Chapitre 77

Chapitre 77

En Argentine, le club où Tromos rendait sa justice s’est vidé.
Libéré du sous-sol miteux où ils étaient réduits à l’esclavage, enfants et opposants politiques sont déjà accueillis dehors par les secours. Ceux-ci, alertés par des voisins interpellés par les fusillades à l’intérieur de l’établissement, attendent les directives des autorités.

A l’intérieur, au rez-de-chaussée, Tromos slalome entre les cadavres des hommes de main de Segador et des victimes pris entre les feux nourris de leurs revolvers.
Le son des enceintes cogne encore dans la tête du seul rescapé au milieu de la piste de danse.
Il fait le tour de lui-même pour, d’une légère émanation de cosmos, détruire chaque caméra afin d’instaurer davantage de crainte aux mafieux qui attendent à l’étage.
Il est temps pour le Berserker de les rejoindre.

C’est justement en haut, au milieu du couloir surveillé au bout par sept gardes du corps, que Vasiliás a suivi Peligra.
Les immenses enceintes ajustées au mur leur ont épargné le moindre soupçon de ce qui a pu se tramer en bas.
Au moment de refermer la porte de la chambre vide où Peligra l’a conduit, l’Américain reconnaît l’apparence de Tromos, couvert du sang de ses victimes, arriver sur le palier pour aller à la rencontre de Segador.

Bien décidé à laisser son second agir seul, Vasiliás retrouve à l’intérieur de la pièce aux murs insonorisés la plantureuse danseuse qui l’assied sur une chaise.
Utilisant une télécommande, elle relance une musique plus engagée qu’en bas.
Perchée sur ses hauts talons, elle reprend là où elle s’est arrêtée.
Habillée de son unique boxer, elle se déhanche de nouveau. Cette fois-ci plus lentement, de manière féline.
Elle fait le tour de la chaise où est assis un Vasiliás subjugué, qui se contente de se laisser caresser par la peau chocolat, douce et parfumée de Peligra lorsqu’elle vient coller contre lui sa poitrine et ses fesses. Alors pour permettre à l’homme d’Arès d’apprécier davantage, elle glisse ses doigts entre sa peau et la lanière de son sous-vêtement, qu’elle laisse descendre très lentement en l’accompagnant jusqu’à ses pieds, offrant à son client la pleine vue sur son intimité dorénavant dissimulée sous une dernière ficelle de tissu avec laquelle elle joue encore.
Seulement, avant de l’abandonner, elle choisit de provoquer son riche client, à qui elle ôte la veste tout en remuant devant lui. Lorsqu’elle s’assoit sur ses genoux, elle tire sèchement sur sa cravate pour écarter en grand sa chemise haute couture, faisant voler tous les boutons.
Face à ce torse nu et athlétique, elle vient coller le sien. Puis, après avoir feint un baiser sur ses lèvres, elle se laisse descendre contre lui en se tortillant paresseusement.
Lorsque son visage arrive devant la fermeture de son pantalon, elle le lui desserre en tirant dessus pour le lui ôter en même temps que ses chaussures…


En Grèce, le serveur vient ramener un nouveau verre à Mars et en profite pour remplir la coupe de Kyoko.
Friponne, elle demande à la réincarnation de son frère : « Sais-tu pourquoi j’ai commencé à réveiller les Evil Seeds du couple voisin ? »
La moue qu’il fait, montre un certain désintérêt pour cette question, dû à l’empressement qui est le sien de connaître la suite des aventures qui ont eu lieu il y a presque trois ans.
_ « Notre serveur porte une Evil Seeds lui aussi. Et il s’avère que l’homme avec qui notre voisine a une liaison secrète est notre serveur. Que dis-tu si je fais éclore son Evil Seed a lui aussi ?
_ Seulement après que tu ais avancé dans ton histoire, lui dit-il en retenant son poignet…
_ D’accord, souffle-t-elle déçue… »

Flashback
Au Sanctuaire, dans le camp des femmes chevaliers, Rumi, l’amie de Shoko, était bien pensive, tandis qu’elle lassait ses spartiates autour de ses chevilles.
_ « Quand même…Shoko… Pour peu que je la quitte des yeux, il lui arrive toujours des bricoles… J’espère tout de même qu’elle se remet de ses émotions. Les filles m’ont dit qu’elle avait été conduite au temple des prêtresses, leva-t-elle la tête dans la direction du palais bien éloigné. »
La jeune fille aux cheveux châtain fut rejointe par une de ses semblables.
Blonde, les cheveux longs et fins, Mito apparut d’abord sans masque et posa sa main sur l’épaule de Rumi : « J’imagine le choc qu’à dû ressentir Shoko en retrouvant sa s½ur et en apprenant son sort. Néanmoins, il ne faut pas nous laisser submerger par l’émotion. C’est justement pour Shoko que nous devons reprendre l’entraînement et faire face si les Dryades se présentent à nouveau. »
Mito était grande, un bustier et une épaulette de métal bardaient son corps comme la protection de son avant-bras et de son poing droit. Ces renforts métalliques et son assurance lui donnaient un air plus caractériel que les autres élèves.
C’est d’ailleurs cet aplomb qu’Erda vint trouver en les rejoignant.
Sans que cela n’offusque Mito, Erda les cheveux courts, châtains, enlaça sans crier garde sa camarade par la taille en arrivant dans son dos.
Elle lui baisa le cou autour duquel elle portait un foulard.
Cette distinction donnait à Mito une touche de féminité à son corps endurci.
L’étreinte symbolisait l’affinité partagée entre les deux élèves, confirmée par la sensualité des caresses que Mito rendit à Erda en retour.
Erda s’émancipa délicatement de l’étreinte qu’elle avait initié et tendit sa main vers Rumi : « Mito a raison. Après tout, notre destin est de nous perfectionner afin de devenir des Saints. Nous n’avons pas d’autres choix. Car celles qui échouent arrivent difficilement à se trouver une place parmi les soldats. Ce corps d’armée est encore bien trop arriéré. Gagner leur respect sans devenir chevalier est bien compliqué. Être mercenaire à la limite, comme Dame Geist… »

Plus haut, dans le ciel de Grèce, sur le parvis du temple d’Eris, Aeson peinait à se tenir sur ses jambes.
Submergé par l’émotion, il frémissait chaque fois qu’il entendait dans son dos approcher la première voix venue de derrière l’obélisque.
Il n’osait se retourner, craignant de la reconnaître vraiment.
Il préférait fixer avec douceur la divinité ennemie.
_ « Co… Comme tu as grandi, prononça-t-il en approchant sa main tremblotante vers la jeune femme… Tu n’étais encore…
_ Qu’une enfant oui, l’interrompit Kyoko en le mettant en joue de sa lance juste sous sa gorge.
_ Si tu savais comme je vous ai cherché…
_ Pas tant que ça semble-t-il, reprit la voix dans son dos dorénavant juste derrière lui, tes filles résidaient durant toutes ces années au Sanctuaire.
_ Cette voix, ferma-t-il les yeux… C’est toi, interrogea-t-il l’inconnue sans se retourner, n’est-ce pas ? »
Pour toute réponse, il n’obtint qu’un violent éclat de cosmos du sceptre d’Eris en plein plastron, qui le projeta par-dessus l’énigmatique troisième protagoniste.
Il retomba en bas des marches, tête la première, fissurant son diadème.
Son corps échoua ensuite lamentablement sur le dos, arborant ainsi son plastron ébréché où les morceaux de Cloths se mêlaient au sang qui fuyait ses plaies.
_ « Il est à toi, Dame Blanche, lança Eris en nommant l’inconnue. »
Celle-ci effectua alors un saut périlleux jusqu’au Saint d’argent, l’obligeant à la reconnaître.
La Dame Blanche, vêtue d’une toge de Saintia, avait beau avoir le visage dissimulé par un masque noir et amarante, il en était convaincu, c’était elle.
Son masque contrastait avec la couleur immaculée de sa robe et ses ornements dorés autour de la taille, du cou et dans les cheveux violets.
_ « Les mêmes cheveux qu’elle, pensa Aeson en alternant son regard entre Eris et la Dame Blanche. »
Pendant qu’il redressait son buste, il s’en prit alors étonnamment à elle : « Vois ! Vois donc jusqu’où nos actes furent punis ! Notre fille… Condamnée à être le réceptacle de la Déesse de la Discorde ! Nos filles même ! Car les faits relatés étaient clairs ! Deux s½urs nées sous la même étoile destinées à devenir Eris ! »
Il chercha à se relever. Son visage devenait peu à peu déformé par la colère.
D’abord abasourdi, il se changea en hystérique menaçant.
_ « Mais jamais, jamais je n’aurai pensé qu’il s’agisse des nôtre ! Notre sentence aurait dû suffire ! Mais quand je te vois revenue en Fantôme à ses côtés, quoi de plus normal ! Tu étais pourrie jusqu’à la moelle ! Tu reviens en ennemie du Sanctuaire ! D’essence maléfique, tu as condamné nos filles et nos vies au chaos ! »
La Dame Blanche ne le laissa pas se remettre totalement d’aplomb.
Frustrée par ses propos, elle lui décocha un uppercut, alors qu’il était plié en avant de douleur tenant son buste blessé. Ainsi désarçonné, il ne put empêcher qu’elle appuie ses mains sur le sommet de son crâne pour se donner suffisamment d’élan en remontant ses genoux contre son visage.
L’impact fut si violent qu’il s’éleva dans les airs par un salto, à la merci du Fantôme qui chargea sa cosmo énergie. Dans son dos une chouette d’un blanc immaculé déployait ses ailes. Son plumage devint de plus en plus grand. A mesure qu’il s’étirait, il s’étiolait. Bientôt chaque aile se transforma en un voile, un effluve spectral.
Les yeux noirs de l’animal transpercèrent en pleine cabriole le chevalier, perçant chaque épaule, pour mieux stopper l’acrobatie et l’immobiliser.
La tête de la chouette prit forme humaine. Un visage féminin angoissant, laiteux, à la bouche grande ouverte l’engloutit : « Yokai O Musabori Kuu ! »

Au second niveau du temple, suspendue dans la dimension cosmique de Shaka, Dysnomie n’en perdait pas moins son aplomb.
_ « Comme c’est charmant ! T’enfermer avec moi dans une dimension représentant l’harmonie. Aurais-tu quelques vues sur moi ?
_ Désolé de te décevoir, dit-il en levant ses paupières, mais si je t’ai capturé ici c’est pour te priver de tes cinq sens ! »
Soufflée par le septième sens de Shaka, Dysnomie disparut…
Puis réapparut dans son dos.
_ « J’ai cru que mon c½ur allait cesser de battre lorsque j’ai vu tes beaux yeux…
_ Le fait que le Tenbu Horin soit inefficace contre toi m’interpelle. Comment as-tu fait ?
_ Ah ! Je suis ravie que tu t’intéresses autant à moi ! La vérité c’est que je suis l’effigie du désordre. Dès lors, l’harmonie de l’univers n’a aucune emprise sur moi.
_ Tu veux dire que tu es aux antipodes de ce que je suis ? »
Elle ouvrit sa longue cape, pour dévoiler une galaxie toute entière en lieu et place de son corps. Contrairement à l’infime étoile qui balaya Naïra plus tôt, elle propulsa cette fois-ci l’univers qu’elle contient en elle sur Shaka.
_ « Pourquoi ne viens-tu pas le vérifier avec moi Vierge ! Reverse of Universe ! »
Les nébuleuses qui sortirent d’elle fracturèrent la tapisserie bouddhique et engloutirent Shaka.
Dans un fracas semblable à des bris de verre, le Tenbu Horin vola en éclat.
A la place, Shaka se retrouva à quatre pattes sur un sol de bitume marqué par une signalisation blanche. Le goudron était humide mais l’odeur de fer qui en émanait ne venait pas de lui.
Lorsqu’il tourna les paumes de ses mains vers ses yeux restés ouverts, il reconnut du sang grâce à l’incandescence des incendies qui l’entouraient.
En levant la tête tout autour de lui, des gens du monde moderne se faufilaient au milieu de carcasses de véhicules calcinées. Ils se courraient les uns après les autres, armes aux poings.
Les éclats de verre comme les fracas du Tenbu Horin se poursuivaient. Des vitrines brisées par des jets de pavés et des carreaux de buildings, traversés par des employés défenestrés, rythmaient les cris d’épouvantes des fuyards et les ch½urs de folie des bourreaux.
Devant lui, une foule submergeait des représentants de l’ordre aux boucliers inclinés, incapables de lever les matraques qui faisaient montre par le passé de leur autorité.
La révolte irradiait par les grattes ciel en flammes, semblables à des torches géantes.
Dans son dos, un rire dénotait totalement au beau milieu de cette anarchie.
Le sarcasme intrigua le Saint d’or qui ne voyait dans cette direction que les gravats d’un bâtiment effondré.
Les exclamations devenaient de plus en plus insistantes, enivrantes, concupiscentes.
Elles semblaient venir de dessous une plaque de béton armé.
Un léger orifice laissait s’échapper le bruit qui paraissait être le concert de plusieurs voix langoureuses.
Il écarta un panneau de bois qui obstruait le passage vers les fondations de cette ruine et découvrit, tamisés sous les rayons violacés de néons clignotants, un amas de corps nus, emmêlés, enchevêtrés, glissant les uns contre les autres, les uns en les autres, humides de moiteur, de salive et du miel qui dégoulinait des envies charnelles des êtres humains.
L’odeur de la débauche ne fut pas la seule qui alerta l’odorat de Shaka. Un goût acide, d’oxydation, lui prit également la gorge.
A y regarder de plus près, sur les corps cambrés, fuyaient également des lignes de sang. Elles s’échappaient des lacérations par les ongles de vénustés cramponnées à leurs partenaires.
Au milieu de ces bacchanales, hissée au sommet de corps mêlés, assise sur son postérieur, les bras appuyés en arrière, la cape ouverte sur un corps nu suintant d’envie, Dysnomie dévisageait avec opiniâtreté l’invité. Ses cheveux mouillés collaient son front et dégageaient enfin ses yeux. Ce regard lubrique et profond attendait le Saint. Il le fixait avec obstination.
Subitement, deux mains se hissèrent en direction de Shaka pour agripper chaque côté de son heaume et le tirer par le casque vers les profondeurs luxurieuses.
Une foule nue, endiablée, se souleva alors pour le tirer à l’intérieur.
Plongé dans le regard de la Dryade, il se laissa guider sans protester.
Il passait de dizaines en dizaines de mains humides toutes désireuses de caresser la dure protection d’or sur laquelle réfléchissait l’ultraviolet.
Quelques-unes raccrochaient les pièces de métal, désireuses de se les approprier, de découvrir le corps athlétique qu’elles recouvraient.
Shaka perdit d’abord son casque dans le désordre, puis une épaulette et peu à peu l’entièreté de sa Cloth.
Il ne s’en soucia pas lorsqu’il vit une libidineuse membre frotter un avant-bras entre ses jambes ou un lubrique individu lécher de bas en haut une de ses jambières.   
Il préféra suivre le chemin qu’on lui traçait à coup de caresses et de jet d’huile sur son torse nu. La chaleur et le gel graissèrent son pantalon bordeaux qui le moula davantage.
L’attirant vers elle par de mouvements des doigts, Dysnomie, jambe écartée sur son intimité, savourait chaque instant : « Voici mon harmonie ! Bien loin de la tienne si puritaine ! »
Envoûté, Shaka ne perdait pas de ses grands yeux bleus son splendide corps.
Les coups de griffes de mains désireuses de se l’accaparer ne le firent pas sortir du charme.
Les pectoraux lacéré, le dos coupé, les joues balafrées, il se hissa sur les monceaux de corps noyés pour remonter son visage entre les cuisses de Dysnomie.
Juste devant elle, il posa fermement sa main droite sur la fesse d’une des vénustés sur lesquelles Dysnomie s’était jonchée pour tirer son buste à hauteur du sien et attraper l’arrière de sa tête de sa main gauche.
L’étreinte virile fit lâcher un souffle de plaisir à la Dryade qui se laissa attirer vers ses lèvres tout en humectant les siennes de gestes suaves de la langue.
Shaka embrassa Dysnomie à pleine bouche. Relevant la tête entre chaque coup de langues dégoulinants qu’ils s’échangèrent à la vue de tous.
Lorsqu’il recula définitivement la tête, Dysnomie rouvrit les yeux. Mais elle ne vit rien.
Elle essaya de porter ses mains à son visage mais elle ne sentit plus ses membres.
_ « Que m’as-tu f…, ne put-elle achever sa phrase…
_ Je te priverai de l’ouïe en dernier, afin que tu comprennes ce qu’il t’est arrivé, commença-t-il… »
Au même instant, pièce après pièce, sa Cloth s’arracha des mains des invités, les écorchant, voire les transperçant sur son passage. Le sang fut versé par gerbes cette fois-ci. Une épaulette trancha le néon en le regagnant, afin de ne faire briller l’espace que de sa lumière solaire.
Aussitôt, les Dryades furent toutes démasquées et massacrées par les morceaux d’armure qui ricochèrent dans toute la cave.
_ … D’abord la vue, puis le toucher. Vint le goût. Et à te voir essayer de gesticuler ainsi, c’est que l’odorat t’indique l’odeur du sang, du moins de la sève qui coule dans les veines de tes frères et s½ur. Ne t’inquiète pas, je te l’extirpe également. »
Dès lors, Dysnomie ne ressentait plus rien. Seuls les derniers râles des siens vinrent à ses oreilles.
La montagne de corps sur laquelle elle trônait s’affaissait, maintenant qu’ils étaient sans vie.
Le dernier cri fut poussé avant que le casque de la Vierge ne finisse de rhabiller totalement Shaka.
Il était couvert de métal doré rougeoyant de plasma.
_ « Tu as compris à présent ? J’ai réalisé que ton cosmos était à l’opposé du mien. Pour que le Tenbu Horin t’atteigne, il me fallait d’abord te faire baisser ta garde puis insuffler mon cosmos en toi. Ce baiser ne fut pas désagréable, mais pour toi, ce fut un baiser mortel… »
Un son de cloches retentit, de plus en plus fort, de plus en plus sourd.
Le monde anarchique de Dysnomie vola en morceaux et les mantras bouddhiques résonnèrent dans le hall du second niveau du palais d’Eris.
Les illusions cessèrent, seul resplendissait le cosmos de Shaka : « Je t’ai laissé entendre ta défaite. Adieu. Perte de l’audition ! Tenbu Horin ! »
Revenue sur le sol dallé, le corps de Dysnomie se tortilla de faiblesse avant de se raidir.
Plus loin, Naïra revenait à elle accompagnée d’une migraine.
Elle étudia Shaka, yeux ouverts, porter le coup de grâce en relâchant entre ses deux mains le cosmos qu'il a accumulé : « Tu n’es plus qu’une enveloppe vide mais tu as été redoutable, je ne prendrai donc aucun risque. Tenma Kofuku ! »
Des images de paradis bouddhique levèrent le corps à mi-hauteur de la pièce avant de le réduire en poussière par une décharge de cosmos suivi d’une explosion.
Il rabaissa ses paupières et se tourna serein malgré les nombreuses égratignures sur son visage vers Naïra : « Si nous poursuivons sur la droite, nous nous enfonçons au c½ur de l’Utérus qui regorge de Dryades. L’objectif de notre mission et d’atteindre très vite Eris. Nous poursuivrons donc sur notre gauche afin de gagner le sommet par le flanc. Le centre est la mission d’Aiolia. J’ai foi en lui... »

Sur Terre, dans la forêt délimitant le camp des femmes chevaliers, pantalon bleu océan enserré à la taille d’un ruban jaune et maillot blanc craquelée, Rumi avait réajusté son masque comme Mito et Erda qu’elle suivait.
Elle était toute perdue dans ses pensées : « Dame Geist, se remémorait-elle son nom après qu’Erda l’a employé plus tôt… On dit qu’elle dirige un groupe de trois hommes et qu’ils font preuve d’efficacité à chaque mission confiée. Néanmoins, il parait que déontologiquement parlant, elle ne soit pas un modèle à suivre… Je suis complètement perdue. J’aimerai être comme Mito et Erda. Elles sont là l’une pour l’autre à chaque épreuve. Et, tout en se souciant du danger à venir, elles n’angoissent pas à l’idée de s’y confronter. Il faut dire, qu’elles vivent au sein même du camp. Par la force des choses, elles ont toujours pu compter l’une sur l’autre. Nous sommes arrivées à un âge où nous sommes pleinement conscientes de notre mission, de notre force… Mais également du besoin de réconfort que nos corps et nos c½urs réclament. Cloîtrées l’une avec l’autre, se fut une évidence pour Mito et Erda. Moi, les événements de la veille m’ont fait réaliser à quel point Shoko compte pour moi. Mais, comme quelques-unes d’entre nous, elle ne vit pas au camp avec nous autres. Cela contribue à la rendre différente. C’est peut-être un des nombreux aspects que j’aime chez elle d’ailleurs… »
Derrière ses camarades, Rumi marqua un instant le pas pour observer les rayons du soleil qui perçaient à travers les feuillages des hauts arbres qui délimitent tout le tour du camp : « Cette révélation qui fait cogner mon c½ur et chauffer le bas de mon ventre est-elle réciproque ? A quoi Shoko peut-elle penser en ce moment ? »
Soudain, Rumi fut saisie par ses amies revenues sur leurs pas.
Chacune souleva par un bras Rumi et s’élança dans les airs.
Sous leurs pieds, la verdure prenait forme humaine.
_ « Un entraînement, soupçonna Rumi revenue à elle ?
_ Ce serait étonnant, s’inquiéta Mito.
_ Rebecca nous attend près des temples pour une leçon théorique, précisa Erda. »
Alors qu’elles regagnaient le sol, elles remarquèrent que le feuillage prenait vie aussi.
_ « Erda ! Attention, s’époumona Rumi ! »
Trop tard, une Dryade naquit des branchages et tomba pied en avant sur Erda.
A peine le parterre foulé, Mito s’élança au secours de sa camarade sans prêter attention à une nouvelle Dryade qui l’attaquait à revers.
Rumi la couvrit alors en dégageant de son poing avec efficacité une onde de choc qui mit au sol l’ennemie.
Une petite fille aux cheveux gris cendré, coiffés d’un ruban magenta foncé avec une rose lie de vin, apparut alors sous les yeux de Rumi.
Sa tenue de poupée de porcelaine et sa mine candide désarçonnèrent Rumi, qui ne comprit d’abord pas ce qu’une enfant faisait ici.
L’intruse présenta du bout des bras son ourson en peluche qu’elle nomma : « Mick ! »
Crédule, Rumi fit un pas en arrière. Interdite. Sans savoir que faire.
Revenue à elle dans les bras de Mito, Erda fut tout de suite plus clairvoyante : « Rumi ! Attention ! C’est une Dryade ! »
Au même instant, l’éclat sanguinolent de la prunelle des yeux de l’enfant s’illumina, tandis que sa peluche sourit avec perfidie. Si grand que l’ourson ouvrit en large la bouche, une bouche remplie de flammes…

Sur l’Utérus, devant le porche conduisant aux étages depuis le centre du temple, Mayura revenait à elle.
Até, déjà debout, appuyée contre l’encadrement de la voûte, pressait sa plaie pour retenir vainement son hémorragie.
_ « Impudente ! Moi vaincue par une Saint d’argent ! Je ne partirai pas sans t’avoir emmenée avec moi ! »
Dans un ultime effort Até libéra tout son cosmos.
Celui-ci brûlait d’une telle intensité qu’il dépassait les limites de son enveloppe charnelle meurtrie. Au point de briser son corps.
Celui-ci devint veiné de racines comme l’ensemble de la structure de l’Utérus. Sa peau flétrit jusqu’à ce que son épiderme fût boisé. Chacun de ses cheveux finirent en lierre, tandis que ses bras se changeaient en branches déployant davantage de lances. Son buste se transforma en un tronc enraciné grâce à ses jambes profondément ancrées jusqu’aux fondations du temple.
Mayura était encerclée par les racines qui s’étendaient du sol au plafond, l’entourant par les murs.
Acculée, elle garda son sang-froid en commençant par se calmer.
_ « Si mon statut de Saint d’argent te dérange, expira-t-elle d’abord, je vais te faire l’honneur de donner tout ce que j’ai pour t’emporter dans un éclat doré, inspira-t-elle extraordinairement ! »
_ « Je ne crains plus tes techniques, maintenant que je me suis débarrassée de ce corps humain ! Million Hatred !
_ Il est temps de libérer toute ma concentration accumulée au fil de ces années en me privant de mes cinq sens pour atteindre mon septième sens, fit-elle voler en cendres le kimono qu’elle portait par-dessus son armure ! Higi Kenyoku Tenbusho ! »
Cette fois-ci la Technique Secrète de la Danse Céleste des Ailes Iridescentes émana de tout son corps dans un éclat doré sans prendre de direction précise.
Il libéra un souffle de lumière aveuglante et brûlante qui contra les milliers de lances d’Até.
Le tronc d’Até commença à plier en arrière et l’Utérus tout entier vibra dans les airs.
D’abord ralenties, puis corrodées peu à peu, les lances d’Até furent réduites à néant.
Pourtant, malgré l’explosion de cosmos de Mayura, les projectiles ne s’épuisèrent pas.
Au contraire, à mesure qu’il ne restait plus rien de son corps, que seule l’apparence de son visage s’exprimait à travers le tronc, Até mitraillait davantage.
Incapables de faire repousser ses lances, écrasée par le cosmos de Mayura, Até profitait de ses racines écorchées pour projeter maintenant de toutes parts des écorces semblables à des éclats de bombes chargés de sa haine destructrice.
Bien qu’ils ne progressassent pas aussi vite qu’elle l’aurait voulu, Até gardait confiance.
_ « Penser que le Million Hatred était ma seule arme te coûtera la vie, vociféra le faciès de l’arbre. Moi aussi je suis capable de projeter les radiations de mon cosmos ! Violent Disaster ! »
Aussitôt, bien que cela désagrégea davantage ce qui restait de son corps désormais inhumain, l’écorce de l’arbre éclata sous une nouvelle impulsion plus puissante qui permit à tous les projectiles en suspens de poursuivre leur chemin quand Mayura les maintenait encore dans les airs.
D’abord menée, Até équilibra puis inversa le souffle des deux cosmos en opposition.
Les premiers projectiles de cosmos atteignirent leur cible, transperçant les épaules et les cuisses du Saint d’argent.
Pourtant, la chevelure olive tournoyant dans les airs, Mayura ne fléchit pas. Le sang de sa plaie à l’½il fuyait en abondance.
_ « Bien trop en abondance, s’inquiéta Até. »
Il se mêlait aux radiations du Higi Kenyoku Tenbusho qui retenait du mieux qu’il pouvait les assauts répétés d’Até.
Seulement, au contact du bois, le plasma parvenait à le calciner.
_ « Que penses-tu faire pauvre folle ? Te vider de ton sang pour brûler jusqu’à ma dernière racine ?! »
Tandis que son sang et son cosmos s’entremêlaient, brûlant tout sur leur passage, ils imprégnaient Até.
_ « S’il le faut oui ! Higi Kenyoku Tenbusho, lança dans une dernière salve Mayura ! »
Circulant dans les racines d’Até le sang brûlant de cosmo énergie de Mayura rongeait le bois. Il dessoucha Até et remonta jusqu’à son visage.
Enfin, lorsqu’il finit de corroder son épiderme jusqu’à la couche la plus enfouie sous l’écorce, l’arbre explosa, pulvérisant ainsi Até et soufflant l’étage tout entier, tout en emportant Mayura…

Dans le domaine sacré, traversant les villages les uns après les autres, Xiao Ling trépignait d’impatience et débordait de questions.
Déposée dans une carriole de foin tirée par des b½ufs et empruntée à la ferme la plus proche des remparts d’où ils venaient, la Chinoise assénait d’interrogations Voskos à qui Algol avait demandé de prendre soin d'elle.
_ « … et donc ici tout le monde vit encore comme au temps de la Grèce Antique c’est bien ça, s’émerveillait-elle devant les paysages qu’elle croisait ?
_ Oui, grommela le Saint de bronze.
_ Et donc, si toi tu es un Saint, ton armure représente une constellation protectrice c’est ça ? Laquelle est-ce ?
_ Bouvier, répondit-il en enfonçant sa tête dans ses épaules tandis qu’il tirait les b½ufs…
_ Quelle coïncidence, explosa-t-elle de rire en rapprochant sa constellation au rôle qu’il jouait en cet instant ! »
Cela n’amusait guère le rustre Saint qui la laissa achever son fou rire avant de demander sérieusement : « Si j’ai bien compris, cela fait des années que tu traverses le monde afin de venir ici. Il faut avoir vécu quelque chose de fort pour avoir la force de caractère de surmonter un tel périple. »
Aussitôt, Xiao Ling perdit sa joie de vivre. Nerveusement, elle enroulait de chaque côté de sa tête ses longs cheveux pour en faire des chignons qu’elle attachait avec les morceaux de tissus qui pendouillaient de sa tunique. Des images terribles de sa troupe massacrée, de son chapiteau en feu, du petit corps de son amie Yufa gisant au sol frappèrent sa mémoire.
Elle adopta un sourire de façade : « Oui. Cet endroit est merveilleux. Comme me l’a présenté Rebecca. »
Voskos fit la moue : « Détrompe-toi. Certes le cadre est chatoyant. Certes la morale de notre mission est noble. Mais pour maintenir cela, pour se montrer digne de cela, il faut endurer mille tourments. Mille batailles. Mille morts. Je ne doute pas que tu ais déjà éprouvé un dur entraînement, c’est certainement celui-ci qui t’a permis de trouver en toi un cosmos capable de parvenir jusqu’ici… »
Xiao Ling se revoit alors au cirque réussir chaque fois davantage d’épreuve quand derrière elle, les uns après les autres, ses partenaires montraient leurs limites. Jusqu’à ce que Yufa ne parvienne plus à la suivre. Jusqu’à ce qu’elle lui vole la place de vedette et d’attraction principale de la troupe.
_ « … Mais il n’est rien face à celui d’un Saint, poursuivit Voskos. Tu as assisté à une répression militaire… »
Xiao Ling revit la nuit durant laquelle, après une représentation, la troupe fut encerclée par la milice, accusée de complicité avec les rebelles, extirpée de ses roulottes, mise à nue, humiliée. Où chaque membre tombait tour à tour sous les balles, quand les coups de matraque ne suffisaient pas. Cette nuit durant laquelle Yufa, son amie de toujours et qui l’enviait tant à mesure que l’étoile de Xiao Ling montait de plus en plus haut sous le chapiteau, vint la réveiller en sursaut pour se faufiler au milieu du charnier.
Cette nuit durant laquelle les petites filles furent découvertes.
Cette nuit durant laquelle, alors qu’il ne restait plus qu’elles deux, Yufa l’incita à fuir droit devant.
Cette nuit durant laquelle Yufa fit barrage, les bras écartés, de son petit corps pour tenter de gagner du temps pour elle.
Xiao Ling revoit encore la matraque lui fendre en deux le crâne.
Son corps tout frêle voler comme un fétu de paille sur le côté.
Ses gros yeux ronds vides perdus à l’horizon.
Son cadavre, piétiné par ses poursuivants, visible grâce aux flammes qui dévoraient son chapiteau.
_ « … Mais un Saint affronte des armées entières menées par d’autres dieux, conclut Voskos. »
Xiao Ling se revoit dans sa chemise de nuit, les genoux recroquevillés devant sa poitrine, au levé du jour.
Elle fixait encore la direction de son camp.
Elle était seule, en pleine forêt.
Sale et affamée.
Sauve. Mais atrocement traumatisée.
Arriva alors à elle Rebecca.
La Saint ne parla pas. Elle ôta son masque et lui sourit.
C’était la seconde personne de sa vie qui lui offrit un petit peu de chaleur après Yufa.
Orpheline, les propriétaires du cirque ne lui montraient aucune compassion, quand bien même elle faisait leur renommée. Ses camarades n’étaient rien d’autres que des concurrents qui jalousaient son statut. Son public n’était jamais suffisamment satisfait de ses prouesses.
La faim et l’exigence étaient son quotidien. La mansuétude de Yufa sa délivrance.
L’étrangère la ramena au village.
Elle se laissa guider ne sachant pas, sur quoi elle allait tomber.
C’était calme.
Silencieux.
Un silence de mort.
La milice avait quitté les lieux.
La troupe déjà mise en terre.
Le hochement de tête de Rebecca à son intention lui fit comprendre qu’elle était à l’origine des sépultures.
Quelques roulottes demeuraient intactes, au milieu de celles qui fumaient encore.
Les premiers mots de Rebecca résonnaient encore dans sa tête : « Je suis arrivée trop tard. J’espère que tu sauras me pardonner. »
Xiao Ling craqua alors. Elle se jeta contre Rebecca pour écraser ses sanglots contre elle, comme un enfant se jetant dans les jupons de sa mère pour livrer son chagrin.
_ « Affronter des armées entières pour empêcher que ce que j’ai traversé ne se reproduise n’est-ce pas, répondit-elle à Voskos ?
_ Hélas, nous évitons l’ingérence dans le monde contemporain. Athéna et le Sanctuaire veillent à laisser l’homme libre de ses choix. Espérant toujours que du pire qu’il puisse accomplir il en tire les leçons pour fonder un avenir meilleur. »
Ces paroles choquèrent Xiao Ling. Voskos s’en rendit compte.
_ « Nous ne sommes pas la police mondiale. Ni des justiciers, compléta-t-il. Tu t’es peut-être fait une idée fausse de ce qu’est un Saint en idéalisant ta rencontre avec Rebecca. A cette époque, elle est sûrement venue pour te chercher. Bien entendu, si elle l’avait pu, elle aurait évité le drame que tu as vécu. Mais ça n’était pas la raison de sa présence. »
Cette révélation, tonna comme une détonation au plus profond de Xiao Ling.
Tandis qu’un fragile idéal se brisa en elle, elle sentit la carriole trembler. Comme si le sol se dérobait sous le choc.
Il lui fallut quelques instants pour comprendre que la détonation qu’elle ressentit était bien réelle et que la terre tremblait véritablement.
Voskos avait cessé d’avancer.
Sous leurs yeux, le bruit sourd fut suivi d’une déflagration visible au loin.
_ « Le camp des femmes Saints, s’émut Voskos ! »
En effet, de cette direction s’éleva dans les airs une haute colonne de flammes…

Dans les cieux, à l’approche du sommet, malgré qu’Aiolia et Mayura leur ouvrirent la voie, l’ascension depuis le centre du domaine demeurait semée d’embûches pour Georg et Juan.
Les deux Saints d’argent enchaînaient les mêlées contre des cohortes de Dryades toutes plus assoiffées de sang les unes que les autres.
A mesure qu’ils progressaient dans le quatrième étage, les pièces offraient de moins en moins d’interstices, filtrant d’abord la lumière du jour, puis l’obstruant totalement maintenant qu’ils faisaient face à une immense statue en pleine pénombre.
Tout autour d’elle, des colonnes doriques peu espacées maintenaient un concassage de roche.
Contre l’une d’elle, Georg finissait de frapper à mort de ses poings une Dryade masculine à la stature immense et aux épaules larges.
Ce physique titanesque ne tint pas face au cosmos et l’art martial du Saint.
Tandis que la Dryade ployait sous les martèlements furieux de la Croix du Sud, Juan de l’Ecu fixait la sculpture.
Haute, tirant sur la hauteur de plafond sur une demi-douzaine de mètres, il s’agissait d’un serpent aux ailes déployées. Forme reptilienne identique, à celle prise par Eris en sortant de la Pomme d’Or. De sa gueule aux crocs menaçants, coulait sans discontinuer, comme le venin que la Déesse de la Discorde balançait sur le monde, un filet d’eau qui alimentait une marre dans laquelle ils trempaient du bout des pieds.
Le sang de la Dryade abattu par Georg se mêlait à l’onde, qui semblait plus profonde aux pieds du monument.
_ « L’eau s’éparpille dans de petits caniveaux qui viennent chercher leur source dans ce bassin, constata Juan en observant tout autour d’eux.
_ L’architecture de ce temple est très bien pensée, confessa Georg qui retrouvait son attitude habituellement posée. J’imagine qu’à l’étage du dessus se trouve un glacier, qui permet d’alimenter en eau toute la structure.
_ Il n’y a pas cinquante façons de le savoir, pointait du doigt Juan le serpent de pierre. »
A bien y regarder, Georg reconnut des marches en colimaçon, taillées dans le corps du reptile.
Toutefois, il stoppa l’élan de son camarade en lui retenant l’épaule.
_ « Attends !
_ Quoi donc Georg ? Aurais-tu peur ?! Nous ne sommes pas obligés de traverser à la nage tu sais. Un simple saut nous permettra d’arriver à l’autre bout.
_ Ne dis pas de bêtises ! Regarde ! Au milieu de l’étang, la profondeur parait insondable. On ne sait pas ce qui peut en sortir et nous choper au vol !
_ Il ferait bon voir, se vanta le brun.
_ Deux secondes, râla le blond à barbichette… Regarde ! »
Il pointa son index en direction du bassin et dessina une croix pour tracer l’onde de haut en bas puis de gauche à droite.
Lorsqu’il remonta sa main vers son visage, il écarta ses quatre autres doigts avant de refermer son poing.
Instantanément, des éclairs crépitèrent tout autour de son bras.
A cet instant la croix dessinée en direction de l’eau l’illumina comme un lac sur lequel s’était abattu la foudre.
Sous formes de flashs répétés, la pièce centrale du quatrième niveau clignotait, alternant obscurité et lumière blanche, obligeant Juan à passer son écu devant ses yeux pour ne pas être ébloui par la lumière résiduelle.
Quand Georg eut fini, remontèrent aussitôt à la surface des plantes tentaculaires aux bulbes armés de dents longues et aussi fines que des aiguilles.
_ « La fraîcheur de cette eau me donnait plutôt envie jusqu’ici. Maintenant on dirait une espèce de bouillie, grimaça Juan.
_ Je te déconseille de goûter à cette soupe, regarda-t-il l’eau devenue verte et épaisse couler à ses pieds. »
Un éclat de rire interrompit les deux amis.
Il venait de la tête de serpent sur laquelle un homme se dressait fièrement. 
_ « C’est bien dommage que tu ais écouté ton ami, provoqua-t-il Juan, j’étais curieux de voir un Saint se faire dévorer par ces plantes carnivores. Elles devaient être repues de Dryades. De la chair Athénienne aurait bien diversifié leur alimentation.
_ A t’entendre parler et à voir ta protection, tu ne sembles pas être une Dryade, s’emporta immédiatement Juan ! Si j’ai bien compris, des lâches ont juré fidélité à Eris en échange d’une vie nouvelle ! Quoi de plus normal à ce que tu sois resté caché jusqu’ici ! »
Pour seule réponse, un éclair frappa entre les deux Saints, les obligeant à s’écarter l’un de l’autre. Le bruit du tonnerre accompagnant l’éclair vint ensuite, le son après la lumière.
Cela fit trembler le sol et provoqua l’éboulement de la statue. Comme si le grondement l’avait ébranlé.
Roulant au sol pour éviter les pierres et la vague provoquée par le poids des débris dans l’onde stagnante et désormais poisseuse, Georg et Juan furent écartés l’un de l’autre, échappant à l’ensevelissement de l’accès par lequel ils étaient arrivés.
_ « C’est toi qui as déclenché cet éclair ?! Tu aurais pu être plus prudent ! On a failli finir ensevelis avec tes conneries, réagit une fois sur pieds Juan !
_ Pas du tout, tempéra à l’autre bout de la pièce Georg, ça ne venait pas de moi. »
Tout en haut de la pièce, là où trônait la tête reptilienne, l’eau coulait désormais en plus grande abondance depuis que moins de roche ne lui barrait la route.
Déjà de l’eau jusqu’aux cuisses, Georg s’en extrait en se tenant sur le rocher le plus élevé des environs.
Trop intéressé par la lumière du jour qui perçait au sommet aussi depuis que la pierre ne l’obstruait plus, Juan fut mis en alerte par son allié : « Juan ! Sors de l’eau ! Vite ! N’oublie pas que l’eau conduit l’électricité ! »
Juan s’exécuta tout en cherchant l’ennemi.
Il se tenait sans méfiance sur le plus haut fragment de serpent entre les deux chevaliers.
_ « Cette armure… Sa forme, reconnut Georg…
_ Oui… La même que la tienne. Je suis Christ Ghost Saint de la Croix du Sud.
_ La même, la même, pinaillait de l’autre côté Juan, la couleur et quelques détails sont différents.
_ L’évolution au fil des siècles, hocha les épaules Georg visiblement pressé d’en découdre. Les Cloths évoluent au gré des dégâts qu’elles subissent mais aussi du sang versé et du cosmos déployé par son porteur. Certaines sont mêmes en morceaux durant des siècles, attendant au cimetière des armures que de nouveaux porteurs viennent les trouver et leur rendre vie. D’autres évoluent ou régressent. De bronze à argent ou d’argent à bronze. Voilà pourquoi parmi les quatre-vingt-huit armures il est toujours compliqué de savoir combien sont de bronze et d’argent. D’une génération à l’autre, la seule certitude est qu’il n’en existe que douze d’or, une petite trentaine d’argent et une grosse quarantaine de bronze. Le changement de catégorie n’est pas si fréquent et ne s’opère que lors de réparation sous la bénédiction d’Athéna.
_ Merci pour le cours, grimaça Juan.
_ Par Eris ! Je n’aurai jamais pensé que mon successeur serait devenu si barbant, se mit en garde le Fantôme à la Leaf rouge.
_ Par Athéna ! Je suis déçu d’être l’héritier d’un traître qui a autrefois porté cette Cloth, l’imita le Saint à la Cloth argentée.
_ Minute, s’interposa Juan ! C’est mon combat !
_ Pardon, opposa Georg ?!
_ Exactement ! Ce lâche n’a même pas eu le courage de s’opposer à nous ! Il espérait rester planqué à me voir me faire bouffer par ces mélanges de poulpes et de boutures affreuses ! Et puis, nous n’avons jamais pu réaliser autre chose que des oppositions d’entraînement toi et moi. Pouvoir aller au bout d’un affrontement contre ta copie me ferait un plaisir fou ! De plus n’oublie pas qu’Aiolia s’occupant de l’Utérus, l’objectif est d’éliminer Eris au plus vite ! Il ne reste plus qu’un niveau avant d’atteindre le palais, pointa-t-il du doigt la lueur du haut de la pièce !
_ Une copie, serra les poings Christ !
_ Très bien, refusa de se vexer Georg par les termes employés par Juan. Mais n’oublie pas, il a transformé l’aire de combat à son avantage en se servant de l’eau dont le niveau monte autour de nous. Ta victoire en ce lieu ne sera possible que si tu l’obtiens avant que la salle ne soit submergée, rappela Georg avant de bondir hors d’ici.
_ Ne t’en fais pas, ce sera rapide et sans bavure. »
Malgré son apparente confiance, Juan avait remarqué qu’autour de lui toutes les évacuations prises par les caniveaux avaient été intelligemment obstruées par l’éboulement. Rendant l’aire plus avantageuse pour Christ.

Au Sanctuaire, alors qu’ils étaient proches du camp des femmes chevaliers, Voskos tentait de calmer les b½ufs qui refusaient d’avancer plus loin, sentant le danger.
Le Saint du Bouvier, colossal dans sa Cloth bleue bardée de piques, observait avec inquiétude tous les pétales qui tombaient sur le domaine depuis une hauteur insondable et qui scintillaient comme des lucioles. Plus que les flammes, c’était ce phénomène qu’il voyait comme un mauvais présage.
Toute aussi paniquée que les animaux en revoyant ces hautes flammes jaillir du camp des femmes, Xiao Ling demeurait tétanisée malgré les exhortations de Voskos à descendre pour venir avec lui porter assistance aux Saints et à leurs apprenties.
Quand, tout à coup, les bovins furent immobilisés par les chardons qu’ils piétinaient jusqu’alors.
D’abords prisonniers par l’entrelacement de leurs pattes, ils furent soudain transpercés par les feuilles aux picots acérés qui poussèrent à une vitesse inouïe.
Les b½ufs furent éviscérés puis découpés en un instant, éclaboussant au passage de leurs tripes la Chinoise.
Saisie par ce bain de sang, elle reprit ses esprits et put compter sur ses réflexes d’acrobate pour s’extirper du chiendent à la croissance hors norme, lorsque celui-ci s’en prit à la remorque de foin où elle demeurait jusque-là.
_ « Les Dryades, s’exclama Voskos ! »
La mauvaise herbe poussa alors jusqu’à faire éclore six Dryades aux armures noires et amarantes habillées de soutanes grises et épaisses.

Devant, dans la forêt qui mène au camp, Mick libérait ses flammes sur Rumi.
Celles-ci s’élevèrent haut vers le ciel, rongeant les arbres. La végétation servait d’immense torche.
Emony convulsait d’hystérie, tant le spectacle macabre la fascinait, alors qu’elle faisait pourtant se consumer la végétation, symbole de sa caste.
Les Dryades qui l’accompagnaient et étaient dans la trajectoire de Mick succombaient sous ses yeux, carbonisées…

Au centre du camp, au milieu de temples vétustes mais encore debout, une quarantaine de jeunes femmes en arc de cercle autour de leur instructrice, toutes masquées, bondirent sous le coup de la détonation.
La formatrice fut la seule à ne pas diriger son attention vers la colonne de flammes.
Elle ressentit un danger plus imminent.
Tout autour d’elles, les vestiges qui leur servaient d’habitations ou de prieurés devenaient prisonniers de ronces gonflantes et grandissantes.
Du cours d’eau qui traversait le camp, sortirent des tentacules tous reliés à un même objet.
L’étang à l’eau habituellement si clair où les jeunes femmes aiment se rafraîchir était devenu poisseux, croupis. Il était en ébullition.
Les élèves se rassemblèrent tout autour du maître.
Au sol, les racines des ronces acérées devenues énormes ne parvenaient plus à contenir leur propre croissance hors norme, elles suintaient de sève d’un vert blanchâtre. Puant. Purulent.
De l’eau, les tentacules jaillissaient et virevoltaient au-dessus de leurs têtes.
La verdure putréfiée n’en put plus, elle implosa, faisant éclore par dizaines des Dryades, hommes et femmes.
Du cours d’eau perturbé jaillit une bête immonde, immense. D’un gris noir, sur quatre pattes avec une queue qui fendait l’air comme un fouet. Une gueule immense avec une double dentition de bas en haut de sa mâchoire proéminente. Une crête frontale qui s’allongeait jusqu’au milieu de sa colonne vertébrale et descendait de chaque côté de sa mâchoire. Ses tentacules, extensions de ses appendices permettant d’allonger sa crête, cinglaient le sol qu’il fendait à chaque contact. Une double paire d’yeux rouges qui se superposaient toisait avec appétit les femmes.
Lorsque les Dryades furent toutes écloses et que la bête discerna chaque proie, Rebecca somma à toutes de se disperser.
Grand bien leur fut fait, car les plus lentes furent tranchées en deux d’un coup de tentacule horizontal.
Pendant que les troncs des innocentes tombaient devant leurs jambes détachées, Rebecca, depuis les airs, remarqua les autres tentacules venir agripper des élèves désormais incapables de tenir la moindre garde.
Ce fut ainsi cinq autres liens qui s’accaparèrent autant d’apprenties pour les jeter dans les trois mètres de profondeur de gueule du monstre.
En retombant au sol, les survivantes du premier assaut n’eurent pas le temps de prendre la fuite devant le quadrupède de quatorze mètres de long, car déjà ces tentacules les menaçaient à nouveau. Ceux-ci étaient visibles depuis l’extérieur du camp puisque les six mètres de haut de l’animal concurrençaient déjà la plupart des arbres…

Bien au-dessus de tout ça, cloîtrés par les débris de l’immense statue, Juan et Christ sautaient de rochers en rochers pour s’échanger quelques coups sans tomber dans l’eau.
Le niveau montait sans cesse et avait déjà englouti deux mètres.
Préoccupé par la montée rapide, Juan n’arrivait pas à se concentrer sur son adversaire. Si bien qu’il était déjà marqué par quelques égratignures alors que Christ était indemne.
_ « L’écroulement a condamné toutes les issues, y compris les voies d’eau qui desservaient le reste de l’Utérus. Tout a été parfaitement calculé. Si maintenant je tombe dans l’eau, je suis condamné par sa foudre. Et si je ne le bats pas assez vite, je finirai par être rattrapé par le niveau. Percer les murs, impossible. Il insiste trop sur les corps à corps pour me permettre d’invoquer ma technique. Il est très rapide pour un Saint d’argent. Certainement un des éléments les plus brillants de notre caste ! »
Devinant le stratagème du Ghost Saint, Juan ne pouvait que faire preuve de vigilance et de maîtrise martiale pour répondre à une nouvelle charge.
Le rustre Fantôme bondit de bien bas pour arriver poing en avant, plus haut, jusqu’à Juan. Juan esquiva et répondit d’une gauche. Christ bloqua sans mal avec sa main gauche et poursuivit un enchaînement, alternant poing droit et gauche. La rudesse de ses tentatives intimidait suffisamment Juan, pour qu’il recule instinctivement, bien qu’il réussît à éviter ou à bloquer chaque coup. Lorsqu’il voulut répondre d’un uppercut du gauche, Christ évita d’un mouvement de hanche et profita de l’impulsion de son geste pour répondre d’une reprise de volée de la jambe droite. La garde brisée par l’uppercut manqué, Juan s’abrita alors derrière son bouclier.
Alors qu’un tel choc, même protégé, aurait fait choir l’ennemi, Juan put compter sur l’armature pour rester cramponné sur ses appuis.
Pourtant, un éclat terrible déchira le bruit de la chute d’eau continuelle.
Christ fut repoussé par son propre coup, projeté en arrière par l’impulsion de celui-ci.
Il prit soin de se réceptionner sur le morceau de roche le plus près en grimaçant après avoir reposé sa jambe au sol. Celle-ci voyait une fissure remonter tout le long de sa Leaf et poursuivre la craquelure sur le reste de sa jambière.
_ « Je vois. Comme le veut la légende, de toutes les Cloths de bronze, la protection la plus solide est le bouclier du Dragon. Ne le surpasse que le bouclier d’argent de l’Ecu. Celui-ci n’a pas failli à sa réputation. Mais peux-tu rester ainsi caché éternellement derrière ton bouclier ? » 
Juan ne répondit pas. Il se sentait tout à coup ridicule de ne pas réussir à faire face sans lui.
Christ le provoqua à nouveau. 
_ « N’est-ce pas toi qui me traitais de lâche tout à l’heure ? »
Le rictus de Juan ne pouvait cacher sa frustration.
Christ, visiblement ancien chevalier expérimenté, profita qu’il soit déstabilisé pour repartir à l’assaut.
Regagnant l’îlot de Juan, il fondit par-dessous, l’obligeant à planter fermement par le bas son bouclier pour lui barrer la route.
Christ augmenta alors sa vitesse pour finalement remonter jusqu’à son visage et le frapper d’un crochet du droit.
Propulsé sur un autre pic, Juan se remit à peine que cette fois-ci Christ attaqua par les airs.
Plus alerte, Juan anticipa en effectuant un coup de pied retourné. L’acrobatie échouant, il enchaîna à Mach 5 dans les airs plusieurs coups de pied sans parvenir à l’atteindre.
A nouveau sur le même roc tous les deux, Juan, offensé par ses échecs, partit à son tour dans une combinaison de coups de poings que Christ parait tous.
Visiblement lassé par la lenteur de Juan, il lui cassa le rythme d’un simple coup de poing au visage. Suffisamment perturbé, Juan se fit alors rosser. Si vite et si fort qu’il fut incapable de lever son bouclier.
Christ en finit en le cognant à l’estomac, le pliant en deux de douleur, puis en le faisant chuter sur le rocher du dessous en le frappant sur le sommet de la tête avec ses deux poings joints.
La chute amortie par son diadème, Juan n’en demeurait pas moins secoué.
Du sang perlait de son front et de son nez. Des douleurs abdominales l’empêchaient de se relever.
_ « Je n’avais pas osé invoquer mon arcane jusqu’ici, préférant ruser, te pensant bien plus rapide que le niveau standard exigé pour être Saint d’argent, fanfaronna Christ. Mais je suis déçu. »
En croix, les dents serrées, la mâchoire crispée, Juan se sentait insulté pour son impuissance.
Soudain, une sensation fraîche soulageait le bout de ses doigts.
L’eau commençait à engloutir son rocher. La pièce était à moitié remplie.
Prestement, il lui parut crucial de s’en extraire, mais la douleur lui empêcha de réagir suffisamment vite. Une fois sur pied, il était immergé jusqu’aux chevilles sous le regard moqueur de l’ennemi.
_ « Il est très fort. Si maintenant il déclenche son arcane, je n’ai vraiment aucune chance. »
Resté plus haut, Christ voyait l’eau monter. A son tour il songeait : « Il n’a plus le choix. Soit il concentre sa technique et j’anticipe avec la mienne. Vu qu’il a les pieds dans l’eau, il n’a aucune chance. Soit il m’attaque de front, mais je bénéficie d’une altitude plus élevée, je le repousserai encore plus bas dans l’eau en le chargeant de tout mon poids.
_ Je n’ai que deux choix et il le sait. Il est plus rapide que moi. Il n’y a qu’en le déstabilisant que je le surprendrai. »
Juan dressa devant lui son écu contre lequel il invoqua de sa main une sphère de cosmos.
Dès lors, Christ sourit avec perfidie en plaçant ses bras en croix devant lui : « Alors tu as choisi la solution de l’arcane ! Désolé pour toi mais c’est le choix qui va t’offrir la mort la plus rapide ! »
A cet instant, Juan lâcha sa concentration. Le cosmos invoqué jusqu’alors lui servit à franchir une vitesse encore jamais atteinte. L’impulsion fut si vigoureuse que son récif céda.
Fonçant sur Christ à la garde brisée, il le surprit d’un crochet du droit brisant en éclats son heaume. Profitant de la longue allonge que lui donnait son bouclier, il le martela ensuite de coups de poings courts et répétés sur ses bras pendant qu’il était encore sonné.
Reculant difficilement, ayant du mal à tenir sur ses jambes, Christ comprit trop tard qu’en blessant ses bras, Juan espérait ainsi altérer la vitesse de ses mouvements.
Devant lui, Juan chargeait à nouveau son cosmos contre son bouclier pour invoquer cette fois sa technique : « Astral Gravitation ! »
Une sphère immense d’un bleu très sombre en jaillit et tandis qu’il le dressa au-dessus de lui pour emporter le Ghost Saint, ce dernier posa difficilement ses bras en croix devant lui.
La Gravitation Astrale arracha la pierre qui les tenait hors de l’eau et, alors qu’elle allait emporter Christ, des éclairs apparurent tout autour : « Southern Cross Thunderbolt ! »
La foudre contourna la boule gravitationnelle pour saisir et immobiliser Juan.
Dans le même temps une croix d’éclairs traversa la boule gravitationnelle pour perforer le plastron de Juan. Juan fut renvoyé s’encastrer dans le mur d’en face.
Les éclairs de Christ rongèrent le cosmos de Juan et annihilèrent sa technique.
Les bras encore tremblant en raison des traumas causés par Juan, Christ avait tout de même repris l’avantage. Il arborait un sourire plein de confiance sous les grands yeux ronds crédules de Juan.
_ « Mach 181. »
Seul un filet de sang fuyant la bouche de Juan répondit à sa place.
_ « C’est la vitesse d’un éclair dans des conditions atmosphériques standard. C’est la vitesse à laquelle j’exécute ma technique.
_ …, Juan voulut souffler son dépit mais trop de sang obstruait sa gorge.
_ Voilà pourquoi j’ai contourné ton attaque, pour t’immobiliser grâce à l’électricité. Pour ensuite avoir le temps de perforer les particules que tu as invoquées et enfin t’exécuter… cuter… cuter… cuter… »
Contre toute attente, Christ fut pris de curieux spasmes.
Autour de Juan un cosmos d’un bleu aussi obscur que sa technique irradiait.
_ « Que… Que… Que m’as-tu fait ? Fait ? Fait ?
_ Dès le début du combat, il m’est apparu que tu étais un Saint d’argent d’exception. Tactique. Fort. Rapide. Très rapide. Si bien que j’ai réalisé que ton Southern Cross Thunderbolt, serait encore plus rapide et donc imparable pour moi. J’ai réalisé très vite alors que je ne serai pas à la hauteur. Il ne me restait alors qu’à accepter mon impuissance et à ruser. Atteindre ta vitesse, j’en suis incapable. Je ne sais même pas si j’y parviendrai un jour. Il me fallait donc l’endiguer. Avoir fait voler en éclat mon Astral Gravitation ne l’a pas réduit à néant. Au contraire. Elle te pèse désormais sous d’infimes particules. Tes éclairs aussi rapides soient-ils n’ont pas été assez nombreux pour toutes les griller. En temps normal ça aurait pu être le cas, mais les heurts que je t’ai causé plus tôt aux bras ne t’ont pas permis de déployer toutes tes forces et, de toute manière, tu avais pris un tel ascendant psychologique que tu étais persuadé que cela n’était pas nécessaire pour venir à bout de moi. Désormais mes particules pèsent sur toi. Comme une barrière gravitationnelle, elles t’alourdissent, elles augmentent ta masse et te ralentissent.
_ Im… Im… Impossible… ble… ble… »
De plus en plus pesante, la cosmo énergie de Juan le libéra de son mur pour l’en faire glisser tout du long comme un poids mort.
C’est seulement lorsqu’il toucha à nouveau le sol qu’une étincelle brilla dans ses yeux.
_ « Non ! Non ! Non ! Il utilise sa technique sur lui-même pour alléger sa masse ! Ça veut dire qu’il va gagner en vitesse… esse… esse… »
Donnant raison à Christ, Juan apparut sous ses yeux alors qu’une image rémanente de lui était encore pieds au sol plus loin.
Il déclencha un crochet du gauche sur lequel, au moment de l’impact, il augmenta une fraction de seconde sa propre masse corporelle pour cogner plus fort.
Bougeant au ralenti, Christ sentit son ½il droit exploser sous le poing ennemi qui lui creusa le visage. Sa tête rebondit au sol et revint à la hauteur de Juan. A sa merci. Le rebond fut si haut qu’il put d’un ciseau lui briser la protection dorsale et l’envoyer cogner le plafond.
En revenant vers un récif Christ tenta bien une riposte mais Juan allégea sa masse pour passer sous le crochet de Christ. Puis il l’augmenta au moment de frapper son foie.
Acculé, reculant malgré l’entrave, Christ la moitié du visage creusé, apprécia malgré tout la montée des eaux au trois quarts de la salle.
Dans son dos, son cosmos grésillait contre la pression exercée par celle de Juan.
_ « Tu m’as traité de lâche au début de notre rencontre. En jouant sur la pesanteur, qui est le plus lâche de nous deux ?
_ Entraver tes techniques n’est qu’une tactique parmi tant d’autres. Comme celle que tu as utilisé dès le début de notre affrontement en profitant de la montée des eaux. Ton expérience a d’abord été un avantage avant de devenir un inconvénient. Tu n’as pas envisagé que quelqu’un de moins fort et de moins expérimenté puisse contourner tes propres règles.
_ Qu’importe, nous sommes maintenant submergés et, même s’ils sont moins nombreux et moins rapides, mes éclairs briseront nos derniers perchoirs et tu mourras grillé dans l’eau ! Southern Cross Thunderbolt !
_ Que mon corps tienne le coup, fit-il jaillir cette fois-ci trois petites sphères de son bouclier !  Astral Gravitation ! »
Une première sphère s’étira aussitôt pour englober Juan et le protéger dans une bulle qui le maintenait en lévitation au-dessus de l’eau. Dessus vinrent ricocher par milliers, des gerbes électriques.
La seconde tomba dans l’eau comme une bille de plomb. Au contact de l’onde, celle-ci prit la forme de milliards de bulles qui flottèrent dans l’atmosphère, redirigeant comme un miroir tous les éclairs jusqu’à ce que chacun traverse son invocateur.
Enfin, la dernière grossissait à mesure qu’elle dévorait lentement l’espace. Elle étira les murs jusqu’à ce qu’ils rompent puis engloutissent Christ déjà brûlé de l’intérieur par les retours ininterrompus de sa foudre contre lui-même.
Arrachant pièce après pièce, l’Astral Gravitation emporta la moitié du quatrième niveau et réduisit en poussière Christ.
L’eau put enfin évacuer et Juan, lui, put retomber au milieu des décombres, épuisé mais pas abattu.
Il levait déjà la tête en direction du haut de la chute d’eau, déterminer à rejoindre Georg…
Flashback

Tout à coup, Kyoko cesse son récit, importunée par la table voisine dont la dispute devient plus démonstrative.
En effet, les Evil Seeds activées font leur effet et l’amoureux éconduit se lève de sa chaise en haussant la voix et en renversant volontairement sa table.
Le reste de la clientèle est affligée quand Mars soupire : « C’est bien trop tôt pour m’offrir un bain de sang ma s½ur ! Tu n’as pas fini ton histoire ! »

Author Topic: Chapitre 77  (Read 1057 times)

0 Members and 1 Guest are viewing this topic.