Chapitre 13

Chapitre 13
 
Tandis que la bataille fait rage au Sanctuaire, un allié de poids manque à l’appel.
En effet, ayant obtenu l’autorisation du Grand Pope pour partir en compagnie de prêtres du Sanctuaire et de quelques disciples en pèlerinage, Shaka sillonne l’Asie du sud pour y prêcher la bonne parole en l’honneur d’Athéna.

Au sud-est de l’Asie centrale, en Himalaya, sa cohorte se trouve dans une région montagneuse à la frontière de la Chine et de l’Inde.
Elle s’arrête là où l’oxygène se raréfie.
Les tibétains eux-mêmes ne s’aventurent jamais au sommet.
Ce territoire, Jamir, culmine à près de six mille mètres d’altitude.
 
Au bas des montagnes himalayennes, là où les gens cessent leur ascension, une foule venue à dos de mules, de bovins ou de vieux véhicules motorisés se dispersent sur un marché immense.
Paysans, touristes, moines, occidentaux et orientaux, se laissent séduire par les spécialités locales. L’agriculture de l’orge, du blé, du seigle et des pommes de terre est très prisée par les paysans tout comme le coton le chanvre et le soja.
Les éleveurs prennent plaisir à y trouver de nombreux animaux pour leurs élevages personnels, comme les yacks, les moutons et les chameaux.
Quelques alcools locaux ainsi que l’artisanat comblent les touristes du monde entier.
 
Dans une ruelle finissant en cul-de-sac, une trentaine d’hommes sont prosternés, les deux genoux à terre et le visage contre le sol.
Une dizaine d’autre au teint pâle et de type européen est debout à discourir.
Vêtus de toges blanches, ceinturées à la taille par un ruban rouge, ils prononcent tour à tour quelques éloges à Athéna, en avançant et en reculant devant l’assemblée dans leurs spartiates.
Parmi les gens courbés, les femmes sont vêtues d'une pièce d'étoffe qui se drape et s'ajuste au corps sans aucune attache, un sari, costume traditionnel des femmes indiennes.
Sous leurs saris, certaines femmes portent, comme les hommes, des sarouels, pantalon dont la forme ample et bouffante est accentuée par un entrejambe bas.
Derrière les prêtres, un homme assis en position du lotus.
Les cheveux longs blonds, portant entre les sourcils un petit point fait de cendre rouge et de poudre de riz, un tikkaf, Shaka garde les yeux clos.
Le drap qui l’habille passe comme une écharpe descendant de son épaule droite à sa hanche gauche. Il se libère totalement, arrivé à la taille pour descendre jusqu’à ses genoux comme une jupe.
Un des prêtres athéniens s’approche de lui et lui souffle à l’oreille : « Seigneur Shaka, j’ai l’impression que cette année plus qu’une autre, notre pèlerinage sur les pays formant le système himalayen est un succès. Sur notre route le nombre de fidèles à Athéna n’a cessé de croitre. »
Le beau chevalier d’or répond d’un ton monocorde.
_ « La victoire athénienne contre le dieu Shiva et l’occupation de nos forces armées sur le domaine du dieu ont accrus la position de force d’Athéna. Sa suprématie est reconnue auprès des peuples opprimés qui voient en elle un élan d’espoir, d’amour et de liberté.
_ Il faut dire, que vos élèves véhiculent également une image forte, du pouvoir athénien. Lors de notre retour au Sanctuaire, notre grand pontife sera fier du résultat de notre voyage.
_ Le Grand Pope souhaite avant tout s’assurer par notre voyage que le domaine de Shiva et le peuple y vivant ont abandonné leurs envies de rébellion contre Athéna, en embrassant son pouvoir. C’est chose faite. Désormais, notre mission est terminée et elle s’achèvera, lorsque nous aurons présenté nos v½ux au grand Mû qui vit au c½ur de ces montagnes. »

Le dernier prêtre achève les prières et invite les fidèles à retourner vaquer à leurs occupations, tout en gardant foi en Athéna.
Parmi ces croyants, une douzaine vient rejoindre Shaka, tandis que le reste regagne l’allée principale et se disperse sur le marché.
La douzaine d’homme et de femmes inclinent légèrement la tête en arrivant à hauteur de leur maître Shaka. Celui-ci décroise les jambes et se redressent à son tour : « Mes chers élèves, notre retour au Sanctuaire se fera dans quelques jours. Pour une minorité d’entre vous, ceux qui se sont présentés à moi et se sont montrés dignes de devenir mes disciples durant ce pèlerinage, il s’agira de votre première entrée dans le domaine sacré. Nous étions sept disciples de Bouddha, lors de notre départ de Grèce, nous serons onze à notre retour. Là-bas, un entraînement ardu nous attend, alors avant celui-ci… »
Le visage fermé du mystérieux Saint se décrispe et affiche un sourire décontracté, faisant abandonner le ton monocorde emprunté jusque maintenant et laissant finir sa phrase d’une humeur plus conviviale : « … je vous propose de visiter ce marché réputé pour la qualité de ses produits locaux. »
N’écoutant que leurs joies d’être là, la troupe, en partie les six prêtres d’Athéna qui la composent, presse le pas, rejoint l’allée principale et s’engage dans ce marché infiniment grand…
 

Tandis que les prêtres attendent depuis maintenant une heure à la sortie du marché, Shaka et ses élèves, prennent le temps de se promener.
Devant un stand où sont étalés divers objets à l’effigie de Bouddha, une jeune femme fixe avec admiration de ses grands yeux bleus une statue.
La voix calme et impériale de son maître Shaka lui empourpre les joues : « Quel bel objet n’est-ce pas Hasu ? »
La jolie jeune fille vêtue d’une longue robe blanche fendue dès le haut de sa cuisse gauche se retourne.
Quelques mèches de ses longs cheveux châtains tombent sur ses épaules tandis qu’elle dirige sa tête dans la direction de son maître.
Aussitôt, une question traverse l’esprit de cette jolie demoiselle : « comment peut-il reconnaître la beauté d’une chose alors que ses yeux sont clos ? »
Sans réponse à cette interrogation, elle reste figée sur son visage calme jusqu’à ce que Shaka, ressentant le malaise, se racle la gorge. Hasu se reprend immédiatement : « Effectivement Seigneur Shaka, il s’agit ici d’une belle représentation de Bouddha. »
Alors qu’elle choisit de s’en emparer pour l’acheter, Shaka exécute le même mouvement.
A cet instant, leurs mains se frôlent, faisant parcourir chez Hasu un frisson incroyable qui la fit basculer l’espace d’un instant au paradis.
Les joues de la jeune Grecque s’empourprent aussitôt, alors que le reste du groupe les rejoint à l’approche de la sortie de cette immense foire.
 
 
Plus loin devant, les deux meilleurs disciples de Shaka, choisissent de stopper leur avancée.
Le premier, Aghora, plus grand et plus imposant que le second, fronce ses épais sourcils aux couleurs de son opulente chevelure rose foncé.
Il écoute ce que raconte un marchand de tapis.
Le colosse se gratte le front à hauteur de son tikka, situé juste au-dessus de ses deux yeux tant il est perplexe.
Son camarade, Shiva, qui marche pieds nus sur le sol rocailleux, remonte son pantalon et son long sari bleu azur, pour tremper ses pieds dans l’eau d’une fontaine. Ses petits yeux bleus, observent avec méchanceté le pauvre commerçant, tandis qu’il l’incendie de sa voix aigüe : « Lui as-tu indiqué la direction à suivre ? »
Le malheureux répond d’une voix tremblante : « Oui. Je lui ai dit que la direction de Jamir était là-haut dans les montagnes. Avant qu’il ne parte je lui ai rappelé qu’il s’agit d’une légende et que tous ceux qui sont partis à la recherche de Jamir n’en sont jamais revenus ! »
Aghora, uniquement couvert d’un drap habillant à moitié son torse athlétique et ne descendant qu’à hauteur de sa taille jusqu’à ses genoux, réplique alors.
_ « Dans ce cas pourquoi sembles-tu si inquiet ?
_ Parce qu’il semblait vil et cruel…
_ A quoi ressemblait-il ?
_ Je ne saurai l’expliquer, il était habillé d’une épaisse soutane à capuche aussi sombre que les abysses. Quelques mèches de ses cheveux aux reflets pourpres descendaient jusqu’au bandeau qui couvrait son ½il droit. Le timbre de sa voix ressemblait à un cri d’angoisse. Dès qu’il ouvrait la bouche, nous tous ici avions l’impression qu’il ouvrait la porte des ténèbres… »
 
Quelques passants, écoutent les propos du vieil homme et pressent le pas, croyant entendre les dires d’un fou.
Au stand faisant face à celui du vendeur, un visiteur observe une silhouette descendre avec difficulté les montagnes.
Tout en écoutant avec attention le vieil homme, il ne lâche pas des yeux un mystérieux grimpeur qui, au lieu d’utiliser un chemin, somme tout assez classique comme on en trouve encore à cette altitude, espère ne pas attirer l’attention d’autrui en empruntant un itinéraire dangereux.
Les longs cheveux blancs de l’observateur descendent jusqu’à son postérieur tandis que seules quelques mèches couvrent le sommet de son crâne pour former une crête.
Torse nu sous son gilet sans manche de couleur crème, ne portant qu’un large sarouel, Krishna arbore sa peau noire et son torse bien dessiné avec une fierté fort dissimulée.
 
Shiva remarque le trouble causé aux touristes et choisit d’en rester là.
Il s’approche du vieillard et le pointe du doigt : « Ta peur te rend vulnérable. En agissant de la sorte, tu contamines les êtres qui t’entourent. Alors cesse de raconter cette histoire à de parfaits inconnus qui n’ont aucune connaissance de la légende de Jamir. Sans quoi ce sera moi qui te conduirai jusqu’à la porte des ténèbres. »
Aghora joint ses deux mains paume contre paume et parle posément : « Ca suffit Shiva, laissons cet homme être ronger par ses craintes. Notre voyage est encore long… »
 
Tandis que Shiva et Aghora s’éloignent, Krishna continue d’observer le marchand qui tremble encore de tous ses membres.
Il s’approche du craintif vendeur et pointe du doigt une vieille lance, dont la pointe est plus émoussée qu’acérée : « Combien pour la lance ? »
Le commerçant se retourne vers la seule arme dont il dispose dans son magasin et regarde penaud le futur Général de Poséidon : « Mon garçon, cette lance n’est pas à vendre. Tu trouveras sur ce marché de biens meilleurs armes en bien meilleur état. J’ai hérité de cette lance il y a une trentaine d’année, en même temps que j’ai repris le commerce de mon père. Je la garde avec moi au cas où… »
Krishna lit dans les yeux de cet homme triste beaucoup de peine.
La crainte causée par ce mystérieux visiteur, curieux de découvrir Jamir, mêlée à sa solitude journalière, n’a pas arrangé son esprit tourmenté.
Krishna lève les yeux en l’air pour ne pas perdre de vue l’étrange alpiniste qui quitte la montagne.
Il défait ensuite un lacet de cuir reliant à sa ceinture une bourse qu’il déverse devant les marchands : « C’est cette lance que je souhaite avoir. »
Le vieillard hésite toujours jusqu’à ce que Krishna se penche vers lui et lui murmure à l’oreille : « Moi je vous crois et c’est avec cette lance que je vais retrouver et tuer cet envoyé du mal ! »
 
 
A la sortie du marché, Shaka, Hasu, les autres disciples et les prêtres rejoignent Shiva et Aghora là où commence un chemin sinueux.
Shiva et Aghora rapportent les propos du vieux marchand à leur maître qui devient soucieux : « Ce chemin de fortune s’arrête dans quelques mètres pour déboucher sur un plateau en pleine altitude. A partir de là, il faut escalader durant des heures des roches aussi coupantes que le silex tandis que l’oxygène diminue. A mesure que la montée s’effectue, une brume épaisse brouille les repères de ceux qui ont réussis à survivre jusque-là. Les organes se compriment à cause d’une énergie incroyablement puissante dégagée par la montagne, faisant du moindre effort un supplice atroce. Seuls les êtres doués d’un cosmos déjà bien éveillé peuvent parvenir à surmonter cela et à atteindre la seule direction vers laquelle dirigent toutes ces épreuves, le cimetière des armures. C’est là que reposent les cadavres desséchés de ceux qui ont maitrisés toutes les épreuves mais qui ne se sont pas montrés suffisamment dignes de pouvoir gagner Jamir… »
Shaka interrompt son discours quelques instants pour reprendre son calme mythique.
Il achève enfin sa phrase : « … J’ai du mal à croire qu’un illustre inconnu soit parvenu à surmonter tous les obstacles. A moins que d’autres forces divines maléfiques se soient éveillées après les dieux Egyptiens, les Titans, Arès, Eris et Shiva… »
Aghora fait une fois de plus la fierté de son maître en prenant une initiative très attendu par le chevalier d’or : « Dans ce cas pressons le pas ! »
Et Shiva de surenchérir : « Oui, le Seigneur Mû rencontre peut-être des soucis. »
 
 
Sur les pentes sud de l’Himalaya, à proximité de la frontière népalaise, plusieurs heures se sont écoulées depuis que l’inconnu a réalisé son ascension vers Jamir.
L’homme encapuchonné qui a inspiré tant de souffrances au marchand redescend depuis un autre versant de la montagne.
Il a parcouru des centaines de kilomètres en l’espace de si peu de temps.
Sa tenue est bien moins fringante que celle décrite par le vendeur au pied de la montagne himalayenne. Elle est désormais arrachée de toute part, laissant apparaître par-dessous la tenue non moins ténébreuse de ce borgne, un pantalon, des bottines et un maillot à manches longues, tous d’un noir abyssal.
Un cours d’eau longe le chemin qu’il emprunte désormais à faible allure.
Essoufflé, il choisit de se rafraichir quelques instants, tout en observant le reflet de son visage dans l’eau.
Absorbé par son teint pâle, il revit les derniers instants avant son départ pour Jamir…
 
Flashback
Deux jours plus tôt, le 2 mars 1985, Katmandou, capitale du Népal.
Située au c½ur d’une vallée fertile, dans la partie sud-est du pays, Katmandou est la ville la plus peuplée du pays.
Cet état à la politique instable, souffre d’un faible développement économique.
Rares sont les habitations luxueuses qui survivent aux nombreuses révolutions menées par les népalais, mécontents de leurs conditions de vie.
C’est dans une de ces adresses qu’un homme, encapuchonné et armé d’une faux, menait le pas à deux autres individus, des paysans au vu de leurs accoutrements.
Ils s’avançaient dans les jardins non entretenus et à la verdure pourrissante d’un domaine à l’abandon.
Au milieu de cette cour, au sommet d’une fontaine au ciment rongé par les ronces, siège une statue de Garuda qui fît frémir l’un des deux inconnus.
Le guide suggère : « Tu sembles inquiet par l’esprit de mort qui règne ici… »
Le paysan gonfla son torse et aspira un grand coup pour répondre avec ferveur : « La mort ne m’effraie pas, c’est une délivrance… »
Son camarade renchérit : « Oui ! Une délivrance que nous sommes prêts à offrir au monde entier… »
Le meneur apparemment satisfait par ces réponses s’engouffra dans la demeure abandonnée.
L’intérieur est sombre.
Les murs désagrégés par la crasse et la suie.
Le sol couvert de meubles anciens renversés, brûlés.
L’odeur de l’urine laissée par quelques sans-abris infectait les lieux et se mêlait à celle de quelques cadavres en putréfaction.
Malgré les relents, les deux recrues se donnaient l’air d’être insensibles à cette rebutante ambiance. La voix du guide était amusée : « Encore des malheureux qui ne savaient où se loger… »
Il écarta un corps qui semblait vouloir en protéger d’autre.
Ainsi il libéra des enfants décédés de la couverture que voulait faire leur père de son corps pour les protéger, ce qui rendit le guide hilare : « … Heureusement, notre garde, l’un des plus redoutables guerriers de notre troupe, Fyodor, a offert la délivrance à ces malheureux. Aujourd’hui ils vivent sans avoir conscience de ce qu’est la faim, le froid et la peur dans le monde du bienveillant Seigneur Hadès… »
Ensemble, les trois hommes s’enfoncèrent dans ce gigantesque taudis et débouchèrent sur un immense salon tout aussi délabré que le reste de la demeure.
Un trou assez large pour ne faire passer qu’un homme à la fois et d’une profondeur insondable se situe sur le sol aux dalles de béton craquelées.
De ce trou, un champ de mort jaillit et inquiéta enfin suffisamment les deux recrues.
Le guide s’y avança tout en leur racontant une vieille histoire : « Le chef de notre armée d’adeptes à Hadès a fui ce domaine en 1979 lors d’une émeute antimonarchiste. Il était le fils d’un haut dignitaire du gouvernement. Il vit son père et ses frères se faire assassiner sous ses yeux, tandis que sa mère et ses s½urs se firent violer et égorger. Durant des années, il s’isola dans les montagnes et chercha un moyen de revenir plus fort pour reprendre ce qui lui appartenait et ainsi redorer le nom de sa famille. Sans cesse, il réfléchissait à la folie des hommes et ce à quoi elle pouvait mener. Il se mit à rêver d’un monde où seul un dieu pourrait dominer et dicter les lois, dans un univers où la souffrance et la tristesse n’existeraient plus, un monde utopique, qu’il croyait impossible à réaliser jusqu’à ce qu’il revienne ici. En effet, après avoir acquis la maitrise de sa cosmo énergie, force qui réside en chacun de nous et qui nous appartient de développer, il rentra à Katmandou. De rage, après la découverte de ce qu’il restait de cette terre de paradis, pillée et brulée, qu’était autrefois sa demeure, il frappa le sol de son poing vengeur à cet endroit même. Le destin, du moins la volonté d’Hadès, fit qu’il découvrit ce passage qui débouche dans de vieilles catacombes condamnées depuis des siècles. Avec une torche qu’il s’était confectionné, il s’avança dans les ténèbres et reconnu les ossements d’un homme portant une armure sombre et qui tenait contre lui un recueil. L’héritier passa plusieurs jours et plusieurs nuits sans manger. La lecture des récits de ce guerrier le passionnait et le convainquit que son utopie n’était pas irréalisable car elle était celle d’un dieu vénéré, le seul capable de sauver notre planète, Hadès. Il s’agissait des écrits d’un Squelette, un soldat de basse condition dans les rangs d’Hadès. Le Squelette se réfugia ici en 1743 après être gravement blessé lors de la bataille finale menée contre les Athéniens qui gouvernent encore ce monde aujourd’hui et qui sont responsables du calvaire que vous menez actuellement. Avant de mourir, il acheva le récit de sa vie et les moindres détails de ce que fut son incorporation dans l’armée d’Hadès. Tous les deux cents ans, Hadès, ses Juges et ses Spectres, se réincarnent sur Terre pour tenter de renverser la responsable de cette hécatombe mondiale qu’est Athéna. Certains hommes, vaillants, volontaires et envieux de vivre dans l’avenir que souhaite offrir le bien-aimé Seigneur Hadès intègrent alors son incroyable armée comme c’est votre cas aujourd’hui. »
Le guide prit ensuite son élan et se laissa tomber dans le trou.
Les deux recrues se retournèrent l’une vers l’autre et d’un hochement de tête simultané, comme pour approuver leur engagement envers Hadès, ils suivirent leur gourou …
 
Après une chute de plus de quatre mètres, les deux néophytes se réceptionnèrent sur leurs deux jambes, juste sous les yeux d’un homme aux yeux aussi bleus que ses cheveux.
A côté de ce Népalais d’un mètre-quatre-vingt-six, le guide, accroupi, somma les deux hommes de s’agenouiller : « Courbez-vous soldats d’Hadès ! Vous vous tenez face à l’héritier de ce domaine, le Seigneur Eaque ! »
Eaque fixa les deux paysans avec un plaisir non dissimulé.
Vêtu d’un simple pantalon et d’un maillot turquoise, il pivota la tête en direction du guide qu’il félicita : « Survivre à un saut de cette hauteur ne signifie qu’une chose : il s’agit d’êtres qui, même si c’est de façon infime, ont une maitrise de leur cosmos… »
Le futur Juge tendit son bras vers les profondeurs du sous-sol où d’autres hommes s’affairaient. Certains s’entraînaient, d’autres discutaient tandis que quelques-uns torturaient des guerriers d’autres contrées.
_ « … Nous approchons la cinquantaine de fidèles. Parmi eux, de futurs Spectres sommeillent tandis que d’autres attendent notre départ en Allemagne pour enfin entrer dans les rangs des Squelettes. Avant cela, une dernière mission de haute importance doit être menée. En attendant, je vous laisse prendre vos marques, en compagnie de vos compagnons d’armes ! »
Le guide et ses deux convives, se mêlèrent donc à la masse et laissèrent l’un des futurs Juges rejoindre la troupe des bourreaux qui questionnaient plusieurs hommes enchaînés et violentés.
 
Eaque posa sa main sur un robuste guerrier qui tient une cisaille dans les mains : « Alors Fyodor ! Que nous dis ce messager athénien ? »
Le fameux alpiniste de Jamir qui porte un cache-½il droit grommela : « Il n’est pas aussi bavard que ce soldat de Shiva… »
Il pointa du doigt un guerrier totalement dévêtu, marqué au fer et fouetté sur l’ensemble de son corps. Chacun de ses doigts avait été sectionné et ses yeux percés : « … il faut dire que les Kshas de Shiva connaissent mieux la région que les Athéniens. Mais vu que l’armée d’Athéna occupe depuis de nombreux mois les terres de Shiva, je les aurais crus plus au fait des légendes du coin. »
Le courageux soldat athénien qui avait été kidnappé en même temps que son rival Ksha par les hommes d’Eaque répondit avec opiniâtreté : « Quand bien même je saurai comment me rendre à Jamir, je préférerai plutôt mourir que de trahir Athéna. »
Eaque fixa le prisonnier en affichant un sourire perfide : « Courageux soldat ! Toutefois, si tu n’as rien de plus intéressant à dire, et afin d’éviter que tu puisses évoquer ce que tu as vu ici, si par miracle tu parvenais à t’enfuir comme notre dernier invité… »
A l’entente de cet évènement, Fyodor baissa honteusement la tête, tandis que son supérieur poursuit sa phrase : « … il n’est donc plus utile que tu gardes ta langue ! »
Fyodor, comme pour se racheter, saisit aussitôt une pince pour exécuter la volonté de son maître…
 
Après quelques secondes de hurlements atroces, agacé par les cris de douleur de sa victime, Fyodor l’assomma en le cognant violemment au crâne avec son outil diabolique.
Fyodor passa sa main dans ses cheveux noirs aux reflets violacés afin de dégager son ½il gauche, le seul encore apte à lui offrir la vue de ce si cruel spectacle.
Lorsqu’il se tourna vers Eaque, celui-ci lui présenta déjà une soutane noire à capuche : « Les rares informations que nous avons réussi à glaner nous suffisent. Tu es le meilleur de mes hommes. La quête que je te confie est déterminante pour notre avenir. C’est le dernier acte avant notre départ. Tu as été le gardien de notre repère, tout comme tu te vois être le gardien du monde des enfers. Spécialiste de la torture et de la brutalité, personne d’autre que toi n’est plus à même de quitter son rôle de sentinelle afin d’accomplir cette mission pour laquelle tu as toutes les qualités requises… »
Parmi ceux et celles qu’Eaque a réunis dans sa milice, cinq femmes viennent prendre des mains du Garuda la soutane.
Elles l’ajustent sur le corps de Fyodor tandis que celui-ci écoute attentivement son maître : « … A ton arrivée au Népal il y a des années, tu cherchais un sens à ta vie, désormais tu l’as trouvé en voulant purifier cette planète de la présence des dieux hostiles à l’utopie d’Hadès… »
Eaque ne cesse de passer rapidement les pages du recueil du Squelette de 1743 sans jamais les regarder et explique : « … La Chine, la terre scellée… C’est là-bas que se trouvent les réponses à nos questions. Comme le dit cet ouvrage, c’est dans cette tour que sont prisonnières nos véritables forces et nos âmes. Des âmes vulnérables depuis cette bataille de 1743, où est apparu le mala maléfique. La légende prétend que ce chapelet a été créé par les dieux, pour repousser les forces du mal mais la réalité est toute autre ! Il y a quelques semaines, lorsque je suis parti en Chine pour découvrir de mes propres yeux cette tour qui nous retient prisonniers des sacrilèges d’Athéna, j’ai eu une absence durant laquelle je me voyais à différentes époques face à nos ennemis de toujours. C’est là que j’ai découvert que cet objet de malheur n’était qu’une invention d’un Saint d’or qui parvint grâce à son cosmos à transformer l’arbre de vie du royaume d’Hadès en prison pour nos âmes ressuscitées si nous venions à perdre la vie… »
Eaque stoppa quelques instants son discours et versa une larme, les yeux rivés vers le ciel.
Il se tint droit, d’un air solennel semblant en rajouter beaucoup pour accentuer le drame que cela représentait aux yeux des Spectres.
Fyodor l’interrogea : « Pardonnez ma question Seigneur Eaque. Pourquoi durant votre périple en Chine vous n’avez pas libéré nos âmes de la terre scellée ? »
Toujours aussi sur-jouée, la réponse d’Eaque fut pleine de chagrin : « J’aurai voulu… Mais un puissant cosmos athénien veille sur les environs. Un Saint d’or très certainement. Tant que mon âme sera enfermée dans cette tour, je ne pourrais pas lui faire front… »
Puis, subitement, Eaque afficha un sourire machiavélique et annonça joyeusement : « … Heureusement, à l’approche de la tour, j’ai senti mes réelles forces communiquer avec mon cosmos pour faire résonner dans mon esprit : « emprunte la source des ténèbres sur terre » … »
Fyodor répéta tout penaud, en se laissant encapuchonner par les femmes qui quittèrent ensuite les parages : « Qu’est-ce que cela peut bien signifier « emprunte la source des ténèbres sur terre » ? »
Eaque éclata de rire.
_ « L’Allemagne !
_ L’Allemagne ?!
_ Fyodor, mon brave, pourquoi crois-tu que depuis mon retour je ne cesse d’envoyer nos hommes en mission pour me rapporter les faits de ce monde ?
_ Entre guerres civiles, attentats, meurtres, dictatures totalitaires… les quatre coins du globe regorgent de source des ténèbres !
_ Mais il n’y a qu’un seul lieu où les gens n’osent plus aller, un seul lieu où toute source de vie s’éteint à l’approche de ce secteur, fut-il pris d’un fou-rire psychotique. Un manoir abandonné depuis maintenant douze ans en pleine forêt allemande. Des faits si incroyables s’y sont produits, qu’aujourd’hui il est devenu une légende urbaine. Le château d’Heinstein.
_ Le château d’Heinstein ? C’est donc là-bas que se réunira l’armée d’Hadès lorsque le sceau d’Athéna perdra son efficacité.
_ Exactement ! Et quelle meilleure place pouvons-nous espérer avoir auprès de notre maître si nous nous emparons de l’objet qui a réduit à mal nos forces lors de la précédente bataille selon toi ? »
Eaque fait de grands signes de mains pour dessiner ce qu’il raconte : « Jamir… Vestige d’une civilisation disparue… Les écrits du Squelette rapportent que là-bas s’est jouée une bataille décisive entre notre maître et Athéna et que c’est le peuple de Jamir qui est aujourd’hui en possession de ce mala… »
Flashback
 
Fyodor revient à lui et sort de sa soutane déchirée le mala aux 108 perles toutes d’une teinte noire. Il contemple le chapelet et murmure : « Chaque perle est obscure. Cela signifie que les 108 Spectres sont morts… Du moins, ils ne sont pas revenus à la vie… »
Une voix qui lui est familière parvient jusqu’à lui : « Et ils n’y reviendront pas ! »
Sans se retourner, Fyodor déclare : « Je reconnais cette voix, c’est celle du seul homme qui a réussi à échapper à mes interrogatoires. »
Krishna se montre alors : « Au Sri Lanka, où je suis né, j’ai entendu des rumeurs comme quoi les Kshas, des chevaliers sacrés indiens qui existent depuis la nuit des temps, affrontaient les forces d’Athéna dans le Panthéon de Shiva. Seul un être doté d’une cosmo énergie suffisamment développée peut prétendre y pénétrer. J’ai donc abandonné mon village natal, où je m’exerce depuis ma plus tendre enfance, pour vérifier si les légendes étaient fondées. Encore plus maléfique qu’Athéna, qui est venue détruire un panthéon qui doutait de la légitimité de ses décisions, j’y ai découvert le complot d’hommes d’Hadès et me suis laissé volontairement enlevé pour en apprendre plus… »
Fyodor se retourne enfin et fixe de son seul ½il, le Sri Lankais armé de sa lance émoussée qui persiste à dévoiler son plan.
_ « … Quand j’ai compris que le projet d’Eaque était de subtiliser le mala, j’ai étudié vos moindres faits et gestes avant de m’enfuir et de te prendre en chasse.
_ Même si tu parvenais à me prendre cet objet, qu’espères-tu en faire ? Tu n’es pas assez fort pour le détruire. Quant à ton dieu Shiva, il ne s’est jamais réincarné et ses forces armées sont aujourd’hui sous la haute surveillance des hommes d’Athéna. Il ne te serait d’aucun secours.
_ Tu te trompes, Shiva n’a jamais été le dieu pour lequel je risquerai ma vie. Il n’est plus jamais apparu à ses fidèles depuis des millénaires. Aujourd’hui il est victime de sa faiblesse et même avec les meilleurs moyens, il ne parviendrait pas à sauver le monde des hommes qui l’habitent.
_ Nous sommes donc d’accord sur un point. Alors joins-toi à nous !
_ Hadès promet à l’humanité son contrôle sur elle en faisant de la terre son royaume des morts. J’ai du mal à croire que même sous la volonté d’un dieu, un homme puisse réellement oublier sa nature.
_ Tu doutes des capacités de mon Seigneur ! Je t’aurai fait ravaler tes blasphèmes si je n’étais pas si pressé ! »
Fyodor tourne les talons et s’empresse de reprendre la direction de Katmandou.
Quand tout à coup, la lance achetée par Krishna lui érafle la joue.
Fyodor fait volte-face et découvre Krishna qui est déjà près de lui.
_ « Tu es donc aussi rapide que moi.
_ Je n’ai pas l’intention de te laisser partir avec ce présent. »
Fyodor soupire et se résigne.
Il fait face à son adversaire, range le mala à l’intérieur de son maillot noir et arrache sa soutane avant d’adopter une pose de combat…
 
 
Au même moment, à l’approche de Jamir, l’équipe de Shaka presse le pas.
Le Saint de la Vierge semble inquiet pour son ami et n’a de cesse d’encourager le peloton, qu’il dirige depuis la queue, à aller plus vite.
Cependant, le brouillard est devenu si épais que personne ne peut voir où il met les pieds, l’oxygène s’est raréfié et voici qu’un troisième prêtre est pris de malaise.
Tandis qu’un fidèle de Shaka prodigue des soins en créant un filtre à partir des plantes qu’il a achetées sur le marché, Shiva et Aghora qui mènent la marche sont pris d’un terrible doute.
_ « Depuis quelques mètres, j’ai le sentiment que le sol craquèle sous mes pas, suspecte Shiva.
_ Oui, de plus, j’ai l’étrange sensation que nous sommes observés par… par… par la mort… »
Shiva s’accroupit et balaie de sa main le brouillard qui l’empêche de distinguer sur quoi il marche. Lorsqu’il identifie ce qu’il croit être un ossement, il se redresse subitement : « Je crois que nous sommes arrivés à Jamir. »
Shaka se joint à ses deux élèves les plus méritants, paume de main contre paume et rectifie : « Non, nous ne sommes ici qu’aux portes de Jamir, là où de nombreux chevaliers de tout ordre, de tous dieux, venus faire réparer leurs armures ou s’emparer de cette terre, ont été vaincus par les cosmos fantomatiques de ceux déjà défaits. Nous sommes là où il faut avancer tout droit pour franchir les obstacles, nous sommes au cimetière des armures ! »
Des esprits se forment et s’agitent autour d’eux pour les questionner.
_ « Où allez-vous imprudents, entame un premier ?
_ Vous êtes à la frontière de Jamir, le territoire des héritiers du continent de Mû, atteste un second.
_ Partez si vous tenez à la vie, menace un troisième.
_ Ames délaissées, suivez la lumière qui guide mon cosmos et partez vers un monde de paix, irradie les environs de son cosmos doré Shaka.
_ Qui êtes-vous, s’étonne le premier esprit ?
_ Je suis Shaka Saint d’or de la Vierge. Je guide mes disciples et les prêtres du Sanctuaire d’Athéna jusqu’à mon ami Mû.
_ Un chevalier, des élèves et des prêtres. Il y avait bien longtemps que nous n’avions pas eu telle offrande ! »
Les esprits tournoient à grande vitesse autour du groupe apeuré qui se rassemble jusqu’au Saint d’or.
A mesure qu’ils tournoient, l’ensemble des ossements se réunifient et endossent les armures détériorées qui leurs appartenaient.
Une centaine de chevaliers squelettes bloquent l’accès et quelques-uns les encerclent.
Shiva se met en position de combat : « Des esprits fantomatiques n’est-ce pas ! Pff… Laissez-nous faire maître Shaka, ne vous salissez pas les mains pour ce genre de travail. Les esprits ça nous connaît Aghora et moi. »
Aghora s’assied jambes croisées sur le sol, les deux mains dans le giron avec les paumes vers le dessus et les pouces qui se touchent : « Mon « moi » intérieur est libéré de mon égo. Je suis prêt à entrer en méditation et à accroitre ma force de concentration. »
Sous le regard admiratif d’Hasu et du reste de la troupe, le cosmos d’Aghora l’aide à se lever du sol, tandis qu’un chant résonne dans l’atmosphère.
Les chevaliers-squelettes qui entourent les Athéniens se jettent en avant, alors que la cosmo énergie qui gravite autour d’Aghora ne cesse de s’accroitre.
Alors qu’ils fonçaient à la vitesse du son, les chevaliers-squelettes, ralentissent davantage malgré eux de seconde en seconde.
Shiva en profite pour se jeter au corps à corps : coups de poings, de coudes, pieds en avant, retournées acrobatiques, coups de tête et ippons repoussent les ennemis alentours.
Les chevaliers-squelettes qui barrent maintenant la route s’interrogent : « Comment se peut-il que nos forces ne cessent de diminuer ? »
Le cosmos rosâtre d’Aghora crée maintenant une bulle qui englobe les siens en même temps que des effluves frappent les chevaliers-squelettes qui leur barrent le passage.
De sa voix aigüe Shiva annonce sa victoire : « Mon compagnon, Aghora né sous l’étoile du Lotus récite le mantra de la lumière. Ainsi, la grande lumière et la sagesse de Bouddha l’illuminent et lavent son esprit de toute illusion et de toute ignorance. Elle le ramène à un état premier de pureté et le rapproche ainsi de notre maître Shaka. Maintenant son cosmos est si oppressant pour vos esprits souillés qu’il vous devient impossible de réagir. Il m’appartient donc à moi, Shiva né sous la constellation du Paon de vous éliminer et je vais le faire grâce au Coup de Poing du Dieu aux Mille Mains : Sen Ju Shin On Ken ! »
Shiva dégage toute la cosmo énergie qu’il a accumulée depuis maintenant des années de pratique et tend violemment son poing en avant. S’échappe alors un millier de coups, chargés d’une cosmo énergie destructrice, qui éclate en morceaux les ossements ennemis.
Aghora sort de sa méditation et déblaye les os, leurs lambeaux d’armures et le brouillard en frappant droit devant de son bras chargé à présent de toute sa lucidité : « Coup de Poing Explosif du Lotus : Renge Bakusai Ken ! »
 
Comme après un coup de tonnerre, le calme revient et la brume disparait.
Les précipices alentours et le sol couvert de rochers tranchants et aiguisés apparaissent maintenant aux yeux de tous.
Après une telle démonstration de force qui a ravi son professeur, Shiva se permet de jouer de son humour cynique en observant le décor : « Chaleureux ! Vraiment ! »
Aghora préfère admirer l’efficacité d’un tel cadre : « Ingénieux je dirai. C’est très astucieux. »
Hasu croit reconnaître au loin ce qui s’apparente à une tour qu’elle pointe du doigt : « Traversons ce pont en pierre ! Nous sommes arrivés ! »
 
Trop longues furent encore les minutes nécessaires aux prêtres pour s’avancer sans trembler sur ce chemin, pour ne pas accroitre l’angoisse de Shaka.
La Vierge active ses pas une fois de l’autre côté.
Dans sa belle robe blanche moulante, Hasu trottine jusqu’à la tour devant laquelle elle stoppe net : « Qu’est-ce que… Quelle étrange architecture ! Un escalier permet d’accéder au premier étage mais il n’y a pas de porte pour y entrer ! »
Shaka rejoint son adepte et pose sa main sur sa frêle épaule.
 Le contact de leurs peaux fait frémir Hasu tandis que Shaka commente la réaction de cette dernière : « Cette tour prouve seulement, à quel point mon ami Mû n’aime pas les visites. C’est pour cela que je demande à chacun, d’observer le plus grand calme et le plus grand respect… »
Brusquement, il interrompt ses recommandations.
Il tourne la tête vers la droite et accélère sa marche.
Le spectacle est édifiant.
Mû est agenouillé au sol. Couvert de sang. Les yeux à moitié clos.
Il tient dans ses bras une femme chevalier aux cheveux verts foncés coiffés de longues nattes. Son masque est fissuré. Sa Cloth de bronze est en miettes…
 
 
Pendant ce temps, sur les pentes sud de l’Himalaya, à proximité de la frontière népalaise, le combat fait rage entre Krishna et Fyodor.
Krishna pare avec efficacité les assauts portés par Fyodor tandis que ce dernier esquive avec aisance les répliques du futur Général de Poséidon.
Alors qu’il parvient enfin à le toucher en plein estomac, Fyodor essuie aussitôt un crochet du droit qui lui heurte la paupière gauche.
Cela ne l’inquiète pourtant pas.
_ « J’ai gagné, proclame Fyodor !
_ Tu en sembles bien sûr.
_ Evidemment car j’ai un but. Je me bats pour faire respecter la volonté divine d’Hadès, contrairement à toi qui n’agit que de ton fait.
_ C’est là que tu te trompes, rétorque Krishna d’un ton monocorde. J’agis dans l’intérêt d’un dieu. Je crois en l’avènement d’une nouvelle ère de paix. Un seul est capable de surpasser Athéna et Hadès et de laver le monde de ce qui le pourrit. Ce mala je compte bien le ramener à celui que mon village ne cesse d’honorer par ses offrandes, le Seigneur Poséidon.
_ Alors tu vois la planète sous les eaux ? C’est la seule solution selon toi ?
_ Contrairement à Hadès qui espère contrôler le libre arbitre des hommes, je vois en Poséidon l’espoir de laver nos générations corrompues et d’offrir à quelques élus la chance de créer un équilibre nouveau, en respectant ce que la nature leur a offert, au lieu de la défier à chaque instant. »
La cosmo énergie de Fyodor s’accroit de façon exponentielle tandis qu’il croise ses bras contre sa poitrine, laissant Krishna impuissant : « Décidemment, je ne peux plus rien faire pour toi. Heureusement, je suis pressé je vais donc en finir rapidement grâce au Hurlement Etrangleur… »
Le futur Spectre de la Mandragore écarte avec vivacité ses bras face à un Krishna pantois : « Strangle Shrill ! »
Une impressionnante onde de choc projette Krishna une demi-dizaine de mètres en arrière et le fait s’écraser contre un rocher.
Du sang, provenant de son crâne suite au choc contre le roc, dégouline dans les yeux du Sri Lankais. Au moment de vouloir s’essuyer, il constate que son bras est paralysé.
Devant lui, Fyodor saisit la lance qui lui a éraflé la joue quelques minutes auparavant et s’approche en criant déjà victoire : « Ma technique n’est pas ordinaire. Elle souffle violemment sur mon ennemi et, surtout, elle lui envoie des ondes directement au cerveau afin de paralyser tous ses sens. »
Krishna constate à son grand désarroi qu’il entend de moins en moins et que le trouble de sa vue s’accentue.
Fyodor fait tournoyer au-dessus de sa tête la lance avec sa main droite tandis que son autre main est posée sur sa hanche gauche.
Une fois assez proche de son rival, Fyodor agrippe bien la lance et recule son bras droit pour avoir suffisamment d’élan.
Toutefois, au moment de l’abattre, il sent une violente crampe lui bloquer le biceps, ses doigts s’engourdissent et une lumière aveuglante l’empêche de distinguer le futur Marinas.
Tout en bavant, luttant contre la perte de ses sens, Krishna balbutie : « Maha Roshini. »
Un mur invisible instauré par Krishna soulève Fyodor du sol et le fait rouler en arrière jusqu’au ruisseau où il s’abreuvait il y a peu…
 
 
A Jamir, Shaka et Mû sont à l’intérieur de l’immense tour sans porte.
Ils sont au chevet de la femme chevalier que Mû tenait dans ses bras.
Celle-ci est allongée sur une couche en osier faite à la main.
Le Saint d’or du Bélier, torse nu, s’essuie le buste des tâches de sang qui le souillent avant d’ajuster autour de son cou un nouveau voile qui descend jusqu’à son bas ventre et dans le creux de son dos.
Profitant que Shaka se prive du sens de la vue, il retire le masque endommagé de la jeune femme pour frotter une serviette qu’il a, au préalable, trempé dans un élixir qu’il a concocté lui-même.
Il passe subtilement sa main sur le visage de la jeune femme et dégage quelques mèches vertes de son front où sont présents deux points de même couleur, symbole de ses origines muviennes, qu’il embrasse avec délicatesse. Ses doigts descendent le long de sa colonne nasale et glisse jusqu’à sa petite bouche aux lèvres charnues.
Une larme roule le long du visage de Mû pendant qu’il se relève.

Il avance jusqu’à une cheminée où le feu chauffe une théière suspendue.
Le Bélier verse de l’eau brulante dans deux tasses, au fond desquelles se trouvent des feuilles séchées.
Il les amène sur un plateau en bois peint aux motifs d’animaux de la région.
Il s’assied jambes croisées, comme le fait déjà Shaka sur un épais tapis sur lequel sont brodés des éléphants.

Le chevalier de la Vierge rompt enfin le silence après avoir avalé une gorgée.
_ « Ton thé n’a rien perdu de sa saveur mon ami.
_ Les herbes de Jamir ont des vertus, qu’aucune autre plante dans le monde ne peut avoir. Que cela soit pour les soins ou pour le goût. Hélas, cela ne suffira pas à ramener ma femme de ce sort que lui a lancé notre adversaire. »
Shaka n’ose pas poser la question. Mû goutte à son tour la boisson avant de reprendre.
_ « Jamir est la dernière colonie du peuple originaire du continent de Mû. Afin de conserver une certaine indépendance et de protéger notre village qui se situe un kilomètre derrière nous, cette tour fait office de rempart. Depuis douze ans que je suis revenu du Sanctuaire, j’ai choisi d’en faire mon repère pour apprécier une certaine solitude, travailler et méditer en toute tranquillité. Même lorsque nous avons fait face aux Titans, je suis parvenu à repousser l’extraordinaire Japet. Mais cette fois… »
Il stoppe un instant ses confessions pour souffler sur sa tasse brulante. Shaka remarque que le Muvien est gêné par la chaleur de sa boisson alors il essaie de détendre l’atmosphère : « Dommage que Camus ne soit pas là. »
Mû rigole nerveusement puis, au moment de reprendre, il se referme à nouveau. Son visage devient dur et ses yeux mélancoliques : « Sachant que ta visite était proche suite à notre entretien télépathique d’il y a une semaine, j’ai pris note de l’approbation que tu as reçue du Grand Pope qui souhaite faire chevaliers tes deux disciples. Le premier, Aghora est né sous l’étoile du Lotus, une constellation disparue dont les derniers vestiges étaient une armure d’argent en miettes qui attendait dans sa Pandora Box au rez-de-chaussée depuis des siècles. Le second, Shiva, né sous la constellation du Paon, ne me facilitait pas la tâche non plus. Son armure d’argent était dans le même état depuis… »
Shaka faiblit à son tour. Une certaine affliction fait trembloter sa voix : « Depuis que Mayura a perdu la vie lors de notre Guerre Sainte contre Eris. »
Il reprend son souffle en aspirant bien fort par la bouche puis maquille sa peine après avoir évoqué une Saint qui lui semble chère.
_ « Des Saints d’argent… Je suis fier que mes disciples aient acquis un tel niveau !
_ C’est pour ça que je m’affaire depuis une semaine à la confection de ces deux armures qui me demandent énormément de temps et de sang. Pour cela, j’ai besoin de mes meilleurs outils et notamment de ceux présents sur le socle de l’armure du Graveur. Cette Cloth est portée par Médée Saint de bronze du Graveur qui n’est autre que…
_ … ton épouse ! Médée est devenue chevalier ! Je ne le savais pas !
_ A vrai dire, Médée insistait beaucoup pour participer à la formation que je destine à Kiki mon jeune apprenti. Médée disposait déjà de nombreuses qualités de guerrière et s’est perfectionnée en suivant mes conseils. Un jour, après un exercice où ses qualités furent mises à rude épreuve, son cosmos illumina le ciel et relia les étoiles de la constellation du Burin du Graveur. Aussitôt, elle entra étrangement en symbiose avec l’armure du Graveur qui la nomma d’elle-même comme sa digne propriétaire. Elle se fit reconnaître auprès du Grand Pope qui lui accorda le droit de poursuivre son apprentissage sur sa terre natale en attendant qu’il lui confie un jour une mission. Toutefois, elle n’a jamais eu de véritable combat à mener et son manque d’expérience lui a coûté cher aujourd’hui. Ce matin, pendant que j’achevais la réparation des armures du Lotus et du Paon, un homme encapuchonné a surmonté les difficultés pour parvenir jusqu’ici. Bien que Médée fût vêtue de sa Cloth, l’étranger l’a mis hors de combat, en faisant preuve d’une bestialité redoutable. Il utilisa une technique qui consistait à pousser un cri strident, paralysant ses victimes. Malheureusement, concentré sur mon travail, je m’en rendis compte trop tard. Pire, je n’ai pas pu empêcher l’ennemi de nous voler ce qu’il était venu chercher, le rosaire de Bouddha ! »
Shaka se met aussitôt debout et, tout en conservant son calme habituel, déclare : « Qui que cela soit, nous devons immédiatement partir à sa recherche ! »
Mû sourit tout en conservant ses yeux noyés de chagrin pour sa bien-aimée.
_ « Mû, mon ami, comme la mienne ta quiétude est légendaire, mais dans une situation comme celle-ci cela m’inquiète.
_ La seule chose qui me trouble aujourd’hui c’est l’état de santé de Médée pour le reste, je contrôle déjà la situation. »
Shaka reste pantois quelques instants avant de comprendre.

Le visage de celui qui a grandi le long de la Vallée du Gange se radoucit.
Il se rassied même en souriant : « Félicitations Kiki… J’ai fait la bêtise d’être suffisamment soucieux pour ne pas m’apercevoir que tu viens de nous rejoindre. »
Aussitôt, juste aux côtés de Mû, un jeune garçon aux cheveux roux, marqué par deux points sur le front et à la mine friponne apparaît.
Un bracelet en or lui enserre le biceps gauche, un épais maillot marron descend jusqu’à sa taille, ceinturée par une lanière de cuirs, son pantalon est enserré dans ses spartiates. Pas de doutes, il s’agit bien d’un autochtone.
_ « Kiki était au village lorsque nous fûmes attaqués. Il a aussitôt perçu le danger et s’est téléporté jusqu’à nous. Depuis il épie l’agresseur en attendant que j’aille à sa poursuite. »
Manquant de manières, Kiki se permet de prendre la tasse de son maître pour boire dedans sans prêter attention à la chaleur du thé. Il en prend une importante quantité qu’il recrache aussitôt.
Il tire sa langue brulée et agite ses bras devant celle-ci pour brasser de l’air.
Mû, sans hausser le ton, somme immédiatement son élève d’arrêter ses enfantillages.
_ « Un peu de tenue Kiki ! Quelle est la situation ?
_ L’homme mystérieux se présente sous le nom de Fyodor. Il déclare être un fidèle d’Hadès et veut le rosaire de Bouddha, pour détruire le sort qui empêche les Spectres de revenir à la vie lorsqu’ils la perdent.
_ Dans quelle direction se rend-il ?
_ Ce n’est pas ça le plus important ! Un autre homme est venu le défier, il se dit partisan de Poséidon et pense que le rosaire serait plus en sécurité auprès du Dieu des Mers plutôt qu’entre les mains des Saints d’Athéna.
_ Qui a remporté le combat ?
_ Le combat est toujours en cours !
_ Alors qu’es-tu venu faire ici ?
_Je suis simplement venu saluer les disciples du Seigneur Shaka. Entre élèves il faut qu’on se soutienne ! »
Mû aggrave enfin sa voix : « File immédiatement surveiller l’issue de ce combat ! »
Kiki se défend en lâchant un large sourire et vole quelques pâtisseries déposées sur le plateau, avant de se téléporter de nouveau.
Mû soupire : « Pff… Les enfants… »
Shaka est amusé : « Je suis convaincu que tu étais aussi intrépide que lui au même âge. »
Mû entend que sa femme s’agite et se lève lui administrer à nouveau le remède qu’il a concocté, tout en répondant à Shaka : « Non… Pas avec le maître que j’ai pu avoir… »
 
 
A des kilomètres de là, à mesure que Krishna retrouve ses moyens, Fyodor se relève stupéfait.
Les deux adversaires luttent à armes égales et Krishna le sait. Il profite que la lance soit tombée à ses pieds pour la ramasser et pointe Fyodor avec : « Rends-toi ! Désormais mon mur de lumière me protège de tes assauts tandis que moi je peux toujours attaquer. »
Fyodor essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche et serre son poing : « Jamais ! Jamais je ne me rendrais ! »
Brusquement, les yeux d’un bleu perçant de Krishna s’écarquillent.
Il tourne sa tête de gauche à droite puis de droite à gauche avec inquiétude : « Les cosmos d’une cinquantaine d’individus s’approchent. Il ne peut s’agir que de la milice d’Eaque. Il me faut faire vite »
Le futur Spectre de la Mandragore, remarque la détermination de Krishna d’en finir au plus vite et croise aussitôt ses bras devant son torse, pour pousser sa cosmo énergie à son paroxysme.
Quelques effluves blancs et aveuglants émanent de Krishna qui trottine en direction de son adversaire en faisant tournoyer devant lui son arme.
Tout en gardant ses bras contre sa poitrine, Fyodor l’imite et accélère à mesure que le Sri Lankais augmente sa vitesse de course.
Arrivés face à face, Fyodor s’élance dans les airs.
Krishna, lui, plante sa lance dans le sol rocailleux et le rejoint alors que la Mandragore a déjà les bras déployés : « Strangle Shrill ! »
A cet instant, Krishna ferme les yeux et adopte la position du lotus.
Les paumes des mains ouvertes et la première phalange de l'index placée sous la première du pouce de chaque main, il dispose de toute sa cosmo énergie pour contrer l’assaut de son adversaire : « Maha Roshini ! »
Le Hurlement Etrangleur se heurte à la Grande Lumière.
Fyodor retombe sur le dos.
Krishna toujours en lévitation, redescend petit à petit à côté de son arme.
 
Secoué, Fyodor est maintenant victime de la puissante lumière de Krishna et la vue de son seul ½il valide se dédouble.
Néanmoins, il ne dit pas son dernier mot.
Il rejoint Krishna qui s’approche déjà armé de sa lance.
Fyodor envoie une droite que Krishna pare grâce à sa lance tenue par ses deux mains.
Il réplique en frappant avec le manche, sous le genou droit de Fyodor qui fléchit.
Presque vaincu, Fyodor tente tout de même de bondir en lançant toutes ses forces dans un uppercut qui cogne Krishna au menton.
Ébranlé, le futur gardien du pilier de l’Océan Indien ne voit pas venir un second crochet du gauche, qui le fait tournoyer sur lui-même.
Krishna profite de ce mouvement rotatif pour, toujours avec le manche, embarquer les chevilles de Fyodor.
A bout de forces, le sbire d’Eaque tombe sur sa hanche gauche et se maintient avec son coude, pour essayer de se relever.
Cependant, à une vitesse que Krishna ne croyait pas lui-même pouvoir atteindre, de sa lance, il transperce son ennemi en mettant tout son cosmos dans ce coup : « Flashing Lancer ! »
Fyodor est tellement surpris qu’il ne se rend compte de la douleur qu’une fois la lance ressortie de ses côtes droites, le mala enroulé autour.
Krishna avance la lame jusqu’à son visage pour s’emparer du chapelet.
Dès le début, son coup était calculé.
Fyodor, la bouche ensanglantée, hurle. Non pas de souffrance mais de rage.
Krishna l’assomme d’un revers de manche de sa lance et vise sa gorge avec la lame pour l’achever. Seulement, la cosmo énergie d’Eaque s’approche à grande vitesse et il sera là d’une seconde à l’autre.
Krishna se résigne et quitte le secteur en direction du sud, en réalisant des bonds prodigieux de roches en roches.


Dehors, à Jamir, Mû et Shaka se promènent.
Ils font plusieurs fois le tour du domaine que surplombe la tour.
Plusieurs habitants du village où vivent les derniers héritiers de la civilisation de Mû apportent dans des chariots quelques mets qu’ils ont spécialement préparés pour les voyageurs. Beaucoup de villageois ont profité de leurs présences pour venir se recueillir auprès des prêtres d’Athéna.
Plus loin, certains disciples de Shaka échangent avec les Muviens des vêtements, des objets locaux et d’autres souvenirs de leurs rencontres…
D’autres encore, tels Shiva et Aghora, rejoins par des guerriers Muviens, font tour à tour des démonstrations de force, en fonction de leurs capacités individuelles, tout cela en s’applaudissant à tour de rôle.
 
A chaque pas, Mû observe l’équipe qui accompagne son camarade.
Il écoute Shaka lui narrer l’objet de son périple : « … c’est ainsi que le Grand Pope accepta ma requête. L’idée d’un pèlerinage pour former mes disciples et les aider à avoir une vision plus réaliste, de ce qu’est le monde lui a fort plus. De plus, le fait d’être accompagné de prêtres d’Athéna l’a convaincu, ils ont pu prêcher la bonne parole partout sur notre route et j’ai ainsi accru mon nombre d’élèves. Ainsi, nous avons fait un crochet dans mon pays natal et nous sommes rendus, non sans difficultés, au panthéon du dieu Shiva. Je dois admettre que l’occupation de notre armée a calmé les esprits trop belliqueux des soldats et du peuple. Désormais beaucoup de loyaux sujets de Shiva ont juré de prêter serment au Grand Pope… »
A cette annonce, Mû plisse ses yeux, comme si cela le dérangeait.
_ « N’est-ce pas dangereux de guider par la force les partisans d’un dieu vers un autre ?
_ Pourquoi le serait-ce ? Notre victoire contre le rebelle Shiva a révélé aux yeux de ses adeptes la vérité. Cette vérité est impitoyable, chaque individu croit ce qu’il veut et sa vérité est immuable. Ils ont longtemps cru que les révoltes de Shiva à l’encontre du domaine sacré étaient justifiées. Cette guerre leur a prouvé le contraire, en les entraînant dans une défaite où beaucoup perdirent femmes et enfants. Toutefois, malgré la récession et la mise en place d’un gouvernement athénien sur place visant à maintenir la paix sous notre occupation, le peuple a découvert qu’il était auparavant privé de nourriture, de travail et de liberté.
_ N’y a-t-il pas une défaillance au niveau de la moralité ? Je veux dire, ne trouves-tu pas ça mal de pousser un peuple à devenir fidèle à un autre dieu ?
_ Le mal absolu, ou même la justice parfaite, tout cela n’existe pas. Chacun considère ce qui est bien ou mal selon ses propres critères. C’est par les actions des Athéniens dictées par le Grand Pope que le peuple de Shiva se tourne vers Athéna, il s’y oriente de lui-même, de son libre arbitre. »
Mû préfère changer de sujet de conversation. Il regarde au loin Hasu.
La magnifique femme est bien la seule à ne pas se mêler à la foule.
_ « Il s’agit d’une de tes disciples ?
_ C’est bien ça, sourit gêné Shaka. Elle est originaire du Sanctuaire. Elle a de très bonnes prédispositions en matière de techniques de combat, mais elle a préféré abandonner son apprentissage de femme chevalier après m’avoir rencontré.
_ Tu as corrompu son esprit en lui évoquant les bienfaits de la recherche de son « moi » intérieur et de la perfection tel Bouddha, le taquine Mû !
Shaka est amusé, il rit un instant avant de se reprendre :
_ Je l’ai rencontré dans le palais du Grand Pope. Elle venait lui annoncer qu’elle préférait vénérer Athéna en étant à ses soins en formant sa garde personnelle plutôt que sur le champ de bataille, en devenant Saintia plutôt que Saint. Je lui ai donc proposé de rejoindre mes élèves, pour trouver en elle la grandeur et en faire une parfaite prêtresse aux connaissances accrues.
_ Elle semble pourtant si triste !
_ L’indécision amoureuse certainement… Elle était très attachée au chevalier Algol de Persée avant son départ. Les préceptes du Grand Pope à ce sujet sont formels. Devenir Saintia c’est vouer son âme et son corps à Athéna, et Athéna uniquement. D’où ma volonté de la conduire avec moi dans ce périple afin qu’elle ouvre les yeux sur les renoncements qu’oblige une vie de Saintia.
_ Elle est magnifique… Sa grâce et son élégance me rappellent ma femme. »
Shaka reste muet quelques instants pour laisser à Mû le temps d’évacuer sa douleur.
_ « Tu sais Mû, j’ai beaucoup réfléchi à ce que Kiki et toi avez dit tout à l’heure. Un cri strident, un fidèle d’Hadès… Mes longues conversations avec Bouddha m’ont appris qu’un Spectre de la Mandragore faisait partie de l’armée d’Hadès. Alors bien entendu, l’armée d’Hadès n’est pas encore revenue sur Terre, mais rien n’empêche à la réincarnation de celle-ci de s’éveiller petit à petit à ses futures aptitudes.
_ Tu sous-entends que Médée souffre du cri d’une mandragore.
_ Je le pense en effet. Si cet homme est la réincarnation de ce Spectre et qu’il a une certaine maîtrise de sa cosmo énergie, il est possible qu’il ait développé un arcane se rapprochant des attributs de son étoile protectrice. Un guerrier suffisamment expérimenté peut très bien souffrir de cette technique sans forcément succomber aux maléfices d’une mandragore.
_ La mandragore est une plante dont la racine est de forme humaine. On raconte qu’elle était issue de la fécondation de la terre par du sperme de pendus vierges. Lorsqu’elle était arrachée du sol, elle émettait un cri si perçant qu’elle tuait toute forme de vie alentour. Les végétaux de Jamir sont capables de rompre n’importe quel maléfice. Hélas, aucun des élixirs que j’ai pu réaliser n’a fonctionné. A l’heure actuelle, elle est toujours inconsciente, raide et froide, entre la vie et la mort.
_ Pourquoi ne reviens-tu pas au Sanctuaire ? Là-bas, dans la grande bibliothèque du domaine sacré tu trouverais certainement un remède pour combattre son mal.
_ Mon peuple dispose déjà d’un niveau de connaissance qui, s’il n’est pas supérieur à ceux des livres du Sanctuaire, lui est égal. Tu as vu le résultat de tes propres yeux. Et puis je doute que ma présence au Sanctuaire soit des plus appréciées.
_ Ne dit pas de sottises Mû. Le Grand Pope attend avec impatience ton retour en Grèce.
_ J’en doute. Tu n’es pas sans savoir que le Grand Pope a été mon professeur. Durant des années je l’ai côtoyé et j’ai été inondé de sa cosmo énergie bienfaisante. Aujourd’hui, je ne ressens plus ce qui caractérisait le cosmos de mon maître. Pas plus que je n’approuve les actes de son second, Arlès. »
Shaka stoppe sa marche et commence à développer tout autour de lui sa cosmo énergie.
_ « Mû, tu sais que tu es le Saint d’or que je respecte le plus, mais je ne peux tolérer que tu récuses les actes du Grand Pope Shion et de son frère Arlès.
_ J’en ai conscience. C’est justement parce que je suis habité par le doute que j’ai choisi de servir le Sanctuaire et Athéna en occupant ici, un poste plus stratégique que militaire en réparant les armures, plutôt qu’en participant aux inquisitions des territoires considérés hostiles. »
Shaka calme petit à petit ses ardeurs et encourage d’une voix paisible son camarade : « Quoi qu’il arrive, ne perd pas espoir, il doit exister un moyen de sauver Médée. »
Mû le remercie d’une tape amical sur l’épaule puis prend congé de lui.
Il se téléporte auprès de sa belle afin de lui préparer d’autres remèdes.

Shaka rejoint donc Hasu en marchant délicatement et en soignant chacun de ses mouvements, ce que remarque la jeune femme.
_ « Quelle application ! Le moindre de vos faits et gestes est irréprochable. Comme si tout était calculé.
_ Pourtant j’agis en toute spontanéité. Certainement sont-ce mes conversations avec Bouddha qui me permettent de me prononcer en toute lucidité et mes gestuelles spirituelles qui m’aident à vivre en harmonie parfaite. »
Admirative, la jeune femme accepte de poser sa paume de main contre celle que lui tend Shaka : « Allons nous promener. Mon ami Mû ne m’en voudra pas de vous emmener dans son village natal. »
 
A l’intérieur de son atelier, Mû sent le retour par téléportation de Kiki.
L’enfant s’empresse aussitôt de donner des nouvelles à son professeur : « Le rosaire de Bouddha ! Il est en la possession du fanatique de Poséidon. Il se rend au sud de l’Inde ! »

LA SUITE DANS LE POST CI-DESSOUS...
Last Edit: 16 January 2021 à 16h17 by Kodeni

Author Topic: Chapitre 13  (Read 27997 times)

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Chapitre 13 - Suite
... SUITE

En chemin, toujours paume contre paume, Shaka propose à Hasu d’aborder les sujets qu’elle garde pour elle depuis leur départ de Grèce.
Après avoir évoqué de nombreuses raisons, elle explique celle qui est la cause de son apathie. : « … et il y a Algol. Je ne sais que penser de lui. Sa réaction à l’annonce de ma volonté de stopper mon apprentissage de guerrière pour me consacrer aux voix de la spiritualité a été ridicule. Selon lui le meilleur moyen de servir Athéna c’est de mourir sur le champ de bataille. N’y-a-t-il que l’action qui compte ? La diplomatie n’a-t-elle plus son mot à dire ? »
En entendant cela, Shaka écarte les doigts de sa main. Il part chercher celle d’Hasu pour la lui tenir.
La captivante Athénienne se laisse guider et sourit nerveusement en raison de sa timidité, mais aussi du plaisir que lui procure un tel échange.
Shaka apporte à Hasu une réponse à ses doutes : « Il est normal qu’Algol et toi ne vous compreniez plus. Tu as choisi de suivre les voix de la moralité, de la concentration et de la sagesse. Aujourd’hui ton niveau de connaissance est tel, qu’un énorme fossé vous sépare et vous séparera pour toujours… »
Hasu est tellement humble qu’elle ne réagit pas aux éloges que lui fait le Saint d’or.
Ils continuent de marcher sur une bonne quinzaine de mètres sans mot dire quand soudain, à l’approche du village, Hasu est prise de doute : « Se rendre au village des Muviens est un honneur si grand… Je veux dire, il faut être une personne d’exception, pour avoir le droit d’admirer la vie que mènent les derniers Muviens… Il faut devenir une telle personnalité, que je ne me sens pas encore capable de m’y rendre… »
Shaka ne répond rien, il tourne la tête dans sa direction et reste rivé vers celle-ci.
Trouvant le silence trop gênant, Hasu lève son regard en direction de son maître qui la fixe de ses grands yeux bleus.
Totalement ensorcelée, Hasu ne peut s’empêcher de constater : « Ses yeux sont ouvert pour la première fois depuis notre rencontre ! Ils sont magnifiques ! Ils reflètent tout ce qu’est le Seigneur Shaka ! J’ai l’impression d’y voir la paix, le paradis, le nirvana… »
Shaka approche petit à petit son visage sans qu’Hasu ne réalise vraiment ce qui se passe.
Au beau milieu de cette route faite de roche et dont le passage est à l’abandon le reste du temps, elle laisse Shaka glisser ses doigts en les bretelles de sa robe et sa peau pour la libérer de son vêtement.
Tandis qu’elle perd pied, il l’embrasse langoureusement…
 
 
Loin de là, à proximité de la frontière népalaise, autour de Fyodor, trois femmes utilisent sa soutane pour bander les côtes du blessé alors qu’un homme utilise l’eau de sa gourde pour le ramener à lui.
La paupière gauche de la victime de Krishna s’agite et lui fait reconnaître progressivement les fidèles d’Eaque.
Ces derniers l’aident à se tenir debout, alors qu’Eaque lui tourne le dos.
Le futur Juge observe ses hommes séparés en plusieurs groupes de quatre ou cinq qui cherchent des traces de l’adversaire de Fyodor.
Sans même le regarder, Eaque le questionne : « Qui était-ce ? »
Fyodor baisse la tête. Couvert de honte il balbutie.
_ « Il s’agit d’un des hommes que nous avions capturés dans le repère de Shiva. C’est celui qui s’est échappé, le seul à y être parvenu. Il ne m’a pas donné son nom. Il s’est simplement présenté comme l’élu d’un village qui honore Poséidon.
_ Un homme de Poséidon ? Athéna et Hadès ne sont donc pas les seuls à vouloir se mêler à la conquête de cette planète. »
Un groupe de futurs Squelettes vient s’agenouiller devant Eaque. L’un d’entre eux l’informe : « Seigneur Eaque, nous avons trouvé les mêmes traces que celles présentes ici en direction du sud. L’ennemi se déplace à très grande vitesse. »
Eaque brasse de l’air avec ses mains, comme pour congédier ces messagers : « A l’heure qu’il est, il doit déjà être dans le centre de l’Inde. »
Fyodor essaie de se racheter. En se courbant au sol, il l’implore : « Seigneur Eaque, laissez-moi partir à sa recherche. Cette fois je reviendrai victorieux. »
Eaque fronce ses sourcils et prend un ton ferme : « Du côté d’Athéna, je suis certain qu’ils s’apprêtent à partir à la recherche du mala. Nous ne sommes pas encore en pleine possession de nos moyens pour prendre le risque de croiser la route des Saints. »
Eaque pivote enfin sa tête en direction de Fyodor : « J’avais confiance en toi… »
Les yeux du Garuda fixent soudain l’ombre de Fyodor qui marque le sol et s’adresse à elle : « Désormais ce sera toi qui me seconderas… »
De l’ombre de Fyodor apparaît une femme aux cheveux sombres aux teintes violacées.
Elle est vêtue d’un vieux maillot rapiécé et porte un short très court qui laisse admirer l’impressionnante musculature des cuisses de cette jeune femme au corps mutilé.
Seul son tour de taille peut permettre de remarquer sa féminité tant son physique est athlétique et sa jolie poitrine peu mise en valeur dans ce vêtement ample et sans charme.
Eaque observe avec envie son nouveau lieutenant : « … Oui… Toi ma pièce maitresse, Violate ! »
Le futur Spectre du Béhémot se dévoile totalement à la lumière avec fierté et s’avance avec joie jusqu’à son supérieur qui lui passe affectueusement la main dans les cheveux.
Il approche peu à peu de ses lèvres comme s’il allait les embrasser.
La jeune femme parait hypnotisée, soumise au moindre de ses désirs, et commence à clore ses paupières.
Il lui frôle à peine la bouche qu’il redresse sa tête et appelle ses hommes : « Rejoignez-moi tous ! Nous abandonnons la piste de ce voleur. Une longue route nous attend. Nous n’utiliserons que nos jambes et nous nous déplacerons au pas de course, en utilisant les lieux les moins fréquentés pour ne pas attirer sur nous l’attention. »
Il tend ses bras en direction du nord ouest et annonce à plein poumon : « Cap sur l’Allemagne ! »
 
 
Plus tard, à Jamir, les minutes se sont écoulées si vite que le temps des adieux est venu.
Muviens et disciples de Shaka se saluent.
Mû porte dans chaque bras les lanières d’une Pandora Box ainsi qu’une autre sur son dos qu’il ramène depuis sa tour jusqu’à Shaka.
_ « Je te laisse le soin d’annoncer à tes disciples leur récompense.
_ Le Paon, le Lotus et… la Couronne Australe ! Alors toi aussi tu l’as senti.
_ Il faudrait ne pas s’y connaitre en cosmo énergie pour ne pas remarquer que cette constellation brule dans les cieux, chaque fois que tu t’approches de cette fille.
_ J’offrirai à Shiva et Aghora leurs récompenses durant notre retour en leur confiant leur première mission. J’attendrai par contre pour la Cloth de la Couronne Australe que cela vienne à Hasu comme une révélation. Kiki t’a bien dit que ce fameux Krishna qui revendique sa foi en Poséidon se dirigeait au sud de l’Inde. Il n’y a qu’un seul endroit en Inde où Poséidon est vénéré. Il s’agit d’un village sur la côte ouest du Sri Lanka. A l’heure qu’il est le possesseur du rosaire de Bouddha doit être sur un bateau pour son île. Je récupérerai cet objet sacré.
_ Tu n’es pas obligé. C’est mon erreur, c’est à moi de la réparer.
_ Personne ne connait mieux que moi l’Inde et je suis convaincu que tu préfères veiller sur Médée. »
Mû tend sa main à Shaka qui lui serre avec poigne : « Je te remercie mon ami. »
Shaka sourit et devance sa troupe qui se presse de reprendre la route.
 
Alors qu’ils ne sont plus qu’un point à l’horizon, le cosmos de Shaka entre en télépathie avec celui de Mû.
_ « Au fait, si ça peut t’aider, il y a une île d’origine volcanique où la flore présente un grand intérêt scientifique. Il paraît qu’elle dispose d’une végétation aux vertus encore inconnues du monde contemporain. Néanmoins, de ce que j’en sais, dans l’antiquité cette île était réputée pour les bienfaits qu’offrait sa plante, l’Epaphos, pour lutter contre les substances hallucinogènes et autres méfaits de créatures mythologiques.
_ Les îles Desventuradas, j’aurai dû y penser plus tôt. Merci infiniment Shaka.
_ Si tu veux me remercier pense à rejoindre nos rangs au Sanctuaire, je t’y attends avec impatience… »
« Last Edit 16 January 2021 à 16h18 »

Offline Kodeni

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Cette version du chapitre 13 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.