommer le Vieux Maître alors qu’il ne quitte jamais les Cinq… »
La voix rocailleuse du Chinois s’invite à la fête : « Jeune camarade. Même si l’âge et l’expérience de la Guerre Sainte contre Cronos t’ont rendu plus mature, tu as gardé ton tempérament de feu. »
Eternel moqueur, son compatriote Milo ne peut s’empêcher d’adresser un clin d’½il amical à Aiolia.
Le Saint du Taureau, lui, ne peut s’empêcher de rire à haute voix ce qui provoque l’agacement de Shaka.
_ « S’il vous plait. Je pense qu’il est important d’écouter ce que le Vieux Maître a à nous dire par télépathie.
_ Merci Shaka. Je tenais simplement à confirmer que je ne peux quitter les Cinq Pics pour le moment et que vous en comprendrez la raison le jour où je reviendrai parmi vous. Cependant, mon rôle en Chine ne m’empêche pas de suivre ce qui se passe au Sanctuaire. Je vous sais également tous suffisamment responsables pour ne pas avoir également à être sous ma tutelle constante. De plus, Mû sera mes yeux et ma voix lorsqu’il le faudra. »
En ch½ur, Athéna et Mû remercient Dohko pendant qu’Aiolia serre les dents et que Milo, d’un mouvement de tête, lui signifie qu’il partage son incompréhension.
_ « Avant de nous réunir pour entamer la traversée du domaine, poursuit Athéna toujours plus pressée face à la journée débordante qui l’attend, il reste quelques points à élucider. Tout d’abord, il faut s’occuper des sépultures des Saints morts hier. Quel qu’ils soient, il est indispensable de leur offrir une tombe digne de ce nom. Les corps des Saints d’argent et de nos autres adversaires morts au Japon, eux, ont été gardés par la Fondation Graad dont je suis héritière. Je chargerai Tatsumi de les faire rapatrier ici, au cimetière des Saints. Maintenant, je souhaite que les partisans emprisonnés de Saga et de Gigas ne soient pas mis à mort et qu’ils soient au contraire bien traités.
_ Athéna, s’insurge encore une fois le Lion, je me permets de protester. On parle là de tueurs, de criminels qui ont profités de la tyrannie imposée par Saga pour agir à des fins personnelles. »
Attentif, Shaka attend résolument la réponse d’Athéna.
_ « Et qui serons nous si nous leur prenons la vie, demande-t-elle ? Ne serons-nous pas des tueurs qui agissent à des fins personnelles pour assouvir leur vengeance ? Ne serons-nous pas à notre tour des criminels ? Je veux éviter la mort d’autrui. La vie est un don précieux que chaque chevalier doit préserver du mieux qu’il peut. »
L’homme aux yeux clos, passablement tourmenté depuis son combat contre Ikki, affiche une poignante satisfaction à l’écoute de ces mots.

De plus en plus déconcentrée par un bourdonnement assourdissant, la réunion perçoit désormais quelques clameurs.
_ « La foule attend devant les marches des maisons du zodiaque, dit Milo. Honkios et tout le reste du Sanctuaire s’impatiente de votre visite Athéna. On les entend d’ici.
_ Dans ce cas, ne les faisons pas attendre davantage. Après notre visite auprès des Athéniens, je voudrais que des messagers portent la nouvelle de mon retour au Sanctuaire, auprès des différents domaines annexés. Y compris ceux conquis par Saga, l’Egypte et l’Inde, ainsi que les royaumes amis comme ceux du grand nord et Yíaros.
_ Je confirai cet ordre à nos meilleurs hommes, acquiesce Shaina en prenant congés.
_ Parfait. Avant de vous laisser m’emboîter le pas en direction du peuple, dit-elle en descendant jusqu’à ses Saints d’or, j’aimerai te remettre quelque chose Aiolia… »
Pendant que tous patientent les yeux fermés, sages et appliqués, Aiolia plonge les siens dans ceux de sa déesse qui s’est abaissée face à lui.
Habituellement fougueux, il est pris par la tendresse que lui témoigne sa douce bienfaitrice.
Sa mine est apaisée puis curieuse, à mesure qu’elle tend la paume de ses deux mains jusqu’à lui pour lui présenter un pendentif.
_ « Ce présent appartenait à ton frère. Pour calmer les larmes du nourrisson que j’étais la nuit où il m’a sauvé, il me l’a offert. Je crois bon qu’il te revienne après toutes ces années. »
La gorge nouée, Aiolia reçoit le bijou sans savoir quoi répondre. Le félin, transformé en agneau, voit sa vue embuée par les larmes.
L’ensemble de l’assistance est attendri par ce moment qu’Athéna choisit pour clore cette première réunion.
_ « Je vous rejoins en compagnie de Mû dans quelques minutes. »

A mesure que les cliquetis des Cloths des Saints d’or s’éloignent, Mû se relève pour se positionner entre Saori et une intruse dissimulée derrière une colonne.
_ « Il ne reste plus que Mû. Tu peux sortir Marin, annonce Athéna.
_ Merci Athéna de me donner audience. »
Le corps encore marqué par les heurts subis la veille, Marin attend qu’Athéna poursuive.
_ « C’est tout naturel. Après tout, tu as participé à notre victoire. Tu es des nôtres.
_ À vrai dire, c’est de cela dont j’aimerai m’entretenir avec vous. Mais avant toute chose, j’aimerai que Mû garde pour lui ce qu’il entendra ici.
_ Tu as sa parole, comme la mienne.
_ Je suis à la recherche de votre Chouette, Athéna. »
Rien qu’une telle annonce glace le sang de Mû, tandis qu’elle renforce l’attention de la Déesse de la Sagesse.
_ « Comme vos souvenirs vous l’indiquent à mesure qu’ils vous reviennent, vous devez vous rappeler qu’à chaque réincarnation, la Chouette vous suit en compagnie de Pégase. Elle et Pégase sont liés. Cependant, Pégase est arrivé seul au Sanctuaire, affublé de son Jonc. J’ai pu découvrir que le second Jonc, celui de la Chouette, était détenu par l’Olympe. Ce qui signifie qu’il a été dérobé à la Chouette.
_ Celle-ci serait donc hypothétiquement morte, s’interroge Athéna ?
_ Comment as-tu pu découvrir ceci, relève Mû avec son calme légendaire ? Quels sont ces Joncs exactement ? »
Le Bélier parait pour la première fois bien crédule, tandis qu’Athéna se montre tourmentée.
Marin profite alors qu’Athéna soit cloîtrée dans le silence pour éclaircir la situation au Muvien.
_ « Depuis la nuit des temps, pour assurer la victoire à Athéna, la Chouette et Pégase l’accompagnent. Lorsque ceux-ci se réincarnent, pour garder un ½il sur les événements de la Terre, qu’il a confié à sa fille, Zeus fait réincarner son Aigle et son Trait de Foudre. Nous pouvons dire que la Chouette avec l’Aigle et Pégase avec le Trait de Foudre sont jumeaux astraux. Pour rester liés l’un à l’autre, la Chouette et Pégase ont chacun un artefact similaire. Un bracelet qui maintient une plaque où figurent entremêlés les symboles de Pégase et de la Chouette. Cela permet à la Chouette de retrouver Pégase et le réunir auprès d’Athéna.
De leur côté, pour rester liés l’un à l’autre, l’Aigle et le Trait de Foudre ont chacun une clochette. Cela leur permet de voyager librement entre l’Olympe et la Terre. Leur rôle est de veiller à ce qu’aucun Olympien n’interfère dans les batailles que se livrent perpétuellement Athéna, Poséidon et Hadès sans l’autorisation de Zeus. Et qu’Athéna, devenue trop proche des hommes, ne commettent pas d’actes irréparables ni d’affront envers l’Olympe. Zeus veut garantir le juste équilibre des choses. Je suis la réincarnation de l’Aigle de Zeus. Cependant, des membres de l’Olympe ont comploté contre mon frère, le Trait de Foudre, et moi. Ils m’ont dérobé ma clochette durant mon enfance et m’ont ainsi condamné à vivre comme une humaine et à passer pour une traîtresse aux yeux de Zeus en ne me présentant jamais à lui. Lors de l’attaque, mon frère et moi avons été séparés. J’imagine qu’ils ont agi ainsi avec la Chouette et Pégase. Pégase, lui, a eu la chance de ne pas être immédiatement retrouvé et a échappé à ce complot. Heureusement, au moment de son vol, j’ai été frappé par le pouvoir de ma clochette, le Pendentif de Zeus, et ai pris conscience de ma mission. J’ai donc choisi de me rapprocher d’Athéna pour révéler la conspiration qui la vise, elle, ainsi que mon maître Zeus. C’est ainsi qu’en tant qu’Olympienne, j’ai pu surmonter les obstacles et atteindre le Sanctuaire pour y devenir très rapidement Saint. Hélas, le complot de Saga m’empêcha de révéler à Athéna le piège tendu par les dieux célestes. De plus, mon cosmos est en quasi-totalité scellé par les dieux qui m’ont dérobé mon pendentif. Heureusement, l’arrivée de ce petit garçon porteur du Jonc, Seiya, me rendit espoir. Je l’ai formé en l’absence de la Chouette et l’ai suivi jusqu’à ce qu’il vous retrouve, vous Athéna. En même temps, j’ai profité de la présence sur Terre d’Hébé, Déesse de la Jeunesse, pour trouver l’autre Jonc. Grâce à celui que j’avais subtilisé à Seiya durant son entraînement, nous avons pu chercher et localiser le second. Au cours de cette quête, j’étais accompagnée de deux Saints, Apodis de l’Oiseau de Paradis et Philémon du Lièvre, et d’une Alcide, Baucis de la Biche de Cérynie. Tous trois périrent face à un Ange de l’Olympe et Hestia Déesse du Feu Sacré et du Foyer en personne. Hébé même ne pu s’en sortir. Elle se sacrifia pour que je puisse conjurer le mal.
_ De valeureux chevaliers, baisse Athéna les yeux au sol aussitôt après l’annonce de nouvelles pertes… Et une grande divinité… Alors que les Guerres Saintes ne font que commencer…
_ En effet Athéna. En plus des Guerres Saintes que vous mènerez très certainement contre Hadès, voire Poséidon, une bien plus importante vous attend. »
La splendide déité se relève pour dominer ses deux sujets prostrés.
Elle fixe Mû avec détermination : « Il est impératif Mû que tu gardes pour toi tout ce que tu as pu entendre. Quelles que soient les circonstances, jamais tu ne dois évoquer cela.
_ Absolument Majesté. Si j’ai bien compris, ses amis et surtout Pégase sont indispensables à votre succès.
_ En effet, Pégase a toujours accompagné Athéna dans la victoire, ajoute Marin. Il en sera sûrement ainsi à notre époque charnière.
_ Cependant, il n’est pas prêt. C’est un miracle s’il est toujours en vie aujourd’hui. Il lui faudra franchir d’autres obstacles pour monter graduellement en puissance si un jour l’Olympe est notre ennemi. »
La voix fatiguée et pleine de sagesse du Vieux Maître se permet de rejoindre le trio : « Tout à fait. Pardonnez mon intrusion mais en tant que Pope, je ne voulais pas manquer. Rassurez-vous Athéna, comme Mû je garderai le secret pour ne pas tourmenter davantage nos troupes. Là encore le Saint d’or du Bélier a raison. Dans les nombreuses batailles que vous aurez à mener, Seiya et ses amis seront obligés de développer ce que la bataille des douze maisons leur a enseigné. Je présume également qu’Hadès ne tardera pas à se montrer. Alors à cette bataille, et celle-ci uniquement, puisqu’il s’agira d’une des plus éprouvantes, nous devrons prendre le soin de les ménager, car il ne restera certainement plus qu’eux, pour faire face à l’Olympe.
_ Qu’il en soit ainsi. Ils m’accompagneront jusqu’à la Guerre Sainte contre Hadès. »


A quelques kilomètres de là, dans les profondeurs sous-marines de la Méditerranée, les rayons du soleil qui percent le plafond d’eau créent une chaleur humide.
Elle fait dégouliner dans le creux de la poitrine d’une splendide créature des gouttes de sueur au sein du temple de Poséidon, à l’intérieur des appartements réservés aux Marinas.
Blonde, aux formes généreuses, assise nue contre un homme tout aussi simplement vêtu, elle donne la main à son amie, brune, collée contre le dos de leur amant afin de lui baiser le cou.
Enlacés tous les trois, s’enroulant dans les draps noyés de transpiration du général aux cheveux bleus, ils ne peuvent retenir les gémissements que procurent les frottements de leurs corps moites les uns contre les autres…
Appuyée contre l’encadrement de la chambrée aux pierres blanches, une troisième femme observe les échanges passionnés sans pour autant se sentir dérangée.
Couverte de sa Scale rosée, la Danoise aux yeux océan attend sagement que son supérieur achève son râle d’extase.
Aussitôt satisfait, le Dragon des Mers, d’une tape légère, mais non moins autoritaire, sur les fesses de ses partenaires, les renvoie : « Merci mesdames. Vous pouvez retourner auprès des vôtres dans les villages en contrebas. »
Sans se soucier d’elles, il ramasse ses vêtements avant d’appeler à lui ses écailles.
Les nymphes, aux regards concupiscents et à peine gênée par leur légèreté, passent devant Thétis en prenant soin de ne pas la bousculer.
Celle-ci, d’une voix sèche, démontre tout le dédain qu’elle éprouve envers une telle attitude : « Cela fait près d’une heure que vous avez convoqué les Marinas dans la salle d’audience de Poséidon. Ils vous attendent. »
En s’approchant d’un air supérieur après avoir fixé son heaume qui ombre son visage, Kanon passe ses bras contre chaque flanc de l’encadrement de porte comme pour mieux dominer la magnifique Mermaid : « Ces femmes habitent les villages du sanctuaire sous-marin et manifestent leur confiance en notre armée. Tout comme d’autres le font avec certains autres Marinas. Je ne vois pas pourquoi mon comportement t’indignerait le plus ? »
Etrangement attirée par cette assurance qui fait du Dragon des Mers leur meneur, Thétis baisse les yeux pour reconnaître sa supériorité : « C’est simplement que nous avons ressenti différents cosmos s’entrechoquer hier. Le retour d’Athéna en son Sanctuaire et l’absence du retour de Poséidon nous inquiètent. Nous attendons que vous nous éclairiez. »
Elle recule pour le laisser s’engager dans le couloir : « Ne craigniez rien. Le Dieu des Mers et des Océans sera bientôt parmi nous. Et sans que nous ayons à lutter, la Terre sera nôtre. »


Dans le palais ravagé du Grand Pope, les explications de Marin annoncent à Saori l’ampleur de la tâche d’Athéna en cette époque.
L’Olympe sera donc l’issue définitive de toutes les Guerres Saintes livrées sur Terre depuis la nuit des temps. Et pour cela, Athéna aura besoin de Pégase.
Voilà pourquoi il est convenu de préserver Seiya, et à fortiori ses camarades, lors des batailles à venir, notamment celle contre Hadès, afin qu’Athéna dispose de son fidèle destrier en pleine possession de ses moyens lors du combat final.

Un court silence permet de statuer du sort de Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki.
Pendant qu’il inspecte son heaume, pensif, Mû réfléchit à la situation présentée par Marin.
_ « Pour en revenir à l’Olympe. J’ai cru comprendre que tu t’étais rendue à Jamir ?
_ En effet, j’espérais t’y trouver pour interpréter les signes que j’ai vu, lorsque j’étais au contact du sceau qui retenait prisonnier le Jonc de la Chouette.
_ Il semblerait que quelqu’un a su le faire à ma place, sourit-il.
_ Impossible ! Nicol m’a bien dit que… A moins qu’il ne m’ait délibérément menti.
_ Nicol de l’Autel était le disciple d’Arlès, le frère de mon maître Shion. Ces signes ont dû lui paraître évidents. Tout comme il lui paraissait évident, que tu te rendes auprès de Seiya pour participer à l’ascension d’Athéna. Cette fois, il a fait mouche. Donc j’imagine qu’il fera la même chose, à partir des indices que tu lui as laissé.
_ Nicol, se remémore Saori. Il s’agit du Saint qui accompagne Mei de la Chevelure de Bérénice, Yulij du Sextant et ton épouse Médée du Graveur ?
_ En effet, il s’agit des quatre Saints que je vous ai présentés lors de notre revue des effectifs. Kiki m’a dit qu’il les a vus quitter Jamir. En cet instant, je ressens leurs cosmos à l’autre bout du monde.
_ Peut-être devrions-nous envoyer une équipe leur prêter main forte, propose Marin ?
_ Comme l’a préconisé le Vieux Maître, je pense qu’il est plus prudent de nous focaliser sur les dangers à venir, s’y oppose fermement Mû. A moins que Marin ne veuille les rejoindre, le plus important, avant le Pendentif de Zeus, ce sont Seiya et nos amis blessés.
_ Je préférerai que Marin reste auprès de Seiya pour ma part, s’inquiète Saori, comme elle l’a toujours fait jusqu’ici. Puisque nous avons une équipe déjà en investigation loin d’ici, j’aimerai que Marin poursuive les siennes près de nous.
_ Comme bon vous semblera Athéna, accepte l’Aigle.
_ Toutefois, j’aimerai que tu occupes le temps de sa convalescence une autre tâche Marin.
_ Comme il vous plaira.
_ Saga a décimé l’ordre des prêtres. Il a gardé quelques prêtresses. J’imagine, au regard du potentiel que j’ai ressenti chez elles, qu’il ne les a pas épargnées que pour son bon plaisir, mais pour éventuellement s’en faire des alliées, comme c’est le cas avec la seule Saintia nommée ce jour.
_ Vous avez donc remarqué la distance prise par Katya de la Couronne Boréale, remarque Mû.
_ En effet. Il est évident qu’elle partageait avec lui le secret de sa culpabilité. Les autres ayant des capacités, Saga espérait sûrement pouvoir les enrôler un jour. Mais n’en étant pas certain, il n’a pas pris de risques en limitant leur instruction martiale. En ces temps troublés, j’aurai besoin de ma garde rapprochée. Marin, je souhaite que tu formes ces prêtresses afin de pouvoir en faire des Saintias.
_ Tu profiteras de cette occasion pour remettre en question les certitudes de Katya, suggère Mû, puisque Sa Majesté Athéna a jugé bon de ne pas l’emprisonner avec les autres renégats.
_ Ce ne sera pas nécessaire Marin, stoppe Athéna. Je me chargerai moi-même de Katya. Charge à toi dès lors de lui permettre de libérer son plein potentiel une fois que je l’aurai libéré de ses doutes. Tu peux prendre tes quartiers au temple des prêtresses pendant la convalescence de Seiya. »


Toujours en Europe, plus au nord, en Allemagne, l’immense propriété de la famille Heinstein est le théâtre d’un regroupement phénoménal de soldats.
Dominant une forêt abandonnée, vidée de toute vie, dans ce qui s’apparentait autrefois à de magnifiques jardins fleuris, les squelettes d’Hadès montent la garde et s’entraînent dans des corps à corps où les plus faibles sont massacrés sans états d’âme.
Ce lieu, où les rayons du soleil ne percent plus les nuages sans cesse présents, est nourri par quelques faisceaux lumineux verdâtres qui surgissent des entrailles de la Terre et s’envolent vers le ciel. Y balancer les cadavres des Squelettes vaincus est dorénavant la seule occupation de ces guerriers qui attendent avec impatience l’avènement du dieu, pour lequel ils se sont rassemblés ici et envers qui ils ont prêté allégeance.

Pendant ce temps, à l’intérieur même du château, c’est le retour d’une autre divinité qui accapare l’attention de la maîtresse de maison.
Assise sur un petit tabouret dans un hall d’où débouchent divers appartements de la demeure, l’Allemande aux cheveux prune et au visage fermé, glisse ses doigts sur les cordes de sa harpe sur laquelle elle entonne une mélodie en attendant la réunion qu’elle a convoquée.
Le premier arrivé auprès de Pandore n’est autre que Rhadamanthe, suivi de Myu et de Valentine, désormais arrivé lui aussi auprès des Spectres.
Le futur Juge est subjugué par la beauté de sa supérieure que la lumière inonde en passant par le dôme vitré sous lequel elle est positionnée.
Ils sont rejoins par Eaque et Minos, suivis respectivement par Violate et Byaku.
Les trois Juges se positionnent juste devant la s½ur aînée d’Hadès, tandis que les autres Spectres se positionnent derrière.
Peu à peu, vêtus sobrement, débouchant de toutes les portes par lesquelles communique ce hall, arrivent d’autres futurs appelés à porter les Surplis.
Si Dohko ou Shion étaient là, ils reconnaîtraient à coup sûr les visages de Queen, Gordon, Sylphide, Yvan, Rock, Kagaho, Gigant, Fyodor, Cheshire, Wimber et Tokusa parmi tant d’autres. L’espace d’une musique, cent sept futurs Spectres, ayant pris conscience de leur réelle attribution, ont rallié Pandore.
Bon dernier, d’une démarche désinvolte, en smoking et couvert d’un chapeau haut-de-forme, Yoma progresse en esquivant ses semblables prosternés, faisant preuve d’une grande agilité en manipulant avec pitrerie, un plateau sur lequel une tasse de thé attend Pandore.
Une fois celle-ci servie et le majordome parti au loin rejoindre les siens, la ténébreuse jeune femme explique : « Au fil des derniers mois, vous vous êtes tous sentis appelés par une quête essentielle à notre monde. Vous êtes devenus concernés par notre miséricordieux souverain. Sachez que l’heure de la Guerre Sainte est proche. Il n’est plus question que de quelques mois avant que les étoiles maléfiques soient libérées. Et à cet instant, nous pourrons attaquer. Lors de mes nombreuses visites auprès de vos âmes circulant librement dans le Meikai, et de mes entretiens avec Sa Majesté Hadès, nous avons convenu d’un plan. Les récents évènements dans le Sanctuaire d’Athéna renforcent notre stratégie, car dans sa bonté toute naturelle, sa Majesté Hadès refuse de vous voir être blessés au combat. Lorsque l’heure sera venue, se sont ses propres Saints qui prendront la tête d’Athéna… »


Pendant ce temps, au pied des douze marches des maisons du zodiaque, une partie du peuple est amassée en attente de l’arrivée d’Athéna.
La plupart des gens arborent des tenues qu’ils réservent pour les grandes occasions.
Partout au milieu des attroupements se réunissent quelques musiciens.
Dispersés dans la foule, des enfants partagent leurs paniers pour jeter en l’air des pétales de fleurs.
Les villageois les plus festifs, eux, trinquent à tour de bras en partageant les amphores offertes par la guilde des artisans.
Les plus calmes préfèrent les cotillons à l’alcool, ils colorent le ciel des multiples artifices distribués.
Une telle ivresse n’avait pas été vue depuis le 5 mars 1985 et sa Journée Sainte qui s’était achevée en pugilat.

Plus haut, rassemblés dans la maison du Bélier, Shaina, Aldebaran, Aiolia, Shaka et Milo attendent Mû et Athéna.
Toujours très enjoué, le Saint du Taureau caresse les parois de la demeure de son ami en charriant Shaka : « Mû qui aime le calme ne sera pas embêté par les travaux. Contrairement à toi Shaka. Quelques gardes risquent de venir faire du bruit pour la réfection de la maison de la Vierge. »
Le bouddhiste, devenu suffisant ces dernières années, répond cette fois par un sourire timide et sincère. Il se retourne ensuite en direction de sa maison, troublé. Il se perd dans ses pensées : « La sixième maison… Celle où j’ai pu revenir avec Ikki… »

Flashback
Après l’explosion causé par le cosmos d’Ikki, Shaka errait dans une vaste étendue d’une autre dimension.
Étant sans corps, ni esprit, il venait de rentrer dans ce que le bouddhisme appelle Shânta-Bhâva, une atmosphère paisible et sereine, dans laquelle on se sent proche de son idéal choisi. Tout autour de lui, l’univers était visible, tandis qu’en dessous se dressait un parterre de fleurs de lotus.
Il restait ainsi un certain moment quand doucement une silhouette prit forme derrière lui et qu’une présence se fit ressentir.
Cette présence était sereine et emplie de bonté.
Immense, doré et apaisant, Bouddha vint à Shaka.
_ « Mon brave Shaka, je vois que tu souffres d’un grand trouble. Veux-tu m’en parler ?
_ Ô Éveillé, quel bonheur d’entendre à nouveau votre voix. Où étiez-vous ? Je vous ai appelé plusieurs fois, mais vous n’avez jamais répondu. Fallait-il que je meure pour vous entendre de nouveau ?
_ J’ai toujours été présent à tes côtés, Shaka. Et je t’ai parlé. Mais, malheureusement, ton orgueil se dressait entre nous deux.
_ Mon orgueil ? Je ne comprends pas ?
_ Je sais ce qui te trouble l’esprit, Shaka, c’est l’incertitude, le doute. Tu viens de découvrir une nouvelle vérité qui te met dans un désarroi mental. Est-ce que je me trompe ?
_ Non, Ô Éveillé. Vous ne vous trompez pas.
_ Alors confie-toi à moi, Shaka, tout comme tu le faisais durant ta jeunesse et tes débuts dans l’ordre d’Athéna.
_ Je suis un Saint d’or protecteur d’Athéna. Je me bats pour la justice et je ne servirai jamais le mal. Le Pope, sensé être le plus grand protecteur d’Athéna, n’était autre que Saga, cet usurpateur emplit de mal. Et pourtant… pourtant…
_ Continue, mon brave Shaka et n’hésite pas.
_ Quand je fus nommé Saint, j’ai côtoyé à plusieurs reprise le Pope sans connaître sa vraie identité et son acte malsain envers Athéna et j’ai toujours senti de la bonté et de la générosité en lui… parfois même de l’amour. Le peuple l’a toujours aimé sincèrement. Si Saga s’était tourné graduellement vers le mal alors pourquoi moi, Shaka, qui suis capable de voir si une personne est du côté du mal ou du bien, ne l’ai-je pas remarqué ?
_ Ce manque de perspicacité est ce qui te met aujourd’hui en détresse, n’est-ce pas ?
_ Bien sûr ! Je vivais dans la certitude de détenir la vérité absolue, que le Pope était la bonté et la justice même. Mon combat contre Phénix a ébranlé cette certitude. Seul un Saint qui a la justice à ses côtés aurait pu me vaincre et Athéna représente la justice, donc nos jeunes Saints avaient Athéna de leur côté et non le Pope. Ô Éveillé, pourquoi n’ai-je pas ressenti la juste cause du Phénix et de ses amis !?
_ Mon brave Shaka, tu détiens toi-même la réponse à cette question dans tes dires.
_ Je ne comprends pas…
_ Tu as été victime de ta propre certitude.
_ Ma certitude… je ne saisis pas. Le doute est issu de l’ignorance de la vraie nature de toute chose. Cette vraie nature est la vacuité ou bien le vide. Cette vacuité ne signifie pas que les choses n’existent pas, mais seulement qu’elles ne sont rien d’autre que des apparences. L’ignorance de cette vacuité forme avec la haine et le désir, les trois racines du mal qui enchaînent les êtres vivants à notre monde et au cycle des réincarnations. L’ignorance mène au désir qui à son tour engendre la haine. Tout bouddhiste, non… tout être vivant a comme devoir de vaincre ces trois racines, s’il veut atteindre l’Éveil et la libération en ce monde. Comme l’ignorance est la source des deux autres racines, abolir cette ignorance est la première chose à faire et peut ainsi aider à la neutralisation des deux autres. Seule la connaissance permet d’en finir avec cette ignorance et de ce point de vue là, Ô Éveillé, n’est-il pas concevable que la certitude est égale à la connaissance ?
_ Certes, Shaka, la certitude peut être vue comme une forme de connaissance. Mais si tu laisses la certitude prendre le dessus sur le reste, cette même certitude devient une forme d’orgueil et l’orgueil est une forme du désir et donc une racine du mal. »
Derrière Shaka, dans cette atmosphère de sérénité, Bouddha tourna la paume de la main gauche vers son corps, celle de la main droite vers l’avant. Le pouce et l’index de chaque main formèrent deux cercles qui se touchèrent légèrement. C’est le Dharmachackra-Mudrâ, appelé aussi Tenpo Rin In, le geste avec lequel le Bouddha indique qu’il est sur le point d’enseigner une chose importante.
_ « Durant ton enfance et en tant que jeune Saint, tu n’excluais pas le doute de ton esprit et tu évitais de poser tes opinions comme des certitudes. C’est ce mélange de doute et de certitude qui te donnait la faculté de lire dans le c½ur des hommes et de voir s’ils étaient du côté du bien ou du mal.
_ Mais alors, comment se fait-il que je me sois trompé au sujet de Saga ?
_ De part sa gémellité, Saga possédait aussi bien le mal que le bien en lui. Fort heureusement pour lui, durant la plus grande partie de son imposture en tant que Pope, le bien régnait en lui. C’est cette bonté, que tu as ressenti lorsque tu étais encore un jeune Saint. A force de sentir ce bien et les sentiments des autres, tu t’es progressivement bercé avec l’idée que tu détenais la certitude de la vérité absolue. C’est là que cette certitude a fait naître l’orgueil en toi et que ton aveuglement pour la vraie vérité prit place. Et l’aveuglement n’est rien d’autre qu’une forme d’ignorance, la racine qui engendre les deux autres qui forment l’obstacle à l’Illumination.
_ Je vois. Phénix savait que Saori était Athéna et cela fut la cause de la détermination que j’ai ressenti en lui durant notre combat. Il était prêt à mourir afin de vaincre son adversaire. En se sacrifiant, il a non seulement remporté la victoire sur moi, mais également sur mon ignorance et il m’a ouvert au doute.
_ En laissant de nouveau la place au doute dans ton esprit, tu es retourné au stade de ta jeunesse, où tu étais bien plus abouti que tu ne l’es maintenant. Si tu es capable de comprendre cela et de persévérer dans cet aboutissement, tu seras réellement l’homme le plus proche des dieux.
_ Merci beaucoup, dessina Shaka un sourire aux lèvres, Ô Éveillé, de m’avoir guidé par votre sagesse à l’origine du trouble dans mon esprit. Je sais maintenant ce que je dois faire.
_ Bonne chance, Shaka et à bientôt. »
La présence du Bouddha se dissipa dans l’univers.
Shaka avait retrouvé une paix intérieure et décida d’agir en retrouvant sa demeure et en expiant sa faute auprès d’Athéna...
Flashback

Le souvenir de sa défaite hante suffisamment le Saint d’or pour lui rappeler les décès de ses disciples Shiva et Aghora : « Pardonnez mes certitudes. Elles auront eu raison de vous. »
Aussi, l’image d’Hasu, la Sainte de bronze de la Couronne Australe, avec laquelle il aura partagé quelques instants charnels, le poursuit : « Quant à toi, Hasu, c’est mon arrogance qui t’aura détourné de ton amour pour Algol. Tu es morte seule, par ma faute. Si seulement j’avais su t’écouter… »
Les propos d’Hasu alors qu’il mettait un terme à leur aventure lui reviennent : « Quand je suivais tes enseignements, j’appréciais le fait que tu n’exclus pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification… Un jour tu perdras ton invulnérabilité. Etre un Saint d’or proche des dieux, n’enlèvera rien au fait que tu puisses rencontrer quelqu’un dont le c½ur et la conviction te fassent vaciller. Et j’espère que ce moment te forcera à reconsidérer tes positions actuelles. A cet instant, je serai disposée à te recevoir de nouveau chez moi. »
Le natif de la Vallée du Gange baisse sa tête, amer : « Tu avais raison. Et tu n’étais pas la seule. Mon amie Mayura Saint d’argent du Paon aussi. »
Le souvenir de paroles blessantes lors d’une dispute avec Mayura lui revient en mémoire. Il se souvient de ces derniers mois, où Bouddha ne venait plus à lui, sans qu’il sache intelligemment s’interroger. La veille de sa mort, Mayura lui asséna : « T’es-tu demandé si l’absence de réponse de Bouddha ne serait pas plutôt que Bouddha ne te trouve plus d’intérêt ? Et qu’une remise en question te ferait le plus grand bien ? »
Soudain, l’arrivée du propriétaire du temple du Bélier, accompagné d’Athéna et Marin sort Shaka de sa léthargie : « Hasu, Mayura… Mon plus gros regret est que vous ne soyez plus là pour que je reconnaisse mes torts devant vous. »
 
Ses Saints remarquent que pour l’occasion, Saori est affublée d’or par-dessus sa robe immaculée.
Un bracelet, un collier et un diadème doré accompagnent la fine ceinture qui enserre sa taille. Cette tenue ressort à merveille avec son sceptre et lui donne davantage de majesté en plus de faire honneur à ses courbes.
Shaina, inquisitrice, remarque : « Marin ?! Tu étais présente au sein des douze maisons ?
_ Hum… Athéna m’a autorisé à me reposer à l’intérieur de ses appartements. »
Inopinément, le bruit de trompettes évite à l’Aigle de pénibles excuses.

Devant les marches, le public recule.
Sur les flancs, à chevaux, arrivent les soldats les plus gradés, les caporaux.
A pieds, derrière eux, armures nettoyées, lances et boucliers à la main, les gardes suivent en rangs.
En membre d’honneur, habillé de son plus beau costume, Tatsumi suit la marche en compagnie de ses nouveaux acolytes, avec parmi eux son frère de c½ur, le père adoptif de Kyoko et Shoko.
Avec discipline, ils se positionnent entre les escaliers de pierre et l’assistance qui admire le défilé.
Quelques minutes après, des applaudissements accompagnent l’arrivée des Saints de bronze. Jabu, Ichi, Nachi, Ban et Geki progressent avec noblesse jusqu’aux premières marches, forçant la reconnaissance des soldats qui s’inclinent devant les Japonais suivis de trois autres Saints de bronze qui leur sont inconnus. Les deux premiers, Retsu du Lynx et Mirai du Petit Chien, sont rappelés de mission pour l’occasion. Enfin, le forgeron du Sanctuaire, Saül Saint de bronze de l’Atelier du Sculpteur ferme la marche.
Les huit chevaliers de bronze s’agenouillent sur le premier pallier des marches, à mi-chemin vers la maison du Bélier.
Le rythme des vivats s’accélère quand les ombres de Marin et Shaina prennent forment sur le parvis de la demeure. Les Saints d’argent s’installent à genoux, trois marches plus en bas, en direction de l’entrée sombre en attendant les derniers remparts.
Elles sont rejointes par Georg de la Croix du Sud et Juan de l’Ecu, revenus avec Retsu et Mirai.
Les bravos deviennent des acclamations quand les cinq Saints d’or se positionnent en arc de cercle devant les quatre derniers Saints d’argent.
La foule n’en peut plus, les gens tapent des mains, des pieds, s’égosillent jusqu’à ce qu’ils aperçoivent d’abord le sceptre de la déesse resplendissante illuminé par le soleil.
Enfin, la silhouette gracieuse d’Athéna, dégageant une impériale grandeur, inonde le peuple de tout son éclat. Il se prosterne aussitôt.
Kiki quitte l’assemblée pour se téléporter aux côtés de celle qu’il a connu comme étant simplement Mademoiselle Kido. Après un effort de concentration inouï, il fait venir le Bouclier de la Justice aux côtés d’Athéna qui le tient fermement sous sa main gauche.
Enfin, seul élément irrévérencieux, il écarte grand les bras, rassuré par le grand sourire que lui adresse Saori, et libère un puissant : « Hourra ! Hourra ! Vive Athéna ! »
Aussitôt, des confettis et des colombes sont lâchés dans le ciel, le peuple saute, exulte.
A chacun de ses sujets, Athéna adresse un sincère sourire.
Tour à tour ses chevaliers, toujours inclinés, s’échangent une mine désormais soulagée.
D’abord les Saints d’or, puis ceux d’argent, et ensuite ceux de bronze, se lèvent après qu’Athéna passe devant eux.
Elle descend une à une, avec raffinement, les marches jusqu’à poser un premier pas sur Honkios.
Immédiatement, comme dans tous les autres villages par la suite, un groupe d’enfant vient l’accueillir avec un bouquet de fleur. A chacun, elle caresse la tête tendrement.
A chaque vieillard elle serre passionnément la main.
A tous les habitants qu’elle rencontre, elle réchauffe leurs c½urs de son cosmos bienfaiteur.
Derrière elle, l’armée toute entière réunie, se disperse peu à peu, à mesure qu’ils progressent, dans chaque secteur qui est donné à l’administration d’une faction.
Les Saints, eux, patientent devant tous les temples croisés où Athéna va se recueillir.

Tandis qu’Honkios se désemplit, la foule suivant les pas d’Athéna, la silhouette parfaitement tracée de Katya dans sa toge légère fixe avec dédain le départ de la déesse.
Comme une quinzaine d’autres, pour la plupart des soldats, elle goutte peu aux réjouissances et, comme si elle les menait, d’un signe de la tête, les enjoint à la suivre en direction du cimetière des Saints.


Au dehors du Sanctuaire, en Grèce, sous l’Aréopage touristique, le domaine d’Arès est d’un étrange calme relaxant.
Dehors, sur l’îlot entouré de lave où se dresse la forteresse du dieu, Atychia et Tromos, les deux Berserkers de Vasiliás, s’exercent parmi leurs hommes, sans entendre les vents puissants de l’orgue d’Arès rythmer les lieux.
Ils se félicitent des progrès de leurs sujets.
_ « Notre armée est désormais prête, ça ne fait aucun doute. Lorsque Vasiliás aura récupéré l’armure d’Arès, nous pourrons marcher sur le Sanctuaire, assure fièrement Atychia. »
Le géant de deux mètres quatre-vingt-trois ne portant qu’un voile blanc ceinturé à la taille pour lui former une jupette, approuve la Bulgare aux cheveux tressés : « Nous n’attendons plus que cela pour écraser Athéna, en effet… »

A l’intérieur du palais, sur l’estrade qui domine l’espace et sur lequel trône Arès, le Dieu de la Guerre échange avec son général revêtu de sa Nightmare de la Royauté : « … et désormais tout devrait s’accélérer c’est bien ça Vasiliás ?
_ En effet. Dès que le Sanctuaire sera attaqué par ses propres hommes sous l’égide d’Hadès, je pourrai me rendre au Meikai pour récupérer votre armure. Et c’est là, et seulement là, que nous attaquerons le Sanctuaire.
_ Il me semblait qu’il était convenu que nos hommes attaqueraient le Sanctuaire, pendant que tu serais au Meikai.
_ C’est ce qui a été convenu en effet avec le Spectre que j’ai rencontré. Cependant je ne lui fais pas confiance. Tout comme je n’ai pas confiance aux chances de victoire d’Hadès contre Athéna. Dans tous les cas, si nous attaquons le Sanctuaire pendant la bataille entre Athéna et Hadès au Meikai, le gagnant nous prendra à revers une fois la bataille aux Enfers terminée.
_ Tu vas donc trahir tes engagements ?
_ Ce ne sont là que des promesses non tenues envers un dieu auquel je ne crois pas. »
Le dieu, vêtu d’une longue toge blanche par-dessus son imposant torse nu et son pantalon rouge, se lève fermement de son siège. Ses cheveux hirsutes, couleur sang, et ses épais sourcils noirs allant à merveille avec ses yeux rouges, donnent à son visage une inquiétante sévérité.
_ « Et moi ? Suis-je un dieu auquel tu crois ?
_ Je crois en votre promesse de me faire roi de cette planète. Une planète où votre soif de sang sera assouvie par la mise à mort de tous les criminels. Si votre parole tient toujours, mon allégeance également.
_ Parfait. Tu peux disposer. »
Le Berserker de la Royauté s’exécute solennellement avant de partir s’enfermer dans ses appartements au sommet du temple en forme de cône.
Sa Nightmare retirée, il se laisse tomber sur son lit, les bras en croix, en soufflant : « Ksénia… Où es-tu ? J’ai tant besoin de toi, de tes conseils. Je sais qu’Arès n’est pas quelqu’un de confiance. »

En bas, pensif, Arès ignore tout de la présence de ses servantes qui se vautrent dans la luxure à ses pieds.
Il pense : « Helénê… Ange de l’Olympe… Tu as mis ce Berserker de la Royauté dans mon sillage. Il m’apportera la victoire, Eris me débarrassera ensuite de lui et de ses sujets complaisants, l’Olympe me donnera la gloire, et j’apporterai à cette Terre le désespoir. Je t’en remercie. »


A la Source d’Athéna, dans le temple où reposent Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, les prêtresses passent quelques linges humidifiés sur les fronts des héros pour faire chuter leur fièvre.
Un petit peu trop collée à elle à son goût, Erda chasse Xiao Ling : « Va donc t’occuper de ton Saint, la congédie-t-elle ! »
Cette saute d’humeur face à l’intérêt persistant que la Chinoise porte à son aînée amuse beaucoup Mii, Maria et Shoko.
A cela, la suspicieuse Erda rajoute : « D’ailleurs on s’en sortirait mieux si Katya daignait nous aider ! Où peut-elle encore bien être ?! »
A l’annonce de l’absence de sa s½ur, Maria baisse honteusement la tête.
Mii et Xiao Ling, devinant la peine de Katya suite à la perte du Grand Pope Saga auprès de qui elle était dévouée, préfèrent taire le sujet.

Guillerette, elle, Shoko ignore complètement la remarque.
Elle bouge aussi délicatement que possible le corps de Seiya afin de lui éviter des escarres.
La langue tirée au coin des lèvres, signe de concentration, la maladroite Shoko s’applique.
Elle prend sa mission très à c½ur en hommage à Seiya.
Elle se souvient encore du jour de leur rencontre…

Flashback
Le calme était redescendu dans les travées du colisée ce 16 septembre 1986.
Un colosse dont l’envergure donnait l’impression qu’il faisait deux fois la taille de son adversaire restait cloué au sol.
Fébrile, accroupi dans une mare de sang, Cassios se tenait la tête en grommelant de souffrance.
Sous ses pieds, son oreille gauche flottait dans la flaque d’hémoglobine.
Comme Shaina et les soldats, Shoko n’en revenait pas.

Désignée au ravitaillement du temple des prêtresses, l’aspirante Saintia profitait comme souvent de son passage à Honkios pour guetter les combats qui s’y déroulaient.
Celui de ce jour lui parlait davantage que les autres, car ce jeune Seiya affrontait le géant Cassios pour l’armure de Pégase. Pégase n’était autre que l’emblème du collier qu’elle partageait avec Kyoko.
Dès qu’elle reconnut la Pandora Box de Pégase, Shoko ne put s’empêcher de serrer fort dans la paume de sa main le collier en se remémorant le douloureux souvenir du réveil d’Eris en Kyoko.
Pégase symbolise pour Shoko la voie des Saintias qu’elle a choisi pour laver l’honneur de sa s½ur.
Et l’assurance du Japonais qui faisait face à Cassios la convainquait que, même face à un géant, un homme peut surmonter les obstacles pour devenir ce qu’il souhaite au fond de son c½ur.
Seiya martelait de coups Cassios et le faisait à nouveau chuter genoux à terre.
Absorbée par l’assurance dont faisait preuve le futur Saint, Shoko s’en mit à mimer ses mouvements sous les regards inquisiteurs des soldats venus encourager Cassios sous l’influence de Shaina.
Menue dans sa robe immaculée, la maladroite prêtresse fut pourtant une des seules à reconnaître les coups portés à la vitesse du son de Seiya.
_ « Ryu Sei Ken, murmura-t-elle… »
Tandis que Cassios était soulevé du sol par la pluie de coups, elle regarda son pendentif et corrigea : « Pegasus Ryu Sei Ken… Des Météores… Comme j’ai pu le faire le jour où la Cloth de ma s½ur m’a vêtu pour me protéger… Je dois parvenir à les reproduire si comme Seiya je veux atteindre mon but… »
Tandis que Saga, sous l’identité de Shion, rappelait à Seiya le rôle d’un Saint, Shoko, était dévisagée par les rageurs partisans de Cassios.
Elle s’éclipsa donc discrètement.

Passant par les fondations au ciment craquelé des gradins, elle faisait tournoyer au bout de ses doigts sa chaîne pour balancer comme une fronde le bijou de Pégase en son extrémité.
Une fois de plus l’étourderie la rattrapa lorsque, perdue dans ses pensées, elle heurta une caisse lourde et métallique qui lui barra la route.
Seiya, pressé par Marin de quitter le stade hostile maintenant qu’il était Saint, coupa la route à la distraite Shoko. Celle-ci percuta alors frontalement la Pandora Box de bronze et en tomba à la renverse, perdant durant le choc sa parure.
Alors que le collier partait en direction de la foule qui s’amassait en direction des issues, Seiya retarda sa fuite pour s’en saisir.
Hagarde, Shoko ne put retenir une larme en découvrant que c’était Seiya en personne qui lui tendait son bijou.
_ « Ca ne va pas ? Désolé, je ne pensais pas t’avoir blessé.
_ Ah… Euh… Pardon, je n’ai rien, c’est juste que c’est un souvenir de ma grande s½ur. Que ce soit le nouveau Saint de Pégase qui m’évite d’égarer cet objet dont le Pégase est l’emblème, je trouve ça plutôt cocasse. D’autant plus que votre combat m’a profondément inspiré.
_ Vraiment ?
_ Oui. Ma grande s½ur a fait les mauvais choix et est partie très loin de moi. Désormais, je tente tout pour laver son honneur et le courage dont vous avez fait preuve aujourd’hui Saint de Pégase m’a rappelé que, même si les obstacles paraissent infranchissables, je dois persévérer.
_ Je t’en prie, appelle moi Seiya. Je vois que malgré la douleur qu’a causé ta s½ur dans ton c½ur, tu lui portes tellement d’amour que tu tiens à redorer son nom. Moi aussi j’ai une s½ur aînée. On m’a séparé d’elle dans j’étais tout petit. Je ne sais pas où elle est aujourd’hui. Il m’est arrivé de penser que je ne la reverrai plus jamais. Mais je veux y croire. Ma s½ur est quelque part et elle veille sur moi en pensée. Et un jour je la reverrai j’en suis sûr ! Alors en attendant ce jour, quoi qu’il arrive, je me battrai et je vaincrai ! »
La voix de Marin le rappela avec autorité : « Seiya ! »
Déjà sous un arc de pierres servant de sortie, son professeur ne souhaitait pas tarder davantage en territoire inamical. A l’autre bout, Shaina et ses hommes débarquaient.
Alors qu’il lui tournait le dos pour reprendre la route de Paesco, Shoko l’apostropha une dernière fois : « Seiya ! Moi… Moi aussi je me battrai ! Merci ! »
En guise de réponse, il leva le pouce en l’air avant de disparaître au milieu de la foule…
Flashback

Réajustant les draps sur le corps bandé de Seiya, Shoko sourit instinctivement. Elle aussi va déployer ses ailes comme lui pour atteindre son but. Avec le retour d’Athéna et les efforts qu’elle va encore décupler, un jour, bientôt, elle se battra à ses côtés…

Author Topic: Chapitre 68  (Read 756 times)

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