Chapitre 75

Chapitre 75

A l’abri du sinistre spectacle qui se joue dans les sous-sols du Disfrute, ce bar de nuit argentin où il s’est rendu avec Tromos, Vasiliás profite de la prestation de danse de Peligra.
Après plusieurs mouvements sensuels, elle entame quelques gestes acrobatiques pour lesquels elle ne présente aucune faiblesse. Partant du haut de la barre de pole dance pour en redescendre lascivement, tel un reptile à une vitesse de plus en plus folle, elle s’applique ensuite à effectuer une chute tête la première vers le sol en se réceptionnant avec ses mains pour mieux réaliser avec ses jambes un grand écart.
Les changements de pistes musicales n’altèrent en rien ses prouesses. Et lorsque le rythme varie à nouveau, elle resserre de plus belle ses jambes sur la poutre chromée.
Etendue sur le podium, le talon de son pied gauche en appui contre la barre, elle expose davantage à la seule vue de Vasiliás ce qui se cache sous le vêtement noué sur ses hanches.
Le Berserker de la Royauté profite de l’occasion pour glisser quelques billets, après avoir remonté ses mains du creux de ses genoux, jusque ses fesses en passant par ses fermes cuisses.
Cette récompense ne semble pas suffisante pour atténuer l’ardeur de la voluptueuse artiste. En appui avec ses mains pour saisir le centre vertical de sa scène à l’arrière de son dos, elle se relève en tournant sur elle-même, maniant élégance et sensualité.
Debout, abandonnant sa tribune, elle arrive jusque sous les yeux de son hôte devant qui elle passe charnellement sa main sur ses hanches et autour de son nombril. Puis, elle imite ses caresses en descendant sous la soie, ou en remontant du haut de ses cuisses jusqu’à sa croupe rebondie lorsqu’elle lui tourne le dos. Ainsi elle remonte sa robe en s’agrippant sensiblement les fesses et dévoilant enfin son boxer.

La sensualité de ses gestes, mêlée à ses courbes généreuses, attirent la curiosité des autres clients qui s’amassent peu à peu tout autour en continuant de danser. En mauvais acteurs, hommes comme femmes, curieux d’admirer Peligra, profitent que le club soit bondé pour s’approcher comme si de rien n’était.

Ramassant quelques billets supplémentaires, Peligra répète ses gestes en massant sa poitrine à mesure que sa veste abandonne avec grâce son corps en glissant le long de ses bras pendant que sa langue ne cesse de faire le tour de ses lèvres qu’elle mordille à l’occasion.
Déroulant la soie qu’elle utilise pour serrer brièvement Vasiliás contre elle, Peligra pose ensuite une jambe sur la banquette afin de laisser son spectateur introduire à l’intérieur de son sous-vêtement une nouvelle récompense.
Au moment où elle choisit de dévoiler davantage de ses charmes, Vasiliás lui tend une liasse de billet : « Tu es si admirable que tu as captivé tous les regards alentours sur toi. Mais je refuse de partager un aussi beau spectacle. »

En effet, le petit salon commence à rassembler d’autres membres du club.
C’est également l’opportunité pour Vasiliás de concentrer l’attention de Peligra, afin qu’elle ne s’inquiète pas des actes de Tromos.

Peligra approche son visage de Vasiliás.
 _ « Tu es jaloux ?
_ Disons que j’aime avoir l’exclusivité.
_ Alors passons à l’étage dans ce cas. Nous y avons des chambres privées. »
Pour approuver cette décision, Vasiliás sort du sceau de glaçon une nouvelle bouteille de champagne.
_ « Tu ne veux pas goûter d’autres choses là-haut, lui propose-t-elle ?
_ Le champagne et toi feront déjà beaucoup. J’aime les valeurs sûres. »


Pendant ce temps, en Grèce, c’est également après l’alcool qu’ils ont commandé qu’attendent Kyoko et Mars.
La réincarnation d’Arès ne peut attendre davantage, il exige que Kyoko poursuive son récit avant même qu’ils ne puissent déguster leurs verres.

Flashback
Flottant par-dessus les quelques nuages de l’été 1984, l’Utérus fleurissait et déployait au sommet de ses branches des pétales cotonneux. Ils faisaient du sommet touffu de l’arbre un immense ballon dirigeable.
L’Utérus plantait ses racines jusqu’aux catacombes du temple aux fondations arrondies.
Elles remontaient jusqu’au palais d’Eris sous forme d’étages aux circonférences chaque fois un petit peu moins grandes.

Dans le sous-sol, la Cloth du Scorpion brillait.
_ « C’est jusqu’au dernier niveau que nous devons parvenir, finit d’expliquer Milo. »
A ses côtés, Apodis balayait les longues toiles d’araignées qui pendaient du plafond.
_ « Très bien.
_ L’idée du Grand Pope lors de notre convocation était de nous diviser en trois groupes. C’est ce qui me parait le plus efficace pour y parvenir, affirma le vétéran Aeson.
_ En effet. En remontant chacun un angle précis sous la forme d’une structure pyramidale, nous divisons leurs forces à la base pour nous retrouver tous ensemble devant Eris. Une infiltration rapide et efficace, c’est ce qui nous a été demandé, confirma Milo. »
Le trio progressait difficilement, obstrué qu’il était par la soie de plus en plus épaisse.
_ « Bientôt, nous ne distinguerons plus les murs veinés de racines, s’inquiétait Apodis. »
Soudain, le sol se mit à craqueler sous les pas d’Aeson.
_ « Attendez, alerta-t-il, ses équipiers ! Le sol se fissure sous mes pas.
_ Ce n’est pas le sol, dit Milo qui balayait les toiles en s’accroupissant, ce sont des ossements. »
Par un réflexe de dégoût, Aeson recula d’un pas.
_ « Nous sommes dans l’antre d’une araignée, poursuivit Milo. Et celle-ci vient juste d’achever son repas si j’en juge les lambeaux de chair et le sang dégoulinant encore sur ces os. »
La voix railleuse d’une Dryade confirma : « Tout juste. »
Phonos, attablé dans le hall à quelques mètres de là, achevait son repas en se servant dans une coupe de l’ouzo, un apéritif grec anisé : « Cela fait un moment que nous avons senti votre arrivée. Il m’a fallu me dépêcher de me repaître de mes proies fraîchement cueillies sur Terre. »
Milo serra les dents en reconnaissant leur adversaire : « Phonos ! »
Par de grands moulinets, les chevaliers progressèrent vite à travers les fils pour débarquer au banquet de la Dryade.
Assis sur du mobilier fait de vieux restes humains, Phonos les provoqua : « Vous me permettrez de savourer un digestif, afin de m’alléger avant de vous faire face. Je déteste manger vite. »
Devançant ses camarades, Milo regarda autour de lui et remarqua dans la soie le scintillement des vies qu’absorbait Phonos grâce à ses fils. Il réalisa la démarche de la Dryade, en voyant une dernière victime épuisée cesser de se débattre.
_ « Ce cannibale dévore les cadavres asséchés une fois qu’il s’est renforcé de leur énergie vitale !
_ Je n’ai pas été présenté à tes amis. Je suis Phonos du Meurtre.
_ Ne vous laissez pas distraire, avertit Milo, sa soie est paralysante et il nous attaquera lorsque vous commencerez à en éprouver les effets. J’ai un compte à régler avec lui. C’est lui qui fut le dernier rempart qui m’empêcha de déjouer la réincarnation d’Eris. Avancez ! Je vous rattrape ! »
N’osant pas discuter un ordre d’un Saint d’or, Aeson et Apodis s’exécutèrent, en passant prudemment chacun d’un côté de la table sans que la Dryade ne s’intéresse à eux.
_ « Surtout, prenez garde à sa soie. Tant que nous serons dans son antre, nous ne devons pas oublier qu’il est capable de récupérer nos forces. »
Ils acquiescèrent avant de poursuivre leur chemin et de s’enfoncer dans les ténèbres.
La Dryade aux cheveux indigo servit une coupe qu’il adressa à Milo.
Il la fit glisser du bout de ses doigts à l’autre bout de la table en s’étalant de tout son long dessus, salissant sa cape blanche.
Son geste libéra de son vêtement une protection de couleur noire avec des reflets lie de vin et amarante.
De ses yeux rouges, il devina que Milo avait identifié son armure.
_ « Une Leaf. L’équivalent de vos Cloths. Je ne la portais pas lors de notre première rencontre.
_ Le simple fait que tu en sois affublé signifie qu’Eris a déjà éveillé une grande partie de ses pouvoirs. Tu auras compris que nous avons ordre d’agir vite et efficacement pour éviter qu’elle n’en fasse le plein usage. Je n’ai donc pas le temps pour l’apéritif. »
Il dégagea le verre d’un filet de lumière rouge tout droit sorti de son aiguillon.
A peine l’alcool allait l’éclabousser que Phonos disparut.
A la place, une immense araignée chargée de cosmos sauta par-dessus la table et se jeta sur sa proie…

Sous le palais d’Eris situé au cinquième étage, une Dryade observait du bout d’un chemin de colonnes l’immense tronc de l’Utérus.
De là, en levant la tête, elle pouvait apercevoir malgré la mèche qui dissimulait son regard les cimes de l’arbre scintillant.
Derrière elle, sa supérieure aux cheveux plus sombres vint la trouver.
Devinant la venue d’Até dans son dos, Dysnomie engagea la conversation.
_ « Nous vivons et nous fanons pour Mère, notre vie n’est rien de plus qu’une fleur de ce jardin.
_ Dysnomie, Mère a décidé de faire renaître son Jardin d’Eden enfoui loin d’ici.
_ Notre Jardin d’Eden… Quel délice.
_ Pour faire ressurgir notre sanctuaire, l’Utérus a besoin de croître encore quelques heures, afin de rendre à Mère l’entièreté de ses moyens pour ramener notre royaume.
_ Si je comprends bien Até, tu me demandes d’aller arrêter ces Saints qui se sont introduits ici.
_ L’Utérus se nourrit de la discorde des mortels. Tuer ces Saints et les livrer en pâture à l’arbre matrice ne fera qu’accélérer le processus.
_ Ils sont scindés en trois groupes. Phonos s’occupe déjà du premier.
_ Le second se dirige au centre, son objectif est clairement l’Utérus. Je m’y rendrai en personne, décréta Até.
_ J’imagine donc que le dernier groupe est pour moi.
_ Si je ne m’abuse, le Saint de la Vierge le dirige. Il me semble qu’il t’avait bien plu, lorsque nous avons récupéré Mère au Sanctuaire.
_ Je sais que c’est lui qui a déjoué la boule d’énergie de Mère, lorsqu’elle s’est réveillée au Sanctuaire et qu’elle tenta d’achever la s½ur de son réceptacle. En effet, j’aurai plaisir à l’affronter. Bien, je m’y rends de ce pas.
_ Attends Dysnomie ! Mère semble bien déterminée à jouer avec eux. Elle leur réserve quelques surprises, comme de vieilles retrouvailles par exemple. Et elle ne compte pas attendre sagement dans son palais.
_ Mais c’est de la folie ! Qui veillera sur elle ?!
_ Un des Fantômes qu’elle a ramené à la vie. Tous d’anciens Athéniens.
_ Je n’ai aucune confiance en eux !
_ Moi non plus ! Cela signifie que nous devons à tout prix faire obstacle à ces Saints au risque de la laisser sans défense ! »

A grands revers de mains, Aeson et Apodis progressaient dans les sous-sols.
Leur route était à peine éclairée par les fleurs qui poussaient dans les angles des murs, là où commençaient les racines.
Le pollen libéré gravitait dans l’air comme des lucioles.
_ « Des plantes qui poussent dans un endroit aussi sombre, critiqua Apodis.
_ C’est dire la nature malsaine de ces végétaux, qui sont restés enfouis pendant des siècles dans les entrailles du Sanctuaire, ajouta Aeson. »
De concert, ils cessèrent leurs avancées.
_ « Un escalier ! Nous allons déjà pouvoir passer à l’étage supérieur, se satisfit Apodis.
_ Deux escaliers, le contraria Aeson en pointant une montée entourée de lianes à l’opposé.
_ Deux chemins qui mènent à l’étage du dessus mais sur des flancs différents du temple.
_ Le plus important, c’est que l’un de nous arrive au sommet. Le Saint d’or du Scorpion ne va pas tarder, il est important qu’on lui déblaye le passage.
_ Très bien, séparons-nous ! »

A l’opposé du groupe de Milo, Shaka et son équipe progressaient difficilement dans la zone du premier niveau, qui s’apparentait plus à des catacombes effondrées, qu’à un jardin luxuriant.
Le plafond tenait difficilement par des colonnes effritées tandis qu’avec Rigel et Naïra, il fallait à Shaka sauter de colonnades couchées en colonnades et veiller à ne pas glisser sur les gravats de statues fracassées.
Au détour de l’une d’elle, la Vierge surprit ses deux lieutenants en dressant autour d’eux, une bulle de protection faîte de cosmos : « Kan ! »
Rigel et Naïra cessèrent leur course et virent le bouclier se faire heurter par une comète.
Le choc fut d’une telle intensité qu’il ébranla les cloisons de pierre et fit céder les colonnes déjà à la peine. Le plafond céda et un éboulement ensevelit l’escouade…

Là où Aeson et Apodis l’avaient laissé, Milo se débattait en roulant sur le sol, fracassant les carcasses qui le jonchaient.
Il esquivait les assauts ininterrompus de l’arachnide géant, en tâchant de ne pas trop s’élever au risque d’être pris dans ses toiles.
_ « Paralyze Silk, lançait sans cesse Phonos ! »
Partout sur son passage, Phonos laissait derrière lui de nouveaux liens, restreignant toujours un petit peu plus l’espace de Milo.
Acculé, le Scorpion vit l’araignée fixait son dard en avant quand Phonos pointa sa main aux longs ongles dans sa direction : « Despaired Bite ! »
Le Scorpion n’eut d’autre choix que d’éviter la multitude de coups d’ongles en plongeant sous la table de l’ennemi.
_ « Le Despaired Bite peut tout mordre ! »
Phonos se laissa tomber délicatement sur la table, comme une tarentule qui se déposait près de sa victime ignorante.
Il se léchait les babines tandis que de son dos émanait sa cosmo énergie prête à repartir à l’assaut.
Soudain, un rayon de lumière traversa la table par le dessous et lui transperça une de ses oreilles elfiques.
_ « Je t’ai ciblé l’araignée ! Finis de jouer ! Scarlet Needle ! »
Soulevé par les piqûres, Phonos vola jusqu’au plafond dans lequel il s’encastra avec les débris de la table.
_ « Impossible… Vaincu aussi facilement, tomba-t-il inerte ! »
Le Grec resta voir retomber du sol les restes du repas et du mobilier tandis que le corps de Phonos demeurait dans l’enclave de pierre où il était encastré. Sa cape déchirée flottait dans l’air et laissait sa Leaf apparente.
Il laissa tomber sur son aiguillon une goutte d’ouzo qu’il passa ensuite à sa bouche, savourant par le goût de l’alcool sa victoire, avant de faire tourner sa cape pour rejoindre ses compagnons…

A l’autre bout, au second étage, sur un plateau à horizon ouvert sur la lumière du jour, un homme observait depuis la cavité qu’il a causée un tas de décombres.
Alors qu’il a pris par surprise Shaka, Rigel et Naïra en frappant depuis l’étage supérieur, l’ennemi flattait déjà sa victoire : « Les Saints de cette génération ne sont vraiment pas à la hauteur de ce que nous étions à mon époque. Je n’aurai jamais pensé que mon Megaton Meteor Crush aurait eu raison de trois Saints à la fois. Encore moins, d’un Saint d’or du premier coup. »
Sa protection était composée d’un casque complet à trois cornes qui laissait dépasser ses cheveux à l'arrière. Ses épaulettes étaient plates et pointues, montées sur un plastron qui comportait une pointe centrale au niveau de l'abdomen.
Elle avait tout d’une Cloth et non d’une Leaf comme en portaient couramment les Dryades.
Le personnage au visage assez dur, tourna les talons lorsqu’une lueur dorée délogea des débris les trois Saints.
_ « Tu as bien fait de ne pas trop y croire, provoqua Shaka d’un ton prétentieux. »
Autour de lui, Rigel et Naïra étaient abasourdis. Elle, par les forces exercées entre les deux adversaires, lui par l’armure presque similaire à la sienne qui habillait l’assaillant.
_ « Mais, intervint Rigel, cette Cloth c’est…
_ … celle d’Orion, reprit l’ennemi. Du moins, il s’agit d’une Leaf inspirée de la Cloth que je portais autrefois.
_ Que tu portais autrefois ?! Cela signifie que tu es…
_ Un Ghost Saint, s’annonça-t-il fièrement, Jaguar d’Orion ! »
Naïra répéta crédule à l’endroit de Shaka : « Un Ghost Saint ? »
_ « Un Fantôme, déploya sa science la Vierge. Un Saint du passé qui a juré allégeance contre une nouvelle vie à Eris.
_ Ah, râla Rigel ! Comment peux-tu oser ?!
_ Tais-toi donc, ordonna l’intéressé qui les dominait d’un étage ! Tu ne peux pas savoir ce que c’est de tomber dans l’oubli, de disparaître de la mémoire de ceux pour qui tu as offert ta vie et de souffrir éternellement au Cocyte ! »
Shaka réalisa alors un saut acrobatique et se réceptionna au-dessus, dans le dos de Jaguar, prêt à en découdre.
_ « Nous n’avons pas de temps à perdre avec un lâche qui trahit Athéna juste…
_ … Seigneur Shaka, le rejoignit Rigel, désolé de vous interrompre, notre mission est plus urgente, je suis persuadé que votre présence sera davantage nécessaire aux étages supérieurs. Laissez-moi m’occuper de lui. En tant que représentant de la constellation d’Orion, il est de mon devoir de laver l’affront fait à mon armure !
_ Rigel a raison, rejoignit Naïra à son tour ses compagnons, votre présence est requise plus haut. »
Fort satisfait, Shaka sourit et se mit déjà en chemin, suivi de Naïra.
Vexé, Jaguar prit son élan : « Enfoiré ! Ne me tourne pas le dos ! »
A cet instant, un rideau de flammes bleues et blanches lui barra la route.
Déjà à quelques mètres de lui, Rigel assurait les arrières de ses camarades : « Ignis Fatuus ! »
Néanmoins, il ne fallut que quelques secondes à Jaguar pour d’un revers de bras souffler le brasier qui lui obstruait le passage : « Ma Cloth doit être orpheline de moi ! Tes flammèches sont indignes de ton rang ! »
Pour seule réponse, Rigel observait les détails de son armure.
Contrairement à la Leaf, l’argent était plus clair, les épaulettes plus incurvées et les lignes plus fines. Son diadème donnait également un aspect moins rustre que le casque de Jaguar.
_ « Je te rassure, rétorqua-t-il enfin, la Cloth semble s’être bien remise de ton passage. Il est vrai qu’une Cloth évolue plus d’une fois dans sa vie en raison de ses bris et du sang versé pour la réparer. A son éclat, moins terne que le tien, je vois qu’elle épouse mon destin de fidèle Saint d’Athéna !
_ Fidèle Saint d’Athéna dis-tu, sourit sournoisement Jaguar ?! Tu n’as plus à en faire autant, tes amis sont partis.
_ Qu’insinues-tu ?
_ Qui me fait face à l’heure actuelle ? Le Saint d’Athéna qui a trahi la confiance de sa déesse en s’énamourant d’une Saintia ? Ou bien l’homme éconduit qui aime la réincarnation d’une déesse ennemie ?
_ Ordure ! Je vais te faire ravaler tes paroles ! En garde ! »
Rigel entama les hostilités d’un coup de pied retourné, que Jaguar repoussa d’une main sans mal.
Lui rendant la pareille, le Ghost Saint enchaîna droites et gauches que Rigel esquivait de justesse.
Cherchant la riposte, Rigel lui saisit le bras droit pour faire passer Jaguar par-dessus lui et l’encastrer dans un pilier.
Cependant, la réaction de Jaguar fut immédiate. Une nouvelle droite plus vive et plus puissante le frappa en plein front et enfonça le diadème de Rigel, qui se fissura en son centre.
Refusant de plier, Rigel profita de l’ouverture pour ébrécher d’une droite à son tour le plastron de la Leaf.
L’échange sanglant ne s’interrompit pas là. Chacun aillant prit la mesure de l’autre, leurs cosmos dessinèrent chacun dans leur dos la même image de chasseur, symbole de leur constellation.
_ « Voici les vraies flammes d’Orion : Ignis Fatuus Saltare ! »
Les flammes bleues et blanches crépitèrent tout autour du Ghost Saint, qui prit la fuite par les airs.
_ « Impossible ! Mes flammes te suivront et te consumeront où que tu ailles ! »
Le Fantôme s’éleva haut dans la pièce. Des colonnes de flammes bleues et blanches se dressèrent alors jusqu’au plafond du second étage et piégèrent Jaguar qui restait souriant.
_ « Qui a dit que je voulais fuir ?! »
Profitant de son élan, il réalisa un salto.
Se donnant ainsi encore plus d’élan, il répéta le geste acrobatique.
La vitesse et l’émanation de son aura, lui permirent de rester suspendu dans les airs, tout en repoussant le brasier qui se refermait sur lui. Son mouvement circulaire répété et rapide finit par ressembler à une comète.
Les flammes sur son chemin ainsi soufflées, la sphère météorique tomba du ciel jusqu’à Rigel heurté en plein buste.
_ « Megaton Meteor Crush ! »
Ne pouvant résister à cet impact rouvrant les plaies profondes laissées par Até la veille, Rigel fléchit sur le coup et s’encastra dans le sol.
Il le traversa pour retomber à l’étage inférieur d’où il venait.
L’emmenant avec lui dans son élan de force, Jaguar passa au travers du lit de pierres pour l’enfoncer dans les ruines du dessous…

Sur le flanc Est, Apodis avait débouché à l’extrémité extérieure du palais, sur un parvis duquel il pouvait apercevoir de là les différents étages qu’il restait à gravir.
Le temple avait une forme conique, comme la structure de l’Aréopage, le sanctuaire d’Arès.
Il envisagea de faire exploser son cosmos pour atteindre aussitôt le sommet mais quelques notes de musique l’en détournèrent.
_ « Ces notes, semblables à bien des mélodies familières, ne peuvent être jouées que par une seule et même personne ! »
Il suivit un chemin de piliers effrités par le temps.
Ses pas sur les pierres rectangulaires désagrégées résonnaient. Mais pas suffisamment pour l’empêcher d’écouter le son de corde dont il s’approchait inexorablement.
Il passa devant des statues de modèles athlétiques, de véritables ½uvres d’art qui, malgré l’empreinte du temps, en fascinerait plus d’un.
Toutefois, cet instrument qu’il reconnaissait si bien l’obstinait plus que le reste.
Il se laissa guider jusqu’à un banc de pierre où une vision du passé le saisit : « M… Maître Orphée ! »
Les bras lui en tombèrent.
Frottant ses pieds sur le sol, il suivait le son, les larmes aux yeux.
_ « Maître Orphée… Comme je suis heureux de vous savoir en vie ! Vous êtes parvenus à rejoindre les Enfers ? A sauver Eurydice ? Vous nous rejoignez dans la bataille ? »
Tant de questions qui traversèrent l’espace d’une seconde l’esprit d’Apodis.
Jusqu’à ce qu’il réalise que les cheveux du musicien étaient plus foncés que ceux de son maître.
_ « Non… Non vous n’êtes pas mon maître ! Pourtant…
_ Pourtant nos armures sont similaires n’est-ce pas, devina l’inconnu alors qu’il continuait à jouer les yeux fermés ?
_ Votre Cloth ressemble à celle de Maître Orphée, surtout au niveau des avant-bras, des épaulettes et du casque. Mais les motifs du plastron et des jambières sont complètement différents.
_ Une Cloth, ricana le virtuose ?! Non, il s’agit d’une Leaf ! Certes, inspirées de la Cloth que je portais dans le temps. »
Il se mit enfin debout et dévisagea le Saint de bronze. Ses yeux étaient plus sombres que ceux d’Orphée.
La jupe de la Leaf était également très différente, celle d'Orphée formant un arc de cercle ouvert en son centre, tandis que la sienne avait une pièce descendante centrale triangulaire.
_ « Une Leaf ! Tu es donc une Dryade ?!
_ Ne m’insulte pas veux-tu. Je suis un Ghost Saint, un Fantôme revenu au service d’Eris.
_ Un Fantôme ?! Alors tu étais bien un Saint autrefois ?!
_ Certainement un lointain prédécesseur de ton maître. Il est cocasse, d’ailleurs que nos noms soient si proches. Sûrement nos destinés à devenir Saint de la Lyre à s’appeler ainsi. Je suis Orpheus de la Lyre.
_ Vous n’avez en commun que le nom ! Jamais mon maître ne se serait rangé auprès de l’ennemi.
_ Oui, fit-il, en glissant ses doigts sur sa lyre, c’est certain que nous n’avons que cela en commun. Car jamais un de mes disciples n’aurait baissé sa garde comme tu l’as fait.
_ Baisser ma garde ?
_ Oui. Ne te rends-tu pas compte que tu parles plus fort et que tu m’entends moins bien ? C’est parce que tout le temps où tu m’as entendu jouer, tu ne t’es pas aperçu que ma douce musique mélancolique brouillait tes sens. Ton ouie est partiellement affectée. Mais pas que… »
Orpheus intensifia le rythme et le son strident… 
_ « De… Les cordes de sa harpe s’allongent… Par centaines ! Par milliers ! Est-ce ma vue qui se trouble ?! Vite je dois esquiver ! M… Mais je titube… Mes jambes flageolent, réalisa trop tard Apodis !
_ Stringer Requiem ! »
Incapable de réagir, Apodis fut ligoté.
Orpheus marcha lentement vers lui, pendant que les cordes tranchantes étaient parcourues par son cosmos.
Elles se resserraient de plus en plus. Commençant à découper la Cloth qui se fissurait. Entamant les jambières d’un rouge vif, brisant les éperons orange en forme de petites ailes au niveau des chevilles.
Les genouillères en losange et les jambières rouges étaient corrodées.
Sa ceinture ornée d’une gemme orangée se repliait sur sa taille, lui écrasant les hanches.
Son plastron lui comprimait les côtes et la cage thoracique.
Le plumage de bronze de ses épaulettes et son casque qui redescendait le long de sa colonne nasale comme un bec d’oiseau craquelaient.
_ « Pourquoi ? Pourquoi un Saint d’argent au service d’Athéna peut-il la trahir ainsi après des siècles ?
_ L’enfer. Le Cocyte. Là où Hadès plonge chaque Saint d’Athéna lorsque vient son jugement. Nos vies de chevalier sont faites de sacrifices. Mais ils ne sont rien face aux épreuves qui nous attendent après. Tant d’efforts pour Athéna qui, depuis des siècles avant ma génération, et des siècles encore suivant la mienne, nous demande d’endurer les pires privations et de subir de multiples tourments, pour finalement être mis au supplice par Hadès jusqu’à la nuit des temps. Cela ferait réviser la foi de plus d’un Saint.
_ Tu veux dire qu’il existe d’autres Fantômes ?
_ Ah, ah, ah… Que tu es drôle ! Bien entendu. Durant tout ce temps, Athéna n’est jamais parvenue à renverser Hadès et à garantir aux êtres humains un repos paisible après la mort. C’est alors qu’enfouies sous ma dépouille, les racines de l’Utérus se sont connectées à mon âme torturée. Depuis la Pomme d’Or où elle était prisonnière, Eris proposa à d’anciennes gloires du passé, flouées comme moi, une vie éternelle où nous n’aurons plus à souffrir. Nous libérant du joug d’Hadès ! Là où Athéna en personne ne peut agir ! »
La flamme de la révolte brûla dans les yeux d’Apodis. Il fit scintiller sa Cloth : « Tu me dégoûtes. Je comprends que l’espoir puisse être mis à rude épreuve face au tourment ! Mais étant Saint ! Ayant été résolument tourné vers la certitude d’un jour meilleur qui sera apporté par ma génération ou les générations futures, je suis prêt à donner ma vie pour que ce jour soit l’annihilation du Cocyte et des autres Enfers ! Toi, en agissant ainsi, tu montres que tu ne fais que peu de cas de l'honneur ! Tu es prêt à n'importe quoi pour jouir d'une nouvelle vie ! »
Orpheus remarqua l’émanation de plus en plus forte d’Apodis : « Que fais-tu ? Tu espères te libérer de mon Requiem de cordes ?! Il est trop tard, nous arrivons au point culminant. La dernière note. Elle va parcourir les fils sous la forme d'une petite boule lumineuse et t’achever ! »
Avant que la lyre ne découpe totalement son armure puis sa chair, Apodis allongea les griffes de bronze de sa Cloth puis, en recroquevillant ses coudes devant lui pour invoquer sa technique, trancha les liens qui maintenaient le haut de son corps : « Shining Apus Claw ! »
Les trente neuf étoiles de sa constellation se relièrent dans le ciel et vinrent embraser son corps, libérant ses jambes de l’étreinte. Tel un rapace qui rasait le sol, il fondit sur Orpheus et déclencha une tornade de griffes enflammées.
Il passa derrière lui, faisant voler au passage quelques morceaux de Leaf protégeant son épaule gauche, mais surtout sa lyre.
Les sens encore brouillés, l’Oiseau de Paradis dut se réceptionner contre une des colonnes pour rester debout.
Il chercha son adversaire qui demeurait immobile, l’épaule saignante.
Alors qu’il aurait pu croire à plus de décontenance après cette riposte, Apodis lui déplora un fou rire sarcastique.
_ « Hum, hum, hum… Les Leafs… Rien à voir avec les Cloths d’argent. Sinon ma lyre serait encore utilisable à l’heure qu’il est.
_ Il n’est pas trop tard pour expier tes péchés. Athéna est juste. Repends-toi et conduis-moi à Eris. Athéna t’octroiera son pardon.
_ Es-tu bien sérieux, dit-il en se retournant vers lui ? A moins que ton maître ne fût qu’un faible qui se cachait derrière son instrument, n’oublie pas que la lyre n’est qu’une extension de notre Cloth ! Seul compte notre cosmos ! Et moi, j’étais un Saint d’argent ! Qu’est-ce qu’un cosmos de bronze face à un cosmos d’argent ! »
Il apparut devant un Apodis déstabilisé.
_ « Je suis beaucoup plus rapide, lui décocha-t-il un direct du droit qui le plia en deux ! Je suis bien plus fort, répéta-t-il du droit en plein visage ! »
Apodis dégagea en arrière, la protection nasale de sa Cloth fissurée.
Il traversa plusieurs colonnes doriques, avant qu’Orpheus n’arrive par les airs pour retomber les deux pieds en avant chargés de cosmos sur lui.
Le heurt laissa un cratère au creux duquel Apodis passa à travers les dalles pour retomber plus bas, à l’étage d’où il venait.
La force de l’impact le fit emmener sur son passage les toiles de Phonos qui tapissait les catacombes du sol au plafond.
Il retomba tête la première, entouré de soie, semblable à une larve dans son cocon, relié aux autres filaments qui aspiraient déjà son énergie…

Vainqueur, Milo avait repris son chemin.
Illuminant les lieux de sa cosmo énergie, il profitait des radiations pour brûler sur son passage les toiles de Phonos qui demeuraient.
Arrivé à l’encablure des deux escaliers, il n’eut pas le temps de se demander qui d’Aeson ou d’Apodis il rejoindrait selon le choix du chemin pris, qu’il entendit fondre dans son dos le danger.
_ « Paralyse Silk ! »
Plongeant en avant, il pensa éviter le danger. Mais lorsqu’il retrouva Phonos déjà debout devant lui à l’attendre après son acrobatie, tout autour de lui la salle était à nouveau couverte de toile.
_ « Il est plus rapide que tout à l’heure ! Et… Et sa soie plus épaisse ! Serait-ce les forces aspirées de ses victimes qui le rendent si fort ? Non, il n’y a pas que ça. L’éveil progressif d’Eris contribue grandement à sa force. Il faut faire vite. »
Phonos était debout, les yeux rivés sur Milo, tel un animal affamé devant sa proie.
Du sang s’échappait des quatre points d’impact, laissés plus tôt dans sa Leaf par l’Aiguille Ecarlate.
Pourtant, par l’émanation de son cosmos vermillon, les toiles continuaient de faire du hall un nid à l’avantage de l’araignée.
_ « Je crains que tu n’ais plus nulle part où aller.
_ Quatre aiguilles n’étaient pas suffisantes. Je t’ai sous-estimé, je le reconnais. Je ne ferai pas deux fois la même erreur.
_ C’est ce que nous allons voir ! Je vais te faire fermer ta… »
Phonos ne put finir sa phrase qu’il se retrouva paralysé.
_ « Restriction, murmura Milo déjà arrivé face à lui. »
Le chevalier décocha un direct, qui fendit le nez crochu de la Dryade.
_ « Ça c’était pour m’avoir empêché de sauver la Saintia la veille au Sanctuaire ! Et ça, prit-il un nouvel élan…
_ C’est pour avoir cru que tu pouvais me vaincre, riposta Phonos en plantant le tranchant de sa main dans le flanc droit de Milo, Despaired Bite ! »
Eclatant l’armure et entaillant sa chair, Phonos brisa la restriction et contra à la vitesse de la lumière son adversaire.
Milo fut repoussé dans la toile. Il resta suspendu dans les airs.
Après avoir essuyé son nez fracturé, Phonos avança jusqu’à la flaque de sang qui se formait aux pieds de l’ennemi. Il se baissa pour y goûter. 
Milo était circonspect. Malgré l’irradiation de sa cosmo énergie, la soie ne brûlait plus.
_ « Elle s’est renforcée si vite. Chaque seconde il est nourri d’une énergie encore plus forte. Au point de me devancer et d’ébrécher ma Cloth, déplorait-il au fond de lui. Ça ne peut être uniquement l’énergie d’Eris, elle n’a pas pu s’éveiller si vite… En si peu de temps… Et ses victimes… De simples civils du monde contemporain… Même s’il en dévorait des milliers… Non… Je ressens autre chose à travers ces liens… Je ressens aussi… Apodis ! Sa soie a réussi à absorber ses pouvoirs ! Ça signifie qu’il est en danger ! Il faut vite que je me libère… »
Délecté du plasma de sa proie, Phonos se redressa pour se mettre à la hauteur de Milo.
_ « L’araignée a dominé le Scorpion, arborait-il ses dents pointues avec appétits.
_ En es-tu si sûr, resta assuré Milo ?
_ Tu ne peux pas être en plus mauvaise posture.
_ Et toi donc ?! »
A cet instant un flot de sang éclaboussa Milo. L’hémoglobine jaillit de dix nouveaux alvéoles microscopiques faits dans la Leaf de la Dryade.
_ « Crois-tu que je m’étais contenté de te casser le nez tout à l’heure ? Visiblement ton déplacement à la vitesse de la lumière n’était dû qu’aux forces que tu subtilises à tes adversaires. On voit bien qu’il n’est pas dans tes habitudes de maîtriser une telle capacité. »
La Dryade tomba à genoux de douleur, repliant ses mains en croix pour tenter vainement de retenir les hémorragies qui partaient de tout son corps.
Finalement, c’est sa tête qu’il prit entre ses mains et il commença à se rouler parterre pendant que Milo se libérait grâce au tranchant de ses ongles rouges qu’il avait allongé.
_ « Je ne pense pas que tu mourras de tes blessures. C’est la folie qu’inflige la douleur des quatorze aiguilles qui aura raison de toi. »
Malgré ses yeux décolorés, brisés par la souffrance, Phonos qui commençait à convulser défiait Milo, qui brillait tel le soleil, pour se débarrasser une bonne fois pour toute des toiles.
Une fois face à lui, le Scorpion dirigea son aiguillon vers son ½il gauche et le lui transperça.
_ « Je voulais simplement m’assurer que tu ne simulais pas cette fois, justifia Milo à un Phonos hurlant de supplice les mains sur son ½il éborgné. Tu ne mérites pas l’Antarès. Mais je n’ai pas le temps de te voir agoniser. Adieu Phonos du Meurtre, annonça-t-il la sentence en abattant son talon sur le crâne de sa victime. »
Le geste, brutal, lui enfonça la tête dans les dalles de ciment.
Voyant que les nerfs faisaient encore leur effet, Milo ne prit aucun risque et répéta son geste plus puissamment encore, jusqu’à en faire éclater ses os et sa chair et être souillé à nouveau.
Cette fois-ci, plus rien ne bougeait. La victoire était acquise.

Plus loin, Naïra peinait à suivre la progression efficace de Shaka.
Celui-ci par quelques émanations de cosmos, semblables pour ses yeux de Saint de bronze à des rayons de lumière, balayait les Dryades.
Les armées d’Eris jaillissaient des renfoncements des murs ou bien se laissaient glisser le long des racines de l’Utérus.
Derrière lui, par quelques coups à la vitesse du son, elle achevait les ennemis les plus robustes et les plus téméraires.
Cela leur permit d’avaler les mètres de ce second étage, que leur a permis d’atteindre Jaguar par son attaque surprise.
Néanmoins, ils n’en voyaient pas le bout.
_ « A chaque mètre parcouru, nous débouchons dans une petite pièce qui n’a que pour seule issue un couloir dirigeant vers une direction opposée à celle d’où nous venons, déplora le Saint de bronze de la Colombe qui rejoignit encore Shaka. »
Celui-ci était immobile. Ses yeux clos étaient dirigés vers le nouvel embranchement qui était cette fois-ci obstrué par des vestiges effondrés.
_ « Cet étage est un vrai labyrinthe, poursuivit-elle. Je comprends que nous y fûmes invités par Jaguar. Ne devrions-nous pas forcer l’accès par le plafond ?
_ L’Utérus absorbe l’énergie de discorde et nourrit Eris. Lorsqu’une Dryade ou un Ghost Saint sont démis, cela équivaut à autant d’énergie dépensée inutilement pour lui. Néanmoins, quand notre cosmos est ébranlé ou repoussé cela l’engraisse. Notre cosmo énergie est une force à l’opposé de la sienne, une énergie négative dont il se nourrit. Tu as vu que la structure complète du palais était maintenue par l’arbre nourricier. Il fait partie intégrante des fondations. Rompre les murs, les sols, les plafonds, c’est heurter de notre énergie l’arbre et accroître sa force.
_ Je comprends, baissa-t-elle la tête, veuillez pardonner ma crédulité.
_ Ce n’est rien, la rassura-t-il d’un sourire mesquin, voilà pourquoi nous avons composé de telles équipes. Afin que les Saints de bronze profitent de l’expérience des Saints d’argent et à fortiori des Saints d’or. »
La Nord-coréenne jubilait d’être ainsi équipière d’un vénérable chevalier.
Toutefois, Shaka restait perturbé par la seule issue proposée : « L’accès à la pièce suivante est bloqué. Seule une trouée au sol nous propose de revenir au rez-de-chaussée. Cela nous oblige à poursuivre encore notre route vers le centre de la structure alors qu’il nous serait préférable de monter par le flanc. Un danger nous y attend à coup sûr. Sois sur tes gardes. »

A l’opposé de là, l’éboulement de quelques cailloux depuis l’étage au travers duquel il était passé, ainsi que le sang qui s’écoulait de sa plaie crânienne réveillèrent Apodis.
L’effondrement était causé par Orpheus qui se laissait glisser contre la pierre, avant de se raccrocher à la soie de Phonos, comme un animal allant de liane en liane pour atterrir devant.
_ « A en juger ton casque fissuré, tu dois ta survie à ta Cloth, examina-t-il le Saint de bronze qui tentait de se relever malgré la soie qui endiguait ses mouvements.
_ Cesse de fanfaronner ! Ce n’est pas terminé.
_ Qu’espères-tu franchement dans ton état ? Qui plus est, que peut espérer un Saint de bronze contre un Saint d’argent ?
_ Tout, affirma-t-il en s’extirpant des liens de Phonos à grands coups de serres ! Je suis déterminé à remporter la victoire et à tout donner pour ma cause. Cette détermination nourrit l’espoir ! Un sentiment qui t’a quitté toi qui ne crois plus en rien ! Toi qui as perdu l’espoir !
_ De bien grands mots, ferma-t-il les yeux avec dédain. Je vais te montrer qu’une Guerre Sainte ne se gagne pas que par les mots ! Stringer Requiem ! »
Bras tendus le long de son corps, paumes de mains ouvertes vers Apodis, doigts grands écartés, Orpheus fixait son adversaire avec confiance.
_ « Tu es devenu fou Fantôme, fanfaronna Apodis sans remarquer l’émanation de cosmos d’Orpheus ! La perte de ta lyre t’a…
_ Quoi ? J’écoute ! Ah moins que ta gorge ne soit nouée ? Comme si les cordes de ma lyre te serraient de nouveau ?! Tu es bien crédule de penser que sans ma lyre je suis sans moyens. Des années durant, mon corps a subi les effets du Stringer Requiem. Le supportant puis l’acceptant. L’assimilant à ma cosmo énergie. Si bien que les effluves de mon aura retentissent comme les cordes de ma lyre. Tu n’as pas besoin de tendre l’oreille pour l’entendre. Mon cosmos, comme le son de ma lyre, pénètrent ton corps et impactent ton système nerveux. Lorsque j’aurai poussé mon cosmos à son paroxysme, alors se jouera ma dernière note et tu tomberas inerte. Privé de tes cinq sens, attendant la mort que je te donnerai d’un coup tranchant au c½ur. Adieu ! »
Orpheus continuait de relâcher son cosmos bleuté. Celui-ci, tourbillonnant dans l’atmosphère, emportait peu à peu Apodis dans les abîmes.
_ « Je ne sens plus mon corps… J’étouffe, je n’arrive plus à respirer… Ma gorge est sèche, j’aimerai crier ma souffrance mais aucun son ne vient… Je n’entends plus ses sarcasmes… Et je n’aperçois plus que le bleu profond de son cosmos… Et ses vibrations… Sa cosmo énergie vibre en moi… A chaque claquement de corde je sens mes nerfs lâcher…
_ Le final arrive. Sens-tu la mort t’ouvrir les bras ?
_ … Pourtant, comme lorsque j’ai entendu lors de notre rencontre son instrument, cette sensation m’est familière. Je l’ai déjà éprouvé. Comme… Comme lors de mon apprentissage avec Maître Orphée… Ces moments de paralysie contre lesquels je devais lutter en embrasant mon cosmos. Ces moments de rythmes accélérés sur lesquels je devais coordonner mes mouvements pour augmenter ma vitesse. J’ai déjà ressenti ça. Ça n’était pas si fort. Pas si agressif. J’étais l’apprenti d’un professeur patient. Mais aujourd’hui je suis un Saint. Je peux endurer plus de souffrances. Je l’ai déjà fait.
_ Et voici la dernière note ! »
Alors que le maelström bleu s’activait, celui-ci verdit fortement au contact d’Apodis.
_ « … Si je ne le fais pas, il prendra à revers Naïra… »
Le mouvement circulaire de cosmos ralentit, prenant une teinte olivâtre.
_ « … Si je ne le fais pas, je décevrai Aeson, Rigel, Mayura, Georg, Juan qui voient leur frère Orphée à travers moi… »
L’aura cosmique d’Orpheus ne bougeait plus, elle était suspendu sous une couleur tangerine.
 _ « … Je ralentirai la progression de Milo, Shaka et Aiolia. J’échouerai. Je ferai honte à Athéna… »
La masse de cosmo énergie était maintenant orange, semblable à l’effluve cosmique de l’Oiseau de Paradis.
_ « … Je permettrai à Eris de renaître pleinement. Je donnerai raison à cet Orpheus ! Je ne serai pas digne de prétendre vouloir renverser les Enfers et apporter la paix durable aux hommes ! »
Le mouvement d’air tournoya alors en sens inverse, du même éclat orange que le cosmos d’Apodis.
_ « Il me renvoie ma note ultime, déplora Orpheus. Sa cosmo énergie brûle la lumière du soleil couchant !
_ Orpheus ! Tu te trompes en croyant pouvoir écraser mon cosmos d’espoir avec ton cosmos sinistre ! Je ne céderai pas à ton fatalisme !
_ Dans ce cas je concentrerai ma dernière note dans ce poing et te transpercerai le c½ur si le son de mon cosmos n’atteint plus ton cosmos crédule ! J’ai déjà vu ta technique, tu ne m’atteindras pas deux fois ! Stringer Requiem, se jeta à contre courant Orpheus.
_ Le Shining Apus Claw n’est pas la seule technique que m’a enseignée votre lointain successeur. Je laverai l’honneur des Saints d’argent de la Lyre avec mon Battement d’Ailes Majestueux ! Wing Jikan No Yoyu ! »
Apodis abattit d’abord ses bras pour souffler son énergie contre Orpheus et ralentir sa course.
Il relança ses bras en arrière tel un rapace, se donnant de l’impulsion avant de piquer sur sa proie.
Le vent brûlant fut si fort qu’il immobilisa le Fantôme, incapable de déclencher son coup à une vitesse propre de celle d’un Saint d’argent surpassant son sujet. Le Saint de bronze esquiva d’un mouvement d’épaule et lui déchira l’abdomen.
Le Ghost Saint chuta tête la première sous le puit de lumière créé par la chute précédente d’Apodis. Son corps retomba sur le dos, exposant son plastron perforé, les morceaux de sa Leaf soudés à sa chair par son sang caramélisé, brûlé par l’Oiseau de Paradis.
Autour de lui, puis, sur son corps, germèrent des fleurs jaune orangé.
A bout de force, Apodis chancela jusqu’à lui.
Il ne lui fit même pas l’honneur de le fixer dans les yeux pour l’accompagner dans son agonie.
Il se laissa tomber à genoux, à bout de force, la tête levée vers la cavité qu’il avait occasionnée malgré lui un peu plus tôt. Un ½il sur deux ouvert, il laissait le soleil caresser son visage souillé de son sang.
Autour de lui, les pétales de fleurs, des soucis, que laissaient peu à peu le cadavre d’Orpheus, virevoltaient au gré de la brise.
_ « Maître Orphée… Cette victoire, je vous la dédie, finit-il par s’écrouler. »
Fleurs associées depuis l’Antiquité à la douleur et au chagrin, les soucis emportèrent Orpheus en symbolisant l’affliction ressentie par Apodis lors de la disparition de son respecté professeur…

Au loin, aussitôt descendus dans les décombres des catacombes, Shaka et Naïra se virent bloquer la route par un Ghost Saint : « Je vous attendais Saints ! »
Immédiatement, Naïra reconnut leur opposant : « Une Cloth… Du moins, une Leaf reprenant les traits d’une Cloth ! Bien que la sienne soit plus détaillée, elle ressemble beaucoup à celle utilisée par Ptolémy Saint d’argent de la Flèche.
_ Une évolution de l’armure au fil des générations je présume, compléta Shaka. »
L’homme à la tunique blanche sous sa Leaf bleue engagea les hostilités : « Je suis en effet un Fantôme. Maya Ghost Saint de la Flèche. Et je vais vous tuer au nom de la déesse Eris ! »
Il s’élança contre Shaka, premier rempart, qui vint à sa rencontre dans les airs pour couper son élan.
Les deux hommes s’échangèrent brièvement quelques coups au corps à corps, que chacun veilla à esquiver.
Retombant tous les deux dans des directions opposées à celles prises au départ, Maya se retrouva pris en étau entre Shaka et Naïra.
La Saint de bronze en profita pour l’attaquer dans son dos en frappant une multitude de coups à la vitesse du son.
Alerte, capable de se déplacer à une vitesse variant de mach 2 à mach 5, Maya esquiva si vite que Naïra eut l’impression qu’il s’était démultiplié par cinq.
_ « A mon tour, enchaîna t’il : Hunting Arrow Express ! »
Maya lui envoya d'innombrables flèches illusoires faîtes de cosmos qu’elle reçut de plein fouet. Martelée, rayant son armure blanche et crème, elle retomba en arrière, étourdie, à la merci de la pluie de Flèches de Chasse qui continuait de déferler.
Capable de mélanger illusions et véritables flèches gorgées de poison pour tromper sa cible, Maya espéra l’achever par une pointe matérialisée.
Quand tout à coup, à la vitesse de la lumière, Shaka devança l’arme en traversant la pièce jusqu’à sa camarade. Il saisit la flèche au vol et la brisa en serrant le poing.
_ « Ce Ghost Saint, aussi pourri soit-il, faisait parti des Saints d’argent. A coup sûr, il est plus rapide et fort que toi. Le danger est trop grand. Je me charge de lui. Toi, poursuis ta route et déblaye-moi le passage des miteuses Dryades qui y pullulent. »
Flageolante, Naïra s’aida de la main tendue par Shaka pour se remettre d’aplomb.
Sans broncher, elle s’exécuta et passa devant le Ghost Saint qui ne s’en soucia pas…
Flashback

Le serveur, en pleine course, vient servir Kyoko et Mars : « Attention Mademoiselle Monsieur ! »
Le récit sanglant d’Eris interrompu, la réincarnation d’Arès ne put se retenir de claquer sa langue contre son palet d’effroi. 
Profitant de ce monde contemporain qu’elle voue à la discorde, Eris trépigne à l’idée de recevoir sa coupe de champagne…


Pendant ce temps à Asgard, au Walhalla, Hilda, Freya, Hagen et Siegfried échangent leurs opinions, attablés dans une des salles de réception du château.
La grande pièce est si calme, que les quatre amis peuvent entendre le bois craquer dans la cheminée.
Les bras croisés, callé au fond de sa chaise, Siegfried tourne volontairement la tête en direction des flammes pour montrer son mécontentement au sujet de l’arrivée de Thétis, inconnue en ces terres.
Hilda tapote inexorablement ses ongles sur la table massive en chêne en écoutant sa s½ur.
_ « Je t’assure ma s½ur, c’était magnifique, piaffe Freya.
_ Il est vrai que nous avons assisté à un… Comment dire… Les mots me manquent, tente de confirmer Hagen discret jusqu’ici…
_ Un spectacle merveilleux, achève Freya !
_ Hum, se racle la gorge Siegfried… Toujours est-il qu’il s’agit d’un visiteur de plus. Ces derniers mois, la visite d’un étranger n’a jamais rien auguré de bon.
_ Il s’agit d’une voix d’ange. Elle a à peine ouvert la bouche, que nous étions sous son charme. »
Brusquement, Hilda se lève et leur tourne le dos : « Peux-tu me dire Freya ce que tu faisais d’un temps pareil dehors pour ramasser cette intruse ?
_ Je… J’étais avec Hagen, dans la grotte de lave. En sécurité. Et ne le gronde pas ma s½ur, c’est moi qui ai insisté pour l’accompagner ! »

Un long silence parvient à ramener tout le monde au calme, jusqu’à ce qu’Hilda prenne sa décision : « Nous attendrons qu’elle se réveille et nous la questionnerons. Si j’estime qu’elle ne représente aucun danger, alors nous la laisserons partir. »
Pour la première fois de sa vie, Siegfried bondit de colère devant Hilda : « Majesté ! C’est de la folie ! Aussi innocente, belle ou enchanteresse puisse être cette femme, elle n’a pas moins résisté à un froid qui pourrait tuer jusqu’au meilleur de nos hommes. Une bataille fratricide vient d’avoir eu lieu au Sanctuaire. Athéna est affaiblie et n’importe quel dieu ennemi pourrait en profiter pour attaquer ses positions alliées, dont nous. »
Prise de rage devant l’attitude de son ami et face au spectacle polaire auquel elle assiste depuis la fenêtre, Hilda s’emporte : « Nous ne sommes alliés de personne. Ces derniers millénaires nous nous sommes évertués à rester neutres face aux Guerres Saintes qui nous entouraient. Nous sommes restés silencieux face à la souffrance qui résulte de notre mission sur Terre. Je n’ai pas besoin de recevoir d’ordres du Sanctuaire, ni d’étudier des stratégies les concernant, pour prendre une décision qui n’incombe qu’à moi-même. »
Vexé, Siegfried quitte furieux la pièce en claquant la porte.
D’un hochement de tête complice, Freya invite Hagen à sortir rejoindre leur ami.
Seule avec son aînée, Freya pose une main innocente sur son épaule.
_ « Ma s½ur…
_ Pardonne ma réaction Freya, tombe à genoux Hilda. Je suis simplement fatiguée ces temps-ci. La météo capricieuse exige que j’offre davantage de prières et d’énergie à Odin. Je suis exténuée.
_ Et ce que tu as dis… Sur le Sanctuaire ?
_ Nous avons toujours été fidèles à Athéna. C’est juste que le comportement de Siegfried m’a fait sortir de mes gonds. Sa présence à mes côtés me perturbe de plus en plus. J’aimerai garder le dessus, rester maîtresse de mes sentiments.
_ Pour moi qui te connais si bien, ce n’est pas dur à deviner que tu l’aimes. Et, dans l’autre cas, tout le monde peut le deviner. Depuis toujours Siegfried t’… "
Habituée aux interruptions aujourd’hui, Hilda peut entendre la voix grondante d’un gardien l’appeler du bout du couloir : « Majesté ! »

Très vite, les s½urs de Polaris débarquent devant la chambrette où tous les hauts dignitaires qui peuplent le château sont déjà amassés.
Par curiosité, par appréhension après les derniers évènements, ou par pure gentillesse pour cette voyageuse égarée, toute la cour du Walhalla est présente.
A mesure qu’elle s’écarte pour laisser Hilda avancer dans la pièce, Freya se hâte de trouver Bedra de Edel et Syd de Mizar, son couple d’ami.

A l’intérieur, soutenue par Lyfia, la dame de chambre des Polaris, Thétis ramène timidement à peine assez de drap pour couvrir la totalité de son buste aux formes généreuses.
Surplombant Lyfia de sa haute stature, Andreas, le médecin de la cour, rassure la Prêtresse d’Odin d’un hochement de tête quant à l’état de santé de l’intruse.
Alors, Hilda peut tomber sur le regard améthyste de la Suédoise aux cheveux fins qui descendent sur ses épaules et sa poitrine dénudée.
_ « Votre altesse, baisse honteusement la tête Thétis.
_ Vous savez qui je suis ?
_ De longs cheveux oscillant entre l’azur et le mauve, un regard plein de tendresse, des lèvres pulpeuses prêtes à ne dispenser que de généreuses paroles. Voilà la description qu’on m’a faite d’Hilda de Polaris. »
Les yeux de Thétis témoignent d’un profond respect mais aussi d’un charme indiscutable.
Gênée, Hilda n’en perd pas moins son bon sens : « Asgard est une contrée dont personne de la vie contemporaine ne connaît l’existence. Qui a pu vous parler de moi ? »
Avec aplomb, la Sirène assure : « Alexer de Blue Graad. »
Têtu et prudent, Siegfried pénètre dans la pièce et rétorque : « Blue Graad. Astucieux comme idée. Si nous voulons vérifier cette information, il nous faudrait plusieurs jours pour nous y rendre et y revenir. Après avoir attendu la fin de la tempête bien sûr. »
Accompagné de son frère ainé, lui aussi curieux de cette présence fortuite, Siegfried se laisse baisser d’un ton après que Sigmund lui cramponne l’épaule.
Thétis reste calme, serrant un peu plus fort et remontant un peu plus haut ses couvertures pour se fondre en victime.
_ « Je ne suis qu’une musicienne itinérante. D’ordinaire j’offre mes chants dans les contrées de Sibérie en échange du gîte et du couvert. C’est lors de mon passage à Blue Graad, certes aussi peu connu du monde contemporain qu’Asgard, mais plus accessible pour les personnes originaires depuis toujours de l’extrême nord de la Sibérie orientale, qu’on m’a parlé de votre contrée. Eloignée, seule et souffrant d’un climat encore plus hostile que la citée d’Alexer. Vivant depuis toujours dans la solitude et la douleur du froid, j’ai voulu découvrir votre royaume et peut-être réussir à réchauffer vos c½urs avec ma voix ?
_ Ma petite s½ur m’a vanté en effet votre voix d’ange, serait-ce trop osé de vous demander votre nom et de me laisser apprécier votre art ? »
Sans même lui répondre, Thétis entrouvre la bouche pour aspirer lentement l’air qui lui permettra de dégager le son mélodieux de sa voix.
Dès cet instant, par la sensualité du mouvement de ses lèvres et son regard envoûtant, la foule se sent hypnotisée. Un silence absolu permet même aux enfants les moins disciplinés d’apprécier le chant dès sa première note.
Encore plus que les autres, Hilda se sent absorbée, son regard demeure dans celui de la voyageuse, pendant qu’elle tremble de tous ses membres.
Cette manifestation sonore, douce et mélodieuse subjugue les nobles présents à l’entrée de la pièce, jusqu’à Siegfried, qui perd sa grimace méfiante.
Et c’est seulement lorsque cette symphonie improbable et merveilleuse commence à se perdre dans le calme de l’appartement que le futur Guerrier Divin réalise : « Le moindre danger aurait pu survenir, je n’aurai su m’en apercevoir tant ce prodige m’ensorcelait. » 
Lorsque le chant s’achève enfin, l’artiste répond alors : « Je suis Thétis, la vagabonde. »
Même sans être récités, ces mots avaient une ligne mélodique particulière. Ce fil harmonique ramène Hilda à elle. Son c½ur bat encore à s’en rompre la poitrine, ses jambes demeurent faibles à l’idée de la porter. Mais pour rien au monde, elle n’abandonne les yeux rosés de cette virtuose.

Enfin l’assistance s’extirpe de cet état de transe.
Très vite les chuchotements quotidiens reprennent leur droit pour ne parler que d’une seule et même chose, l’artiste à la voix d’ange. Une voix… 
_ « De sirène, complète dans son esprit Siegfried ! »
Bien trop soupçonneux pour ne pas rentrer dans le même jeu que les siens, le défenseur d’Odin refuse de se laisser convaincre si facilement.
Abandonnant ses compatriotes, il s’extirpe de la prise de Sigmund et quitte furieux la chambre sans que cela ne passe inaperçu aux yeux de Thétis.

Mimant avec complaisance son innocence, Thétis s’inquiète d’Hilda.
_ « Majesté. Vous semblez soucieuse. Ma prestation n’a-t-elle pas été à la hauteur ? »
L’effet de surprise achevé, progressivement, la foule abandonne la chambre d’accueil où seules les s½urs de Polaris, Hagen, Lyfia, Syd et Bedra conversent en compagnie de leur hôte.
Andreas, après avoir contrôlé la température de Thétis, prend également congé.
Hilda est toute gênée de se confesser ainsi devant ses proches : « Veuillez m’excuser. Du tout, j’ai été intensément… Déstabilisée. »
Un léger sourire, timide et affectueux sur les lèvres de la Prêtresse d’Odin passe inaperçu puisque Freya, d’un air enfantin, supplie sa s½ur : « Alors elle peut rester ? Hein grande s½ur ?! Dis grande s½ur ?! »
Ne pouvant refuser après avoir avouée à demi-mot sa soudaine passion, Hilda rassure sa cadette : « Thétis pourra rester ici cette nuit. Je vais lever la garde devant sa porte. Elle pourra aller et venir à l’intérieur du Walhalla à sa guise, afin de découvrir toutes les richesses de notre culture. »
La Sirène agrippe la main d’Hilda et baisse la tête en sa direction. Durant sa flexion elle frôle volontairement la poitrine de la majestueuse Nordique.
Hilda est de nouveau perturbée par ce geste et la douceur de la peau de la svelte inconnue qui poursuit ses compliments : « Je ne mérite pas de tels égards votre Majesté. Je ne sais comment vous remercier pour votre hospitalité. »

Author Topic: Chapitre 75  (Read 465 times)

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