Chapitre 59

Chapitre 59

Cela fait plusieurs minutes que Seiya tourne en rond dans la cour de l’orphelinat « Les enfants des étoiles ». Il shoote d’un léger coup de pied, chaque caillou sur son passage pour tuer le temps.

Ces dernières semaines de répit permettent à la Fondation Graad et au Sanctuaire, d’accroître tous deux de leurs côtés, les recherches sur les parties de l’armure d’or qu’ils leur manquent.
Après la tragédie qui a touché Shiryu, Saori a choisi d’élaborer un plan d’attaque en compagnie des Steel Saints, afin d’accorder un peu de repos à Seiya, Hyoga, Shun et Ikki.
Ce 28 novembre 1986, le Saint de bronze de Pégase a choisi de se changer l’esprit, en rendant visite à son amie Miho.

Tout à coup, la cloche de la chapelle sonne et aide à calmer l’impatience de Seiya. « Enfin, les enfants ont fini leurs devoirs. Miho va pouvoir se libérer. Cela fait tellement longtemps que je ne l’ai pas vu, réfléchit-il. »
Le tintement de la cloche le laisse songeur : « Seika, grande s½ur, que j’aimais écouter cette cloche ici jusqu’à ce que nous soyons séparés. Entendre de nouveau ce son me rend nostalgique. Je me rappelle les fois où tu me racontais que nous habitions une petite maison avec nos parents, près d’une église. Hélas, je n’ai plus aucun souvenir d’eux. Et toi Seika, il ne me reste plus que ton visage et le souvenir de ta voix. »

Brusquement, il se sent tiré par le bas. Il revient à lui et reconnaît Makoto et ses amis, Akira et Tatsuya, accrochés à son pantalon : « Ah ! Les enfants ! C’est vous ! »
Les trois amis malicieux répondent à tour de rôle :
_ « Ça fait un moment qu’on t’appelle sans tu répondes, commence Tatsuya.
_ Tu pensais à Miho n’est-ce pas, le taquine Akira.
_ On peut dire ça, joue le jeu Seiya.
_ Vous feriez un joli couple si vous n’étiez pas aussi maladroits, conclut Makoto !
Le sourire aux lèvres, le trio s’exclame bien fort et à plusieurs reprises : « Ils sont amoureux, ils sont amoureux… »
Préférant ne pas attirer l’attention des autres membres du personnel de l’orphelinat, Seiya leur murmure : « Oui, oui, si vous voulez, mais gardez ça pour vous hein. »
Puis, en leur tendant un sachet de friandises d’une main, il leur fait signe de l’autre de prendre le large.
Makoto saute pour le lui arracher des mains et s’éclipse avec ses camarades pour les déguster sans être importunés par les autres enfants.

Sur leur passage, les garnements croisent Miho que Seiya aborde avec un sourire affectueux.
_ « Cet orphelinat est un véritable havre de paix pour moi. J’aime m’y ressourcer.
_ Si bien que cela fait plus d’un mois que nous ne t’y avons pas vu. Tu étais encore entrain de risquer ta vie je suis sûre. »
Face à l’air contrarié de Miho, Seiya passe sa main derrière sa tête en faisant l’idiot : « Mais non, mais non voyons.
_ Je ne comprends toujours pas pourquoi tu t’entêtes à aider cette fille, qui est la cause de tous tes malheurs. »
Un petit sourire apparaît alors aux coins des lèvres de Seiya, tandis qu’il l’attrape par l’épaule : « Si je suis ici aujourd’hui, c’est pour être avec toi. Pas pour parler de Saori. Ici je peux réellement me détacher de tout. En ta présence, je peux être simplement moi-même, Seiya, et pas le chevalier Pégase. »
Elle lui renvoie affectueusement son sourire charmeur et aborde des sujets plus réjouissants.


Au loin, au même moment, depuis une colline, Shun et Ikki observent la mer.
Réunis dans un cimetière, le c½ur de Shun vrombit dans sa poitrine à l’idée que son frère soit à ses côtés.
Sa mine radieuse adopte un rictus plus affecté, lorsqu’il se recueille sur une tombe. « Depuis que nous sommes devenus alliés, nous nous recueillons ici régulièrement. De plus en plus souvent ces temps-ci. Peut-être est-ce le fait que Saori nous ait sauvé de la mort lors de l’explosion de Death Queen Island qui a permis à Ikki de réaliser que les dangers que nous allions rencontrer allaient devenir de plus en plus périlleux, s’interroge-t-il ?
Tandis que ses pensées s’égarent, Shun verse une larme.
Ikki le reprend vite : « Ne pleure pas Shun. Si tu le fais parce que l’amour de nos parents te manque, ils ne reposeront jamais en paix.
_ J’ai du mal à me souvenir de leurs visages, mais il me manque terriblement.
_ Moi je me souviens d’eux. Tu ressembles beaucoup à notre mère, affirme Ikki le visage dénué de toute émotion. »
Shun sort alors de sous son maillot un médaillon en forme d’étoile, avec l’inscription « Yours Ever » gravée dessus.
Ikki sourit enfin : « A bien y penser, Esméralda te ressemblait beaucoup aussi. Cela doit être un signe du destin. Andromède veille sur moi.
 _ Ne dis pas de bêtises, celui qui veille sur l’autre depuis le début c’est toi, se vexe Shun les yeux larmoyants.
_ Cesse donc. Au final, nous avons tous soufferts mille morts pendant six longues années, payant de notre chair et de notre sang, pour supporter le poids de cette destinée qui a fait de nous des chevaliers. »
Shun écoute la respiration profonde de son aîné, comprenant toute la peine qui le submerge, en repensant au passé et à Esméralda.

Soudain, le tonnerre gronde.
_ « Ikki… Le ciel s’obscurcit. Un orage est à prévoir.
_ Tu ferais mieux de rentrer.
_ Tu ne rentres pas à la résidence Kido avec moi ? »
En guise de réponse, un éclair fendit le ciel, suivi d’un nouveau grondement.
Ikki tourne le dos à son cadet : « Je te l’ai déjà dit, je ne supporte pas d’être au sein d’un groupe. Ne t’en fais pas, je me présenterai bientôt à la base secrète du Colisée pour faire le point avec vous. »
Andromède commence à le suivre mais Phénix stoppe son avancée : « Shun, nous autres Chevaliers, nous sommes prêts à mourir à chaque instant pour Athéna. Je ne sais pas quand nous pourrons nous recueillir à nouveau sur cette tombe. Cependant, nous ne devons jamais renoncer. Bats-toi jusqu’au bout, comme un homme. »
Shun se résigne à laisser partir Ikki. Il tourne les talons à son tour et murmure : « Je t’en fais le serment devant notre mère. »
Sous cette promesse, une plus battante se met à tomber.


En Tanzanie, devenue au fil des années une montagne emblématique, le Kilimandjaro est très prisée par les milliers de randonneurs qui réalisent son ascension, tout en profitant de la grande diversité de sa faune et de sa flore.

En marge des sentiers empruntés par les visiteurs, au sommet de la montagne, sur la calotte de neiges éternelles, se dresse une cabane.
À l’aspect vétuste, l’habitation est animée par la concentration cosmique d’un habitué des lieux.
De son mètre quatre-vingt-un, imposant ses quatre-vingt-trois kilos, Ban concentre dans son poing son cosmos.
Son visage arbore un sourire fier, sous les yeux d’une vieille dame, rabougrie, encapuchonnée et au visage dissimulé sous un masque. Plus dans l’idée de protéger ce corps flétri, que de le cacher, l’ancienne ne permet même pas de voir l’état de son âge fort avancé. Même Ban, qui a passé six ans de sa vie à ses côtés, ne sait pas à quoi elle ressemble. Il n’a même pas idée de la forme de son masque. Elle reste une énigme, tout comme son véritable nom. Depuis qu’un représentant de la Fondation Graad l’a déposé en ces lieux, cette personne venue l’accueillir se fait appeler « Dame Leo ».
Malgré tout le mystère qui l’entoure, cela ne l’empêche pas de féliciter d’une voix caverneuse son apprenti : « Félicitations Ban. Tu as fait beaucoup de progrès depuis ton retour du Japon. »

Le chevalier du Petit Lion relâche son attention et ôte son maillot, pour essuyer son front qui perle de sueur : « Je n’aurai jamais pu y arriver sans vous Dame Leo. »
Il traverse la cahute pour y chercher un peu d’eau qu’il a collecté dans un récipient.
Après s’en être délecté, il reprend : « Je pense être en mesure de rejoindre Seiya et les autres. La situation a dû empirer depuis notre départ. Ils doivent avoir besoin de nous.
_ Tu n’es pas encore prêt.
_ Pourquoi ?
_ Parce que tu imagines la situation au Japon sans en être certain. Un vrai Saint sait concentrer son attention sur le monde qui l’entoure. Si tu avais plus de discernement, tu saurais ce qu’il en est réellement. »

Ban soupire face à son incompétence. Il se penche sur l’embrasure de la lucarne qui lui sert de fenêtre et observe sa Pandora Box qui repose dans la neige : « Comme toujours, vous devez avoir raison. De plus, je doute que mon armure se soit remise des dommages subis lors de la Galaxian War. »
Dépité, il part s’allonger sur l’unique couche de la demeure : « Quand serais-je capable de devenir comme vous ? Vous ne dormez jamais, vous ne mangez jamais, vous savez tout sur tout. »
La gorge enrouée de Dame Leo ricane : « Ah, ah, ah. Cette réflexion prouve davantage que tu n’es pas prêt. Peut-être l’épreuve qui t’attend t’aidera à y voir plus clair.
_ L’épreuve qui m’attend ?
_ Oui, concentre-toi… »


Sous une pluie semblable à des rafales de mitraillettes, Shun, trempé jusqu’aux os, se presse de rentrer dans le manoir de la résidence Kido en réfection après les assauts de Docrates et de l’Ennetsu Saint.

Il tombe malencontreusement en plein banquet organisé par Saori. Celle-ci a réuni tous les responsables des services du bâtiment de la Fondation Graad pour remettre à neuf au plus vite les ailes ravagées par l’ennemi. S’en est suivi un cocktail, au beau milieu duquel Shun fait tâche dans cette tenue.

Cette irruption n’est pas du goût de Tatsumi, qui s’empresse de le gronder discrètement : « Imbécile ! Que fais tu ici et dans cet état ? N’as-tu pas vu nos invités ? Je t’ai pourtant déjà dit d’utiliser la porte de derrière ! »
Confus, Shun fait immédiatement une révérence aux invités, pour s’excuser de son manque d’éducation et commence à rebrousser chemin, jusqu’à ce que la réincarnation d’Athéna intervienne : « Ce n’est rien Shun. Tu ne nous déranges absolument pas. Qui pourrait passer à travers les gouttes par ce temps ? Monte vite te réchauffer veux-tu.
_ M… Mais, Mademoiselle, tente de s’excuser Shun…
_ Mademoiselle Kido, vous ne devriez vous montrez aussi complaisante avec ces bons à rien. Ils sont suffisamment malpolis comme ça, surenchérit le majordome.
_ Tatsumi, je vais raccompagner mes invités. Emmène donc Shun à sa chambre. Tu le porteras sur ton dos jusque là-haut, nous n’allons pas le laisser monter ainsi, ordonne Saori ne supportant plus l’attitude méprisante de son second.
_ Comment !? Moi, le porter ?!
_ Faut-il que j’insiste ? »
Sous les rires des plus hauts responsables et investisseurs de la Fondation Graad, Tatsumi se courbe pour faire monter Shun en grommelant : « Bien. A présent grimpe Shun. Et vite ! »
Pendant qu’il monte les marches, Tatsumi fulmine : « Ignores-tu que les dieux nous ont gratifié d’une chose dénommée pudeur ?! Tâche donc de t’en rappeler la prochaine fois ! »


Averti d’une étrange présence en les lieux par Dame Leo, Ban jaillit de sa tanière torse nu.
Ses sens sont en alerte : « Vous avez raison Dame Leo. Je ressens une présence menaçante approcher. Cela est d’autant plus étrange que nous sommes sur un lieu que jamais personne n’approche d’ordinaire. »
Un coup d’½il à gauche, un autre à droite, Ban tourne plusieurs fois sur lui-même, totalement affolé : « Je suis de plus en plus oppressé. Une cosmo énergie me défie. »

Enfin, un rire fripon, au timbre doux et féminin, lui permet de localiser son adversaire. Celle-ci, une frêle demoiselle vêtue d’une robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche, présente une allure sensuelle. Des mèches de ses fins cheveux châtains passent par-dessus un masque qui camoufle son visage. Celui-ci lui permet à Ban de comprendre qu’il s’agit d’une femme chevalier : « Qui es-tu ? Pourquoi te moques-tu ? »
L’aura verte de la cosmo énergie de l’intruse, fait apparaître derrière elle une armure dont le totem représente une couronne de feuille.
Le Japonais se met aussitôt en garde : « Incroyable. Elle a fait venir à elle sans difficulté son armure. Je comprends maintenant pourquoi Dame Leo insiste sur mon inexpérience, confesse-t-il. »
L’armure se sépare et prend forme en un éclair sur la femme chevalier. Couverts de ses pieds, surélevée par des talons aiguilles, jusqu’en haut de ses tibias par des jambières vert pomme, ses membres sont habillés par des genouillères marrons qui couvrent également le bas de ses cuisses. Cette couleur de feuilles mortes maquille également ses épaulettes aux pointes acérées et le bustier qui couvre sa petite poitrine. La couleur vert clair, se retrouve à hauteur des pièces du thorax et des avant-bras. Un diadème, à la forme d’une couronne de feuilles, couvre le tour de son crâne et enfin, une ceinture de bronze lui protège la taille et maintient contre elle sa robe blanche, dont le bas retombe comme un voile sur ses jambières.

Inquiet, Ban guette du coin des yeux sa propre armure vers laquelle il espère se précipiter.
Toutefois, l’importune, devinant ses intentions se dresse entre eux deux.
Ban s’insurge : « Qui es-tu à la fin ? »
Une voix délicate, contrastant totalement avec l’attitude provocante observée jusqu’ici, répond : « Je suis Hasu Saint de bronze de la Couronne Australe. J’ai été missionnée par le Grand Pope en personne. Le Sanctuaire vous condamne, vous, chevaliers de bronze, qui avez désobéi à la loi du domaine sacré en vous montrant en spectacle lors d’un tournoi, en refusant de vous soumettre aux ordres de notre Grand Pope et donc à ceux de notre Majesté Athéna, en vous alliant à cette Saori Kido qui prétend défendre la justice. Pour cela, la sentence est la rédemption ou la mort. »

Désinvolte, Ban se retourne vers Dame Leo : « Le Grand Pope, c’est bien le chef de tous les chevaliers ? Celui qui vit dans ce que vous appelez le Sanctuaire n’est-ce pas ? »
L’ancêtre hoche la tête d’un geste affirmatif.

L’attitude de Ban provoque le mépris d’Hasu : « A qui parles-tu ? L’annonce de ta mort t’aurait-il déjà fait perdre la tête ?
_ Pardon ?! Je parle à mon professeur bien entendu, rétorque Ban l’air étonné.
_ Oui, bon, tu sembles être une cause perdue. Ta mort ne peut-être qu’un bien dans ce cas.
_ Ta décision semble prise à mon sujet. Je regrette que tu sois si catégorique. Je comprends que la Galaxian War soit à l’encontre des principes de la chevalerie, mais je reste perplexe quant à l’acharnement dont nous faisons preuve. Lorsque j’ai quitté le Japon, mes amis affrontaient des envoyés du Sanctuaire. Et la cause de leur présence était tout autre que de punir notre outrage à la chevalerie. Ils souhaitaient récupérer l’armure d’… »
La Saint ne le laisse pas terminer. Elle lui colle un violent uppercut, qui l’envoie choir sur son postérieur.
Ban se relève en se frottant le menton : « La volonté du Sanctuaire de nous éliminer cache quelque chose. Tu dois m’écouter. »
En guise de réponse, Hasu réitère son assaut.
Cette fois-ci, Ban se saisit du poing d’Hasu et la fait passer par-dessus son épaule pour l’encastrer dans le sol neigeux : « Ça suffit ! Si tu ne veux pas entendre raison, je ne me laisserai pas vaincre sans combattre. »
Elle se redresse sans mal : « Quelle prétention ! Elle est à la hauteur de celle de Saori Kido qui se fait appeler Athéna ! »
Décontenancé par cette nouvelle, Ban se laisse surprendre par un coup de pied derrière les genoux qui le désarçonne. Hasu enchaîne avec une dizaine de coups de poings qui lui rossent le visage.
Le Petit Lion s’effondre dans la poudreuse.


Sous une douche bien chaude, Shun masse son corps avec le savon.
A la différence de Seiya et des autres qui présentent un corps viril sculpté par l’entraînement, Shun arbore des formes aussi élancées que sa peau est douce.
Ne portant que son médaillon autour du cou, il soupire, inquiet, le nom de son frère. Se demandant bien à nouveau où il a pu disparaître.
Tout à coup, une voix le sort de ses songes, celle de Saori qui vient aux nouvelles depuis l’extérieur de la salle de bain.
Shun vient à elle, une serviette entourée à la taille.

Bizarrement, la jeune femme ne se sent pas aussi gênée que lorsqu’elle avait aperçu Seiya quelques mois auparavant dans son appartement dans les mêmes circonstances.
Elle s’en rend compte presque instantanément, lui faisant réaliser que plusieurs semaines auparavant, elle avait voulu prendre un baiser à Seiya, quand celui-ci l’a tiré des serres de Jamian.
Préférant ne pas s’embrouiller davantage l’esprit avec ses sentiments personnels, elle vient aux nouvelles : « Ton frère n’est pas rentré avec toi ?
_ Comme il lui plait de le dire, Ikki est un solitaire. En réalité, je pense que mon frère s’en veut beaucoup pour tous les soucis qu’il nous a causés. Et c’est sans doute la raison pour laquelle il semble toujours froid avec nous. Qu’il refuse de se battre à nos côtés en se contentant de nous porter secours de temps à autre. »
Saori s’assied à côté de Shun, sur le coin du lit. Elle pose la main sur la sienne en lui souriant : « Petit il était déjà comme ça. C’est regrettable. »
Depuis le début posté à l’encadrement de porte, Tatsumi ne se prive pas de pester : « Il a toujours été effronté.
_ Tatsumi, le reprend Saori ! »
Pas encore habitué au changement d’attitude de la petite fille de son maître, Tatsumi cherche à se défendre : « Oui, mais… Mademoiselle…
_ Ikki n’en reste pas moins un puissant allié sur lequel nous pouvons compter. Son aide est indispensable, pour nous permettre de vaincre le mal qui règne en maître sur le Sanctuaire, conclut-elle. »
La confiance démontrée à haute et intelligible voix par Saori envers Ikki, ravive le c½ur de Shun et le soulage avant d’aborder une bonne nuit de sommeil.


Effondré dans la neige verglacée du Kilimandjaro, Ban cogite.
_ « Saori se dit être Athéna. Si cela est vrai, alors l’obstination du Sanctuaire dont nous sommes victimes prend tout son sens. Le Sanctuaire serait donc sous l’emprise du mal, réalise-t-il. »
Avec difficulté, il se remet debout.
_ « Tu n’as pas compris, savoure déjà sa victoire Hasu ? Il faut que je me fasse plus démonstrative dans ce cas.
_ Attends. Avant que tu ne me tues, j’aimerai savoir quelque chose. Qu’en est-il de la bataille que mène mes amis au Japon ? »
La demande semble affliger Hasu. Son regard fixe le sol et son ton est plus amère : « Le Grand Pope n’a pas eu d’autres choix que d’envoyer des Saints d’argent pour mater la rébellion. Hélas, ceux-ci ont joué de malchance jusqu’à présent. Même Misty et, surtout, Algol, ont péri.
_ Je ne connais aucun des deux hommes que tu as cités, mais à ton affliction, notamment à l’évocation d’Algol, je peux deviner l’amertume que tu éprouves. Toutefois, cela ne te semble-t-il pas étrange que de simples Saints de bronze, réussissent à vaincre des Saints d’argent. Ne crois-tu pas qu’une force dépassant notre imagination les guide ?
_ Que sous-entends-tu ?
_ Et si Saori Kido était réellement Athéna ? »
Immédiatement, l’ex-compagne du Saint de Persée perd patience : « Impossible ! Athéna est née il y a treize ans au Sanctuaire. Depuis, elle n’en est jamais sortie. Ce sont ses propres ordres que j’exécute aujourd’hui. Et c’est avec plaisir que je vais venger Algol. »
Elle se jette contre son ennemi pieds et poings en avant.
Cependant, avec une parfaite maîtrise de sa remise à niveau des dernières semaines, Ban anticipe à merveille les assauts. Fluide dans ses mouvements, de plus en plus rapide, il réussit même à placer peu à peu quelques coups qui font mouche.
Hasu tente un nouvel enchaînement mais Ban pare sa droite. Il lui bloque le bras et lui accroche l’autre épaule pour attirer la jeune femme contre son physique athlétique. Ainsi, il lui envoie un bon coup de tête en pleine face afin de la déstabiliser. Une fois après l’avoir libéré de sa prise, il lui martèle les cuisses de ses énormes poings pour affaiblir ses appuis.
La souffrance la ramenant à elle, Hasu espère le frapper au cou du tranchant de la main mais le Saint de bronze l’évite en se courbant en arrière. Il revient rapidement face à elle et profite de l’élan pour décocher un crochet du gauche dans l’abdomen, puis un autre en plein visage qui l’envoie à quelques mètres en arrière.
Contrairement à la jeune femme essoufflée, Ban ne présente aucun souci d’endurance. Néanmoins, il observe ses doigts rougis par les chocs de sa peau contre la Cloth adversaire.
« J’ai beau avoir repris le dessus. Tant qu’elle sera protégée de son armure, elle n’aura pas à craindre la défaite. Nous ne nous battons pas à arme égale. Je dois réussir à appeler mon armure sans être obligé d’être près d’elle. »
Instantanément, une aura orangée entoure le chevalier et se disperse au sommet de la montagne où le combat a lieu.
Remise sur pied, Hasu ne s’avoue pas vaincue : « Je vois, tu espères récupérer ton armure sans que je puisse intervenir. Je ne te donnerai pas une occasion de me vaincre. Le fait que tu essaies de me tenir tête depuis tout à l’heure est en soit un affront insupportable. Je vais user de toute ma cosmo énergie pour t’abattre d’un seul coup. »
De son côté, l’effluve cosmique de Ban imprègne les lieux ainsi que la Pandora Box du Petit Lion, sans pour autant déclencher une réaction de sa part.
Sa concentration est perturbée par l’apparition au sol d’écorces d’arbres qui habillent la neige. De plus, au dessus de lui, des feuilles mortes tombent du ciel.
Il réalise trop tard qu’Hasu a les mains grandes ouvertes dans sa direction : « Still Life ! »
Immédiatement, les feuilles qui arrivent du ciel tombent comme de lourds poids tranchants, tandis que les écorces d’arbres rejoignent de la même façon les feuilles. Lorsque les feuilles et les écorces entrent en contact, plusieurs détonations retentissent, tandis que Ban est pris au piège et est martelé de heurts.
Une fois de plus, il s’échoue dans le parterre de coton. Le sang s’écoulant de son front lui pique les yeux qui implorent l’aide de Dame Leo : « Je vous en prie Dame Leo. Aidez-moi. »
La demande de son ennemi provoque la moquerie d’Hasu : « Le voici qui parle encore tout seul. La folie s’est emparée de lui. »
Ban commence à comprendre qu’il est le seul à voir apparaître son professeur : « Da… Dame Leo… »
La vieillarde titube jusqu’à lui : « Ban, tu es toujours aussi maladroit. Aussi puissant que soit ton cosmos, ce n’est pas lui qui fera venir à toi ton armure. Ton armure est le reflet de ce que tu es. De ce que tu ressens. Qu’a donc Hasu dans son c½ur à cet instant ?
_ La volonté de venger ceux qu’elle aime. Le sentiment d’accomplir la justice au nom d’Athéna.
_ Et toi, qu’as-tu dans ton c½ur à cet instant ?
_ Je… Je me bats pour mes amis, dit-il d’un air déterminé après avoir hésité un bref instant. Parce qu’ils sont dans le vrai, parce qu’ils défendent la justice, assure-t-il en resserrant les poings. »
Il se tient droit, les bras écartés, pour accueillir son armure qui vient à lui comme si c’était une évidence : « … Parce que s’ils surmontent toutes ces épreuves, c’est qu’ils sont aux côtés d’Athéna ! »
Au-dessus de l’urne du Petit Lion, l’image de Saori apparaît aux deux Saints.
Une cosmo énergie chaleureuse les baigne quelques instants de son onde bienfaitrice.
L’armure de bronze réagit aux paroles et à la volonté de son maître.
L’urne s’ouvre.
La Cloth en jaillit.
Elle se sépare de son socle pour habiller Ban.
Celui-ci, gonflé à bloc, pointe Hasu du doigt : « Je suis Ban Saint de bronze du Petit Lion et je défends la justice au nom d’Athéna. »
À nouveau, Hasu invoque la Nature Morte : « Voyons dans ce cas, laquelle de nos deux Athéna est la vraie.
_ Je ne me fais pas de soucis, la vérité est dans mon camp. »
Il s’élance vers elle, le bras droit lancé : « Lionnet Bomber ! »
Néanmoins, la Nature Mort lui bloque le chemin et le châtie à nouveau : « Still Life ! »
Repoussé à quelques mètres, Ban tient sur ses jambes : « Sans mon armure, je n’aurai pas survécu à ce second Still Life.
_ Malgré ton armure, ton arcane est trop lent. Tu étais bien plus rapide, lorsque tu te battais en simple corps à corps tout à l’heure. »
Cette déclaration touche Ban au plus profond de lui : « Elle a raison. Depuis mon retour ici, j’ai appris à dégager plus de puissance, plus de vitesse. Mais jamais je n’ai concilié ça à ma technique. J’ai voulu grandir d’un coup, sans m’attarder sur les bases qui font de moi un Saint. Voilà pourquoi Dame Leo me dit que même si j’ai fait des progrès, je ne suis pas prêt. »
Convaincu qu’il peut encore faire pencher la balance en sa faveur, il bombe son torse pour s’étirer de quelques courbatures qui le font souffrir : « Très bien. Je vais concilier mon apprentissage au Sursaut du Petit Lion. La victoire ne peut m’échapper.
_ Même si tu en accrois la force et la vitesse, tu ne me surprendras pas. Ne t’a-t-on jamais enseigné qu’une même attaque ne marche jamais contre un chevalier ?
_ Si. Justement. »
Les deux chevaliers tiennent leurs positions. Les effluves de leurs cosmos s’entrechoquent à mesure qu’ils rassemblent leurs forces pour l’assaut final.
Synchronisés, ils s’élancent tous les deux.
_ « Still Life !
_ Lionnet Bomber ! »
A une vitesse presque supérieure à celle du son, Ban passe au travers de chaque détonation, provoquée par les rencontres entre les écorces et les feuilles.
Ayant baissée sa garde pour frapper de toutes ses forces son adversaire, Hasu n’a aucun moyen de riposter. Elle s’apprête à esquiver un coup de poing chargé de cosmos comme lors du premier Sursaut du Petit Lion.
Toutefois, arrivé à sa hauteur, Ban s’élance au niveau de son visage, pieds en avant, pour la serrer avec ses membres inférieurs.
S’ensuit un violent craquement.
Les deux rivaux retombent sur le sol.
Ban se réceptionne sur ses quatre membres.
Hasu, elle, s’échoue, le corps totalement désarticulé.
Elle n’a pas survécu à la pression exercée par la clé de jambes de son adversaire.
La contorsion pratiquée contre son cou le lui a brisé.
Le Saint de bronze de la Couronne Australe est morte sur le coup.


Au Japon, à la résidence Kido, emmitouflé dans ses draps, Shun laisse revenir les mêmes images qu’il ressasse sans cesse chaque nuit.
Il se voit, nourrisson, dans son berceau, à sourire à son grand frère qui veille sur lui. Ses rires s’accordent à merveille à la musique de la berceuse qui tourne en boucle.
Inopinément, une petite fille au regard inquiétant prend la place de son frère et le toise de manière intéressée.

En nage, Shun bondit de son lit en se prenant la tête entre ses mains : « Encore et toujours ce même cauchemar. Plus le temps passe et plus il me revient. »
Brusquement, son expression change : « Que… Quels sont ces cosmos agressifs ? »
Il se précipite sur le balcon de sa chambre : « L’un d’eux m’est familier. L’autre… »
Il n’en dit pas plus et saute depuis la rambarde.

Torse et pieds nus, il court sur l’herbe fraîche et humide des jardins de la résidence.
Il les traverse puis saute de toits en toits à quelques kilomètres du domaine des Kido.

Sa course cesse enfin sur les docks. Là l’y attend celui qui l’a attiré jusqu’ici.
Il reconnaît cet homme qu’il a affronté sur un îlot désert de la méditerranéen. Il porte une armure violacée et ses petits yeux fixent avec une folie meurtrière le Saint de bronze.
Shun se met en garde immédiatement : « Spartan ! »
Le mercenaire affiche un sourire perfide : « Andromède ! Je suis heureux de te revoir. Tu n’as pas idée du désir de vengeance qui m’habite, depuis notre dernière rencontre. Je vais venger la mort de mon meilleur ami, Algol. Et une fois que je t’aurai éliminé, ce sera au tour de Seiya et enfin de cet infirme de Shiryu. »
L’inquiétude de Shun ne vient pas des menaces de Spartan, mais plutôt de l’homme qui l’accompagne. Un homme qui se tient debout aux côtés d’une Pandora Box ouverte. Celle-ci présente une armure en forme de haut calice. L’inconnu est vêtu d’une tunique grise et a les poignets entourés de bandelettes de papier. Ses longs cheveux violets tombent derrière ses épaules et quelques mèches passent sur son front et devant ses yeux bleu marine. L’expression de son visage est dure.
Spartan l’éclaircit : « Ah oui, je n’ai pas fait les présentations. Je ne suis pas venu seul. J’ai amené avec moi Crateris Saint d’argent de la Coupe.
_ Encore un Saint d’argent, déplore Shun. »
Loin d’être intéressé par la querelle qui oppose Spartan au Japonais, Crateris déclare sèchement : « Alors que notre Seigneur le Grand Pope, se réserve le temps de prendre une décision vous concernant, vous les renégats, le général Phaéton m’a envoyé vous châtier. Il m’a confié cette tâche dans le but de soulager le Grand Pope des préoccupations que vous lui causez. »
Spartan passe devant Crateris : « une minute Crateris, cet homme est à moi. Phaéton a accepté que je sois son bourreau. Toi tu es juste là pour me faire profiter de tes talents. »
Etrangement docile, Crateris s’assoit, les jambes croisées, aux côtés de son armure pour observer le combat.
En mauvaise posture, Shun choisit d’appeler son armure seulement, chaque fois qu’il émet sa cosmo énergie, une entrave l’en empêche.
_ « Ah, ah, ah. Ma télékinésie se sert de mon cosmos pour brouiller les perceptions du monde qui nous entoure, se gausse Spartan. Ainsi, dans le périmètre où nous sommes, tu ne peux ressentir ce qui se passe à l’extérieur, tandis que dehors ils ne peuvent plus rien ressentir venant de toi. Y compris ta Cloth.
_ Je n’aime pas ça. Seulement tu ne me laisses pas le choix. Dans ce cas je t’affronterai à mains nues… »
A peine a-t-il prononcé ces mots, qu’il est pris d’une violente douleur à l’estomac.
Tandis qu’il se cramponne le ventre, Spartan lui explique : « A mains nues ? Ne te donne pas cette peine, ma télékinésie t’épargnera des efforts inutiles. »
S’ensuivent deux autres coups que Spartan frappe à la force de son esprit. Shun est mis au tapis en quelques secondes.
A genoux, ses bras sont balayés, de sorte qu’il s’écrase la tête la première sur le sol. Son bassin, légèrement relevé est cogné violemment sur la droite. Le chevalier roule sur le côté en hurlant de douleur.
Préférant l’humilier davantage, Spartan fait léviter le corps de Shun et le transporte jusque devant la Cloth de la Coupe. Il fait approcher le visage de l’asiatique juste au-dessus de la Coupe remplie d’eau.
Shun, à moitié conscient, y voit alors un homme qui lui ressemble. Il porte une longue cape aussi noire que ses cheveux. Son regard est embrumé et son teint est pâle. Pourtant, ils portent tous les deux le même médaillon.
Face à l’incompréhension de son adversaire, Spartan précise : « Lorsqu’on observe la surface du liquide versé dans la Coupe, il est possible de voir son propre avenir au lieu de son reflet. »
Shun ne réalise toujours pas. Il ne comprend pas la raison de ce changement physique le concernant. De plus, la douleur des coups subis, l’empêche d’être lucide.
Spartan le renvoie s’écraser plus loin : « Bien. Je présume que tu as vu ton cadavre dans la coupe. Je vais donc accomplir ton destin. »
Spartan ferme ses yeux, comme il en a l’habitude lorsqu’il use de son don.
Seulement, ses paupières se froncent de plus en plus sans que Shun ne subisse le moindre choc.
Lorsqu’il les rouvre, il remarque Andromède debout, s’essuyant le filet de sang qui s’écoule de sa bouche.
Le Saint de bronze est confiant : « Si ma cosmo énergie ne peut communiquer en dehors de la zone que tu as quadrillé, elle peut toujours se propager à l’intérieur de celle-ci.
_ Tu voudrais dire que ton cosmos oppresse suffisamment le mien pour empêcher ma télékinésie de t’atteindre ? Mais c’est impossible ! Cela signifierait que tu es au moins aussi puissant que moi qui ai le niveau d’un Saint d’argent confirmé.
_ Je n’ai aucune prétention. Néanmoins, je te recommande de ne pas aller jeter un ½il dans la Coupe. Tu y verrais ta défaite.
_ Baliverne ! »
Le mercenaire utilise sa faculté de se rendre intangible, afin de glisser dans les airs à une vitesse folle autour de Shun.
Ainsi, lorsqu’il se matérialise, il réussit chaque fois à prendre au dépourvu Shun pour le marteler.
De face, de dos, sur les flancs, dans les jambes, contre la poitrine, Spartan se déchaîne contre le chevalier qui ne vacille pas pour autant.
Au contraire, il se relève chaque fois plus concentré que jamais.


En Tanzanie, debout, le casque tenu dans sa main, contre sa poitrine, Ban observe une croix en bois plantée à même la glace. Fixée devant un rectangle de neige retourné, Ban la prie en fermant les yeux : « Hasu Saint de bronze de la Couronne Australe, tu n’as été hélas qu’une victime de notre véritable ennemi. Je regrette de t’avoir prouvé que la vraie Athéna était de notre côté de la sorte. Je suis certain que tu aurais aimé défendre l’authentique justice en son nom. Je te jure sur mon armure que nous parviendrons à rétablir la vérité au Sanctuaire. Repose en paix. »
Le Japonais se retourne vers son professeur et lui sourit : « Je comprends à présent pourquoi vous ne dormiez pas. Pourquoi vous ne vous nourrissiez pas. Pourquoi j’avais l’impression lorsque je suis arrivé ici la première fois que le représentant de la Fondation Graad ne vous avez pas vu. Pourquoi Hasu ne vous voyait pas. Pourquoi en fait je suis le seul à vous voir. Vous êtes l’esprit de l’armure.
_ Tu as enfin compris. J’ai repris cette armure il y a près de deux cent ans, à la mort de Blériot, le précédent porteur juste après la Guerre Sainte qu’il avait mené. Après des années de services rendus auprès du Sanctuaire, le Grand Pope m’a autorisé à prendre une retraite pendant laquelle je formerai un nouveau disciple. Personne n’est parvenu jusqu’ici. Et quand mon dernier souffle est venu, j’ai juré sur cette armure, que je survivrai à travers elle pour former mon successeur. Tu es venu. Et aujourd’hui, grâce à ce combat, tu as compris tout ce qu’il te restait à apprendre. Tu es enfin prêt. »
Ban commence à être submergé par une étrange sensation. Il sent une seconde vie à travers l’armure. L’apparence de Dame Leo commence à devenir translucide : « Dame Leo ! Non, ne partez pas. J’ai encore tellement à apprendre.
_ Je ne peux plus rien t’apprendre. Continue de t’entraîner. Et quand tu auras confiance en toi, quand tu te sentiras prêt, retourne auprès d’Athéna. »
Dorénavant, le spectre se volatilise. Ne laissant tomber au sol que le masque de femme chevalier que portait la vieillarde.
Ban, le visage inondé de chagrin, finit par le ramasser et le place sous sa Cloth, à hauteur du c½ur : « Même par delà la mort, vous avez tenu votre engagement envers le Sanctuaire. Vous ferez toujours partie de cette armure et de ma vie. Je deviendrai un Saint dont vous serez fière. J’en fais le serment. »


Sur les docks, au Japon, Shun ne lâche rien, il se relève chaque fois plus déterminé qu’auparavant, malgré l’acharnement de Spartan.
A plusieurs mètres d’eux, Crateris commence à s’inquiéter.
Il se relève et observe Shun d’un air soucieux : « Le vent se lève depuis quelques minutes. Sa cosmo énergie ne cesse de s’accroître dans ce lieu que Spartan a confiné. Elle commence à oppresser l’atmosphère. »
Alors, discrètement, il pointe son doigt vers le ciel et susurre : « Soul Thief. »

Devant lui, Spartan poursuit son acharnement contre le chevalier de bronze sans se rendre compte que lorsqu’il se matérialise, ses gestes ralentissent et que, par conséquent, l’impact de ses frappes s’amoindrit.
C’est seulement lorsqu’il devient totalement immobile qu’il s’alarme : « Je… Ma… Mon… »
Shun l’observe avec pitié : « Je ne veux pas en venir là. Cesse le combat avant que je ne te tue. »
Totalement paralysé, Spartan comprend : « Ingénieux. Tu as utilisé l’espace que ma télékinésie a restreint pour y confiner ton cosmos. J’ai été pris à mon propre piège. Ton énergie me ronge tellement, que j’en ai même du mal à parler. »
Et pour cause, un brouillard rosé, au couleur de l’effluve cosmique de Shun, imprègne les lieux : « Maintenant que tu as compris, cesse immédiatement ton emprise. Renonce et abandonne tes mauvaises intentions.
_ Jamais. Je suis dévoué au Sanctuaire. Vous vous êtes rebellés contre Athéna et vous avez tué mes amis. Je ne peux vous le pardonner.
_ Je t’en prie, mon cosmos bouillonne. Bientôt je ne pourrai plus le retenir dans un espace aussi restreint et cet environnement se chargera en tempête. »
Spartan essaie de se débattre, provoquant, sans même que Shun ne puisse le contrôler, un puissant souffle qui s’abat tel un mur contre Spartan. La déferlante arrache armure, tissu et épiderme du prodigieux télépathe.
Totalement dépassé par sa propre force, Shun ne peut empêcher le massacre du mercenaire qui décède sur le coup.
Son cadavre écorché s’écroule sur les docks, près de containers vides.
La barrière télékinésique se brise instantanément, libérant toute l’énergie retenue jusqu’ici.

Face à l’horrible conséquence d’une telle puissance, Shun s’écroule en pleurant la mort de Spartan : « Je ne voulais pas aller jusque-là. Je sais ce qu’il se passe lorsque je libère toutes mes forces. Tu as subi uniquement le Nebula Stream. Si j’avais libéré la Nebula Storm, les conséquences auraient pu être bien plus lourdes. »
Pourtant, son chagrin n’émeut absolument pas son dernier adversaire.
Derrière lui, désormais couvert de sa Cloth, Crateris arbore une allure très sereine : « Je l’avoue. Tu as été incroyable. Je crois que si cela avait duré plus longtemps, j’aurai pu être inquiété moi aussi. Malheureusement pour lui, Spartan était aveuglé par son désir de revanche. Il n’a pas été suffisamment clairvoyant pour peser les conséquences d’une telle emprise contre toi. Alors, je me suis permis de prendre les devants. Tu ne m’en voudras pas ? »
Shun fronce les sourcils après une telle question. Il ne voit pas où le Saint d’argent veut en venir.
Seulement, il refuse de se faire avoir une fois de plus. Il écarte les bras pour faire venir à lui sa Cloth de bronze.
Alors Crateris rigole : « Elle ne viendra pas non plus. »
Shun devient livide, son visage se creuse et des cernes apparaissent : « Qu’est-ce que cela signifie ? De plus, je me sens si faible tout à coup.
_ Face au retournement de situation dont a été victime Spartan, je me suis permis d’invoquer mon plus puissant arcane, le Voleur d’Ame. Tu es sous l’emprise de mon Soul Thief. »
Il pointe une coupe formée par l’effluve de son cosmos avant de poursuivre : « Regarde l’aura qui s’échappe de ton corps. Elle se dirige dans cette coupe que mon cosmos produit. Lorsque j’aurai vidé ton âme de tout son cosmos, ton corps sera vidé de toute vie. D’ores et déjà Andromède se vide même de sa propre existence, puisque l’armure ne te reconnaît déjà plus. »
Le Saint de bronze tombe sur le dos. Véritablement amaigri, ses yeux s’embrument à mesure que sa vie s’épuise : « Tu… m’as… attaqué… en… traître… Tu… n’es… pas… digne… d’être… chevalier…
_ Nous ne présentons pas tous le même code d’honneur que toi, ni même ta pudeur cher Andromède. »
Dans un dernier élan désespéré, Shun lève le bras vers le ciel : « Ikki… Ikki… Mon frère… Viens à mon secours… Je… t’en… prie… »
Face à la main de Shun tombante dans le monde funèbre, le Saint d’argent le prive de tout espoir : « Lorsque tu es arrivé ici, Spartan a privé toute liaison de ton cosmos vers l’extérieur. Aussitôt après, le Soul Thief a dérobé ton âme. Personne ne sait que tu es ici. Demain les ouvriers du monde contemporain retrouveront ton cadavre desséché, sans savoir ce qui s’est passé ici. Et pour ton frère, le Phénix il me semble, ne t’en fais pas, je l’enverrais te rejoindre sous peu. »

Convaincu de sa victoire, il tourne le dos à sa victime, prêt à rendre sa Cloth à sa Pandora Box.
Pourtant, la coupe du Voleur d’Ame ne cesse d’être alimenté. Si bien que le cosmos de Crateris ne peut contenir davantage d’énergie et finit par déborder. Il fait volte-face : « Impossible ! Il aurait encore autant de cosmo énergie ! C’est plus qu’un Saint d’argent. »
Il voit Shun toujours mourrant, libérant non plus un cosmos teinté de rose mais une aura violacée. De plus en plus sombre. Ses cheveux prennent une teinte prune et son corps commence à reprendre une forme convenable.
La coupe du Soul Thief est rongée par le cosmos libéré par Shun : « Je ne peux contenir une telle cosmo énergie, elle est plus importante que celle d’un Saint d’or ! »
Totalement désemparé par la cosmo énergie qui échappe à son contrôle et qui l’entoure désormais, Crateris ne conçoit même pas que celle-ci est aussi noire que les ténèbres.
Le cosmos tourbillonne autour de lui.
Si bien qu’il semble prendre vie.
Prendre une forme humanoïde.
Celle-ci prend de la hauteur par rapport à Crateris et ouvre la bouche pour le dévorer.
Elle l’engloutit d’un coup, dans un vacarme assourdissant résultant du hurlement de terreur de Crateris.

Lorsque le calme revient, l’onde cosmique s’est dissipée. Crateris est encore debout. A ses pieds, un tas de poussière, correspondant à son armure brisée, gît.
Il est maintenu à la gorge par la main ferme de Shun.
Ses yeux embrumés et ses cheveux couleur prune, manifestent la présence d’une entité différente de celle d’Andromède.
Les yeux exorbités, Crateris essaie de parler : « Tu n’es pas qu’Andromède. Au fond de toi, vit une âme bien plus obscure, que j’ai malheureusement dérangé. Cela explique pourquoi tu ne sais pas toi-même contrôler ta propre force. »
Ses yeux injectés de sang, manquant de souffle, Crateris fixe le médaillon que Shun porte contre son torse nu depuis le début du combat : « Yours Ever ? »
D’une voix plus impériale qu’à l’accoutumée, Shun rétorque : « Oui. Et toi aussi, tu es désormais à moi, à jamais. »
Du médaillon se libère toute la cosmo énergie malfaisante d’Hadès qui consomme, annihile puis désintègre totalement le Saint d’argent.
Enfin, maintenant qu’il ne reste plus rien de son adversaire, le bras de Shun retombe le long de son corps.
Ses cheveux reprennent leur teinte habituelle et ses paupières se ferment.
Il s’écrase lourdement face contre terre.


En Grèce, au Sanctuaire, dans l’immense jardin qui juxtapose la demeure de la Vierge, quelques pétales de deux grands arbres sont soulevés et virevoltent au gré du vent.
Le propriétaire de ce jardin, vêtu d’une simple toge blanche qui habille à peine son poitrail, s’y promène les yeux fermés.
D’un calme incroyable, il ouvre la paume de sa main droite pour cueillir un de ces pétales. Dès lors, les propos tenus par une de ses anciennes amantes résonnent dans sa tête : « Quand je suivais tes enseignements, j’appréciais le fait que tu n’exclues pas le doute, que tu évites de poser tes opinions comme certitudes. Plus le temps passe et plus tu penses détenir la vérité absolue, au point de souffrir d’un complexe de déification. »
La voix douce d’Hasu attriste Shaka : « Hasu… Ta cosmo énergie nous a quitté. Tu t’es égaré sur le chemin de l’éveil. Si tu avais suivi jusqu’au bout mon enseignement et compris mes intentions, alors tu n’aurais pas perdu la vie aujourd’hui. Ce drame est un triste évènement à rajouter à la longue liste de ceux qui accablent notre Sanctuaire ces derniers temps. Ces renégats du Japon ont déjà commis trop de crimes. Quand le Grand Pope se décidera-t-il à nous envoyer, nous, Saints d’or ? »


Titubant dans les rues calmes, au beau milieu de la nuit, Shun a les bras en croix contre sa poitrine pour se protéger des basses températures de novembre.
Son corps porte les ecchymoses des deux affrontements, dont il se souvient à peine.
_ « Je me rappelle n’avoir pas su contrôler ma force face à Spartan. Mais pour l’autre chevalier ? Que s’est-il passé ? La dernière chose que j’ai en mémoire, c’est que j’étais couché sur le sol et je me vidais de toute ma puissance. Un sentiment de colère et de rage inhabituelle commençait à me dévorer de l’intérieur. Je crains que ce ne soit cette force obscure que j’ai en moi qui a fait basculer le combat. Cela ne me ressemble pas. Pourtant, je le sens, chaque fois que je laisse exploser ma force, un étrange sentiment de méchanceté s’empare de moi. Je dois à tout prix éviter de me battre le plus possible, s’inquiète Shun sans se douter de l’origine du mal qui le ronge. »

Auteur Sujet: Chapitre 59  (Lu 1056 fois)

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