Chapitre 17

Chapitre 17

Tandis que l’armée athénienne prend la mer ce 5 mars 1985 en quête de revanche contre Hébé, Shaka et Mû poursuivent les pistes laissées par Krishna et Fyodor lors de leurs passages à Jamir.

Autrefois appelée l’île de Ceylan, le Sri Lanka se situe à cent-kilomètres au sud-est de l’Inde.
C’est sur la côte ouest que se dirige Shaka ainsi que ses élèves et les prêtres du Sanctuaire.
Estimée à plus de dix-neuf-millions d’habitants, la population, majoritairement bouddhiste, tient toutefois à conserver ses origines et ses coutumes de vie. Il n’est donc pas étonnant de trouver dans les jungles du centre de l’île, des aborigènes, ou encore, sur la côte ouest justement, un village d’adorateurs du dieu Poséidon.

Quelque part entre les villes d’Adapparagama et de Willarawadiya, dans une zone forestière humide et inhabitée, Shaka sent sous ses pas que le sol terreux est désormais couvert de quelques roches.
Il s’arrête alors et déclare : « Nous y sommes… »
Derrière lui, Shiva et Aghora qui portent fièrement sur leurs dos les Pandora Box que leur maître leur a remis en route, mènent le pas aux autres et s’extasient.
_ « Ouah, commence Shiva… Mais… C’est…
_ Un temple bouddhiste, complète Aghora !
_ Effectivement, atteste Shaka, il s’agit ici d’un temple abandonné. Ce lieu de recueil marque la limite avec Thosa… »
Les autres disciples rejoignent leur maître en compagnie des membres du clergé athénien dont la jolie Hasu.
Les apprentis portent à tour de rôle la Pandora Box de la Couronne Australe que Mû a confié à Shaka.
 
Un fleuve passe devant un temple au toit arrondi. Le bâtiment dresse en son sommet une pointe qui s’élève haut dans les cieux.
Les vitraux sont tous cassés, les murs fissurés s’effritent depuis l’extérieur.
Shaka emprunte l’escalier fait de vieux plâtre et de béton devenu sablonneux.
Il est suivi de près par l’ensemble de ses disciples.
Les prêtres, eux, s’avancent paisiblement aux abords de cette eau fraîche.
Certains en profitent pour boire et remplir leurs gourdes, d’autres défont leurs sandales et trempent leurs pieds abîmés par la marche.
 
Shaka ouvre en grand les portes du sanctuaire et se sent comme aspiré par une puissance bienfaitrice.
L’intérieur contraste totalement avec l’apparence extérieure.
Il est lumineux, propre et accueillant.
Le sol est carrelé de marbre et mène, sous forme de chemin délimité par des fleurs colorées et même quelques arbres fruitiers, à une immense statue en or de Bouddha couché sur le flanc droit, les deux mains jointes pour faire appui à son visage paisible et souriant.
Shaka s’assied en position du lotus juste devant la statue qui est surélevée d’au moins un bon mètre sur une estrade taillé dans la pierre.
Il fait face à ses adeptes qui l’imitent.
Durant de longues minutes, ils restent à méditer sans parler.

Dehors, les Athéniens ramassent quelques fruits qu’ils savourent.
Ils observent la faune composée de nombreuses espèces menacées tel que des guépards, des léopards, diverses espèces de singes et des éléphants.
Etrangement, comme si l’onde gardienne de Bouddha protégée les lieux, ces animaux prolifèrent dans le secteur et ne s’attaquent pas aux hommes.
Convaincue qu’ils sont avant tout protégés par le cosmos de Shaka, Hasu ne quitte pas des yeux l’intérieur du temple, en quête du Saint d’or de la Vierge.


Pendant ce temps, bien loin de là, à huit-cent-cinquante kilomètres des côtes du Chili, à proximité de l’île de San Ambrosio, Mû et Kiki apparaissent sur l’île de San Félix.

Plus petite que sa voisine, caractérisée par deux petits pics s’élevant à cent-quatre-vingt-treize mètres et dénudés par le vent, San Félix baigne dans l’océan Pacifique.
D’origine volcanique, San Félix ne dispose pas de source permanente d’eau douce et les seuls vertébrés y vivant sont des oiseaux.
La végétation est une mosaïque miniature de fourrés, de déserts, d’arbres aux tailles différentes, de buissons mélangés aux fougères et aux plantes vivaces.
Les récits du Sanctuaire rapportent qu’elle est réputée pour les bienfaits que procure une plante capable de lutter contre les substances hallucinogènes et autres méfaits de créatures mythiques, l’Epaphos.
L’Epaphos doit son nom à un fils de Zeus que lui donna Io dans la mythologie.
 
En cette époque contemporaine, bien qu’elles soient encore mal connues, la faune et la flore ont présenté un grand intérêt scientifique.
De nombreux états ont envoyés leurs chercheurs pour y prélever des échantillons et pour observer l’environnement avant une catastrophe climatique il y a seize ans.
Depuis, l’île est inoccupée.
En effet, les conditions de vie ont fait déchanter beaucoup de monde.

C’est donc en toute quiétude, qu’au sommet d’un pic montagneux de l’île, apparaissent les deux silhouettes qui prennent petit à petit forme humaine.
Mû, de son mètre-quatre-vingt-deux, surplombant Kiki d’un mètre-trente.
Pourtant, c’est la plus petite qui s’agite en première.
L’enfant de sept ans, de toute sa jeunesse, sautille pour se réchauffer du vent qui glace la pointe rocheuse.
Mû, moins expressif recoiffe calmement ses cheveux mauves pourtant attachés.
Il se gratte le front, à hauteur des deux points qui marquent sa peau au-dessus de ses yeux, symbole de son appartenance au peule de Mu.
Habillé d’une tenue traditionnelle tibétaine, il est couvert d’un voile gris enroulé le long de son corps et qui descend sous forme de robe à hauteur de la ceinture.
_ « Félicitations Kiki ! Tu as réussi une téléportation sur une longue distance. Tu as fait de très grands progrès, je suis fier de toi. Maintenant j’aimerai que tu retournes veiller sur Médée. Je n’aime pas la savoir seule dans cet état.
_ Merci maître, je retourne de ce pas à Jamir. »
L’enfant repart aussi vite qu’il est arrivé en laissant son professeur visiter l’île à la recherche de cette fleur…
 
 
Sur la côte ouest du Sri Lanka, toujours assis dans le temple, jambes croisées devant ses apprentis, Shaka raconte : « Ce temple a été cédé, il y a des millénaires. Les adeptes de Poséidon du village côtier de Thosa ont voulu chasser toute forme de vénération autre que la leur. Depuis, personne n’ose approcher les environs. Le nom du village, Thosa, est un hommage à une nymphe avec qui Poséidon eu pour fils le cyclope Polyphème. Les Thosiens sont des partisans de Poséidon et se trouvent en bord de côte, sur un bras de l'océan Indien s'étendant d'est en ouest entre l'Inde et le Sri Lanka, le golfe de Mannar… »
 
Dehors, un vol d’oiseaux effrayés passe au-dessus des prêtres qui se regroupent devant le palais.
Craintifs, ils sentent qu’un profond malaise anime la faune qui s’échappe subitement
Ils ne remarquent pas la sortie du temple des disciples de Shaka.
La voix de Shiva les fait sursauter : « Le vent du bord de mer les inquiète. Il est imprégné des prières des Thosiens. Nous sommes proches d’eux. »
Le reste de la communauté quitte le temple que referme avec délicatesse Shaka.
Alors qu’il passe aux côtés d’Hasu, celle-ci caresse avec finesse la main de son amant.
Immédiatement, Shaka tourne le visage dans une direction opposée à la sienne, comme s’il la rejette après les instants de tendresse passés ensemble la veille à Jamir. Sans lui donner la moindre explication.

Le groupe reprend alors la route et, après une demi-heure de marche, la pluie le poursuit.
A mesure qu’il s’enfonce en direction de Thosa, il rencontre une multitude de reptiles.
Les pluies diluviennes, conjuguée à une température avoisinant les 35°C, n’aide en rien les Athéniens qui commencent à se sentir fiévreux.
Néanmoins Shaka ne ralentit pas.
Et pour cause : « Nous sommes arrivés ! »


La jungle débouche sur une petite clairière au sol sablonneux, proche du rivage.
L’équipe du chevalier se masse derrière lui pour observer un peuple à la peau ébène, comme Krishna, où les enfants jouent et rient malgré le déluge.
Les femmes ramassent l’eau de pluie tandis que certains hommes reviennent de la pêche en poussant dans des chariots des masses de poissons prisonniers dans des filets.
Au loin, en bord de mer, en contraste total avec les décors indiens de ce magnifique pays, une paroisse, aux colonnes doriques, ornée en son entrée par la statue d’un homme à la musculature imposante, nu, au visage fermé et couvert d’une longue barbe, pointant en direction de la plage un trident, domine la vingtaine d’habitations thosiennes.
 
Shiva commence à s’avancer en faisant craquer les os de ses poings : « La statue de Poséidon ! Un prieuré à son culte ! Nous sommes bien arrivés ! Bien… Nous n’avons pas une minute à perdre, retrouvons celui qui se fait appeler Krishna. »
Il est aussitôt rappelé par Aghora qui le tire par la manche.
Shaka adopte un ton impérial : « Apparemment, l’ensemble des Thosiens se réunit au fur et à mesure dans le village. Je n’y sens aucun cosmos important. Notre homme doit encore se trouver sur la plage. Il y a de nombreux innocents ici, évitons de nous faire remarquer. »
 
Les pèlerins reviennent sur leurs pas et longent la forêt pour rejoindre le bord de mer.
A l’avant, Shiva et Aghora devancent les douze autres disciples.
Aghora, pourtant le plus calme et le plus réfléchit des deux, s’interroge : « Pourquoi devons-nous donc épargner ce peuple ? Ces gens ne reconnaissent ni Athéna ni Bouddha. Pire, il glorifie un dieu hostile à nos croyances ! »
Shiva qui glisse ses pouces entre les lanières en cuir de sa Pandora Box et ses épaules soupire : « Pff… Ces Thosiens ne méritent que notre mépris, comme tous les faibles qui n’ont pas trouvés la voix de la sagesse au travers des paroles de Bouddha d’ailleurs ! »
Derrière eux, les douze élèves écoutent leurs modèles.
Certains sourient en se préparant à passer à l’action, d’autres craignent justement de devoir mettre pour la première fois en application les leçons de leur seigneur Shaka.
Il a beau les instruire à la maitrise de la cosmo énergie et aux mantras protecteurs, certains appréhendent malgré tout de devoir les mettre en application.


Plus loin, Shaka donne les instructions aux prêtres athéniens.
Ceux-ci devront attendre son retour en restant cachés dans la jungle et en veillant sur la Pandora Box de l’armure de bronze de la Couronne Australe qu’ils doivent rapporter en Grèce.
A la droite de Shaka, la belle Hasu attend patiemment que le Saint d’or remarque au moins sa présence…
 
 
Sur l’ile de San Félix, bien que les bourrasques soient violentes, la météo est clémente, le soleil fait quelques apparitions entre deux nuages.
Voici plusieurs heures que Mû observe fleur par fleur l’ensemble des espèces présentes sur cette île.
Or, il peine à trouver celle aux pétales dorés, aux tiges longues et orangées qui contiennent cette sève qui pourrait être bénéfique aux méfaits provoqués par Fyodor sur Médée.
Le placide Bélier finit par être tourmenté par l’absence de ce remède.
Dans les reliures dont il dispose dans sa tour de Jamir, rien n’indique à quel endroit précis il faut chercher.
De plus, après avoir fouillé le centre de l’île de fond en comble, il n’a hélas rien trouvé.
 
Alors, il remonte jusqu’au sommet pour observer les côtes et mieux découvrir les seuls lieux où il n’est pas encore allé.
Là, il distingue une immense vague qui engloutit le sud de l’île.
Surpris par un tel phénomène, Mû dévale les roches en quelques secondes et approche les récifs couverts d’eau salée.

De nombreux rochers ont été arrachés et avalés par la mer.
Pourtant, à sa grande surprise, une femme qui est de dos, se tient au bord d’une falaise d’au moins six-mètres au-dessus de l’Océan Pacifique.
Elle surplombe une plage de galets.
Elle est habillée d’une robe azur et ses cheveux bleus sont drapés d’un léger voile transparent. Elle semble prier.
Sentant le danger, Mû l’interpelle : « Prenez garde mademoiselle ! »
Il court vers elle pendant qu’elle se retourne.
A cet instant, la belle grimace et le blanc de ses yeux devient jaune.
Sa peau rougie.
Sa mâchoire se déboite pour laisser apparaître de longues dents.
Abasourdi par la scène dont il est témoin, Mû ne sent pas venir six coups qui le frappent sur tout le corps avec une intensité phénoménale.
Six coups prenant la forme d’un ours, d’un loup, d’un aigle, d’une abeille, d’une chauve-souris et d’un boa.
Il est repoussé vers un rocher contre lequel il s’écrase violemment.
Secoué, la tête lui tourne et du sang coule en abondance de son crâne.
Pendant qu’il prend appui sur la pierre, il entend des pas venir derrière lui.
A première vue, la femme changée en monstre a disparu du bord de mer : « Pas de doutes, il s’agit d’une illusion engendrée par un puissant cosmos. »
A cela, un claquement de main lui répond.
L’homme qui vient dans son dos l’applaudit en souriant.
Vêtu d’un pantalon et d’un maillot noir, il marche dans des bottines grises et laisse le vent balayer ses longs cheveux fuchsias.
Mû se remet difficilement debout et invective l’inconnu : « As-tu perdu la raison ? J’aurai pu y laisser la vie. Quel est ton nom ? »
L’autochtone bondit depuis les trois mètres qui le tenaient à portée de Mû pour venir exposer face au Saint d’or son mètre-quatre-vingt.
_ « Tu te trompes, un homme normal aurait pu perdre la vie. Seul un être capable de jouer de sa cosmo énergie peut parvenir à survivre à ce genre de technique. La politesse voudrait que ce soit toi qui te présentes le premier, car je suis Io et tu te trouves ici sur mon île !
_ Je me nomme Mû. Mû de Jamir.
_ Jamir ? Oui, mon père m’en a déjà parlé. Je croyais qu’il s’agissait d’une légende. A ce que je vois nous sommes donc tous les deux les derniers membres de nos communautés respectives !
_ Les derniers membres ? Que veux-tu dire ?
_ Il y a seize ans, une équipe de chercheurs du Chili est venue suppléer celle déjà présente ici. Les scientifiques arrivaient chaque fois pour six mois avec, à leur bord nourritures, technologies de plus en plus avancées et de nouveaux surdoués de plus en plus instruits. Tout cela dans le but de percer les mystères naturels de cette zone. A bord du bateau, une jeune météorologiste, ma mère, me portant dans son ventre depuis six mois, venait pour étudier les nombreux cataclysmes dont est victime l’île durant toute l’année. »
Mû se permet de mettre en avant ses connaissances.
_ « Les îles Desventuradas… Voilà donc l’origine du nom de cet archipel…
_ Exactement. Dans ce bateau, un mystérieux matelot venait d’être engagé pour transporter le matériel. Il parlait peu, se tenait toujours à l’écart et était capable de se retourner une dizaine de fois en une minute, pour vérifier qu’il n’y ait personne derrière lui. Toutefois, malgré tous les mystères qui l’entouraient, il était serviable et charitable. Un mois seulement après le débarquement sur l’île, une immense tornade ravagea les installations des scientifiques qui périrent tous emportés par le vent et les eaux. L’intrus, au terme d’une concentration incroyable, parvint à repousser cette catastrophe climatique qui faillit de peu emmener ma mère qui venait d’être soufflée. Le choc fut intense. Malgré tous les efforts de l’étranger elle perdit beaucoup de sang et ma venue au monde prématurément n’arrangea pas son hémorragie. Elle mourut en me laissant seul avec l’exilé du Sanctuaire d’Athéna… »
Il sort de sa poche une pièce de monnaie qu’il balance au Muvien.
Le Bélier s’en saisit et passe sa main devant ses yeux pour dégager le sang qui y coule afin de mieux examiner l’écu.
Mû reconnaît parfaitement ce morceau de métal qui favorise les échanges commerciaux dans le Sanctuaire et les domaines annexés par celui-ci : « Un sacre ! Cela confirme que la personne qui te sauva la vie était du Sanctuaire. »
En entendant Mû prononcé le nom du domaine sacré, le regard d’Io se charge de haine : « Alors tu sais de quoi je veux parler ! En garde ! »
Sans crier garde, Io lance son poing en avant en hurlant de rage…
 
 
Pendant ce temps, à l’orée de la forêt de Thosa, les douze disciples du Saint de la Vierge ont gagné la plage.
Derrière eux, Shaka pose, pas par pas, ses pieds de façon légère dans le sable humide.
Ses deux mains sont jointes en direction du ciel et il recueille à l’intérieur l’eau de pluie qui tombe abondement.
Ses cheveux trempés sont plaqués en arrière, car il lève la tête en direction des nuages et du tonnerre grondant.
 
Alors qu’il a demandé au clergé de rester en retrait, Hasu suit Shaka en trainant les pieds.
Elle baisse la tête.
Cet homme magnifique aux yeux bleus et purs, qui lui a apporté tant de bonheur hier, est aujourd’hui hermétique à ses approches.
Des mèches de ses fins cheveux châtains noyés collent sur ses frêles épaules.
Sa robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche se fixe à sa peau et dessine avec grâce ses courbes sensuelles.
Des larmes se mêlent à l’ondée qui choit sur son visage et imprègnent ses grands yeux azurs d’une profonde souffrance.
Subitement, elle choisit de ne plus avancer ce qui alerte aussitôt le Saint d’or : « Que se passe-t-il… Hasu ? »
Pensant être plus discrète, elle garde le silence.
Sans même se tourner vers elle, Shaka ressent très bien le mal-être de cette magnifique jeune femme.
Froid, d’un ton insensible, il lui annonce : « Je suis le Saint d’or de la Vierge. Ma mission me pousse à ne pas m’attacher davantage… »
Touchée au plus profond d’elle par ce qu’elle vient d’entendre, Hasu serre les poings : « Nous ne serons pas toujours en temps de guerre. »
Shaka adopte un ton complaisant : « Malheureusement, mes longues discussions avec Bouddha m’ont appris que la mort est inévitable pour nous autres Saints d’or. Nous avons un rôle crucial dans l’équilibre de ce monde. Notre génération est celle où tout se jouera. »
Hasu sent une déchirure à l’intérieur même de sa poitrine, comme si son c½ur venait d’être fendu : « J’ai… J’ai abandonné Algol pour suivre la voie des prêtresses… Et finalement tu m’as détourné de mon chemin… »
D’une voix mielleuse, Shaka rectifie : « Non. Tu cherchais un meilleur moyen d’honorer ta déesse que par la violence. Limitée par ton savoir, tu as cru qu’être prêtresse suffirait. Alors je t’ai ouvert les portes de la sagesse. Aujourd’hui, après des mois de pèlerinage et de leçons, tu as presque atteint ton but. »
Hasu prononce difficilement : « Presque atteint… Qu’est-ce que cela signifie ? »
Shaka qui toise l’horizon n’en dit pas plus : « Tu m’as suivi alors que les prêtres sont restés en retrait. Tu ne peux plus faire marche arrière à présent. Pressons ! Le combat va commencer… »
 
Les apprentis, Shiva et Aghora en tête, distinguent au loin un homme s’entrainant à la lance.
Il effectue de grands mouvements de bras, tandis qu’autour de lui quelques pêcheurs tirent des filets dans lesquels sont regroupés leurs provisions pour les jours à venir.
L’homme à la lance, torse nu, les cheveux blancs en forme de crête sur son crâne et descendant dans le creux de son dos, accroit progressivement sa cosmo énergie.

Soudain, les pêcheurs stoppent leur activité et s’interrogent sur la façon dont ont pu arriver des étrangers jusqu’ici.
Pieds nus sur le sable humide, son pantalon bleu imprégné par la pluie battante, Krishna fait fi de l’arrivée de ses adversaires qui sont maintenant à quelques mètres de lui.
Autour de son bras gauche est enroulé le rosaire de Bouddha qu’il a dérobé à Fyodor, lui-même auteur du larcin à Jamir.
Il somme à ses semblables : « Ils sont venus chercher l’offrande que j’ai récupéré pour sa majesté Poséidon. »
Cinq pêcheurs se positionnent aussitôt devant Krishna et, d’un signe de la main, indiquent aux autres de regagner le village.
Ensemble ils déploient leur cosmo énergie.
 
Shiva qui leur fait maintenant face est amusé : « Oh… Quelle surprise ! Il semblerait que notre voleur ne soit pas le seul à posséder un cosmos important. Ça n’en sera que plus amusant. »
Shaka préfère user de sa sagesse. Sans ouvrir les yeux, il pointe du doigt le mala porté par Krishna : « Nous ne vous voulons aucun mal. Nous souhaitons simplement récupérer ce qui nous appartient. »
Un premier Thosien au crâne rasé réagit.
Habillé d’un simple short, il est doté d’une musculature imposante, semblable à celle de Docrates. Son bouc noir couvre son menton carré : « Ce collier est désormais la propriété du Seigneur Poséidon. »
Un second, plus petit mais tout aussi bardé de muscles ajoute : « Athéna n’est pas de taille face à Hadès. Leurs querelles durent depuis trop longtemps. Il est temps pour notre Seigneur Poséidon de conclure ces batailles, en se débarrassant de chacun d’eux lorsque l’heure sera venue. »
Aussitôt, les cinq Thosiens se jettent vers Shaka qui est immédiatement encerclé par ses élèves…
Une vague d’énergie repousse les opposants.
Les Pandora Box du Paon et du Lotus s’ouvrent et couvrent leurs propriétaires.
Shiva et Aghora s’étudient eux-mêmes avant de s’observer l’un l’autre.
Pour la première fois, ils endossent les Cloths que leur a offert Shaka durant le voyage pour l’île de Ceylan.
Ils sentent une âme nouvelle dans ces armures qui les parcoure et qui décuple leurs forces.
Sentant le danger et leur volonté de faire leur devoir envers Athéna, les armures s’éveillent sur leurs nouveaux porteurs.
Shaka, mains jointes paume contre paume à hauteur de sa poitrine, est fier de ses élèves : « Félicitations Aghora. Félicitations Shiva. Vous portez pour la première fois vos armures d’argent sur lesquelles le grand Mû a passé beaucoup de temps pour les restaurer. Shiva, j’ai très bien connue l’ancienne détentrice de cette Cloth. Elle s’appelait Mayura et, à une époque pas si lointaine que ça, elle faisait avec Orphée de la Lyre la fierté des Saints d’argent. Rendez honneur à Mû et Mayura en vous montrant dignes de votre rang de Saint d’argent. Récupérez le rosaire de Bouddha. Pendant ce temps, les autres s’occuperont des alliés de Krishna. »
 
Il n’en faut pas plus au Saint d’argent du Paon et à celui du Lotus pour foncer dans la masse.
Les cinq amis de Krishna, ne pouvant rien face à des chevaliers vêtus de leurs Cloths, s’écartent aussitôt pour laisser le meilleur d’entre eux les défaire.
 
Hasu, refusant d’avoir recours à la violence, reste derrière Shaka, assis jambes croisées, observant ses élèves le protéger des cinq serviteurs de Poséidon…
 
 
Au même moment, sur San Félix, le poing dressé d’Io est arrêté par un mur invisible à quelques centimètres du visage de Mû.
Mû ferme les yeux et prononce calmement : « Crystal Wall. »
Le Mur de Cristal calme les ardeurs du jeune Chilien : « Tu refuses le combat ? »
Mû garde les yeux clos et déclare sans hausser la voix : « Je préfère éviter cela tant que possible. L’unique objet de ma visite est l’Epaphos. Je souhaite guérir ma femme. Cette plante est mon dernier espoir.
_ L’Epaphos ne se trouve pas comme cela. Je sais où tu pourras la trouver. J’accepte de te le dévoiler si tu consens m’affronter en combat singulier.
_ Je n’ai pas de temps à perdre. »
Io réplique avec beaucoup de mépris : « A ta guise. Après tout je dis cela pour toi, la mort des représentants d’Athéna me réjouit plus que tout. »
Mû ressent énormément d’amertume dans ces propos.
Malheureusement, il doit se résoudre à accepter s’il veut sauver son épouse.
Il brise sa barrière.
Immédiatement, Io envoie son pied gauche en plein visage de Mû.
Le Bélier esquive en se déplaçant à la vitesse de la lumière, tout comme il évite la trentaine d’assauts suivants.
Io n’abandonne pas et, à la grande surprise de Mû, ne semble pas épuisé.
Il est temps pour le chevalier de réagir.
Au moment où Io se jette le genou en avant, Mû le devance et plaque sa main contre la poitrine de son adversaire. Avec la pression de son cosmos, il le projette haut dans les airs et, tandis qu’il pointe sa main vers le sol, il se sert de sa télékinésie pour l’écraser ensuite contre le parterre rocailleux.
Au contact de la pierre, le corps de l’orphelin rebondit devant Mû.
Le Saint d’or croise rapidement ses bras pour concentrer sa cosmo énergie, qu’il fait exploser aussitôt en écartant en arrière tous ses membres.
La déflagration repousse Io au flanc du précipice.
De son accoutrement, il ne reste plus que son pantalon arraché, ressemblant plus à un short dans cet état.
Son torse et son dos, désormais à nus, sont écorchés et ses pieds découverts sont marqués par de nombreuses plaies.
Mû se téléporte jusque devant lui.
Io rampe jusqu’au bord de la falaise pour se donner un peu de recul.
Même si ses jambes flageolent, il parvient à se mettre debout et brûle précipitamment sa cosmo énergie pour cogner de toutes ses forces Mû.
Six impacts se dégagent en un millième de seconde, chaque coup chargé de cosmos prend respectivement la forme d’un ours, d’un loup, d’un aigle, d’une abeille, d’une chauve-souris et d’un boa.
Les assauts sont si véloces que le Chilien réussit à passer derrière Mû.
Malgré tout, Mû a eu le temps d’éviter les six chocs.
Il a même pu prendre le loisir de s’essuyer le front du sang qui coule encore de sa précédente plaie.
Io est déchaîné, son visage se charge d’animosité il essaie à nouveau de frapper le représentant d’Athéna en l’acculant près du vide. Mais Mû se téléporte derrière lui et lui enseigne une leçon qu’Io aura plus tard tort d’oublier : « Une même technique ne marche pas deux fois sur un Saint ! »
Le temps qu’Io fasse volte-face, Mû prend assez d’appui contre le sol pour jaillir genou en avant, cogner le thorax de son adversaire et s’envoler avec lui dans le vide.
Io retombe six mètres plus bas, les omoplates en premier, sur la plage de galets.
Depuis les airs, Mû se téléporte au sol, afin de s’éviter de faire une cabriole pour se réceptionner convenablement.
La chute a été si violente qu’Io est presque encastré dans les cailloux qui ont éclatés sous le choc.
Du sang coule de ses oreilles, de sa bouche, de ses yeux et de son nez.
Il semble paralysé et souffre d’hémorragies internes importantes.
A mesure qu’il approche, Mû interroge son adversaire qui agonise : « Pourquoi ? Pourquoi tant de haine contre les chevaliers d’Athéna ? »
Io, tête couchée en arrière, souffre à évoquer son passé : « Parce qu’ils sont le mal, ils ont tué la seule famille qu’il me restait. Sur l’île, après la catastrophe, il ne restait plus que l’étranger et moi-même. Les gouvernements des nombreux pays, croyant la mission gâchée et n’ayant jamais réussi à tirer quoi que ce soit de l’île, abandonnèrent l’idée même de poursuivre les recherches et d’envoyer une équipe de sauvetage. Avec le peu de vivres qu’il récupéra dans nos bateaux éventrés et dans nos habitations de fortune ravagées, l’étranger réussit à faire survivre le nourrisson que j’étais. En grandissant, il m’apprit à survivre en tirant à l’arc les nombreux oiseaux qui viennent nidifier ici, à recueillir l’eau de pluie pour boire et à développer la force qui sommeille en chacun de nous, le cosmos. Car oui, il était un mercenaire du Sanctuaire. Il fut jugé pour avoir échoué à une mission secrète, la peine de mort fut sa sentence. Par chance, il parvint à s’enfuir et à passer incognito dans chacun des pays qu’il traversa. Il m’enseigna ce qu’il savait. Il avait manqué la dernière étape pour accéder à une armure d’argent. Son savoir et sa cosmo énergie étaient, malgré tout, très grands. Je fus mis au fait de toutes les légendes, des causes qu’il défendait. Je ne pus m’empêcher de rejeter cette déesse qui était à l’origine de tous les malheurs du seul parent que j’avais. Cette même déesse qui défendait les hommes responsables du non envoi d’un bateau de sauvetage, de celle qui couve des gouvernements qui ont préférés laisser mourir les chercheurs de cette île sans même se soucier de la possibilité qu’il puisse y avoir des survivants… »
Mû essaie d’atténuer la folie de son interlocuteur : « Tu l’as dit toi-même, seule la cosmo énergie de l’exilé a réussi à contenir la tempête. Les peuples de ce monde ne se doutent pas que des êtres comme nous existent. C’était une évidence pour eux, il n’y avait aucun survivant. »
Io se fiche de la réaction de Mu et poursuit : « Les années passèrent et chaque soir je le voyais prier Athéna pour qu’elle veille sur nous. Bientôt, alors qu’il n’était âgé que de douze ans, l’élève que j’étais surpassa le maître et s’émancipait de ses leçons mais pas de son amour. Cependant, les espions du Sanctuaire sont tenaces et éparpillés sur tout le globe. Après diverses investigations, ils découvrirent que la dernière destination de l’exilé fut mon île natale. Le Grand Pope envoya quatre chevaliers de bronze pour exécuter la sentence de son jugement. D’abord surpris de voir pour la fois première d’autres humains, je fus mis rapidement hors de combat. Mon père ne put rien et lorsque je rouvris les yeux, il gisait à côté de moi, défiguré, les bras et les jambes tranchés. Il avait tenu jusque-là pour me dire qu’il m’aimait avant de mourir… »
Pendant que Mû rejoint son adversaire, il observe les vagues avaler de plus en plus de mètres de plages.
Soudain, son attention se focalise sur un point brillant dans l’eau.
Les rayons du soleil passent au travers des nuages et reflètent sur des pétales qui réagissent en dégageant une couleur d’or.
Par pur hasard, Mû découvre l’Epaphos qui ne vit que dans les récifs souvent inondés d’eau salée.

Mû se dirige pieds dans l’eau pour ramasser quelques fleurs.
A l’instant même où il arrache avec soin la racine, la cosmo énergie d’Io s’intensifie à mesure qu’il ressasse ses souvenirs : « … Après qu’il ait rendu son dernier souffle, ses bourreaux choisirent de rester s’amuser avec moi. Ils ne savaient pas que fidèlement aux légendes que me raconta mon père, je m’étais conformément imprégné de celle de Scylla… »
En entendant cela, Mû reste immobile quelques instants.
Il réalise trop tard que son ennemi est debout, bras croisés en l’air, regroupant en lui ses dernières forces.
Mû range immédiatement l’Epaphos dans un morceau de cuir qu’il glisse dans sa robe et invoque un Mur de Cristal : « Crystal Wall ! »
Io descend ses bras en direction de Mû : « Big Tornado ! »
Le Tornade de Scylla se heurte sans effets à la barrière de protection de Mû.
Cela n’empêche pas Io de dégager son aura dans cette attaque de façon exponentielle.
Il sourit même et reprend son élan en levant les bras au ciel.
Mû maintient son Mur de Cristal : « Pff… Futile… Crystal Wall ! »
Cette fois-ci, Io vise le bord de plage, là où l’eau vient au contact des galets : « Tu oublies que Scylla est proche de son élément : Big Tornado ! »
L’onde cosmique se mêle à l’écume et aux cailloux qui s’écrasent contre le Mur de Cristal et cache la vue de Mû.
Tout à coup, Mû est frappé dans le dos par une salve d’énergie : « Big Tornado ! »
Mû est rejeté sur le rivage, la soutane arraché au-dessus de la ceinture, le petit sac de cuir dans lequel il a enroulé l’Epaphos tombe à côté de lui.
Son dos est lacéré sur toute sa surface.
Alors qu’il prend appui au sol pour se relever, ses plaies s’élargissent et son sang se déverse sur la plage : « Il a contourné mon Crystal Wall après avoir fait diversion, tout cela avec une vitesse que je ne lui connaissais pas jusque-là. Pour réussir un tel exploit, il a fallu qu’il entrevoie un court instant le septième sens. »
 
Là où l’eau est assez profonde pour être à hauteur de ses genoux, Io dresse à nouveau ses bras dans l’atmosphère, un tourbillon se crée tout autour de lui et les nuages sont dégagés par les bourrasques de vent qu’il occasionne, permettant ainsi à une multitude de fleurs d’Epaphos de resplendir de toute leur clarté : « Je ne laisserai jamais aucun représentant d’Athéna remporter la victoire. Les hommes sont foncièrement mauvais, ils m’ont abandonné tout comme le Sanctuaire d’Athéna a abandonné mon père adoptif… »
Au large, l’effluve cosmique du Muvien dessine derrière lui un immense Bélier d’or. Le chevalier est dépité : « Tu es irrécupérable, seule la Spirale Stellaire aura raison de toi. »
L’eau autour de Scylla forme une vague de plus de cinq-mètres de haut, prête à engloutir l’île de San Félix.
La déferlante passe au travers d’Io sans même le déranger, au contraire, elle se joint à la Tornade de Scylla.
_ « Big Tornado !
_ Stardust Révolution ! »
Un cataclysme est projeté sur Mû qui, contre cela, d’un mouvement de main, envoie, tel des grains de poussière, des milliers d’étoiles chargées d’un cosmos dévastateur.
Les points chargés de cosmos de Mû disparaissent dans le typhon. Provoquant ainsi la joie d’Io qui crie déjà victoire.
L’île est avalée par l’arcane d’Io.
Cependant, il déchante quand plus d’un demi-millier de points étoilés résiste à la Tornade de Scylla.
Ils passent au travers et viennent le télescoper, puis le transpercer…


A cet instant, sur la plage devant le village de Thosa, sous un orage violent, le combat fait rage.
Le vent soulève l’eau de mer et crée de terribles vagues de plus en plus grandes qui gagnent la plage.

Pourtant, cela ne ravise pas les deux Saints d’argent, bien au contraire.
Un terrible corps à corps s’est engagé entre eux et Krishna.
Le Thosien utilise la lance qu’il a achetée au marché Himalayen et avec laquelle il a combattu Fyodor.
La cosmo énergie du futur Marina imprègne son arme qui devient bien plus qu’un vulgaire outil à la lame émoussée.
Tandis qu’Aghora se relève après un coup au thorax, Shiva dégage toute sa cosmo énergie dans son arcane : « Sen Ju Shin On Ken ! »
Krishna pare chaque impact du Saint d’argent, en faisant tournoyer sa lance autour de lui à une vitesse qui dépasse largement celle du son.
Aghora profite de l’effet de surprise pour l’attaquer dans le dos en le frappant d’un violent coup chargé de cosmos : « Renge Bakusai Ken ! »
Cette fois-ci, Krishna esquive le Coup de Poing Explosif du Lotus, dont la vague de cosmos fonce désormais sur Shiva qui l’évite de peu en pivotant sur le côté.
Déconcertés tous les deux, les Saints ne réalisent pas que Krishna est prêt à riposter, investissant son bâton de toute son aura : « Flashing Lancer ! »
Entre ses deux ennemis, le Sri-lankais frappe avec le manche dessous le genou de Shiva pour le faire tomber au sol. Tandis qu’avec la lame, il cogne l’abdomen d’Aghora.
Le Saint du Lotus s’écroule en se tenant la poitrine de douleur, comme si l’impact était passé au travers de l’armure, laissant seul Shiva qui se remet sur ses jambes et saute pour ne pas être balayé par le manche à nouveau.
Dans les airs Krishna essaie de l’embrocher à hauteur du cou mais Shiva se meut avec agilité.
Il réussit à saisir la lance qu’il agrippe aussi férocement que Krishna.
En retombant au sol, il tournoie sur lui-même pour réussir à envoyer Krishna dans la mer déchaînée en relâchant le bâton une fois que la vitesse est suffisamment grande.
Voyant son rival sombrer dans cette tempête maritime, il se réceptionne sur le sable et reprend son souffle avec difficulté.
A mesure qu’il avance vers son camarade souffrant, Shiva perçoit derrière lui un sifflement.
Il se retourne en déployant son bras comme s’il fendait l’air et contre la lance de Krishna qui fonçait droit en direction de sa colonne vertébrale.
Shiva reconnaît son adversaire qui avance sans difficulté dans cette eau enragée qui le submerge jusqu’à la taille…
 
A plusieurs dizaines de mètres de là, les cinq autres Thosiens ne ménagent pas les dix autres disciples de Shaka qui ont choisis de se battre.
Visages couverts d’hématomes, os brisés, vertèbres déplacés… Il ne reste plus que le maître et Hasu.
Hasu observe la Vierge : « Seigneur Shaka… Si vous ne faites rien vos élèves vont mourir. »
Shaka ne répond pas, il semble continuer de prier.
Hasu abandonne sa pose de méditation et se lève en agitant ses mains devant son professeur : « Seigneur Shaka je vous en prie… La méditation n’a rien apporté de bon à la défense de nos amis. Il est temps de réagir. »
Le Saint ne réagit toujours pas.
Derrière Hasu, le colossal Thosien qui a pris tout à l’heure la parole, approche.
Il écarte d’un revers de la main la belle enfant qui retombe dans le sable humide : « Allons jeune femme, crois-tu donc que cet homme a le courage de nous affronter après ce que nous venons de faire subir aux autres ? »
Il fait craquer les os de ses poings avant de les unir tous les deux pour abattre le tout au sommet du crâne de Shaka.
Shaka prononce enfin une syllabe : « Kan ! »
Une bulle de cosmo énergie englobe le corps de Shaka et contre avec efficacité l’assaut ennemi.
Le Thosien est repoussé en arrière et s’échoue à son tour dans le sable humide.
Il se relève presque aussitôt les yeux injectés de haine.
Il dresse son poing en direction de Shaka et déclare : « Très bien ! Tu as trop peur pour te battre et tu préfères te retrancher derrière ton cosmos. Ce n’est pas grave. Nous allons d’abord exécuter tes semblables avant d’en finir avec toi. »
Hasu revient à elle en entendant cela.
Couchée face contre terre, elle supplie son maître : « Seigneur Shaka, ne laissez pas faire cela, pitié. »
Le Thosien espère qu’avec l’imploration de son élève le maître se décidera à intervenir, cependant Shaka reste de marbre.
Le géant perd patience et soulève du sol un des élèves à moitié conscient.
Le pauvre est défiguré, méconnaissable.
Il est tenu par les cheveux et a les bras qui pendent le long du corps.
Il essaye de trouver le sol du bout de ses pieds.
Le Thosien en profite pour frapper du plat du pied la rotule de sa victime qui se brise immédiatement, provoquant un cri de douleur insupportable et l’hilarité des quatre autres Thosiens…
 
 
Sur San Félix, l’eau quitte petit à petit l’île.
Elle regagne la mer en emportant avec elle des arbres et des pierres.
Le vent s’est dissipé et les nuages reviennent jouer avec le soleil.
Sur la plage de galets, Mû sort de l’eau le corps meurtri d’Io en le trainant avec son bras gauche.
Sa main droite tient fermement son morceau de cuir, dans lequel est contenue l’Epaphos.
Mû regardant son adversaire plus mort que vif, est navré de n’avoir pu trouver aucune autre issue.
Seulement, le temps presse et il n’a pas le temps de pleurer son ennemi.
Il se téléporte chez lui aussi vite qu’il en est venu…
 
La mer regagne très vite le corps égratigné du Chilien.
Le sel ne lui brûle plus ses plaies.
Au contraire, il s’habitue à cette sensation de bien-être que lui procure le flux marin.
Il relève sa tête qui baigne dans le centimètre d’eau qui regagne le Pacifique et se met sur le dos pour observer l’horizon.
Dans son esprit, il rejoue la scène finale de son affrontement : « Il s’est téléporté… Il a eu le temps d’envoyer son Stardust Révolution et de disparaître avant que mon arcane ne l’emporte… »
En comprenant cela, il se lève en s’égosillant de rage, de douleur et de désespoir.
Il avance dans l’eau jusqu’à hauteur de son bassin, en implorant le ciel de lui trouver une réponse : « Pourquoi ?! Je n’ai pas pu venger mon père ! Pourquoi Athéna triomphe-t-elle tout le temps ?! »
D’aigreur, il cogne de toutes ses forces le sol en soulevant l’eau tout autour de lui sur un rayon de dix mètres, ne laissant au sol que les galets, les poissons et…
_ « Une sirène, s’étonne-t-il ?! »
Tandis que l’eau reste surélevée autour d’eux grâce à la cosmo énergie d’Io, le beau jeune homme s’avance d’un pas hésitant.
Il est inquiet et à la fois curieux de cette femme au visage et au buste parfait.
Elle a une longue chevelure blonde et une queue de poisson à écailles roses.
Il la croit échouée à plat ventre sur cette plage de fortune imposée par sa furie.
Scylla arrive à sa rencontre, attristé par le mal qu’il pense avoir causé à cette créature qu’il ne pense pas réelle : « Pardonnez-moi créature… Je… Je suis désolé… Mes blessures sont si profondes, la fièvre me vient… Je perds la tête en croyant voir une créature imaginaire. Tu dois être une interprétation de mon subconscient. Un messager venant des entrailles maritimes pour me corriger pour ma violence et apaiser ma rage. Sache pourtant que je n’ai jamais voulu de mal au monde aquatique qui m’a, à chaque fois, miraculeusement épargné en temps de tempête. »
La sirène ouvre ses grands yeux bleus et voit Io pleurer, confus pour les dégâts occasionnés par son courroux.
Couchée dans ses bras, la créature mythique et magnifique arbore sa vigoureuse poitrine dénudée tout en souriant.
Sa voix et douce et optimiste : « Ton subconscient ne te joue aucun tour Io. Je suis Thétis la Mermaid, servante du dieu Poséidon. Je suis venue t’apporter la réponse à ta question. »
D’une voix mélancolique Io demande, crédule : « Ma question ?
_ Oui, celle qui t’éclaircira sur Athéna. Et celle qui te permettra de la contrer, de nettoyer le monde des êtres maléfiques qu’elle protège. »
La mine triste d’Io se change en regard d’enfant, plein de rêve : « Poséidon va changer ce monde n’est-ce pas ? »
D’un hochement de tête, Thétis lui répond affirmativement.
Elle se redresse et approche son visage de celui d’Io : « Le capitaine de notre armée, le Dragon des Mers réunit aujourd’hui les meilleurs soldats du monde entier fidèles aux idéaux du Seigneur Poséidon. Il t’a choisi pour mener à bien la conquête du Dieu des Mers. »
D’un sourire franc et direct, Io confirme aussitôt son enrôlement dans l’armée marine.
A cet instant la magnifique Thétis lève suffisamment sa tête pour s’approcher des lèvres d’Io qu’elle baise.
L’eau qui lévite tout autour d’eux s’affaisse aussitôt, les faisant disparaître de la surface terrestre…


PARTIE 1/2
La suite, dans le post qui suit.
Last Edit: 22 May 2021 à 16h26 by Kodeni

Author Topic: Chapitre 17  (Read 7260 times)

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PARTIE 2/2 :

Au Sri Lanka, Shiva aide Aghora à se maintenir debout tandis que Krishna sort de la mer agitée sans difficulté.
Sa cosmo énergie se décuple de seconde en seconde depuis le début du combat.
_ « S’il continue ainsi, il finira par être plus fort que nous deux réunis. Il faut… »
Aghora n’a pas le temps d’achever sa phrase que Krishna apparait devant eux et envoie un violent coup de tête en pleine colonne nasale du grand chevalier.
Shiva venge son ami, en frappant Krishna d’un violent crochet du droit dans le dos.
Krishna se retourne, en libérant son bras droit pour frapper dans la foulée Shiva.
Shiva s’accroupit et évite la contre-attaque du Sri-lankais.
Il répond par un puissant uppercut en plein menton.
Aghora riposte enfin en déployant à nouveau sa technique : « Renge Bakusai Ken ! »
Cette fois-ci, bien qu’il réussit à se retourner, Krishna ne peut contrer et encaisse ce coup à pleine puissance sur une courte distance.
Il recule seulement de quelques pas mais retombe à genou, le torse couvert d’ecchymoses.
Shiva choisit de l’achever en le frappant du plat du pied droit au visage mais, bien que lui tournant le dos, Krishna heurte sa jambe avec son coude droit.
L’impact de sa chair à nue contre une Cloth d’argent n’a pas d’autre effet que la fracture de tous les os de son bras.
La puissance de l’impact le fait rouler sur le côté, ce qui lui permet toutefois de récupérer sa lance, qu’il avait auparavant envoyée sur Shiva avec sa main gauche et d’éviter un choc trop violent au visage.
Shiva ne lui laisse pas le temps de se relever et effectue avec ses pieds un ciseau acrobatique pour lui fracasser l’épaule gauche.
Krishna use d’ingéniosité, il laisse ses omoplates toucher le sol pour esquiver le coup. Grâce aux muscles de ses cuisses et sa ceinture abdominale minutieusement travaillée, il se remet aussitôt sur ses genoux. Ainsi, il lance en arrière sa lance derrière la cuisse droite de Shiva, non protégée de sa Cloth à cet endroit, pour la lui transpercer.
Blessé dans les airs, Shiva ne peut se réceptionner de la figure délicate qu’il a tentée et s’échoue lamentablement le visage dans le sable, en se plaignant de la douleur.
La pluie nettoie les plaies du futur Marina.
Il prend appui avec sa main sur le sable chargé d’eau pour se relever mais se fait immédiatement faucher par Aghora dont le poing se dirige déjà dans sa direction : « Renge Bakusai Ken ! »
Krishna encaisse en plein crâne le Coup de Poing Explosif du Lotus et se retrouve la tête encastrée dans le sable humide, d’où ressort une incroyable quantité de sang.
Aghora enjambe son adversaire plus mort que vif pour rejoindre Shiva mais se fait retenir le tibia par la main encore valide de Krishna.
_ « Tu en veux encore ? »
Le Saint du Lotus concentre dans son poing tout ce qu’il lui reste de cosmo énergie.
Au moment de prendre son élan pour achever son adversaire, il est retenu par un mur invoqué par la Grande Lumière : « Maha Roshini ! »
Aghora est rejeté en arrière, totalement secoué et à bout de forces.

Lorsque l’éclat lumineux se dissipe, Shiva distingue difficilement le Thosien, en position assise, lévitant devant eux à deux mètres au-dessus du sol, les deux mains dans le giron, malgré son bras droit cassé, avec les paumes vers le dessus et les pouces qui se touchent, symbole de méditation et de concentration.
 
Plus loin, Hasu se met à genoux et hurle à pleins poumons à l’intention de son professeur : « Vous n’êtes qu’un monstre sans c½ur ! »
Un nouveau craquement d’os vient en réponse à Hasu.
Cette fois-ci, le poing serré, le Thosien vient de cogner fort l’épaule du malheureux Athénien qui lui sert de sac de frappe.
Hasu se relève, le visage crispé par la colère.
Son habituel regard chétif s’est transformé en véritable regard carnassier.
La douce enfant dégage autour d’elle une cosmo énergie couleur verte que ne distingue pas l’ennemi, tant il est amusé par sa torture.
La voix d’Hasu se fait impérative et froide envers le bourreau : « Arrête ! »
Le Thosien prend ça à la rigolade : « Tu as raison, j’en ai encore neuf autre à éliminer après celui-ci et avant de m’amuser avec toi. »
Un de ses complices, celui qui est plus petit mais tout aussi robuste, s’inquiète : « Attends ! Je ressens un profond malaise. De cette jeune fille se dégage une puissante énergie. Comme si elle l’avait caché jusqu’ici. »
Le meneur déclare avec insouciance : « Ne dis pas de sottises, elle n’est qu’un jouet avec lequel je vais… »
Soudainement, il est éclaboussé de sang : « … Mais… Qu’est-ce que… »
Son comparse, qui l’a prévenu il y a quelques secondes, se retrouve la poitrine transpercée par un poing délicat aux doigts fins.
Le colosse lâche sa victime et recule stupéfait jusqu’à ses trois autres amis sous le choc…
 
Dans la forêt où attendant patiemment les prêtres, l’un d’eux assis sur la Pandora Box de la Couronne Australe, sent une chaleur inattendue lui incendier la peau.
Lorsqu’il bondit du caisson métallique, sa toge s’enflamme subitement.
Ses semblables sont trop occupés à éteindre le feu pour remarquer, qu’en un éclair, l’urne s’est vidée…
 
Sur la plage, Hasu se défait du corps qu’elle vient d’empaler en le dégageant sur le côté. L’averse nettoie le sang ennemi qui souille sa peau et sa robe maintenant tachée.
Inopinément, son corps est baigné d’une lumière et est soulevé du sol.
L’objet provoquant cette lueur verdâtre forme un totem de bronze sous la forme d’une couronne de feuille.
Shaka murmure en souriant : « Même un lotus aussi beau et doux qu’Hasu peut renfermer derrière ses pétales délicats une force hors du commun. »
L’armure se sépare et prend forme en un éclair sur la belle demoiselle.
Couvertes de ses pieds, surélevée par des talons aiguilles, jusqu’en haut de ses tibias par des jambières vert pomme, ses membres inférieurs finissent d’être habillés par des genouillères marrons qui couvrent également le bas de ses cuisses.
Cette couleur de feuilles mortes est également celle de ses épaulettes aux pointes acérées et du bustier qui couvre sa petite poitrine.
La couleur vert clair se retrouve à hauteur des pièces du thorax et des avant-bras qui la couvrent avec élégance.
Un diadème, en forme d’une couronne de feuille couvre le tour de son crâne et, enfin, une ceinture de bronze lui protège la taille et maintient contre elle sa robe blanche dont le bas retombe comme un voile sur ses jambières.
Comme si c’était une évidence pour Hasu, sans même se demander pourquoi elle est reconnue Saint, elle fait face à ses adversaires qu’elle toise avec dédain.
Le leader des quatre Thosiens restants, passe derrière ses amis et les pousse dans le dos par crainte des représailles.
Envoyés à l’assaut, les trois acolytes découvrent qu’au-dessus d’eux la pluie a cessé.
Seules des feuilles mortes tombent du ciel.
Ils remarquent ensuite que le sable de la plage s’est dérobé et que leurs pieds piétinent des écorces d’arbres couchées au sol.
Enfin, lorsqu’ils cherchent du regard leur adversaire, ils découvrent Hasu les mains grandes ouvertes dans leur direction : « Je m’étais promis de ne plus utiliser cette technique que j’ai appris durant mon entraînement de femme chevalier mais vous ne me laissez pas le choix… »
Face à ses propos, les trois Thosiens se jettent sur Hasu et s’enfonce dans la nature morte : « Still Life ! »
Immédiatement, les feuilles qui arrivent du ciel tombent comme de lourds poids tranchants, tandis que les écorces d’arbres rejoignent de la même façon les feuilles pour créer une explosion après que feuilles et écorces entrent en contact.
Le Still Life broie les os et lacère les chairs ennemies.
Le dernier Thosien protège ses yeux suite à la centaine de détonation qui retentit en une seconde.
 
Sur le petit périmètre où se trouvent Hasu, Shaka, ses disciples et le dernier Thosien, le déluge retombe à nouveau.
Le nuage de sable soulevé par l’explosion se dissipe peu à peu, ne laissant rien de la nature morte instaurée par le nouveau Saint de bronze de la Couronne Australe.
A moitié ensevelies dans le sable, les dépouilles thosiennes des trois hommes démembrés gisent.
Les disciples athéniens les moins éprouvés aident les autres à se relever.
Hasu, elle, avance vers la montagne de muscle qui recule au fur et à mesure que son ennemie approche.
Il a à peine le temps de cligner des yeux que cette dernière disparait.
Brusquement, la route du titan est stoppée par un mur qui n’est autre que la main droite d’Hasu qui fait pression contre son dos.
Le Thosien avale sa salive et se retourne pour frapper son adversaire.
D’un bond prodigieux la Saint esquive le coup et tournoie sur elle-même dans les airs tandis que le poing du monstre s’écrase dans le sable.
Avec l’élan accumulé par son mouvement rotatif, Hasu décoche un coup de pied retourné derrière la nuque du Thosien dont les os se brisent sur le coup.
La victoire athénienne est acquise.

Hasu reste droite, le regard figé sur son adversaire.
Ses yeux plein d’animosité, reprennent leur air habituellement si fragile.
Elle fait la moue en voyant le massacre dont elle est responsable.
Inopinément, une main chaude et pleine d’ondes positives se pose sur son épaule et lui fait perdre pied.
Elle reconnait Shaka qui pour la première fois depuis leur échange amoureux de la veille vient vers elle.
Pourtant, le discours tenu par Shaka n’est pas celui qu’elle attend.
_ « Voilà pourquoi je ne suis pas intervenu.
_ Je ne voulais pas me battre.
_ Lorsque nous nous sommes rencontrés au Sanctuaire, tu as renoncé à ton apprentissage de femme chevalier pour suivre la voix de la sagesse en devenant prêtresse. Cependant je sentais en toi un fort potentiel. Dès le départ, mon envie de faire de toi mon élève en t’amenant en pèlerinage avec les autres était destiné à te faire comprendre qu’aider Athéna, par l’esprit ou par la force, n’était pas irrémédiablement dissociable. Tu as davantage instruit ton esprit et tes connaissances du monde grâce à Bouddha. La clairvoyance que tu as acquise durant ce pèlerinage t’a permis de sauver tes camarades en associant cela à tes aptitudes de femme chevalier.
_ Donc, si j’ai bien compris, mon destin a toujours été d’être une femme chevalier.
_ Tu es pure et fidèle à Athéna et par extension, à Bouddha. En étant à la recherche de ton moi intérieur tu t’es remise perpétuellement en question, dans l’unique but de servir Athéna. Mû a également reconnu ton potentiel lors de notre passage à Jamir et a vu dans le ciel ta constellation briller de mille feux… »
Shaka arrache une partie du tissu qui couvre la moitié de son torse et l’adresse à Hasu : « Nous sommes pairs à présent, tu es toi aussi un Saint. »
Hasu se saisit du vêtement, non sans caresser les doigts de son amant d’un jour.
Elle l’enroule autour de son visage pour dissimuler sa féminité comme le veut la coutume, en attendant de reprendre son masque de femme chevalier qu’elle a laissé en Grèce.
Après cet échange, Hasu reste auprès de ses amis pour les aider à se relever, tandis que Shaka rejoint les deux Saints d’argent en difficulté.
 
La vue d’Aghora et de Shiva se trouble.
Cela fait la deuxième fois qu’ils sont repoussés par ce mur invisible instauré par Krishna.
Ils s’apprêtent à s’y jeter une nouvelle fois quand la voix de Shaka venue de derrière eux leur défend : « Arrêtez ! »
Les deux amis s’exclament en ch½ur : « Maître Shaka ! »
_ « Maha Roshini signifie en hindi Grande Lumière. Cet homme a pris la position parfaite du yoga et maitrise la Kundalini. Cette énergie lui permet de traverser ses sept chakras et abouti à la réalisation de soi. Hormis la perte momentanée de la vue causée par cette Grande Lumière, vous n’arriverez à rien et votre adversaire finira pour vous annihiler, en vous écrasant avec son cosmos de plus en plus grand. »
Krishna prend enfin la parole : « A ces sages paroles je peux reconnaitre le célèbre Shaka. »
Les deux disciples se regardent tout penauds : « Célèbre ? »
_ « Je me doutais bien que tu viendrais ici tôt ou tard, après tout tu n’en es plus à un mort près parmi ton peuple d’origine.
_ Je ne cherche pas le conflit, d’ailleurs la communauté thosienne est saine et sauve, je me refuse de faire souffrir des innocents. Rends-moi le rosaire de Bouddha et je te laisserai la vie sauve.
_ La vie sauve ? La vie sauve ! Combien de temps le restera-t-elle ? Si ce n’est Athéna qui ne cesse les guerres inutiles, ce sera tôt ou tard Hadès qui viendra posséder le libre arbitre de tout un chacun en instaurant un monde de mort ! Mon village a tellement souffert il y a plus de deux-cents-ans du Lost Canvas d’Hadès qu’aujourd’hui nous ne sommes plus qu’une vingtaine de thosiens. Athéna n’a jamais réussi à changer le monde, pire, elle accepte sa détérioration, en menant une vie en compagnie des hommes.
_ Crois-tu qu’une Terre dévasté par les dieux permettra au monde de mieux se porter ?
_ Je crois en l'avènement d’une nouvelle ère de paix qu’instaurera Poséidon. Le sacrifice de la race humaine entière m’est indifférent car aujourd’hui Athéna n’est pas à la hauteur. Les prises de positions du Sanctuaire en Egypte il y a quelques années et contre le dieu Shiva récemment, prouvent son incapacité à enrayer les misères de ce monde et montrent qu’elle ne peut rien contre la guerre, la maladie, la famine et la pauvreté. Malgré cela, je n’en veux pas spécialement à Athéna, ce monde est pourri jusqu’à la moelle, même toi Shaka, le chevalier originaire de l’Inde qui tue les siens en obéissant aux ordres d’Athéna lorsqu’il vient affronter le dieu Shiva sur sa terre natale. Toi aussi tu es victime de ce poison qui pervertit les hommes.
_ Je t’accorde que l’être humain s’acharne à détruire et à corrompre tout ce que la nature lui a offert. Toutefois, c’est parce qu’elle comprend les hommes et qu’elle les aime pour leurs qualités et leurs défauts qu’Athéna s’acharne à maintenir un équilibre de paix sur cette planète. Si demain cet équilibre instauré par Athéna se rompt, la planète plongera dans le chaos, c’est une vérité, tout comme le mal absolu ou la justice parfaite n’existe pas… »
Tout en poursuivant son discours, Shaka se positionne sur le sol, jambes croisées, une main tournée vers le ciel et l’autre vers le sol, paumes vers l’avant, afin d’atteindre le stade de l’harmonie parfaite : « … Chacun considère ce qui est bien ou mal selon ses propres critères. Les dieux Egyptiens et Shiva ont contesté l’autorité d’Athéna, l’autorité de ce que je juge être le bien. Je n’ai pas à justifier d’avoir affronté un des dieux de ma terre natale. Et tant que je raisonnerai de la sorte, j’éliminerai tout ce qui fait obstacle à ma déesse, y compris toi, qui aujourd’hui souhaite la priver d’un instrument essentiel à notre victoire contre Hadès lorsqu’il reviendra sur Terre. »
Le cosmos de Shaka illumine les cieux et dégage les nuages, la pluie cesse enfin : « Om ! »
La cosmo énergie dorée de Shaka continue de se dégager à tel point que l’effluve de son aura forme derrière lui une statue de Bouddha.
Cette même aura vient corroder le grand mur lumineux de Krishna qui se brise et le renvoie contre le sol, libérant au passage le rosaire de Bouddha de son bras gauche pour le laisser s’échouer sur le sable à égale distance entre lui et Shaka.
 
Un sourire malicieux se dessine sur le visage du Saint d’or qui se relève et avance doucement en direction du chapelet objet de toutes ces querelles.
Mais lentement, la Vierge perd son sourire, car il distingue ramper sur le sol le fidèle fanatique de Poséidon.
Shaka est le premier étonné : « Serait-ce… l’ultime cosmos ? Aurait-il réussi à survivre jusqu’ici grâce au septième sens ? Sa volonté d’honorer son empereur est tout à fait louable et c’est ce qui le pousse à se surpasser… Je dois en finir immédiatement. D’ici quelques mois, cet homme pourrait devenir l’égal d’un Saint d’or s’il poursuit dans cette voie. »
Le corps de Krishna est soulevé du sol indépendamment de sa volonté et est soufflé comme un fétu de paille : « Tu vas subir une attaque qui surpasse la connaissance humaine, une attaque où l’homme entrevoit dieu par le cosmos avant de succomber… La Capitulation du Démon va calmer tes ardeurs. Tenma Kofuku ! »
Une incroyable vague de cosmos frappe toute la surface du corps de Krishna ainsi que l’intérieur de celui-ci.
Le futur Général de Poséidon tombe inconscient dans la mer redevenue calme après la démonstration de force de Shaka.
L’ensemble de ses disciples se joignent à lui pour le féliciter et l’admirer.
Hasu ramasse le rosaire de Bouddha qu’elle vient enrouler avec délicatesse autour du poignet de son professeur qu’elle admire avec des yeux débordant de passion.
 
Au loin, les prêtres sortent de la forêt pour profiter du soleil et afficher une mine enjouée en constatant la victoire athénienne.
 
Le mouvement marin rapporte sur la plage le corps sans vie de Krishna ce qui satisfait le Saint d’or qui lève la tête vers le ciel : « Il est temps pour le rosaire de Bouddha de regagner la maison de la Vierge et pour nous de retourner auprès d’Athéna. »
Malgré les nombreux blessés, tous rient en entendant cette annonce.
Le pèlerinage est fini…


De son côté, à Jamir, dans la grande tour sans porte, à l’étage au-dessus duquel la paisible Médée poursuit son sommeil profond, Mû presse les tiges de l’Epaphos desquels s’écoule une sève qu’il mélange aux pétales dorés de la fleur dans une écuelle.
Il ne prend pas le temps de soigner ses plaies et concentre tous ses efforts dans la mixture qu’il s’en va prodiguer à son épouse.

Il en souille de ses pieds sales le grand tapis qui couvre la quasi-totalité de l’archaïque plancher de cette antique bâtisse.
Il emprunte un vieil escalier de bois pour rejoindre sa belle.
Le Muvien ôte le masque, encore endommagé, de la jeune femme après son combat contre Fyodor.
Il essuie la sueur qui perle du front de sa bien-aimée avec une serviette humide et chaude, qu’il a trempé au préalable dans l’immense marmite suspendue au-dessus du grand feu de cheminée qui illumine la pièce.
Ainsi, il dégage les mèches vertes de son front où sont présents deux points de même couleur, symbole de leurs origines communes.
Ses doigts lavés dans l’eau bouillante, Mû les glisse sur le visage de Médée dont il écarte les petites lèvres charnues pour y amener le bol et la forcer à boire.
Puis, le Tibétain reste de longues secondes à épier le moindre mouvement…

Malheureusement, ce qu’il espère ne se produit pas et elle reste immergée dans son sommeil.
Abattu par cela et affaibli par son âpre combat contre Io, Mû s’essuie le corps avec la serviette encore chaude.
Il rejoint son épouse, s’allonge à ses côtés et la serre fort dans ses bras.
Epuisé et déboussolé, il cherche le sommeil dans cette couche en osier.
Il le trouve en se laissant guider, par un délicat baiser…


Médée, revenue peu à peu à elle, l’observe avec admiration de ses grands yeux rosâtres.
La magnifique Muvienne prononce d’une voix envoutante : « Dors à ton tour mon amour… Que ma passion pour toi te conduise au pays des rêves et te ramène à une réalité que tu as encore bonifiée en cette journée où je suis revenue en ce monde, grâce à toi. »
 
 
Devant le village de Thosa, sur la côte ouest du Sri Lanka, les nuages approchent à nouveau le rivage.
La plage est désormais jonchée des cadavres thosiens.
L’eau a beau rester calme, les vagues attirent vers elle le corps de Krishna au lieu de le repousser sur le sable.
Brusquement, une vague d’un demi-mètres inonde toute la plage et ne repart à la mer qu’après avoir dérobé totalement le futur Marina.
 
Tandis qu’en Grèce les troupes d’Athéna se rejoignent au Port du Destin après avoir débarquées incognitos en Crète, Kanon poursuit dans l’ombre l’enrôlement dans l’armée de Poséidon d’éléments qui se découvrent des facultés de plus en plus proches de celles des Saints d’or…
« Last Edit 22 May 2021 à 16h26 »

Offline Kodeni

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Cette version du chapitre 17 est une version rééditée de la publication originale du 20 décembre 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.