Chapitre 6

Chapitre 6

Des bruits de métaux s’entrechoquent dans la maison du Capricorne.
Ils retentissent si fort que les cors du Sanctuaire qui annoncent ce 4 mars 1985 l’ouverture de la Journée Sainte ne parviennent pas jusqu’aux oreilles du propriétaire du palais.
Dans sa chambrée, Shura, avachi sur son lit, passe sa main dans sa chevelure brune en observant la lutte de deux jeunes femmes aux cheveux noirs et longs, totalement dénudées, portant chacune un glaive et un bouclier.
_ « Allez les filles ! Un peu plus de conviction, les encourage-t-il ! »
Les deux femmes manient avec difficultés les armes et craignent de se blesser. Leurs mouvements sont lents et désordonnés.
_ « Mais enfin ! Battez vous vraiment ! N’oubliez pas que vous êtes dans la demeure du Saint le plus fidèle d’Athéna. Vous faîtes honte à l’honneur que je vous aie fait en vous laissant franchir le seuil de ma demeure ! »
Les deux vénustés repartent de plus belles en balançant de gauche à droite puis de droite à gauche les armes.
Soudain, la porte en bois de la chambre du Saint d’or couine de façon déplaisante.
Un homme vêtu d’une toge longue et ocre approche des trois amants.
Shura ne s’en inquiète pas, percevant sa présence, s’en agaçant même. D’un ton ennuyé : « Oui Dabih !? »
L’homme âgé d’une soixantaine d’années et d’origine marocaine s’accroupit avec difficulté : « Il est l’heure mon maître. Le Pope vous a fait appeler à son palais. »
Shura soupire, il regarde de ses petits yeux sombres les deux femmes.
_ « Bien ! Dabih ! Fais rhabiller ces dames et raccompagne-les à leur village, se navre-t-il. Je reprendrai plus tard mes occupations avec elles. N’oublie pas de me rapporter du linge propre, je dois d’abord laver mon corps avant de me présenter à notre Seigneur, se lève-t-il seulement vêtu de son pantalon. » (Reste 37254 caractères)
 

Chapitre 5

Chapitre 5

Ce 3 mars 1985, le Sanctuaire reste ébranlé par la mort d’Inakis.
Sans être accablé par le décès de la compagne de Milo, c’est la fumée de l’incendie dans lequel le Saint d’or l’incinère qui ne passe guère inaperçue.
Si bien que les répétitions de la Journée Sainte sont interrompues alors qu’il reste encore quelques heures avant le coucher du soleil.


Un soleil déjà voilé à l’extrême nord de l’Europe.
Il a laissé place à la lune sous le hurlement d’une meute de loups regroupée au bord d’une falaise qui surplombe l’horizon.
Un homme sort de la forêt et débouche sur cette espace sans arbres nommé « la clairière de Loki ». Il s’avance au milieu du clan.
Le chef de meute, un loup au pelage gris bleu marqué au front par une cicatrice en forme de croissant de lune, nommé Ging l’accompagne.
Le meneur a une coiffure en forme de crinière blanche. Son haut rouge et son pantalon bleu marine, usés, s’accommodent au style de vie de Fenrir, le loup des steppes.
De ses pupilles, au reflet orangé, il observe l’amarrage d’un fantastique drakkar sorti des temps les plus reculés. Les icebergs présents dans son sillage viennent se fracasser contre sa coque.
Le bateau a ralenti son allure afin d’aborder les rives des terres scandinaves que foulent Fenrir et ses fidèles compagnons à quatre pattes. (Reste 32362 caractères)
 

Chapitre 4

Chapitre 4

Depuis l’annonce de la venue d’Hébé lors de la Journée Sainte, les mois ont défilé.
Les jours se sont succédés au rythme des répétitions et des préparatifs à l’événement.

Ce 3 mars 1985, Apodis et ses hommes reproduisent depuis la parade en compagnie de centaines d’autres soldats et Saints.
_ « Celle-ci démarrera des villages proches des remparts ouest où elle accueillera la déesse Hébé et son escorte, explique de nouveau en faisant de grands moulinets avec ses bras un prêtre à qui le Grand Pope a confié l’organisation. Elle remontera jusqu’au centre du Sanctuaire pour atteindre le village central d’Honkios. Le chemin emprunté par la fanfare a été totalement refait pour l’occasion et les routes se sont vues couvertes de pavés. Des cortèges de musiciens de chaque village traversé ont préparé leur accueil. Et les gardes, pour l’occasion, ont reçu de nouvelles armes et de nouvelles cuirasses. Tout a ainsi été mis en ½uvre pour faire bonne impression à Hébé. Les vétérans ainsi que les prêtres qui officieront lors des cérémonies en l’honneur d’Athéna, s’affairent à préparer les offrandes. Cela va de la simple corbeille de fruits pour le bourg le plus démuni à l’immense statue d’or pour la cité la plus riche. Les habitants n’ayant pas les moyens de se rendre au grand colisée pour le festival ont également tenu à marquer le coup en se fabriquant de petits lampions qu’ils feront scintiller en suivant le cortège. »
Masquant un sourire de nervosité, lui qui a entendu ça chaque jour depuis le début des préparatifs, Apodis se gratte la joue et baisse les yeux pour ne pas croiser les regards complices d’Aphrodite et Misty. En effet, ils seront chargés d’accueillir la déesse.
_ « Le colisée a été agrandi à l’occasion puisque des places ont été rajoutées au sein même de l’arène. Pouvant recevoir habituellement mille personnes, il peut exceptionnellement en accueillir trois milles cette année, poursuit le prêtre. Au pied des douze maisons, des dizaines d’enfants répètent la chorégraphie qu’ils joueront dans l’amphithéâtre. Plus loin des adolescents, des adultes et des anciens font de même. Les douze travaux d’Hercules seront mis à l’honneur et constitueront le thème central de la cérémonie. Tout cela en hommage à Hébé qui épousa ce dernier en des temps reculés. Bien entendu, la réincarnation d’Hébé n’a de nos jours aucun rapport avec le demi-dieu mais ce spectacle sera avant tout l’occasion de célébrer les temps anciens… »
_ « Nous sommes la veille de la Journée Sainte, souffle discrètement le Suédois resplendissant dans sa Cloth à Misty et Apodis, vous ne croyez pas qu’avec toute cette montée d’adrénaline il serait de bon ton que nous convions ce prêtre à nos sorties nocturnes. Ca lui ferait le plus grand bien de décompresser un peu. »
Pouffant le plus discrètement possible, les Saints, d’argent et de bronze, se gardent d’interrompre le religieux qui poursuit sans discontinuer.
_ « Dans le stade, les dresseurs s’assurent que la représentation qu’ils donneront en compagnie de leurs bêtes soit au point. Ils assureront l’avant dernière partie du spectacle, juste après les travaux d’Héraclès. L’ouverture se fera par un long récital dédié à la gloire d’Athéna et mené par divers poètes du domaine sacré. Enfin, le Pope a insisté pour que la clôture se fasse par la mise à mort de condamnés arrivés du dernier territoire conquis au nom d’Athéna, le Mont Kailasa en Inde… » (Reste 49092 caractères)
 

Chapitre 3

Chapitre 3
 
Dans le Sanctuaire enneigé, Aiolia entame la montée des marches des douze palais afin de regagner son temple.
Arrivé au seuil de la première maison, il remarque des traces de pas ancrées dans la poudreuse bien plus larges que celles des gardes. Ces mêmes pas stoppent devant la maison du Taureau où l’attend Aldebaran.
_ « Je ne savais pas que tu étais toi aussi en permission aujourd’hui… »
Le Brésilien a les cheveux trempés par la neige fondue. Il porte un long manteau pour cacher ses bras nus et son torse habillé d’une légère tunique pourpre. Il tient dans ses mains le gros panier en osier qui lui sert à se ravitailler au village.
_ « … si je l’avais su je t’aurais emmené avec moi dans un village du centre du Sanctuaire. Je connais un marchand qui fait venir par galère un vin français dont tu me diras des nouvelles. »
Toujours joyeux, Aldebaran s’étonne toutefois de ne pas voir Aiolia dans le même état d’esprit. Il lui dépose alors une lourde tape sur l’épaule et, tout en le serrant, soulève son sac pour avancer jusqu’à sa chambre.
 
Assis sur une des deux chaises que contient la chambrette, Aiolia, la mine abattue, remarque à quel point le décor et les objets mis à la disposition d’Aldebaran, sont semblables aux siens. Après tout il en est de même dans toutes les maisons du zodiaque.
Brusquement, le colosse sort Aiolia de ses pensées en claquant deux verres sur la table, puis les retournent pour y verser du vin.
_ « Tu ferais bien d’y goûter. Tous les habitants du domaine sacré se rendent dans ce village au moins une fois dans leur vie pour goûter à ce vin succulent. »
Aiolia tient son verre mais ne boit pas.
Inquiet, Aldebaran examine alors son ami et tente de découvrir ce qui tracasse le fauve.
_ « Il est rare que nous, les Saints d’or, ayons des permissions. En général on en profite pour remplir notre garde manger. Autrefois tu chargeais tes servants de faire les courses pour toi, c’est un fait. Pourtant aujourd’hui Galan et Lithos ne sont plus là et tu es revenu les mains vides ! J’imagine donc que cette descente auprès du peuple était destinée à rendre visite à quelqu’un en particulier. »
D’une traite, Aldebaran vide son verre et s’en resserre un aussitôt.
_ « Hum… Divin ! Absolument divin ! Les dieux eux-mêmes devraient nous punir pour goûter à un vin meilleur que le leur ! Ah… Ah… Ah…
_ Marin ! L’objet de mes descentes aux villages… c’est Marin, confesse Aiolia en souriant enfin devant la décontraction du Taureau.
_ Hum… Marin… Le Saint d’argent de l’Aigle ? Serait-ce avec elle que tu as fait équipe lors de la Guerre contre les Titans ? »
Aiolia hoche discrètement la tête en guise d’affirmation. Face à lui, le Taureau dans un éclat de rire dont il a le secret s’enthousiasme.
_ « J’en étais sûr ! Vous aviez l’air bien trop complice pour qu’il n’y ait rien derrière ! Ah… Ah… Ah…
_ Le souci c’est que lorsqu’un homme et une femme Saints s’aiment, la complicité n’arrange guère les choses. »
Reprenant son sérieux, Aldebaran lui rappelle alors une vieille loi qui lui a été apprise il y a des années.
_ « Le Sanctuaire a un code de l’honneur très strict envers les femmes Saints. Il en est de même pour les couples au sein de l’armée d’Athéna. Lorsqu’une femme Saint perd son masque lors d’un combat contre un homme, il ne lui reste plus que deux alternatives : soit l’aimer, soit le tuer. Dans le cas où elle choisirait la première solution, alors, si l’homme en question est un Saint, le couple doit être béni par Athéna ou son représentant direct, le Grand Pope. Mais pour cela, il faut qu’un des deux chevaliers renoncent à son statut car Athéna privilégie l’amour. Elle ne peut accepter de voir un couple participer à une guerre, pouvant laisser derrière eux de futurs orphelins. Pour avoir la bénédiction d’Athéna, il faut donc que l’un des deux Saints renoncent à son devoir et confie son rôle à un autre.
_ En clair, il est facile pour un Saint d’obtenir la bénédiction du Pope ou d’Athéna s’il aime un villageois. Par contre, dans le cas où les deux amants sont des Saints, la décision à prendre est sans équivoque, finit d’engloutir son verre Aiolia.
_ Si je comprends bien, ni Marin ni toi n’êtes prêts à abandonner votre titre de Saint.
_Nous attendons tous les deux beaucoup de notre statut. A tel point qu’il n’est pas concevable aujourd’hui, de nous en défaire.
_ Je sais que tourner la page ne sera pas chose aisée, remplit de nouveau le verre de son ami Aldebaran. Je ne sais pas comment t’y aider, mais si tu veux prendre tes distances, sache que l’occupation du Sanctuaire au Mont Kailasa dans l’Himalaya, en Inde requiert la présence de nombreux Saints. Le Dieu Shiva est retenu prisonnier dans son château pour avoir voulu attaquer notre domaine sacré.
_ Il est vrai que cette bataille n’a pas fait grand bruit. Le Pope a très vite réagi en passant à l’offensive.
_ Shiva a perdu les deux tiers de sa garde. Il est le seul dieu indien à se réincarner depuis des millénaires. Les autres dieux ont préféré confier la terre aux hommes en se retirant au Panthéon Indien, semblable à l’Olympe de Zeus. Toutefois, le Grand Pope souhaite maintenir la paix dans ce territoire en l’annexant au nom d’Athéna.
_ Mais enfin c’est insensé ! Que ce soit au Royaume d’Asgard, au Mont Kailasa ou auprès des domaines d’autres dieux mineurs, tous les peuples reconnaissent déjà l’autorité du Sanctuaire !
_ Malheureusement non puisque Shiva a justifié sa tentative de rébellion en prétendant que le Sanctuaire était corrompu par le mal.
_ Et pendant ce temps le peuple indien souffre de cette guerre. Je n’irai pas perpétuer la volonté du Pope si cela fait souffrir des innocents. Qu’il se trouve quelqu’un d’autre !
_ Je pense qu’il n’aura pas de mal à le faire. Le Grand Pope a fait envoyer un messager auprès de Shaka de la Vierge. Il est en pèlerinage en Inde, sur sa terre natale, en compagnie de ses disciples. Il a ordre de se rendre au Mont Kailasa pour aider nos hommes encore sur place à gérer la révolte initiée par Shiva…


Plus haut, après de longues heures passées à courir inutilement, la prêtresse victime de Saga trouve enfin la sortie du sous-sol de la maison du Cancer.
Elle regarde le plafond et distingue la lueur du jour à plus de cinq mètres de là.
Elle a deviné que rien ne lui permet de se hisser jusqu’au seul accès vers sa liberté.
Sans forces, les yeux mornes, le corps trop lourd à supporter, elle ne pense plus.
Son cerveau perçoit les sons transmis par son conduit auditif sans pour autant qu’elle ait envie de les analyser.
Les bruits, ceux de talonnettes en métal, semblent se rapprocher.
_ « L’indigente, s’amuse Aphrodite ! Elle a couru pendant des heures en poursuivant un doux rêve ! Elle ne sortira jamais d’ici. »
Passant aux choses sérieuses, Deathmask lui harponne le bras et la traîne sur plusieurs mètres et durant de longues minutes, le temps de traverser sa cave.
Apathique, elle se laisse faire.
Ses pieds et ses jambes frottent sur le sol.
Ils s’écorchent.
Saignent.

Derrière, Aphrodite les suit en tenant une rose devant son nez pour ne pas sentir l’odeur putride qui baigne les lieux à mesure qu’ils s’engouffrent dans les ténèbres.
Tous trois débouchent enfin sur une lourde porte métallique qui résiste tout d’abord à Deathmask, avant de s’entrouvrir en grinçant après qu’il force dessus.
 
De la pièce que la porte renferme, sort un homme décharné.
Il rampe sur le sol en se tirant à l’aide du seul bras qu’il lui reste.
L’intérieur de la porte est lardé de traces d’ongles que ce prisonnier n’a pu faire seul.
Cette dépouille ambulante a le visage et le corps rongés d’hématomes.
Il pousse un râle incessant.
Ses yeux et sa langue lui ont été ôtés.
Sur le sol, la nouvelle pensionnaire regarde le macabre spectacle sans même réagir, comme si elle accepte le destin que lui voue le Cancer.
_ « Voici des mois que je n’étais pas descendu en ces lieux, s’en amuse Deathmask ! Je l’avais presque oublié ! A en voir le châtiment que je lui ai réservé, il doit s’agir d’un Ksha du dieu Shiva.
_ Ce dieu indien a voulu attaquer le Sanctuaire en prétextant que notre ordre était corrompu ! La volonté du Pope a été celle du plus fort ! Nous avons écrasé ce peuple et depuis nous occupons le royaume de Shiva, approuve Aphrodite. La bataille fut de courte durée. Si je me souviens bien seuls Shura et toi furent appelés à conduire nos armées ?
_ C’est exact ! J’en ai donc profité pour ramener un souvenir de guerre. Je te présente Horyo, le Ksha le plus puissant de l’ordre de Shiva. »
Horyo meugle de douleur.
Celui qui faisait la fierté d’un peuple démuni et qui espérait rétablir la vérité au Sanctuaire en est réduit à se traîner nu, couvert de honte.
_ « Je ne te cache pas qu’il nous a donné du fil à retordre, poursuit Deathmask. Heureusement, Shura l’a affaibli en lui tranchant un bras et les jambes. J’ai gardé sa dépouille histoire de récolter un maximum d’informations sur Shiva. Mais ce fut vain. J’ai pu lui faire subir les pires sévices, il est resté muet comme une carpe ! »
Peu à peu Horyo arrive à hauteur d’Aphrodite et pose sa main sur la jambière des Poissons. Offusqué, Aphrodite lui assène un violent coup de pied : « Comment une telle laideur ose-t-elle me toucher et… »
Aphrodite est atterré.
Le pauvre Horyo ne se sent même pas uriner sur lui-même.
Le Suédois s’en irrite.
Pour punir le misérable, il lui fracasse le crâne en laissant tomber lourdement son pied droit. Un flot de sang vient éclabousser le nouveau jouet de Deathmask sans la perturber plus que cela.
Horyo décède sur le coup mais Aphrodite ne s’en préoccupe guère.
_ « Par Athéna ! Je me sens souillé, comme si cet homme avait entaché ma pureté, examine-t-il sa Cloth. »
Réalisant soudain la portée de ses paroles devant une jeune femme violée, Aphrodite part soudain d’un éclat de rire faussement dissimulé.
Sur ce, Deathmask jette sa proie dans le cachot, y renvoie le cadavre d’Horyo en le poussant du pied et entre à son tour.

A l’intérieur, de vieux ossements desséchés et des morts en putréfaction sont attachés aux murs par de lourdes chaînes.
Des rats rongent la chair des dépouilles tandis que des cafards et autres insectes semblent y avoir élu domicile.
En plus d’être très étroite, la pièce est très humide et il y fait froid.
_ « Cela n’a plus d’importance maintenant. Je ne sens plus rien, n’entends plus rien, songe la prêtresse. »
Aphrodite s’approche d’elle, à genoux, le visage penché en arrière, le teint livide et le regard perdu. Il lui recoiffe les cheveux pour y accrocher une rose.
_ « N’est-elle pas magnifique ainsi, demande-t-il à Deathmask ? Il ne manque plus qu’à lui trouver un nom. »
Croyant pouvoir trouver auprès du bel Aphrodite une once de bonté, la captive balbutie : « Je… Je m’appelle… »
Aphrodite pose alors sa main sur la bouche de l’innocente qui sent l’or froid lui clouer les lèvres.
_ « Non… Chut… Ne dis rien. Tu n’as pas le droit de parler tant qu’on ne t’en donne pas le droit… Lilith ! »
Dès cet instant, cette dernière en est persuadée, jamais elle ne sortira vivante de la maison de ces deux psychopathes.

_ « Lilith, retentit le nom dans l’esprit de Deathmask. »
L’annonce de ce nom le rend pensif au point qu’Aphrodite en perçoit le malaise.
_ « Ca ne te plait pas Deathmask ? Je trouve que cela va à merveille à notre chère amie. Lilith est le nom que porte la démone en chef des succubes dans la religion catholique. Elle vient la nuit avec ses compagnes pervertir les rêves des hommes… Oui, pervertir nos rêves, je suis convaincu que notre Lilith en est capable. Son corps doux et parfait m’appelle à assouvir mes envies les plus obscènes. »
Deathmask change totalement de mine en entendant cela.
_ « Quitte immédiatement cette maison Aphrodite ! 
_ Ne me dis pas que tu souhaites la garder pour toi seul, commence à faire courir sa langue Aphrodite dans le cou de Lilith ? Je n’ai jamais vu une fille aussi esthétiquement parfaite. Il est de mon devoir, à moi, Aphrodite Saint d’or des Poissons, de mêler mon corps divin au sien. »
Deathmask perd patience.
Le halot de lumière qui tournoie autour de son doigt vient soudain frapper la rose qu’Aphrodite avait placée dans les cheveux de Lilith.
Les pétales tombent délicatement sur le sol.
_ « Bien, bien ! Tu n’es pas dans ton assiette. Je te laisse avec « Lilith », se résout les Poissons. Prépare-la donc pour ma prochaine visite. »
 
Le Cancer attend que son complice s’éloigne, puis vient prendre le visage de Lilith entre ses mains : « Pff… Lilith ! Ca doit être le destin qui te remet sur mon chemin… »
Laissant planer le mystère, il revêt son armure puis quitte la geôle en refermant derrière lui la lourde muraille d’acier qui fait office de porte. La condamnant à l’angoissante obscurité…
 
 
La nuit tombe au Sanctuaire.
A Paesco, la bataille de boules de neige qui l’oppose aux enfants du village se solde par la victoire d’Apodis.
En rentrant chez lui, il trouve son petit garçon qui gazouille dans son berceau et se presse de le prendre à bras pour s’amuser à le faire rire.
Mujakis, la mère d’Apodis, a préparé le dîner pour son fils.
_ « J’ai besoin de prendre des forces pour ma garde de ce soir ! Un bon repas me fera le plus grand bien. »
 
Effectivement, la nuit est très fraîche. Les hommes réchauffent leurs doigts engourdis à la flamme de leurs torches.
Apodis a fait poster dix de ses hommes au niveau des remparts.
Lui patrouille accompagné de cinq autres dans les villages des environs, pour veiller à la tranquillité des villageois.
Si ce n’est le gel qui glace les lieux, cette veillée est semblable à toutes les autres.
En traversant son village, Apodis aperçoit Marin se tenant sur le pas de sa porte.
_ « Continuez votre route soldats. Je vous rattrape, ordonne le Grec à ses hommes. »
Les gardes s’exécutent pendant qu’Apodis avance jusqu’à la chaumière de Marin.
_ « Bonsoir Marin. Quelque chose t’importune-t-il ?
_ Rien ne m’alerte Apodis. Je ne trouve pas le sommeil voilà tout. »
Apodis peut sentir que la cosmo énergie de Marin est perturbée.
Il reprend après un bref silence.
_ « Tu sais, je pense souvent à elle.
_ Pardon ?
_ Netsuai, la mère de mon fils. Je pense souvent à Netsuai. Je l’aimais et je l’aime toujours malgré le fait qu’elle ne soit plus parmi nous. Aujourd’hui je le vis mieux. Je me suis fais une raison, tente-t-il de la réconforter en faisant allusion à la relation qu’elle entretient avec Aiolia.
_ Comment puis-je me faire une raison alors que l’homme que j’aime est toujours en vie lui ? Toi tu peux l’accepter parce que tu n’as pas d’autre choix. Celui que j’aime est proche de moi et le restera lui ! »
Le calme qui s’en suit fait rendre compte à Marin de la dureté de ses propos envers Apodis.
_ « Euh… Excuse-moi Apodis, je ne voulais pas…
_ Rassure-toi Marin. Après tout tu es ma supérieure. Mes propos étaient déplacés, fait mine d’accepter celui qui croyait être son ami. 
_ Non Apodis reviens, l’interpelle-t-elle tandis qu’il lui tourne le dos pour retrouver ses hommes… »
Après Aiolia, la Saint d’argent de l’Aigle sent un pincement au c½ur à l’idée de perdre un nouveau soutien.


La nuit a paru bien longue pour les gardiens.
La relève matinale leur semble bien méritée.
Ce sont Circinus Saint de bronze du Compas et ses hommes qui relèvent la garde d’Apodis. Circinus est un des chevaliers les plus vieux du Sanctuaire.
Très procédurier vis-à-vis des coutumes, il ne sort jamais sans sa Cloth.
Couleur étain, l’armure se compose de courtes jambières et de genouillères rondes. Une simple ceinture lui maintient la taille tandis que le torse et le dos sont entièrement protégés par une sorte de sphère marquée de dos comme de face des signes nord, sud, est et ouest. Chaque bras est couvert par un bouclier où les quatre points cardinaux sont également gravés. Les deux boucliers sont suffisamment larges pour couvrir les épaules du Saint, voilà pourquoi il ne porte pas d’épaulettes. Sa chevelure océan est couverte par un imposant heaume sur lequel est dessiné au niveau du crâne l’étoile exposant les points cardinaux.
_ « Il semblerait que je sois plus chanceux que toi, la neige a fini par cesser de tomber, tend sa main Circinus à Apodis.
_ Tu parles d’une chance ! Tu ne sais pas profiter des cadeaux des dieux lorsqu’ils se présentent à toi ! Cette neige, c’est Athéna qui nous l’a offerte pour purifier nos terres !
_ Braves paroles Apodis ! Au fait, le lieutenant Misty m’a chargé de te dire que ta garde serait tenue par mes hommes et moi-même durant la Journée Sainte. Le Grand Pope a demandé à ce que tu renforces la sécurité au centre du Sanctuaire durant le festival.
_ Nous ne sommes que trois Saints de bronze à tourner sur ce poste. J’imagine que Mensa Saint de bronze de la Table, et toi, Circinus Saint de bronze du Compas vous allez vous retrouver chamboulés. A votre âge ça risque d’être pénible de faire des heures supplémentaires, taquine Apodis son camarade.
_ Cesse de fanfaronner petit chanceux. Tu ne peux pas t’imaginer à quel point je suis déçu de ne pas pouvoir assister à ce festival. »
Apodis échange un sourire chaleureux avec son confrère avant de lui laisser la surveillance des remparts.

Plus loin, déjà, dans un champ de ruine l’entraînement matinal de Seiya est déjà bien entamé.
Marin est furieuse contre lui.
_ « Voici des années que tu t’entraînes et tu n’es toujours pas capable de tenir plus d’une minute face à moi. »
Seiya essuie le filet de sang qui sort de sa bouche et se relève péniblement.
Ses jambes tremblent, il retombe lourdement.
_ « Je te trouve très dure Marin ce matin !
_ Il est temps de passer à la vitesse supérieure Seiya. Tu as pris beaucoup de retard. Le Grand Pope a été averti que le nombre de prétendants à l’armure de Pégase était croissant depuis quelques années. Il ne tardera pas à élire le Saint qui sera digne de la porter. Je croyais que tu voulais à tout prix devenir chevalier ! »
En entendant ces mots, Seiya se ressaisit.
Il se lève d’un seul coup et adopte une pose de combat.
Marin se met en place elle aussi.
Au fond d’elle, elle s’en veut d’avoir été si dure envers Apodis. Elle vit mal sa rupture avec Aiolia, et Seiya et Apodis en font les frais.
Seiya a les yeux rivés sur les mouvements des mains de son mentor.
Sa tunique est marquée par plusieurs impacts de poings, semblables à des météores qui l’auraient transpercé de part en part.
_ « Ryu Sei Ken, se lance Marin ! »
Une série de météores s’abat alors sur lui.
Cette fois-ci il a compris. Tout en avançant, il évite chaque météore qui coïncide en réalité avec l’onde de choc produit par les coups de poings de son professeur.
Il arrive finalement à bonne distance d’elle qui vient de lancer le dernier météore. Il lui attrape le bras, dont la cosmo énergie s’est dissipée, et le passe par-dessus son épaule pour la projeter contre un rocher.
Ne lui laissant aucun répit Seiya court jusqu’au point d’impact.
Il fait bien puisque aussitôt remise, elle se jette le pied en avant pour frapper Seiya au visage. Celui-ci vacille, le maître est revenu en position de force.
Le voilà de nouveau contraint à parer les coups de poings de Marin jusqu’à ce qu’il en trouve la faille.
Il remarque que Marin reprend toujours sa garde par son flanc gauche, laissant la partie droite de son corps sans protection durant un laps de temps très court.
Seiya fléchit les genoux pour esquiver une gauche destinée à s’abattre sur lui et frappe immédiatement du tranchant de la main la hanche droite de Marin.
Elle recule en se pliant de douleur alors que Seiya reprend son souffle.
_ « Tu n’y es pas allée de main morte. Je suis exténué.
_ Je suis ravie que tu sois parvenu à déceler la faille que j’ai volontairement affichée. Tu as bien combattu pour aujourd’hui. Va donc chasser du gibier et profite de ta journée, je dois m’absenter. »
Sans donner plus d’explications, Marin disparaît.
_ « Chasser ! Pourquoi faire ? J’ai trouvé un meilleur moyen de me rassasier ! »
Tout en sautillant, Seiya prend alors la direction des villages du centre…
 

Justement, au centre est du Sanctuaire, Shaina quitte ses adversaires qu’elle a mis une fois encore en pièces.
En chemin, au camp d’entraînement des femmes chevaliers, elle reconnaît un lapin.
En la voyant l’animal se redresse sur ses pattes arrière et agite les oreilles. Shaina vérifie en tournant la tête que personne ne l’observe et se baisse pour prendre la bête dans les bras. Depuis le jour où Shaina l’a sauvé du sort que lui réservait Seiya, l’animal passe souvent réclamer les caresses de la jeune femme.
Shaina se remémore cet instant.

C’était il y a maintenant trois ans.
La chasse du lapin avait conduit un jeune Japonais jusqu’à ce centre, lieu interdit aux hommes. Même le Grand Pope ne peut y accéder.
Le Saint d’Ophiuchus malmenait quelques apprentis et les mettait rapidement hors combat. Souhaitant se rafraîchir dans l’eau du fleuve qui passe par le camp, elle tomba nez à nez avec l’animal en question, tétanisé par la froideur de son masque.
Ne dévoilant son c½ur qu’à ceux susceptibles de ne pas le rapporter, la jeune femme l’ôta alors et offrit au lapin un minois sublime et rassurant.
A l’affût, avait débarqué derrière elle le chasseur de trois ans son cadet. Aussitôt sur la défensive, Shaina s’était mise en garde.
N’ayant pas conscience de l’outrage qu’il commettait, l’enfant s’inquiéta d’une blessure au poignet de Shaina, séquelle d’un précédent combat.
Sans la dévisager, l’innocent garçon pansa alors sa blessure tandis que l’animal fuyait son agresseur.
A cet instant, le c½ur de la demoiselle s’était emballé. Il avait littéralement vrombit dans sa poitrine. Elle qui ne croyait pas en l’amour des hommes, les voyant comme des monstres incapables de tendresse à l’instar de ses frères d’armes qui lui avaient mené la vie dure avant qu’elle n’accède à son rang, elle fut prise d’un sentiment indescriptible qui la renversa.
Leur rencontre ne dura qu’une minute, pourtant elle se permit d’imaginer un avenir aux côtés du naïf garçon alors qu’il repartait déjà à la recherche d’un autre repas…
 
Elle ne l’a plus jamais revu depuis ce jour.
Elle a souhaité parcourir le Sanctuaire à sa recherche. Hélas les missions du Pope et l’entraînement du féroce Cassios la retiennent bloquée dans le centre du domaine sacré.
Elle y partage son temps entre les terres de son village et ce camp pour femmes où elle aimerait retrouver un jour son imprudent bienfaiteur. Si seulement elle connaissait son nom…
 _ « Je suis venue ici dans l’espoir de m’entraîner avec une vieille amie, je ne pensais pas la trouver aussi docile depuis notre dernière rencontre, la sort soudain de ses pensées une voix familière.
_ Marin, mon amie, reconnaît elle la Japonaise. Je ne m’attendais pas à ta visite, laisse-t-elle s’échapper l’animal. Voyons si tu as progressé, se met-elle en position ! »
Shaina déclenche alors les hostilités. Elle saute le pied en avant en direction de Marin qui esquive d’un pas sur le côté.
L’Aigle répond par un direct du droit mais Shaina s’accroupit pour éviter à son tour et colle un coup de poing en plein estomac à Marin.
Alors que celle-ci se tient le ventre de douleur, Shaina s’élève vers le ciel : « Thunder Claw ! »
De ses griffes, elle fait s’abattre la foudre en direction de son amie.
Lorsque Shaina inspecte le point d’impact, Marin n’est déjà plus là.
Elle lève alors les yeux au ciel et n’a pas le temps d’esquiver : « Ku Ken ! »
Marin rend coups pour coups à Shaina en lui collant un coup de pied dans l’abdomen.
Shaina tombe en arrière.
Marin s’approche doucement d’elle, se tenant l’épaule, griffée par la précédente attaque de l’Ophiuchus et lui tend la main.
Shaina acquiesce et se relève avec l’aide de sa camarade.
 
Une fois relevée mais encore endolories, elles s’avancent en se tenant par la main jusqu’à atteindre une source entourée d’une végétation luxuriante, bordée par un décor antique, datant de la création du Sanctuaire.
De petits temples aux colonnes doriques, agrémentés de statues de nymphes, offrent un cadre ayant su garder un certain charme à ces femmes qui ont fait don de leur féminité pour rentrer au sein de l’armée d’Athéna.
S’approchant du bord de l’eau, Marin défait ses bas et goutte l’agréable température de cette source pure.
_ « Allons, tu ne vas pas rester assise au bord de l’eau toute la journée. Viens donc te rafraîchir, l’interpelle l’Italienne déjà dans l’onde jusqu’à la taille ! »
Nue, elle a retiré son masque pour le déposer sur un rocher à côté du reste de ses vêtements. Marin observe son amie se prélasser sensuellement et se laisse finalement convaincre.
Elle retire son bustier, ses épaulettes et, enfin, ses légers vêtements pour rejoindre Shaina. Mais elle n’ose pas mouiller tout son corps dans ce bain froid qui la fait frémir.
Cela fait sourire Shaina.
Elle nage alors jusqu’à Marin qui se met sur la pointe des pieds pour éviter d’être éclaboussée. Arrivée à sa hauteur, Shaina, retire le masque de Marin : « Ici tu n’en as pas besoin. »
Marin rejoint alors la berge pour déposer son masque sur ses vêtements, à côté de ceux de Shaina.
La tentation étant trop forte pour l’Ophiuchus, elle finit par lancer quelques gouttes en direction de Marin.
Toutes deux s’amusent alors à s’inonder le visage en se rapprochant l’une de l’autre.
Face à face, Shaina immobilise Marin en la serrant contre elle : « Ca fait plaisir de te revoir Marin. »
Shaina comprend au regard complice de Marin que c’est réciproque et pose doucement ses lèvres contre les siennes.
Marin ferme les yeux et se laisse embrasser.
Elle trouve finalement ce qu’elle était venue chercher, un peu d’affection après cette rupture difficile avec Aiolia.


A  l’approche des marches des douze maisons, à Honkios, Seiya est noyé par la foule sur la place du marché.
Ville principale du domaine sacré, située au c½ur du Sanctuaire, Honkios est le centre des affaires du domaine sacré. Cette ville regroupe la majorité de la population. C’est également là que se déroulent les festivités du domaine, que se trouve le grand Colisée et le cimetière des Saints. 
Chaque jour les marchands entreposent sur la place les produits fraîchement débarqués du port.
Depuis quelques temps déjà, Seiya vient ici au lieu de chasser.
Il s’arrête devant un stand et cherche du coin de l’½il un visage familier.
Une enfant du même âge le reconnaît aussitôt et lui fait signe de la retrouver dans une petite rue parallèle.
Seiya se presse de l’y rejoindre et, en échange d’un baiser, récupère de la part de cette fille d’épicier, un sac de victuailles.
La demoiselle aux longs cheveux couleur prune coiffés en nattes est toute fière de montrer à ses amies l’apprenti chevalier qu’elle leur présente comme son petit ami.
Seiya, lui, n’a que faire de son attitude et une fois le simple baiser posé sur ses lèvres, il repart aussitôt avec son précieux butin.
 
Il se précipite à la sortie de la ville quand une ombre immense le stoppe net.
Levant les yeux vers le ciel, il reconnaît Cassios.
Le colosse s’empresse de lui subtiliser habilement son repas et le repousse d’un violent coup de pied.
_ « Ecarte toi microbe !
_ Voleur ! Rends-moi ça !
_ Ou sinon quoi ? La loi du Sanctuaire n’autorise pas que nous utilisions notre force, mais j’ai toutes les excuses du monde pour t’écraser puisque tu n’as rien à faire dans cette ville. Je n’aurai qu’à dire que tu es venu me provoquer ! »
Ce dernier lance alors sèchement un autre coup de pied à Seiya qui s’écrase contre de vieux tonneaux de bois.
Satisfait, et croyant en avoir terminé avec lui, Cassios commence à s’éloigner mais Seiya le retient : « Ne me tourne pas le dos espèce de brute ! »
Cassios n’en croit pas ses yeux. Seiya n’a pas une égratignure. Autrefois, il le laissait KO sans aucun mal.
_ « Je vois que tu t’es endurci. Cette fois-ci je ne retiendrai pas mes coups ! »
Seiya qui a conscience qu’il n’est plus le faible gamin qu’il était à son arrivée, se met en position. Comme lui a appris Marin, il concentre toute son énergie dans son poing et s’apprête à fracasser Cassios qui fonce déjà sur lui.
Quand tout à coup, un cratère se forme entre les deux opposants.
Surpris, ils cherchent le responsable.
_ « Ca suffit ! Je t’interdis de toucher à mon élève, scande Marin qui apparaît entre eux deux. »
Shaina qui accompagne Marin reconnaît immédiatement Seiya.
Elle retrouve enfin celui qu’elle cherchait tant.
Néanmoins, les mots que Marin vient de prononcer lui glacent le sang.
_ « Ton élève ? Tu veux dire que ce minus veut devenir Saint ?
_ En effet, je te présente Seiya, le futur Saint de Pégase ! »
En quelques secondes, la bonne humeur de Shaina s’évapore.
Elle n’en croit pas ses oreilles. Le seul homme auprès de qui elle ne s’est jamais sentie aussi bien est un concurrent direct de son disciple.
A l’instant même où elle apprend le nom de son prince charmant, son c½ur se fissure.
_ « Non seulement c’est un rival mais… Pire que ça ! Il ne semble même pas me reconnaître ! »
Son masque dissimule sa mine vexée et rageuse.
_ « Si tu tiens à la vie de ton disciple Marin, lance-t-elle prétentieusement, tu ferais mieux de l’encourager à devenir prêtre d’Athéna, car Cassios, mon élève, est né sous la constellation de Pégase, s’avance-t-elle jusqu’à lui en posant sa main sur les muscles qu’il se plaît tant à arborer. Et il est bien décidé à remporter l’armure.
_ Ce vermisseau espère gagner l’armure ! C’est une plaisanterie, rajoute Cassios ! On va régler ça immédiatement !
_ Ca suffit Cassios, arrête-t-elle son élève ! La mort de ce minable n’est pas nécessaire pour le moment. Je compte sur l’intelligence de Marin pour le retirer immédiatement de la course.
_ Ca commence à bien faire ! Vous allez voir, s’élance Seiya qui n’en peut plus d’être insulté de la sorte.
_ Si tu me connais si bien que ça Shaina, passe Marin devant lui pour lui barrer la route, tu dois te douter que jamais Seiya n’abandonnera. »
Marin connaît les intentions de Seiya. Devenir Saint pour retrouver sa s½ur. Cette cause est trop semblable à la sienne pour lui demander d’abandonner. De plus Seiya a travaillé très dur jusqu’ici et ses efforts commencent à payer. Si un combat devait avoir lieu aujourd’hui même contre Cassios, elle est convaincue du succès de Seiya. Shaina a beau être sa meilleure amie, la loi du Sanctuaire est sans équivoque.
Toujours cachée par son masque, Shaina est dépitée.
Elle est blessée dans son orgueil de savoir que Seiya ne la reconnaît pas, qu’il est un concurrent direct pour l’armure de bronze et qu’il s’accapare maintenant la cause de sa meilleure amie : « C’en est trop ! Je ne peux aimer cet homme qui a vu mon visage. Il doit donc mourir et quelle plus belle victoire que de voir Cassios être son bourreau, songe-t-elle. »
Shaina lui tourne alors le dos : « Ainsi, Marin tu as décidé de devenir ma rivale.
_ Si tu le prends ainsi alors oui ! Nous venons de mettre un terme à une belle amitié. »
Marin saisit alors Seiya par le col et le ramène avec elle au village de Paesco pendant que Shaina fustige Cassios du regard : « Repars t’entraîner immédiatement ! Je veux que tu l’humilies avant de lui donner la mort lors de votre prochaine rencontre ! »
 

Chapitre 2

Chapitre 2

Le décor antique du domaine sacré s’est doté d’un beau manteau blanc.
Ce 15 janvier 1985, le Sanctuaire vit un évènement plutôt rare.
Les vestiges du passé sont dissimulés sous l’épaisse masse de neige qui tombe en abondance.
Le soleil tarde à se lever, l’air est sec et glacé, et la température de ces derniers jours est largement en dessous des normales saisonnières.
De si bon matin, les villageois les plus malins se dépêchent de chercher du bois en forêt avant que la neige ne monte davantage en surface.
Il n’y a pas une seule chaumière qui ne chauffe pas. Certains Saints sont eux-mêmes en train de remplir des charrettes tirées par leurs mules. D’autres chevaliers préfèrent charger leurs esclaves de ce genre de tâches.
Les soldats chargés d’escorter les marchands du Sanctuaire se plaignent de cet hiver rude. Ils conduisent les commerçants sous couvert d’anonymat en dehors du domaine sacré pour y récupérer des produits de première nécessité que ne peut offrir le Sanctuaire. Ils manquent d’accessoires pour se couvrir devant cette météo si inhabituelle.
« Sur conseil de ses prêtres, le Grand Pope s’est rendu sur Star Hill étudier les étoiles et vérifier que ce temps n’était pas signe d’une menace imminente, commente un soldat.
_ Sait-on jamais, répond un autre, après tout, cette année il a été annoncée la venue de la déesse Hébé pour la Journée Sainte !
_ Tu plaisantes, s’étonne un autre, la Journée Sainte est la fête rituelle qui se déroule chaque année en l’honneur de notre déesse Athéna ! Pas de raison de s’émouvoir pour si peu !
_ Oui, complète un quatrième, il arrive à l’occasion que certains dieux réincarnés sur Terre se joignent aux festivités. Mais toujours furent-ils des alliés d’Athéna !
_ Oui, tente de se rassurer le plus inquiet, la déesse Hébé est réincarnée depuis vingt-six ans. Depuis son royaume installé à Yíaros, une île de la mer Egée, elle a toujours soutenu la politique d’Athéna, je m’inquiète pour rien. »


A l’ouest du Sanctuaire, près des murailles, malgré la poudreuse qu’il écrase de ses pieds mouillées, Apodis est en position de combat : « Non Seiya ! Pose ta jambe comme la mienne. Ainsi tu sauras contrer les assauts venus des airs.
_ Mais ce n’est pas ce que Marin m’a appris, rechigne le garnement !
_ Marin t’a enseigné comment parer les attaques de front jusqu’ici. Elle sera agréablement surprise de voir que tu maîtrises un autre type de défense. Allez ! Remets-toi en position ! »
Apodis étudie la pose de Seiya et s’avance vers lui doucement.
Le jeune apprenti est vêtu de vieux vêtements jaunes et d’une épaulette en acier. Ses cheveux sont maintenus par un bandeau de la même couleur que les bandelettes qui enserrent ses poignets. Son bras gauche est protégé par une pièce métallique au niveau de l’avant-bras. Apodis se place alors à côté de lui et lui demande d’imiter ses mouvements afin de saisir la pose idéale.
Tandis qu’ils s’exercent, les craquements de la neige sous les pas d’un troisième individu les informent de sa venue. Vêtu d’un seul pantalon couleur azur trempé jusqu’aux genoux, il porte sur son torse nu un lourd plastron maintenu par deux épaulettes d’acier.
- « Que vois-je, flatte Aiolia qui ne semble pas craindre ce froid ? Deux grands chevaliers ensemble. Vous êtes bien courageux d’être debout si tôt et par ce temps ! »
Seiya est intimidé par Aiolia. Il reconnaît le jeune homme qui accompagne souvent Marin et qui, lui aussi, lui prodigue de nombreux conseils. Ignorant tout du niveau du Grec, Seiya est persuadé qu’Aiolia ferait un puissant Saint.
Apodis, lui, connaît la réelle identité du Lion d’or. Il sait aussi qu’Aiolia n’aime pas qu’on parle de son rang de Saint d’or et qu’il est préférable de ne pas laisser le Lion sortir ses crocs.
Il laisse donc Seiya continuer à perfectionner sa technique et s’écarte en compagnie de son ami : « Laisse-moi deviner, tu profites de ta permission accordée par le Pope pour quitter ta maison.
_ C’est exact, je suis allé voir Marin. Néanmoins les retrouvailles furent de courte durée puisqu’elle cherche ce jeune chenapan, dit-il en désignant d’un hochement de tête le futur Pégase, j’ai donc décidé d’aider Marin à dénicher ce petit intrépide.
_ Il est très volontaire. Il vit à l’autre bout du village sur lequel je veille. C’est donc de manière régulière qu’il me rend visite. Marin a fait du très bon travail, poursuit Apodis en l’observant, l’arrivée de Seiya au Sanctuaire ne s’est pas faite en douceur. Le fait qu’il soit Japonais a été mal vu par la plupart des habitants et des soldats.
_ Oui, il a été rejeté par trop de monde. C’est pour cette raison que je crois en ce gamin. J’ai l’impression de me retrouver en lui au même âge.
_ Décidément, la mentalité du Sanctuaire est vraiment scandaleuse. Brimer un étranger parce qu’il veut être un Saint, c’est vraiment stupide. Le peuple a-t-il oublié qu’à l’origine de la création de l’armée d’Athéna, les Saints étaient des enfants du monde entier ? »
Les deux amis cessent temporairement leur conversation, l’espace d’un instant, durant lequel un éclat cosmique parcourt le corps de Seiya.
_ « Sa cosmo énergie s’intensifie de jour en jour. Je ne suis même pas certain qu’il ait conscience de son réel potentiel, envisage Apodis, comme beaucoup d’autres élèves.
_ Je te vois souvent donner des conseils aux apprentis justement, acquiesce Aiolia. Pourquoi n’abandonnerais-tu pas la garde du territoire pour enseigner ton art ?
_ J’ai une famille à charge. Ma solde de sergent me permet de subvenir à ses besoins bien plus que si je devenais professeur. Et puis mes hommes ont toujours soif d’apprendre, donc je compense avec eux. Et toi, retourne-t-il la question ? Tu n’as jamais voulu transmettre toutes tes capacités ? Tu es tout de même un des hommes les plus puissants de ce domaine sacré !
_ Lorsque je fus éduqué par mon frère, j’ai cru en ses paroles, en ses causes. J’étais absorbé par son savoir…Tu n’as pas idée comme cela a été difficile de me dire que l’image que j’avais de lui était fausse. Alors je refuse de devenir moi aussi un mauvais professeur qui enseignerait sa bêtise et gâcherait de jeunes talents comme Seiya. »


Plus haut, au sommet des douze maisons du zodiaque, juste avant d’atteindre la statue d’Athéna, l’ambiance n’est pas à l’angoisse.
La venue d’Hébé ne trouble en rien le plaisir pris par Saga, enfermé dans son palais en compagnie de deux prêtresses.
Coiffé du heaume rouge sang d’Arlès, l’usurpateur soupire de plaisir.
Assis sur le trône du Pope, les yeux rouges de son masque violet sont braqués sur le corps dénudé d’une des servantes.
Soumise à la volonté de son supérieur, elle laisse glisser le voile de satin qui couvre son corps. Elle démêle, anxieuse, ses longs cheveux mauves tandis que ses petits seins frissonnent.
Au même moment, sa camarade, cachée par la soutane du Grand Pope, réapparaît la mine plus friponne qu’elle. Elle recoiffe ses courts cheveux roses puis se dirige d’un pas léger en direction du plateau généreusement garni qu’elles ont porté à leur seigneur. Tout en ragrafant sa longue robe blanche avec une broche en or, elle boit une coupe de vin. D’un sourire concupiscent, elle enjoint d’un geste de la main sa semblable à le rejoindre. Se doutant bien de ce qu’il va lui arriver, elle observe sans sourciller le supposé Arlès attraper son innocente amie pour la jeter violement contre le siège.
Tandis que la moins farouche glisse ses doigts pour essuyer la sueur qui lui coule entre sa ferme poitrine, la plus timide aux cheveux lilas peine à retenir ses larmes et ses cris de détresse.
La soutane relevée, écartant avec autorité les cuisses de la malheureuse, Saga entame un coït dans un râle qui devient inhumain.
D’abord amusée, un petit sourire pervers maquillant ses lèvres, la prêtresse la plus franche remarque les cheveux de Saga grisonner puis blanchir successivement.
_ « Ah… Grand Pope… J’ai mal… Arrêtez s’il vous plait, gémit la prisonnière de Saga… »
Toutefois, Saga, possédé par le désir et le mal qui le ronge, ignore les pleurs et les plaintes de l’innocente. Il ne remarque pas non plus sa première partenaire qui progresse timidement vers lui.
_ « Majesté ? Vous allez bien, s’enquiert-elle en posant sa main tremblotante sur son heaume ? »
C’est alors qu’il stoppe son échange brutal. D’un revers de la main, craignant pour son identité, il repousse violemment la tentative : « Ah ! Mon visage ! Qu’as-tu cru petite traînée ? Que le Pope te dévoilerait son identité ? »
La malheureuse retombe quelques mètres plus loin.
Lorsqu’il constate son immobilité, un éclat de rire hystérique tétanise son autre victime avachie sur le trône.
La pauvre voit les flammes des torches qui illuminent le palais scintiller dans les grands yeux rouges de son masque. Et tandis que par réflexes elle envisage de se débattre, il lui cramponne la gorge et reprend de plus belle.
Malgré les faibles moulinets de ses bras frêles, elle ne peut lutter contre la folie barbare de celui qu’elle pensait être un homme de foi.
L’étreinte l’étouffe. Elle manque d’air. Ses yeux sont révulsés. Elle pâlit.
L’acte brise son corps. Lui déchire les entrailles.
L’acte anéantit sa foi. Sa conscience se mue.
Le réflexe psychologique l’enferme dans la pensée pour faire abstraction des atrocités vécues en son sein : « Athéna… Pourquoi ? Qu’ai-je mal accompli pour que votre représentant m’inflige ce supplice ? Comme mes cons½urs, nous sommes de jeunes orphelines recueillies par le Sanctuaire ou directement confiées par nos parents afin de recevoir une éducation dans la foi d’Athéna. Notre vie chaste est faite d’une unique dévotion envers Athéna. Tout comme nos confrères prêtres envers le Grand Pope. Nous vivons prêtres d’un côté, prêtresses de l’autre, autour des chambres d’Athéna et du Grand Pope pour être au service du moindre besoin. Lorsque nous nous rendons dans les villes et les villages pour nous approvisionner en linges et en vivres, nous prêchons à chaque Athéniens l’amour de notre déesse. Nous représentons la connaissance aussi bien culturelle que médicale en plus du savoir cultuel. Partant même parfois en pèlerinage dans les domaines annexés par le Sanctuaire, comme le Port du Destin en Crète afin de veiller à ce que le culte d’Athéna demeure inébranlable. Nous mettons nos vies en jeu quand nous nous déplaçons en délégation sur les terres des dieux mineurs ou des autres panthéons pour veiller au respect et à la suprématie de notre culte. Tout ça pour que nous, femmes, devenions Saintias. Alors pourquoi Déesse Athéna ? Pourquoi Majesté ? Quel enfant ai-je mal éduqué ? Quel élixir pour soigner un de nos villageois ai-je mal préconisé ? Envers quel autre dieu pensez-vous que je me sois vouée ? Ne suis-je pas toujours restée fidèle d’esprit et… De corps… Jusqu’à aujourd’hui ? Dois-je considérer le traitement du Pope comme une punition ? Ou peut-être, cela fait-il parti des fonctions de mon rang ? Ai-je mal compris ? Vous servir était-il trop peu ? Dois-je être réduit à rien pour m’attirer votre grâce ? Ou bien est-ce parce que je fais partie de celles qui ne sont jamais parvenues à éveiller leurs cosmos ? Mes services ne sont donc ils pas à la hauteur de votre mansuétude ? Faut-il que je compense en acceptant d’être le réceptacle des désirs de luxure de votre représentant ? »
Plus loin, dans la pièce, l’autre servante revient à elle.
Le visage tuméfié, elle titube, hagarde en direction de la sortie. Comprenant à mesure que ses esprits lui reviennent ce qui se joue ici, son instinct de survie la pousse à fuir en abandonnant sa camarade.
L’issue est à quelques pas : « Je suis désolée de te laisser… Mais je n’ai pas le choix… J’ai cru qu’en étant docile… Moins regardante sur le puritanisme imposé par notre fonction… Qu’en acceptant volontiers que le Grand Pope bafoue les lois en profitant de son statut… J’en tirerai quelques avantages… »
Elle perçoit du bout des doigts le bois épais de la lourde entrée : « … Mais je réalise trop tard que ce choix n’apporte rien de favorable… Le Grand Pope ne laissera jamais le secret d’une telle concupiscence sortir de cette chambre… Je suis désolée de te laisser… »
Au même moment, Saga lâche enfin prise.
La malheureuse asservie sort de ses pensées parmi lesquelles elle cherchait à donner raison à son bourreau, convaincue qu’elle a failli dans sa mission d’aspirante Saintia.
La nature suivant ses réflexes, elle reprend son souffle subitement. Brisant la barrière psychologique dans laquelle elle s’est enfermée jusqu’alors.
Elle crache. Tant l’oxygène reprit à pleins poumons lui brule la gorge jusqu’ici comprimée.
Elle en vomit même.
Elle distingue au loin sa semblable à un cheveu de l’issue.
Elle réalise alors ce qu’elle vient de vivre. Que la fuite de son amie signifie éviter une mort à laquelle elle ne parviendra pas à échapper.
Elle prend alors conscience que rien de cela n’est normal.
Mais sa gorge écrasée et ses sanglots qu’elle ne contrôle pas l’empêchent d’implorer l’aide de son amie. Ses nerfs à fleur de peau n’ont même plus la force de diriger son bras dans sa direction pour mimer un appel au secours.
Saga, lui, reste immobile ses yeux cachés par son masque fixe le sol alors qu’il a les bras ballants.
La couleur de ses cheveux oscille entre le bleu et la teinte grisâtre qui a été la sienne jusqu’alors.
Le tourment de son corps témoigne le supplice de son être.
Incapable de réagir à cette barbarie, la lutte interne à laquelle il se livre l’empêche de constater la fuite pouvant remettre en question sa situation.
La plus opportuniste des deux prêtresses n’est plus qu’à quelques pas des gardes du palais.
Elle tire brutalement et de manière répétée sur les poignées pour faire bouger les massives portes.
L’une d’elle grince puis s’ouvre de quelques millimètres.
Du coin de l’½il, elle voit la lueur du jour et c’est amplement suffisant pour lui transmettre l’assurance que la liberté est proche.

De l’autre côté de la cloison un des gardiens s’étonne de voir l’accès s’entrebâiller.
Il interroge son collègue qui lui fait face : « Tu as vu ? La porte s’est entrouverte !
_ Comment ?! D’habitude le Pope nous fait appeler lorsqu’il souhaite sortir de sa chambre !
_ Deux prêtresses sont venues assurer la toilette et le repas d’Athéna, expose un troisième.
_ Elles s’apprêtent sûrement à partir, se calme alors le premier. J’ai eu tort de m’en faire.
_ Pas de quoi déranger sa Majesté, soupire le quatrième ! »
Alors que chacun reprend sa position, le premier soldat réfléchit avant de foncer résolument en direction de l’entrée : « Je préfère m’assurer que Sa Majesté va bien… »

Percevant l’approche de son sauveur, la fuyarde puise en elle le courage de tirer encore la large poignée d’or massif.
La liberté promise est toute proche… Quand tout à coup, sa vision se trouble.
Un bruit sourd retentit.
L’horizon lui devient flou.
Un voile blanc lui cache la vue.
C’est alors que Saga se reprend.
La lourde percussion est celle des portes.
Celles-ci sont refermées par le corps de la fugitive. Désormais sans vie.
D’abord écrasé contre, le poids mort glisse ensuite doucement sur le côté. Dissipant peu à peu de son crâne un halo violacé.
Elle s’écrase enfin grossièrement au sol, laissant deux trous d’au moins deux centimètres de diamètre de chaque côté de la tempe.
Très vite, la dépouille baigne dans son propre sang qui s’écoule en abondance des perforations crâniennes.
De l’autre côté, le garde le plus inquiet dégaine son épée après le choc entendu : « Grand Pope ! Grand Pope, appelle-t-il en sortant son arme de son fourreau ! »
Une atmosphère macabre envahit les lieux.
Saga reconnaît l’assassin qui sort de l’ombre d’un pilier en faisant tournoyer au bout de son doigt le même halot cosmique qui vient de terrasser la prêtresse.
_ « Tout va bien gardes, rassure Saga à ses soldats prêts à enfoncer la porte ! ! Retournez à vos postes, ordonne-t-il tout en fixant le meurtrier !
_ Vous devriez être plus prudent Grand Pope. Imaginez ce que cette fille aurait pu raconter une fois dehors, murmure calmement le sauveur.
_ Que fais-tu dans mon temple Deathmask ?
_ Grand Pope, vous protéger fait partie de mes attributions, l’auriez-vous oublié ?
_ Il est vrai qu’avec Aphrodite tu fais partie de mes plus fidèles alliés. Tu as même renouvelé ton serment devant moi il y a quelques années en découvrant mon identité alors qu’Aiolia affrontait les Titans de Cronos.
_ Il serait donc ridicule que vous nous fassiez tomber nous, vos chevaliers fidèles, avec vous à cause de pulsions primaires, s’avance Deathmask en pointant du doigt la prêtresse restante, et pour éviter cela j’aimerais savoir ce que vous comptez faire d’elle ?
_ Hum… Elle est à toi ! Tu n’as qu’à en faire ce que tu veux, dit-il en arrachant une tenture qu’il lui jette ensuite pour l’aider à dissimuler la survivante. Pour l’autre, je ferai retirer son cadavre. J’expliquerai aux soldats qu’elle était impure et qu’elle a pêché envers Athéna. Quant à celle que je t’offre, je dirai que je l’ai envoyée en pèlerinage dans un de nos domaines annexés. L’ordre des Saintias est sous mon contrôle. On ne se posera pas de questions à ce sujet. »
Le Cancer s’approche de la survivante.
Ses muscles sont tétanisés par l’émotion, elle est en état de choc.
D’un coup derrière la nuque, il l’assomme et enroule dans le drap le corps nu duquel s’écoule encore le sang de son innocence volée. Ainsi il pourra la transporter sans éveiller les soupçons des Saints d’or lorsqu’il passera à proximité de leurs maisons.
_ « Vous êtes machiavélique, félicite Deathmask. C’est cette justice radicale, imposée et sensée qui me fait accepter votre prise de pouvoir.
_ Tu peux disposer Deathmask, tempère Saga à mesure que ses cheveux reprennent leur teinte bleue naturelle. J’aimerais rester seul à présent. »
Sans un mot, l’Italien s’exécute et repart dans la pénombre.

Saga retire son masque, prend une coupe de vin, la boit paisiblement.
Un fois après avoir observé la solitude, il jette subitement le récipient contre le mur.
_ « Pourquoi agis-tu ainsi ? Ce n’était qu’une jeune innocente !
_ Tu en avais envie toi aussi, se répond-il lui-même ! Rassure-toi ! Deathmask saura s’occuper d’elle. Elle ne verra plus jamais la lumière du jour, ton secret est bien gardé.
_ Je te hais, s’insulte-il en s’effondrant à genoux ! Je me hais, conclut-il en sanglotant… »
Ahanant quelques secondes avant de retrouver son calme, il se serre dans une autre coupe et se remet de ses émotions avant de dissimuler à nouveau son visage : « Garde ! Venez jeter ce corps ! Cette femme a trahi le Sanctuaire ! »
Les hommes entrent aussitôt pour débarrasser les lieux et nettoyer les tâches de sang et de vin sans broncher ni poser la moindre question.
Pendant ce temps, Saga se dirige sur le flanc de son temple, là où depuis un grand balcon la vue domine l’ensemble de la contrée.
Il y reprend un rouleau desserré de papier, marqué du sceau de la déesse Hébé, déposé plus tôt sur le trône et en conclut : « Ainsi votre lettre déposée par messager est claire, vous demandez à être reçue lors de la Journée Sainte pour y saluer la jeune Athéna qui entame sa douzième année… Voici une contrariété de plus dont je me serai bien passé… »


A l’ouest, Marin poursuit son investigation dans une clairière.
Les flocons de neige dans sa chevelure rousse lui donnent un style particulièrement sensuel. Sa main gauche, se joint à sa main droite, gantée. Elles les positionnent devant sa bouche, aspire un grand coup et appelle : « Seiya… Seiya ! »
Entendant quelqu’un s’approcher d’elle à grande vitesse elle murmure : « Ces mouvements sont trop rapides pour être ceux de Seiya. »
L’inconnu surgit soudain d’un buisson et fond sur Marin. Celle-ci l’évite en se courbant en arrière et lance un coup de pied pour riposter par la même occasion. Son agresseur le pare aisément avec son avant-bras droit.
_ « Allons Marin ! Du calme ! C’est moi, Aiolia.
_ Je ne t’avais pas reconnu, s’excuse Marin en retrouvant son équilibre. Tu as une si grande faculté à masquer ta cosmo énergie que j’étais sur mes gardes. Trêve de politesse, as-tu retrouvé Seiya ?
_ Apodis est en sa compagnie. Ils s’entraînent près des remparts. J’ai demandé à notre ami de te ramener Seiya sain et sauf avant la tombée de la nuit. Tu n’as rien à craindre. »
La neige tombe de plus en plus fort.
Aiolia s’avance doucement vers Marin. En passant sa main dans ses cheveux, il constate : « Cela fait si longtemps que nous ne nous sommes pas retrouvés seuls tous les deux. »
La jeune femme ôte alors son masque et approche ses lèvres de celles d’Aiolia. Ils s’échangent un tendre baiser puis un regard envoûtant. Le brasier qui se consume dans leurs yeux semble alors réchauffer les environs. Poursuivant leur échange de plus en plus ardent, Aiolia avance tout en embrassant Marin, ce qui la fait reculer contre un bosquet. Lorsqu’elle sent son dos se caler contre l’arbre, elle partage une seconde de répit avec son amant pour se dire simultanément à quel point ils s’aiment…


Comme prévu, Deathmask n’a pas été importuné par ses pairs en redescendant jusqu’à la maison du Cancer avec le corps camouflé de la prêtresse.
Il secoue sa tête pour laisser pleuvoir la neige posée sur sa chevelure bleutée et s’engouffre dans les ténèbres de son temple.
Atteignant un trou qui mène jusqu’au sous-sol, il y descend en réalisant un bond prodigieux.
Le corps de la pauvre enfant tombe à ses pieds sur les dalles froides.
Deathmask ôte alors le drap dans lequel il l’a enroulé et s’accroupit pour observer la mine inconsciente de sa proie. Il glisse ses doigts humidifiés par la neige fondue pour écarter les cheveux mauves qui cachent son visage puis se redresse et la bouscule du pied pour la réveiller.
Ses paupières s’agitent.
Deathmask se retourne brusquement : « Quelqu’un vient d’entrer dans mon temple !
_ Tiens donc mon brave ! Tu as un nouveau jouet, s’avance jusqu’à lui Aphrodite dont les pas couverts de son armure résonnent !
_ Je ne comptais pas te le dire tout de suite, baisse sa garde Deathmask. Elle est encore sale après son passage chez le Pope.
_ Il continue à s’accaparer les prêtresses d’Athéna, s’amuse les Poissons. Si ça continue ainsi, il finira bientôt par ne plus y en avoir et on pourra dire adieu à l’ordre des Saintias, dit-il en baisant la joue du Cancer une fois à sa hauteur. »
La jeune fille ouvre délicatement les yeux.
D’abord obstruée, sa vue identifie progressivement au plafond des masques de morts.
Épouvantée, elle se redresse et constate que l’horreur se propage sur les murs ainsi que sur le sol, sol où elle est couchée nue.
Frénétiquement, elle se passe alors les mains partout sur le corps, révulsée par le contact avec ce sordide décor.
Son calvaire dans la maison du Grand Pope devient dès lors anecdotique tant le réveil est encore plus brutal que ses pires cauchemars. Elle sert son corps dans ses bras, pleure, crie, cherche quelqu’un qui peut lui porter secours.
Aussitôt, au milieu des ténèbres, elle est éblouie par la Cloth d’or des Poissons. Mais plus encore, par la beauté sans égale de son propriétaire.
Pourtant, l’éclat solaire de l’armure dans cette atmosphère lugubre ne la rassure pas. Elle remarque bien vite Deathmask à ses côtés.
_ « Reconnais-tu cette lumière, lui demande l’Italien qui fait tournoyer une lumière violette autour de son index ? Il s’agit d’un halo que je produis en réunissant au fond de mon être une parcelle d’énergie. Cela est bien suffisant pour éliminer quelqu’un, comme ce fut le cas pour ton amie qui a déversée sa cervelle dans la chambre du Grand Pope. »
La détenue met sa main devant sa bouche afin de retenir sa nausée.
Aphrodite s’avance vers elle et détache sa cape pour l’enrouler délicatement autour de son corps. De sa voix douce, d’un ton posé, il lui clarifie la situation : « Je pense qu’il n’est pas nécessaire de t’expliquer que toute résistance serait vaine. »
La pauvre femme, totalement paniquée, ne parvient pas à dévisager ses bourreaux. Malgré qu’ils l’effraient tant, il lui est impossible de détacher son regard des terribles visages qui ornent toutes les parois de la maison du Cancer.
_ « Tous les masques de morts qui se trouvent ici témoignent de ma force. Hommes, femmes, enfants, vieux … Tous ces masques sont les visages de ceux que j’ai tués. Je peux tuer n’importe qui pour atteindre mon but, c’est là la source de ma toute puissance. Tiens, dirige-t-il son regard en direction d’un visage qui se mêle aux autres sur le plafond, ne serait-ce pas ton amie qui vient te rendre visite ? »
La captive crie son désespoir, elle identifie le nouveau trophée de Deathmask. Le visage de son amie prêtresse s’affiche face à elle prisonnière de sa douleur.
_ « Je suis le gardien du puits de la mort, poursuit-il d’un éclat de rire. Grâce à cette faculté que j’ai à m’y déplacer, j’empêche mes victimes d’y tomber afin de tourmenter leurs âmes. Maintenant que ta traînée de complice est ici tu te sentiras moins seule ! »
Par réflexe, avec l’énergie du désespoir, elle part à toute allure dans les catacombes espérant en trouver la sortie.
_ « Elle est encore pleine de ressources, s’extasie Aphrodite en l’observant fuir. Je sens que nous n’allons pas nous ennuyer avec elle.
_ Elle va s’épuiser d’elle-même. Nous sommes dans les souterrains de ma maison. Même si elle parvient à trouver le trou qui conduit à l’étage, le faux plafond est trop haut à atteindre pour un simple humain.
_ Je ne te savais pas détenteur d’autant de trophées, soupire Aphrodite en enlaçant par le dos la taille de Deathmask et en posant sa tête sur son épaule ! J’ai du mal à croire que même ton sous-sol soit jonché de tes victimes ! »
Deathmask affiche un vil sourire, s’estimant flatté.


Dans la clairière, à l’ouest du Sanctuaire, Aiolia et Marin réajustent leurs vêtements.
Les deux amants, le corps humidifié par la neige qui fond sur leurs poitrails brûlants, restent muets.
C’en est trop pour Marin qui semble avoir quelque chose sur le c½ur : « Es-tu heureux de notre situation ?
_ Marin, nous en avons discuté des dizaines de fois pour en venir à la même conclusion. Ma mission de Saint d’or…
_ Bien sûr ! Ta mission, se fâche-t-elle aussitôt ! Tu n’as que cette idée en tête. Pourtant tu sais à quel point je tiens à toi. Depuis le jour où tu m’as vu sans mon masque j’ai su que te tuer me serait impossible. Je t’aime.
_ Tu sais que moi aussi je t’aime Marin. Il n’y a pas un jour où mon c½ur crève de ne pouvoir réaliser nos souhaits. Je ne peux concevoir de vivre publiquement notre histoire tant que mon honneur ne sera pas lavé après ce qu’a fait ce traître d’Aiolos !
_ Aiolos ! Tu ne vis donc que pour lui ! Et moi dans tout ça ? Je passe après ton honneur ?
_ Ne joue pas à ce petit jeu-là avec moi Marin alors que ton statut de Saint n’est qu’une couverture dont tu te sers pour retrouver ton frère cadet.
_ Ne remets pas mon rôle de chevalier en cause. J’ai toujours risqué ma vie pour Athéna !
_ Mais défendre les intérêts d’Athéna a-t-il été l’élément déclencheur en toi qui t’a motivé à devenir Saint d’argent ?
_ Non, avoue-t-elle timidement.
_ Alors pourquoi veux-tu à tout prix officialiser notre couple alors que tu ne seras jamais présente ? Je sais très bien que lorsque l’apprentissage de Seiya sera achevé tu partiras loin encore une fois à la recherche de Toma ! »
Marin ne dit rien, Aiolia est bouleversé car Marin n’aura de cesse de fuir le domaine sacré que lorsqu’elle aura retrouvé son frère.
_ « Marin, il doit rester tout au plus une année avant que Seiya n’achève son entraînement. Sache que si tu pars à nouveau après cela, tu ne me retrouveras plus comme étant l’homme qui t’aime. »
Marin est tout aussi navrée d’entendre cela qu’Aiolia l’est de le prononcer. Elle fait grise mine et remet son masque : « Alors dans ce cas, peut-être mieux vaut-il en rester là. »
Il espère la rattraper par le bras. Malheureusement, l’Aigle se hâte de quitter les lieux nappés de blanc.
Elle saute aussitôt en haut d’un arbre et prend appui sur une branche pour se propulser à des mètres de la clairière et gagner au plus vite sa chaumière.
Aiolia ressent alors une déchirure lui fendre le c½ur. Des éclairs entourent soudain son bras avant de s’abattre sur une vieille souche morte qui part en fumée…
 

Chapitre 1

Chapitre 1

La brise vivifiante de l’hiver caresse les plaines du Sanctuaire. Elle transporte l’odeur du ciment et du plâtre frais qui colmatent les dernières fondations des travaux du Sanctuaire.
Ce 8 janvier 1985, la bataille contre les Titans de Cronos, initiée par Pontos, est bien loin, néanmoins le domaine sacré n’a pas été épargné depuis par d’autres Guerres Saintes.
Arès, Eris, pour ce qui est des conflits au sein même du territoire d’Athéna.
Shiva et ses Kshas, le Panthéon Egyptien pour ce qui est des belligérances en d’autres lieux.
Depuis douze ans maintenant qu’Athéna est réincarnée sur Terre, l’armée des Saints est en perpétuelle reconstitution, et son territoire conséquemment impacté.

Tandis que la vie retrouve en cette période quelques répits, un garde se précipite à toute allure dans un de ces petits villages du Sanctuaire.
Il stoppe net une fois arrivé devant une habitation. Le soldat, à la tunique jaunâtre et au visage dissimulé sous un heaume, la distingue des autres par sa taille et sa beauté apparente.
Il se courbe en avant pour reprendre son souffle en maintenant ses mains contre ses genoux. Puis il se hâte de frapper à la porte une fois ses forces revenues.
Lorsque celle-ci s’ouvre, il voit se tenir sur le seuil une vieille femme aux cheveux grisonnants et épais. Vêtue d’une toge grise, elle porte un jeune enfant dans ses bras. Dans ses yeux noirs se reflète une grande douceur.
_ « Bonjour Dame Mujakis. Nous sommes à la recherche d’Apodis. Nous avons un ordre de mission pour lui.
_ Un ordre de mission, s’exclame la susnommée ! Mais je croyais qu’Apodis avait droit à une permission de quelques jours vu le calme qui règne au Sanctuaire.
_ Avec tout le respect que je vous dois, cet ordre émane directement du Grand Pope, s’agace le soldat ! »
La dame à la toge blanche maintenue par des broches aux épaules se résigne : « Il est à quelques maisons d’ici, au bout de la rue. »
Sans répondre, l’homme reprend sa folle course.
Mujakis referme sa porte et se retourne vers un nourrisson couché dans son landau au bout de la pièce. Ses rides se plissent pour dégager un sourire affectueux au bambin : « Je suis désolée Sperarus mais ton papa risque d’être encore absent quelques jours. » (Reste 62979 caractères)
 

Présentation / Histoire

Only for Love

Présentation :
Only for Love relate à travers le personnage d'Apodis les événements connus de la saga. Elle introduit des aspects destinés à enrichir l'univers de l'oeuvre, la développer et la conclure.
La timeline choisie est TLC - Episode G - Saint Seiya (série télévisée et OAV) - Soul of Gold - le film 5.
Relue et corrigée par d'autres fans, l'objectif du récit est d'être cohérent avec les divers supports existants déjà.
Le concept de Saintia est introduit. Les aventures de Sho réécrites afin de s'intégrer à mon choix de suivre l'anime et donc un univers où Saori ne se sait pas encore être Athéna.
Le ton du récit est à mi-chemin entre le shonen et le seinen.
Bonne lecture.


Fanarts réalisés par Virak :

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