Chapitre 58

Chapitre 58

Seul, en Olympe, au dessus de l’Hyperdimension, Apodis s’impatiente.
Sans nouvelles de la Terre depuis l’affrontement contre Hestia, il craint que le sacrifice d’Hébé n’ait été vain.
Le temps lui paraît interminable, coincé sur cette surface minuscule avec rien d’autre que le néant à perte de vue.
Ce 17 novembre 1986, deux semaines se sont écoulées.
Deux semaines assis.
Sans bouger.
Ses plaies cicatrisent mal.
A méditer.
Essayant de ne pas penser à la faim ni la soif qui l’affaiblissent.
La solitude laisse place aux doutes.
Elle aide aussi à faire le vide.
Une fois les instincts primaires surmontés, elle permet de se recentrer sur l’essentiel.
Lorsqu’il ouvre les yeux, il s’attarde sur le lieu où lui est apparue une étrange silhouette féminine il y a deux semaines. « Elle détient des réponses, s’obstine-t-il. »

Interminablement, il lorgne dans sa direction en espérant la voir venir à lui.
Cependant, le ciel s’assombrit pour la première fois depuis qu’il est ici et une aura oppressante se fait sentir.
Sans pouvoir bouger, pris au piège de cette émanation cosmique, il distingue une autre apparence. Plus masculine cette fois-ci.
Tout comme la première personne à être apparue devant lui, celle-ci marche sur le vide, sans craindre de tomber dans le gouffre et l’Hyperdimension.
Le visage dur, les cheveux très tirés et les yeux couleur or très larges et plissés, l’inconnu vient délivrer un message.
Il se tient droit, dans sa longue robe azur, agrémentée d’une cape blanche qui entoure ses très larges épaules.
Son faciès très strict permet de faire comprendre à Apodis qu’il est face à un dieu.
Le chevalier reste de longues secondes à attendre que l’entité daigne lui adresser la parole. Il reconnaît au pétase, ce chapeau rond qu’il porte sur ses cheveux couleur blé, l’identité du hautain personnage.
De son grand mètre quatre vingt dix, il surplombe de toute sa hauteur le pauvre humain.
_ « Si j’en juge par ce cosmos infiniment puissant et par cette tenue, commence Apodis nullement effrayé, j’en déduis que tu es le dieu du commerce et le messager des dieux. Hermès.
_ Tu oses prendre la parole sans y avoir été invité, remonte davantage les épaules le susnommé pour prendre encore plus de grandeur. Alors on ne m’avait pas menti. Les humains sont vraiment devenus ingérables. Votre anéantissement est inévitable.
_ Qu’est-ce que tu racontes, tente de se lever Apodis malgré la pesanteur exercée par Hermès ? »
Outré par la tentative de révolte du Saint de bronze, Hermès exerce encore plus son pouvoir, forçant Apodis à se vautrer sur le sol, rouvrant ses plaies sous la pression.
_ « Couché, insecte ! Je n’arrivais pas à en croire mes oreilles lors de l'assemblée des dieux de l’Olympe, lorsqu’il a été question de la rébellion de l'humanité. Il a été présenté à Zeus, qu’Athéna entretenait la ranc½ur des hommes envers nous. Si Zeus a refusé que nous châtiions Athéna, faute de preuves, il a autorisé ta mise à mort lente et douloureuse dans le coliseum. Dans quelques jours, tu seras présenté au peuple olympien dans l’arène. Nos fidèles sujets, pourront ainsi nous prier de te donner la mort, pour l’affront que tu as commis envers les dieux.
_ Ah… Attends, balbutie Apodis écrasé parterre. Tu es dans l’erreur. Athéna aime les hommes et les protège. Elle veut qu’ils vivent en paix et en harmonie. Ce sont les dieux qui complotent contre elle. Certains dieux conspirent pour vous faire croire à notre révolte. Tu tombes dans leur piège à l’heure qu’il est !
_ Silence vermine ! J’étais chargé de te délivrer l’annonce de ta mise en mort. J’ai pu constater que celle-ci correspond bien aux prémices de la destruction de la Terre. »
Sans laisser la moindre chance de s’exprimer à Apodis, Hermès disparaît comme il est venu. Son apparence s’évapore dans l’atmosphère, à mesure qu’il s’éloigne en marchant par-dessus le vide.
Une fois seul, les bras serrant son torse déchiré par les hématomes, Apodis hurle à pleins poumons : « Athéna ! »


Sur Terre, dans une immense forêt d’arbres feuillus, un grognement bestial anime la population animale.
Dans les Rocheuses, au fin fond du Canada, un mammifère au grand corps trapu et massif, gesticule de douleur autour de deux petits de son espèce. La patte arrière droite décharnée, le géant au pelage dense et hirsute se vide peu à peu de son sang.
Gravement blessée, cette ourse n’abdique pas et protège sa progéniture d’une meute de loups affamés.
Malheureusement, la panique l’affaiblit de plus en plus et les canidés l’encerclent, en attendant patiemment la fin.
A bout de force, rampant à terre, l’ourse est à la merci de la meute.
Le chef s’élance, gueule grande ouverte, sur les petits recroquevillés contre leur maman.
Quand tout à coup, un homme au maillot et au pantalon bleu foncé, jaillit de derrière un fourré.
Bardé d’une musculature impressionnante, le géant tend le bras en avant pour que l’animal le lui chope.
Celui-ci s’en saisit et s’acharne dessus sans faire sourciller le colosse qui le soulève comme un fétu de paille. Il garde le bras gauche fermement agrippé par le loup en l’air et prend un léger élan avec son bras droit pour cogner l’animal féroce en plein flanc.
Le loup s’écrase inconscient quelques mètres plus loin, faisant fuir le reste de la meute.
Le bras gauche sans la moindre égratignure, le sauveur des oursons s’approche jusqu’à leur mère.
Souriant, les yeux débordant de compassion, Geki s’étonne : « Il y a encore quelques mois, l’idiot que j’étais, vous aurait achevé pour affirmer sa supériorité. Ma défaite au Japon et les propos de Jabu m’ont mis face à la réalité. »
Il caresse d’une main les petits tandis qu’avec l’autre, il communique son cosmos à l’animal mourant.
Bien vite, les petits retrouvent la joie qui caractérise la jeunesse puisque leur maman revient à elle.
L'ourse reprend ses esprits et elle est stupéfaite de se trouver en pleine forme, elle, ainsi que ses oursons.
De nature sauvage et prudente, elle se met en opposition à Geki qui s’en amuse : « Ah, ah, ah… Ce n’est pas très sympa. Je te signale que je viens de te sauver la vie. »
À ce moment, les petits viennent chercher de nouveau la compagnie du Japonais.
Ressentant la bonté qui se dégage du chevalier, la maman baisse sa garde et quitte les environs en ramenant ses enfants jusqu’à leur tanière.

Seul, les mains sur les hanches, Geki contemple la petite famille avec le sentiment d’avoir accompli une bonne action.
Il se penche au dessus du loup mal en point et marmonne : « Bon ! A toi maintenant ! Et après, je compte bien reprendre mon entraînement. »
Pendant qu’il réanime le loup, son expression devient plus grave : « Cela fait bientôt un mois et demi que je suis rentré auprès de mon maître. Un mois et demi que j’ai versé mon sang sur ma Cloth et que je l’ai laissé se régénérer dans sa Pandora Box. Mais il est encore bien trop tôt pour la revêtir de nouveau et revenir auprès de Seiya et des autres. Eux aussi on dû progresser. J’avais déjà beaucoup de retard à rattraper. »


Au même moment, au sud de l’île d’Yíaros, sur le port, aucun embarcadère n’est occupé. Aucun marin, aucun commerçant ne peuple cette gare maritime. Pas même les soldats ne montent la garde.
Marin dérive sur une barque sans être inquiétée.
Échouée sur son embarcation en bois, elle se dirige avec sa main, affaiblie, jusqu’au ponton le plus proche.
Son corps porte encore les marques du combat contre Peleus et Hestia, tandis que son poignet arbore le Jonc d’Athéna dont elle s’est emparée.
Une fois à destination, elle s’extirpe de son moyen de locomotion et titube jusqu’à l’unique passage qui, entre deux chaînes de montagne, relie le sud au centre de l’île grecque.
C’est seulement arrivée à ce delta qu’elle découvre deux soldats en faction.
Ceux-ci reconnaissent immédiatement l’ancienne invitée d’Hébé.
Rassurée et épuisée, elle s’effondre dans leurs bras.


Pendant ce temps, dans au Canada, à la base d’une roche épaisse où il a élu domicile, un vieil homme reste assis devant la Pandora Box de l’Ours.
Son regard s’évanouit dans le vague, pendant qu’une femme se tient derrière lui, les bras croisés.
La demoiselle, cachée derrière un masque, porte une armure marron par-dessus son bustier et son boxer couleur grenadine. Son ton n’est en rien agressif. Sa voix est calme, passionnée : « En tant qu’ancien Saint de bronze de l’Ours, tu dois donc comprendre la décision du Sanctuaire. »
Le vieillard abandonne sur le sol le message écrit sur papyrus et frappé du sceau du Sanctuaire qui lui est adressé.
_ « Oui. Oui je comprends, marmonne-t-il. Geki est considéré comme un traître et j’ai pour ordre de vous aider, vous Hevelius Saint de bronze du Petit Renard, à l’éliminer. Néanmoins, j’ai bien peur de devoir refuser cet ordre. En effet, depuis plusieurs années, j’ai le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond au Sanctuaire. Oh, bien sûr, au vu de mon âge bien avancé, il aurait été trop prétentieux pour un Saint de bronze tel que moi, de défier l’autorité suprême. Seulement, quand Geki est venu à moi, j’ai vu en la jeune génération de Saints l’espoir d’endiguer le mal. »
_ Endiguer le mal, passe-t-elle le poing devant son opulente poitrine ?! Avec tout le respect que je vous dois, les amis de Geki se battent désormais pour une prétendue Athéna. Après s’être livrés à un tournoi ridicule, aux yeux du monde pour leurs intérêts personnels, ils défient le domaine sacré en voulant remplacer notre déesse par une richissime héritière du monde contemporain. Leur affront n’a pas de limite ! Ils ont même été jusqu’à tuer mon bien-aimé, le Saint d’argent de Persée, scande-t-elle les cheveux agités au vent. »
Le vieillard qui devait bénéficier par le passé d’une musculature impressionnante, n’est désormais plus que l’ombre de lui-même.
Tout recroquevillé, les épaules lui tombant en avant, il ne craint pourtant pas la menace d’Hevelius : « Ils sont même allés jusqu’à vaincre des Saints d’argent ! Ils vont au-delà de mes espérances. Je suis désolé mademoiselle, mais j’ai combattu avec le Grand Pope il y a une cinquantaine d’année. Il était venu nous porter assistance sur le champ de bataille. Bizarrement, j’ai senti qu’il n’était plus le même depuis plus de dix ans. Et tous ceux qui ont émis ce constat au grand jour sont mystérieusement morts. Je ne sais pas à quoi aboutira la rébellion de Geki et ses amis, mais j’espère simplement qu’elle mettra en lumière certains faits troublants.
_ Je vois qu’il est inutile de discuter davantage, soupire Hevelius.
_ Oui, sourit le colosse dans sa barbe blanche. J’ai lu la lettre jusqu’au bout et je sais quel sort m’est réservé. Je ne m’y opposerai pas. Je n’ai plus la force de le faire.
_ Adieu ancien Saint de bronze de l’Ours, lève-t-elle le bras au ciel. Adieu chevalier. »
Elle abat le tranchant de la main sur l’ancêtre.
Sa tête se détache et roule sur le sol, arborant toujours un rictus de satisfaction, à l’idée d’être allé jusqu’au bout de ses convictions.
Le reste de son corps s’écrase misérablement dans un flot de sang qui éclabousse le visage d’Hevelius.

Plus loin, dans les Rocheuses, Geki relâche la concentration de son cosmos.
Une étrange aura vient à lui. Il l’accueille dans sa main et s’inquiète : « Cette lueur ! C’est celle de mon maître. J’ai un mauvais pressentiment. »


Au sommet de sa prison olympienne, Apodis tourne en rond.
Les mains derrière le dos, tête baissée, perdu dans ses esprits, le Saint de bronze de l’Oiseau de Paradis fait les cent pas.
De temps en temps, il regarde les directions par lesquelles lui sont apparus Hermès et une femme dont il ignore encore l’identité.
Sa marche circulaire prend finalement fin, lorsqu’il se recentre au beau milieu de la colonne et dégage de son poing, en direction du ciel, une vague de cosmos : « Qu’est-ce que vous attendez de moi ! »

Il a beau s’époumoner, rien n’y fait.
En soufflant d’exaspération, se tenant le ventre et la gorge en raison de sa faim et de sa soif grandissante, il se laisse tomber sur le dos.
Il ferme les yeux et se laisse submerger par les souvenirs du passé…

Flashback
1981 - Désormais promu sergent, Apodis s’était établi dans le village de Paesco.
Les journées passèrent et pendant ce temps Pullo et Cliff soumirent à Apodis une soixantaine de soldats, parmi lesquels il recruta les treize meilleurs.
Il ne les jugea pas pour leurs capacités physiques ou leurs dispositions au combat. Il voulait une équipe de féroces soldats, impartiaux au combat et charitables envers le peuple.
Parmi ces treize élus, aucun n’était issu du même milieu. L’un était le fils d’un riche artisan, l’autre fouillait les ordures pour survivre, alors qu’un autre était soldat depuis plus de vingt ans. Il choisit même dans ses rangs une femme chevalier qui avait été rejetée de son camp d’entraînement pour avoir essuyé trop de défaites. Ainsi qu’un pauvre souffre douleur et son opposé, séduisant et sûr de lui qui n’avait pour seule gloire que le nombre de conquêtes tombées sous son charme.
« Tous différents et réunis sous le même emblème : Athéna, répétait souvent le sergent Apodis. »

Apodis et Cliff laissèrent les treize pousses sous la houlette de Pullo, tandis qu’ils s’attachaient à la fabrication de la demeure de Mujakis et à la fortification d’un camp.
Pour les aider à réaliser tout ce travail, Apodis avait pris sous son aile des villageois sans emploi, qu’il récompensait par bien plus de sacres qu’il n’en fallait.
La vie d’Apodis prenait un sens.
Le peuple appréciait sa présence et sa mère était épanouie grâce à lui.
Souvent, elle admirait à son fils : « Comme je suis fière de toi, répétait-elle souvent. »

Le jour, après des longues heures de labeur, Apodis flirtait avec Netsuai.
Elle était présente sur chaque chantier occupé par le chevalier. Elle lui apportait de l’eau et de la nourriture.
Ils échangeaient leurs points de vue sur tous les sujets de la vie quotidienne et souvent s’amusaient de partager les mêmes avis.
L’Oiseau de Paradis partageait également une profonde relation d’amitié avec sa voisine Marin Saint d’argent de l’Aigle et son disciple, le jeune Seiya. Souvent, Aiolia venait les visiter et Apodis appréciait de pouvoir converser avec un chevalier d'or.
Trop peu de monde accordait de l’importance à Aiolia en raison du passé honteux de son frère et ce, malgré le fait que le Lion se soit révélé être un des héros de la Guerre Sainte contre les Titans.
Certains avaient le même dédain pour son amie Marin à cause de ses origines asiatiques.
Apodis était donc un des rares à les saluer et même à s’incliner au début de leurs rencontres, pour leur témoigner le respect qui leur était dû. Bien vite ils lui demandèrent de se tenir droit face à eux, le considérant comme un ami. Il aimait leur confier son affection pour Netsuai.
À son tour, il comprit bien vite qu’ils partageaient une forte attirance amoureuse l’un envers l’autre, même s’ils voulaient le cacher. Il se prêtait donc au jeu et faisait fi de ne pas avoir conscience de l’amour réciproque entre Aiolia et Marin.

La nuit, il découvrait les joies des repas intimes chez Misty.
Là-bas, il s’amusait de voir Aphrodite soudoyer tous les invités pour participer à des jeux charnels comme il aimait en soumettre.
Il riait lors des parties de cartes en compagnie de Docrates et Aldebaran.
Il charriait Jamian qui évoquait sans cesse ses mésaventures quotidiennes.
Il engageait de sérieuses discussions à propos de la surveillance du domaine en compagnie de son lieutenant Misty. Tous les deux vautrés dans des sofas, pendant que plusieurs esclaves les massaient et les nourrissaient. Ils prenaient de sérieuses décisions devant quelques danseuses et danseurs qui s’exhibaient dans le plus simple appareil.
Mensa et Circinus venaient les rejoindre autour d’un verre de vin, pour prendre note des nouvelles instructions, afin d’améliorer la vie des villages de l’ouest.
Enfin, Apodis jouissait de son statut, de sa beauté et de l’attention qui lui était portée auprès des plus belles créatures à la solde de Misty.

Les mois défilèrent très vite.
La troupe d’Apodis était prête. Il lui fallut juste trouver un remplaçant à un de ses soldats qui ne survécut pas à l’intensité de l’entraînement de Pullo.
Contre un sac de sacres suffisant, Apodis put obtenir de Saül, le forgeron du Sanctuaire, des tenues, des protections et des armes sur-mesure pour ses soldats.
Ainsi, contrairement à tous les autres gardes du Sanctuaire, la cohorte d’Apodis était dotée d'une tenue spécifique. Les quinze guerriers d’Apodis portaient un casque couvrant entièrement leurs têtes et prenant la forme d’un bec qui descendait pour couvrir leur nez, à l'instar du diadème de la Cloth de l’Oiseau de Paradis.
De cette façon, le peuple reconnaissait la cohorte qui jouissait d’une grande réputation. Apodis leur faisait répéter souvent : « Accomplir des miracles est un don qui nous a été fait par les dieux. En faire usage pour les hommes selon le bon vouloir d’Athéna, tel est notre devoir. »
C’est cette unité qui permettait à cette équipe de témoigner d'un profond sentiment humaniste.
Apodis était très exigent envers ses soldats, tout comme il l’était envers lui-même. Il se considérait comme leur égal. Il s’entraînait avec eux, donnant des conseils à ceux qui en avait besoin, acceptant leurs remarques et leurs recommandations lorsqu’elles étaient justifiées.
Chaque fois qu’un événement majeur de leurs vies comme un anniversaire, un mariage ou la naissance d’un enfant pour ceux qui avaient une famille, le permettait, ils les célébraient tous ensembles au court d’un repas convivial.
Fermes mais justes, ils étaient soudés, ils s’appréciaient et été aimés du peuple.
Eurydice aimait venir à leur rencontre et Orphée leur jouait souvent de sa lyre, en guise de reconnaissance pour le travail accompli.
Cette majestueuse réputation s’étendit au fil des mois sur tout le Sanctuaire et incita de nombreux habitants à se rapprocher des villages sous leur protection.
Bienfaiteurs aux yeux du peuple, Apodis et ses soldats étaient surnommés Achille et ses Mirmidons.
La réussite des missions confiées par le Grand Pope sur les territoires ennemis sans pertes humaines, acheva de conforter cette appellation.

Un tel succès ne laissait indifférente aucune femme.
Seulement, au fil du temps, Apodis ne cherchait les faveurs que d’une seule.
Celle qui faisait battre chaque jour plus fort son c½ur depuis leur première rencontre.
Lorsqu’il se plongeait dans son regard, les yeux de Netsuai ne dégageaient pas toute la convoitise des autres. Elle voyait au plus profond de son âme et lisait quel homme il était, au plus profond de lui.
Leurs rencontres quotidiennes lui permirent de connaître chaque secret de son c½ur et elle ne pouvait être inconsciente de l’amour qu’ils se vouaient.
Flashback

Brusquement, une lueur blanche l’extirpe de ses souvenirs.
Il se relève sans se soucier de ses plaies ouvertes et distingue cette silhouette féminine quasi nue qu’il avait pu admirer il y a presque deux semaines.
L’intimité de l’intruse est à peine dissimulée par quelques ornements. Ses cheveux longs noirs de jais ressortent sur le fond quasiment blanc de l’horizon observé par Apodis.
Elle s’avance en marchant sur le vide en regardant le pauvre homme ébahi.
Une fois à sa hauteur, elle dissimule son corps svelte et plein de grâce d’une toge sombre au tissu très fin permettant de voir au travers.
_ « C’était vous n’est-ce pas, demande Apodis resté assis, l’autre fois, qui m’êtes apparue pour me conseiller de ne pas sauter ? »
Elle reste silencieuse. Son visage aux traits très tirés et ses larges yeux toisent Apodis sans le moindre mot.
_ « Votre regard, votre façon de vous tenir. Vous me faîtes penser à elle. Celle qui est la cause de ma présence ici. Hestia. Vous êtes du même rang n’est-ce pas, en déduit-il ? »
L’entité accepte de répondre d’un hochement de tête affirmatif.
_ « J’ai eu droit à la présence d’Hermès tout à l’heure pour m’annoncer que bientôt on m’exposerait comme une bête de foire dans une arène. J’imagine que vous êtes venue me chercher et que c’est pour cela que vous ne vouliez pas que je saute la dernière fois ? »
En guise de réponse, elle ouvre délicatement sa toge et, à la place de son abdomen parfaitement dessiné et de sa poitrine à peine couverte, apparaît une sorte d’univers.
De cet espace temps qu’elle a invoqué, jaillissent des mets aux formes inconnues pour Apodis ainsi qu’une jatte.
_ « On dirait des fruits ? Je n’en ai jamais vu de tels. »
La divinité consent enfin à prendre la parole. Sa voix, tout en étant calme, impose un profond respect : « Il s’agit de nectar et d’ambroisie.
_ La nourriture des dieux ! Vous les avez fait téléporter jusqu’ici ! Mais enfin, pourquoi ? »
Elle lui tourne le dos de nouveau : « Comme tu l’as dis toi-même, il s’agit des mets des dieux. Une seule bouchée de cela devrait soigner tes blessures et te redonner pleine possession de tes moyens. Tu en auras besoin. L’épreuve qui t’attend dans le coliseum sera rude.
_ Pourquoi tant de considération à mon égard ? Et qui êtes-vous à la fin ? »
Elle lui tourne le dos et repart comme elle est venue, ne prenant pas le temps de répondre.


Sur Terre, en quelques bonds, Geki arrive devant le rocher où son maître et lui vivaient.
Il est immédiatement saisi par la vision d’horreur, provoquée par les circonstances de la mort de son maître. La tête détachée de son corps roule au gré du vent.
Les cent deux kilos de l’Ours, s’effondrent à genoux : « M… Maître… »

Un rire sarcastique se fait rapidement entendre.
Depuis le creux laissé dans la roche à l’intérieur de laquelle le défunt vivait, Hevelius se montre.
Le masque de femme chevalier, ainsi que l’armure qu’elle porte ne laisse aucun doute à Geki.
D’un revers de la main il sèche ses larmes et se redresse : « Je suis Geki Saint de bronze de l’Ours. L’homme que tu as tué était mon maître. Et il était innocent. »
D’ordinaire si calme et si douce, Hevelius présente une attitude bien plus hostile depuis la mort d’Algol : « Non. Il était coupable. Coupable de s’être allié avec un traître de ton espèce. Un chien au service de cette Saori Kido. Responsable de la mort de Misty, Astérion, Mozes, Babel et… Algol.
_ S’il s’agissait de gens envoyés contre Seiya et ses amis, comme l’avait été Phénix, alors il s’agit d’un acte de justice, fait craquer ses poings Geki. Nous avons été attaqués par le mal, alors que nous n’avions rien fait. Peut-être que de nous être exposés lors de la Galaxian War aux yeux du monde était une erreur, mais je doute que cela justifie l’acharnement dont nous sommes victimes.
_ Cela va bien au-delà de ça. Vous avez défié délibérément le Sanctuaire. Alors ne compte pas t’en sortir.
_ Mais je n’y comptais pas. Il était hors de question que tu partes d’ici, sans avoir payé la mort de mon maître de toute façon, se met en garde l’Ours. »
Sans prévenir, Hevelius se jette sur le Japonais. Elle balance ses deux jambes musclées en avant et profite d’un prodigieux élan, pour le frapper avec ses deux pieds en pleine face.
Le mètre quatre vingt huit de Geki est soulevé comme un rien du sol.
Le temps qu’il se ressaisisse, il ne peut esquiver un crochet en plein poitrail, suivi d’un coup de pied sauté au visage.
En reculant de trois pas, Geki a à peine le temps de se remettre en garde que son adversaire apparaît déjà derrière lui. Elle le cogne avec ses deux poings dans les reins.
Dépourvu de la moindre protection, Geki s’écroule.
_ « Minable, le regarde-t-elle avec dépit ! Je me demande pourquoi on m’a envoyé, moi, Hevelius Saint de bronze du Petit Renard, pour t’éliminer. De simples soldats auraient suffi.
_ Il est facile de se vanter lorsqu’on attaque un adversaire sans armure, se relève-t-il difficilement.
_ Faudrait-il que j’accède à cette faveur ? Tu me promets un combat plus relevé si je te laisse porter ton armure ? »
D’un revers de la main, Geki se nettoie le sang qui s’échappe de ses lèvres. Son regard est emprunt d’une animosité rageuse. Son sourire lui donne une mine confiante : « Surtout pas ! Tu sembles être une Saint de bronze aguerrie. T’affronter sans armure sera un test pour m’assurer de mes progrès. »
Derrière Geki, l’effluve de sa cosmo énergie dessine un ours.
Le chevalier s’élance à son tour.
Son mouvement, beaucoup plus fluide que tout à l’heure, surprend Hevelius.
Arrivé devant elle, il l’assomme en laissant tomber sa grosse main gauche sur le sommet de son crâne. Il l’enchaîne, avec une agilité qu’Hevelius n’aurait pas prêtée à un tel gabarit, d’un coup de pied retourné qui fissure le masque de la compagne du défunt Algol.
Passablement sonnée, la jeune femme choisit de concentrer son cosmos dans sa main droite : « Très bien, tu vas subir ma technique prépare-toi à… »
Seulement, Geki se précipite sur elle avec une maîtrise totale du déplacement à la vitesse du son. Il cogne du gauche l’avant bras droit d’Hevelius pour lui faire perdre son accumulation de cosmo énergie. S’ensuit un uppercut du droit et un coup de tête qui aggrave l’état du masque.
Tandis que son corps s’échoue en arrière et que ses forces l’abandonnent, Hevelius revoit les plus beaux instants de sa vie passés en compagnie d’Algol.
Néanmoins, une terrible pression contre sa boite crânienne la ramène à la triste réalité.
Avec ses deux énormes mains, Geki s’est saisi de son crâne qu’il serre de toutes ses forces.
Le masque se brise totalement et le visage d’Hevelius commence à se déformer tandis que du sang jaillit de ses yeux, de sa bouche, de son nez et de ses oreilles.
D’un hurlement bestial, Geki proclame son succès : « Cette victoire, maître, est pour vous. Et pour tout ce que vous m’avez enseigné. Pour l’amour, pour la justice… Pour Athéna ! Hanging Bear ! »
Le diadème de la Cloth de bronze du Petit Renard cède et couvre le bruit provoqué par le craquement des os de la jeune femme.
La boite crânienne en lambeaux, la compagne du Saint de Persée est partie rejoindre son amant.
Geki, lui, reste immobile. Il abandonne le cadavre de son ennemie qui s’échoue à ses pieds.
Des larmes lui viennent : « Maître, vous êtes mort parce que vous croyiez en moi. Malgré mes progrès, je doute de pouvoir rattraper le niveau de Seiya et des autres. Mais je jure en votre mémoire, que je me battrai à leurs côtés jusqu’au bout. »


Aux confins de la dimension qui surplombe la Terre, le temple de Zeus domine le Mont Olympe.
Devant lui, sur le versant de la montagne, est dressé le Palais des Dieux. C’est ici que les dieux olympiens se réunissent.

A l’intérieur, dans la chambre qui juxtapose la salle des banquets, la salle du trône, le débat est vigoureux.
Sur le sol marbré, positionnés en arc de cercle devant un trône immense, onze sièges imposants sont partiellement occupés.
En effet, les dieux résidents en l'Olympe se concertent.
_ « Bien évidemment, les principaux concernés sont absents, pointe du doigt trois fauteuils vides Hestia. Hadès, Poséidon et surtout Athéna ne sont pas là lorsqu’il s’agit de débattre à propos de la Terre.
_ Mais bien plus que de la Terre elle-même, aujourd’hui, il est question de l’Homme, précise à côté d’elle Héra.
_ À commencer par celui qui a osé attenter à Hestia, rajoute leur complice Héphaïstos assis à l’autre bout. Il est retenu aux prisons de l’Olympe. Il s’agit à présent de valider la suggestion faite il y a peu de temps.
_ Au vu des éléments exposés ici et des événements de plus en plus irrévérencieux à notre encontre ces derniers siècles, intervient Artémis, j’estime que la sanction que nous avions prise à l’égard de cet humain indélicat est adéquate.
_ J’ai voulu moi-même en avoir le c½ur net, affirme Hermès à côté d’elle. Je me suis rendu aux prisons pour voir de mes yeux cet affront. Je ne me suis jamais autant senti insulté par le simple regard qu’il pouvait me jeter. Cette punition est sans conteste la plus appropriée. »
Les mains posées avec grâce sur les accoudoirs de son majestueux fauteuil, les jambes croisées avec élégance, Aphrodite Déesse des Plaisirs et de la Beauté propose d’une voix douce mais assurée : « Je suis profondément choquée par l’impudence de cet homme. J’insiste pour que les Anges qui forment ma garde personnelle, s’occupent de châtier cet individu dans l’arène. »
Enfin, tous tournent leur regard vers le siège du milieu, celui qui fait face au trône de Zeus.
Silencieux depuis le début, le visage inexpressif, Apollon attend que le silence règne, pour offrir sa divine parole.
Ses petits yeux plissés se lèvent en direction du trône.
Sans en attendre la permission, preuve de son influence pressante dans l’Olympe, le Dieu du Soleil s’adresse à leur souverain avec ses courtes phrases qui le caractérisent si bien : « Et bien. Dieu des dieux. Voici la preuve, s’il en fallait une, de ce que je t’avançais. Sous la coupe d’Athéna, les hommes se dressent contre nous. Ce chevalier mourra contre le premier Ange auquel il sera confronté. A défaut de celle des humains, cette divine punition fera accroître la foi des olympiens en nous. »
Aussitôt, les regards se lèvent sur l’empereur des cieux. Sachant qu’une réponse de sa part est attendue, Zeus se racle au préalable la gorge.
Le son provoqué est si intense qu’il retentit tel un coup de tonnerre.
Au sommet de l’Olympe, un éclair déchire le ciel.
Les mains épaisses du roi des dieux, tombent sur ses cuisses habillées d’une courte jupe blanche, provoquant un second grondement.
Ainsi, il prend appui sur ses jambes et se lève pour exposer ses deux mètres quarante-sept maintenus par une musculature inouïe.
Il réajuste le voile blanc qui passe au travers de son torse et habille la moitié de sa poitrine.
Ses yeux larges et plissés sont coiffés d’épais sourcils. Ceux-ci sont d’un blanc aussi grisonnant, que sa longue et opulente chevelure. Celle-ci se mêle à sa barbe dense, qui descend jusqu’au c½ur de ses pectoraux taillés dans le marbre. 
Lorsqu’il commence à ouvrir la bouche pour apporter sa réponse, le temps semble se suspendre. Tous sont pendus à ses lèvres. Sa voix détone à en faire trembler les murs : « La situation est en effet préoccupante. Jamais je n’aurai pu croire qu’un humain se rende coupable d'une telle offense à l’égard de l’Olympe. Lorsque j’ai légué la Terre à ma fille Athéna, j’espérais qu’elle ferait des hommes des êtres à notre image. Hélas, le vice qui les ronge les condamne de génération en génération à notre colère. Cependant, depuis mon retrait dans l’Olympe, j’ai pris pour habitude d’écouter les c½urs des humains en faisant réincarner sur Terre mon Aigle et mon Trait de Foudre. Ils me servaient de messagers et me permettaient de peser le pour et le contre entre les qualités et les défauts des hommes. »
Le maître des huit divinités réunies ici s’assied, comme pour conclure sur une indécision.
Préférant obtenir une autre réponse, Apollon lui suggère : « Pardonne-moi dieu des dieux. Tu sembles soucieux. Toutefois, cela fait des siècles que nous te faisons part de notre inquiétude. La gouvernance des hommes par Athéna laisse à désirer. Elle les soutient dans leur rébellion contre notre autorité. Certains en viennent même à nier notre existence. Ton Aigle et ton Trait de Foudre sont la preuve que même réincarné, un olympien peut être corrompu par la bassesse des hommes. Aujourd’hui, ils ne sont pas revenus vers toi. Ton Aigle et ton Trait de Foudre, ont bafoué leur allégeance en ton nom. »
Pensif, presque dérangé, Zeus passe sa main dans sa barbe drue.
Ses yeux prennent la direction du dernier membre de leur comité.
Cette déesse, bien silencieuse depuis le début du débat, observe les siens.
_ « Lesquels mènent le complot et lesquels en sont victimes, s’interroge-t-elle ? »
L’intimité à peine dissimulée par quelques ornements, quasiment nue, celle qui est apparue à Apodis sous une toge sombre au tissu très fin, réalise la tournure que prennent les événements. P
référant ne pas faire le jeu de ses semblables, elle s’est mue jusqu’à présent dans le silence.
Néanmoins, la voix caverneuse de leur souverain l’interpelle : « Et bien Déméter. Tous ont donné leur avis ici sauf toi. Que suggères-tu ? »
L’entité aux longs cheveux noirs de jais, préfère ne pas éveiller les soupçons et fait le jeu des conspirateurs : « Seigneur Zeus, le coliseum n’a pas été utilisé depuis des siècles. Je pense qu’il serait du meilleur effet d’y inviter votre peuple pour les divertir. La mise à mort d’un homme leur offrira un passe temps original. Quant à nous, cela nous rappellera aux bons souvenirs des guerres d’antan. »
Cette réponse satisfait Héphaïstos, Héra et Hestia qui arborent une expression suffisante. Apollon, lui, reste terne comme à son habitude. Ravi néanmoins au fond de lui que son plan se déroule comme prévu.
Voyant que Zeus ne partage pas les mêmes certitudes qu’Aphrodite, Artémis, Déméter et Hermès, le Dieu du Soleil précise : « Dieu des dieux. S’il t’en fallait plus, je me contenterai de citer la légèreté d’Hébé. Comme ma s½ur Athéna. Elle a toujours cru bon de se réincarner parmi les hommes. Les encourageant même, dans leur entreprise de destruction du temple d’Hestia sur Terre. »
Confronté à une vérité montée de toute pièce, Zeus n’a pas d’autres choix. Il fronce les sourcils et grommelle : « Qu’il en soit ainsi. Le chevalier d’Athéna sera jeté dans le coliseum. Il affrontera les Anges au service d’Aphrodite comme celle-ci l’a proposé. Il les affrontera jusqu’à ce que mort s’en suive. »


Durant ce temps, à l’intérieur d’un temple qui porte encore les traces de l’occupation athénienne de ces derniers mois, Marin recouvre ses esprits sur Yíaros.
Son premier réflexe est de caresser son visage, pour s’assurer qu’il est toujours caché.
A cet instant, la stupeur la prend, ses doigts caressent sa peau. « Mon masque, s’inquiète-t-elle aussitôt ! »
Elle bondit de la couche où elle se reposait, sans se soucier de ses plaies encore fraîches.
Heureusement, la voix chaleureuse et familière de Juventas la ramène au calme : « Ne t’en fais pas. Tu es dans le temple réservé aux prêtresses d’Hébé. Le temple des femmes, le temple d’Héra. »
Marine se saisit immédiatement du masque, que lui tend l’Alcide des Juments de Diomède : «  Merci. Je… Je ne voulais pas te sembler impolie. »

Les deux jeunes femmes sortent côte à côte.
Leurs regards dissimulés fixent une statue d’Hébé qui trônait autrefois fièrement devant ce temple et qui est maintenant couchée et brisée, après le massacre orchestré par les Athéniens.
_ « Il ne reste plus rien d’elle désormais, déclare tristement Juventas. »
La voix venue du ciel et communiquée par télépathie par ¼dipe, réagit au sous-entendu de son amie. Son apparence disgracieuse fend l’air, pour le laisser prendre place à proximité des jeunes femmes : « C’est faux. Il règne sur cette île une atmosphère bienfaisante. Comme si l’empreinte du cosmos de notre Majesté était ancrée à jamais. Et le plus important, c’est que cette île a toujours vu ses habitants vivre dans l’amour. De notre divine Hébé, il restera toujours nos c½urs aimants. »
Au loin, Juventas regarde sa fille Agape courir après d’autres enfants.
_ « Et si d’Iphiclès il me reste Agape, que me reste-t-il d’Apodis ? Et de Baucis ? Et Philémon, relance avec peine Juventas ?
_ Il nous reste l’espoir, tend Marin le Jonc que ses amis ont gagné. Ils sont parvenus à arracher cet artefact indispensable à la protection d’Athéna, pour les véritables combats à venir. Maintenant nous pouvons passer à l’étape suivante. Une fois qu’Athéna aura repris son Sanctuaire…
_ Oui, l’interrompt Juventas. Une fois qu’elle aura repris son Sanctuaire, seulement à cet instant, nous prêterons allégeance à Athéna. Maintenant, l’étape suivante, quelle qu’elle soit, sera pour moi de protéger l’île et de veiller sur le peuple.
_ Après la mort d’Iphiclès, Juventas est devenue le général des armées hébéïennes, précise avec beaucoup d’affection pour Marin ¼dipe. Sans déesse désormais, Juventas devient légitimement la régente d’Yíaros. A cet effet, je deviens son sujet. Et je préfère t’avouer que je lui donne parfaitement raison sur sa décision. La querelle interne au Sanctuaire d’Athéna nous a coûté tout ce que nous avions. »
Soutenue, Juventas, le corps noyé par les larmes qui s’échappent de sous son masque, conclut d’une tape amicale sur l’épaule de Marin : « Le premier Jonc que tu avais ramené sur Yíaros repose toujours sur le siège d’Hébé. Tu es libre de le reprendre.
_ Je comprends votre décision, baisse la tête amèrement Marin. Je poursuivrais donc, seule, mes investigations. Cependant j’aimerai, au contraire, avec votre accord, laisser ce second Jonc ici, en compagnie du premier. Je ne voudrais pas qu’ils finissent entre de mauvaises mains, si je venais à faire une sale rencontre.
_ Bien entendu. Je te laisse le soin de réunir au Parthénos les deux Joncs. Nous restons les alliés d’Athéna, même si cette quête en son nom s’arrête ici pour nous. »


En Olympe, à l’intérieur du temple du dieu du Soleil, aux pierres aussi froides que son c½ur, Apollon laisse son fidèle serviteur, le vieux Roloi, lui tenir sa cape pour faciliter son avancée.
Derrière eux, l’Ange le plus puissant de l’Olympe, Helénê, connue sous le nom terrestre de Ksénia, arbore un sourire à mesure que le petit bonhomme moustachu félicite la stratégie de leur maître : « … De plus, vous devez être ravi que ce soit sa Splendeur Aphrodite, qui propose de punir le chevalier. Alors qu’elle n’est même pas complice de votre plan, elle suit parfaitement le déroulement de celui-ci. Et sans compter Hermès, à qui il a suffit de voir la grossièreté de l’humain pour être certain de sa culpabilité. »
Arrivé devant une litière sur laquelle il choisit de s’allonger, Apollon se défait de l’assistance de Roloi d’un mouvement de bras qui signifie tout son agacement.
Les gros yeux inondés de bêtise du bougre au crâne dégarni s’écarquillent malgré tout pour exprimer un plaisir tout particulier lorsque Apollon prend la parole.
_ « Tes conseils m’ont été d’une grande utilité également, le satisfait Apollon. Il faut le dire. Avoir séparé l’Aigle et le Trait de Foudre de Zeus dès leur enfance terrienne. Il s’agissait d’une ingénieuse idée. Aujourd’hui Zeus ne peut voir que les défauts des hommes, que rapportent les Olympiens. Il ne voit plus ce qu’il prétendait être leurs qualités, lorsque ses seconds les lui rapportaient. »
Roloi s’écarte pour laisser d’autres serviteurs servir à leur maître du nectar et de l’ambroisie.
Face à l’euphorie de Roloi, Helénê s’emballe : « Maintenant qu’Hébé a été anéantie, Athéna est désormais seule sans le soutien de quiconque. C’est le moment idéal pour porter un coup fatal. »
Tout en tournant autour de la vénusté Roloi la regarde avec indélicatesse. Prêt à laisser balader quelques mains bien audacieuses sur les courbes de l’Ange, Roloi préfère atténuer son enthousiasme : « Agir ainsi serait bousculer les choses. Alors que tout se met en place progressivement, il serait dommage de tout gâcher. »
Elle corrige les mauvaises manières du vieillard sénile, en lui tapant la main.
Face à tant de décontraction, Apollon prend un ton impérial qui impose le respect à ses deux sujets et fait fuir ses esclaves : « Cessez vos imbécillités. Helénê n’a pas tort. Athéna est affaiblie. Mais Roloi a raison. Les autres dieux qui ne sont pas au fait de mon plan tombent dans le piège. Ils se font manipuler aisément. Tu as semé quelques graines sur Terre Helénê. Auprès d’Hadès. Auprès de Poséidon et d’Odin. Auprès d’Arès également. Laisse-les donc germer. Athéna sera obligée de commettre l’irréparable. Ne laissant plus d’autre choix à Zeus, que d’accepter ma réalité. »


En Grèce, les vagues viennent mourir sous les pontons du port de l’île d’Yíaros dans le calme le plus total.
Assise au bout d’un de ceux-la, Marine retire son masque pour scruter l’horizon.
Elle est perdue dans ses pensées : « Je repars de zéro à présent. L’idéal serait pour moi de récupérer mon Pendentif de Zeus. Cette vision que j’ai eu lorsque j’ai été frappée par le cosmos d’Hestia m’a délivré quelques signes. Hélas, je ne sais comment les interpréter. En plus de l’Olympe, je suis chassée par le Grand Pope. Et le seul qui n’en a cure et qui dispose des connaissances nécessaires est Mû de Jamir. Je n’ai que lui vers qui me retourner. »

Author Topic: Chapitre 58  (Read 940 times)

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