Chapitre 65

Chapitre 65

La porte du studio où a emménagé Seiya, situé au bord de la baie de Tokyo s’ouvre délicatement. 
A la Yacht House, les lampadaires de la rue illuminent par la fenêtre, restée ouverte, le modeste logement du chevalier.
En s’asseyant sur le bord du lit, Miho grelotte : « Qu’est-ce qu’il fait froid ! »
La nuit du 19 au 20 décembre 1986 est particulièrement fraîche, même pour quelqu’un capable de surmonter ce frimas grâce au cosmos.
Seiya se rapproche de l’encadrement pour fermer les fenêtres : « Je ne pensais pas que je partirai si longtemps aujourd’hui, sans quoi j’aurai fermé les carreaux. »
Il se précipite vers sa kitchenette pour y allumer un radiateur : « L’atmosphère devrait se réchauffer rapidement à présent. J’aurai préféré rester à l’orphelinat mais Makoto, Tatsuya et Akira ne nous auraient jamais laissé tranquilles. »
Miho rit avec charme : « Ils s’inquiètent beaucoup pour nous. Ils ont failli se faire mal, en chutant de l’arbre où ils nous espionnaient tout à l’heure. »
Pendant qu’il fait chauffer de l’eau dans une bouilloire, Seiya relève : « Du souci pour nous ?
_ Oui… Je veux dire… Ils souhaitent tellement que tu restes auprès de nous, suggère Miho toute gênée. »
Peu enclin au romantisme, Seiya se contente d’acquiescer d’un : « Ah ! »
Néanmoins, sa bonté naturelle lui permet de venir auprès de Miho toute frigorifiée. Il défait son lit pour l’emmitoufler dans ses draps : « Tu as si froid que ça ?
_ J’ai plus peur que froid.
_ Peur ?
_ Tu ne reviendras pas n’est-ce pas ?
_ Je te l’ai dis tout à l’heure à l’orphelinat Miho, je n’ai pas l’intention de mourir, loin de là.
_ Mais tu resteras avec elle alors ? »
Pégase réalise l’allusion faite à Saori. Alors que cela semble être une évidence pour son amie d’enfance, il lui faut la déclaration de sa camarade pour se sentir bouleversé au fond de lui.
_ « Saori, songe t’il quelques instants. »
Toutefois, sa mission et la réalité à laquelle elles le confrontent le ramène à lui : « Je suis un chevalier au service d’Athéna. Lorsqu’elle aura récupérée la place qui est sienne, le monde se portera mieux et la paix régnera. Elle n’aura plus besoin de moi, alors je pourrai revenir ici pour chercher ma s½ur tout en… étant auprès de toi. »
L’éducatrice profite que Seiya soit positionné à ses côtés, pour lui poser les mains sur son jean. Les yeux teintés d’émotion, elle lui transmet cette envie si pressante de se sentir contre lui.
Elle approche ses lèvres des siennes, pour réaliser enfin, ce que les enfants de l’orphelinat l’ont empêchés de faire tout à l’heure. Guidé par les sentiments amoureux de Miho, Seiya se penche en avant pour exécuter naturellement le baiser tant attendu par elle.
La gorge sèche de l’amoureuse Miho l’empêche de respirer. D’ailleurs elle ne respire plus, le temps se suspend en cet instant où la novice s’abandonne à Seiya.
Alors que leurs lèvres se frôlent, le bourdonnement de la bouilloire fait bondir Seiya : « L’eau est en ébullition ! Je pense qu’un bon thé te réchauffera ! »
Expérimenté après des heures passées aux côtés de Filia, cette fille de marchand d’Honkios avec laquelle il découvrait les joies de l’amour, Seiya se dérobe des attentes de Miho.
_ « Puis-je me permettre de lui donner ce qu’elle désire, sans pouvoir assumer les sentiments qu’elle a pour moi ? Elle est plus qu’une amie après tout, comment ne pas la blesser, réfléchit-il en préparant l’infusion ? »
Brusquement, autour de sa taille, les bras fins de la jeune femme l’enserrent. Trop perturbé par le choix qui s’offre à lui, Seiya, pris par surprise, sursaute.
Il repose le récipient bouillant dans l’évier et la regarde droit dans les yeux. Il ouvre la bouche pour s’excuser, lorsqu’elle le devance : « Suis-je belle Seiya ?
_ Ou… Oui… Oui, tu es sublime.
_ Crois-tu que je suis toujours la petite fille que tu as connue ?
_ N… Non. Non nous avons grandi et… »
Elle se met sur la pointe des pieds et lève son visage pour venir cueillir ses lèvres, tout en l’acculant contre le plan de travail de sa cuisine.
D’un mouvement de bras hésitant, il renverse une tasse et s’ébouillante la main. En sautant comme un fou dans tout l’appartement pour manifester sa douleur, et notamment se défaire de l’étreinte, Seiya simule affreusement.
Bien décidée à se donner à lui, elle se précipite sur la main dont il se plaint pour l’embrasser. De ce geste tout d’abord anodin, elle glisse suavement les doigts de Seiya dans sa bouche. Le mouvement de va et vient pratiqué lascivement ne laisse pas le Saint de bronze insensible.
Voulant une dernière fois la prémunir, Seiya prend la parole : « Miho je… »
Cependant, elle la lui reprend en se dépêchant de se hisser jusqu’à lui pour lui baiser les lèvres.
Langoureux, ce baiser est suivi de caresses sensuelles qui permettent à Miho d’apprécier le physique athlétique de celui dont elle est éprise.
Sans cesser leurs étreintes, ils se rapprochent du lit, s’enroulent dans les couvertures, se frottant l’un l’autre de plus en plus fort afin de stimuler leurs désirs.
A son tour, en lui ôtant ses vêtements, Seiya juge des courbes douces et généreuses de celle contre qui il n’est pas parvenu à lutter…


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’intérieur de la taverne, les heures ont défilé depuis l’arrivée des chevaliers.
Les réserves de boisson sont loin d’être vides et cela motive les clients à s’adonner davantage à la fête.

A l’étage, Mei, assis sur son lit en natte, tapote du pied sur le plancher : « Quand vont-ils arrêter leur vacarme ? Je suis exténué après tous ces jours passés à voyager ! »
Dénudée, Yulij profite de l’eau fraîche qui lui a été apportée dans un grand récipient pour achever sa toilette : « De quoi te plains-tu ? Je ne nous trouve pas si mal tombés. Alors que le secteur est hostile, nous sommes hébergés dans une ambiance cordiale et dans des conditions de vie acceptables. »
Mei se lève en retirant son maillot, il vient coller son torse nu contre le dos de sa concubine et l’entoure sous sa poitrine frissonnante avec ses bras : « Si tu veux mon avis, cette sympathie est anormale. J’ai l’impression qu’ils en font trop et Nicol a dû le remarquer également.
_ Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
_ Le manque de curiosité de notre hôte. Il n’a pas cherché à savoir qui nous sommes, ni ce que nous venions faire dans la région.
_ C’est un commerçant. Il n’a pas voulu nous embêter. Tant que nous payons. »
Mei croque sensuellement l’intérieur du cou de sa compagne, dont les fins sourcils dessinent une totale docilité.

Au rez-de-chaussée, Iuitl refuse quelques pas de danses avec un homme à la peau ébène et aux origines lointaines. Elle préfère saupoudrer le dessus d’un verre de tequila de sel et préparer une rondelle de citron vert.
Elle verse l’alcool au milieu des huit autres verres déjà bus par Nicol. Le Saint d’argent garde les yeux revolvers de Iuitl dans sa mire, lèche le sel, boit ce neuvième verre d’un seul trait, puis mord dans le citron.
_ « Autant de verres en si peu de temps ! La nuit va s’achever sous peu si ça continue.
_ Je pense que d’autres verres feront l’affaire. Tant que Médée s’amuse, je préfère ne pas la laisser seule.
_ D’ailleurs, pourquoi est-elle voilée ? Venez-vous d’un pays où le culte religieux l’impose ? »
Nicol, d’un geste amusé, imite avec ses doigts un pistolet qui tire en plein sur la Mexicaine : « Bien joué. Première question qui nous est posée sur nos origines, depuis que nous sommes arrivés.
_ Je ne voulais pas vous sembler impolie.
_ Ce n’est pas le cas. C’est simplement que je trouve suspect le fait qu’Ichtaca nous offre l’hospitalité sans même savoir qui nous sommes. »
Iuitl libère une mine mélancolique. Elle caresse machinalement avec son index le dessus de la main de Nicol : « Tu sais, les visites ici, ça va, ça vient. Parfois tu crois tomber sur des gens formidables qui enrichiront tes connaissances, ta personnalité. Puis dès le lendemain, ils reprennent la route. Tu ne les vois plus jamais et eux, ils t’oublient dès qu’ils ont tourné le dos à Icnoyotl.
_ Tu sembles affectée par ces mouvements incessants de touristes.
_ Oh ! Nous sommes une humble tribu agricole. Hormis cette taverne, dehors, les paysans mènent une vie laborieuse et obscure dont l’horizon se limite généralement à notre établissement, notre famille, nos champs et nos bêtes.
_ Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. »
Elle se lève et lui tourne le dos : « Ce n’est rien, après tout demain tu seras déjà loin. »
Nicol baisse timidement la tête, navré d’avoir échoué dans son approche : « Peut-être pas. Nous sommes ici pour visiter les environs. Nous espérons voir quelques espèces protégées. »
Elle ne répond rien et charge une autre serveuse d’apporter un nouveau verre à Nicol.

Plus loin, Médée tourne, tourne, rit, chante, tourne à nouveau. Elle s’amuse autour d’un sombrero posé au sol et change à tours de bras de partenaires toujours dans la bonne humeur.
Soudain, dans le rythme, elle se retrouve au bras du propriétaire : « Alors comment trouvez-vous l’endroit, s’intéresse enfin Ichtaca ?
_ Hormis votre plancher sur lequel je danse depuis tout à l’heure, je n’en ai pas encore vu grand-chose. »
Il s’arrête et gratte sa barbe brune, tout en sortant une cigarette roulée par ses soins qui traîne dans sa poche : « Vous venez à table la fumer avec moi ? »
N’oubliant pas que l’investigation est le but premier de sa présence ici, Médée accepte : « Je ne fume pas, mais ça sera avec plaisir que je profiterai de votre compagnie. »
Sans même qu’il n’ait besoin de le demander, Ichtaca est reçu par un serveur qui apporte à chacun la mole poblano.
_ « Qu’est-ce donc, suspecte Médée en prenant le couvert qui accompagne l’assiette ?
_ Du poulet à la sauce au chocolat épicé. Une spécialité. Vous auriez tort de vous en priver.
_ Ce n’est pas mon intention. Mais dîtes-moi, je suis étonnée de voir une telle manifestation festive le jour de funérailles.
_ La plupart des gens présents dans ce bar sont des voyageurs. Et pour les locaux ici présents, ils se moquent des conséquences que peuvent avoir les rituels des adeptes de Tezcatlipoca. Ils veulent vivre de façon moderne, sans se soucier de ces légendes ineptes.
_ Puisque vous pleuriez cet enfant, dois-je en déduire que vous faites partis des croyants à Tezcatlipoca ?
_ Depuis l’origine de notre lignée, je suis rattaché à cette terre. J’ai vécu dans ses croyances et j’y vis encore. Je suis croyant sans être un réel pratiquant… »
Il montre sa cicatrice au visage, tout en recrachant sa fumée : « … Vouloir pratiquer cette croyance, c’est sacrifier beaucoup de soi.
_ J’ai l’impression de remonter des souvenirs douloureux. Je ne veux pas…
_ Non, non, ce n’est rien. Ma femme, mon fils et moi étions fidèles à Tezcatlipoca. Lorsqu’il fut en âge de devenir un guerrier Jaguar, un soldat au service de notre dieu comme le préconise Tezcatlipoca lui-même, mon fils perdit la vie comme cet enfant de tout à l’heure. J’ai alors renoncé à ce culte, au prix de perdre mon épouse. Elle est partie il y a des années à la recherche de la citée de Tezcatlipoca, Citlali.
_ Et cette citée, elle existe vraiment ?
_ Tous ceux partis à sa recherche ne sont jamais revenus.
_ Qui étaient ces gens ?
_ Des gens comme ma femme. Des gens prêts à devenir des Jaguars. »
Derrière eux, un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, ramasse les restes sur une table vide. Il se délecte de la conservation, en laissant pendre sa très grande langue. Très vite, il ramène les verres couchés jusqu’au comptoir où il croise Iuitl envers qui il hoche la tête sommairement.

Exténuée, Médée finit par gagner sa chambre après avoir salué Ichtaca, auprès de qui elle n’a pas pu en s’avoir plus.
_ « Ce n’est pas grave, lui répond Nicol dernier attablé. »
Autour d’eux, la taverne se vide.
La musique perd en intensité, les musiciens cessant un à un de jouer de leurs instruments, le temps de finir leurs verres et rentrer chez eux.
Les tables sont débarrassées, le comptoir nettoyé.
Les étrangers regagnent leurs chambres, tandis que les villageois rentrent chez eux.
Son service terminé, Iuitl laisse son tablier sur le zinc et salue le patron d’un geste de la main.
Dehors, Nicol la rejoint : « Tu vas rentrer seule ? »
Iuitl, encore vexée, ne daigne même pas le regarder : « Tu veux me porter sur ton dos ?!
_ C’est juste que tous les hommes sont rentrés ensemble. Nous sommes au beau milieu de la nuit et en venant ici j’ai entendu des rumeurs d’enlèvements et de sacrifices. Alors…
_ Alors tu es venue me protéger ? Mais toi, qui te protégera quand tu m’auras ramené et qu’il te faudra rentrer seul chez Ichtaca ? »
Nicol aurait aimé lui répondre qu’il serait envisageable de passer la nuit avec elle, mais sa bonne éducation l’en empêche. Finalement, il la laisse à sa folle humeur et rebrousse chemin.

Seule, dans la nuit noire, Iuitl traverse les rues, sous le regard inquisiteur du mystérieux serveur à la langue bien pendue.

Dans la taverne, à l’étage, sur le pallier, Médée passe sa tête par la porte de sa chambre entrebâillée pour intercepter Nicol : « Pst ! »
Nicol, prit de panique, se cramponne la poitrine : « Ah ! Médée ! Bon sang, ce que tu m’as fait peur ! »
Un fou rire nerveux s’empare de Médée et contamine Nicol.
Après quelques minutes d’enfantillages, elle chuchote : « Ichtaca, c’est un ancien adepte de Tezcatlipoca.
_ Bien joué. Pour ma part je n’ai pas réussi à glaner la moindre information. Il nous faudra concentrer nos efforts sur Ichtaca dans ce cas. Nous n’avons que cette piste pour l’instant. »


En sortie de Tokyo, à la Yacht House, le soleil du 20 décembre 1986 perce à travers la fenêtre du studio du Saint de Pégase.
Le sommeil est venu tard pour Seiya.
Le jour déjà haut dans le ciel, baigne le petit appartement d’une lumière agréable pour un mois de décembre. Ses rayons viennent chatouiller les paupières du locataire profondément endormi, ainsi que celles de Miho paisiblement reposée contre son ami.
Lorsqu’il revient parfaitement à lui, Seiya bondit, redressant par la même occasion sa jolie compagne qui défait sa ferme poitrine chaudement collée à son torse nu.
Il regarde l’heure sur son réveil et s’inquiète : « Mince ! Je vais être en retard ! »

En tenue d’Adam, il traverse la pièce pour atteindre la kitchenette et se faire une rapide toilette. Emmitouflée dans les draps, Miho ne perd pas des yeux l’homme de son c½ur qu’elle dévore d’amour.
_ « Reste un peu.
_ Je ne peux pas. Tu sais que j’ai d’autres obligations.
_ Oui, envers cette jeune femme qui t’a t’en fait souffrir pendant ton enfance et qui t’a séparé de ta s½ur. Tu es prêt à la rejoindre à tout moment, envers et contre tous. Contrairement à d’autres.
_ Tu le sais Miho. Je suis un chevalier. Je n’ai pas d’autres choix. Nous en avons déjà parlé hier. »
De colère, elle boude sous les couvertures tandis qu’il achève de s’habiller.
Lorsqu’il vient la libérer de sa cachette, les petits yeux amoureux de la demoiselle le supplient : « Dis-moi que tu reviendras pour moi. »
Seiya garde le silence. Il lui baise le front et endosse sa Pandora Box.

Avant qu’il ne soit entièrement sorti, Miho se précipite totalement nue jusqu’à la porte d’entrée : « Dis-moi au moins que tu reviendras en vie. »
Sans oser se retourner, le visage résolument déterminé, Seiya se contente de répondre : « Je reviendrai Miho. Je reviendrai. »


L’aube commence seulement à pointer le bout de son nez dans le village d’Icnoyotl.
Une légère lumière passe à travers les fibres des rideaux qui ferment les fenêtres des modestes chambres de la taverne où Nicol et les siens ont trouvé refuge.

Reposée sur le torse de Mei, Yulij remonte peu à peu le buste sculpté de son compagnon pour l’extirper de son sommeil par un délicat baiser.
Dans la chambre à-côté, la tête tourne à Médée qui supporte mal les verres de tequila descendus durant la soirée de la veille.
Nicol, lui, ne portant que son sous-vêtement, s’exerce déjà en effectuant rapidement d’innombrables pompes sur le vétuste plancher de sa chambre.

Lorsqu’ils se rejoignent tous les quatre sur la mezzanine qui fait le tour des chambres et surplombe le bar, ils observent, accoudés à la rambarde, la salle où avait lieu la fiesta de la veille.
Ajustant son turban autour du visage, Médée s’exclame : « Incroyable, tout est propre et déjà rangé.
_ J’espère que cela nous permettra de manger plus calmement qu’hier, déclare Mei avec sarcasme. »
Une odeur de tabac vient leur chatouiller les narines et les informe de la présence d’Ichtaca derrière eux.
Le patron se gratte la barbe pendant qu’il aspire quelques bouffées de sa roulée : « Oui. N’attendez pas la bonne ambiance avant ce soir 22h. A cette heure ci, la majeure partie de nos clients ont déjà payé leurs chambres et ont repris la route. Rares sont ceux qui reviendront ce soir. Toutefois, il y a toujours suffisamment de nouveaux venus pour faire la fête. Et puis les villageois se joindront volontiers à nous. »
Le disciple de Deathmask souffle avec exaspération : « Génial ! »
L’épouse de Mû, dont la tête bourdonne encore, se joint aux railleries de son camarade : « A qui le dis-tu ! »
Nicol, lui, précise : « Nous serons encore là ce soir pour notre part. »
Ichtaca fait la moue en tirant de nouveau sur sa cigarette : « Rares sont les visiteurs qui restent bien longtemps. Vous n’avez rien de chercheurs de trésors…
_ Nous sommes venus étudier quelques espèces rares, répète à qui veut le croire Nicol.
_ Sans appareils photos, sans notes, remarque l’observateur Ichtaca ?! »
Yulij espère sortir son frère adoptif de ce mauvais pas : « C’est que… »
Ne voulant en savoir plus, mais n’étant pas dupe, Ichtaca conclut : « Soyez prudents. Il existe de dangereux animaux encore plus offensifs que les moustiques ici. »
Cette boutade destiné à Mei provoque le cynisme du Saint de la Chevelure de Bérénice.
Prudent, Nicol renvoie d’un hochement de tête une réponse pleine d’allusion comme l’était la réflexion du propriétaire de la taverne : « Merci. Nous sommes équipés contre ces bêtes là. »
Ichtaca leur tourne le dos et rentre nettoyer une chambre que des clients ont quitté plus tôt : « Le petit déjeuner vous attend en bas. Mes serveuses vous feront découvrir quelques spécialités locales. A ce soir j’espère. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope, l’aube s’est prononcée depuis quelques heures déjà à travers les lucarnes de l’immense temple.
Le maître des lieux, Saga, paré de sa tenue de représentant d’Athéna, progresse, préoccupé, dans la salle d’audience.
Dans sa main, sur laquelle descend sa longue toge blanche, il tient une lettre qui le laisse coi.

Dans ses pas, file son fidèle messager habillé de sa lourde bure de moine et de son masque de fer, Ptolémy.
_ « Hum… Tu es catégorique Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, interroge la voix du Pope étouffée par son masque ?
_ Absolument. Ce courrier a été rédigé de la main même de Saori Kido. Nos espions sont formels.
_ Cette missive nous annonce sa venue à elle ainsi qu’à celle des Saints de bronze renégats. Elle est encore plus folle que je ne l’aurai pensé. »
Aveuglément fidèle à celui qui lui donna sa chance, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Ptolémy se courbe lorsque son souverain passe à sa hauteur pour se diriger vers le balcon qui domine tout le domaine sacré.
Dans un déchaînement de sarcasmes, le Grand Pope déchire la lettre : « Les pauvres inconscients. Ils ont choisi de se jeter dans la gueule du loup. Ils ne parviendront jamais à franchir les douze maisons du zodiaque !
_ Certes Majesté, mais pensez-vous que des hommes du rang des Saints d’or s’abaisseront à tuer cette jeune femme qui se prétend être Athéna ?
_ Non, car c’est toi qui vas le faire.
_ Comment ?!
_ Oui, tu seras le guide des Saints de bronze lorsqu’ils arriveront. J’aimerai que tu utilises ton arcane pour faire diversion et planter une de tes flèches en pleine poitrine de cette Saori Kido.
_ Pégase et ses amis sont parvenus à vaincre séparément certains de mes semblables bien plus puissants que moi. Je crains hélas que ça ne suffise pas.
_ J’y ai pensé. Voilà pourquoi seule une arme divine peut prendre à défaut ces Japonais. »
Il retourne près de son trône, tandis que son fidèle serviteur reste prosterné. Il sort de dessous un coffret dans lequel est entreposé une dague. Sous les petits yeux rouges de son masque, le Saint des Gémeaux glisse son regard sous la lame et en extirpe une flèche en or.
_ « Cette dague, plonge-t-il dans ses souvenirs… Confiée par Cronos en personne. Si seulement Aiolos n’était pas intervenu il y a treize ans… Heureusement, elle n’était pas la seule arme que j’ai récupérée lors de la Guerre Sainte contre les Titans. Cette flèche est idéalement adaptée à la situation. Ainsi, même si grâce à son statut divin Athéna ne meurt pas sur le coup, si son cosmos lui permet de lutter contre celui d’un dieu primordial, la pointe finira par lui transpercer le c½ur. La seule chose qui pourrait la sauver serait le Bouclier de la Justice. Et pour cela, il faudra d’abord que ses Saints de bronze traversent les douze temples. Autant dire que c’est impossible, planifie-t-il en silence. »
Il sort de ses réflexions et range sous son siège, aussi discrètement qu’il l’a sortie, la boite offerte par Cronos.
Il revient à Ptolémy et lui tend la flèche d’or : « Lorsque ton cosmos est à son paroxysme, ton Phantom Arrow parvient à libérer des flèches matérialisées. Tu es même déjà parvenu à en matérialiser une en or. Celle que je te tends nécessitera seulement toute ton application pour atteindre cette jeune rebelle. Ne te préoccupe que de faire diversion auprès de ses Saints de bronze et applique tout ton cosmos à atteindre Saori Kido. Lorsque tu auras réussi ta mission, tu délivreras un message de ma part à ses chevaliers. Tu leur diras que nul ne peut retirer cette flèche d'or hormis quelqu'un investi d'un pouvoir équivalent au mien. Ils ne disposent que de douze heures pour traverser les maisons du zodiaque et me ramener auprès de cette Saori, car durant ce délai la flèche se rapprochera inexorablement de son c½ur. »
Ptolémy tend les bras pour recevoir l’artefact : « Bien Majesté.
_ Ptolémy. Je ne te cache pas que cette mission n’est pas sans risque. Mais je ne doute pas de ta fidélité envers le Sanctuaire.
_ En effet. Quoi qu’il puisse arriver aujourd’hui, sachez que cela aura été un honneur de servir pour vous au nom d’Athéna. »

Seul, Saga se positionne fermement dans son fauteuil et attend patiemment.
Soudain, quelques fracas retentissent depuis derrière la porte de la salle d’audience.
Un garde l’ouvre en s’écroulant, désemparé et à bout de souffle : « Majesté… Grand Pope… Contre vos ordres, le Saint d’or Aiolia insiste pour vous voir… Il a déjà repoussé plusieurs des nôtres… »
Sans même perdre de sa prestance malgré l’annonce d’une éventuelle menace, le chevalier des Gémeaux décrète : « Bien. Qu’il vienne. Je lui donnerai audience. Pendant ce temps, regroupe d’autres messagers, j’ai une convocation à faire parvenir aux Saints d’or pour un Chrusos Sunagein ! »
L’homme s’exécute et fuit en passant à côté d’Aiolia qui déboule avec rage.
De retour du Japon, le Saint d’or du Lion exige de rencontrer le Grand Pope afin que celui-ci lui rende des comptes sur l’absence d’Athéna au Sanctuaire…


Au Mexique, dans la citée de Citlali, au plus profond de la pyramide aztèque, le massif Tezcatlipoca, les yeux toujours fermés, lève le visage en direction de sa statue.
Il semble prier le c½ur solaire qui l’alimente.

Derrière lui, agenouillé, Necocyaotl attend que son dieu mette un terme à son recueillement.
Il réajuste son écharpe rouge par-dessus le col en or qui encercle son torse et couvre son châle vert.

Plus loin, quelques prêtres totalement prosternés invoquent la pitié de cet organe de feu. Seul le clergé est autorisé à contempler la statue.
Pourtant, les rares élus sont plus attirés par cette sphère incandescente, que par la sculpture en elle-même. Ils réussissent à distinguer un objet au centre même de cette boule de feu. Tezcatlipoca commente : « C’est le sceau apposé sur cette espèce de clochette qui m’a libéré de la perfidie d’Athéna. Le sauveur de notre espèce m’a assuré que cette énergie est l’arme qui détruira l’humanité. Et c’est le cas. Je sens cette chaleur qui pénètre mon c½ur et libère tous mes pouvoirs… »
Il se retourne, les bras grands ouverts vers le ciel et ouvre enfin ses paupières. Ses deux yeux sont semblables à deux lumières rouges. Ils brillent dans l’ombre causé par le reflet du soleil sur les ruines intérieure du temple.
_ « … Le moment de prier va s’achever. L’heure de la destruction approche. C’est ce qui a été prévu pour ce monde. Le monde tel que nous le connaissons sera détruit, pour ensuite renaître. En jurant fidélité au dieu qui nous a libéré de l’emprise d’Athéna, nous avons obtenu la garantie d’être ceux qui débuteront la fin du monde. Quand ce grand jour viendra, ce dieu allié exaucera notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde nouveau. Mais en attendant qu’il nous en donne l’ordre, en attendant que le soleil n’abatte sa colère, il doit se nourrir de c½urs humains. D’autres sacrifices doivent être faits pour perpétuer sa course et éviter de façon immédiate la destruction. Qu’on le dise à mes guerriers Jaguars ! Qu’on m’offre des sacrifices pour occuper la patience du soleil ! »

Les prêtres s’exécutent. Ils quittent la pyramide, pour aller prêcher la bonne parole dans la citée.

En quelques minutes, Tezcatlipoca se retrouve seul en compagnie de Necocyaotl.
Le pontife ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Beau discours ô Grand Tezcatlipoca. Puisque vous parliez de sacrifices, je trouve utile d’évoquer celui que voulait vous faire Titlacauan hier. Cet homme raffiné qui vous conviendrait à ravir a été observé hier par Cuetzpalli. »
Le prélat appelle d’un geste de la main le prénommé Cuetzpalli qui se présente vêtu d’un tilmatli. L’homme, au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, n’est autre que le serveur assurant la veille le service chez Ichtaca.
Il s’assoit en faisant glisser, de manière à le ramener entièrement en avant pour couvrir son corps et ses jambes, ce rectangle en poils de lapins tissées et renforcé pour l'hiver de plumes noué sur l’épaule droite. Il baisse la tête en attendant qu’on lui donne la parole.
Tezcatlipoca et ses yeux semblables à des lasers le toise : « Cuetzpalli. Tu es un Jaguar qui espionne le village d’Icnoyotl n’est-ce pas ? »
Tout en laissant pendre sa très grande langue, le hideux personnage répond : « En effet ô Grand Tezcatlipoca. Je suis serveur chez Ichtaca. »
Tezcatlipoca bouge très lentement sa tête en direction de son représentant : « Ichtaca… N’est-ce pas ce Jaguar qui nous a tourné le dos ?
_ En effet, assure d’un signe de la tête Necocyaotl. Vous n’avez jamais voulu qu’on lui inflige le châtiment réservé aux traîtres.
_ Il peut encore nous être très utile. »
Cuetzpalli, habituellement fort bavard et indélicat, observe la plus grande discrétion de peur de froisser son dieu. Il attend que celui-ci daigne poser la vue sur lui pour continuer : « J’ai pu surprendre une conversation hier soir, durant laquelle une des personnes qui accompagne cet étranger qui plait tant à Titlacauan se renseignait justement sur votre citée, sur les Jaguars et surtout sur vous Grand Tezcatlipoca. »
Necocyaotl laisse apparaître une expression encore plus malsaine qu’habituellement. Son visage peint en horizontal de jaune et noir, couleur symbole de sa tribu, arbore son aspect menaçant : « Ne sachant pas de qui il s’agit réellement, nous devons nous montrer le plus prudent possible. Peut-être qu’enlever un des leurs nous permettra d’en savoir plus sur eux ? »

Tezcatlipoca garde le silence le temps de tourner le dos à ses hommes et de retourner auprès de l’édifice témoin de sa toute puissance. Avant de ne faire qu’un avec, il ordonne : « Cuetzpalli. Sers-toi de ton complice au sein d’Icnoyotl, pour savoir qui ils sont. Necocyaotl. Ne faisons rien d’autres qu’offrir des sacrifices au soleil. Nos ennemis ne tarderont pas à se manifester d’eux-mêmes. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Noioso, le calme règne.
Déserté par la jeunesse athénienne, ce village du sud du domaine sacré n’accueille aujourd’hui que quelques vieillards et malheureux pour qui la vie près d’Honkios est trop chère.

Néanmoins, il fait bon vivre dans ce logis de Noioso aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille.
Cet homme à la chevelure soyeuse, bleue, s’en approche, encapuchonné par sa cape. Celle-ci dissimule au possible sa Cloth en or.
Il s’étonne du calme ambiant et du manque de ronde : « Il faut dire qu’Arachné, le lieutenant de la zone sud a été vaincu lui aussi par ces satanés renégats, constate le Suédois au visage gracieux avant de conclure, de même que les effectifs des soldats ont diminué au fil des batailles menées à travers le globe. Ainsi que sous nos propres lances pour ceux qui ont osés se soulever contre l’autorité du Grand Pope. Ce règne de la terreur a calmé les esprits récalcitrants. »
Une brise fraîche caresse le chevalier au grain de beauté sous l’½il gauche : « Il fait bon matin. La brume voile l’horizon mais cela annonce généralement une journée ensoleillée, pense-t-il mélancoliquement. »
Inhabituellement rêveur, Aphrodite se positionne sur le pas de la demeure de son ancienne compagne. Depuis dehors, il entend les effusions de joie de la jeune femme mêlées aux gazouillis d’Adonis, son fils.
Il baisse sa capuche et glisse son heaume sous son bras. Le même bras dont la main tient une pochette dont la face présente une inscription en grec ancien. Avec son index recroquevillé, il cogne de l’autre main à la porte.
La voix douce et chaleureuse de la propriétaire s’empresse de crier : « J’arrive, j’arrive ! »
Quelle n’est pas la surprise de cette jeune femme à la peau blanche et aux grands yeux bleus : « Aphrodite ! »
Derrière elle, un petit garçon trotte jusqu’à venir se jeter dans ses jambes en criant : « Maman ! »
Cette voix pleine de vie provient de son fils à la chevelure bleuté comme celle du Saint des Poissons. Il porte sous son ½il le même grain de beauté que son père dont il ignore tout.
_ « Bonjour Myrrha… »
Il s’agenouille pour atteindre la hauteur de l’enfant : « … Bonjour Adonis. »
Le susnommé répond en agitant la main pour saluer l’inconnu.
Faisant front de sa maigre apparence, Myrrha bloque l’entrée et fait reculer son fils d’un mouvement de jambe : « Que me vaut l’honneur de cette visite ? Si c’est Milo que tu cherches, il a reçu une convocation et il est parti précipitamment. »
Aphrodite sourit avec gêne. Son attitude si cordiale ne lui ressemble pas : « En effet, dit-il en agitant lui aussi la pochette qu’il tient dans la main, c’est parce que j’étais sûr de ne pas le trouver avec toi que je suis venu vous voir… »
Il emboîte le pas en direction de la demeure mais Myrrha fait front davantage.
_ « … Myrrha. Si je suis venu ce matin, c’est simplement parce que j’ai un mauvais pressentiment. Et je ne voulais pas partir sans dire au revoir à mon fils. Ni à toi d’ailleurs.
_ Ton fils ?! Sais-tu au moins quel âge il a ton fils ?! Etais-tu là lorsqu’il a fait ses premières dents ? Ses premiers pas ? "
_ Il a deux ans et demi. Il est né le 22 juillet 1984 et... Non, je n’ai jamais été là à chaque étape de sa vie. Je voulais simplement le voir une… Avant que le monde ne change.
_ Tu l’as vu. Maintenant, tu peux partir. »
Alors que d’ordinaire il se serait montré insistant, voire violent, Aphrodite se contente de faire la moue. Il reste les yeux rivés sur sa progéniture vers qui il tend une rose rouge : « Je ne reviendrai plus t’embêter mon petit bonhomme. C’est promis. Seulement sache que tant que cette fleur gardera son éclat, je veillerai sur toi. »
Le bambin l’attrape, puis repart à vive allure à l’intérieur de la chaumière.
Myrrha en profite pour claquer la porte au nez de son ancien compagnon mais celui-ci retient la porte au dernier moment. Les yeux noyés de morosité, il se contente de lui dire : « Myrrha ! … Pardon. »
Son regard regagne le sol de Noioso, tandis qu’il rebrousse chemin, laissant la porte se fermer plus délicatement derrière lui.

A l’intérieur de la maisonnette, Myrrha se laisse glisser contre le bois qu’elle vient de repousser jusqu’à choir sur le sol terreux. Elle recroqueville ses genoux contre sa poitrine et s’y réfugie, pour pleurer à chaudes larmes.


Au Mexique, dans la forêt, la sonorité ambiante rappelle la composition extraordinaire de cette jungle.
D’animaux peu communs, aux végétations les plus inattendues, en passant par quelques vestiges des civilisations précolombiennes, les excursions des Saints sont riches en émotions.
Séparés en deux groupes, un constitué des hommes et un second des femmes, les chevaliers ont choisi de se partager deux secteurs à l’est d’Icnoyotl.
Les urnes des armures laissées à la taverne, les chevaliers ont opté pour des vêtements locaux pour espérer passer inaperçus.

Chez les hommes, Nicol tempère son agacement, tandis que Mei ne cesse de se plaindre de la chaleur étouffante, du temps perdu à tourner en rond et des raisons pour lesquelles il ne peut pas faire équipe avec sa bien-aimée.
_ « J’ai trouvé intelligent de varier un peu. Nous sommes une équipe et je pense que nos caractères totalement opposés peuvent donner quelque chose d’intéressant.
_ Ah ça oui ! Tu peux être sûr que ça va se finir en pugilat ! Ça, ça va être intéressant ! »
Faisant preuve d’une maturité poussée à rude épreuve, Nicol préfère se taire. Il pointe du doigt : « Allons à droite. »
Mei se défait avec quelques mouvements de bras, des branches qui lui barrent la route : « C’est bizarre, j’allais proposer la gauche. »
Soudain, un hurlement atroce les met d’accord. Ils hochent la tête pour choisir en ch½ur : « Au centre ! »

Plus loin, l’entente est plus cordiale entre les femmes.
Médée et Yulij profitent d’être loin de tout autochtone pour retirer leurs voiles et réajuster leurs masques de femmes chevaliers : « Je ne pensais pas un jour être si heureuse de pouvoir remettre ce masque, sourit Yulij sous celui-ci.
_ Tu lis dans mes pensées. J’aurais même préféré, vu que nous ne sommes que deux, rester à visages découverts. Néanmoins, nous ne savons pas sur qui ou quoi nous pouvons tomber. »
A cet instant, Yulij sent un étrange liquide lui couler sur l’épaule. Elle passe sa main sur le fluide écarlate qu’elle frotte du bout de ses doigts et, en levant la tête, constate : « A qui le dis-tu ! Regarde en haut ! »
La Muvienne passe sa main devant sa bouche : « Par Athéna ! Que lui est-il arrivé ? »
Le Saint du Sextant fait le tour d’un cadavre animal pendu aux arbres : « Il semble qu’il a été… Ecorché. Sa peau lui a été retirée. »
Dans le bourdonnement incessant des mouches qui viennent se délecter de la chair à vif, le Saint du Graveur voit tout autour, suspendus eux aussi, d’autres cadavres de bêtes du même type : « J’ai l’impression que nous sommes tombés sur un lieu de culte.
_ Un lieu où on sacrifie des animaux ?
_ Pas de sacrifices au sens propre du terme. On leur vole leurs peaux. D’ailleurs, ces bêtes ne te rappellent rien ? »
Yulij se remémore les jaguars vus la veille et avant qu’elle ne puisse répondre, des grognements félins les encerclent.
Une voix brutale accompagne la meute : « Du calme mes jaguars, du calme. »
Un homme sort de la pénombre, entouré d’autres animaux. Il présente une musculature résolument impénétrable. Son corps nu, uniquement caché à l’entrejambe par une peau de bête qu’il a dépecé, a le corps peint aux couleurs des animaux symboles de sa tribu. Ses yeux jaunes et son visage maquillé de jaune et lui retirent tout aspect humain. Ses longs cheveux ébène, poisseux et fourchus, ressemblent davantage à un pelage.
D’autres hommes apparaissent à leur tour, accompagnés eux aussi par des félins. Tous aussi râblés, ils sont couverts par la peau du cheptel dépouillé. Leurs visages, leurs bras, leurs jambes, et pour certains leurs poitrines, sont habillés de toisons de jaguars.
L’homme au visage coloré lève la machette qu’il tient entre les mains vers les cieux : « Pour que nos bêtes nous fournissent une fourrure de qualité, il faut les rassasier ! Qu’on saigne ces intrus ! »
Aussitôt, les jaguars s’élancent sur les deux jeunes femmes qui sont acculées l’une contre l’autre.
_ « Je croyais que les jaguars ne s’attaquaient pas aux hommes, s’étonne Yulij !
_ Sauf s’ils sont sous l’influence de ces derniers, déplore Médée.
_ Dans ce cas, je m’en occupe. Une Chute d’Etoiles devrait suffire à nous débarrasser d’eux : Falling Stars ! »
Semblables à des météores, les coups du Sextant renvoient tous les animaux au tapis.
En retrait, une voix ronronnante félicite la jeune femme : « Je suis étonné de voir par ici une autre caste que nos Jaguars. De qui êtes-vous les représentants ? »
Le colosse à la machette, écarte alors quelques feuillages, pour laisser apparaître un jaguar humanoïde assis sur un trône de pierre taillée de motifs précolombiens. Celui-ci, affublés de parures traditionnelles, porte une couronne de plumes et laisse un serpent s’entortiller autour de son corps.
Face au silence des intruses, le thérianthrope s’adresse à son serviteur : « Achcauhtli. Elles nous font perdre du temps. Elles t’empêchent de préparer de nouvelles tenues pour nos Jaguars. Fais-les parler. »
Ledit Achcauhtli pointe son arme vers les jeunes femmes pour envoyer les soldats à la charge cette fois-ci. Il se retourne alors vers son supérieur : « C’est comme si cela était fait lieutenant Ipalnemoani. »

A l’opposé, Nicol et Mei se précipitent à toute allure en direction du cri qui leur est parvenu.
Inconsciemment, l’un essaie toujours d’être plus rapide que l’autre, pour le devancer. Malgré cette perpétuelle rivalité, les deux Saints n’en oublient pas qu’ils sont dans le même camp. Cela sert Mei lorsque Nicol choisit de le plaquer au sol pour éviter une déferlante de cosmos qui s’abat sur eux.
Lorsqu’ils relèvent la tête, ils remarquent des pattes griffues qui soutiennent les corps de jaguars humanoïdes.
Mei grimace : « Merde. Ça recommence. »
Dans le dos des trois Jaguars qui se dressent en rempart, Nicol distingue trois hommes et une femme vêtus comme des cow-boys : « Eh ! Mais ce sont les touristes de la taverne ! Ils étaient là-bas hier soir ! »
Deux des étrangers sont couchés, leurs cadavres lacérés, tandis que le dernier homme se fait attacher les mains dans le dos et bâillonner.
La femme, elle, est maintenue à la gorge contre un arbre, par une guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue. Autour de ses jambes, couvertes d’un très léger morceau de tissu destiné à dissimuler son intimité, un félin se frotte affectueusement. Ses épaules larges et son visage colorié de jaune et de noir font perdre à cette Jaguar toute féminité. Elle abandonne sa victime en souriant : « Ne t’en fais pas ma belle, je jouerai avec toi après m’être occupée d’eux. »
Mei regarde Nicol et rigole : « Elle n’a pas l’air commode. Je te la laisse, je n’ai pas envie de me faire décoiffer par un simili de bodybuilder dopé. »
Immédiatement, Mei se relève, balance son sombrero à l’un des Jaguars et envoie son poncho sur les deux autres pour arborer sa tunique jaunâtre, ses spartiates et ses poings bandés de bandelettes en papier : « J’en avais marre de me retrouver dans la peau d’un autre homme. Pas vous ? »
Les trois métamorphes ne gouttent guère à la plaisanterie et s’élancent sur le Saint de la Chevelure de Bérénice.
Du côté de Nicol, l’animal de la massive guerrière tente de saisir de ses crocs le Grec. Nicol défait lui aussi son châle et se sert du tissu ample pour étrangler l’animal.
Espérant lui faire perdre connaissance, sans pour autant lui ôter la vie, le Saint d’argent ne remarque pas l’approche de son ennemie au physique herculéen. Elle le cogne par surprise dans les reins, en joignant ses deux énormes mains.
Le chevalier à la carrure digne d’une statue grecque ne se remet pas de ses émotions, qu’elle lui attrape ses cheveux châtain clair pour mieux le frapper d’une violente droite. Elle répète trois fois l’opération, le renvoyant chaque fois plus sonné au tapis.
Pendant ce temps, son animal de compagnie se défait de l’habit qui le gênait et vient choper Nicol derrière la nuque pour le plus grand plaisir de sa maîtresse : « Vas-y, c’est ça. Dévore-le. »
Tout proche, Mei abandonne son rictus provocateur. Les trois Jaguars le menacent sérieusement. Il a beau augmenter son cosmos, ses ennemis se remettent parfaitement de ses coups. Il esquive la droite du premier et lui balaye les jambes pour le renvoyer au tapis. Il saisit le second à la gorge, avant qu’il n’ait pu tenter quoique ce soit, et vient lui faire heurter avec son visage celui du premier.
Enfin, le troisième larron tente de lacérer le Japonais, griffes en avant, mais Mei s’en sort à merveille en le cognant du genou en plein abdomen. Il enchaîne plusieurs coups de poings sur son adversaire. Les chocs au visage suffisent à avoir raison de lui.
Lorsqu’il se retourne, la musclée Jaguar, pensant en avoir fini avec Nicol, le surprend à son tour. Elle fonce depuis les airs, genoux en avant, pour le heurter en plein visage.
Mei est projeté en arrière.
Nicol aux prises avec l’animal féroce, le saisit par chacune de ses mâchoires. En les écartelant il le tue sur le coup.
La guerrière en profite pour disparaître avec les deux touristes. Sa voix retentit dans les airs : « Vous n’auriez pas dû défier Ixtli lieutenante des Jaguars. Vous mourrez pour cette offense. »
Loin de se soucier de telles menaces, Nicol s’inquiète de voir les deux Jaguars que Mei n’a pas achevé prendre la poudre d’escampette.
La main droite tenant son nez gonflé et couvert de sang, Mei libère de sa main gauche de longs filaments qui viennent capturer les fuyards.

A plusieurs kilomètres de là, Médée et Yulij renvoient du mieux qu’elles le peuvent la vingtaine d’ennemis qui se dressent sous les ordres d’Achcauhtli.
Les hommes affublés de peau de bêtes posent quelques soucis aux deux jeunes femmes par leur supériorité numérique et leur résistance.
Derrière, Ipalnemoani, le lieutenant humanoïde, abandonne son fauteuil de pierre et ordonne à son second : « J’ai l’impression qu’Ixtli a quelques ennuis. Il vaut mieux que nous rentrions à Citlali pour avertir notre Grand Tezcatlipoca que ces visiteurs disposent d’une puissante énergie. Tu me rejoindras quand tu te seras débarrassé d’eux et que tu les auras fait parler Achcauhtli. »
Le géant musclé hoche la tête pour approuver les ordres et part à l’attaque.
Acculée, Médée appelle dans ses mains deux outils qui appartiennent à sa Cloth. Sans que le reste de l’armure ne viennent, l’épouse de Mû dispose du marteau et du burin de sa Cloth de bronze. Elle les fait s’entrechoquer et libère des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths : « Gammanium Destroyer ! »
Les billes du Gammanium Destructeur transpercent ses adversaires de part en part, les tuant sur le coup.
Quand elle choisit de faire volte-face pour prêter main forte à Yulij, une épaisse colonne de muscles lui barre la route. A une vitesse dépassant celle d’un simple Saint de bronze, il défait Médée de ses outils et lui assène un violent coup de tête en pleine face. La jeune femme, heureusement, protégée par son masque, titube et ne voit pas la succession de droites et de gauches d’Achcauhtli venir. Elle est martelée sur toute la surface de son corps, si bien que ses muscles sont endoloris et que ses membres ne lui répondent plus. Une dernière droite la fait chanceler et un coup de pied en plein torse l’étale au sol comme si elle n’était rien.
De son côté, Yulij renvoie au tapis les derniers adversaires encore debout. Hélas, ceux-ci n’abdiquent pas. L’un réussi à lui attraper ses longs cheveux blancs pour la déstabiliser. Sitôt, deux autres se précipitent pour la mettre au tapis.
D’un mouvement acrobatique réalisé avec majesté, Yulij parvient à les frapper simultanément avec ses jambes et à passer derrière celui-ci qui croyait la neutraliser. Son coup de poing en pleine colonne vertébrale la lui brise, tout comme les os des deux précédents assaillants ont rompu sous le choc. Autour de la Grecque, l’effluve de son cosmos resplendit : « Puisqu’il vous faut ça, on va passer à la vitesse supé… »
Elle n’achève pas sa phrase qu’Achcauhtli apparaît devant elle comme il l’a fait précédemment avec Médée. Il lance sa tête contre celle de Yulij. Toutefois, la Saint du Sextant est plus vive que son amie et elle l’esquive au moyen d’un déhanché subtil qui aboutit à un violent coup de pied retourné qui cogne la clavicule du Mexicain.
Le bruit du choc est aussi spectaculaire que la résistance inattendue du Jaguar. Sans broncher, il encaisse et s’élance comme si de rien n’était contre Yulij pour la plaquer de toute sa masse : « Carga Carnivoro ! »
Le télescopage est si puissant que les vêtements locaux de Yulij volent en lambeaux, tandis qu’elle retombe au milieu des Jaguars, totalement sonnée.
_ « Ce maillot et ce short kaki. Ses sandales aux pieds. L’odeur du soleil méditerranéen sur sa peau. Il ne peut s’agir que de Saints d’Athéna. Ma Charge Carnassière devrait suffire mais je préfère que vous l’acheviez par sécurité, s’assure Achcauhtli auprès de ses hommes. »
Les derniers Jaguars vivants s’exécutent mais de nouvelles billes de gammanium les achèvent.
Remise sur pied, ses outils ramassés, Médée murmure le nom de son arcane : « Gammanium Destroyer. »
Le titanesque Jaguar fait la moue en voyant ses hommes aux peaux animales trouées : « Tout ce temps que j’ai passé à tanner les peaux de ses pauvres bêtes à été réduit à néant. Je vais te priver de ton marteau et de ton burin, puisque tu ne sembles pas savoir te battre sans. Ensuite je vous ramènerai ta copine et toi dans ma citée. Nous ne sacrifierons pas des êtres aussi abjects que vous. Cependant je pense que vos corps devraient occuper quelques heures nos guerriers et leurs pulsions barbares. Qui sait quel jeu ils prendraient goût à jouer avec vous ? »
En réponse à cela, Médée abandonne ses armes. Derrière elle, son cosmos prend des teintes dorées et fait virevolter ses nattes vertes : « Crois-tu que seuls mes armes me permettent de me battre ? Viens donc subir mes dernières semaines d’entraînement auprès de mon mari. »
Achcauhtli ne demande pas mieux. Il fonce comme un fou sur la jeune femme, les bras grands ouverts comme pour mieux la choper au vol lors de sa Charge Carnassière : « Carga Carnivoro ! »
Avec une facilité et une vitesse déconcertante, d’un balancement nonchalant de bras, elle libère des cendres qui viennent se coller sur la poitrine du monstre qu’elle esquive.
Le Jaguar se réceptionne sans sa proie et observe la poussière ronger son torse. Lorsqu’elle annonce le nom de sa technique, le jour passe à travers la poitrine d’Achcauhtli par de minuscules trous provoqués par la Poussière d’Etoiles : « Stardust Sand ».
Les centaines d’alvéoles ont réussi à traverser les organes vitaux d’Achcauhtli qui le comprend lorsque des jets d’hémoglobines en jaillissent. Cependant, il est trop tard pour lui.
Un dernier soldat à la cuisse percée par le Gammanium Destroyer commence à ramper vers la jungle pour s’échapper.
Remise de ses émotions, Yulij le saisit par la nuque tandis qu’Achcauhtli s’écroule mort aux pieds de Médée : « Bien ! Je suis convaincue que tu as des choses intéressantes à raconter toi ! »
Last Edit: 5 October 2020 à 19h26 by Kodeni

Author Topic: Chapitre 65  (Read 198 times)

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