Chapitre 76

Chapitre 76

Sous le club argentin où sont réunis Tromos et Vasiliás, dans les caves, les effusions de sang ne cessent de tapisser les murs.
A mesure que le Berserker de la Terreur progresse dans ces sous-sols de l’horreur, il brise l’existence des criminels qui exploitent femmes et enfants.
Sans craindre les armes, il s’enfonce dans les ténèbres où il libère régulièrement des cages de fers, des humains traités comme des marchandises. Il trouve aussi des opposants politiques hauts placés, enfermés par Segador.
L’enfant du pays répète sans cesse à cette cinquantaine de captifs : « Attendez-moi devant les marches. Je vais vous sortir de là. »
Du revers d’une main, il détruit des stocks d’armes, de contrefaçons et de drogues. De l’autre, il élimine sans ménagement ces mercenaires recherchés dans toute l’Argentine.

Arrivé au fond de la salle, dans une ultime pièce fermée par de longues bâches, il reconnaît à travers les toiles plastifiées une ombre encore plus grande que ses deux mètres quatre-vingt-trois.
La créature qu’elle représente libère une respiration glaciale, cruelle et animale.
Le sol est rouge et blanc, mélange de corps sans vie desquels s’écoule toute leur hémoglobine.
La bête est nue, agenouillée. Elle s’acharne sur un cadavre complètement désarticulé, à force d’abuser de lui.
Horrifié, Tromos ne laisse pas cet homme difforme poursuivre : « C’est toi le monstre dont me parlait celui qui m’a conduit ici je présume ?! »
L’erreur de la nature se dresse immédiatement devant lui, exposant une musculature ahurissante et un visage grossier. De longues dents pointues composent sa bouche qui demande : « T’es qui toi ?! C’est Segador qui t’envoie ?!
_ Je suis venu tuer Segador. Mais avant ça, je me suis occupé de tous tes petits copains. C’est ton tour à présent. »
Le monstre, dans le plus simple appareil, se jette sans tergiverser sur Tromos.
L’Argentin profite de sa vitesse pour le devancer et le plaquer au sol.
D’une seule main, il lui arrache une de ses canines qui est aussi longue qu’un doigt et s’en sert pour la lui planter dans un testicule.
Le monstre ne peut que hurler de souffrance.

Son cri retentit dans toute la cave et fait frissonner les protégés de Tromos, qui l’attendent à l’entrée, leur rappelant à quel point leurs peines en ces murs sont encore fraîches.

A l’autre bout, Tromos continue de torturer le bourreau de cette ville clandestine en perforant toute la surface de son corps avec ses poings.
Lui brisant les os.
Délogeant ses organes.
Il continue ainsi jusqu’à ce que la mort, lente et pénible, s’en suive.

Le colosse, d’ordinaire cordial et attentionné, revient éclaboussé des entrailles du mal vers les prisonniers.
Seuls les visages craintifs et perdus des enfants le ramènent à la raison : « Je vous reconduis à la surface et je vous promets que ces hommes ne vous feront plus de mal. »
Un politicien, apparemment influant vu l’estime que lui portent les autres rescapés, essaie de s’attirer les faveurs de l’Arèsien : « Vous êtes formidable. En annihilant ce criminel historique vous allez briser la corruption dans ce pays. Vous allez être le symbole de la l’émancipation de l’Argentine face au crime… »
L’intéressé l’interrompt en posant sa main sur son épaule : « Vous semblez être connu et respecté.
_ Je suis l’ancien ministre de la justice. Je me suis soulevé contre ma hiérarchie et mes semblables, lorsque j’ai découvert que de nombreux fonctionnaires étaient achetés par Segador. J’ai toute une liste de noms qui…
_ Bien, tourne court Tromos. Alors je vous confie tout le succès de ce sauvetage. En remontant cet escalier, vous arriverez derrière le bar de la discothèque. Sortez vite de cet établissement. Assurez-vous que tout le monde vous suit. Et appelez des secours une fois dehors, appelez des personnes de confiance, des médias indépendants. Dites-leur que Segador est mort. »
Sans même attendre la réponse de son interlocuteur, sans même se nourrir de gloire après tous les mercis qu’il reçoit en traversant la foule de prisonniers, Tromos sort le premier du sous-sol, en forçant la porte que son guide avait pris soin de verrouiller derrière eux plus tôt.
Déterminé, focalisé sur Segador, il réintègre la boite de nuit au milieu de clients déchaînés au beau milieu d’une luxure apparente.

Son air engagé et ses vêtements couverts de sang, attirent l’½il des vigiles du club, qui, tour à tour, devinent ce qui a pu se passer en bas. Encore plus, lorsque les prisonniers s’échappent.
Sans la moindre discrétion, Tromos fracasse chaque gardien qui espère venger ses collègues.
Immédiatement, la clientèle se passionne avant de comprendre très vite, après quelques coups de feu, que leurs vies sont en danger.
Autour de Tromos, un effet de panique s’en suit. Un raz-de-marée humain quitte désespérément l’enseigne dans les hurlements et la musique assourdissante qui continue d’être jouée.

En quelques minutes, l’immense piste de danse est désertée, seuls quelques innocents pris dans les balles perdues ou piétinés par la clientèle apeurée, accompagnent les corps des mercenaires de Segador.
Tromos, agacé par la musique et le clignotement des jeux de lumière qui animent la salle vide fixe avec détermination l’étage vers lequel Vasiliás et Peligra l’ont devancé. (Reste 55034 caractères)
 

Chapitre 75

Chapitre 75

A l’abri du sinistre spectacle qui se joue dans les sous-sols du Disfrute, ce bar de nuit argentin où il s’est rendu avec Tromos, Vasiliás profite de la prestation de danse de Peligra.
Après plusieurs mouvements sensuels, elle entame quelques gestes acrobatiques pour lesquels elle ne présente aucune faiblesse. Partant du haut de la barre de pole dance pour en redescendre lascivement, tel un reptile à une vitesse de plus en plus folle, elle s’applique ensuite à effectuer une chute tête la première vers le sol en se réceptionnant avec ses mains pour mieux réaliser avec ses jambes un grand écart.
Les changements de pistes musicales n’altèrent en rien ses prouesses. Et lorsque le rythme varie à nouveau, elle resserre de plus belle ses jambes sur la poutre chromée.
Etendue sur le podium, le talon de son pied gauche en appui contre la barre, elle expose davantage à la seule vue de Vasiliás ce qui se cache sous le vêtement noué sur ses hanches.
Le Berserker de la Royauté profite de l’occasion pour glisser quelques billets, après avoir remonté ses mains du creux de ses genoux, jusque ses fesses en passant par ses fermes cuisses.
Cette récompense ne semble pas suffisante pour atténuer l’ardeur de la voluptueuse artiste. En appui avec ses mains pour saisir le centre vertical de sa scène à l’arrière de son dos, elle se relève en tournant sur elle-même, maniant élégance et sensualité.
Debout, abandonnant sa tribune, elle arrive jusque sous les yeux de son hôte devant qui elle passe charnellement sa main sur ses hanches et autour de son nombril. Puis, elle imite ses caresses en descendant sous la soie, ou en remontant du haut de ses cuisses jusqu’à sa croupe rebondie lorsqu’elle lui tourne le dos. Ainsi elle remonte sa robe en s’agrippant sensiblement les fesses et dévoilant enfin son boxer.

La sensualité de ses gestes, mêlée à ses courbes généreuses, attirent la curiosité des autres clients qui s’amassent peu à peu tout autour en continuant de danser. En mauvais acteurs, hommes comme femmes, curieux d’admirer Peligra, profitent que le club soit bondé pour s’approcher comme si de rien n’était.

Ramassant quelques billets supplémentaires, Peligra répète ses gestes en massant sa poitrine à mesure que sa veste abandonne avec grâce son corps en glissant le long de ses bras pendant que sa langue ne cesse de faire le tour de ses lèvres qu’elle mordille à l’occasion.
Déroulant la soie qu’elle utilise pour serrer brièvement Vasiliás contre elle, Peligra pose ensuite une jambe sur la banquette afin de laisser son spectateur introduire à l’intérieur de son sous-vêtement une nouvelle récompense.
Au moment où elle choisit de dévoiler davantage de ses charmes, Vasiliás lui tend une liasse de billet : « Tu es si admirable que tu as captivé tous les regards alentours sur toi. Mais je refuse de partager un aussi beau spectacle. »  (Reste 58477 caractères)
 

Chapitre 74

Chapitre 74

Dans le night club de Buenos Aires où Tromos a choisi de se venger, celui-ci est parvenu à soudoyer un employé, en se faisant passer pour un amateur de sensations fortes.
Il suit impatiemment le salarié à l’allure louche.
Enfoncé à l’arrière du club, là où les basses détonnent de façon moins assourdissante, il progresse dans une pièce sans lumière.
A l’étroit dans le couloir sombre qu’il traverse, il bute régulièrement contre des cartons remplis de stocks de verres et d’alcool.
Soudain, le barman stoppe sa progression.
Il tâtonne contre le mur.
Puis parvient enfin à trouver l’interrupteur.
Il illumine un escalier en béton qui commence devant eux.
Alors, ils s’enfoncent dans les sous-sols à l’hygiène déplorable.

En s’y engageant, ils croisent un individu, qui remonte en réajustant son pantalon.
Celui-ci salue le guide du Berserker : « Tiens ! Prends ces billets en plus ! Ça valait vraiment le coup. Il était génial celui-là. »
Puis l’inconnu regarde Tromos avec complaisance : « Toi aussi tu viens voir les petits nouveaux ? »
Le barman aux attentions crapuleuses prend congés en reprenant sa route : « Non laisse tomber… Notre ami est là pour tout autre chose ! »

Dans le flou, Tromos déboule enfin dans une grotte clandestine où plusieurs pièces de fortune sont montées à l’intermédiaire de palettes de bois et de bâches plastifiés.
Le sol est terreux et l’air humide.
Les murs sont faits d’un vieux béton craquelé, où quelques graffitis servent de décorations.
Par les trous dans les toiles, l’investigateur reconnaît dans chaque pièce des prostituées, des mallettes d’argent, ou des établis qui servent de laboratoires de fortunes pour quelques dealers de drogue.
Puis, dans la pièce où il est conduit, croyant avoir vu jusqu’ici tout ce qu’il pouvait y avoir de pire en l’homme, il tombe nez à nez avec un petit garçon au corps nu et battu.
Sur ses jambes maigrelettes, coule encore le sang et la honte du monstre venu abuser de lui. (Reste 51360 caractères)
 

Chapitre 73

Chapitre 73

En Argentine, à Buenos Aires, pendant que Tromos suit un employé du club peu fréquentable, Vasiliás et Peligra s’isolent plus loin.
Au détour de quelques voiles tombés du plafond destinés à offrir de l’intimité à ceux qui souhaitent s’écarter de la piste de danse, Vasiliás ne perd pas des yeux Peligra.
Partageant côte à côte un verre de champagne, le bras écarté à hauteur du dossier du canapé, comme pour rapprocher la sublime créature de lui, Vasiliás s’occupe de détourner son attention de Tromos.
De sourires en sourires, de compliments en compliments, les deux êtres profitent de cette soirée pour goûter à la présence de l’autre.
Les jambes recroquevillées sur le divan, Peligra laisse à Vasiliás, tout le loisir d’admirer sa poitrine grande offerte sous sa veste déboutonnée.
Très vite, l’ancien homme d’affaires tend quelques billets en indiquant la barre de pole dance : « Quitte à passer une bonne soirée, autant ne pas tout gaspiller en champagne. Il me semblait t’avoir affirmé que j’aime qu’on danse pour moi. »
Comme pour accompagner la demande du richissime Américain, le disque-jockey enchaîne les musiques rythmiques permettant de remuer avec sensualité.

Un simple clignement de paupières de Peligra suffit pour donner à Vasiliás son approbation.
En se levant méthodiquement afin de cambrer chaque partie de son corps, elle ramasse un seul billet qu’elle vient glisser sous la soie entourant sa taille et le haut de ses cuisses à la peau chocolat au lait.
Elle cramponne fermement la tige de métal dressée jusqu’au plafond depuis le podium qu’encerclent les fauteuils sur lesquels Vasiliás s’affale à son aise.
Faisant plusieurs fois le tour de l’axe sur lequel elle descend et remonte continuellement sa main droite comme pour mimer un geste tendancieux, Peligra commence à y rapprocher son corps. Le frôlant en allant d’avant en arrière, tout en tournoyant, elle alterne les rotations dans un sens puis dans l’autre, en s’appliquant chaque fois à enrouler langoureusement sa jambe contre le barreau ferme et froid.
Se saisissant d’une nouvelle coupe fraîchement servie, Vasiliás ne perd pas de vue le spectacle que la véloce jeune femme lui offre.
Suivant de plus en plus les vibrations sonores, elle choisit de lui tourner le dos et de baisser la tête toute en relevant son postérieur. Elle répète cette position, en alternant avec une autre encore plus significative, pour laquelle elle relève une jambe le long du barreau afin d’offrir la vue de son entrejambe écarté mais encore dissimulé sous son n½ud de soie…


Pendant ce temps, en terrasse, à Athènes, Mars tapote tour à tour les doigts de sa main droite sur la table contre laquelle son coude gauche est appuyé pour maintenir sa tête dans la paume de son autre main.
Il est absorbé par le récit d’Eris…

Flashback
Après un intense entraînement, Shoko et Rumi se hâtèrent à Honkios.
Néanmoins, le marché distrayait particulièrement la vorace Shoko.
_ « Shoko ! Il va être l’heure pour les prêtresses de descendre en ville ! Si nous n’allons pas nous cacher au cimetière maintenant, nous louperons ta s½ur !
_ Je sais, piétinait Shoko qui faisait la queue devant un étal, mais c’est ici qu’on trouve la meilleure viande du domaine, bavait-elle sous son masque ! Je compte bien utiliser les sacres que j’ai récupéré en récompense après qu’on a aidé ce petit vieux sur le chemin du retour !
_ Que nous avons récupéré je te ferai dire ! Nous étions deux à l’aider et à être récompensées je te signale ! Mais comme toujours tu t’accapares le tout pour la nourriture ! Tu es incorrigible ! »
Pour seule réponse, l’estomac de Shoko se mit à gargouiller.
Son bruit fut émis si fort qu’il en fit rigoler Filia, la fille du marchand qui aidait son père à servir les nombreux clients.
Alors, une idée vint à Shoko : « Je sais ! Tu vas faire la queue pour moi pendant que j’irai guetter ma s½ur, décréta-t-elle en saisissant Rumi pour l’y poster à sa place ! »
Sans même que Rumi ne put contester, Shoko lui claqua la monnaie dans les mains et partit à vive allure en direction du cimetière.
Blasée, claquant sa main sur son front masqué, Rumi n’eut d’autre choix que de la laisser s’éloigner.  (Reste 59373 caractères)
 

Chapitre 72

Chapitre 72

En Argentine, à Buenos Aires, éloigné des décibels, accoudé au comptoir, Tromos tourne le dos aux fêtards de plus en plus déchaînés.
Grognon, le Berserker de la Terreur, habituellement doux et attentionné, demande sèchement au barman : « Remettez-moi un cocktail du diable. Quadruple dose s’il vous plaît. »
En balançant plus de billets qu’il n’en faut, le régional de l’étape stupéfait le serveur.
L’employé ramasse ainsi une quinzaine de verre vide devant son généreux client : « Vous êtes épatant. C’est notre boisson la plus chargée. D’habitude, deux suffisent à mettre dans un état second. »
D’un rire gras, Tromos se vante.
Malgré ses piètres talents d’acteur, lui qui d’ordinaire est très humble, réussit à affirmer : « Petit gars, t’as pas à faire à n’importe qui. T’as pas vu la masse devant toi ?! »
Avec plaisir, l’homme ramasse l’argent et se contente d’un : « J’avoue ! »
Tromos bluffe jusqu’au bout. Il sort une liasse de billet, qu’il lui tend discrètement : « J’en boirai des tonneaux moi. Pas des saloperies de jus d’orange que tu mets dedans, mais juste de l’alcool que tu te sers. D’ailleurs, si tu peux me sortir quelques litres supplémentaires… »
Jusqu’ici fréquentable, le salarié présente une mine bien plus sournoise en s’emparant avidement de l’argent : « T’en as encore du fric ? »
Tromos se contente de hocher positivement la tête en faisant une mine blasée. Ce à quoi l’intéressé réagit : « Si c’est une bonne défonce que tu cherches, à ce prix-là j’ai mieux à te proposer. Suis-moi. »
Il claque des doigts pour faire venir un autre collègue.
Ainsi, il guide, en pressant le pas, son client vers une porte derrière lui…


En Grèce, depuis la terrasse d’un café où ils sont attablés, Kyoko et Mars fixent l’énorme monolithe de marbre gris bleu, veiné de rouge, qu’est l’Aréopage que visitent les touristes.
Ceux-ci, bien loin de se douter que la colline abrite encore le sanctuaire d’Arès, ignorent jusqu’à la présence des deux réincarnations au milieu d’eux.
_ « Tu as de quoi payer, questionne Arès ?
_ Nous n’en aurons pas besoin, suggère Eris. Tu vois la table au bout de la terrasse ?
_ Celle avec le jeune couple ?
_ Celui-là même. D’ici la fin de notre entrevue, la discorde permettra de nous éclipser, sans qu’on nous remarque.
_ Cela m’arrange. Faire tout exploser à proximité de mon temple aurait pu mettre la puce à l’oreille du Sanctuaire. D'autant plus qu’ils me croient inactifs pour le moment. Mais dis-moi, quelle discorde les opposera ?
_ Lorsque je me suis éveillée il y a trois ans, j’ai semé des graines de la discorde partout sur Terre. Désormais, je peux lire dans le c½ur des gens infectés. Je lis dans le c½ur de la jeune femme, qu’elle voit un autre homme que celui qui lui fait face. Par le biais de mon cosmos et de la graine prête à germer, il me suffira d’accentuer son aversion pour ce dernier, tandis que j’utiliserai chez lui la jalousie en son c½ur. L’un ou l’autre finira bien par sombrer dans la folie et t’offrira un bain de sang.
_ Comme j’ai hâte de retrouver la surface quand tu présentes ainsi les choses. Hélas, nous avons peu de temps, avant que Vasiliás et Tromos ne reviennent d’Argentine et remarquent mon absence. Raconte-moi donc depuis ton retour sur Terre quel plan tu as fomenté.
_ Oui… Tout s’est passé l’année 1984… »

Flashback
Une atmosphère lugubre planait dans une des nombreuses maisons de pierre où résident les villageois du Sanctuaire.
Un linge épais servant de rideau atténuait les rayons du soleil passant par la lucarne laissée à même la pierre cimentée. Cependant il ne tempérait en rien l’ardeur de l’été grec.
Dès lors, dans la chambrette, la moiteur dérangeait davantage le sommeil perturbé d’une jeune femme aux cheveux magenta.
Celle-ci tournait dans ses draps mouillés de sueur sans réussir à s’extirper du cauchemar dans lequel elle était plongée.

Elle s’y voyait petite, fragile. Tourmentée par une vieille femme qui l’approchait dans la forêt. Cela n’avait rien d’anormal en apparence. Le bois était semblable à ceux qu’on rencontre çà et là dans le domaine sacré. La verdure y était luxuriante et souvent traversée d’un cours d’eau.
La vieille dame non plus n’était pas étrangère à l’ensemble des personnes âgées qui vivent ici. Le dos courbé. Souvent encapuchonnée.
Ce qui était troublant par contre, c’était l’insistance que celle-ci avait de venir mettre sous le nez de Shoko une pomme dorée.
Partout où Shoko s’éloignait, l’ancêtre la poursuivait jusqu’à faire preuve de harcèlement.
Par-delà le fruit atypique, ce qui paraissait étrange, c’était le visage marqué de la vieille. Il n’avait pas les traits fatigués des gens harassés par des années de service auprès des Saints. Il était caractéristique des gens emprunts de mauvaises intentions, n’exprimant que fourberie et chagrin.
Plus angoissant encore, les cris répétés de Kyoko, la s½ur aînée de Shoko, qui venait sans cesse à sa rescousse pour lui interdire de toucher ce fruit à la couleur peu coutumière.
Pire, lorsque la vieille parvenait à les acculer, comme toujours, et qu’elle ne laissait d’autre choix à Shoko que d’être bientôt en contact avec la pomme, Kyoko se mettait alors en opposition, passant aussitôt de vie à trépas.

C’est ce cauchemar que Shoko faisait à nouveau et qui la réveilla au moment de l’issue fatidique.
En caressant le pendentif en forme de Pégase, accroché autour de son cou, elle murmura : « Kyoko… »
Pour seule réponse, elle n’eut que la voix grondante de son père qui enfonça presque la porte de sa toute petite chambre : « Shoko ! »
Aussitôt, rassuré de la savoir saine et sauve, les joues de cet homme aux cheveux bruns coiffés d’une queue de cheval s’empourprèrent. Distinguant sa fille en petite tenue, il fut chassé par l’oreiller de celle-ci qui s’écrasa sur son visage patibulaire.

Quelques minutes plus tard, dans la pièce d’à côté, Shoko vint le retrouver.
La demeure était modeste, comme toutes celles des gardes du Sanctuaire.
Hormis la chambre qu’il consacrait à ses filles, ce soldat à la moustache drue, n’avait que pour autre lieu de vie cette pièce principale où ne tiennent qu’une table et trois chaises.
Son casque et son glaive étaient déposés sur un banc de pierre collé contre le mur et qui lui sert d’ordinaire de lit.
Pour les commodités, une marmite suspendue par-dessus la cheminée, quelques linges qui pendaient sur un fil qui traversait la pièce, et un raccord au caniveau dans un des quatre angles de la maison servant de latrines et d’évacuation des eaux usées.
Shoko le rejoignit en prenant la seconde chaise rafistolée en de multiples endroits.
Elle s’installa à côté de la troisième. Vide et poussiéreuse.
_ « Tu as encore rêvé d’elle n’est-ce pas, lui demande son père en lui tendant un bol de bouillon ?
_ Cela fait cinq ans qu’elle s’est enrôlée dans l’ordre des prêtresses. Je ne l’ai pas revu depuis.
_ Allons, ta s½ur est forte, tu n’as aucune crainte à avoir, dit-il en avalant bruyamment sa soupe. Tu ferais mieux de t’inquiéter pour toi-même, il est midi passé et tu as encore loupé les cours du matin au prieuré du village ! Tu as de la chance que je sois repassé à la maison entre deux tours de garde pour ramener de l’eau fraîche ! Sans quoi tu aurais loupé ton entraînement de l’après-midi au camp des femmes ! »
Shoko grimaça en regardant son maigre menu.
Son père lui rendit alors le sourire en sortant du torchon posé sur la table un morceau de pain frais : « Tiens ! Ce sera meilleur avec ça ! Tu as besoin de prendre des forces pour me montrer tes progrès ! »


A cet instant, dans son palais, le Grand Pope, lui, revenait d’une nuit d’absence.
Traînant les pieds, ombragé sous le casque d’or de Shion, et caché sous le masque qu’utilisait le Muvien pour dissimuler son grand âge, Saga était pris d’un doute.
Tandis que les gardes lui ouvrirent les portes de ses appartements, il prit la direction des thermes.
Laissant tomber sa soutane au sol, il fit ensuite chuter son casque par-dessus afin de démêler ses cheveux bleus.
Entrant sous sourciller dans l’onde fraîche, il se laissa submerger jusqu’aux épaules en allongeant sa tête contre la bordure de pierre : « Shion… Arlès… Comme j’éprouve les pires difficultés à lire les étoiles… J’apprends des nuits durant sur Star Hill… Je suis encore bien loin de votre niveau… Néanmoins, mon intuition est juste… Cette nuit la comète Repulse a frôlé la Terre… Dans les temps anciens, Eris fut vaincue et emprisonnée dans la Pomme d’Or qui fut placée dans cette comète et envoyée dans l’espace par Athéna. Le fait qu’elle frôle la terre n’est pas anodin, Eris a choisi de se réincarner. Par deux fois sur les dix-huit dernières années, elle est passée près de la Terre, c’est marqué dans les registres consignés par Shion et Arlès avant que je ne prenne leurs places. Cela signifie qu’Eris a cherché puis identifié un réceptacle. »


Dehors, tandis que des villageois balançaient des seaux d’eau pour nettoyer les caniveaux, Rumi évitait les éclaboussures.
Cette jeune fille aux cheveux châtains, sautillait sur les pavés, lacée jusqu’aux chevilles de ses spartiates.
Pantalon bleu océan enserré à la taille d’un ruban jaune et maillot blanc craquelée, l’apprentie chevalier arriva devant chez son amie Shoko.
Comme toujours, elle fut subjuguée par la résistance que mettait en ½uvre son amie à lutter contre son père lors de leur entraînement journalier.
Dans le bourg qu’ils occupaient, ils forçaient l’admiration.
_ « Allez Shoko ! Montre-moi donc ce que tu as retenu de notre combat d’hier ! »
Enchaînant quelques directs, la fille repoussa le père sans difficulté.
_ « Très bien ! Tu as fini ton échauffement ! Tu peux rejoindre le camp des femmes Saints ! »
Débordante d’énergie, la Grecque reconnut son amie, malgré le masque qu’elle portait : « Rumi ! J’arrive ! »
Alors qu’elle lui tournait le dos, son père la rappela : « Shoko ! N’as-tu donc pas oublié quelque chose ?! »
Intrépide, elle se tourna pour venir lui coller un affectueux baiser sur la joue.
Le rustre rougit : « Non voyons ! Ton masque ! Tu es incorrigible ! »

Leurs visages toutes deux dissimulés, Shoko et Rumi prirent comme chaque jour le chemin du camp des femmes Saints.
Le trajet leur laissait le temps d’échanger sur leur quotidien, avant une séance éprouvante qui ne leur laissera pas la force de discuter en rentrant.
_ « Ton père t’aime beaucoup. Tu as vraiment beaucoup de chance tu sais. Et tu progresses tellement vite, l’admira Rumi !
_ Il a beau nous avoir recueilli alors que j’étais encore bébé, il a fait énormément pour nous, pensa-t-elle en caressant son pendentif. Seulement, je ne me sens pas à la hauteur des sacrifices qu’il a fait pour nous.
_ Shoko, s’inquiéta Rumi ?!
_ Ma s½ur a toujours été studieuse et forte. Il ne fait aucun doute que son entrée chez les prêtresses la fera devenir Saintia. Membre de la garde personnelle d’Athéna ! Moi, je n’ai pas son sens de l’écoute. Je suis trop tête en l’air pour devenir Saintia. Le mieux que je puisse faire c’est être Saint et renoncer à ma féminité.
_ Pour la fierté de ton père ?
_ Non ! Pour le remercier. Lui qui nous est si dévoué en plus de son devoir envers Athéna. Après… Si je pouvais rendre fière ma s½ur lorsque je la reverrai… Après tout, elle est un modèle pour moi.
_ Tu sais, ce sont les prêtresses qui se rendent dans les prieurés pour dispenser les cours. Si tu mettais plus de c½ur à la théorie, tu aurais peut-être une chance un jour de la croiser. Mais pour cela il faut te lever à l’heure et arrêter de sécher les cours ! »
Penaude, Shoko marcha en faisant rouler son Pégase entre ses doigts, pensive.
Subitement, Rumi jaillit devant elle : « J’ai une idée !
_ Parle, je t’écoute, sursauta Shoko.
_ Les prêtresses passent par le chemin des douze maisons, pour se rendre en ville donner l’instruction ou se ravitailler. Tu n’as qu’à emprunter ce chemin !
_ Euh… Tu sais que les douze maisons sont gardées par des Saints d’or !
_ Pas le cimetière des Saints ! Les premières marches, celles avant d’arriver à la maison du Bélier, permettent de déboucher sur le cimetière. Rien ne t’empêche de t’y rendre et de guetter le passage de ta s½ur !
_ Tu as oublié l’insupportable Mii ! Cette prêtresse n’a de cesse de surveiller les allers et venues de ses semblables ! Elle aura vite fait de me repérer !
_ Ah oui j’avais oublié, souffle Rumi. Et puis si je me souviens bien, elle ne te porte pas dans son c½ur !
_ En effet, c’est elle qui a recalé toutes mes tentatives pour intégrer l’ordre des prêtresses ! »
Soudain, une voix familière s’invite à leur conversation et complète : « C’est parce que contrairement aux Saints, l’ordre des Saintias demande une rigueur et une discipline encore plus noble. Sans compter l’assiduité en cours ! »
Aussitôt, Shoko et Rumi se mirent en position de combat à l’orée du camp des femmes chevaliers.
La voix étouffée par un masque continua : « La preuve, vous n’avez pas senti ma présence à vos côtés depuis de longues minutes ! »
Les filles finirent de faire le tour d’elles-mêmes, quand surgit depuis les cimes d’un arbre une Saint.
_ « Rebecca, reconnurent en ch½ur les apprenties ! »
Les deux amis s’agenouillèrent devant leur aînée.
Plus grande par la taille, l’âge et le statut, Rebecca se tenait droite dans sa Cloth de bronze verdâtre.
Son masque lui donnant un air autoritaire, elle le défit aussitôt pour rassurer ses disciples : « Allons ! Ne perdez pas de temps, vous êtes déjà suffisamment en retard. »
De ses grands yeux clairs, la brune leur sourit amicalement de ses lèvres sensuelles.
Le professeur reçut le salut sincère de ses élèves, puis se retrouva seule après que celles-ci pressèrent le pas en direction de l’intérieur du camp.

C’est alors que Rebecca entendit le grincement d’un fauteuil roulant venir dans son dos.
Le croassement de quelques volatiles accompagnait une infirme venue rejoindre la Saint de bronze de Cassiopée.
La femme, pansée de la tête aux pieds, communiquait sa voix à travers un de ses oiseaux.
_ « Tu es bien trop amicale avec elles Rebecca de Cassiopée ! Leur montrer ton visage alors que la fermeté de notre camp exige qu’on porte en permanence notre masque permet bien des écarts comme ces retards que je n’aurai su tolérer.
_ C’est bien pour ça, Mayura Saint d’argent du Paon, que tu as refusé la gestion du camp des femmes. Tes méthodes semblaient bien trop rudes pour notre Grand Pope.
_ En attendant, Mirai et Shinato, mes disciples, paraissent bien moins étourdis que cette Shoko. Si sa pratique de l’art martial est bonne, la théorie laisse à désirer. Sans parler de sa maladresse trop coutumière.
_ Tu es bien dure mon amie, dit-elle en réajustant son masque.
_ Je ne pense pas. Sa s½ur est son modèle. Et elle n’agit que dans le but de la rendre fière. Saintia, Saint… Elle ne sait ni à qui ni à quoi se vouer pourvu qu’elle puisse la revoir. Cependant, ces deux statuts impliquent une dévotion totale à Athéna. Comme c’est le cas pour nous. En aucun cas je ne ressens cela chez elle.
_ Ce n’est encore qu’une enfant, plaida Rebecca.
_ Pas l’enfant de n’importe qui et tu le sais.
_ Quand bien même le destin de sa famille est tragique, elle demeure une enfant.
_ Une jeune femme, rectifia Mayura. Comme nous l’étions lorsque nous fûmes nommées Saints… »
Mayura détourna son fauteuil de la direction de son amie et reprit le sens de la sortie du camp où Mirai et Shinato l’attendaient. Elle conclut : « Je converse souvent avec mon ami Shaka, il est du même avis que moi. L’heure est grave. Tout se jouera en notre époque. Les Guerres Saintes vont se succéder. Il est primordial, que nos rangs soient remplis de Saints dévoués à la justice et non à leurs intérêts personnels. »


Justement, au palais du Grand Pope, celui-ci sortait de son bain, tourmenté par sa nuit à Star Hill.
Au loin, ses prêtres attendaient que celui-ci dissimule à nouveau son visage pour se présenter à son service.
Sur demande de Klaus, le meneur de l’ordre, ses confrères se précipitèrent pour venir essuyer son corps athlétique, puis pour le recouvrir d'huile, afin d’entretenir ses muscles saillants.
Prudent, Klaus veillait à ce qu’aucun de ses semblables, n’approcha de trop près le visage de Saga.
Ce dernier restait silencieux. Les épaules tombantes vers l’avant. Nu.
Quelques mèches de ses cheveux regroupées sous son casque dépassaient du heaume.
Cela faisait quelques minutes que leur couleur oscillait entre un bleu profond et un gris malsain.
Klaus, bienveillant, l’avait remarqué et pressait ses camarades d’achever la préparation qu’exigeait Saga.
_ « Votre repas vous attend dans vos appartements Majesté, rassura-t-il. La Saintia Katya vous y attend avec deux prêtresses afin que vous examiniez ce qu’Athéna dégustera le temps qu’elles assurent sa toilette. Enfin, un courrier de Ptolémy de la Flèche nous vient d’Inde.
_ Qu’en est-il, questionna enfin les Gémeaux ?
_ Il est dit que les pertes ne furent pas trop nombreuses. Shiva est prisonnier de son temple. Shura du Capricorne et Deathmask du Cancer sont parvenus à défaire ses meilleurs Kshas. »
Dès lors, Saga écarta les bras pour que spontanément ses prêtres le couvrent.
D’un revers strict de la main, il les chassa ensuite.
Ce que Klaus accepta en apparence.
Tandis qu’il pressait les siens à laisser son plateau à leur seigneur, il garda du coin de l’½il un air suspicieux envers son souverain.
Malgré son air apaisé et son sourire de façade, il n’en demeurait pas moins méfiant : « Pas d’incidents constatés. Mais la disparition de mes semblables ne reste pas moins curieuse. De plus, le courrier de Ptolémy fait mention des religieux que Saga a fait envoyer en Inde avec les armées. Et beaucoup de noms que le Pope me certifie avoir envoyé manquent à l’appel… Que se passe-t-il ici ? Et que fait Katya de la Couronne Boréale ? On dit que des disparitions ont lieu également chez les servantes d’Athéna. Katya enquête-t-elle également ? S’en inquiète-t-elle au moins ? Je dois en avoir le c½ur net… »

Justement, derrière le trône où il siégeait habituellement, Saga passa à l’arrière des tentures rouges qui tombent depuis le plafond.
Là, à cet endroit où commencent les appartements d’Athéna, son lit de pierre au milieu de la pièce demeurait vide.
Autour, attendaient deux prêtresses, minces et jeunes.
Les cheveux parfaitement peignés et les robes agrafées sans la moindre pliure, chacune apparaissait radieuse à l’idée qu’Athéna les honore en acceptant leurs soins.
Plus stricte que ses cadettes, Katya offrait malgré tout plus d’atouts qu’elles, tant le voile qui l’habillait épousait encore mieux ses formes plus adultes.
Son implacable distance vis-à-vis des novices démontrait toute l’expérience que doit avoir une Saintia, tandis qu’elles deux n’étaient que des aspirantes.
Elle démontrait aussi sa présence coutumière en ce lieu, tandis que les autres étaient encore émerveillées par le cadre majestueux et nouveau. Si bien qu’elles ne pouvaient retenir les exclamations qu’elles s’échangeaient par messes basses leur valant d’être reprises à plusieurs occasions depuis leur arrivée. D’un mouvement de succion des lèvres contre les dents parallèlement à un mouvement opposé de la langue, Katya manifestait sans appréhension son exaspération.
Les débutantes craignaient ce côté hautain de la Saintia.
Au caractère distant de Katya, les servantes préféraient largement leur semblable Mii qui, même si sa dévotion à la fonction paraissait exagérée, se montrait plus accessible.
D’ailleurs, si Mii aimait redresser les torts et se montrait plus studieuse qu’elles, elle n’eut toujours pas l’insigne honneur de rencontrer et encore moins de servir Athéna.
C’est ce que les deux élues aimaient se répéter à l’envie, depuis que Katya leur avait appris qu’elles assureraient le prochain service.
D’ailleurs, cette frivolité finit par avoir raison de leur concentration.
A tel point qu’elles marquèrent un retard, alors que Katya avait déjà plié les genoux pour accueillir le Grand Pope.
Il fallut une énième onomatopée de leur aînée pour leur faire constater l’arrivée de leur Majesté.
Aussitôt, elles exécutèrent une révérence et restèrent fléchies au sol à attendre le salut du Pope.
Ce dernier progressa inflexible jusqu’à passer devant elles.
Poursuivant son chemin, il se dirigea dans un couloir adjacent.
Il s’enfonça dans les ténèbres tamisées des lueurs des torches fixées aux murs.
Katya se releva, intimant ainsi aux autres de faire de même.
Une fois le Pope leur faisant dos, l’une d’elle pensa naïvement que pour un homme qu’on dit âgé, le régent se montrait encore alerte.
Les deux paumes ouvertes en direction du chemin qu’il prit, Katya invita ses chastes paires à le suivre : « Vous pouvez laisser ici le nécessaire pour Athéna. Sa Majesté le Grand Pope a d’abord à s’entretenir avec vous. »
Crédules, elles déposèrent le nécessaire sur le banc de pierre et suivirent, sans que Katya ne les accompagne.
Sur le flanc, la pénombre dissimule une pièce dans laquelle Saga attendait.
Détourné des filles, la toge tombée à ses pieds, il fixait nu le heaume de Shion. Il l’avait déposé sur la colonne brisée qui partait autrefois du sol au plafond et que le temps a transformée en guéridon à mesure que la roche s’effritait au fil des siècles.
Stupéfaites par cette situation improbable, les prêtresses réagirent selon ce que leur nature leur intimait de faire.
La première, brune, coiffée d’un chignon, plus menue que l’autre, cacha immédiatement ses yeux en demandant pardon.
La seconde, blonde, les cheveux retenus par un ruban bleu, fit aussitôt demi-tour.
A la sortie, elle tomba sur sa supérieure qui lui barra la route.
_ « Où vas-tu, la retint Katya ?
_ Pardon ?!
_ Ma question est claire pourtant. »
La fuyarde comprit qu’il se passait quelque chose d’anormal.
_ « Où est Athéna ? Qu’est-ce que le Pope fabrique dans cette tenue ?
_ Cela fait partie de votre devoir.
_ Non, contesta l’apprentie, en aucun cas !
_ C’est le destin que t’as choisi pourtant le Grand Pope, asséna Katya sans sourciller.
_ Je… Je refuse… Et… Et après… Ma chasteté ? Ma fonction auprès d’Athéna ?
_ Ce n’est plus un rôle dont tu as à te soucier. Tu es appelé à servir Athéna autrement désormais. Le Grand Pope t’a choisi pour être à son chevet personnel. C’est un grand honneur.
_ Ce n’est pas ce à quoi je me destine !
_ Athéna ne s’est pas montrée à toi. C’est qu’elle ne t’a pas trouvé digne d’elle. Le Grand Pope lui est bon. Il choisit de te donner une seconde chance.
_ Que va-t-il me faire ?
_ Es-tu naïve à ce point ?
_ Je refuse. Tout mon amour ! Mon corps ! Mon âme ! Tout ! Tout est dévoué à Athéna !
_ Cela tombe bien. Qui d’autre que son représentant terrestre pour manifester toute cette dévotion.
_ Je refuse.
_ Très bien.
_ Quoi ? C’est tout, douta-t-elle pour la première fois ?
_ Bien sûr. Qu’attends-tu de plus ?
_ Je… Je n’en sais rien… A vrai dire… Après ce que j’ai vu… Après ce qu’on s’est dit… Beaucoup d’idées me traversent l’esprit… Et dès lors je ne peux m’empêcher de faire le lien avec nos semblables qui ne reviennent pas de ces soins à Athéna… »
Le regard glacial de Katya accompagna le silence angoissant qui s’en suivit.
Il fut bref mais suffisant pour que la prêtresse comprenne la vérité.
Lorsque Katya le vit dans ses yeux, elle expliqua les différentes options qui s’offrirent à elle.
_ « Tu es libre de partir en effet. Certaines l’ont choisi. D’autres sont restées. Dans chacun des cas, il est évident que votre sacrement n’est plus envisageable. »
La malheureuse tomba au sol, à moitié consciente.
Katya ne la releva pas. Le visage grimaçant de dépit, elle déclara sincèrement : « Tu ne réalises pas la chance que tu as. »
La pauvre restait dans le vague. Partagée par la découverte de la cruauté de ce monde et la passion que vouait la Saintia à cet homme.
_ « Est-il au moins notre Grand Pope, marmonna-t-elle ?
_ Il nous a sauvé des Titans. Il gouverne ce Sanctuaire. Il éteint les tentatives de révoltes de dieux belliqueux comme Shiva. Il offre la paix sur notre Terre. Il est le Grand Pope.
_ Ce corps… Taillé dans le marbre… Râblé… La peau rutilante… L’homme que j’ai vu n’a rien de l’homme fatigué et âgé qu’est censé être le Pope Shion…
_ Il est donc le Pope d’un temps nouveau. Saillant. Puissant. Désirable. Imposant. »
Moralement anéantie, elle essuya du revers de la main ses larmes et prit la force de se relever.
_ « Qu’est-il advenu de celles qui ont choisi de fuir ?
_ Personne ne les a jamais revues.
_ Et celles qui sont restées ?
_ Appelées souvent à composer la cour du Seigneur Arlès. A lui servir du vin, lui jouer de la lyre, lui donner la becquée, le faire jouir.
_ Le Seigneur Arlès… Ce Pope… Sont-ce… Sont-ce les mêmes personnes ?! Et… Et après ? Après tout ça ? Quelle est leur vie à ces femmes ?
_ Abritées dans un temple à Honkios. Bien sûr elles ne portent plus l’habit immaculé des prêtresses. Souvent des nuances de couleur marquent leur appartenance au service rapproché d’Arlès. L’azur irait très bien avec le bleu de tes yeux.
_ Service rapproché… Garde rapprochée… Depuis des mois cette désignation revient de plus en plus. On l’entend lorsque nous descendons à Honkios… On… On le…
_ On le voit, finit Katya sa phrase ? Oui, c’est bien ce symbole. Une tête de mort tenue par un reptile aux ailes déployées, tatouée sur la peau de quelques soldats. Cheville. Cou. Poignet. Torse…
_ Et… Sur des femmes…
_ Nos aînées qui ont choisi la voie de la raison oui.
_ Elles sont si belles. Si dignes. Et elles paraissent si heureuses.
_ Elles le sont. Honorées qu’elles sont de satisfaire le Pope. Épanouies qu’elles sont de leurs conditions de vie. Richesse, luxure, ivresse, protection… Tiens, suis-moi, lui intima Katya en lui tendant inopinément la main. »
Prise au piège, mise sur le fait accompli, la blonde n’eut d’autre choix que de l’accompagner.
Elles retournèrent là où Saga et la brune furent laissés seuls.
N’ayant entendu la voix grondante de Saga prononcer un arcane qu’elle avait trop souvent observé lors de précédents refus, « Another Dimension », Katya savait très bien ce qu’elle trouverait à l’angle du mur.
Tandis que Katya affichait une profonde jalousie, la bonde cacha par politesse son visage avant de laisser ses doigts s’entrouvrir pour observer la scène.
Son amie était à genoux. Calmement assise sur son vêtement abandonné au sol. Ses mains s’affairant à travailler avec précaution l’entrejambe de Saga, devant laquelle sa tête faisait des va-et-vient appliqués.
Katya murmure alors à la blonde : « Notre camarade a tout de suite compris où était son intérêt. »
Abandonnant toute pudeur, la blonde laissa ses mains cesser de feindre une gêne qu’elle ne ressentait plus. Étrangement, elle se sentait comme inspirée par la carrure huilée de l’athlétique chef. L’engagement de sa camarade la rendait curieuse. Envieuse. Et les longs cheveux blancs de Saga qui tombaient sur ses pectoraux d’aciers et ce masque bleu qu’il gardait laissèrent son imagination prendre le pas.
_ « Choisir entre une vie de débauche protégée par le souverain du royaume, et la mort, songeait-elle… Mon amie, elle, semble si employée. Il gémit tellement fort de plaisir sous ce masque. Est-ce si terrible que ça de choisir la facilité, commença-t-elle à sentir une chaleur étrange dans le bas de son ventre ? Une robe azure ? Ce tatouage de la garde privée fait au creux de ma poitrine ? Cela m’irait bien. Ça lui plairait à elle, se questionna-t-elle en fixant la brune ? Après tout, nous ne pourrons pas occuper nos journées qu’à boire et à user nos sacres à Honkios. Elle est belle… Si belle… Ferais-je mieux qu’elle si j’allais voir le Pope ? Et elle ? Quelle robe porterait-elle ? Une nuance de vert lui irait à ravir. Mais à la voir ainsi, je la préfère sans. A-t-elle chaud elle aussi en ce moment ? Se sent-elle moite elle aussi ? Humide ? C’est maintenant que le fantasme a pris le dessus sur le doute que je dois y aller, amorça-t-elle fascinée par le spectacle. »
C’est à cet instant que Katya lui retint le bras. Le c½ur déchiré de voir une nouvelle conquête lui prendre son sauveur, elle remplit malgré tout son rôle.
_ « Ne regarde jamais son visage bien qu’il soit masqué, lui conseilla-t-elle. Et si par malheurs un jour il venait à ne pas être dissimulé, détourne-toi de lui sans réfléchir.
_ Alors personne ne l’a jamais vu ?
_ Si. Moi seule. Et moi seule suis encore en vie pour pouvoir vous dire que personne d’autre ne peut avoir cette chance.
_ Comment est-il ?
_ Il n’y a pas de mots pour définir la beauté de cet homme. »
Il n’en fallait pas plus pour convaincre la prêtresse de son mode de survie.
Abandonnant sa tenue à son tour, elle fut prise d’un dernier doute.
_ « Et qu’Athéna pense-t-elle de tout cela ? Es-tu la seule encore en vie aussi après l’avoir vu ?
_ Son peuple est heureux. Le monde est en paix. Cela n’est-il pas suffisant pour que le Grand Pope puisse être récompensé ?
_ Qu’il soit Shion, son assistant Arlès, ou quiconque ?
_ Il n’est pas quiconque. Je l’ai vu. Il m’est apparu. Il est un dieu lui aussi ! »
Toute volonté de discuter était désormais dissipée.
La blonde rejoignit son amie.
Katya avait fait son devoir, celui qui lui permettait d’être un sujet de confiance pour Saga. Seulement, elle s’espérait être plus que ça pour lui.
Alors, elle ne put, comme chaque fois se résoudre à partir d’elle-même.
Elle resta à le fixer être rejoint dans le dos par la blonde qui passa ses mains devant lui pour caresser son buste pendant qu’elle baisait instinctivement son dos.
La brune apprécia alors être rejointe et le lui prouva en se relevant et en pivotant pour chercher ses lèvres.
L’échange langoureux des deux femmes n’intéressait pourtant pas Katya. Elle restait rivée sur Saga. Éprouvée par la chaleur que ressentaient ses camarades au même moment, elle frotta ses mains du haut en bas de chacune de ses cuisses pour ramasser la pliure de sa robe qu’elle fit remonter en prenant soin de la frotter contre sa chair.
Les mouvements de hanches et d’épaules de Saga lui permirent de s’imaginer à la place des nouveaux sujets qui porteraient bientôt la marque choisie par Gigas.
Il lui paraissait si majestueux. Implacable. Dominateur.
Ses mains avaient atteint son intimité. Ses cuisses se refermèrent sur elles pour maintenir la tiédeur qui s’en échappait.
Incapable de se contrôler, lui revint, comme chaque fois où elle s’octroyait seule ces moments de plaisir, le souvenir de sa rencontre avec lui.

C’était il y a cinq ans…
Cronos chutait face à Aiolia. Le Saint d’or du Lion avait joué sa vie pour offrir au peuple des Titans sa Terre de lumière.
Hélas, le Grand Pope en avait décidé autrement. Sur son ordre, Deathmask du Cancer coupa court à l’émerveillement du peuple vaincu.
Le Saint leur apprit qu'ils ne pouvaient vivre n'importe où sur Terre.
Ce faisant, il leur proposa de rejoindre l'une des terres surveillées par le Sanctuaire. L'île d'Andromède ou l'île de Death Queen.
Se sentant pris au piège, trahis, certains tentèrent de se rebeller et de trouver le Grand Pope.
Deathmask, ignorant la pitié, en exécuta le plus grand nombre, fauchant au passage leurs innocentes familles.
Néanmoins, une dizaine parvint à échapper à l’impitoyable Cancer.
Déterminés à ce que le v½u d’Aiolia ne soit pas vint, les infiltrés parcoururent un royaume qu’ils ne connaissaient guère, s’égarant à l’orée d’un bois isolé de la civilisation antique du Sanctuaire d’Athéna.
Ils purent parvenir jusque-là sans se faire remarquer grâce aux pouvoirs de leurs armures, qui les rendaient invisibles à la vue du commun des mortels.
Se croyant perdus, les soldats Titans furent rappelés à eux par une voix lointaine.
_ « Maria ! Maria, criait-elle ! »
Ils ne tardèrent pas à voir la bien nommée sortir de la forêt à bout de souffle.
La petite blonde coiffée d’un serre-tête rouge, était couverte de pansements. Sa tenue était sale, abîmée.
_ « Maria ! Maria, entendait-elle encore dans son dos ! »
Elle refusa de se retourner de peur de lâcher quelques larmes.
Seulement, lorsqu’elle redressa la tête, elle les vit, ces guerriers aux protections noires, pas communes ici, sortir de leur camouflage sous ses yeux.
Dès lors, regrettant sa fuite, elle prit son aspiration pour appeler à l’aide.
Son temps de réaction fût bien trop long.
Un soldat l’assomma instinctivement.
_ « Tu aurais dû y aller moins fort ! Elle aurait pu nous servir de guide, sermonna l’un à l’assaillant ! 
_ Vu comme elle m’a paru chétive, pas certain qu’elle soit une bonne monnaie d’échange, répliqua-t-il ! »
_ « Maria ! Maria, se rapprochait sa poursuivante ! »
Rapidement, Katya, dissimulée sous un masque du femme chevalier apparut à la suite de sa s½ur avec un autre masque à la main.
Aussitôt, les soldats se dissimulèrent à nouveau.
_ « Maria, se calma-t-elle alors en la retrouvant… Maria… Tu as dû chuter épuisée dans ta fuite, prenait-elle l’inconsciente dans ses bras. Le camp des femmes chevaliers… C’est désormais notre maison, tu le sais. C’est une étape nécessaire pour faire nos gammes. Si nous accomplissons notre devoir et réussissons les épreuves pour entrer à l’école des prêtresses, alors nous pourrons envisager de devenir Saintias toutes les deux. Nous pourrons rentrer au village, revoir notre mère, sans lui faire porter le fardeau d’être des bouches qu’elle ne peut nourrir. On la reverra. Ne t'inquiète pas, Maria. Je ... je te protégerai. Mais tu dois également y mettre du tien. Cesser d’avoir peur de te faire mal, ou de blesser quelqu'un... Quel que soit l'ennemi qu'on aura en face de nous, nous devons apprendre à y faire face sans crainte. Allez, en attendant, je vais te remettre ton masque. Nous protégerons la déesse Athéna ensemble en tant que Saintias. »
Un soldat des Titans sortit alors de son camouflage.
_ « Saintias ?! Athéna ?! Tu sembles bien plus au courant et plus capable que ta s½ur !
_ Comment ?! Qui êtes-vous, se mit aussitôt Katya en garde ?!
_ Nous sommes des soldats Titans, osa devancer un autre guerrier avant d’être suivi par tous les siens, nous voulons simplement parlementer avec le Grand Pope, assura-t-il les mains tendues en avant et ouvertes vers le ciel en gage de paix.
_ Les Titans ?! Ce sont ces dieux contre lesquels le Sanctuaire est en guerre depuis des semaines et qui menacent la Terre !
_ Vous n’y êtes pas ! La Guerre Sainte prend fin ! Votre Saint d’or du Lion a négocié la paix et nous a fait conduire sur Terre, nous qui sommes privés de la lumière depuis des millénaires !
_ Alors pourquoi vous cacher ainsi, dit-elle en chargeant son cosmos ?
_ Parce que votre Grand Pope n’a pas respecté la parole du Saint du Lion, s’approcha de façon plus menaçante un soldat moins persévérant que le précédent.
_ Le Grand Pope est un homme de valeur. Je ne peux tolérer que sa personne soit remise ainsi en question !
_ Dans ce cas tu ne nous es d’aucune utilité, brandit son épée l’impatient !
_ Jewelic Tears, riposta de son arcane Katya ! »
D'un mouvement de la main, elle créa une pluie de joyaux de glace qui s'abattirent vers le sol depuis les cieux pour recouvrir son adversaire.
L’assaillant fut repoussé, tandis qu’il laissa ses camarades dans l’obligation de riposter.
Katya esquiva une attaque frontale à l’épée, mais ne put par conséquent réagir à une charge du genou en plein dos d’un autre.
_ « Jamais je ne vous laisserai vous approcher du Grand Pope ! Il en va de mon devoir d’apprentie Saint et d’aspirante Saintia ! »
Instantanément encerclée, Katya se fit malmener.
Passant d’adversaire en adversaire, martelée à chaque ballottage, c’est finalement le plus diplomate qui l’envoya au tapis par pitié.
_ « Abrégeons veux-tu ? Je regrette qu’on en soit arrivée là, crois-moi. »
Il dégaina son épée.
Le regard éteint, rivé vers le sang qui s’écoulait de ses plaies, étendue sur le sol, Katya ruminait sa défaite.
_ « Je n’arrive plus à bouger. Moi qui sermonnais ma s½ur, je n’ai pas pu faire mieux quand le danger s’est présenté pour de vrai… Maria… Dire que je te parlais de dignité envers Athéna… »
Elle leva ses yeux verts en direction de l’épée qui emmagasinait le cosmos de son ennemi.
_ « Alors ça y est ? C’est la fin ? Pardonnez-moi ! Athéna… »
Le choc retentit.
Le sifflement du métal chargé de cosmo énergie trancha l’air dans son sillage.
Une gerbe de sang jaillit d’une plaie béante.
Tout était perceptible.
Y compris l’éclaboussure au sol de l’hémoglobine qui en résulte.
_ « Tout sauf la douleur, songea Katya. »
Tremblotante, épuisée, elle leva difficilement la tête.
Elle ne vit d’abord que les liserés brodés sur une toge.
A mesure qu’elle redressait le cou, le geste lui parut sans fin.
Se dressait devant elle un immense rempart nimbé d’une bure immaculée.
Rayonnant, le mètre quatre-vingt-huit du Grand Pope lui parut démesuré.
A peine avait-il choisi de condamner à l’exil le peuple des Titans que le bon côté de Saga avait repris le dessus, symbolisé par la tenue de Shion que les Gémeaux aimaient arborer lors de ses bons jours.
_ « Comment cet homme empreint de majesté pourrait renier la parole donnée par un de ses Saints d’or, se persuada-t-elle ? »
Éblouie par le heaume en or de son souverain qui lui faisait dos, elle mit du temps à comprendre que le sifflement du métal avait était stoppé par la paume de sa main et que la gerbe de sang avait jaillit du trou béant fait dans le torse de son assaillant.
Tandis que le corps sans vie du combattant venu du Tartare retombait au sol, la voix caverneuse du représentant d’Athéna stupéfia Katya de sa classe. 
_ « Guerriers Titans… Athéna vous accueille sur sa Terre en dépit de votre volonté initiale de conquête… Alors qu’elle vous octroie d’y vivre sous l’égide d’un de ses domaines, vous choisissez de vous approprier davantage de libertés… Allant même jusqu’à menacer la vie d’Athéniennes destinées à vouer leurs corps et leurs âmes chastes à Athéna. Athéna qui vous avait pourtant accordée son pardon… »
Tandis que son visage masqué fixait le sol pendant son sermon, l’émanation de son cosmos brisa l’artifice des armures des soldats encore cachés et les fit tous apparaître à la vue de Katya.
Les ennemis, se devinant condamnés, attaquèrent de concert.
Par synergie de leurs cosmos, ils lancèrent une déferlante, menaçant jusqu’à Katya et sa s½ur étendue derrière elle.
Impuissante, elle fut aveuglée par la lumière provoquée par le choc des guerriers contre la présence papale.
Le vent soulevé arracha sa cuirasse et dévoila le visage indemne de Saga.
Tandis que l’éclat s’estompait, les condamnés étaient partagés entre diverses émotions.
_ « Impossible ! Il n’a rien !
_ Alors c’est lui le Pope ?!
_ Comment est-ce possible, nous y avons mis tout ce qu’il nous restait ?!
_ Ce ne peut pas être le Pope, les Titans parlaient d’un vieillard qui gouverne depuis des siècles !
_ Celui qu’on nous a décrit ne devrait pas pouvoir faire front sans la moindre égratignure !
_ Il est si jeune… Et si puissant ! »
Katya, elle, demeurait subjuguée.
Libérés, les cheveux bleus de Saga virevoltaient en compagnie de sa longue écharpe grise cousue d’or et de son collier de perles. Les joyaux faisaient scintiller sa crinière.
_ « Ce n’est pas le Grand Pope dont on nous parle… Non… Lui… C’est… Un dieu ? Non… C’est un homme… Son cosmos est pur et immense... Comme devrait l’être celui d’un dieu… Mais qu’en sais-je… Après tout, Athéna à qui je me voue ne m’est pas venue… Je ne sais pas ce qu’est le cosmos d’un dieu… Je ne connais que le sien… Écrasant en force et en amour tous ceux que j’ai ressenti jusqu’à présent… Alors s’il n’est pas le Grand Pope auquel nous pensons tous, est-il bien au-delà ? Qui peut-il bien être ? Pour moi, cela va de soi… »
Soudain, la soutane ondula par-dessus le sol tandis qu’un halo doré enveloppa Saga.
_ « L’hospitalité du Sanctuaire s’achève ici pour vous. Je vous garantis que vos femmes et enfants seront épargnés et trouveront refuge dans un de nos domaines. Mourrez en paix. Galaxian, gronda-t-il en levant les bras au ciel… Explosion, les relâcha-t-il en direction des infiltrés ! »
Une galaxie les immergea tous.
Perdue avec son bienfaiteur au milieu des étoiles, Katya vit des planètes toutes entières entrer en collision contre leurs ennemis. Réduisant à néant leurs armures. Désarticulant leurs corps. Arrachant leurs membres. Ne laissant d’eux que quelques lambeaux de chair.
Saga se retourna vers Katya.
Jusqu’à présent si puissant, il lui parut à cet instant affligé.
Digne face à l’ennemi, il montrait ici de la peine pour avoir ôté la vie.
La faiblesse passagère envolée, il dévoila ensuite un autre aspect de son être lorsqu’il ramassa dans ses bras la malheureuse Katya.
La serrant fort contre lui, souillant sans s’en soucier sa robe des plaies de l’innocente, il ne décrispa pas son visage.
D’abord surprise, elle se découvrit émue par cette étreinte. Sentant son c½ur cogner contre sa poitrine tandis que sa tête se nichait dans ses pectoraux.
Lui, au contraire, était gêné de se sentir à visage découvert, en témoignaient les coups d’½il réguliers à son casque qui roulait dans la poussière au gré du vent.
_ « Tu es Katya n’est-ce pas ?
_ Comment le sait-il, se demanda-t-elle en son for intérieur ? Comment peut-il me connaître, répondit-elle seulement d’un regard ému ?
_ Tu es aspirante Saintia. Comme ta s½ur Maria qui gît plus loin. Vous poursuivez en attendant votre admission la formation des femmes Saints. Je le sais car j’aime tout connaître de mon domaine. J’aime savoir quels sont les sujets les plus prometteurs. Et ceux en qui je peux avoir toute confiance. Et j’ai reconnu ton cosmos quand tu as lancé ton arcane contre notre ennemi. C’est ce qui m’a alerté et fait venir ici. »
Spontanément, Katya se redressa et tituba jusqu’au heaume.
Elle ramassa le heaume et le lui tendit des deux mains en pliant les deux genoux à terre : « Si je ne suis pas l’un des plus prometteurs de vos sujets Majesté, sachez que je vous suis en tout cas le plus fidèle. »
A mesure qu’il approcha pour le récupérer, elle baissait chaque fois de plus belle la tête en signe de dévotion.
Elle avait compris son imposture, il l’avait bien deviné.
Mais un lien inconscient se renforçait à chaque échange qu’il y avait entre eux.
Elle répondait sincèrement ce qu’il voulait entendre.
Chacun de ses actes la décontenançait à lui en faire lâcher prise.
_ « Tu as un bien plus grand potentiel que tu ne le penses. Ton arcane tout à l’heure était du niveau d’un Saint de bronze. Bien au-delà d’une simple apprentie, dit-il en ombrageant de nouveau son visage sous le casque.
_ Merci Votre Majesté, répondit-elle en remarquant que ses cheveux commençaient à prendre une teinte grisonnante.
_ Sais-tu que personne n’a jamais vu mon visage, fixa-t-il son masque encore à terre ?
_ Personne encore en vie de ce qu’on dit, avoua-t-elle.
_ Ne crains-tu donc pas d’en faire les frais ? Encore plus quand tu constates une autre facette de ma personnalité, la dévisagea-t-il ? »
Elle se jeta alors à ses pieds et colla son front contre.
_ « En aucun cas. Car j’ai vu en vous la bonté dans ce qu’elle a de plus divine.
_ Tu devines pourtant que je ne suis pas qui je prétends être.
_ Vous êtes le Grand Pope ! Mon Grand Pope ! »
Il se défit sans ménagement de sa servitude en la poussant d’un mouvement de jambe à la renverse. Puis progressa lentement vers Maria.
D’ordinaire angoissée pour sa s½ur, craignant mille dangers pour elle, Katya continuait cette fois-ci à fixer d’admiration Saga, malgré que l’aura qui l’entourait devenait sombre. La dorure de son cosmos était corrodée peu à peu par une teinte pourpre.
_ « Tu as fait preuve de bravoure en t’opposant à l’envahisseur, reconnut Saga à Katya tout en fixant Maria. Cela vaut bien plus que les tests d’aptitudes pour rentrer dans l’ordre des prêtresses d’Athéna. »
Cette déclaration décontenança Katya qui peinait à se maintenir debout.
_ « C’est ta petite s½ur n’est-ce pas ? Elle parait bien plus fragile physiquement et émotionnellement que toi… En retour de ton dévouement total, je concède à la nommer prêtresse également, afin que tu puisses veiller sur elle.
_ J’ai… Je… Vous… J’aurai… Je vous suis totalement dévouée Votre Majesté, balbutia-t-elle. Avec ou sans compromis.
_ J’aime récompenser mes fidèles sujets. Tu es la seule personne qui ne s’est pas offusquée en découvrant mon identité. La seule personne en qui je n’ai pas vu mille questions se poser. Tu as été mienne dès que je te suis apparu. Viens, Katya, lui tendit-il la main. Prends ta s½ur, suis-moi au travers des douze maisons du zodiaque. Que je te guide jusqu’au temple des prêtresses, s’approcha-t-il d’elle. Que je t’y nomme Saintia, lui ôta-t-il son masque de femme Saint. Que tu affirmes ta féminité plutôt que tu y renonces en devenant Saintia, la maintint-il debout en la redressant fermement par les épaules.
_ Il m’a démasqué, pensa-t-elle instinctivement en se remémorant les conséquences sans se rendre compte que sa cosmo énergie entre en symbiose avec la sienne.
_ Regarde, lui leva-t-il la tête vers le ciel, malgré le jour, les étoiles d’une constellation s’affirment. Ta constellation. Celle de la Couronne Boréale. Katya Saintia de la Couronne Boréale. »
Inopinément, un raclement de gorge sortit le tandem de sa solennité.
Désinvolte dans son armure étincelante, Deathmask arriva sans ménagement jusqu’aux fuyards dont Saga s’était déjà occupé.
_ « Désolé de vous déranger Grand Pope. J’étais sur la piste des soldats Titans qui m’ont échappé mais je vois que le ménage a été fait !
_ Il y a beaucoup trop de légèreté quand tu t’adresses à moi Deathmask. Dois-je te rappeler à qui tu parles ?
_ Pas nécessairement, battit des mains l’Italien.
_ Estime-toi déjà heureux que je ne t’impute pas le fait que ceux-ci t’aient échappé !
_ Je venais vous informer que justement, le reste des renégats avait été intercepté, baissa-t-il honteusement la tête.
_ Parfait. Je ferai convoquer Guilty de Death Queen Island. Dans l’attente, fait escorter par des Saints de bronze les prisonniers jusqu’à la prison du Sanctuaire. Qu’ils mangent et boivent selon leurs envies. J’ai besoin qu’ils soient capables de faire de bons Ankoku Saints une fois Guilty soumis à ma cause. Nous en aurons besoin à coup sûr dans les années à venir. »
Tandis que le Cancer s’inclinait avant d’aller exécuter les ordres, Katya demeurait ébahie par la prestance de son magnifique sauveur. Bien plus qu’elle n’était satisfaite d’avoir été promue comme elle l’espérait tant depuis des années…

Revenant à elle, sentant ses membres trembler comme chaque fois quand le plaisir prenait le dessus, Katya jouissait du bonheur de cette fantastique rencontre.
En observant en action son héros, elle pouvait personnifier cette apparition divine qu’elle eut il y a cinq ans.
Chaque moment où il soumettait ses cons½urs était pour elle l’occasion d’assouvir ses fantasmes que sa vie de Saintia lui interdisait et que Saga se refusait à voler en échange de son dévouement total.
D’ailleurs, comme depuis bien trop longtemps à son goût, il savait désormais Katya voyeuse.
Quand ce détail lui revint en mémoire, comme chaque fois qu’il y pensait, il la chassa d’un revers discret mais autoritaire de la main.
Partagée entre la plénitude du plaisir ressenti et la jalousie éprouvée envers ses, désormais, anciennes camarades, Katya regagna son temple, prête à inventer un nouveau mensonge, expliquant le départ de ses deux semblables aux autres.
Un destin qu’elle sait différent pour Maria comme le lui avait promis le Grand Pope en faisant entrer Katya dans le rang des Saintias.
Elle se souvint alors du réveil de sa s½ur le jour de sa rencontre avec le Grand Pope…

La serviette humide sur son visage démasqué libérait quelques gouttes qui roulaient de chaque côté du nez de Maria.
Cette sensation désagréable l’extirpait peu à peu de son sommeil.
Ses paupières oscillaient pour habituer ses yeux à la lumière. Très vite, celle-ci, vive, passant par une lucarne laissée dans la pierre blanche, l’aida à apprécier la propreté et la noblesse de ce lieu.
Son ouïe se familiarisa aussitôt aux éclats de voix aiguës qu’elle avait l’habitude d’entendre dans son quotidien de femme chevalier.
Seulement, ceux-ci étaient plus enjoués et le lieu bien différent des prieurés en ruines du domaine des femmes Saints.
A peine redressa-t-elle la nuque, qu’un mal de crâne la cloua à nouveau sur le lit, bien plus confortable que ceux où elle reposait jusqu’alors.
En passant ses mains sur son visage, elle se souvint aussitôt sa désertion puis sa rencontre fortuite. C’est alors qu’elle réalisa avoir perdu son masque.
Instinctivement, ignorant la douleur, elle redressa son buste pour découvrir quel était ce tour qu’on lui jouait.
_ « Mon masque, s’exclama-t-elle ! »
Elle ne trouva pour seule réponse que le sourire chaleureux de son aînée.
Katya était propre, élégante dans une belle robe blanche au coton très fin.
A côté d’elle, plus sévèrement vêtue mais toute aussi soignée, ses cheveux longs tombant sur les épaules par quelques boucles blondes, une jeune femme aux yeux bleus déclara : « Tu n’en n’auras plus besoin désormais. Nous sommes dans le temple des prêtresses d’Athéna. »
Sans voix après le ton pris, Maria continua d’identifier celles qui lui faisaient face.
Il n’en restait plus qu’une dernière.
Plus souriante que la blonde, elle paraissait bien plus chaleureuse malgré la Cloth aux tons froids qui la couvrait. Ses longs cheveux bleus étaient coiffés du diadème de bronze de son armure bleu pâle. Sous celle-ci, les plissures de sa robe permettaient de découvrir qu’elle était d’ordinaire vêtue comme sa s½ur et l’autre fille.
_ « Je suis Kyoko Saintia du Petit Cheval, lui dit-elle. Vous avez réussi l’admission en ce lieu saint. Toi en tant qu’aspirante, ta s½ur en tant que Saintia. »
A cette annonce, Maria se sentit profondément vexée.
Heureuse pour sa s½ur, elle ne put réprimer la grimace qui symbolisait sa honte de devoir à sa s½ur une place ici.
Contrairement aux autres, Katya le vit, tandis que Shoko poursuivit.
_ « Je ne suis pas peu ravie de pouvoir compter sur des renforts ! Notre ordre doit être renouvelé puisque Athéna ne trouve satisfaction auprès d’aucune prêtresse pour se composer sa garde personnelle. Seule, j’avais bien du tourment à veiller sur nos cadettes, bien que Mii, ici présente à mes côtés, m’a apporté toute l’aide dont elle est capable.
_ Allez debout, lui balança Mii au bout de son lit une tenue nouvelle, une aspirante Saintia se doit d’avoir une hygiène irréprochable ! Je vais te conduire aux thermes. Je te ferai visiter ensuite le temple et t’expliquerai en quoi consiste notre apprentissage. Laissons Shoko et Katya ensemble. En tant que Saintias, elles sont appelées à de biens plus nobles fonctions que nous autres simples aspirantes, Shoko doit avoir des tonnes de choses à dire à ta s½ur.
_ Accordons leur un instant Mii, tu veux bien, proposa Kyoko devant le manque d’entrain de Maria ? Nous reviendrons dans quelques minutes, le temps que Maria se remette de ses émotions. »
D’un hochement de tête exprimant toute sa gratitude, Katya attendit que Shoko et Mii quittent la pièce.
_ « Je me sens tellement ridicule, balbutia aussitôt seules Maria à Katya.
_ Comment peux-tu dire cela ?! Nous y sommes enfin ! Ici il ne peut plus rien nous arriver !
_ Plus rien m’arriver tu veux dire ? Toi tu es Saintia ! Tu seras appelé à des missions bien plus exaltantes et périlleuses que moi. Moi je ne parviendrai pas plus à passer le stade de prêtresse que je ne parvenais à atteindre celui d’apprentie Saint ! Je resterai planquée, ici, à l’abri, à faire bonne figure, ignorant tout de la vie aventureuse des plus proches sujets d’Athéna… »
Pour seule réponse, Katya lui tourna le dos et guetta par la lucarne la direction du palais du Grand Pope.
Tandis que sa s½ur poursuivait ses doléances, elle se hâtait de pouvoir voir à nouveau Saga…
 
Spontanément, plongée dans son appréhension de retrouver cinq ans plus tard sa s½ur faisant la même tête apitoyée chaque jour, se lamentant de sa faiblesse et du fardeau qu’elle représente pour elle, Katya ne remarqua pas que, dans son sillage, son confrère Klaus représentait une sérieuse menace.
Tandis qu’il la rattrapa par le poignet, Katya réagit par autodéfense en se défaisant de Klaus d’une clé de bras et en le plaquant contre le mur du couloir qui débouchait en direction du hall papal.
Égratigné au front par le choc contre la pierre, le diacre n’en perdit pas son aplomb : « Je le savais ! J’ai tout découvert ! Je savais qu’il se passait des choses louches ici ! Je pensais simplement que le Pope refusait qu’on voit son visage parce qu’il était caractériel ! Ou par pudeur peut-être dû à l’âge que son corps doit supporter ! Mais ce que je viens de voir, ça va à l’encontre d’Athéna ! »
Dépassée, Katya relâcha sa prise pour laisser Klaus se retourner.
La pointant du doigt, il se fit aussitôt plus menaçant : « M… Mais j’y pense ! Athéna ! Existe-t-elle d’ailleurs ?! Comment pourrait-elle laisser faire tout ça ?! Ne me sors pas le baratin que tu as raconté à ton amie pour mieux l’amadouer ! C’était des menaces déguisées oui ! La pauvre était comme avec un couteau sous la gorge ! Devenir le jouet du Pope ou mourir ! »
Il fit demi-tour se tenant de douleur le bras que Katya lui avait plié et emprunta la direction du couloir opposé.
_ « O… Euh… Où vas-tu comme ça, bégaya Katya interdite ?!
_ Je vais tout dévoiler de ce pas à mon ordre ! Je ne peux en tolérer davantage ! »
Il n’en fallut pas plus pour que Klaus achève sa phrase le regard déchiré de douleur.
Saisi par la main tranchante de Katya qui avait sectionnée sa colonne vertébrale en étant ressorti par sa cage thoracique, Klaus libéra un cri aigu qui résonna dans tout le palais.
Immédiatement, Gigas débarqua par la grande porte, suivi de deux de ses hommes portant sa marque dans la nuque.
S’ensuivirent Saga avec derrière lui ses deux conquêtes, tous trois à peine rhabillés.
Encerclant tous la dépouilles de Klaus, ils observèrent un long silence que la voix de Saga, retentissante sous son masque, finit par briser.
Avec calme, il fit preuve d’une grande maîtrise rappelant s’il le fallait encore à Katya la raison du culte qu’elle lui vouait.
_ « Gardes ! Qu’on ferme les portes avant que des regards indiscrets ne voient ce qui se passe ici ! Gigas ! Raccompagne ces filles auprès de mes autres favorites ! Qu’elles portent ta marque et qu’elles soient accueillies comme il se doit au sein de ta garde rapprochée ! Tes hommes débarrasseront du plancher ce traître et iront rapporter à son ordre son exécution pour complot contre Athéna ! Toi, dit-il en tournant la tête vers Katya, suis-moi ! »
Traumatisée, elle obtempéra jusqu’à la pièce où Saga était encore avec ses sujets auparavant.
Hagarde, couverte de sang, elle attendit d’être enfin seule pour fondre en larmes.
Tandis que le Grec lui tournait le dos, elle partit dans une crise d’hystérie qui monta crescendo.
_ « J’ai été imprudente… Je sais à quel point vous appréciez Klaus… Mais il avait découvert la vérité ! Je jure que je n’aurai pas agi ainsi sinon ! Il menaçait de tout dévoiler ! Ses propos étaient agressifs envers vous ! Il était médisant ! Il… Il… 
_ Chut, souffla-t-il en se retournant alors qu’elle montait dans les aiguës. Ça va aller… Ça va aller, la plaqua-t-il contre lui… Je suis là, enleva-t-il son masque pour lui montrer sincèrement qu’il la croyait. »
Envoûtée par la tendresse de son regard alors qu’il avait repris son apparence naturelle, Katya ne put refréner plus longtemps son désir.
Elle se hissa sur la pointe de ses pieds en avançant lentement son visage du sien.
Alors Saga relâcha son étreinte et redissimula son visage.
_ « J’ai tout entendu de votre discussion. Je te sais sincère. Et je tenais à t’en remercier encore une fois. Merci pour cette confiance que tu m’accordes depuis toutes ces années.
_ Non, se mit elle déplorablement à genoux, c’est moi qui vous remercie. Je vous dois la vie et celle de ma s½ur. Ainsi que mon rang de Saintia.
_ Ton rang et le salut assuré de ta s½ur, tu les dois à ta loyauté. D’ailleurs, depuis que tu es devenue Saintia, tu as su soulager Kyoko dans sa mission. Je compte faire de toi ma Saintia en chef. J’ai cru comprendre que ta s½ur est en difficulté dans l’apprentissage martial. N’aie crainte. Elle restera prêtresse, sans même que tu ne craignes qu’elle subisse le même sort que ceux de la garde rapprochée de Gigas. D’ailleurs, pour celles qui sont assidues dans leur dévouement et particulièrement douées martialement, une liste sera à m’établir. Il faudra veiller à préserver de moi ces potentielles Saintias. En effet, nous pourrions en avoir besoin un jour. Nous verrons alors à ce moment si elles sont faciles à corrompre ou à manipuler. Telle sera ta première mission de Saintia en chef. »
Confuse pour son geste déplacé, Katya acquiesça sans en dire davantage.
Elle voulait tellement lui dire qu’en plus de son âme, elle se sentait prête à lui donner son corps. Mais elle n’osait pas.
_ « Ce serait un affront envers lui, pensait-elle. »
Saga le devinait. C’est pour cela que son bon côté lui faisait tenir la distance : « Je ne peux en abuser… Je lui en demande déjà tant… Je ne peux gâcher un tel joyau. »
Flashback
 
_ « Un brave homme ce Saga, je suis certain qu’il m’aurait plu, s’amuse Mars !
_ J’en suis convaincue ! Si je n’avais su que tu étais ainsi réincarné, j’aurai pu jurer entre mille qu’il était toi !
_ C’est bien beau tout ça ! Mais c’est pour me raconter ses batifolages que nous sommes sortis prendre un verre ?!
_ Toujours aussi pressé ! Je croyais que ta défaite en 1979 t’avait appris la patience ?!
_ C’est le cas. Mais elle a des limites vois-tu.
_ Tu dois bien te douter que tout ceci est destiné à t’introduire le fait que le vice errait au Sanctuaire jusqu’à la plus chaste caste d’Athéna. Le kekkai d’Athéna ne peut empêcher la discorde de s’insinuer dans les c½urs corrompus.
_ Je vois. Grâce à principalement ces protagonistes, tu as pu infiltrer tes hommes à cette période au Sanctuaire.
_ Tout à fait. Et voici la suite… »
 

Chapitre 71

Chapitre 71

Au Japon, dans la résidence Kido, à l’intérieur d’un grand salon illuminé par quelques halogènes, c’est le brouhaha.
Malgré les désaccords qui les opposent, la maîtresse de maison finit de convaincre ses chevaliers : « Il ne s’agit que d’une simple fête d’anniversaire. J’y vais pour affaires. Et puis Tatsumi m’accompagne. »
Le Saint aux mains gantées et à la tenue pourpre pousse ses camarades, Ichi, Nachi, Ban et Geki à le soutenir : « Malgré cela, un danger pourrait toujours roder. Je refuse que Seiya et les autres aient risqué leurs vies, pour vous laisser tomber dans les griffes d’un nouveau péril. Nous sommes le 21 mars 1987. Cela fait trois mois qu’ils sont dans le coma malgré les soins reçu à la Source d’Athéna, rappelle Jabu !
_ Jabu a raison, confirme Sho accompagné d’Ushio et Daichi. Seiya et nos amis sont toujours dans le coma. Rien n’est rassurant les concernant.
_ Vous tombez pourtant à pic, dit Saori en se tournant vers ses Saints d’acier. Vous pouvez confirmer qu’avec les moyens technologiques mis à votre disposition à notre quartier général sous le coliseum, vous pourrez tracer ma présence.
_ Oui mais…
_ Dans ce cas, vous n’aurez rien à craindre. De plus Ushio nous accompagnera pour piloter le jet qui doit m’amener dans la propriété des Solo, près du Cap Sounion. Je ne serai pas seule. »
De façon inattendue, silencieux jusqu’ici, Tatsumi sort de derrière un meuble un sabre de bois qu’il fait tournoyer autour de lui : « Et n’oubliez pas qu’elle sera accompagnée de Tatsumi troisième dan de Kendo ! »
Sa démonstration se solde par un geste malheureux qui fait basculer le buste de bronze sculpté à l’image de Mitsumasa Kido.
Il faut compter sur la réactivité d’une dernière invitée pour sauver l’ornement.
D’un claquement violent, un fouet vient enrouler la sculpture pour ensuite la ramener vers son maître d’arme.
Apparue par la fenêtre ouverte, ses spartiates montées sur talons et enroulées par-dessus son pantalon jaune au niveau des chevilles, la jeune femme blonde au justaucorps rose tend volontiers la statue à Saori.
Navré, Tatsumi se jette aux pieds de la réincarnation d’Athéna : « Oh ! Mon maître, mon maître ! Qu’ai-je fait ? »
Sous son masque, l’héroïne s’amuse de la situation. Quelques mèches de ses longs cheveux blonds tombent sur son masque de femme chevalier.
_ « Merci June Saint de bronze du Caméléon.
_ A votre service Athéna.
_ Alors ça y est, bondit Daichi jusqu’à l’amie de Shun ? Tu sembles parfaitement rétablie !
_ Oui, je suis de nouveau sur pieds et c’est pour cela que je voulais profiter de votre départ pour la Grèce Déesse Athéna pour vous accompagner. J’aimerai vivre au sein du berceau de la chevalerie, au Sanctuaire. Et…
_ Et veiller sur Shun n’est-ce pas, sourit amicalement la déité ? C’est entendu. »
A la fois gênée et enchantée de recevoir la bénédiction d’Athéna, June se courbe bien bas, pour lui rendre les hommages qui lui sont dus. (Reste 48246 caractères)
 

Chapitre 70

Chapitre 70

Les douze flammes de la grande horloge du Sanctuaire, sont éteintes depuis bientôt quinze jours.
Le retour d’Athéna au Sanctuaire a achevé l’année 1986 par un message de paix.
Depuis, à chacune de ses apparitions, Athéna est saluée par une clameur populaire qui rompt le calme habituel du domaine sacré.
Du fait de la conspiration de Saga des Gémeaux, son visage était resté mystérieux, au point même que certains doutaient de son existence. Dorénavant, depuis son avènement, la déesse se montre à eux régulièrement dans toute sa splendeur et sa noblesse.
Les habitants du Sanctuaire ne perçoivent aucun point obscur dans le sourire plein de force qu'Athéna leur retourne. Ils se réjouissent de la victoire de la justice et prient pour que la paix dure pour toujours.

Néanmoins, Saori conserve une profonde réserve de sentiments.
Si une certaine amélioration est à noter dans le rétablissement de ses Saints de bronze, elle s’ennuie néanmoins d’eux.
De plus, les messages réguliers des Steel Saints, relayés par des messagers basés à Athènes, inquiètent l’héritière de la Fondation Graad.

Ce n’est pas l’arrivée de Tatsumi qui la rassure.
Le majordome, accompagné de plusieurs gardes dont son inséparable acolyte, le père de Kyoko et Shoko, qu’il a rebaptisé du même nom que le sien, se présente dans la salle d’audience du Grand Pope.
Comme dans la plupart des maisons du zodiaque en travaux, il peut sentir l’odeur du plâtre et du ciment frais. Il ne reste bientôt plus rien des champs de bataille où le sang de beaucoup d’amis a coulé.
_ « Ah ! C’est incroyable Mademoiselle Kido ! Tout est bientôt comme neuf, la félicite Tatsumi !
_ En effet, nos ouvriers et nos soldats ont travaillé sans relâche. »
L’homme au visage dur et au crâne dégarni peut remarquer la mélancolie qu’exprime la déité. Gêné, il approche jusqu’au siège où elle est positionnée et se penche en avant pour lui remettre en bonne et due forme un courrier : « Je suis désolé de vous ramener à vos obligations humaines. Toutefois, Sho m’a transmis une invitation qui vous a été envoyée par la famille Solo. En effet, le riche héritier de cette compagnie partenaire de notre Fondation Graad vous invite à son anniversaire dans sa résidence en Grèce. »
Avec délicatesse, elle s’approprie le document et l’examine quelques secondes : « Je vois… C’est à quelques kilomètres d’ici et… Ce banquet aura lieu dans deux mois et demi. En attendant, je devrai pouvoir m’occuper des affaires de la Fondation depuis ces lieux, souffle-t-elle pleine d’amertume. »
La voix fort avisée de son protecteur, Mû, retentit dans la salle : « Peut-être devriez-vous retourner au Japon le temps de régler certaines choses Majesté. Après tout, aucun danger ne nous guette pour le moment. »
La parfaite réincarnation aux cheveux lilas n’attendait que l’aval de ses plus proches conseillers.
Tout en regardant le Saint d’or du Bélier faire son entrée depuis les deux grandes portes de la salle qu’il a ouvert lui-même, elle lève les yeux vers le plafond et demande : « Il est en effet nécessaire que je retourne auprès des membres de ma société. Beaucoup de décisions doivent être prises pour favoriser des ½uvres humanitaires et des investissements dans les pays en voie de développement. Qu’en pensez-vous Dohko ? »
Par télépathie, l’intonation fatiguée du Saint de la Balance approuve la décision : « Comme le dit Mû, aucun danger ne vous guette. Vos messagers sont revenus avec des retours favorables des différentes prises de contact avec les autres dieux. Blue Graad vous a renouvelé sa fidélité. Asgard et Yíaros ont salué votre retour. Les représentants des dieux égyptiens et indiens ont été heureux d’apprendre votre décision de retirer les troupes de Saga de leurs territoires. De plus, il est difficile pour Athéna de faire oublier à Saori qui elle est, ainsi que ses obligations. Il est nécessaire pour votre propre bien être de retourner vous ressourcer au Japon. Mû et les autres veilleront sur Seiya et ses amis durant ce temps.
_ Dans ce cas, peut-être pourrais-je rentrer en compagnie de Jabu, Ichi, Nachi, Geki et Ban ? Ils assureront ma garde tout en étant heureux de rentrer chez eux.
_ Il serait préférable de laisser un Saint d’or vous accompagner, s’inquiète Mû, sans vouloir manquer de respect à vos amis…
_ Jabu et les autres sont très fiers des exploits de Seiya et de ses compagnons. Il leur tient à c½ur de prouver leur valeur à eux aussi. Je suis certaine d’être en sécurité avec eux. 
_ Qu’il en soit ainsi, valide Dohko d’un air amusé depuis les Cinq Pics.
_ Dans ce cas Majesté, j’insiste pour que Kiki vous accompagne. En étant au plus près de vous, il pourra m’informer du moindre danger.
_ J’accepte sa compagnie avec plaisir Mû, rassure Saori d’un élégant sourire. » (Reste 53785 caractères)
 

Chapitre 69

Chapitre 69

Au Sanctuaire, Athéna poursuit sa marche dans l’ensemble du royaume pour signifier son triomphe à son peuple.

Dans le bourg autrefois habité par Apodis et sa famille, Paesco, le calme est retombé après le passage de la Déesse de la Sagesse.
Chez elle ici depuis son arrivée au Sanctuaire, Marin retrouve son modeste logis qu’elle a partagé durant des années avec Seiya.
Comme pour les gardes qui cessent de suivre la Déesse de la Sagesse à mesure qu’ils gagnent les lieux de leurs affectations, Marin a choisi de quitter les rangs pour regrouper quelques affaires, avant de prendre ses fonctions au temple des prêtresses comme le lui a demandé Athéna.
Le temps de la convalescence de Pégase sur qui elle doit continuer de veiller, elle achèvera la formation des aspirantes Saintias. 
Elle tourne dans cette minuscule demeure aux sols et aux murs faits de pierres.
Son regard s’attarde sur un tableau où est accroché le poster de l’anatomie humaine.
Elle reste les yeux rivés dessus et retire son masque pour libérer son visage éreinté par les derniers événements : « Seiya… Tout s’est déroulé tellement vite depuis ton départ, que je n’ai encore rien rangé du matériel qui me permettait de te donner des cours. »
Une voix empreinte d’une affection profonde fait sursauter la jeune femme : « Qu’a-t-il bien pu se passer depuis ce départ ? Je ne t’ai plus revu depuis que tu es partie au Japon en compagnie de Misty. »
La Saint d’argent se tourne, pour mieux profiter de la beauté de l’homme qui vient de faire irruption chez elle.
Malgré leur rupture il y a un an et demi, ils n'ont jamais cessé de penser à l’autre. Et l’opportunité de se retrouver seul avec celle qu’il aime était trop tentante pour Aiolia.
Le Grec aux cheveux châtain clair décrispe son visage dur, pour laisser émerger un timide sourire envers l’Aigle de Zeus. Ignorant tout de l’origine de Marin, il espère que celle-ci puisse lui en dire plus en répondant à sa question.
Néanmoins, elle préfère inverser les rôles.
_ « Tu sembles t’être bien remis de ton combat face à Seiya ?
_ Il est vrai qu’il est parvenu à m’asséner plusieurs coups durant notre affrontement. Malheureusement, je n’étais pas moi-même à cet instant.
_ Athéna a accepté que tu cesses de l’accompagner ?
_ A vrai dire, j’ai prétexté vouloir m’assurer que les prises de fonction des nouvelles unités de soldats se fassent comme il faut pour m’attarder ici.
_ Une vraie tête brûlée. Tu ne changeras donc jamais. »
L’expression charmée de Marin ne passe pas inaperçue auprès du Lion qui se précipite devant elle pour lui cramponner les mains. Il profite qu’elle ne porte pas son masque pour lire dans ses yeux et voir à quel point elle l’aime toujours. Espérant en tirer profit, il lui déclare sincèrement : « Maintenant qu’Athéna est parmi nous, peut-être pourrions nous lui demander sa bénédiction ? »
Sachant cela impossible après les révélations qu’elle a faites, Marin prétexte : « As-tu envisagé la même chose avec la défunte Naïra Saint de bronze de la Colombe ?
_ Nous étions séparés et le contexte était nettement différent.
_ Crois-tu qu’il l’est aujourd’hui ?
_ Athéna est revenue. La paix va pouvoir perdurer. Et… Et moi je n’ai jamais cessé de t’aimer.
_ La paix est éphémère, tu le sais tout autant que moi. D’autres dieux se montreront. Quand à nous, tu sais que malgré tout l’amour qu’on peut se porter, c’est impossible. »
Le chevalier d’or refuse d’entendre raison. Il tire fort contre lui Marin, à tel point que leurs deux Cloths s’entrechoquent. L’enserrant fermement avec son bras droit dans le creux du dos, il l’approche à chaque seconde un peu plus de lui.
La pression accumulée par les dernières batailles, ainsi que le manque d’affection de ces derniers mois pèsent dans la décision de Marin. Inexorablement attirée par cet amant pour qui son c½ur bat la chamade, elle hisse son mètre soixante-sept jusqu’au mètre quatre-vingt-cinq du frère d’Aiolos. Très vite, elle recouvre cette sensation chaude et humide qui la parcoure en reconquérant les lèvres d’Aiolia. Quelques baisers délicats suffisent à délier leurs corps.
A mesure que leurs langues se caressent lors de suaves mouvements, ils défont l’un l’autre, morceau par morceau, les pièces métalliques qui plus d’une fois leurs ont portés assistance.
Pendant que leurs mains parcourent le corps de l’autre sous leurs tuniques, Marin s’appuie à son tour contre lui pour le forcer à s’allonger sur l’épaisse table en bois où Seiya s’endormait durant les leçons qu’il recevait.
Le dominant en cet instant, elle installe ses sommaires cinquante et un kilos sur son bassin pour mieux se pencher et lui dévorer le buste. Partant de ses pectoraux en acier trempé, elle descend peu à peu tout le long de son torse jusqu’à sentir sous ses lèvres chaque cran de ses abdominaux. Pendant que ses mains continuent de plonger plus bas sous ses vêtements, elle réussit à murmurer : « Quoi qu’il puisse se passer, cet instant que nous partageons est bel et bien le dernier. »
Couché sur le dos, passant ses mains dans ses cheveux, partagé entre le plaisir intense des baisers langoureux qui s’approchent de son intime anatomie et la détresse de perdre celle qu’il aime, Aiolia ferme les yeux… (Reste 41917 caractères)