Chapitre 54 - Les Joncs d’Athéna

Cela faisait neuf jours que Marine et moi étions sur Yíaros. Neuf jours que je faisais le vide dans mon esprit. Je m’y trouvais en bonne santé, heureux, épanoui, auprès de Juventas et Agape.
Je savais hélas que ça ne durerait qu’un temps. Le sort de la Terre allait nous rattraper et bientôt j’allai devoir dire encore une fois au revoir à des êtres que je chérissais.



Chapitre 54 - Les Joncs d’Athéna

En Grèce, sur l’île d’Yíaros : 

28 octobre 1986.
Main dans la main, Apodis et Juventas se baladent le long des jardins du temple d’Héra en compagnie de Philémon et Baucis. Devant eux, la jeune Agape court après un lapereau qui s’amuse de sa lenteur.

Profitant des derniers rayons de soleil de l’automne, les couples évoquent Marine. L’Alcide aux longs cheveux violets confirme :
Baucis - " ¼dipe est formel. Il n’a pas quitté l’entrée du Parthénos depuis qu’elle s’est enfermée avec Hébé. Aucune d’elles n’est sortie de la salle d’audience. "
Juventas soupçonne un danger qui les dépasse : « Pour que sa Majesté Hébé s’inquiète autant des raisons de la présence de Marine, c’est qu’il doit s’agir d’un objet avec des vertus spécifiques. »
Apodis - " Marine m’a montré un bracelet qu’elle a présenté comme étant une clé. Jusqu’à maintenant, même si elle était réservée, Marine n’a jamais donné le sentiment de détenir des renseignements importants. "
Philémon qui l’a côtoyé également au Sanctuaire rajoute : «  Le plus étrange c’est qu’elle se soit simplement présentée à Hébé comme étant l’Aigle, et non pas comme Saint de l’Aigle. Moi quand je donne mon nom je ne dis pas « le Lièvre », je dis Saint du Lièvre. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope : 

Sur le long tapis rouge de la salle de réception du représentant d’Athéna, Phaéton se recroqueville sur lui-même face à la colère de son souverain.
Des éclairs jaillissent de l’effluve de son cosmos lorsqu’il évoque la situation au Japon : « Les chevaliers d’argent ne suffisent pas ! Ils ont réchappé à la destruction de l’Ile de la Mort ! Le casque de l’armure d’or demeure irrécupérable ! »

Catapulté général en lieu et place du déserteur Gigas, Phaéton reste là à subir les sautes d’humeur du Saint des Gémeaux. Il se hasarde à demander : « Dois-je envoyer d’autres Saints d’argent contre ces renégats ô Votre Grandeur ? »
Saga - " Non. Malgré tout, ils ont beaucoup souffert ces derniers temps. Je pense que laisser une période de vide sera idéale pour les faire douter. En attente d’une réplique de leur part, je souhaite accroître nos efforts sur des mises à mort stratégiques. Ainsi, Athéna sera privée d’alliés. "
Phaéton - " Que votre volonté soit respectée Altesse. "
Saga - " Bien. Tous les Saints ayant participé à la Galaxian War au Japon sont des traîtres. D’après nos espions envoyés au Japon, certains sont repartis auprès de leurs maîtres. Nous allons donc envoyer nos messagers les informer de la décision prise par le Sanctuaire de les éliminer. Pour ceux qui sont réticents à cette idée, nous ferons d’une pierre deux coups. "
Phaéton - " Qu’il en soit ainsi. "


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur des couloirs du palais, Hébé et Marine marchent côte à côte. Aucune des deux n’émet le moindre mot. Le visage de la déesse est franchement soucieux, tout comme l’est celui de Marine sous son masque.

Elles regagnent la salle du trône sur lequel siège le bracelet que le chevalier d’argent a amené jusqu’ici.
Hébé - " Je vais essayer de nouveau. "
Marine - " Déesse Hébé, vous devriez vous reposer. Cela fait neuf jours que vous concentrez sans cesse vos efforts. "
Hébé, douce et généreuse, pose sa main sur l’épaule de Marine pour la rassurer : « Ne t’en fais pas. Ce repas frugal m’a rendu des forces. »
Marine - " Je m’inquiète, le sceau apposé semble être difficilement décelable. "
Hébé - " Le sceau n’est pas vieux. Voilà pourquoi il représente un obstacle pour moi. "

La Déesse de la Jeunesse s’assied sur son impérial fauteuil et enferme dans la paume de ses mains le bracelet sur lequel s’entremêlent les symboles de la Chouette et de Pégase.
Elle clôt ses paupières et entre dans une transe spectaculaire. Bien que Marine assiste à ce phénomène depuis plus d’une semaine, la japonaise n’en reste pas moins émerveillée.
Le cosmos de la divinité inonde la pièce de sa lumière bienfaitrice et englobe peu à peu l’île.
L’énergie, empreinte d’une grande bonté, touche chaque personne d’Yíaros et leur réchauffe le c½ur.


Soudain, la déité aux cheveux blonds stoppe sa méditation et s’écroule sur le sol.
Marine se précipite vers elle pour la relever tandis que les gardes, pris d’un étrange pressentiment, pénètrent dans la pièce accompagné d’¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale.
Un soldat s’inquiète : « Elle vomit du sang ! »
La voix d’¼dipe retentit dans la pièce : « Je sens qu’elle essaie de maintenir un lien télépathique. C’est ce qui la fait souffrir. »
Hébé relève la tête vers le ciel, du sang coule de ses oreilles, de son nez et de ses yeux.
Marine - " Arrêtez Majesté ! "
Cependant, la transe d’Hébé ne cesse pas. Au contraire, elle s’amplifie, le souffle semble manquer à la vénusté. Ses yeux sont révulsés. Elle bleuit et convulse.

Des flashs frappent son esprit : « Mer Egée… Ile de Ténédos… Au c½ur de l’île… Sous terre… La croûte terrestre qui forme un plafond soutenu par des colonnes doriques… Les vestiges d’un temple… Sur le parvis, des statues arrachées dès leurs bases… L’intérieur est ravagé… Il ne reste que les pierres qui soutiennent l’édifice… Seul subsiste un banc de pierre au fond de la salle… Dessus… Un second bracelet… Identique à celui de Marine… Frappé d’un sceau… Surplombant le banc, une statue… »

Brusquement, elle revient à elle en reprenant son souffle à plein poumon.
Elle se redresse si subitement que toute l’assistance, prise de panique, recule d’un pas, croyant faire face à une revenante
¼dipe - " Comment allez-vous Majesté ? "
L’ancienne amie d’enfance de Saga et Kanon, essoufflée, cherche de ses yeux ensanglantés Marine. Elle lui cramponne le bras et lui sourit : « Je l’ai trouvé. J’ai trouvé le second bracelet. »


En Grèce, sous l’Aréopage, dans le Sanctuaire : 

Les étages du temple conique se vident.
En rang, s’agenouillant dans leurs tenues orange, cuirassées de rouge, les soldats se présentent face au trône d’Arès.

Passant en revu ses hommes depuis son fauteuil, le Dieu de la Guerre et de la Destruction, les bras sur son accoudoir, la tête en appui contre son poing droit, attend l’arrivée du Berserker de la Royauté.

Suivi de ses lieutenants, Atychia et Tromos, Vasiliás se manifeste dans sa Nightmare d’un rouge écarlate.
Sous son casque ovale formant une gueule de lion, sa voix, étouffée par le masque doré qui ne laisse apparaître que ses beaux yeux bleus et verts, ne passe pourtant pas inaperçu.
Arrivant en dernier, traversant toute la salle, il scande bien fort : « Justice ! Justice ! ... »

Finissant sa marche devant le trône de son maître, l’américain retrouve le silence.
Il patiente.
Le temps que les Berserkers du Malheur et de la Terreur se courbent à ses côtés.

Dès lors, il reprend : « Justice ! Voilà bien un mot oublié, perdu. Un mot que j’ai choisi de redéfinir avec vous afin de l’étendre au monde entier. Nos ennemis, les dieux qui se chamaillent la Terre depuis sa création, n’ont jamais su inspirer notre définition à la face du monde. Athéna la première. Celle qui se veut amour et paix, ne cautionne en réalité que le délabrement du genre humain qui n’offre finalement au plus faible que l’injustice du plus fort… »
Il lève le bras à l’attention des soldats positionnés en fond de salle, près de la grande porte, les invitant à l’ouvrir : « … Alors je vous ai trouvés. Et vous m’avez tous couronné, faisant de moi le roi du nouveau monde. Un monde de loi et de justice. Faisant de moi l’espoir… »
La porte ouverte, il tend les bras dans sa direction.

Dehors, sur l’îlot au c½ur de la Terre, entouré de lave, des hommes, nus, agenouillés, les mains ficelées dans le dos, sont sous la menace des épées arèsiennes.
L’assistance se retourne tandis que Vasiliás poursuit : « … Certains d’entre vous, les plus aguerris, sont envoyés en mission depuis des mois. Des criminels de guerre dans les pays en conflit, des violeurs, des tueurs, des voleurs récidivistes partout dans le monde… Tant de fléaux qui ont ruinés votre vie et en anéantissent d’autres. En contaminent d’autres. Nos hommes nous débarrassent d’eux. Vous, vous allez nous débarrasser d’eux. Pendant qu’Athéna règle ses conflits en interne et se chamaille sa souveraineté avec d’autres dieux, vous vous allez rendre la justice en ce monde. Discrètement. Avec discernement. Mais chaque fois avec violence. Pour marquer les esprits. Et déjà les prémices de notre loi favoriseront dans l’esprit humain la compréhension lors de notre prise de pouvoir. Inspirons dès maintenant la normalité, pour que le jour où nous raillerons les autres divinités de ce monde, il ne reste plus que les hommes justes et leur roi que vous aurez érigé ! »
L’assistance lève immédiatement le poing au ciel en criant d’un air victorieux.

Accroupie à côté de lui, Atychia relève sa tête vers Vasiliás pour lui témoigner toute son admiration.
Le charismatique orateur poursuit : « L'être humain a droit au bonheur. Mais à cause de quelques gens pervertis, ce droit disparaît soudain avec une facilité déconcertante. Rendre nous même la justice par la mort, surpasser les lois de pays aux justices trop laxistes ou corrompues, permettra aux gens de réaliser quelle est la juste façon de vivre. La justice ne s’acquiert pas en attaquant, en piégeant ou, à plus forte raison, en tuant son prochain. Vous aspiriez au bonheur sans nuire à celui d’autrui, en respectant les droits des autres et la justice de vos pays respectifs. Mais vous avez été dupés. Victimes. C’est désormais vous qui allez inspirer le devoir à chaque homme. Ces derniers mois, vous avez tous découverts et manipulés le cosmos. Certains ont même surpassé leurs limites. Pourtant, beaucoup attendent encore de prouver leur valeur. Cela passera par une inévitable Guerre Sainte. Par le combat, le sang, la mort. Rendre la justice fera peut-être de nous des criminels. Mais ce mal n’est-il pas nécessaire ?! »
De nouveau, la foule lève les bras au ciel en signe d’approbation.
Alors Vasiliás déclare : « Continuellement, jusqu’à ce que le jour de la bataille vienne, de nouvelles troupes seront formées. Envoyées incognito, en civil, dans ce monde perverti par le mal. Elles iront rendre la justice. Vidant les ghettos de leurs malfrats, déracinant les mafias les plus puissantes, brisant chaque dictateur et son gouvernement, nettoyant les prisons de chaque pays. Oui, sans annoncer pour le moment à la face du monde notre existence, nous allons créer un sentiment de justice divine. Une ambiance de justice rendue, instaurant la peur de commettre le mal. Et c’est lorsqu’il n’existera plus de menace divine que nous annoncerons à la face du monde qui nous sommes, ce que vous avez fait pour lui. Dès lors, vous serez reconnus comme les sauveurs de l’humanité. Une nouvelle ère commencera. Allez vous vivre en cette ère avec moi ?! »
Encore, l’armée s’époumone de joie. Leur chef conclut : « Nous devons alors tous porter notre pierre à l’édifice. Nos épées doivent être toutes teintées du sang de nos ennemis… »
Il pointe du doigt les dizaines de prisonniers dehors : « Avant de retrouver le temps d’une mission une vie civile, durant laquelle vous serez des justiciers, découvrez quelle est la couleur du sang souillé par le mal ! »
Sans être encouragé davantage, près d’un millier d’hommes se rue sur les otages de leurs pairs. Ordonnés, malgré la précipitation, les rangs viennent frapper de leurs épées les corps dénudés. Chaque arèsien cherchant, pour la plupart, à frapper là où la chair n’est pas encore entaillée, transpercée, afin d’avoir un sentiment d’exclusivité, comme si chacun était devenu « le » justicier, celui qui aurait rendu l’impartialité du roi en premier.

Dans le grand hall vide, Vasiliás se tourne vers Atychia : « Organise de nouvelles équipes. Cinq hommes. Répartis dans plusieurs régions du monde. Qu’ils soient discrets. Qu’ils soient efficaces. Aucune pitié. Tous doivent rendre la justice et revenir fiers. Après cela, il ne restera plus qu’un obstacle pour que le monde soit à nous. »
L’admirative bulgare incline la tête pour affirmer son obéissance et s’empresse déjà d’exécuter les ordres.
Le roi virevolte de l’autre côté pour sourire à son ami : « Que se passe-t-il Tromos ? »
Le géant argentin grimace dans sa longue barbe : « Pour ceux qui ne se sont pas encore vengés de leurs vies passées, tu te doutes bien qu’ils vont saisir l’occasion d’une telle mission. »
Vasiliás - " Parfait, c’est exactement ce que j’attends. "
Tromos - " Atychia a eu droit à sa chance avant même que tu n’en fasses un Berserker. "
Vasiliás - " Je vois où tu veux en venir. Ton tour viendra Tromos. Ton tour viendra. "

Puis, en levant les yeux plus haut, Vasiliás remarque un Arès totalement subjugué par le massacre qui lui est offert. Absorbé par les giclées de sang, le dieu belliqueux ne perd pas une goutte du spectacle. Pour le plus grand plaisir de Vasiliás. « C’est bien, régale-toi Arès. Cette scène était également pour toi. En plus d’être une épreuve pour les plus hésitants, cette mise en scène est une façon de te faire croire en ma promesse, en une Terre ravagée par la guerre. En cet instant mes hommes sont désormais totalement investis dans leur mission, et toi tu me laisses toute latitude pour gérer mes plans. », réfléchit-il.


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe : 

Dans le domaine des cieux, la vie s’écoule paisiblement. Il s’agit d’un monde où les dieux sont aimés, adulés, priés.

Aux confins du royaume, au sommet du Mont Olympe, le temple de Zeus surplombe cet univers.

Devant lui, sur le versant de la montagne, est dressé le Palais des Dieux. C’est ici que les dieux olympiens se réunissent.
Allant de débats vigoureux à d’interminables banquets, les divinités y scellent leur volonté.

A l’entrée du Palais des Dieux, se rejoignent onze chemins. Tous conduisent à onze temples en pierres aussi froides que le c½ur des autres dieux de l’empire.
Ils sont alignés au pied du Mont Olympe et dominent une immense vallée.

La nature est y saine.
L’eau, pure et claire des lacs, provient du Mont Olympe.
Le décor est similaire à celui que subira le Sanctuaire lors de l’occupation d’Artémis.
La verdure riche offre de longs jardins fleuris.
Loués par le peuple, Zeus maintient un ciel constamment bleu et laisse se succéder l’attraction lunaire et le soleil qu’offrent Artémis et Apollon.

A l’est, jusqu’au fond de la vallée, tout autour des habitations, là où l’eau qui s’écoule des montagnes repose à perte de vue, subsiste un vieux Colisée.
Vestige des temps anciens, les places assises, aujourd’hui couvertes de verdure, sont en demi-cercle autour d’une arène suspendue au bord du vide. Les dieux y faisaient combattre leurs prisonniers de guerre.

Le peuple, lui, est discret et décent. Vêtus d’une simple toge blanche accrochée stratégiquement par des broches en or pour ne rien dévoiler de leur intimité, ces privilégiés sont des descendants des héros mythologiques, des nombreux enfants illégitimes des dieux ou encore des fidèles élus par les dieux avant que ceux-ci ne se retirent ici.
Chaque foyer possède son logis. Tous salubres, leurs architectures sont identiques. Ils sont faits de colonnes de plâtres qui soutiennent les murs et les toits aux pierres impeccablement blanches. La pièce principale est dominée par un autel à l’honneur des dieux olympiens. Ils disposent de terres parfaitement fertiles où chaque foyer cultive et élève son bétail à la convenance de ses propres besoins.
De sa plus tendre enfance jusqu’à la fin de ses jours, l’olympien voue sa vie à la reconnaissance des dieux et travaillent pour eux. Tous sont éduqués dans le but de servir l’Olympe. Que ce soit en étant prêtre serviteur ou un Ange guerrier de l’Olympe.

En guise de foi et de remerciement pour cette vie de félicité, le peuple couvre chaque jour les prieurés d’offrandes.
Ces temples, montés sur des colonnes doriques et d’à peine vingt mètres carrés, sont dressés tous les deux kilomètres à la ronde. Aucun n’est pourtant vide plus d’une heure. Ils sont tenus par les prêtres et prêtresses au service des dieux. Les déités goûtent, au Palais des Dieux, à longueur de journée, les offrandes laissées par le peuple et servis par les religieux.

Les prieurés sont tous reliés par des routes de pavés qui, en direction d’une autre montagne faisant face au Mont Olympe, conduisent à un carrefour.
A mesure que les chemins s’éloignent du c½ur de l’Olympe, les routes sont de plus en plus détériorées et désertiques. Quand il n’en manque pas, les pavés sont fissurés, le sol est couvert de poussière et un vent violent se dresse, ne laissant des routes plus que deux sentiers.

Le premier part en direction des Prisons de l’Olympe. C’est ici qu’échouent les hommes qui, sur Terre, ont commis des actes immoraux et des affronts envers les dieux.
D’innombrables colonnes sphériques pointent vers le ciel d’un bleu plus obscur. C’est sur ces surfaces plates et surélevées que sont faites prisonnières les victimes de l’Olympe. Le vide, un passage vers l’Hyperdimension, y est donc sans fin.

Le second se perd dans un désert semblable à celui que traversera Seiya lorsque le Sanctuaire d’Athéna sera sous le contrôle d’Artémis.
Au bout de ce désert, une fois l’horizon perceptible, l’autre montagne se dresse. Un chemin étroit, en serpentin, tout autour d’elle, regorge des ruines de temples et de statues. A son sommet, un étrange lac rayonne de mille couleurs.
Personne ne s’y est aventuré depuis des siècles. L’évocation de cette zone est même proscrite du langage des olympiens.


Là où chaque souverain est flatté jusqu’à outrance, dans le Palais des Dieux, un habituel festin est dressé.
La pièce juxtapose la salle du trône où reposent, autour du trône de Zeus, les onze sièges de ses pairs.
La salle de banquet est drapée des murs au plafond de longs voiles blanc.
Des parterres de fleurs et d’arbustes agrémentent le sol marbré lavé sans cesse par les serviteurs.
Des estrades sont dressées tout autour de ce hall immense. Des fauves s’y baladent en total liberté et admirent la lascivité des Dieux.

En cet instant, deux déesses sont allongées sur des couches aux coussins ivoire.
Elles dégustent l’ambroisie apportée par les prêtres, qui se prosternent à chaque plat apporté. Elles savourent le nectar en observant avec dédain la nourriture donnée aux animaux.
Les serfs leur servent les mets offerts par les olympiens sur les autels.
Elles remarquent à peine, avec suffisance, les plus beaux sujets, hommes ou femmes, qui se baignent dans les multiples bassins embellissant la pièce, jouent de la harpe, dansent, ou réalisent des acrobaties, dans le but de les divertir.

Les deux déités ont le visage très fin, les traits très tirés. Leurs yeux sont larges et plissés, exprimant à chaque instant la supériorité dont elles se glorifient.
L’une d’elle est dérangée par le couinement de la grande porte qui sépare la salle du trône de la salle de banquet.
Elle est vêtue d’une longue robe pourpre. Celle-ci libère sa poitrine généreuse et lui serre sa fine taille jusqu’à mouler parfaitement son postérieur et le haut de ses cuisses. Ses ongles vernis à la couleur de sa robe soulèvent une coupe en cristal jusqu’à ses lèvres pulpeuses. Ses cheveux noirs tirés, pour former un magnifique chignon, sont coiffés d’un diadème orné en son centre d’un rubis rouge écarlate.
D’un ½il inquisiteur, elle fixe l’olympien responsable de ceci.

Le bougre, un homme de petite taille et d’un certain âge, le crâne au sommet dégarni, ne gardant qu’autour de la tête une épaisse touffe de cheveux blancs coton, avance en mettant tranquillement un pas devant l’autre. Sous ses étroits sourcils, ses grands yeux ronds prennent la direction de la déesse qui le toise. Aussi indélicat que sa présence ici, son allocution ne dégage aucune formalité : « Déesse Héra, je vous importune quelques instants. Mon maître s’inquiète. »
La Déesse du Mariage se redresse immédiatement : « Que se passe-t-il Roloi ? »
Comme s’il était sénile, le vieillard tire sur ses fines moustaches qu’il a à chaque coin de ses lèvres. Ses yeux sont inondés de bêtise : « Enfin, je ne voudrai pas vous alarmer pour rien, mais comme vous êtes une des instigatrices de tout ceci… Bon, bon. En fait ça concerne surtout la Déesse du Feu Sacré et du Foyer ! »

Accompagnant Héra, Hestia, accoudée sur sa couche, se redresse aussitôt.
Sévèrement vêtue, seuls ses bras sont libérés de sa bure blanche. Un voile couvre sa tête et ses courts cheveux rougeoyants. Ses petits yeux sombres ne perdent rien de leur hauteur : « J’imagine qu’il s’agit de notre plan. »
Roloi agite ses bras comme un comédien : « Exactement. Un cosmos est entré en liaison avec le Jonc qui vous a été confié et que vous gardez prisonnier sur Terre. »
Hestia - " Athéna chercherait-elle à s’en emparer ? "
A l’évocation du nom de la Déesse de la Sagesse, Héra ne peut s’empêcher de plisser davantage ses yeux. Roloi secoue son doigt d’un signe négatif : « Pas du tout ! Apparemment il s’agit d’un autre cosmos. Celui de la Déesse de la Jeunesse ! »
L’appétit coupé par l’évocation des déesses protectrices de la Terre, Héra se retire en soufflant : « Hum… Hébé… Elle s’est donc réincarnée elle aussi à cette époque. Une de plus qu’il faudra rayer de l’histoire. Hestia, je te laisse nuire à leur recherche. »
Hestia - " N’aie crainte. Le Jonc est bien gardé. "

Alors qu’il s’apprête à quitter le banquet à son tour, Roloi fait demi-tour précipitamment : « J’allais oublier ! Mon maître propose de vous laisser son plus fidèle Ange pour protéger ce lieu. »
Hestia devine que Roloi parle de celle qui s’est réincarnée sur Terre sous le nom de Ksénia : « Je vois. C’est qu’il craint réellement qu’Hébé puisse récupérer le Jonc pour qu’il me confie Helénê. Cependant, le lieu est déjà gardé par un autre Ange. Rassure ton maître. S’il le faut, je me déplacerai en personne. »
Satisfait, Roloi affiche un sourire aussi large que sa bêtise.


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

Considérablement affaiblie, Hébé est affalée dans son trône. Ses yeux sont cernés et ses membres tremblent encore.
A ses côtés, Marine, recouverte de son armure, observe l’ensemble des Saints et des Alcides présents sur l’île.

Apodis, Philémon, Juventas, Baucis et ¼dipe, se tiennent droits, casque de leurs Cloths dans les mains.
Tous sont soucieux de la tenue d’Hébé et des mystères qui entourent Marine. Apodis le premier. Volontaire pour accompagner Marine ici, il s’impatiente de connaître la suite.

Marine leur tend le bracelet : « Ce bracelet détient des pouvoirs au service de la déesse Athéna. J’ai trouvé le second bracelet. »
Apodis s’exclame : « Ah ! Parce qu’il y a deux bracelets à présent ! »

Pressentant que Marine n’arrivera pas à se faire totalement entendre par ses pairs, Hébé puise au plus profond d’elle-même pour se redresser. Son geste impose le silence.
Ses mains grelottantes prennent appui sur les accoudoirs de son fauteuil pour lui permettre de se mettre debout.
Aussitôt, la tête lui tourne et Marine se hâte de la soutenir.
Les chevaliers, eux, s’inclinent aussitôt.

Le ton est bas et sa voix déraille, mais elle tient à garder toute sa noblesse en poursuivant : «  Le combat que livre en interne le Sanctuaire n’est rien par rapport à la menace qui plane sur Terre. Le vrai danger pour Athéna n’est ni Poséidon, ni Hadès, comme cela pouvait être le cas dans le passé. Aujourd’hui, une conspiration semble être menée par l’Olympe. Nous ne savons pas s’il est question de tous les olympiens. Cependant certains éléments nous permettent de savoir qu’il s’agit d’eux… »
Elle coupe un instant pour récupérer quelques forces.
Les chevaliers espèrent qu’elle les éclaircisse sur ces fameux événements. Hélas, cela semble être de l’ordre de la confidence avec Marine. Elle enchaîne sur les artefacts : « Athéna va avoir besoin de toutes les forces dont elle peut disposer. Car c’est bien sur elle que repose l’avenir de notre planète. Les dieux mineurs, moi compris, ne seront jamais de taille à soulever seul le complot. Nous serons donc une des forces d’Athéna. Et c’est en tant que tel, que nous nous devons de réunir aujourd’hui le reste de ses atouts. Parmi eux, les bracelets. Oui, il existe bien deux bracelets. Il s’agit des Joncs d’Athéna. L’un d’eux a été dérobé par les olympiens. Fabriqués à l’époque de la création de sa chevalerie par Athéna en personne, les Joncs ne peuvent être détruits. Alors celui aux mains des olympiens a été scellé. »
La déesse se pose de nouveau sur son siège pour laisser Marine finir.
Cette fois-ci, c’est Juventas qui profite du changement d’interlocuteur pour demander : « Avec tout le respect que je vous dois, nous déplacer en Olympe pour récupérer cet objet est un outrage fait envers les dieux. »
Marine - " Heureusement nous n’aurons pas à aller en Olympe. Ce qui nous pousse à croire que tous les olympiens ne sont pas derrière cette machination est le fait que le Jonc soit encore sur Terre. "
Hébé clarifie : « Il se trouve précisément dans un temple abandonné sur l’île de Ténédos. »
La japonaise demande à son camarade grec : « Tu m’accompagnes toujours Apodis ? »
Apodis - " Même si tout ceci reste très flou, il s’agit de la sécurité d’Athéna. Bien sûr, je suis avec toi. "
Le petit Saint de bronze du Lièvre, amant passionné de Baucis, suggère avec véhémence : « Majesté Hébé, puisqu’il s’agit du bien d’Athéna, permettez-moi d’être de cette mission. »
Hébé - " Tu es un Saint d’Athéna Philémon. Si tes services ici nous sont très utiles, et je t’en remercie, je ne peux te retenir contre ton gré. "
Philémon se courbe : « Merci Déesse Hébé. »
L’amante du passionné chevalier, Baucis de la Biche de Cérynie, intervient : « Ô Divine Éminence, j’aimerai également accompagner les Saints d’Athéna dans leur succès. »
Hébé grimace quelques secondes. Elle reste intriguée par une étrange sensation qui émane de Baucis. Un rayon de bonheur intense qui brûle en son être. Seulement, elle reconnaît : « Il est vrai que Juventas et ¼dipe suffisent à ma sécurité. Bien. Baucis accompagnera les Saints d’Athéna dans ce cas. »
L’Alcide de la Biche de Cérynie effectue une révérence : « Si cela est votre choix, ô Grande Hébé. »


A Jamir : 

La contrée himalayenne, si calme d’ordinaire, est le théâtre de l’apprentissage difficile du septième sens des convives de Mû.

Quand il ne se replie pas sur lui-même pour méditer, Nicol profite de l’expérience de Mû pour étudier davantage l’ultime cosmos.

Esseulée lorsque son mari lui est accaparé, Médée, elle, brûle son cosmos à son paroxysme jusqu’à épuisement total. Elle espère ainsi franchir à chaque fois un pallier.

Inséparables, Mei et Yulij repoussent leurs limites en se livrant bataille sans cesse.
Parfois même trop dangereusement.

Aujourd’hui, ils ont choisi de se retrouver dans une grotte pour leur affrontement quotidien :
Mei - " Nous affronter dans l’obscurité la plus totale, nous privant de la vue, va nous permettre de faire travailler de façon plus assidue tous nos autres sens. "
A peine rentré, Mei boitille déjà. Les séquelles de ses entraînements précédents.
Yulij, le bras gauche déjà pansé pour les mêmes raisons que son ami, s’enfonce dans les ténèbres : « Cette fois-ci, c’est moi qui gagne. »
Mei - " Tu me dis ça chaque jour. "
A peine a-t-elle entendu la réponse de Mei sur sa droite, qu’elle encaisse un coup sur sa gauche.
« Je vois, il se déplace très vite. Il a profité d’entendre ma voix pour m’attaquer en premier. Je ne me laisserai pas avoir une seconde fois. », décrète-t-elle.
Son discernement lui permet de sentir l’approche du japonais dans son dos.
Elle s’accroupit et évite ainsi un nouveau coup. Sa riposte ne se fait pas attendre et elle décoche un uppercut sous son menton.
Repoussé Mei, tente un second puis un troisième assaut, en vain.

« Elle ne bouge pas, elle se concentre sur les sons qu’émet ma gestuelle pour contre-attaquer à chaque fois. Il faudrait que je sois partout à la fois. Je sais, le Lost Children va me le permettre. », déduit-il.
Il écarte délicatement ses bras pour ne pas attirer l’attention de Yulij. De la paume de ses mains jaillissent des centaines de filaments qui font peu à peu le tour de la pièce.
Ceux-ci frottent volontairement les parois de la caverne pour déstabiliser Yulij.

« Il me prépare un mauvais coup. Il m’attaquera certainement de toutes ses forces en pensant avoir trouver la faille cette fois-ci. Il ne sera pas sur ses gardes et je pourrai le surprendre avec mon Falling Stars. Depuis notre arrivée à Jamir je n’ai pas réutilisé cette technique. Je suis certaine que les fruits de mon assiduité vont le surprendre. Je vais réussir à surpasser de loin la centaine de coups à la seconde. », se convainc Yulij.

Inopinément, les fils de Mei frottent de partout contre les parois de la caverne pour désorienter l’audition de Yulij.
Privée de la vue et d’une ouie parfaite, Yulij commence à perdre l’équilibre lorsque sa conscience lui fait remarquer que la seule position silencieuse est au-dessus de sa tête.
Elle réalise aussitôt que Mei l’attaque réellement par les airs : « Lost Children ! »
Yulij - " Falling Stars ! "
Non plus par centaines, mais par millions, les étoiles du Sextant se heurtent aux cheveux de Bérénice.
La rencontre des deux arcanes se résume à d’indénombrables faisceaux lumineux qui s’entrechoquent et illuminent par flashs en un millième de seconde la caverne.

Quelques coups de la Chute d’étoiles sont passés outre Mei et ont percé le plafond de l’excavation. Laissant apparaître le jour et illuminant les deux adversaires.
Mei chute sur les genoux aux côtés de Yulij. Il se cramponne la poitrine de douleur et laisse couler un épais filet de sang de sa bouche.
La jeune femme se tient encore debout, poing dressé vers le ciel : « Je t’avais dis que je gagnerai aujourd’hui. »
Croyant trop vite sa victoire acquise, Yulij sent plusieurs entailles parcourir son corps, preuve que les filaments de Mei ont réussi à l’atteindre.
Un filet de sang coule depuis son front et descendant le long de son nez jusqu’à son menton. Certes, son visage est également éraflé, mais surtout, son joli minois est pour la seconde fois mis à découvert par Mei.
L’ancien disciple de Deathmask tend son masque à Yulij : « Pour la puissance de nos coups je dirais que nous avons fait jeu égal. Pour ce qui est de la vitesse, j’ai l’impression que j’ai un cran d’avance. »
Elle lui arrache son masque des mains, furieuse.
Face à cette attitude, Mei la taquine : « Estime-toi heureuse, si je n’avais pas pris le temps de t’ennuyer un peu, j’aurai pu frapper plus fort et plus vite. »
Tête baissée, Yulij balance d’un revers de la main le masque que Mei lui tend. Elle empoigne son camarade par le col et le soulève avec vivacité. Fier de lui, il ne perd rien de son rictus moqueur.
Néanmoins, le baiser que lui vole Yulij parvient à le désarçonner.
Subitement, sans laisser paraître le moindre sentiment, elle l’embrasse fougueusement.

Lorsqu’elle relâche sa prise, Mei est tremblant. Sa gorge s’assèche et son c½ur cogne fort dans sa poitrine. Il essaie d’ouvrir la bouche mais aucun son ne vient. Yulij lui épargne une nouvelle tentative en approchant de nouveau son ami.
Cette fois-ci, c’est lui qui s’engage en la devançant. Ses mains saisissent ses hanches et sa bouche vient chercher la sienne pour échanger un langoureux baiser.
Il enlève avec délicatesse le maillot kaki de la jeune femme. Celle-ci ne perd rien de sa fougue et gagne quelques secondes en arrachant directement le tissu usé qui couvre le torse du chevalier. Ses lèvres viennent baiser les pectoraux d’acier forgés par l’ardu entraînement de Deathmask. Encore humidifiés par la salive de sa camarade, les pectoraux de Mei sont réchauffés par la poitrine de Yulij qui vient plaquer son corps contre le sien…


En Grèce, sur l’île d’Yíaros, dans le Parthénos : 

A l’intérieur du temple d’Hébé, les Saints et les Alcides prennent congé de la Déesse de la Jeunesse.
Au seuil de la salle d’audience, Baucis est rattrapée délicatement par le poignet par sa déesse.
Tous se retournent stupéfaits mais la jolie vénusté leur demande de les laisser seules : « J’aimerai m’entretenir avec Baucis avant son départ. »
Aucun ne discute les ordres.

Seules, les deux jeunes femmes peuvent discuter en toute liberté.
Hébé vient soulever le masque de son Alcide afin de pouvoir admirer son regard. Avec son autre main, elle presse avec attention son ventre : « J’en étais sûre. Baucis, depuis combien de temps es-tu au courant ? »
Baucis n’ose pas regarder sa déesse dans les yeux. Son regard est partagé entre bonheur et gêne : « Je l’ai découvert il y a une semaine. Les prêtresses d’Athéna suggèrent que je suis enceinte d’approximativement un mois. »
Hébé ne dissimule pas son bonheur : « Félicitations Baucis. La divinité que je suis se réjouit d’un tel événement. Qu’en a dit Philémon ? »
Baucis - " Il n’est pas au courant. Je comptais lui dire aujourd’hui. Cependant, face à son enthousiasme devant la mission que les Saints se sont confiés, je ne peux pas le déconcentrer avec cette nouvelle. "
Hébé - " Voilà pourquoi tu l’accompagnes alors. "
Baucis - " Oui, Philémon est intrépide, passionné. Il serait capable de donner sa vie sans hésiter pour réussir. Je ne veux pas que mon enfant naisse sans son père. J’y vais pour le protéger. "
Hébé - " Il est intrépide et passionné. Comme toi. Dans le cas inverse, tu n’aurais pas hésité à te lancer dans la bataille. Je peux le lire dans ton c½ur. "
Baucis rougit.
Hébé - " Maintenant que je sais, je ne suis pas certaine que te laisser te rendre sur Ténédos soit la meilleure idée. Toutefois, si tel est ton v½u, je ne peux t’en empêcher. Promets-moi seulement d’être prudente. "
Baucis s’agenouille et réajuste son masque de femme chevalier : « Merci Majesté. Je ferai tout mon possible pour que vous soyez fière de moi. »
Avant qu’elle ne passe la porte, Hébé précise, d’un ton délicat : « Je le suis déjà. »
Baucis, immobilisée quelques secondes par un tel éloge, se sent prise d’une fierté intangible.



Il en était ainsi, la vie calme à laquelle j’aspirais ne pouvait m’être promise tant que le règne d’Athéna n’était pas garanti.
Déjà, je quittais pour une énième fois l’amour d’une femme et d’un enfant. Je ne me doutais pas qu’au bout du chemin m’attendait l’Olympe, j’espérais simplement pouvoir un jour m’en retourner auprès de cet amour qui me manquait déjà cruellement…

Author Topic: Chapitre 54 - Les Joncs dAthéna  (Read 8067 times)

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