Chapitre 1

Chapitre 1

La brise vivifiante de l’hiver caresse les plaines du Sanctuaire. Elle transporte l’odeur du ciment et du plâtre frais qui colmatent les dernières fondations des travaux du Sanctuaire.
Ce 8 janvier 1985, la bataille contre les Titans de Cronos, initiée par Pontos, est bien loin, néanmoins le domaine sacré n’a pas été épargné depuis par d’autres Guerres Saintes.
Arès, Eris, pour ce qui est des conflits au sein même du territoire d’Athéna.
Shiva et ses Kshas, le Panthéon Egyptien pour ce qui est des belligérances en d’autres lieux.
Depuis douze ans maintenant qu’Athéna est réincarnée sur Terre, l’armée des Saints est en perpétuelle reconstitution, et son territoire conséquemment impacté.

Tandis que la vie retrouve en cette période quelques répits, un garde se précipite à toute allure dans un de ces petits villages du Sanctuaire.
Il stoppe net une fois arrivé devant une habitation. Le soldat, à la tunique jaunâtre et au visage dissimulé sous un heaume, la distingue des autres par sa taille et sa beauté apparente.
Il se courbe en avant pour reprendre son souffle en maintenant ses mains contre ses genoux. Puis il se hâte de frapper à la porte une fois ses forces revenues.
Lorsque celle-ci s’ouvre, il voit se tenir sur le seuil une vieille femme aux cheveux grisonnant et épais. Vêtue d’une toge grise, elle porte un jeune enfant dans ses bras. Dans ses yeux noirs se reflète une grande douceur.
_ « Bonjour Dame Mujakis. Nous sommes à la recherche d’Apodis. Nous avons un ordre de mission pour lui.
_ Un ordre de mission, s’exclame la susnommée ! Mais je croyais qu’Apodis avait droit à une permission de quelques jours vu le calme qui règne au Sanctuaire.
_ Avec tout le respect que je vous dois, cet ordre émane directement du Grand Pope, s’agace le soldat ! »
La dame à la toge blanche maintenue par des broches aux épaules se résigne : « Il est à quelques maisons d’ici, au bout de la rue. »
Sans répondre, l’homme reprend sa folle course.
Mujakis referme sa porte et se retourne vers un nourrisson couché dans son landau au bout de la pièce. Ses rides se plissent pour dégager un sourire affectueux au bambin : « Je suis désolée Sperarus mais ton papa risque d’être encore absent quelques jours. »

Plus loin, marteau en main, sur le toit d’une vieille chaumière un jeune frappe avec maîtrise quelques clous. Ses mains, d’où partent des bandelettes de papiers qui remontent jusqu’à ses coudes, manipulent avec précision l’outillage.
Lorsqu’il se redresse, il arbore un visage resplendissant. Ses yeux bruns aux reflets rougeoyants témoignent une grande compassion doublée d’un caractère bien trempé.
Il apparaît athlétique dans sa tunique turquoise ceinturée par une lanière de cuir au niveau de la taille. D’ailleurs l’habit s’accommode à merveille à ses cheveux mi-longs tant le bleu est similaire.
L’aura qui émane de lui resplendit davantage lorsqu’il amorce un saut pour quitter la toiture avant d’atterrir avec assurance devant un vieillard.
_ « C’est vraiment très aimable Apodis d’avoir réparé ma toiture… J’aurai bien aimé le faire moi-même mais vois-tu, après des années à nettoyer les sols de la maison de ce Saint de la Flèche de malheur, mon dos me fait affreusement mal. »
L’homme, sale et affaibli, tend sa main et dépose quelques pièces de monnaies dans celles d’Apodis.
Apodis est gêné. Sa position de Saint lui permet de bénéficier d’une solde suffisamment convenable pour lui éviter de soutirer quelques écus à de pauvres villageois.
Il interpelle alors un jeune enfant abrité dans la maison du vieillard.
Le petit, ne portant que quelques frusques trouées, le visage crasseux et maigre, approche timidement.
Apodis s’accroupit et s’adresse affectueusement à lui : « Tiens petit, cet argent appartient à votre famille. N’oublie pas que ton grand père a travaillé très dur pour l’avoir alors fais en bon usage. »
Apodis se retourne vers le pauvre homme : « Je ne veux pas de cet argent. Je sais que les servants des chevaliers ne gagnent pas toujours bien leur vie selon le maître qu’ils ont. J’imagine qu’il vous reste peu d’argent de côté alors gardez le. Je suis persuadé que cela venait d’un bon sentiment. Pour un Saint, aider son prochain fait parti de ses attributions. »
Le vieux sourit. Sur ses joues coulent des larmes de joie. En offrant cette récompense à Apodis il aurait retiré le pain de la bouche de ses enfants et petits enfants.
_ « Néanmoins, tâchez d’être moins médisant envers Ptolémy qui vous a fait l’honneur de le servir, corrige malgré tout d’un air réprobateur Apodis. »
Confus, le villageois baisse la tête : « Tout de même, nous sommes heureux que ce secteur soit sous votre protection Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis. »
A cet instant, Apodis ressent l’arrivée du garde. Il remarque l’allure affolée et d’un geste de la main invite le villageois à rentrer. L’ancien serviteur comprend immédiatement que la situation lui échappe et que hiérarchiquement, par respect envers le soldat et Apodis qui lui sont supérieurs, il doit se retirer.
Il retourne illico chez lui en ordonnant à sa famille d’en faire autant. Il ferme brusquement les portes de sa maisonnette afin de laisser les deux guerriers discuter en secret.

Le garde ralentit ses pas puis s’agenouille face à Apodis une fois arrivé à sa hauteur. Après s’être incliné, il sort un rouleau de papier portant le sceau du Pope : « Apodis, Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis, le Grand Pope vous demande. »
Apodis ne bronche pas : « Bien, allons-y ! »
Couvert jusqu’aux cuisses par sa tunique, le pantalon couleur sable d’Apodis laisse apparaître la forme de ses mollets qui se contractent tandis qu’il prend de l’élan. Les lassés de ses spartiates manquent de se craquer avant qu’il ne bondisse en la direction du centre du domaine sacré depuis l’ouest où il se trouve.

 « Il est dit que les douze Saints d’or de notre génération n’ont jamais été réunis ensemble à cette époque. D’ailleurs certains Saints de bronze ou d’argent ne savent même pas qu’il existe autant d’armure d’or que de maison du zodiaque. D’autres encore ne savent pas qu’il existe douze maisons du zodiaque. Il faut dire que la distance qui sépare les temples les uns des autres est tellement impressionnante, qu’une fois arrivé en haut de la première maison, l’horizon se dérobe. On peut y apercevoir au mieux la troisième maison, songe Apodis en traversant les villages et les plaines. »
Sa course ralentit sur la grand-place remplie de villageois : « La ville d’Honkios et son célèbre marché. Ville principale du Sanctuaire. Bientôt j’arriverai devant les marches qui conduisent au temple du Bélier. Avant ça, le colisée sera visible en contrebas. Si l’on souhaite poursuivre la traversée, il est indispensable de bénéficier d’une autorisation émanant du Pope. »
Il freine alors sa progression et attend que ne le rejoigne le messager qui tire la langue de fatigue.
Dès lors, d’un geste solennel, Apodis pose le pied sur la première marche.
Puis, les gravit une à une, sans précipitation. Montrant ainsi calme et prestance afin de se montrer digne de croiser les gardiens qui inspecteront son autorisation de passage.

Les deux hommes sont arrivés devant le palais du Bélier. Apodis se courbe en signe d'humilité pour prouver son respect avant d’empiéter sur le territoire du Bélier malgré qu’il n’en a jamais rencontré le gardien : « Malgré l’absence de son propriétaire, cette maison demeure un lieu vénérable que seuls quelques élus ont pu fouler. »
Apodis marche doucement sur les dalles en béton. Il observe l’architecture grâce aux quelques  rayons de soleil. Ils envahissent la demeure par les fissures de la roche du toit qui se sont formées avec les aléas du temps.
La traversée de ce lieu majestueux semble trop courte pour Apodis qui aperçoit déjà la sortie : « Ce n’est pas la première fois que je traverse les temples. Néanmoins, je prends chaque fois un plaisir immense à contempler la structure antique de ces lieux. Les Saints d’or sont l’élite de la chevalerie, leurs conditions de vie restent un mystère. Ces maisons sont leurs demeures. Elles sont la seule possibilité de découvrir un tant soit peu qui sont ces magnifiques hommes dorés. Chaque passage en ces lieux me permet de découvrir que tous les palais sont de vastes lieux de combat où se dressent des colonnes sculptées à la main il y a des milliers d’années. Par-delà ces décorations de pierres, sont dissimulés quelques passages étroits qui conduisent aux sous-sols des demeures et à la chambre du gardien. »
C’est cette chambre qu’il tente de trouver en jetant de furtifs coups d’½il dans toutes les directions, espérant trouver une massive porte en bois : « Orphée de la Lyre, mon maître, a déjà eu le privilège de visiter une maison du zodiaque. Son statut de Saint d’argent et sa réputation faisaient qu’il était estimé de toute la chevalerie. Je me remémore qu’il disait que les chambres des temples sont toutes les mêmes. Dans un souci d’équité Athéna a fait créer cette pièce de façon identique à ses douze soldats les plus valeureux. Une lourde porte en bois dont les gonds sont fixés dans la roche, à l’écart du chemin principal qui relie l’entrée à la sortie du temple, protège ce petit lieu d’intimité. Un petit feu par-dessus lequel est suspendu un immense chaudron sert d’unique chauffage à la minuscule chambrette. En face est placé un large lit, à la droite de la literie, un massif bureau uni à une ridicule penderie, et à sa gauche, une table et deux chaises. Les meubles sont taillés dans du chêne massif. Le signe zodiacal qui orne le devant de la maison est également frappé sur un tableau de marbre au dessus de la couche. Ce même marbre couvre le sol. Au bout de la pièce, le marbre descend sur une profondeur d’un mètre pour une largeur d’un même espace. Un bouchon bloque une évacuation qui se situe au fond de ce mini thermes. Le chemin d'écoulement ressort à l’extérieur du temple. Cela permet à l’occupant des lieux de faire bouillir l’eau et l’y déverser pour faire sa toilette, mais également pour y évacuer les divers déchets issus de son quotidien. A côté du feu se trouve un autre chaudron, plus large que le précédent, dans lequel les Saints cumulent leur réserve d’eau douce qu’ils recueillent dans les villages où ils se ravitaillent… »
Apodis est coupé dans ses souvenirs par la lumière du jour.
Ils viennent de franchir la maison sans qu’il ait pu apercevoir le lieu de repos dans lequel se sont trouvés les anciens Saints du Bélier.
Le garde indique du doigt un chemin étroit qui se trouve à droite des marches menant à la maison du Taureau.
_ « Nous ne sommes autorisés à traverser les temples uniquement que lorsqu’ils sont inhabités. Par conséquent, nous devons nous résoudre à utiliser ce passage secret.
_ Je sais, je sais. Ce n’est pas la première fois que je me rends auprès du Pope, calme sympathiquement Apodis d’un léger mouvement de main pour apaiser le stress du messager. »

Ensemble, ils sautent vigoureusement au dessus de plusieurs rochers qui bloquent l’accès au chemin.
_ « Cette voie est connue des gardes du Pope, de ses servants, des Saints d’or, du général des armées ainsi que de son second. Il demeure malgré tout une certaine confidentialité à propos de ce passage. Ainsi, les visiteurs extérieurs au Sanctuaire, mal attentionnés, imaginent que le seul accès est le chemin des douze maisons. Les obligeant à y rencontrer leur gardien. D’ailleurs, l’allée secrète a été étudiée afin qu’un quelconque envahisseur puisse être pris au piège. Le chemin, usager, est si étroit qu’il est impossible d’y avancer côte à côte. De tout son long il est entouré par de hauts rochers. C’est un lieu idéal pour tendre un guet-apens. Et comme si cela n’était pas suffisant, à proximité de chaque temple, le passage s’élargit sur un vaste champ désert qui donne directement accès au temple. C’est comme cela que les chevaliers d’or interceptent les combattants sournois qui souhaitent leur échapper. »
Lorsque Apodis approche de la demeure du Taureau, la route s’élargit à hauteur du flanc droit de la maison afin de s’ouvrir sur un champ sablonneux, donnant forme aux pensées d’Apodis.
Il sourit en constatant que quelques malheureux ont tenté d’user de ce passage lorsqu’il aperçoit armes, casques et diverses protections portés par des cadavres desséchés.
Certains doivent d’ailleurs dater de temps plus reculés vu l’usure de leurs squelettes.

Lorsque le Saint de bronze remarque un colosse adossé contre un pilier de son temple, il fléchit pour le saluer.
Il comprend que le gardien du temple, Aldebaran, attend déjà depuis un moment.
Le garde l’imite.
Aldebaran, d’une grosse voix grasse, explose de rire. Apodis en fait autant, synonyme de complicité entre les deux hommes.
Il se relève et avance vers le Saint d’or pour lui tendre la main : « Ne te moque pas mon vieil ami ! Je me plie au protocole. »
Aldebaran lui serre chaudement la main. Le géant a la fâcheuse habitude de ne pas sentir sa force et écrase quelque peu, sans le vouloir, les doigts d’Apodis.
_ « Allons, allons, pas de protocole entre nous.
_ Dans ce cas, pourquoi as-tu bondi hors de ta maison lorsque tu as senti notre arrivée, le nargue Apodis ? Tu as bien reconnu ma cosmo énergie, tu te doutais bien que ce n’était que moi ! »
Aldebaran doit se résigner. Il sourit promptement.
Apodis arrête de le taquiner et s’adresse au garde : « Allez, cessons de l’importuner. Montre-lui donc l’ordre de mission du Pope de manière à ce qu’il nous laisse passer. »
Le garde s’exécute. Aldebaran les laisse poursuivre leur course.

Ayant perdu suffisamment de temps, Apodis et le garde accélèrent le mouvement d’autant plus que la maison des Gémeaux n’est plus gardée depuis la disparition de son gardien il y a plus de douze ans.
Là encore, pas moyen d’y voir la chambre de ce temple.
« Il s’agit bien là de temps gagné en vain car nous allons devoir faire face à Deathmask… »

Dans la maison du Cancer, Aphrodite est torse nu en compagnie de son ami.
Deathmask, vêtu de sa Cloth, caresse le buste athlétique des Poissons : « Dis moi, tu es toujours aussi ravissant. Que me vaut l’honneur de cette visite ?
_ Un évènement se prépare dans le village de Paesco, murmure Aphrodite en posant ses mains sur le visage de Deathmask.
_ Paesco ? N’est-ce pas le village dans lequel vit Misty du Lézard ?
Aphrodite colle son corps contre celui de Deathmask protégé par l’armure du Cancer.
La Cloth est froide, solide. Aphrodite frissonne :
_ Oui, c’est dans ce village que vit Misty, susurre les Poissons en collant son corps contre celui du Cancer. La réunion aura lieu dans sa maison. Une véritable orgie, frissonne-t-il au contact de la Cloth froide et solide. Il y aura de jeunes apprentis au corps bien ferme mais aussi les servantes les plus désirables du domaine sacré, conclut-il en lui baisant la joue.
_ Les jeunes servantes ! Cela fait parti de mes attributions de les honorer, ironise Deathmask d’un sourire perfide.
_ Et les jeunes garçons alors, s’indigne Aphrodite ? La beauté dont nous pouvons jouir n’est pas réservée qu’aux seules femmes. N’en suis-je pas la preuve ?
_ Disons que j’ai mes préférences, provoque Deathmask en serrant de sa main gauche les fermes fesses d’Aphrodite, et tes tentations pour m’envoûter ne m’en détacheront pas, conclut-il en relâchant son étreinte tout en reculant d’un pas.
Tout à coup, le Cancer tourne la tête en direction du flanc de sa maison : « Il y a deux personnes qui usent du passage secret.
_ Tu le sens comme moi, il s’agit là de deux cosmos très faibles, tente de le rassurer Aphrodite en l’enlaçant pour le retenir.
_ Aurais-tu oublié les desseins de notre Pope ? Nous devons veiller à ce qu’il ne lui arrive rien, s’étonne Deathmask de la réaction de son camarade ! »

Apodis et le soldat approchent.
Un rocher situé en haut du chemin se brise. Apodis évite les débris et sauve le soldat in extremis.
Ils sont arrivés sur le flanc droit de la maison du Cancer qui ressemble plus à un cimetière qu’à une petite étendue de sable comme c’est le cas pour les maisons du Taureau et des Gémeaux.
Le sol est jonché de cadavres tout fraîchement déposés.
Apodis porte sa main devant sa bouche et son nez tant l’odeur des corps en putréfaction est insupportable.
Ils entendent les pas du propriétaire résonner : « Que fais tu ici ? »
Le chevalier d’or sort de l’ombre et toise Apodis.
Le soldat se courbe : « Je conduis le chevalier de l’Oiseau de Paradis chez…
_ Silence garde, je ne t’ai pas autorisé à prendre la parole, je m’adresse à ton supérieur, ordonne Masque de Mort. »
Il défie Apodis. Avec son doigt, il fait tournoyer un halot de lumière violacé.
Apodis qui loue toujours un minimum d’égard envers ses supérieurs ne daigne même pas se présenter à Deathmask. Autour de lui, une aura cosmique orangée tournoie.
Le garde espère apaiser les tensions en sortant l’ordre de mission pour apporter une justification.
Deathmask dirige rapidement son poing droit en direction du pauvre soldat pour le tuer sous l’impulsion de l’onde de choc : « Que cela te serve de punition pour te manifester une fois de plus sans mon autorisation ! »
Apodis s’interpose entre le coup du Saint d’or et le messager. Il replie ses deux bras devant sa poitrine pour se protéger de l’offensive.
Le Cancer est surpris par le sauvetage de l’inconscient : « Etonnant ! J’ai porté mon coup à une vitesse quelque peu supérieure à celle du son et tu l’as bloqué ! Voyons si tu es aussi vif lorsque je te frappe à la vitesse de la lumière… »
Derrière lui, la voix d’Aphrodite le retient et sauve la vie du chevalier de bronze : « Allons Deathmask, il ne s’agit que d’un Saint de bronze. Pourquoi le retenir alors que le Pope le demande ? »
Tapis dans l’ombre, le Suédois a finalement revêtu sa Cloth. Il est penché contre un mur. Sa main gauche tient son coude droit qui lui permet de porter sa main droite à son nez pour humer le nectar d’une rose rouge.
Il se redresse et passe délicatement sa main contre le torse de Deathmask : « Nous reprendrons notre conversation plus tard. Je vais accompagner ce charmant chevalier jusqu’à ma demeure pour lui éviter les foudres d’autres Saints. »
Aphrodite adresse un sourire amical, douteux même, à Apodis, avant de prendre la tête du peloton.
Deathmask rentre dans sa maison sans rien dire…

« Ouf… Je l’ai échappé bel, soupire Apodis qui sait qu’il n’aurait rien pu faire contre un Saint d’or. »
De plus, maintenant qu’il est accompagné par un chevalier d’or, les autres Saints ne bloqueront plus l’accès à leur maison.
Ils suivent donc Aphrodite tout en admirant le reflet du soleil sur sa magnifique armure d’or.

Sur le flanc droit de la maison du Lion, dans une parcelle pleine de graviers, Aiolia sort sans broncher lorsqu’il voit Aphrodite conduire Apodis.
Apodis se permet même un clin d’½il amical à destination du Lion, synonyme d’une affection semblable à celle entretenue avec Aldebaran.

Personne ne se présente à la sixième maison. Le champ de la maison de la Vierge est un petit espace fleuri.
« Il semble qu’un jardin bien plus grand borde cette maison de l’autre côté du temple. Il est toutefois interdit d’y accéder. La rumeur prétend qu’il se situe sur le flanc gauche du palais et qu’on ne peut y parvenir que depuis une porte du temple, se remémore Apodis. »

Même chose pour la maison de la Balance, bordée par un champ de sable. Aucun gardien ne se dresse devant eux.
« Certainement les fameuses permissions qu’octroie le Pope, pense le Saint de bronze. »

Milo et Shura observent leur passage sur leur parcelle en dalles de bétons.
Apodis les saluent diligemment.
Ce qui retient surtout l’attention d’Apodis ce n’est pas la propreté des sols de chaque champ sur lequel il débouche, ni le fait que chaque Saint personnalise son enclos, l’attention d’Apodis est concentrée sur le palais du Sagittaire.
L’enclos de la neuvième maison est une vaste étendue de ruines, de colonnes effondrées, de sols fissurés…
Le plus inquiétant est qu’aucune sortie ne débouche dehors.
« La maison semble avoir était emmurée, pense comme chaque venue ici Apodis. »
_ « Personne n’est entrée dans cette maison depuis douze ans, souffle Aphrodite en devinant les soupçons d’Apodis. »
Il connaît bien entendu les raisons qui ont conduit Aiolos à être considéré comme un traître. Pourtant cette nuit qui fût la dernière pour le frère aîné d’Aiolia reste un mystère dans l’esprit de nombreux Saints, Apodis y compris.

Personne ne les accueille sur les terres du Verseau. Tout le long de la traversée du temple, Aphrodite admire son reflet grâce au parterre cristallisé.
Bien que vide, la maison du Verseau demeure glaciale.

Enfin, Aphrodite s’arrête face à son propre pâturage fait de roses : « Voilà ! J’ai facilité votre accès aux maisons du zodiaque. Vous pouvez retrouver le Pope maintenant.
_ Saint d’or des Poissons, savez vous pourquoi personne ne nous a accueillis aux maisons de la Vierge, de la Balance et du Verseau, s’interroge tout de même Apodis ?
_ Shaka de la Vierge et Camus du Verseau ont obtenu une permission, lui répond-il en lui tendant une rose. Shaka est reparti en Inde pour enseigner son art. Camus passe quelques temps auprès du Seigneur Crystal, son élève, en Sibérie. Quant au Saint de la Balance, moins tu en sauras, mieux tu te porteras. Tu offriras cette rose de ma part au chevalier d’argent Misty du Lézard, on m’a dit que tu étais sous ses ordres lors des rondes de surveillance. Il comprendra mon geste. »
Apodis accepte sans se poser de question puis finit de gravir les marches du majestueux palais du Grand Pope.
Avant d’y entrer il regarde la statue d’Athéna qui surplombe tout le Sanctuaire. Il penche sa tête comme pour saluer la déité…


A des centaines de kilomètres du Sanctuaire, en Crète, des soldats du Sanctuaire vont et viennent dans cette zone portuaire.
Ils passent devant une taverne à l’intérieur de laquelle un homme blond, la mine renfrognée, est accoudé au comptoir.
L’inconnu observe le bâtiment à la tenue correcte. Il contraste avec l’ambiance chaotique qui règne sur l’embarcadère où il est implanté, la musique traditionnelle guide de nombreux danseurs à s’échanger à tour de bras leurs partenaires.
L’atmosphère est bonne enfant, du moins au rez-de-chaussée. A l’étage des hommes et des femmes de petite vertu voient leurs services loués par leur maître qui est le propriétaire.
Tandis que les clients chantent, crient, boivent, s’approprient des services de basse besogne, ce jeune Anglais repose le verre sur le zinc.
Il fixe avec dédains ces gens de passages : « Le Port du Destin… Certains y transitent pour devenir Saints, d’autres pour rentrer de mission ou pour s’y rendre. Il y en a qui espèrent fuir une condamnation prononcée à leur encontre dans l’enceinte sacrée, ou un entraînement trop rude, ou encore une simple dette… A proximité de la ville d’Iraklion, ce Port du Destin est la dernière étape pour quitter le Sanctuaire pour d’autres horizons. Cette escale est réputée pour conduire les guerriers dans les lieux les plus reculés, les plus inaccessibles de la planète. Tout comme le Sanctuaire, ce port n’est pas accostable pour les gens qui n’ont aucune connaissance de l’existence du cosmos. Il est bordé par une chaîne montagneuse au climat fort rude et par des courants marins extrêmement repoussants pour les embarcations trop curieuses.
Lors de la naissance de l’ordre des Saints d’Athéna, les quelques villageois du Sanctuaire qui sont parvenus à atteindre cet endroit, non sans avoir souffert milles morts, ont fait fortune en y montant leurs affaires. Aujourd’hui leurs descendants entretiennent des épiceries, des bars, des hôtels servant de relais pour les étapes des voyageurs, des commerces d’esclaves. Ils sont également matelots et assurent des livraisons de matériaux de construction et de denrées alimentaires après être allés se ravitailler en écumant les flots. Pour les plus courageux et les plus doués, ils transportent voyageurs et marchandises en des lieux comme l’île de la Mort, le Royaume d’Asgard… »
Il est interrompu dans ses pensées par le tenancier qui retire son verre vide. Alors l’homme blond sort de sa bourse quatre écus qu’il laisse rouler sur le comptoir : « Quatre sacres, calcule-t-il alors, j’ai bien fait d’en détrousser un villageois lors de mon passage au Sanctuaire. L’importation de l’écu sacré a permis de transformer le port en une véritable étape commerciale. L’écu sacré est la monnaie utilisée au sein du Sanctuaire et de ses domaines annexés. La création de cet monnaie remonte à celle du Sanctuaire. Athéna initia cette pratique pour octroyer une bourse à ses soldats et leur permettre de subvenir aux besoins de leur famille auprès des artisans des villages. Il n’existe qu’un modèle d’écu. Les pièces sont en métal. La face représente le visage de la statue d’Athéna, le côté pile est frappé par l’unique valeur de la monnaie : un sacre. Les prix sont donc traduits en sacres. »
Un verre de whisky lui est déposé en échange des quatre sacres.

Rhadamanthe, âgé de vingt et un ans, se concentre sur les glaçons qui s’agitent dans l’alcool qu’il s’apprête à engloutir. Il ne détache ses petits yeux jaunes que pour contempler la maîtresse de maison.
Voluptueuse, cette magnifique femme d’une trentaine d’années, l’égale par sa taille.
Rhadamanthe frotte sa mâchoire puis passe ses mains dans son épaisse chevelure blonde.
Madame accueille les personnes briguant les services des filles et hommes de joies. Elle distribue les chambres et attribue les libertins contre une solde conséquente.
Dévergondé par la boisson qu’il accumule depuis des heures, Rhadamanthe s’élance en direction de la maquerelle et s’adresse à elle de façon autoritaire : « Femme ! Je fais étape ici après un éprouvant voyage. Je reprends la route demain et j’aurai espéré profiter de services de qualité.
_ Bien, prend-elle note en glissant ses doigts dans ses cheveux soyeux qu’elle laisse retomber sur ses épaules vêtues d’un drap de soin transparent ! La chambre est à vingt sacres. Aucun repas n’est compris. La fille en vaut trente de plus. L’homme en vaut autant. »
Rhadamanthe regarde avec mépris les prostitués qui se tiennent derrière elle.
Les hommes sont bien moins nombreux que les femmes. Ils semblent jeunes et frêles. Ils ne portent aucun vêtement. Une sorte de petite bague tient l’extrémité de leur pénis et est reliée par une chaîne qui fait le tour de leur taille en guise de parure.
A l’inverse, les demoiselles paraissent moins mièvres. Elles portent également une chaîne autour des hanches pour maintenir un court linge rouge qui cache leur fessier et leur sexe. Leur poitrine reste à l’air.
_ « Aucune ne m’intéresse ! Elles se présentent toutes ravies de leur triste situation. Je souhaite quelqu’un navré d’être ici, afin de lui rappeler les conditions accablantes de sa misérable existence.
_ Ce garçon vient de nous arriver des pays du sud, sourit la patronne en caressant la joue d’un esclave, il est encore innocent. Je vous l’offre pour quinze sacres. »
Rhadamanthe perd patience. Il la saisit par le bras et la tire jusque lui. La belle dame se cogne contre la montagne de muscles.
La violence du geste pousse tous les occupants à cesser leur activité et à observer la tournure des évènements. Les musiciens et les danseurs examinent l’attitude du Wyvern afin de le chasser de ce lieu ou, pire, de lui donner la mort s’il doit la mériter.
_ « Combien pour passer la nuit avec toi femme, demande-t-il en aucun cas effrayé ? »
Bien des hommes ont souhaité s’approprier la vénusté. Rares sont ceux qui ont eu ce privilège.
Pourtant, de ce sombre anglais, se dégage une aura qu’elle ne peut repousser.
Elle joue quand même de ses charmes pour ne pas se montrer trop soumise : « Mon nom est Reife, appuie-t-elle d’un accent germanique, et je suis hors de vos moyens mon cher.
_ Rien n’est hors de ma portée, assure-t-il avant de lui voler un baiser devant toute l’assistance. »
Abasourdie, charmée par son assurance, Reife ne remarque pas tout de suite que Rhadamanthe l’a lâché.
Il s’avance parmi le tas d’avilis et décèle une demoiselle restée en retrait.
Ses cheveux ocre tombent devant son visage et s’arrêtent à hauteur de sa poitrine rebondie et juvénile.
Il relève les cheveux pour observer le triste minois. Il se retourne vers Reife : « Je t’offre quatre vingt sacres pour une nuit en la compagnie de cette fille et de toi. »
Reife reste songeuse quelques secondes. Le regard persistant de Rhadamanthe la convainc. Elle accepte d’un signe de la tête.
Alors, un des musiciens frotte sa grosse moustache avant de crier : « Allez ! Haut les c½urs ! »
Puis il souffle à nouveau dans son harmonica puisque le climat s’est apaisé. L'assemblée le suit dans la joie et la bonne humeur.
La cadette de Reife prend la relève pour diriger les filles afin que cette dernière conduise Rhadamanthe et la prostituée, à l’étage.

Arrivés dans une chambre, Reife ordonne à la novice de tout mettre en place comme sa fonction l’exige : « Allons Reinheit. La commode contient des linges propres. Installe le lit et dépose les serviettes près du bain. »
La gouvernante détaille à Rhadamanthe la suite des opérations : « La maison a pour règle d’avoir une hygiène irréprochable. Le bain est obligatoire avant chaque rapport. Les effets de toilette et les étoffes sont retirés et brûlés après l’utilisation d’une chambre.
_ Vous n’avez donc aucun autre rôle dans la vie à part celui de coucher avec des voyageurs et de vendre les corps de gens innocents, se renseigne-t-il d’un ton monocorde ?
_ C’est une chance que nous avons. Avant d’être vendus à notre maître nous ne sommes rien. Nous venons des quatre coins du globe et avons chacun nos propres blessures. L’abandon, la faim, la rue, la haine… Travailler ici nous permet d’être logés et nourris. Nous ne nous sentons pas plus honorés ni respectés, mais on se sent déjà plus libres de pouvoir vivre. Le maître est un homme bon. Une fois que nous n’avons plus l’âge d’être présentés aux clients, les femmes travaillent en cuisine et en couture pour remplacer les ustensiles brûlés après usage, les hommes jouent de l’instrument, bricolent pour rénover le bâtiment. Il accorde même parfois une retraite en versant une bourse remplie de sacres, allouant ainsi la possibilité de partir vivre dans un village du Sanctuaire d’Athéna ou de monter ici son commerce. Cette jeune fille par exemple, dit-elle en pointant du doigt sa protégée, Reinheit, vient d’être achetée par notre maître. Elle est originaire d’Allemagne de l’Est comme moi. Pour se nourrir, cette orpheline piochait dans les poubelles. Elle vivait dans la rue. C’est un émissaire du Sanctuaire qui l’a ramené ici pour lui offrir une famille et un avenir.
_ Quelle famille bienveillante. Quel avenir de choix, servir de morceau de viande à de gros obsédés toute sa vie, assure-t-il avec cynisme. »
Il s’approche de la douce demoiselle et renifle l’odeur de son innocence : « Reinheit… Je vais me laver. Lorsque je reviendrai tu auras intérêt à être nue et disposée à être mienne. »
Il s’approche de la baignoire en cuivre qui se situe dans la pièce d’à côté. Il y verse les sauts d’eau chaude que Reife a fait monter.
Elle s’inquiète d’ailleurs pour sa protégée : « Reinheit est encore vierge. J’aimerais qu’en tant que premier homme vous soyez…
_ Bien, la coupe-t-il ! Dans ce cas qu’elle vienne elle-même me nettoyer ! Elle ne sera ainsi que mieux renseignée sur la suite des événements. »
Sans broncher, la douce femme aux traits fins et à l’allure candide vient retirer la tunique turquoise de l’hardi vagabond.
Il a le visage couvert d’hématomes. En le déshabillant Reinheit constate que le sang qu’il porte sur sa tenue n’est pas le sien. Cela l’impressionne davantage de faire face à un tel homme qui a dû mener bien des luttes.
Lui, semble satisfait. Il observe le corps de Reinheit que Reife met nu après avoir laissée tomber sa propre toge.
_ « Dans quel monde vivons-nous ? En se rendant esclaves d’eux-mêmes, les humains prouvent une fois de plus leur bêtise. Comment les considérer autrement que ce qu’ils sont déjà : des animaux, balbutie-t-il cruellement. »


Au Sanctuaire, au sommet des douze maisons, dans la chambre du Grand Pope, Saga, en grand usurpateur est posé sur le trône de Shion.
Paré de son masque violet, de son heaume rouge et de ses épaulettes aux pointes acérées, il donne ses directives en inspirant une certaine frayeur.

« Arlès… Le frère du Grand Pope… Celui qui donne les ordres tandis que le Pope fait office de représentant d’Athéna lors de ses visites au peuple… réfléchit Apodis prosterné devant lui. Le Grand Pope, ce sain homme. Sa tenue est moins dérangeante, moins guerrière qu’Arlès. Il porte sa longue soutane blanche, son casque doré et un rosaire autour du cou. Ses apparitions se font de plus en plus rares. »
Apodis attend les nouvelles. Il aimerait scruter l’architecture du palais, toutefois il doit faire bonne figure.
Agenouillé sur le tapis rouge qui relie le trône aux portes du palais, il est entouré par dix gardes qui se tiennent solennellement de chaque côté de la broderie.
« Sans doute assurent-t-ils la garde de notre Général, imagine-t-il en reconnaissant Gigas debout à côté d’Arlès. »
La voix grondante de Saga sous le masque glace les os des occupants des lieux : « Apodis, je fais une nouvelle fois appel à tes aptitudes de Saint.
_ Et je considère cela comme un honneur Ô Votre Majesté.
_ C’est moi, se mêle Gigas, qui ai suggéré de t’envoyer en mission. La plupart du temps nous t’avons mandaté pour régler des conflits diplomatiques à travers le monde afin d’éviter bien des batailles entre les gouvernements de notre planète. Tu as rappelé à ces chefs d’Etats que nous sommes la seule élite apte à diriger l’univers et ce depuis la nuit des temps.
_ C’est exact. Mais permettez-moi de regretter que ces derniers temps la situation ait changé dans le monde. Les échos du monde extérieur rapportent que des guerres civiles éclatent dans de nombreux pays alors que le Sanctuaire ne semble plus jouer son rôle de médiateur. Des bruits courent comme quoi cela serait la volonté du Grand Pope. »
Gigas affiche un rictus de satisfaction tandis que Saga cramponne instinctivement l’accoudoir du trône de Shion : « Apodis n’est pas le genre de soldat qu’on peut corrompre aisément. Il faudra lui mentir à lui aussi sur mes réelles intentions. Pas question de dévoiler que ces déclenchements de discordes résultent de mon propre souhait, certaines guerres ayant d’ailleurs été engendrées par de fourbes soldats que j’ai fait envoyer par Gigas ! De plus, je ne peux me risquer à exposer au grand jour mes véritables ambitions tant que l’armure du Sagittaire reste introuvable. Il suffirait que le Vieux Maître des Cinq Pics et Mû de Jamir dispose de l’armure du Sagittaire pour contrecarrer mes plans. Non ! Autant poursuivre mes agissements dans l’ombre, cogite-t-il. »
Il se racle la gorge et répond de façon autoritaire : « Saint de bronze, j’ai eu vent moi aussi de ces rumeurs. Ces propos sont tenus par des ignorants. En effet, le retour d’Athéna sur Terre nous oblige à nous concentrer sur des dangers plus grands encore que les querelles de chefs de tribus ! La défense de cette planète est en jeu. C’est donc pourquoi je t’ai fait venir ici.
_ Bien Majesté, se résigne Apodis. Veuillez excuser mes paroles si vous les avez trouvées déplacées.
_ Comme je le disais, reprend Gigas, tu as rendu des services à Sa Majesté le Grand Pope et à Notre Déesse Athéna par ton sens diplomatique. En plus de cela, tu es considéré comme un des plus vaillants Saint de bronze de notre domaine sacré. Tu es en charge de la défense des murailles rattachées au village de Paesco à l’ouest de notre territoire. Tu es sous les ordres de Misty Saint du Lézard qui veille sur l’étendue de la zone ouest. Tu as sous ton commandement quinze gardes. Ton esprit combatif t’a permis de te constituer une équipe de soldats redoutables. A tel point que d’autres chevaliers te comparent au légendaire Achille accompagné de ses Myrmidons !
_ C’est exact Général.
_ Sais-tu que le nord du domaine est sous la responsabilité d’Algol de Persée, l’est sous les ordres du trio argenté composée de Dio de la Mouche, de Sirius du Grand Chien et d’Algethi d’Héraclès, le sud est dirigé par Arachné de la Tarentule ?
_ Oui.
_ Chaque capitaine a sous ses ordres des Saints de bronze qui commandent des gardes. Or, un Saint de bronze et ses hommes, sous les ordres d’Arachné ont détecté la présence d’un intrus.
_ Le Sanctuaire est un lieu reculé de la Grèce, gronde Arlès, seuls les hommes sachant maîtriser leur cosmos sont capables d’y pénétrer sans autorisation spéciale. Pour les habitants et les marchands qui arrivent de l’extérieur, un cortège de gardes les accompagne. Mais manifestement, aucun passage n’a été organisé ces derniers jours.
_ Il s’agit donc d’un combattant, complète Gigas. Malgré cela nous n’en savons pas plus. Les gardes qui ont interpellé cet homme l’ont payé de leur vie avant qu’il ne prenne la fuite. Je l’ai donc fait suivre. Sur cinq hommes envoyés, un seul est rentré. Il a eu le temps de nous dire dans son agonie que l’intrus est prêt à embarquer sur le Port du Destin en Crète.
_ Ce port est réputé pour conduire les hommes dans les lieux les plus inaccessibles du globe, poursuit Arlès. Encore une fois, seules les personnes douées d’une cosmo énergie peuvent s’y rendre. J’aimerai l’interpeller avant qu’il ne prenne la fuite. Il peut très bien être un futur Saint d’Athéna qui a découvert récemment son potentiel, ou malheureusement un espion. Il faut que tu l’interroges et que tu l’élimines si tu juges qu’il représente une menace pour notre déesse.
_ Entendu Majesté, accepte Apodis sans rechigner en inclinant sa tête avant de prendre congé. »
Alors que les gardes lui ouvrent les lourdes portes du temple pour le laisser sortir, Saga le retient un instant : « Apodis ! J’ai appris que Misty veillait sur tes hommes durant ta permission. Je suis navré de te déranger durant le peu de repos qui t’est accordé. Sache qu’en cas de succès ta dispense sera prolongée et ta solde doublée.
_ Vous êtes trop bon Majesté, se courbe à nouveau Apodis,  je jure que je mènerai cette mission à bien dusse-je y laisser la vie au nom d’Athéna ! »
Apodis quitte la chambre du Pope, très fier. Il gagne de plus en plus la confiance du représentant d’Athéna et de son plus proche conseiller, tout ça sous les yeux du Général, et ne peut en être que comblé.

De retour chez lui, à Paesco, Apodis endosse sa Pandora Box, le visage grave, concentré sur sa mission. Mujakis le fixe.
_ « Ne me regarde pas comme ça mère, cette mission prouve toute la confiance que le Grand Pope place en moi. Athéna reconnaît mon dévouement.
_ Je le sais mon fils. Je regrette simplement qu’Athéna ait fait de toi un chevalier alors qu’elle aurait pu te destiner à enseigner ton savoir dans les écoles des villages.
_ Ma solde de Saint me rapporte bien plus que celle que j’aurai obtenue en devenant instructeur. Cela permettra à mon fils de devenir ce que j’aurai voulu être sans se soucier de subvenir aux besoins des siens. »
Apodis approche de l’enfant tenu par Mujakis et le prend un instant dans ses bras. Il lui murmure avec une voix calme : « Ne t’inquiète pas jeune Sperarus. Ta maman, Netsuai, veille sur toi depuis les étoiles durant mon absence. Je t’aime mon bébé. »
Apodis laisse émaner de son corps son cosmos orangé. L’aura englobe ensuite le corps de l’enfant l’espace d’un instant comme pour l’accompagner dans de doux songes.
_ « Combien de temps pars tu, s’inquiète Mujakis comme lors de chaque mission qui lui est confiée ?
_ Peu de temps. Ma mission ne se déroule pas loin d’ici. En me déplaçant à la vitesse du son ça ne sera que partie aisée. Veille bien sur vous deux. Je t’aime mère. »
Apodis tourne les talons rapidement pour ne pas voir sa mère pleurer comme à son habitude.
Avant de sortir du Sanctuaire, il se rend près des murailles aux abords du village qui délimite les frontières du Sanctuaire. C’est ici qu’il accomplit à l’accoutumer son rôle de sergent.
Il y trouve Misty devant qui il se baisse : « Chevalier du Lézard, comment se comportent mes hommes ?
_ Ils sont très obéissants et efficaces, rassure-t-il en examinant l’horizon debout sur un rocher. J’ai sous ma responsabilité une équipe bien menée. Cette partie du Sanctuaire n’a rien à craindre.
_ Je suis content que mes soldats vous fassent honneur mon Capitaine.
_ Apodis, s’approche-t-il d’une démarche très gracieuse, tu es actuellement en repos. Ne me dis pas que ton amour de la chevalerie te pousse quand même à t’inquiéter pour la surveillance de nos murailles ?
_ Je suis simplement venu vous informer que le Grand Pope m’a confié une mission, par l’intermédiaire de son second. Comme vous êtes mon supérieur direct, j’ai pensé qu’il était normal de vous en faire part. »
Misty sourit. Même si Apodis est plus vieux que Misty de trois ans, il lui témoigne un profond respect de par sa hiérarchie dans le Sanctuaire.
_ J’apprécie que tu me tiennes au courant. Je te souhaite bon courage. Orphée serait fier d’un Saint aussi beau et fort que toi.
_ Ah ! J’allais oublier, se remémore Apodis en sortant la rose confiée par Aphrodite, le Saint d’or des Poissons m’a fait remettre auprès de vous cette fleur. Il a dit que vous comprendriez.
_ Tu ne trouves pas que ces fleurs délivrent un parfum paisible, dit-il en analysant chaque pétale, inspirant la beauté et la perfection ?
_ Euh… Si… Oui, bien entendu, la rose symbolise la romance.
_ Sais-tu quel message Aphrodite aspire à me délivrer grâce à cette rose ? Il tient par ce témoin à m’informer de sa présence ce soir à une réunion que j’organise chez moi, confie Misty en caressant délicatement les cheveux d’Apodis d’une main tandis qu’il hume grâce à l’autre le parfum de la rose. Seules les personnes élégantes sont conviées. Tu sais que tu es le bienvenu. Netsuai était une très jolie jeune femme. Bien entendu je regrette sa perte et je compatis à ta douleur. Vous étiez très jeunes lorsque vous avez choisi de vous fiancer. Mais désormais tu dois faire le deuil. Nos vies de chevaliers peuvent vite devenir éphémères. D’ailleurs tu as toujours été très désiré au sein du Sanctuaire… »
Apodis se presse de partir remplir sa mission :
_ C’est fort aimable. J’y songerai, se presse Apodis de prendre congés, veuillez m’excuser Misty, mais à présent je dois partir. »
Misty observe le séduisant jeune homme s’éloigner du domaine.


Pendant ce temps, dans la chambre de Rhadamanthe, le trio cesse ses ébats.
_ « Allez, vous pouvez vous rhabiller, j’ai besoin de dormir, s’étale Rhadamanthe les bras écartés. »
Une voix calme mais impériale interloque les trois partenaires : « Tu as plutôt besoin de te confesser. »
Arrivé à la vitesse du son, Apodis apparaît à l’encadrement de la fenêtre : « Rhabillez vous vite mesdames s’il vous plait. »
Rhadamanthe reconnaît la boîte métallique sur le dos d’Apodis.
Il reste serein et se dirige nu dans sa baignoire.
Apodis attend que les femmes quittent la chambre pour le rejoindre.
Rhadamanthe, calme et insensible, avoue ses actes : « J’ai tué ces hommes. Mais je l’ai fait car ils venaient dans l’intention de m’éliminer. »
Apodis pose sa Pandora Box et s’assoie dessus. Il fixe Rhadamanthe, s’allongeant nu dans l’eau devenue tiède.
_ « Tu es entré dans un domaine interdit. Seules les personnes douées d’une cosmo énergie peuvent y accéder. Les Saints d’Athéna maîtrisent le cosmos, mais leurs ennemis aussi. Si tu as fui, c’est que nous ne pouvons te considérer comme un Saint. »
Rhadamanthe ne répond pas. Apodis concentre son énergie dans la paume de sa main droite. Un halot orangé s’agite.
_ « Je n’ai pas de temps à perdre : qui es-tu ? Que faisais tu au Sanctuaire ?
 _ Qui suis-je, répète l’air hagard Rhadamanthe ? Je ne sais pas. Je pourrai être plein de choses, occuper plein de rangs. Mon cosmos me le permet. Mais je cherche encore un dieu, une passion, une cause, qui soit à la hauteur de mes idéaux. Saint, Berserker, Spectre, Alcide, Marina, Ksha, God Warrior, je ne sais pas. Alors je tourne dans ce monde, à la recherche d’un idéal. Ces recherches m’ont conduit jusqu’au Sanctuaire et m’amèneront vers d’autres horizons demain.
_ Lorsque tu concentres ton cosmos, ressens-tu une protection particulière ? A partir du moment où un apprenti chevalier parvient à percevoir en lui sa cosmo énergie, il se retrouve en harmonie avec les étoiles et peut découvrir au fond de lui qu’elle est la constellation qui le protège.
_ Je ne ressens rien de particulier, rage-t-il ! J’ai même l’impression d’être emprisonné, comme si mon âme et ma quête de bien être, m’avait été retirées, ou plutôt, comme si elles ne m’avaient pas encore été attribuées.
_ Le représentant d’Athéna serait ravi de te rencontrer. Il se nomme Grand Pope, il…
_ Je sais déjà qui est le Grand Pope. Je n’ai pas envie d’être au service d’Athéna. J’étudie depuis ma jeunesse les mythes rapportés dans les grands livres sacrés des dernières Guerres Saintes. Ce monde dans lequel nous vivons est en proie à la violence et à la haine. Les hommes gâchent la chance que les dieux leur ont accordé il y a des milliers d’années. Athéna perpétue ce gâchis en protégeant les humains depuis toujours, elle reproduit les mêmes erreurs. Les guerres, les génocides et toutes les autres atrocités de ce monde perpétrées par les hommes sont dus à Athéna qui ferme les yeux sur leurs vices. Je préfère étudier les causes défendues par d’autres dieux afin de servir celui qui correspond le plus à mes idéaux. »
La lumière qui jaillit de la main d’Apodis devient plus vive : « Alors tu ne me laisses pas le choix ! »
Il projette cet éclat cosmique contre Rhadamanthe.
Le cuivre de la baignoire se fend, l’eau envahit la pièce.
Rhadamanthe, nu, glisse sur le sol carrelé.
Apodis lui tend ses vêtements : « Mets ça, je ne peux combattre un adversaire dans cet tenue ! »

Le futur Juge revêt sa tunique sans rien dire et se rend dehors, sur un ponton au bord de l’eau.
_ « Je serai toi, je revêtirai tout de même mon armure, conseille Rhadamanthe.
_ Je préfère me battre d’égal à égal, se met en garde Apodis. »
Apodis s’avance en sautillant de gauche à droite puis de droite à gauche.
A proximité de Rhadamanthe il frappe des petits coups du droit. Rhadamanthe esquive ou pare les assauts dans la mesure du possible. Il cherche une faille dans la garde d’Apodis, ce qui n’est pas chose aisée. Il discerne la vitesse de ses coups et dans un sursaut inattendu, il frappe le Saint de bronze en plein visage.
Apodis recule d’un pas et se frotte la joue : « Bien, tu es rapide. Voyons à quel point. »
Apodis avance bien plus vite que précédemment et martèle Rhadamanthe de coups. Cette fois ci il prend un rythme continuel. Trois coups du droit, un coup plus puissant du gauche et une droite à pleine puissance. Il répète cet enchaînement de nombreuses fois. Rhadamanthe ne peut éviter. Les frappes sont rapides, fortes.
Toutefois, il comprend vite la cadence et anticipe le prochain crochet du gauche. Il concentre toute sa force dans son poing droit.
Au moment de recevoir le crochet du gauche d’Apodis, il profite du léger laps de temps qui s’écoule pour le cogner d’un uppercut au menton.
Apodis se lève du sol mais retombe quelques mètres plus loin sur ses jambes : « Ta capacité d’analyse est bonne. Pour finir, nous allons tester ta résistance et l’étendue de ton cosmos. »
La cosmo énergie d’Apodis s’étend autour de son corps. Il écarte les bras. La lumière prend des formes d’ailes : « Reçoit le féerique battement d’ailes de l’Oiseau de Paradis : Wing Jikan No Yoyû ! »
Ses bras s’abattent en direction de Rhadamanthe.
Toutes les planches du ponton s’envolent.
La mer est soulevée. A tel point qu’on voit le sable, habituellement englouti sous des mètres d’eau.
Pourtant, une sphère d’énergie entoure Rhadamanthe.
Les planches et l’eau sous ses pieds ne se sont pas dérobées.
Le souffle s’amenuise au bout de quelques secondes.
Rhadamanthe a seulement reculé de quelques pas.
Il est néanmoins épuisé et retombe sur ses genoux.
Apodis sourit : « Tu es un bon combattant. Cependant, si j’avais déclenché cette attaque à pleine puissance tu serais mort. Tu as tous les attributs pour devenir un bon guerrier, mais le Sanctuaire n’a rien à craindre de toi. Tu as juste beaucoup de volonté et il ne serait pas digne ni du Sanctuaire ni d’Athéna de s’opposer à cette résolution. »
Exténué, le futur soldat d’Hadès s’écroule.
Apodis vient le chercher et le porte dans ses bras.
_ « Dans ce port il existe des marins qui conduisent quiconque dans les lieux les plus reculés du globe. Quelle est ta prochaine destination après le Sanctuaire d’Athéna ?
_ " As… Asgard, déclare Rhadamanthe à moitié conscient. Il est écrit dans un vieux manuscrit que j’ai trouvé dans un château en Angleterre que les livres du palais d’Odin, le Walhalla, sont les plus complets pour rapporter les faits des dernières Guerres Saintes. Une… Une force… Une force m’appelle, je ne sais pas laquelle elle est, mais si les livres d’Odin peuvent m’aider à trouver… alors… alors…
_ Ne parle pas, tu es exténué, tu as besoin de repos. »


Quelques heures plus tard, au Sanctuaire, dans le village de Paesco, quelques soldats éméchés jouent de la musique dans une petite demeure.
Dans la maison de Misty, c’est le brouhaha le plus complet.
Connu pour être un des Saints les plus adeptes de l’esthétisme, Misty gagne aussi à être réputé grâce à son implication dans l’organisation de fêtes où les plaisirs charnels sont à la hauteur des désirs les plus pervers.
La nourriture, l’alcool et l’extase y sont abondants.
 
Parmi les personnalités on retrouve Docrates, Jamian, Mozes, et bien sûr, Deathmask, Aphrodite et Misty.
La porte, gardée par un soldat de Misty, est ouverte pour permettre à Apodis de se mêler aux festivités.
De retour de mission et par respect envers son supérieur, il passe saluer ses pairs.
Il reconnaît aussi de nombreux servants et apprentis, hommes et femmes, et divers Saints de bronze.

La sélection est très stricte, chaque invité jouit d’une plastique parfaite à l’exception de Jamian et Mozes qui bénéficient de leur statut de valeur au sein de la garde d’Athéna pour avoir le privilège d’être ici.
Le décor de la demeure est tout bonnement gracieux.
Bien que minuscule comme le reste des habitations du domaine, on sent que la solde d’un Saint d’argent aide à disposer d’un foyer convenable.
Tout a été sculpté à la main et pas un grain de poussière ne vient entacher ce lieu.
Contrairement aux villageois qui ont un sol en terre crue, ici le parterre est dallé.

A mesure qu’il avance, Apodis retrouve certains de ses hommes qui s’échangent quelques histoires drôles autour d’un verre, qui dégustent un succulent repas préparé par des villageois engagés à l’occasion par Misty, ou qui profitent des corps de jeunes nymphes.

Aphrodite, se promène nu au milieu des couples qui se forment.
Duos, trios et même plus encore, chaque participant oublie en quelques heures la responsabilité qui est sienne pour savourer le simple plaisir humain.

Parmi tous ces corps déchaînés, Apodis en aperçoit de nombreux mutilés représentant ainsi toute la difficulté et les souffrances endurées pour devenir chevalier ainsi que le mauvais traitement reçu par quelques villageois.
_ « Quelle charmante visite ! Je suis ravi que tu te joignes à nous, affirme Aphrodite devant Apodis.
_ Je ne resterai pas longtemps. Je suis simplement venu informer Misty, mon supérieur, que ma mission a été réalisée avec succès. »
Aphrodite conduit Apodis à la table de Misty puis s’invite dans un groupe de quatre jeunes femmes qui se partagent le corps d’une cinquième…
_ « Ca laisse rêveur n’est ce pas, l’interpelle Misty ?
_ Pas vraiment, ironise Apodis. Le seigneur Aphrodite fait parti du plus haut rang de la chevalerie. Or, il se montre ainsi.
_ Aphrodite ne s’arrête pas à ce genre de détails. Il savoure tous les plaisirs que la vie peut lui offrir ! »

Docrates, attablé en compagnie de Misty, Mozes et de quelques femmes apostrophe son ami : « Allons Apodis, ce n’est pas comme si tu n’avais jamais profité de ce genre d’ambiance. Autrefois tu venais en ces lieux. »
Apodis sert chaleureusement la main du géant qui semble être une bonne connaissance. Il remet par la même occasion les choses en ordres : « Exact, mais cela était bien avant que je rencontre Netsuai.
_ Dommage qu’elle ne soit plus parmi nous, ricane Mozes d’un ton hostile. Tu aurais pu l’amener, ça aurait été une occasion pour moi de lui montrer ce qu’est un homme !
_ Attention Mozes, cette fois si c’est ton second ½il que tu pourrais perdre, grimace Apodis.
_ Allons messieurs, calme Misty, nous sommes là pour nous détendre, regardez le chevalier d’or du Cancer, même lui prouve que cette nuit sert à oublier nos tracas quotidiens. »
Apodis observe Deathmask en compagnie d’une sulfureuse femme aux cheveux couleur feu. A côté du Cancer, quelques garçons envient l’aisance du Cancer ou même, tout simplement, désirent son corps.
Apodis n’est pas gêné par l’ambiance, mais reste à table en compagnie de ses compagnons d’armes et décline chaque proposition qui lui est faite.

Tout à coup, la porte d’entrée de la demeure s’ouvre avec fracas. Le garde de service retire son casque et reprend son souffle.
Le silence se fait pour écouter ce qu’a à dire le soldat. On peut juste entendre quelques dès qui viennent d’être jetés par un invité rouler sur une table.
Le malheureux est tellement exténué que les mots ne lui viennent pas.
Docrates, impatient, tape des poings sur la table et se lève pour saisir le garde en le soulevant du sol : «  Et bien parle ! J’attends !
_ Le Général… Le Général Gigas… rode dans les environs… »
A cette annonce, les musiciens remballent leurs instruments, les couples se défont et se rhabillent, les cuisiniers lâchent leurs couverts, les soldats finissent leur verre et tout le monde quitte silencieusement le logis.
Seuls Deathmask et Aphrodite prennent leurs temps, n’ayant eux n’ont rien à craindre hiérarchiquement de Gigas.


Quelques minutes plus tard, au sommet d’une colline, Apodis observe tout ce beau monde s’éparpiller discrètement.
_ « Quand même ! Craindre les actes de Gigas ! Cet homme n’a pas la stature d’un général. Seuls les Saint d’or n’ont rien à craindre de cet homme alors qu’il est plus faible qu’un simple apprenti. Je ne comprends pas pourquoi le Grand Pope s’acharne à laisser en place cet incompétent et le Commandant Phaéton.
_ Tu penses à quelqu’un en particulier pour prendre ses fonctions, réfléchit Docrates qui le rejoint ?
_ C’est évident ! Après les Saints d’or, les hommes les plus à même de contrôler la chevalerie et les gardes sont les Saints d’argent. Il suffirait qu’un Saint d’argent prenne sa place. Si mon maître Orphée était toujours là il dirait la même chose. Misty est considéré comme un meneur par les chevaliers d’argent, je pense qu’il a le profil pour ce poste. Et puis il a l’expérience du combat lui !
_ Orphée de la Lyre était un idéaliste, tu suis le même chemin que lui. C’est tout à ton honneur. Mais les décisions du Pope sont unanimes. S’il décide de déléguer son pouvoir à Gigas, alors nous sommes soumis à la volonté de celui-ci. Allez passe une bonne nuit, salue Docrates en tendant la main à son ami, n’aspirant pas à débattre davantage. »
Apodis la lui sert puis traverse calmement le village.

« Quelles conséquences auraient pu avoir cette petite orgie si Gigas avait été tenu au courant, repense Apodis. Pourtant, hors des heures de gardes, les serviteurs d’Athéna restent des hommes qui ont des besoins, des envies. Je suis persuadé qu’Athéna aussi en est convaincue. »
Il salue de la main quelques habitants qui font une dernière balade avant de rentrer se coucher. En cette nuit fraîche du mois de janvier, quelques enfants se courent encore après.
Les gardes qui font leur ronde, quelques adolescents qui ont échappés à la surveillance de leurs parents pour passer un instant en amoureux, quelques artisans et commerçants qui rangent et classent leurs marchandises… La nuit reste animée au Sanctuaire.
Même si cette nuit est semblable à celles qu’il passe depuis dix huit ans, Apodis en retient un agréable souvenir : il revient d’une mission confiée par le Grand Pope.
Comme après chaque quête accomplie, il est fier de lui, de ce qu’il est devenu.
Il regarde le ciel et intensifie sa cosmo énergie pour faire briller les étoiles de sa constellation, celle de l’Oiseau de Paradis.
Une larme coule le long de sa joue : « Netsuai, comme j’aimerai que tu sois là pour apprécier l’homme que je suis aujourd’hui. »


Le lendemain matin, au Port du Destin, en Crète, dans l’auberge où il a fait la connaissance de Reinheit et Reife, Rhadamanthe ouvre les yeux dans un lit de soie.
Il est entouré par des femmes, à demi nues, qui ne prêtent, pour la plupart, pas attention à lui. Seules Reife et tout particulièrement Reinheit sont à son chevet.
_ « Où suis-je ? Où est l’homme contre qui je me suis battu ?
_ Il vous a ramené ici, répond Reinheit moins timide que la veille, a payé cent sacres pour que vous passiez la nuit auprès de nous ainsi que pour dédommager les dégâts de votre chambre. Il m’a demandé de vous dire quelque chose puis s’en est allé.
_ Qu’est qu’il t’a demandé de me dire ? Parle je t’écoute, ordonne Rhadamanthe sans même remercier ses conquêtes de la nuit passé pour leurs bons soins !
_ Il vous a réservé une place sur l’embarcadère. Un bateau quitte le port dans deux heures pour Asgard. Il a dit que le navigateur qui dirige cette expédition est celui envers qui il a le plus confiance puisque la traversé de l’océan Arctique est périlleuse. Il a aussi précisé que ce n’était pas la peine de vous prévenir des dangers qui se dresseront sur votre route, si vous avez la volonté nécessaire vous parviendrez à trouver ce que vous cherchez.
_ Merci à toi Saint d’Athéna, prend-il d’un air grave en fronçant ses épais sourcils, je ne sais pas si nos chemins se recroiseront, mais si un jour je dois t’avoir à nouveau comme adversaire, je te ferai honneur cette fois ci. »


Le chant d’un coq annonce la levée du soleil au Sanctuaire.
Il aide Apodis à ouvrir les yeux.
Grâce à sa mission réussie, le Pope a reconduit sa permission de deux jours.
Il se penche sur le berceau de son fils et pose deux de ses doigts devant sa bouche avant de les frotter affectueusement contre les joues de sa progéniture.
Il ouvre la porte de sa maisonnette et regarde en premier lieu la géante statue d’Athéna.
Il pose un genou sur le sol et murmure : « Ô Déesse Athéna, comme chaque jour veillez sur mon fils et ma mère. Je vous en prie. »
Il se relève et observe quelques paysans courageux qui promènent leurs ovins et leurs bovins.
Des marchands avancent en calèche avec les marchandises arrivées fraîchement du port d’Athènes que les gardes ont pris soins de faire venir discrètement au village.

Brusquement, le coq qui sert de réveil à Apodis fuit à toute vitesse.
Un garçon d’une douzaine d’année court après. Apodis se met en travers de sa route : « Allons Seiya, tu ne vas pas t’attaquer à une proie aussi facile, je suis certain que Marin désapprouverait. »
L’élève de Marin lève les yeux et affiche un sourire gredin.
La chasse fait partie des règles de bases d’un apprenti chevalier pour sa survie.
Apodis se remémore alors les détails de sa formation. Ne songeant pas à l’erreur commise en ayant épargné Rhadamanthe, il a la tête pleine de souvenirs qu’il a hâte de partager avec le futur Saint de Pégase.
Last Edit: 1er February 2020 à 19h43 by Kodeni

Author Topic: Chapitre 1  (Read 43879 times)

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mohsen

  • Guest
  •  
J'ai lu!

J'apprécie la mise en scène, la façon dont tu décris les personnages et les lieux. Le décors est planté et le héros est plus qu'attachant.  ^_^

J'ai beaucoup apprécier la description du sanctuaire, les différents clin d'oeil au mangas, c'est bien vu! J'ai bien ris pour masque de mort et aphrodite, c'était trop fort! lol
Si tu connais la série "spartacus", ce chapitre m'a fait penser à cette série, qui parle de la rome antique et de ses gladiateurs, ou sexe rimait avec opulance, esclaves et combats.

Radamanthe est lui aussi bien développer, rien à dire de ce côté là.

Ma foi ce fut très divertissant!!

Offline Kodeni

  • Modérateur
Tiens, toi ici.
Je pensais que tu aurais commenté sur SSP.

Très content que tu ais jeté un oeil au premier chapitre.

Je ne connais la série Spartacus que de nom et j'espère franchement m'y mettre un jour.

En attendant, ravi que ce premier chapitre te plait. J'espère avoir tes impressions sur les suivants.

hanzo

  • Guest
  •  
Voila j'ai lu le premier chapitre.
Il est très bien écrit et intéressant (au fait, on écrit un boxeur en français, pas boxer) et l'entrée en matière est très bonne.

A contrario de toi, j'ai une préférence pour le manga par rapport à l'animé, c'est donc amusant de voir apparaître Gigas et le nom de Phaeton mais ça ne me dérange pas de les y retrouver dans cette histoire originale, je sais quand même qui ils sont.

Pour finir, Misty, du haut de ses 15 ans est déjà un beau dévérgondé, à ce point-là, c'est rarissime! ^^

A plus tard pour la suite.

j-c

Offline Kodeni

  • Modérateur
Voila j'ai lu le premier chapitre.
Il est très bien écrit et intéressant (au fait, on écrit un boxeur en français, pas boxer) et l'entrée en matière est très bonne.
Comme je suis surpris de voir que tu as pris le temps d'y jeter un oeil. Ca me touche.
A contrario de toi, j'ai une préférence pour le manga par rapport à l'animé, c'est donc amusant de voir apparaître Gigas et le nom de Phaeton mais ça ne me dérange pas de les y retrouver dans cette histoire originale, je sais quand même qui ils sont.
En fait, pour Phéaton, et surtout Gigas, c'est surtout l'occasion de développer des personnages qui auraient pu être intéressants si les fillers avaient été traités au bout dans la série tv.
Pour finir, Misty, du haut de ses 15 ans est déjà un beau dévérgondé, à ce point-là, c'est rarissime! ^^
En fait, je ne prêtes pas spécialement attention aux âges dans ma fiction. Et heureusement d'ailleurs au vu de certains scènes.
A plus tard pour la suite.
Avec plaisir.
Pour info, la fiction démarre vraiment à partir du chapitre 5.

Offline Kodeni

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NEWS

Cette version du premier chapitre est une version rééditée de la publication originale du 19 avril 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.