Chapitre 48 - La communion des royaumes du grand nord

Blue Graad resplendissait sous le soleil retrouvé. Bien évidemment le froid était toujours présent mais la météo se montrait plus clémente après le passage du cataclysme.
En Europe, l’heure de la rencontre entre Vasiliás et Yoma était venue alors qu’au Japon l’annonce du combat contre les Ankoku Saints remuaient sérieusement les esprits.
Beaucoup de chose allait changer.



Chapitre 48 - La communion des royaumes du grand nord

Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

30 septembre 1986.
Un homme se cache les yeux, ébloui par le reflet du soleil sur la banquise. Ses bras pansés passent devant son opulente chevelure blonde pour lui faire de l’ombre et distinguer la silhouette de la jeune femme qui l’interpelle.
Assis sur les ruines d’une demeure arrachée par le cataclysme, il profite du retour d’un ciel dégagé pour jouer de sa harpe.

Tout autour de lui, les survivants de la citée dégagent les derniers corps des villageois et des soldats pour les ramener dans une arrière-cours du palais.

Le château, éventré en son milieu par le froid et les secousses des batailles menées, se reconstruit peu à peu. Sibériens comme asgardiens ont abandonné les habits de guerre pour reconstruire la citée.


 « Mime ! », la voix amicale et harmonieuse de Natassia appelle de nouveau le musicien.
Arrivée au pas de course, son sourire gredin dénonce ses véritables intentions. A proximité de son héros, elle balance une boule de neige comme le font les plus jeunes enfants endeuillés du royaume pour oublier leur chagrin.
Le futur Guerrier Divin attrape la boule en plein vol sans le moindre mal et la retourne à l’expéditrice. Frappée à l’épaule, Natassia joue l’enfant gâtée :
Natassia - " C’est vraiment injuste ! Si je pouvais contrôler mon cosmos comme toi je gagnerai à coup sûr. "
Mime - " Vous êtes trop sûre de vous Princesse. Je ne céderai pas facilement. "
En référence au sacrifice de Mime pour la ramener à elle, Natassia confirme :
Natassia - " Ça je le sais que tu es coriace. D’ailleurs tu ne devrais pas sortir avec toutes les plaies qui ne sont pas encore cicatrisées. Je m’étonne même que tu puisses utiliser ton bras cassé. "
Mime - " Mon bras me fait encore beaucoup souffrir mais le cosmos atténue la douleur et permet de se remettre sur pieds plus vite. Mais puisque vous voulez me donner des leçons vous devriez savoir que de nous deux c’est vous qui devez le moins vous dépenser. Vous étiez dans un grave état d’hypothermie. "
D’un air complice, elle se justifie :
Natassia - " Mais tant que tu seras là, je sais que je n’ai pas à craindre pour ma vie. "
Mime lui renvoie un timide sourire.

La Princesse repart amuser les enfants tandis qu’Alberich rejoint son compatriote :
Alberich - " Tu es bien chanceux de Benetnasch de pouvoir t’amuser de ton instrument et pavaner avec la Princesse. "
Mime - " Ces sarcasmes sont bien dignes de toi de Megrez. Pourquoi tant de ranc½ur ? "
Alberich - " Parce que pendant que je participe à la remise en état du royaume, je perds du temps à enrichir mes connaissances dans la bibliothèque du palais. "
Mime - " Tu as entendu Syd, il préfère que je distribue de l’allégresse au peuple en jouant de mon art plutôt que d’aggraver mes blessures. "
Alberich - " Comme si tu étais le seul à avoir souffert de cette bataille ! "
Mime - " Je reconnais que tu n’as pas été épargné toi non plus. D’ailleurs c’est étonnant de te voir dans un tel état quand on sait que c’est Syd qui a affronté Alexer et moi qui ai fait face aux trois autres Blue Warriors. "
Mime jette un pavé dans la marre. Du coin de l’½il, il observe avec suspicion le sournois jeune homme.
Ce dernier préfère garder pour lui sa rencontre avec Isaac et Ksénia :
Alberich - " Moi… Ah… Euh… Je suis tombé sur un groupe de gardes que j’ai sous-estimé. "
Mime - " Ça te ressemble bien. Trop de confiance en toi. "
Ayant réussi à lever les doutes, Alberich affiche une mine hypocrite :
Alberich - " Je sais. "


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido :

Dans les immenses couloirs de la demeure, Saori converse en compagnie de son amie Ksénia.
Bien que la russe soit cinq ans plus âgée, la richesse de leurs familles leur a permis de se rencontrer dès leur enfance et de se lier l’une à l’autre.
Amené à réaliser très régulièrement des affaires sur le sol japonais, Aleksandr Tanha, le père de Ksénia, a accepté de louer un étage entier à l’année d’un luxueux hôtel de Tokyo pour sa fille qui est tombée amoureuse de cette ville.
Ce moyen très utile et cet alibi ont permis à l’Ange de l’Olympe d’être au plus près d’Athéna depuis toujours, sans que celle-ci ne soupçonne quoi que ce soit, à commencer par le fait qu’elle est elle-même la réincarnation de la Déesse de la Guerre et de la Sagesse.
Saori - " Je suis très heureuse que tu ais accepté d’accompagner ton père aujourd’hui. "
Ksénia - " Et toi tu as bien fait de le laisser avec Tatsumi."
Saori - " Il restait quelques signatures à apposer sur un projet d’investissement que nous avons en commun. J’ai chargé Tatsumi de faire ce qu’il fallait. J’ai tellement de choses à régler avec le vol de l’armure d’or. "
Ksénia - " En effet, j’ai appris ça par les médias alors que j’étais en vacances à l’étranger. Je suis désolée de n’avoir pu être à tes côtés pour l’ouverture du tournoi. "

Après avoir durant toutes ces années jouée le jeu en s’inventant des intérêts communs avec Saori comme le shopping, les bijoux, les concerts de musique classique ou la danse, l’Ange teste l’éveil d’Athéna en Saori en abordant un sujet futile, mais pourtant essentiel à la vie de toute jeune femme :
Ksénia - " Et tes chevaliers alors ? Ils sont comment ? "
Saori - " Vaillants. Certains sont hospitalisés mais d’autres sont à la recherche de l’armure d’or. "
Ksénia - " Ce n’est pas ce que je voulais dire. Ils se sont entraînés pendant des années, ils doivent arriver pleins de fougue. Et toi, tu es une jolie fille donc… "
Ignorant l’espace d’une seconde les recommandations bienveillantes que son grand-père lui a prodigué il y a quelques jours au Planétarium, Saori s’emporte :
Saori - " Je suis une fille de bonne famille. Ces garçons doivent tout à la fondation Graad. Je ne leur permettrais même pas d’avoir la moindre pensée à mon égard… "
Puis, soudain, elle se ravise, se remémorant la réaction de Seiya lorsqu’elle est venue lui apporter la lettre de défi du Phénix :
Saori - " … Toutefois… Il y a deux jours, je me suis présentée chez un Saint, Pégase, pour lui apporter un courrier. Il sortait de sa toilette et était gêné de me rencontrer dans une telle situation. Moi aussi d’ailleurs. Il est celui qui a le plus de caractère et je n’ai jamais entretenu de bonnes relations avec lui. Seulement… "

Ksénia n’écoute déjà plus Saori : « C’est bien ce que je pensais. Athéna n’est pas encore éveillée. J’imagine que le Sanctuaire va bousculer ça rapidement. Il ne faudrait pas qu’elle tarde trop. J’ai besoin qu’elle commette les fautes que mon maître attend pour la mettre à mal devant l’Olympe. Les événements vont sûrement se précipiter, je ne peux plus prendre le risque de la revoir et d’être démasquée. »

Le bruit d’une porte sort l’olympienne de ses songes et lui évite de devoir porter assistance au malaise de Saori face à Seiya.
Aleksandr et Tatsumi sortent du bureau en se saluant avec respect.
Saori raccompagne la famille Tanha jusqu’à la longue limousine qui les attend.
En recoiffant ses cheveux bruns plaqués en arrière, le père d’une quarantaine d’année monte en premier dans la voiture :
Aleksandr - " A très bientôt Mademoiselle Kido. Il nous reste quelques clauses sur les contrats du secteur aéronaval que je souhaiterai revoir avec vous, quand les tristes circonstances qui entourent la Galaxian War seront résolues. Si au passage vous pouviez m’obtenir un autographe du chevalier Pégase. Il est mon guerrier préféré et je dois dire que… "
Ksénia repousse son père dans la limousine :
Ksénia - " Allons père, j’imagine que Saori a d’autres chats à fouetter pour le moment. "
Saori lui renvoie un sourire cachant son inquiétude :
Saori - " Dommage que nous n’ayons pu nous voir longtemps. A très vite j’espère. "
Ksénia - " Je pense que bien des choses auront changé lorsque nous nous reverrons. Aussi bien pour toi que pour moi. "
Saori - " Pourquoi dis-tu cela ? "
Ksénia lui fait un clin d’½il avant de s’enfermer avec son père dans la luxueuse auto :
Ksénia - " Une intuition. Ah et au fait, même sans obtenir un autographe, soutiens Pégase de tout c½ur. Je l’ai vu à la télé, il est plutôt beau garçon. "
Saori reste souriante après cette réflexion.


Bien évidemment, la remarque de l’Ange a pour elle un sens caché.
L’olympienne sait très bien que Pégase a toujours suivi Athéna : « Il me faudra un Pégase prêt à repousser toutes les limites pour permettre à Athéna et aux hommes de commettre l’irréparable. »

Bien que la voiture soit déjà bien engagée dans Tokyo, Ksénia regarde l’heure avec insistance.
Aleksandr - " Et bien ma fille, prend donc un verre, fais comme moi. Détends-toi un peu. Tu as peur de rater ton train ? "
Ksénia change totalement de ton. De la jeune fille à l’apparence gâtée et reconnaissante envers son père, elle adopte un ton irrévérencieux :
Ksénia - " Exactement. Je dois être dans les heures qui suivent à Londres. "
Son père caresse sa moustache en se moquant affectueusement d’elle :
Aleksandr - " Allons ma chérie, tu sais bien que j’ai accordé quelques jours de congés au pilote de mon jet. Les boutiques londoniennes pourront bien attendre un jour ou deux. "
Ksénia regarde par la vitre pour s’assurer que la limousine soit sur un grand axe routier.
Ksénia - " Père, il faut que je vous avoue quelque chose. Je suis la réincarnation d’un être supérieur. "
Le père rie aux éclats devant sa fille qui fronce les sourcils. Il s’étouffe même dans son hilarité jusqu’à ce que la main de la fille lui empoigne la gorge et fasse claquer sa tête contre la vitre de la voiture qui se fendille.
Immobilisé par une telle prise, il regarde décontenancé sa fille :
Ksénia - " J’ai été aux services d’un dieu de l’Olympe. Un jour mon maître me détailla les lignes de son plan visant à destituer Athéna pour la punir de s’être liée à l’humanité. Pour participer à sa chute, je me suis donc réincarnée en humaine pour la côtoyer dès son plus jeune âge. Nous avons profité du fait que votre femme soit enceinte pour influer sur ma venue sur Terre. Être l’enfant d’un milliardaire allait me permettre de jouer mon rôle et mon alibi sans que je sois découverte. Comble de l’ironie, Athéna fut recueillie par un de vos amis, Mitsumasa Kido. Ma tâche n’en était que plus simple. "
Les yeux d’Aleksandr commencent à être injectés de sang, sa peau bleuit. Le manque d’air et de telles révélations le terrassent peu à peu :
Ksénia - " Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de cette vie. Athéna va se réveiller et moi j’ai préparé tout ce qu’il fallait pour qu’elle conduise l’humanité à sa perte. Je peux maintenant vivre de mon vrai nom, Helénê. Je regrette toutefois que ça se finisse ainsi Aleksandr. "
Elle le relâche, lui permettant d’aspirer un grand coup l’air qui lui manque.
Totalement dépassé par ces révélations, Aleksandr tend le bras vers sa fille :
Aleksandr - " Qui que tu sois, quoi que tu ais fait, tu es née de l’union de ta mère et moi. Nous t’aimons. "
A entendre le verbe « aimer », l’image de Vasiliás vient immédiatement à l’esprit de Ksénia sans qu’elle ne se l’explique. Son regard se perd quelques instants. Le temps de faire le vide et de se ressaisir :
Ksénia - " Voici un sentiment typiquement humain. "
Le désarroi de Tanha n’a pas le temps de lui briser le c½ur que le véhicule explose inopinément. Emportant le richissime russe et son chauffeur.
Déjà haut, dans le ciel, des ailes d’ange se déploient dans le dos de Ksénia…


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :
 
A l’intérieur du palais, dans la salle du trône, là où il ne reste qu’un amas de ruines, Alexer et quelques sibériens récupèrent les corps des victimes de la guerre fratricide.
« Prince Alexer ! Prince Alexer ! Nous l’avons retrouvé ! ». L’annonce qu’il redoutait retentit enfin. Le corps de Piotr est sorti des décombres. Parfaitement conservé par le froid, le roi n’en reste pas moins en piteux état suite aux circonstances de sa mort.
Honteux, Alexer préfère ne pas le regarder. D’une voix emprunte de regret, il ordonne :
Alexer - " Qu’on le prépare comme les autres. Les obsèques du Roi clôtureront la grande cérémonie en mémoire des nôtres. "

Une main amicale vient soutenir l’héritier :
Syd - " Allons Prince de Blue Graad, ne perdons pas de temps. Il nous reste encore du travail. "
Alexer envoie un franc sourire et relève avec facilité d’épais blocs de pierre, à l’image de Syd, pour dégager les environs.

A mesure qu’il déblaye, les souvenirs de son affrontement contre son nouvel allié lui reviennent en mémoire. A tel point qu’une question lui brûle les lèvres :
Alexer - " Euh… Syd… Bien loin de moi l’idée de relancer le débat mais… Quelque chose d’étrange t’est-il apparu lors de notre attaque finale ? "
Syd - " Pour tout t’avouer, j’étais dans un état second, proche de la mort. Mon cosmos était en transe mais mon esprit ailleurs. Pourquoi ? Où veux-tu en venir ? "
Alexer - " En fait, ce qui a fait la différence alors que nous invoquions tous les deux le Blue Impulse, c’est le Viking Tiger Claw que j’ai reçu dans le dos. Là la balance a penché et j’ai perdu. "
Syd - " Je t’avoue que j’ai peine à le croire. Le Blue Impulse étant une technique que j’ai appris à maîtriser durant notre combat, il me semble extraordinaire que même avec la meilleure volonté du monde je sois parvenu à frapper simultanément avec mon autre arcane. "
Alexer - " Cela relève de l’exploit. Enchaîner aussi vite deux attaques demande des années et des années d’expérience et de contrôle de soi. Je ne dis pas que ça t’est impossible, seulement tes Griffes du Tigre Viking n’étaient pas propres à celles invoquées jusqu’à présent. Elles étaient chargées d’une brutalité, d’une animosité que je n’avais pas ressentie jusqu’à présent chez toi. Comme s’il y avait une part d’ombre en cette technique. "
Syd - " Une part… D’ombre… "
Syd est absorbé par ses souvenirs, il se revoit remonter le temps, petit à petit, année après année avec depuis toujours cette sensation d’être épié, suivi… Il parcourt ainsi en arrière le temps jusqu’à… Jusqu’à cette rencontre avec ce paysan qu’il a croisé un jour durant lequel il se promenait à cheval. Tout a commencé à cet instant. Ce moment où il a offert un poignard à cet enfant sauvage que ses parents lui ont révélé être son jumeau.
« Alors ça serait lui ?! », réalise peu à peu Syd.
Songeur, il continue à dégager les décombres sans développer davantage ses doutes avec Alexer.
Pendant que le prince poursuit ses investigations, Syd tombe nez à nez avec un pendentif. Une chaîne arrachée au bout de laquelle est liée une moitié de c½ur. L’objet étant similaire au sien, voire complémentaire, cette moitié correspondant à celle que Bedra, sa future épouse, est censée avoir auprès d’elle, Syd fouille sous ses vêtements. Il en ressort son bijou qu’il emboîte sans difficulté contre l’autre morceau.
Aussitôt, Syd devient pâle, ses jambes tremblent. Son sang se glace, son corps se fige.
Comprendre que son frère agit dans son ombre est déjà une révélation bouleversante, mais ce qu’il réalise en ce moment va au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer. Bedra connaît l’existence de ce jumeau puisqu’elle lui a donné ce bijou si symbolique.
Durant des mois Bedra faisait allusion à des conversations dont Syd semblait ne plus se souvenir. Désormais il comprend que son frère s’est joué de sa bien-aimée il fut un temps. Néanmoins, le plus dur à comprendre, c’est cette décision qu’a pu prendre Bedra de cacher sa découverte à Syd, lorsqu’elle a découvert que Bud n’était pas son réel fiancé. Elle a joué le jeu, volontairement. Partageant certainement autant de passion auprès de Bud qu’il peut en passer auprès d’elle. En un instant le monde de Syd s’écroule.
Sous le coup de la colère, Syd tourne d’abord sur lui-même pour chercher cette ombre qui doit encore le guetter. Puis, au bout de quelques secondes, lorsque la douleur supplante la colère, il en profite pour réfléchir.
« Bud convoite toute ma vie… Et je ne peux lui en vouloir. En respectant la loi d’Asgard, mes parents l’ont privé de tous ses droits. Je… Je le hais pour ce mal qu’il me voue. Mais… Mais comment le maudire, quand je sais qu’une part de moi le réclame depuis la découverte de son existence. J’aime ce frère que je ne connais pas. Peut-être est-ce la pitié pour ce destin qui lui a été choisi, qui provoque ce sentiment mitigé où sont mêlés culpabilité et manque d’amour pour ce jumeau ? », avoue Syd en faisant fi de son chagrin d’amour.
Il relève la tête et reprend ses activités en décidant : « Oui… Je ne peux remonter son existence auprès d’Hilda. Mes parents seraient jugés pour ne pas avoir obéi à la loi et ne pas avoir tué ce frère. Je ne peux que souffrir de mon obligation de garder le secret de son existence sans pouvoir lui avouer que j’aimerai tant le connaître. Nous finirions par nous faire remarquer. La seule chose que je puisse faire, c’est cultiver ses ambitions contre moi car lorsqu’il choisira de passer de l’ombre à la lumière la loi ne sera pas déjouée, il ne restera finalement qu’un héritier de Mizar comme cela a toujours été le cas. Seule Bedra pourra attiser davantage sa ranc½ur. Je dois briser ce lien qui les unit. », conclut-il.


A Jamir :

Dans la grande tour sans porte qui sert de demeure à Mû du Bélier, à l’étage, le maître des lieux veille le corps inanimé de Shiryu.
Depuis le fond de la pièce, vêtue de la Cloth de bronze du Graveur, Médée s’avance. Les pas n’émettent aucun son puisque l’archaïque plancher est couvert d’un grand tapis.
Ses doigts se posent sur une épaule de son époux, lui soulevant le c½ur :
Mû - " Alors tu t’en vas ? "
Médée - " Je reviens de notre village derrière les montagnes. J’ai fait mes adieux à nos familles. Je sais le peuple muvien en sécurité à tes côtés. "
Mû - " Ce n’est pas pour les notre que je m’inquiète. Tu pars au Sanctuaire. "
Médée - " Le Sanctuaire est notre berceau à nous les chevaliers. Je n’ai rien à craindre. Et je reverrai Maître Shion. C’est lui qui m’a rappelé auprès de lui. "
Mû - " Les courriers ont beau être frappés de son sceau, je te l’ai déjà dis, ils ne sont pas de lui. Quelque chose d’obscur se passe au Sanctuaire. Si tu y vas, tu ne seras plus en sécurité. "
Médée - " Bien que nous soyons époux, je reste une femme chevalier et mon devoir de Saint m’oblige à me rendre auprès de notre Grand Pope. "

Mû se redresse et, malgré son calme habituel, marque une profonde inquiétude en pointant du doigt Shiryu :
Mû - " Mais enfin regarde ce garçon. Il vient de risquer sa vie pour faire réparer son armure et combattre les Ankoku Saints. Ça ne te semble pas étrange que des chevaliers noirs aient réussi à sortir de l’île ? Seul un ordre du Sanctuaire peut les autoriser à en sortir sans craindre de se faire abattre. Et notre maître Shion n’aurait jamais requis l’aide de ces êtres odieux. "
Médée vient lui cueillir le visage dans ses mains pour le rassurer. Elle lui murmure :
Médée - " Quoi qu’il en soit, Athéna sera là. N’aie crainte. Je t’aime. "
Elle lui dépose un baiser et réajuste son masque de femme chevalier avant d’emprunter le vieil escalier de bois qui lui permet d’arriver au rez-de-chaussée de l’antique bâtisse.
Seul, Mû l’observe s’éloigner à l’horizon :
Mû - " Moi aussi… Je t’aime. "


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :
 
Dans une écurie du palais, les éclats de rire d’un jeune homme se mêlent aux aboiements de chiens.
Guidée par ces effusions de joie entre l’humain et les animaux, la sublime Natassia rejoint le groupe.

Sans se faire remarquer, elle épie Mime, rétabli, s’amusant avec les chiens du traîneau avec lesquels les asgardiens sont venus à Blue Graad.
Mime les force à se nourrir à mesure qu’il rassemble des affaires sur cette épaisse glissière de bois.
La princesse est subjuguée par cette mélancolie qui se dégage sans cesse de son sauveur. Comme envoûtée, elle ne peut rester cachée et loin de lui plus longtemps.
Natassia - " C’est donc ce soir que vous nous quitterez ? "
Mime - " La reconstruction de Blue Graad pourra s’achever sans nous. Nous partirons après la grande cérémonie des funérailles. Les vents sont favorables, notre retour se fera dans de meilleures conditions qu’à l’aller. "
Attristée, elle soulève :
Natassia - " De meilleurs conditions ? "
Mime décèle l’affliction de son interlocutrice :
Mime - " Conditions climatiques. Vous quitter me fend le c½ur également. "
Natassia n’en attend pas davantage pour prendre les devants. Avec délicatesse, elle se met sur la pointe des pieds et garde appui en déposant ses mains contre les épaules du musicien.
Les yeux clos, elle vient cueillir ses lèvres pour confirmer les sentiments qu’elle éprouve.
Mime profite quelques instants de ce moment, avant de jouer avec son front pour se retirer de cette embrassade :
Mime - " Princesse. Il est indécent de profiter de vos faveurs. Vous êtes d’essence royale et malgré mon titre de noblesse auprès de ma contrée, je peux ne serait-ce qu’espérer vous aimer en secret. "
Natassia - " L’amour n’a-t-il pas tous les droits ? Par-dessus même nos origines et nos statuts ? "
Mime - " Je voudrais l’espérer. Toutefois, je suis un guerrier d’Odin. Ma place est auprès de la Princesse Hilda, la votre auprès de votre peuple. "
Natassia - " Mon peuple a son nouveau roi. Alexer saura les guider. "
Mime - " Alexer ne sera un bon roi que s’il est épaulé de sa bienveillante s½ur. Il n’est rien sans vous. "
Natassia - " Tandis que toi… "
Mime évite d’être confronté au regard de celle qu’il convoite au plus profond de son être :
Mime - " Tandis que moi j’ai déjà perdu des êtres chers. Mes parents, tués par un père adoptif tyrannique, mon ami le plus proche révélé être un adepte d’Hadès. Je suis voué à une vie de solitude. "
Natassia le gifle de colère :
Natassia - " Comment peux-tu te mentir autant ? Tu te forces à ignorer l’amour qui te consume. "
Mime se contente de hocher la tête :
Mime - " Je suis désolé. "

Natassia le quitte en courant, voulant garder pour elle ses larmes et rester digne comme son rang l’oblige.


Angleterre, Londres :

Sur la terrasse du café « Le Foreigneur », en plein c½ur d’une artère touristique, une jeune femme brune, les cheveux longs décorés de rubans violets, attirent les regards des hommes.
Fraîchement arrivée du Japon, Ksénia, Helénê de son vrai nom,  boit un thé, seule à une table où attendent deux autres fauteuils vides. Ses fermes cuisses se croisent, tandis qu’elle déguste sa boisson avec une grâce témoignant de la bonne éducation qu’a reçu cette slave au doux accent.

Le vrombissement d’un moteur d’une voiture de sport rouge vient jusqu’à ses oreilles. Sans même se retourner, elle devine l’arrivée de Vasiliás.
C’est au tour du Berserker de gratifier la gente féminine de sa présence. Habillé d’un costume blanc à rayures métallisées, sa cravate enserre à peine son col de chemise, présentant une certaine décontraction qui se marie parfaitement à une forte élégance.
Son visage agrémenté d’un diamant à chaque oreille est couvert d’une barbe de deux jours afin de lui donner un style faussement négligé.
A mesure qu’il traverse la place, il ruine les espoirs des admirateurs d’Helénê en s’asseyant à sa table.

Il se pose avec une certaine complaisance :
Ksénia - " Le soldat d’Hadès a demandé une rencontre discrète dans un lieu public. On ne peut pas dire qu’une arrivée dans un tel bolide fait preuve de discrétion. "
Vasiliás - " Je n’ai pas pu résister. Quand tu m’as appris que j’allais avoir une bonne excuse pour réintégrer le monde contemporain, j’ai craqué pour le même modèle que je conduisais avant mon adoubement en Berserker. Je compte bien profiter de l’argent qui était le mien dans cette vie lorsque je réintègre le monde des humains normaux. "

Une voix inconnue de Vasiliás confirme pourtant bien ses propos :
Yoma - " Il est vrai que l’état de la précédente voiture ne lui permet plus de rouler après ta rencontre avec les Ankoku Saints. "
Vasiliás se retourne pour découvrir un homme vêtu d’un smoking noir et coiffé d’un chapeau haut de forme. Les deux hommes s’échangent un regard provocateur tandis que l’Ange s’enthousiasme à l’idée d’être si agréablement accompagnée.

Yoma prend place sur la dernière chaise et fouille dans l’intérieur de sa veste. Il en extrait quelques pièces de monnaie et une cigarette qu’il s’empresse d’allumer :
Yoma - " Prends ce que tu veux le mannequin, c’est moi qui régale. "
Vasiliás est amusé par le comportement désinvolte de Yoma :
Vasiliás - " Dans ce cas tu me prendras la même chose que toi. "
Cigarette en main, Yoma effectue un grand mouvement de bras :
Yoma - " Serveur ! Deux pressions s’il vous plait ! "

D’une mine gaie, Yoma en revient aux personnages à sa table :
Yoma - " C’est le moment de savourer ce genre de choses. Il n’y en aura plus beaucoup lorsque l’empereur Hadès aura conquis la Terre. "
D’une fausse sympathie, Vasiliás assure :
Vasiliás - " Jamais je ne laisserai le chaos détruire le monde et les innocents. "
Yoma - " Quelles surprenantes paroles dans la bouche d’un Berserker ! "
Le ton reste posé, malgré les expressions hypocrites que s’efforce de tenir Vasiliás contrairement à Yoma qui assure naturellement le spectacle.
Yoma - " Comment comptes-tu faire, alors que je ne te délivrerai l’armure divine d’Arès qu’à l’unique condition que tu assailles le Sanctuaire ? "
Vasiliás - " Nous en viendrons aux conditions quand tu m’auras déjà certifié avoir localisé l’armure. "
Yoma absorbe une bonne dose de tabac et ferme les yeux un instant…



Flashback
19 septembre 1986.
Minos était chargé de rencontrer Rhadamanthe aux Cinq Pics.
Pendant que les deux futurs Juges des Enfers dialoguaient, le sournois Yoma prit le soin de clore ses paupières et d’inhaler l’air frais des montagnes chinoises.
Au pied de la Terre Scellée, les corps réceptacles des âmes des Spectres parviennent à communiquer avec celles-ci.
L’homme aux quelques poils de barbe rebelles entra en transe avec la sienne.
A cet instant, son esprit terrestre ne fit qu’un avec son enveloppe spirituelle présente au Meikai.
Celle-ci était immobilisée dans la quatrième Sphère des Enfers.
Positionné sur le flanc du hall principal du Giudecca, Yoma observait Rhadamanthe, Minos et Eaque, agenouillés devant un escalier en haut duquel, siégeait la silhouette d’Hadès, à peine perceptible, sur son trône.
En fond de salle, quelques Spectres étaient également inclinés et avaient reçu la permission d’assister à l’arrangement musical du Saint de la Lyre, retenu depuis des années dans ce monde en raison de la présence de sa bien-aimée.

Tous furent subjugués par l’art harmonieux d’Orphée, hormis Rhadamanthe qui s’obligeait à écouter des notes qui l'insupportaient.

L’infâme conspirateur profita de la concentration des siens pour s’engager dans un des couloirs du palais.
Les allées, semblables à de larges détroits, desservaient sur plusieurs appartements dont ceux de Pandore aux enfers.

Connaissant parfaitement les lieux, puisque son âme y loue résidence entre chaque réincarnation d’Hadès, Yoma s’engagea dans un passage en forme de voûte. Il déboucha sur une salle inondée d’une lumière écarlate. La lueur sanglante provenait de l’armure reposant sous la forme d’une statuette telle l’armure d’Athéna.
Flashback


Vasiliás s’exclame :
Vasiliás - " Le Giudecca ?! Ksénia m’a dit que tu souhaitais mener à bien un plan sans en avertir Hadès. Comment comptes-tu ne pas l’alerter alors que l’armure d’Arès dort dans son temple ?! "
Yoma écrase sa cigarette dans le cendrier et sourit de toutes ses dents :
Yoma - " Ne t’inquiète pas, avec tous les événements prévus à cet instant, je n’aurai même pas besoin de faire diversion pour la sortir. "
Vasiliás - " Tout de même, ce ne sera pas aussi facile de traverser les Enfers avec l’armure dans la plus grande discrétion. "
Yoma - " Tout à fait, c’est pourquoi je ne ferai que la sortir du Giudecca. Pour le reste tu te débrouilleras seul ! "
Vasiliás - " Comment ?! Tu veux que j’aille aux Enfers chercher l’armure ?! "
Un point revient à Yoma et perturbe un peu ses plans. Il ôte son chapeau pour se gratter bêtement les cheveux :
Yoma - " Ah oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé, il faut que tu t’éveilles au huitième sens pour pouvoir pénétrer dans notre royaume… "
Il se frotte un instant les quelques poils qui se dressent sur son menton et renfile son haut de forme en déclarant tout sourire :
Yoma - " Pas grave ! Tu vas apprendre ! "
Vasiliás rigole nerveusement :
Vasiliás - " Non mais tu te fous de moi ?! "
Yoma - " Pas du tout. Le jour de l’attaque du Sanctuaire par les Spectres d’Hadès, je t’attendrai entre la Cinquième et la Sixième Prison. "
Vasiliás - " Bien évidemment, il y a un labyrinthe qui sépare les deux Prisons. Idéal pour me tendre un piège. "
Yoma affirme en toute franchise que c’est bien le but :
Yoma - " Bah oui ! Enfin ! Je ne vais pas prendre le risque de me faire trahir par un Berserker. Au moins, durant le temps que tu prendras pour ressortir de là, j’aurai la certitude que tu obéiras bien à tes obligations. "
Vasiliás - " Je ne comprends pas. Tu veux que l’armée d’Arès attaque le Sanctuaire alors que tu viens de dire à l’instant que nous nous rencontrerons au Meikai le jour où Hadès lancera son attaque. "
Yoma retire ses gants pour frotter fièrement ses ongles contre ses vêtements :
Yoma - " Comme tu dois t’en douter, je suis parfaitement informé des plans de Sa Majesté. Et je trouve son plan foireux. Bah oui ! Pour épargner ses Spectres il veut envoyer à la place d’anciens Saints au Sanctuaire pour ramener la tête d’Athéna ! Il va se servir d’un ancien Grand Pope qui nous en a fait voir de toutes les couleurs lors de la précédente Guerre Sainte. Non franchement on est loin du succès. J’ai bien du mal à croire en son allégeance. "
Vasiliás - " L’attaque d’Hadès contre le Sanctuaire sera un flop. "
Yoma écarte en grand les bras comme pour accueillir le messie :
Yoma - " Oh ! Un génie de guerre ! Comme je suis ravi de te l’entendre dire. Je croyais que cette époque allait être ennuyante et manquait d’hommes intéressants, mais toi tu vas au-delà de mes espérances. "
Vasiliás ne peut retenir son sérieux devant les pitreries du Spectre, il affiche un sourire en coin malgré lui :
Vasiliás - " La riposte d’Athéna se fera donc ressentir. Elle partira au Meikai avec ses meilleurs Saints. "

Le serveur fait interrompre la conversation le temps de déposer les deux grands verres de bière commandés.
Avant qu’il ne parte, Yoma le retient, lui glisse un pourboire conséquent et lui indique la direction de l’olympienne :
Yoma - " Cette jeune femme n’est-elle pas la plus belle du monde ? "
Serveur - " Certainement Monsieur. "
Yoma - " Bien. Dans ce cas veillez à ce qu’elle ne manque de rien. J’ai l’impression qu’elle a bientôt fini son thé. "
Serveur - " Je lui en ramène un autre tout de suite. "
Le serveur commence à partir mais Yoma ne le lâche toujours pas :
Yoma - " Et puis j’ai comme l’impression que nous allons rester un moment à discuter avec mes amis. Amenez-nous donc la carte que nous puissions déjeuner. "
Le barman s’engage mais Yoma le rappelle par le bras :
Yoma - " Pourriez-vous m’apporter une seconde pression également ? Je pense que celle-ci ne sera pas suffisante. "
L’homme aurait aimé s’exécuter. C’est sans compter sur Yoma qui le garde encore auprès de lui :
Yoma - " Ah ! Et vous en ramerez une autre également pour mon camarade. "
Il échange un sourire aussi grand que sa fausseté à Helénê et Vasiliás avant de se lever pour réclamer au garçon de café qui n’est pas encore à plus de deux mètres d’eux :
Yoma - " Au fait j’ai oublié de… "
Ksénia lui coupe la parole en se retournant pour affirmer au malheureux :
Ksénia - " Ça ira monsieur. "
L’homme a du mal à contenir son souffle tant il commençait à s’agacer du traitement de Yoma.
Déçu, Yoma fait la moue comme un enfant qui vient de se faire punir.

Néanmoins, cela ne dure pas plus de deux secondes. Il repart aussitôt dans des explications débordantes d’énergie, faisant sursauter au passage Vasiliás qui profitait d’un peu de répit pour avaler une gorgée de bière :
Yoma - " Donc tu as bien compris. Nous, Spectres, allons être occupés au Meikai par la présence d’Athéna et de ses hommes. Cela dit, lorsque nous les aurons écrasés, je compte bien offrir à mon maître un Sanctuaire déjà vidé de toute trace d’hostilité. Il s’agit donc d’éliminer les derniers Saints présents en plus des gardes pour nous offrir un peuple prêt à être sacrifié en l’honneur d’Hadès. "
Vasiliás s’essuie le visage en grommelant après que Yoma lui ait adressé une tape amicale dans le dos pendant que l’américain vidait son verre.
Vasiliás - " Tu sais bien que prendre le pouvoir sur le Sanctuaire n’est pas un problème. Néanmoins, pour ce qui est du sacrifice humain, je ne vous laisserai pas faire. "
Yoma tapote dans ses mains comme un gamin impatient d’ouvrir un paquet cadeau :
Yoma - " J’adore, j’adore, j’adore… Voici un homme qui sert un dieu pour lequel il n’adhère pas à la cause. Parce que j’ose tout de même espérer que tu sais que les humains sont semblables au bétail qu’on égorge pour Arès non ? "
Vasiliás - " Ne t’occupe pas des relations que je peux nouer avec Arès. "

Yoma sort une nouvelle cigarette qu’il tape sur la table pour tasser le tabac :
Yoma - " D’accord, d’accord. Dans ce cas nous nous arrêterons là. Tu viens chercher l’armure. Tes hommes attaquent le Sanctuaire. C’est aussi simple que ça. "

Un nouveau serveur vient apporter les cartes, le précédent ayant certainement choisi de jeter l’éponge.
Yoma l’agrippe comme il l’avait fait précédemment, ce qui agace Vasiliás :
Vasiliás - " Non, tu le lâches celui là ! Tu lui fous la paix ! "
Yoma boude encore quelques secondes.

La décision de Vasiliás lui redonne le sourire :
Vasiliás - " Bien. J’accepte ta proposition. Mon armée partira à la bataille quand je serai revenu avec l’armure. "
Yoma - " Non, non, non… On s’est mal compris. Tu sortiras du Meikai une fois seulement que ton armée aura attaqué le Sanctuaire. "
Vasiliás n’est plus amusé. Il reste quelques instants silencieux. Le temps suffisant pour que Yoma commande des menus à ses convives sans sonder leur appétit.

C’est seulement une fois qu’ils sont servis que Vasiliás donne enfin sa réponse :
Vasiliás - " Bien. J’accepte. Nous nous donnons rendez-vous entre la Cinquième et la Sixième Prison au Meikai le jour où des renégats attaqueront le Sanctuaire. Tu t’y rendras avec l’armure. A l’instant où l’armure sera en ma possession, je donnerai l’ordre à mes hommes d’attaquer le Sanctuaire. "
Yoma s’empare aussitôt de sa fourchette :
Yoma - " Ah ! Voilà qui me met d’appétit ! C’est entendu ! Passons aux choses sérieuses à présent ! "

Vasiliás se lève de table et vient tirer la chaise de Ksénia. D’une voix calme et détendue, il déclare à Yoma :
Vasiliás - " Tu m’excuseras, je n’ai plus l’appétit. Et il n’est pas raisonnable de ne pas raccompagner Ksénia, ce serait manquer de respect à sa personne. "
Bouche bée, Yoma laisse tomber de sa fourchette la nourriture qu’il vient de piquer.

Néanmoins, sa ruse le pousse à ne pas s’avouer vaincu aussi facilement :
Yoma - " Très bien, je m’incline comme un gentleman doit savoir le faire. "
Il tire son chapeau à Vasiliás et Ksénia avant de déclarer en les observant s’éloigner :
Yoma - " Je ne voudrais pas te priver d’un bonheur qui s’avérera n’être qu’un leurre. "
Les propos de Yoma atteignent Vasiliás qui s’efforce de poursuivre sa route sans manifester la moindre gêne.

Pendant que le couple quitte la place, Yoma, la bouche pleine, attaque les assiettes de ses convives.
Visiblement, la nourriture qui lui a été servi n’est pas suffisante puisqu’il retient déjà un nouveau serveur…


En chemin pour regagner la voiture, Ksénia vient accrocher le bras du Berserker et se colle affectueusement à lui comme le font tous les couples qui se promènent dans cette artère.
Vasiliás rougit, il n’ose pas la regarder. Il préfère ne pas perturber cet instant qu’il affectionne tant.
Ksénia - " Alors tu acceptes ses conditions ? Tu vas attaquer le Sanctuaire pour sortir avec l’armure ? "
Amoureux mais prudent, Vasiliás préfère ne pas donner le fond de sa pensée :
Vasiliás - " Je n’ai pas d’autres choix de toute manière. Si je veux récupérer l’armure d’Arès et disposer de tous les moyens pour devenir roi du monde, je dois me plier à cette demande. "
Fixant l’horizon un instant, Vasiliás garde pour lui la vraie réponse : « Bien sûr que non. Nous n’attaquerons le Sanctuaire que lorsque nous serons fixés sur l’issue de la rencontre entre Hadès et Athéna. Si Athéna sort victorieuse, elle pourrait revenir durant notre assaut et nous prendre à revers. Ce serait donc du suicide. Et si le vainqueur est Hadès, le Sanctuaire ne sera pas l’enjeu majeur. La Terre toute entière deviendra un champ de bataille. Attaquer le Sanctuaire reviendrait à nous affaiblir et nous empêcher de lutter contre l’armée d’Hadès. »

Ils arrivent jusqu’à la voiture de sport de l’ancien chef d’entreprise :
Ksénia - " Bien, je pense que mon devoir a été accompli. Tu as toutes les cartes en main à présent pour réaliser tes projets de roi. "
Vasiliás - " Attends ! Où comptes-tu aller ? "
Ksénia - " Je vais rentrer auprès de mon maître. "
Vasiliás - " Alors voilà ce que voulait sous entendre Yoma en prétendant que ce bonheur n’était qu’un leurre ! "
Ksénia - " Vasiliás, tu sais bien que nos chemins ne peuvent… "
Vasiliás - " Pourtant tu es venu à moi dès notre enfance. Tu as toujours occupé mon esprit, je suis fou de toi. Accepte de devenir ma reine. Et si ton maître te demande, je le mettrai en déroute au nom de l’amour que j’éprouve pour toi. "
Ksénia ne semble pas du tout attristée :
Ksénia - " Tu ne sais pas ce que tu dis, tu ne t’imagines même pas de qui tu parles. "
Vasiliás - " Alors dis-le moi. "
Ksénia - " C’est impossible. "

Vasiliás ne se résigne pas. Il ouvre la portière côté passager à Ksénia :
Ksénia - " Que fais-tu ? "
Vasiliás - " Nous sommes dans l’une des plus belles villes du monde. Pour aujourd’hui seulement j’ai accepté de redevenir un homme comme les autres. Un homme qui ne se soucie pas de ces histoires de cosmos. Un homme qui veut vivre simplement les bonnes choses et profiter de la femme qu’il aime. "
Helénê ne peut refuser une telle avance. Elle accepte de grimper dans le véhicule et de vivre une dernière fois comme étant Ksénia.


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :
 
Dans l’arrière-cour du palais, une centaine de sibériens, uniques survivants de la cité, écoute le discours passionné et poignant du nouveau roi.

Positionné sur une estrade de fortune et derrière un cube de glace servant de pupitre, Alexer se présente en grand orateur. Derrière lui, sa s½ur et les trois asgardiens gardent la tête basse.

Situés entre les spectateurs et la scène, des blocs de glace sur lesquels sont gravés les noms, date de naissance et de décès ornent les tombes des victimes de la guerre civile et du grand cataclysme.
Au centre d’elles, décorée avec plus d’élégance et dotée d’une pierre de marbre à la place d’un cube de glace, la sépulture du roi Piotr domine, ce qui était avant les combats, l’équivalent du jardin royal.

Alexer - " … et me permet de tirer les leçons de ces récents événements. Blue Graad n’est rien sans le second royaume polaire. Asgard et Blue Graad sont les royaumes du grand nord et c’est grâce à notre sacrifice, notre courage et notre abnégation, que nous parviendrons à maintenir tous ensemble, dans un esprits de cohésion, la paix sur nos royaumes et sur la Terre. Merci à Asgard, au Seigneur Odin et à sa représentante terrestre, Hilda de Polaris, de nous avoir aidé à survivre pour accomplir notre mission quotidienne au nom de Sa Majesté Athéna. Aujourd’hui, les représentants d’Odin nous accompagnent dans notre douleur. Un père, une mère, un enfant, des voisins, soldat ou villageois, beaucoup ont perdu des leurs.
C’est pour que ce jour reste à jamais gravé dans nos mémoires, la mienne en premier, ainsi que dans celles des générations futures, que le jardin royal deviendra dès ce jour un lieu de recueil ouvert à tous. "
Sur les côtés de l’estrade, des soldats profitent de la fin de l’éloge funèbre d’Alexer pour souffler dans leurs cornes, afin d’instaurer une minute de silence durant laquelle les c½urs se soulèvent et les larmes coulent à flot.
Alexer recule sa main pour serrer fort celle de sa s½ur, renforçant par la même occasion les raisons prises par Mime de ne pas s’engager auprès de Natassia.
Le nouveau roi reste les yeux rivés sur son père, revivant un instant la mort qu’il lui avait réservé. Sa gorge se noue, les regrets montent. Néanmoins, pour son peuple, il reste digne.

Les cornes retentissent à nouveau, annonçant la suite de la cérémonie.
Natassia lâche la main de son frère pour saisir derrière elle une couronne dorée, celle de son défunt père.
Alexer s’agenouille de profil à la foule. Les yeux clos et la tête baissée, il écoute le sacre prononcé par sa s½ur :
Natassia - " Alexer Prince de Blue Graad, héritier légitime du défunt Roi Piotr, en vertu de la loi de Blue Graad, moi, Natassia Princesse de Blue Graad, je fais de vous, au nom de notre peuple tout entier, le nouveau roi de Blue Graad. Contre ce couronnement, vous jurez de toujours servir les intérêts de votre peuple comme l’ont fais vos prédécesseurs au nom d’Athéna et de faire perdurer l’équilibre du monde en ce nom. "
Sentant la couronne effleurer sa chevelure argentée, il lève les yeux, chargé d’une immense émotion, la main droite sur le c½ur :
Alexer - " En la mémoire de mon père, au nom de mon peuple et des royaumes du grand nord, je jure de défendre la paix en ce monde au prix de ma vie au nom de la déesse Athéna. Que ma vie soit celle des miens, fidèle à leur volonté, leur amour et la justice. "
Natassia achève de faire glisser la couronne sur la tête de son frère. Une fois l’or enserrant parfaitement son crâne, Alexer se redresse avec délicatesse et des gestes parfaitement calculés, faisant émaner de lui une nouvelle notoriété, une officielle, celle d’un souverain.

Ému par ce sacre bien simple par rapport à ceux des précédentes générations, les conditions n’étant pas pleinement réunies aujourd’hui, le peuple applaudit unanimement.


Angleterre, Londres :

Dans un luxueux hôtel, dans la chambre la plus haute, offrant une vue imprenable sur la ville, Helénê reste les yeux rivés sur l’horizon.
La ville, illuminée par le soleil couchant et les premières lumières des réverbères, lui fait tourner l’esprit. Elle se perd dans ses souvenirs…


Flashback
Année terrestre 1968 - Là-haut, tout là-haut, dans une dimension qui surplombe la Terre, une magnifique créature à l’allure féminine traversait un champ fleuri, une prairie de l’Olympe.
Des mèches de ses longs cheveux châtains tombaient sur sa généreuse poitrine drapée de blanc. Comme tout homme et femme ayant le privilège de vivre ici, elle était vêtue d’une simple toge blanche accrochée stratégiquement par des broches en or pour ne rien dévoiler de son intimité.
En chemin, elle observait des enfants jouer avec discipline. Pas un mot plus haut que l’autre, pas de mouvements agressifs, ces petits souriaient sous les yeux pleins de foi de leurs parents.
Elle se précipitait avec hâte dans un bâtiment d’à peine dix mètres carré. Semblable à des dizaines d’autres disséminés rien qu’autour du jardin, ce petit temple était maintenu par d’immenses colonnes doriques.

A l’intérieur, le sol marbré et les pavés muraux d’un blanc immaculé permettait à l’Ange d’admirer sans nécessiter la moindre torche une statue regroupant les douze propriétaires de ce havre de paix. Au pied de celle-ci, des offrandes par centaines étaient ramassées par des prêtres qui allaient les redistribuer comme à chaque repas au banquet des dieux. La jeune femme y contribua en déposant un plateau composé de divers fruits.
Une fois seule, elle se prosterna genoux et front contre sol, pour prier chacun des douze dieux :
Olympienne - " Ô dieux bienfaisants, merci pour ce ciel chaque jour plus bleu. Cette charité me permet de venir chaque jour déposer les dons que votre terre nous fait. Vous prier m’apporte l’enchantement, ô créateurs, majestueux et éternels. Ô perfections des perfections, que votre règne perdure par delà les époques et les peuples, écrasant les infidèles et offrant la quiétude aux initiés. Car seule votre conscience est grâce pour l’éternité. "
Alors qu’elle se relevait, elle constatait une inhabituelle manifestation atmosphérique juste devant la statue. Loin d’être effrayée, elle plissa les yeux et s’en approcha pour éclaircir ce mystère. A cet instant, un étrange contour remplit de lumières oscillantes entre le rouge vif le rosé lui apparu. La voix autoritaire et pleine d’assurance de cette essence divine se fit entendre :
Enveloppe divine - " Bonjour Helénê. "
La jeune femme s’inclina de nouveau :
Olympienne - " Seigneur tout puissant, c’est un honneur de vous rencontrer de nouveau. "
Enveloppe divine - " Tu as dû t’entraîner plus dur encore depuis notre dernière entrevue. Je sens en toi une énergie dévastatrice, bien au-delà que ce que les misérables humains peuvent dégager. "
Olympienne - " La foi me guide, rien d’autre. "
Enveloppe divine - " L’heure est donc venue pour toi. En concertation avec les autres dieux, j’ai obtenu auprès de notre souverain Zeus ton sacre. "
De la matérialisation du dieu jaillit une armure dont les pièces se détachent aussitôt pour habiller l’olympienne. Un diadème semblable à ceux que porteront Odysseus et Theseus dans quelques mois vint coiffer ses cheveux. Son corps tout entier était couvert d’une protection noire, agrémentée de lignes et de reflets violets, des épaules à la taille, libérant à ce niveau une jupette blanche. Le haut de ses magnifiques cuisses était nu jusqu’à ce que des jambières, semblables à des bas, ne lui recouvrent les jambes jusqu’au bout des pieds pour finir en escarpin.
Olympienne - " Ah ! Il s’agit d’une… "
Enveloppe divine - " D’une Glory en effet. Ces armures sont portées par un groupe de guerriers à la disposition des dieux de l’Olympe. Cette Glory fait de toi un Ange. Les Anges sont assimilés à des personnalités humaines reconnues des dieux pour leurs faits mythologiques. Ainsi, tu possèdes la Glory d’Hélène de Troie. Et dorénavant tu porteras son nom. Le nom d’Helénê. "
Helénê - " C’est un honneur ô Dieu du… "
Fidèle à sa réputation de dieu dur et hautain envers les êtres inférieurs, ledit dieu l’interrompt :
Enveloppe divine - " Quel dieu glorifies-tu le plus ? "
Sans hésiter, Helénê garantit :
Helénê - " Vous mon Seigneur. "
Enveloppe divine - " A quel point ? "
Helénê - " J’irai jusqu’à défier le roi des dieux en personne pour vous. "
Enveloppe divine - " Bien, tu confirmes ce que je sais de toi. Rejoins-moi dans mon temple. Je te veux à ma garde personnelle… "
Flashback


Le son festif d’un bouchon de champagne qui s’élève au plafond sort Helénê de ses songes.
Dans son costume blanc, Vasiliás apporte une coupe dans chacune de ses mains :
Vasiliás - " Tu rêvais ? Ne me dis pas que c’est notre promenade dans un square qui t’a fatigué ? "
Ksénia - " Euh… Non, je pensais plutôt à cette visite au muséum. "
Vasiliás grimace en donnant son verre à Helénê :
Vasiliás - " J’aurai préféré que tu me dises que c’est notre long baiser dans le cinéma qui t’a tourné la tête. "
Elle trinque avec l’américain avant de confesser :
Ksénia - " Il m’en faut plus tu sais. "
Vasiliás, après s’être délecté de quelques gouttes d’alcool :
Vasiliás - " Il va donc falloir que j’abatte toutes mes cartes. "
Ksénia - " Quoi, tu vas vouloir me planter ta flèche de Cupidon ? Il ne faudrait pas blesser mon c½ur tu sais. "
Vasiliás passe son bras gauche autour de la taille de l’Ange et l’enserre contre lui :
Vasiliás - " Pas besoin de la planter. Elle suivra d’elle-même le chemin de ton c½ur. "
Elle essaie de lui prendre les lèvres avec les siennes mais il retarde l’échéance en collant son front contre le sien :
Vasiliás - " Crois moi, je ne suis pas un briseur de c½ur, si soulager ton âme peut être pour toi un bien être alors sache que je serai le réconfort qu'il te faut. "
Helénê se libère aussitôt de l’étreinte du Berserker en comprenant qu’il cherche encore à savoir qui elle est :
Ksénia - " Tu n’es pas croyable. Il faut que tu gâches tout. Cette journée était magique jusqu’à ce que tu… "
Il la tire par le bras jusque sur l’immense balcon et la soulève dans ses bras une fois arrivé dans le jacuzzi où une autre bouteille les attend.
Vasiliás - " Tu as raison. Je suis désolé. "
Il entre tout habillé dedans sous le regard paniqué de celle qu’il aime :
Ksénia - " Qu’est-ce que tu es fait ? Tu es fou ! Attends… Attends ma robe va être… "
Il lui plonge même la tête sous l’eau pour la démaquiller. Lorsqu’elle en ressort la tête, furieuse, il est pris d’un fou rire.
Nerveuse, Ksénia finit par être contaminée par la folie amoureuse de Vasiliás et succombe à la partie de rigolade…


Extrême nord de la Sibérie, Blue Graad :

A l’intérieur du château, dans les appartements indemnes, un grand banquet réunissant tout Blue Graad se déroule.
Le premier geste du roi est d’offrir un dîner à son peuple. De partager les mêmes mets que les siens. Un partage des richesses que le peuple n’avait jamais osé espérer.

N’hésitant pas à faire le tour de ses convives surpris de pouvoir dialoguer en toute simplicité avec leur souverain, Alexer apprécie voir les asgardiens profiter de leur dernière soirée en compagnie des siens.
Alberich et Natassia entament de longues discussions à tendance politique.
Syd se délecte du vin qu’on lui sert régulièrement afin d’être suffisamment ivre pour noyer son chagrin d’avoir ramassé ici le médaillon de Bedra.
Mime accompagne les musiciens avec sa harpe et enrichi les sonorités déjà présentes de son art.


La nuit ne tarde pas à couvrir l’horizon. Les villageois regagnent les bâtisses en reconstructions auxquelles participe quotidiennement le nouveau roi.
Alberich soutient Syd qui se cramponne l’estomac après avoir ingurgité trop d’alcool pour regagner leur traîneau dans la grange.
Alexer aide le futur Guerrier Divin à charger le malheureux de Mizar sur la glissière de bois et à atteler les chiens.
Alexer - " La nuit s’annonce calme. Votre retour devrait se faire sans encombres. "
Alberich sourit en montrant d’un hochement de la tête son compatriote ivre mort :
Alberich - " En voilà un qui ne verra même pas le trajet passer. "
Les deux rient aux éclats en attendant Mime, volontaire pour raccompagner la Princesse à sa chambre.


Là-bas, Natassia ôte son épais manteau pour n’apparaître qu’en légère robe blanche dans sa pièce réchauffée par un feu de cheminée.
Mime se tient à genoux pour prendre congé :
Mime - " Princesse, si vous l’acceptez, je me porterai volontaire lorsque la Princesse Hilda nous mandatera pour venir vous présenter ses hommages afin de pérenniser les bonnes relations entre nos royaumes. "
Natassia ignore les propos du virtuose. Elle se précipite de l’autre côté d’un paravent où elle abandonne le reste de ses vêtements. L’ombre de ses formes apparaît contre le paravent grâce à une bougie.
Mime ose à peine les caresser de ses yeux envieux, de peur de se montrer désinvolte.
Enfin, Natassia apporte une réponse à l’initiative de son interlocuteur une fois sortie de derrière la toile légère maintenue par un cadre de bois rectangulaire.
Elle apparaît aux yeux de Mime couverte d’une légère nuisette brodée en soie descendant à peine jusqu’à son postérieur nue.
Mime s’incline davantage de peur de faire ressentir à la princesse son persistant intérêt.
Tout en se dirigeant vers son grand lit en chaîne massif, elle déclare :
Natassia - " Tu l’as dis toi-même, il ne peut y avoir aucune issue favorable à notre histoire. A quoi bon nous torturer à nous croiser sans plus de lendemains qu’aujourd’hui ? "
Elle se penche légèrement en avant afin de défaire ses draps, exposant ainsi ses atouts les plus féminins à Mime.
« S’en est trop ! », explose Mime dans son esprit. Il se redresse et vient ramasser le manteau de la belle qu’il lui balance dessus, ignorant pour une fois les règles d’usage :
Mime - " A quoi jouez vous Princesse Natassia ? En vous comportant ainsi vous allez à l’encontre de votre vraie nature qui se veut réservée et noble. Je refuse de débattre avec vous dans ces conditions. "
Natassia retourne de rage le manteau contre Mime :
Natassia - " N’est-ce pas suffisant pour te prouver tout ce que tu perds en agissant ainsi ? "
Mime - " Je sais déjà ce que je perds, alors je vous en conjure, ne vous abaissez pas à cela pour me convaincre de vous aimer. Mon c½ur souffre déjà mille tourments. En rajouter ainsi ne serait que corrompre définitivement le bon sens qui est mien. "
Natassia - " Et ne nous voir qu’occasionnellement ne sera qu’une source de souffrance sentimentale qui ne me permettra jamais d’oublier l’amour que j’éprouve pour toi. "
Mime tombe à genoux sur la moquette de la chambre, au bord du lit :
Mime - " Alors que faire ? "
Natassia - " Mon frère n’aura pas éternellement besoin de mon soutien. Son peuple l’aimait déjà avant sa nomination et lui a pardonné sa rébellion contre mon père. Dans peu d’années il deviendra un roi complet et moi une princesse seule. "
Mime - " Et même si nous parvenons à patienter durant toutes ces années, comment pourrais-je obtenir la bénédiction du roi pour épouser sa s½ur ? Je ne suis que l’enfant adoptif d’un seigneur d’Asgard. Mon sang n’est pas celui d’un aristocrate. "
Natassia - " Qu’importe. L’amour n’est-il pas suffisamment grand pour surmonter un titre ? Mon frère est magnanime, plus jamais il ne pourra causer du tort à sa s½ur qu’il aime. "
Mime ne réagit pas, Natassia profite de cet instant de doute pour cueillir son visage dans ses mains :
Natassia - " Aime-moi. "
Mime - " Je vous aime déjà. "
Natassia vient chercher les lèvres de son amant. Seulement, elle ne trouve qu’un grand vide au moment de les rencontrer. Mime s’est retiré de l’étreinte :
Mime - " Savez-vous au moins à quoi vous vous engagez en agissant ainsi ? "
Natassia - " Je ne le sais que trop. "
Cette affirmation persuade enfin le guerrier d’Asgard. Debout, il prend peu à peu appui sur le lit à mesure qu’il offre un langoureux baiser à la jeune femme.
Tandis qu’il se glisse dans les draps de la royale vénusté, tous deux ignorent qu’ils n’auront hélas plus jamais l’occasion de se retrouver. La bataille d’Asgard contre le Sanctuaire dans plusieurs mois ne leur laissera jamais cette chance de pouvoir concrétiser les projets d’une nuit d’amour.


Angleterre, Londres :

1er octobre 1986.
Dans leur chambre d’hôtel, les rayons du soleil laisse apparaître le chantier de leurs ébats de la veille.
La lumière vient chatouiller les paupières de Vasiliás qui émerge avec le sourire en découvrant le chambard :
Vasiliás - " Quelle nuit ! Je crois que je n’ai jamais vécu de moments plus agréables… "
Sa phrase ne trouve pas de réponses. A côté de lui, le lit est vide.
Il bondit immédiatement jusqu’à la salle de bain où ils avaient laissés leurs affaires sécher.
Hélas, il ne retrouve que son costume sans la robe de sa bien-aimée. A la place de celle-ci, un mot qu’il lit à voix haute :
Vasiliás - " Merci de m’avoir, l’espace d’une journée, montré ce que pouvait être une vie sans manipulations et sans conflits divins. Éveille-toi à la conscience ultime. Garde-toi de perdre tes prérogatives. Et alors, seulement à cet instant, nos chemins se recroiseront. "
Resserrant lentement le papier dans la paume de sa main, Vasiliás lève ses yeux embués de chagrin vers le ciel, incapable de retenir son affliction.



Une page de plus se tourne dans mon recueil.
C’était le cas également pour Ksénia.
Repartie auprès de son mystérieux maître, elle laissait autour d’elle bien des énigmes.
Toutefois, il nous fallut bien les déjouer un jour…
Last Edit: 23 December 2013 à 9h45 by Kodeni

Author Topic: Chapitre 48 - La communion des royaumes du grand nord  (Read 5723 times)

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mayava

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  •  
bonsoir kodeni, j'adore ta fic ! j'attends le prochain chapitre avec impatience.

Offline Kodeni

  • Modérateur
Merci beaucoup.
Quels élèments te plaisent précisèment ?
Le prochain chapitre ne devrait plus tarder.

mayava

  • Guest
  •  
  bonsoir kodeni. En réponse à ta question, le premier point que j'apprécie est la cohérence du déroulement de l'histoire, de plus tout cela s'inclut parfaitement à l'oeuvre de kurumada; d'autre part j'aime aussi ton style d'écriture qui est détaillé sans cependant etre lourd, les personnages et leurs évolutions restent (surtout Apodis) bien dans l'esprit de SS.  :cool: :cool:Ta fic sait tenir le lecteur en haleine, tu as une très belle imagination!