Chapitre 10

Chapitre 10

Au c½ur de l’océan Pacifique, loin de l’agitation causée par Rhadamanthe à Asgard, sur le sol brûlant d’une île située juste sous l’équateur, au beau milieu d’un fleuve de lave, sous une averse acide, dans un chemin de pierres, un jeune homme effectue des exercices physiques.
Proche du territoire des Ankoku Saints, les chevaliers noirs, le jeune apprenti a le corps couvert d’hématomes.
En l’absence de son maître Guilty, appelé en mission avec quelques un de ses hommes, le futur Phénix s’affaire à progresser au plus vite.
Pour cela, il a choisi de s’aventurer aux frontières de la zone d’occupation la plus dangereuse de l’île, là où le climat est le plus rude et où tous les dangers peuvent survenir à tout moment.
Pourtant Ikki, n’a pas peur des mystérieux chevaliers vêtus d’armures sombres. Il en a déjà combattu.
Les Ankoku Saints vivent en maîtres sur Death Queen Island et ont établis leur siège en son centre, au c½ur d’un volcan régulièrement en irruption.

Au loin, près de la côte, un village subsiste encore sur cette terre aride.
La légende veut que ces villageois soient des descendants des gardes du Sanctuaire envoyés il y a des siècles pour surveiller les Ankoku Saints retenus captifs ici.
Des événements plus récents ont conduit les rescapés de l’armée de Cronos être exilés en ce lieu.
De tous, selon leurs aspirations au bien ou au mal, certains cherchent une vie paisible dans ce village tandis que les plus belliqueux se sont rapprocher des Ankoku Saints.
Il ne reste plus aujourd’hui dans ce village que quelques guerriers menés par Guilty, le chef du village, et de pauvres paysans.
Esmeralda, la fille de Guilty, rapporte souvent à Ikki les actes héroïques accomplis dans le passé par son père. Nombreuses furent les fois où il est allé défier les chevaliers noirs afin de rétablir l’ordre dans l’archipel au sein duquel ils vivent et de s’assurer qu’il ne puisse pas quitter ce lieu maudit.
Mercenaire dévoué au Sanctuaire, Guilty est revenu changé de sa convocation dans le domaine sacré peu avant l’arrivée d’Ikki.
Depuis, il a pactisé avec le diable et abandonne son peuple aux terribles tourments des Ankoku Saints qui étendent leur cruauté sur l’ensemble de l’île.
Les navires marchands ne viennent plus ravitailler les villageois, aucun renfort du Sanctuaire n’est venu enrayer l’expansion massive des chevaliers noirs. Pire encore, les incitations à la violence viendraient directement de Grèce.
Désormais, une poignée de villageois survit en ce lieu de désolation où seul Ikki tente de les protéger.
En effet, lorsqu’il n’est pas occupé à subir le mauvais traitement de son maître, l’apprenti Saint repousse tant bien que mal les chevaliers noirs qui se hasardent à maltraiter les innocents.

Aujourd’hui, comme par esprit de défiance, il est venu s’entraîner à quelques pas de leur antre sans même craindre les représailles.
Toutefois, au bout de quelques heures, après s’être démené comme un diable au milieu de la lave en fusion, Ikki n’aperçoit aucun ennemi.

Voici bientôt trois jours que son maître a embarqué pour le Port du Destin en Crète. Il a été sommé par le Grand Pope, annoncé à Ikki comme étant leur maître à tous, de prendre ses meilleurs hommes et de rejoindre incognito le Sanctuaire pour y mener une mission secrète.
Dès son départ, avec l’idée de progresser davantage pour épater son professeur à son retour, Ikki n’a cessé de se dépenser sans rien manger ni boire.
C’est pourquoi il choisit de rallier le village pour profiter d’un repos bien mérité après avoir enfilé son maillot pourpre, taché par la poussière et le sang.
En chemin, à une dizaine de kilomètres de la côte, le futur Phénix distingue une épaisse fumée noire partir du village.
Aussitôt, Ikki saisit la gravité de la situation. Par de grandes enjambées, à vive allures, il traverse les champs poussiéreux, longe des carcasses d’animaux, certains à peine dépecé, d’autres aux os déjà blanchit par le temps.
Il coupe par le long champ qui sert à Guilty de camp d’entraînement et saute par-dessus quelques rochers qui délimitent le village du reste de cet enfer…


Pendant ce temps, au Sanctuaire, au sein du colisée, Saga est de plus en plus inquiet, il sent la barrière cosmique qui coupe le colisée avec le monde extérieur subir les assauts répétés du cosmos divin d’Hébé.
Du cadran zodiacal il ne reste plus qu’une flammèche sous le signe du Lion.
Même si la déité fait mine de rien, sa cosmo énergie se déploie de plus en plus à l’encontre du cosmos hostile qui l’empêche de communiquer avec les siens.

Sous les cinglements des fouets des dresseurs qui achèvent la troisième partie du spectacle, Saga observe avec insistance la déesse Hébé, il fixe avec minutie son visage et sent son c½ur cogner contre sa poitrine. Dans son esprit, se répète cette phrase : « Ambroisie… Tu es si belle… Tu n’as pas changé… Si… Si seulement je pouvais ne serait-ce que… que te dire que tu me manques… »
_ « Quelque chose ne va pas, remarque Hébé ?
_ Rien d’important rassurez-vous. J’attends simplement la dernière partie du spectacle avec impatience. Observez bien Hébé, voici le programme que je préfère… »
Les petits yeux rouges du masque du Pope scintillent l’espace d’un instant, laissant sur la chair d’Hébé quelques frissons dus au malaise qu’elle perçoit.

La piste est maintenant désertée par les dresseurs et leurs animaux.
Des prisonniers, hués par la foule, pénètrent, en file indienne, nus, liés par d’épaisses chaînes rouillées reliant leurs poignets à leurs cous.
Les misérables marchent en tirant péniblement les boulets accrochés à chacune de leurs chevilles.
L’alliée d’Hébé, Juventas, s’exclame : « Qu’est-ce donc que ceci ?! »
Le Pope reste les bras croisés sous sa soutane, il attend que Pictor s’approche des prisonniers.
Le Saint de bronze lève la main au ciel pour implorer la foule de se calmer.
C’est seulement après quelques minutes, et encore quelques insultes et sifflets à l’encontre des captifs, qu’il obtient le calme le plus absolu.
_ « Peuple du Sanctuaire, tu t’es déplacé en masses pour assister à cette grande procession qui célèbre la paix, l’amour et la justice, au nom de la grande Athéna… »
La foule se lève et applaudit, Pictor effectue une révérence envers le public avant de reprendre.
_ « Oui ! Oui peuple athénien ! Encore et toujours tu restes fidèle à cette cause que nous partageons tous, que nous défendons tous de notre chair et notre sang… »
L’auditoire devient incontrôlable, comme s’il savait quel était l’enjeu de ce discours.
Les gardes présents dans les gradins somment les spectateurs de se rasseoir.
Tout autour de la surface de combat, les hommes d’Apodis et d’autres gardes font barrage de leurs corps pour empêcher les visiteurs de se jeter sur les détenus.
Les femmes du public, restées en retrait, sortent de quelques panières des fruits et des légumes pourris qu’elles balancent sur les prévenus.
Pris au milieu de tout ça, les Hébéïens dispersés dans les tribunes sont impuissants, ils ne savent comment réagir et observent leur déesse toute aussi abasourdie qu’eux face à tant de haine.
_ « Je comprends ta réaction peuple malheureux. Orphelin. Veuf. C’est de notre chair et de notre sang qu’il s’agit à cet instant. Observe donc à mes côtés ces huit hommes et ces deux femmes, tous Kshas de Shiva. Responsables d’une guerre, d’une rébellion à l’encontre de l’autorité d’Athéna et des valeurs qu’elle véhicule sur cette planète. Le dieu Shiva a osé se dresser contre l’amour et l’amitié, obligeant de nombreux Saints, soldats et apprentis à donner leurs vies pour vaincre ces assassins. Tu peux être assuré peuple athénien, que sans le courage et le sacrifice de notre armée, ces dix félons faisant partie de l’élite de la milice indienne, auraient instauré un ordre de chaos, de mort et de désolation… »
Dans le stade une femme hurle : « Mon mari est mort en Inde durant cette bataille ! »
Un homme répond : « Et moi c’est mon fils qu’ils ont tué ! »
Puis encore une trentaine d’intervenants lâche à son tour le chagrin qui le mine et le ronge.
_ « Oui… oui… comme je te comprend peuple meurtri, agite la tête d’une mine affectée Pictor. Et c’est parce qu’Athéna te comprend aussi, qu’elle rend maintenant sa justice. Même si le dieu Shiva a été neutralisé, même si son territoire est occupé par nos forces, même si la paix est revenue, notre majesté sait que ton affliction n’est pas pour autant soulagée… »
Il agite discrètement sa main pour alerter trois gardes qui viennent libérer les dix captifs de leurs liens.
Parmi eux, un s’écroule aussitôt au sol, il paraît à bout de force, affamé et déshydraté.

Hébé est horrifiée, elle détaille avec inquiétude les corps rachitiques des prévenus. Leurs visages, creusés par les cernes, n’inspirent que mortification et pitié. Présentés devant elle sans le moindre vêtement, ces hommes comme ces femmes, arborent les mêmes stigmates sur leurs peaux brunies, sales et lacérées. Les chairs marquées par le fouet et les coups. Certains sont estropiés, démunis d’un bras, d’une main, d’une oreille ou bien n’ont plus de langue, ni d’yeux.
Entre les jambes des femmes, ainsi que sur celles de quelques hommes, Hébé remarque des traces de griffures, certaines cicatrisées, d’autres, toutes récentes, synonymes de viols répétés.
_ « Quelles souffrances je peux lire dans le c½ur de ces dix soldats, murmure-t-elle ! Il semble que cela fait des mois qu’ils n’ont ni à manger, ni à boire.
_ Elles ne sont rien par rapport à celles endurées par nos hommes, corrige Saga d’une voix enjouée. J’ai insisté pour que la clôture de cette Journée Sainte se fasse par la mise à mort de condamnés arrivés du Panthéon en Inde, sanctuaire du dieu Shiva, désormais sous le contrôle d’Athéna. Ainsi nous rendons hommage à notre déesse en la gratifiant pour sa dernière victoire. »

_ « C’est pourquoi ces meurtriers vont subir le châtiment réservé aux êtres de la pire espèce, poursuit en bas Pictor… »
La foule hurle de joie. Pictor s’approche de l’homme tombé à terre.
_ « Toutefois, notre seigneur, le Grand Pope, est un homme bon. Si ces misérables s’agenouillent et baisent mes pieds, et qu’ils reconnaissent la suprématie d’Athéna, son représentant consentira à leur offrir une mort rapide, sans douleur. »
Le calme retombe dans les travées du colisée, tout le monde attend de voir la réaction de l’homme affaibli face au jeune et frêle Pictor qui remonte sa soutane turquoise pour laisser apparaître ses jambières.
L’infortunée victime se positionne à quatre pattes avec difficulté face au Saint de bronze du Chevalet du Peintre. Ses neuf compagnons pleurent, croyant en la faiblesse de leur camarade.
Alors qu’il abaisse sa bouche craquelée vers le métal de la Cloth qui couvre les pieds du chevalier, il ramasse une poignée de sable couvrant les dalles du colisée qu’il balance avec l’énergie du désespoir sur la toge désormais souillée.
Le public gronde aussitôt, essaie à nouveau de forcer le passage et invective les soi-disant assassins. Sous son masque Saga s’esclaffe tandis qu’Hébé est totalement perdue.
Furieux, Pictor arrache le tissu qui habille sa protection pourpre et enfile son casque ovale qui couvre entièrement sa tête.
Il balance un violent coup de pied en plein visage de l’indélicat, lui éclatant le crâne sur le coup et balayant le corps qui retombe dans la poussière juste aux pieds d’un autre Saint de bronze qui veille au grain comme Apodis.
_ « Ces hommes ont choisi leur châtiment : la mort, annonce Pictor en s’écartant du centre de l’arène ! »
Il pointe du doigt les vestiaires d’où sont sortis jusqu’ici les artistes.
Tous les regards sont rivés dans cette direction.
Subitement, le drap qui en camoufle l’entrée vole en lambeaux.
Du mini-tunnel sort un homme du haut de son mètre-quatre-vingt-dix-huit, fort mince. Sa peau est encore plus mâte que les appâts qui lui sont servis, elle est presque rougeâtre. Ses yeux beiges mystifient quiconque ose le dévisager, hormis Iphiclès qui l’observe froidement et Hébé qui est de plus en plus indignée.

_ « Les spectateurs vont être ravis, constate Apodis avec désarroi. Le Grand Pope a choisi pour la dernière partie du spectacle de faire appel à un de ses assassins personnels.
_ Indus est le descendant d’un peuple indien massacré il y a de nombreuses années en Amérique, explique Docrates positionné à ses côtés. Il éprouve une cruelle ranc½ur à l’encontre des hommes. Il considère les responsables du massacre de ses ancêtres comme des démons humains qui refusaient de se soustraire à la volonté d’Athéna. Ce chevalier de bronze de l’Indien va prendre grand plaisir à massacrer ces prisonniers qu’il doit considérer comme des renégats pour leur manque de dévouement envers Athéna.
_ Ce fanatique va être heureux de punir lui-même ceux qui ont pêchés contre notre majesté. Je comprends que Gigas voit en lui un atout majeur lorsqu’il s’agit d’envoyer ce Saint combattre des dieux mineurs qui protestent contre la suprématie de notre Pope, conclut Apodis. »

Acclamé par la foule, Indus marche lentement en direction du corps inanimé de la victime de Pictor. Les neufs autres Kshas se mettent en position de combat ou aident les plus faibles à se maintenir debout. Ils détaillent chaque mouvement du Saint habillé d’une Cloth verte sur laquelle les reflets du soleil donnent des nombreuses nuances.
Seul son visage à la peau bronzée, aux cheveux noirs et bouclés, n’est pas couvert. Ses jambes sont enveloppées jusqu’en haut des cuisses d’une cuirasse lisse, vert pomme, striée en lignes horizontales par de fines lignes vert foncé.
Sa ceinture est unie à son plastron strié de la même manière que ses jambières et protège l’ensemble de son abdomen et de son buste, habillé en son sommet d’épaulettes vert clair qui descendent de façon crochue jusqu’à ses biceps. Enfin, de ses avants bras, au design identique à celui des cuissardes, ressortent sur une ligne droite latérale à son radius, de longs et fins crochets vert pomme.
C’est de ces crochets dont il se sert une fois face à la dépouille du Ksha. Il tranche ainsi avec son bras la tête du défunt qu’il saisit par les cheveux et observe avec mépris.
De l’incision grossière et brutale, coulent quelques gouttes de sang, dont il s’abreuve sous le regard stupéfait du public.
Après s’être vulgairement délecté, il se barbouille le visage d’hémoglobine puis lance, tel un enfant envoyant en l’air un ballon, la tête en direction des autres Kshas auxquels il s’adresse.
_ « Voyez comme les Athéniens souhaitent votre mort. C’est pour les venger de votre hérésie que je vais vous offrir une mort lente et odieuse. »
Après ses mots, le voici disparu.
Du moins c’est ce que les spectateurs croient car pour l’ensemble des Saints et pour les gardes les plus affûtés, les mouvements du chevalier sont perceptibles. Il tournoie à la vitesse du son près du groupe de Kshas sur lesquels il abat tour à tour sa furie.
Les adversaires sont ainsi dispersés sur l’ensemble de la surface de combat alors qu’Indus est au milieu d’eux.
Les Kshas les plus vaillants, quatre en tout, se redressent aussitôt et foncent sur Indus qui croise ses bras. Une aura verdâtre l’entoure l’espace d’un instant puis disparaît lorsque les quatre chevaliers de Shiva l’approchent : « Fatal Glare ! »
Les soldats retenant la foule ainsi que les spectateurs des premiers rangs sont éclaboussés du sang des victimes de l’Eclat Meurtrier d’Indus.

Dans l’arène et dans les gradins, des bras, des jambes, des doigts, des pieds, des troncs et des mains appartenant aux quatre Kshas tombent éparpillés.
Les femmes cachent les enfants contre elles et ferment leurs yeux, tandis que les hommes les plus délicats posent leurs mains devant leurs bouches.

Un bras entier arrive devant le Grand Pope pourtant situé tout en haut de l’amphithéâtre. Il se met à rigoler en applaudissant fièrement Indus entouré des quatre cadavres fauchés par le Fatal Glare.
Les tribunes ainsi que quelques Saints suivent le Pope dans ses congratulations.
Iphiclès sert la mâchoire et fixe avec mépris le représentant d’Athéna.
_ « Grand Pope, je ne suis pas convaincue qu’un tel traitement soit celui qu’Athéna souhaite faire subir à ses ennemis. Je vous demande immédiatement de me conduire à elle, s’empresse Hébé outrée ! »
Saga choisit d’ignorer Hébé et reste captivé par le spectacle tout comme le public qui depuis l’arrivée d’Indus ne prête plus attention à ce qui se trame dans la tribune d’honneur.

Indus approche un Ksha qui, totalement affaibli, rampe au sol pour le fuir.
L’assistance se prend d’un fou-rire en constatant le désespoir du fidèle de Shiva.

_ « Jamais je n’ai vu un tel manque de valeur, fronce ses sourcils Hébé, un tel manque de pitié dans le c½ur d’un peuple. Il n’y a là que la violence et la haine. Grand Pope ! Il faut absolument que vous repreniez le contrôle de la situation.
_ Mais j’ai toujours le contrôle de la situation, continue d’observer la scène avec euphorie Saga ! J’offre au peuple ce qu’il attend. Les Athéniens voient à quel point Athéna est puissante et jouissent de notre suprématie sur les peuples indociles. »
Juventas constate qu’à mesure que le Grand Pope s’enthousiasme, quelques mèches de ses cheveux bleus tombent de son casque doré et grisonnent par intermittence…

Indus effectue un prodigieux salto jusqu’au fuyard et se réceptionne juste devant lui.
Déjà couché sur le ventre, le gibier d’Indus est vite immobilisé par le Saint qui lui plaque, à l’aide de sa main droite, la nuque contre le sol et qui plante les lames de son bras dans le haut du dos du Ksha qui hurle à la mort.
Il descend ainsi son bras jusqu’au bas du dos de l’homme toujours conscient. Puis, arrivé au niveau des reins, il déchire les deux organes en les entaillant profondément.
Alors que des spectateurs horrifiés quittent le Colisée, Indus observe la majorité restante, assoiffée de vengeance et s’adresse à eux : « Vous aussi vous souhaitez participer au triomphe d’Athéna ? Alors tenez ! »
Il balance dans les tribunes son adversaire, encore lucide mais tétanisé par la douleur.
Il atterrit au milieu d’une cohue où des dizaines d’hommes se bousculent pour porter un coup au Ksha dépecé. Même des femmes s’immiscent dans la masse pour frapper un corps totalement bleui par les coups.
Des soldats d’Hébé placés dans les tribunes bousculent les spectateurs pour tenter d’intervenir et de sauver le Ksha qui rend son dernier soupir.
D’autres Hébéïens s’empoignent aux abords de la surface de combat avec des Athéniens. Ils espèrent intervenir afin de cesser cette mascarade.
Apodis et les autres Saints commencent à s’inquiéter.

En haut, Hébé se lève et ordonne : « Grand Pope arrêtez ceci immédiatement ! »


Au même moment, sur Death Queen Island, Ikki parvient jusqu’au village.
Une fois devant le désastreux spectacle, il découvre deux cadavres sans vie. Un grand-père et son petit-fils gisant devant une chaumière en proie aux flammes.
Face à la bâtisse, deux chevaliers aux vêtements noirs couverts chacun d’une Cloth sombre rient aux éclats.
Autour d’eux sont réunis les huit derniers habitants du village de l’île de la Mort. Chacun apporte ce qu’il lui reste de nourriture avec parmi eux la jolie Esmeralda aux cheveux longs, blonds, et habillé d’une vieille robe blanche à fleurs rouges.
Le premier Ankoku Saint porte une armure en tout point conforme à l’armure de bronze du Lynx. Il déclare : « C’est ça bande de chiens ! Apportez-nous tout ce qu’il vous reste si vous ne voulez pas finir comme ce vieillard et ce mioche ! »
Il déplie un grand drap sur lequel les derniers villageois viennent déposer les pauvres denrées à leur disposition.
_ « C’est tout, grogne-t-il ? »
Des huit malheureux, seule Esmeralda ose répondre malgré la peur qui la ronge.
_ « Il ne nous reste plus que ça. La sécheresse et la terre infertile ne nous permettent que d’avoir de maigres récoltes. Le Sanctuaire ne nous fait plus parvenir de nourriture depuis des années, la faune et la flore se meurent davantage chaque jour, nous manquons d’eau et…
_ Silence ! Vos tracas ne me concernent pas, ordonne Ankoku Lynx. »
Le deuxième chevalier noir s’approche d’Esmeralda et tourne autour d’elle d’un ½il mal attentionné. Cette femme chevalier porte une copie ébène et efféminée de l’armure de bronze de l’Ours. Ses cheveux gras courts s’enroulent autour de son diadème tandis que son visage ne porte pas de masque comme le veut pourtant la tradition pour les femmes chevaliers. Preuve de l’irrespect porté par les Ankoku Saints à la chevalerie.
Ses larges hanches semblent bien lourdes à bouger. Sa Cloth noire lui compresse son opulente poitrine qui n’a pas besoin de ça pour être visible. C’est d’ailleurs ces seins immondes de par leur taille qui touchent le corps de la douce Esmeralda lorsque la femme chevalier choisit de lui agripper le visage au niveau de la mâchoire.
_ « Regarde donc Lynx Noir ! Il y a un ange en enfer. Cela m’étonne que nos amis ne l’aient pas remarqué plus tôt. De toutes les femmes qu’ils ont ramenées au repère, celle-ci sera la plus jolie, manipule Ankoku Ursa Major le visage de la tendre jeune femme.
_ Il serait plus prudent que tu la lâches, cette fille est l’enfant de Guilty.
_ Tu veux parler de celui qui fut durant des années notre bourreau ? Pff… Maintenant qu’il est de notre côté, je le vois mal nous refuser de la chair fraîche pour nous amuser. »
La corpulente femme chevalier vole un baiser à la jolie paysanne.
Aucun villageois n’a le cran de réagir.
Quand tout à coup, une décharge cosmique vient heurter l’Ours Noir en plein dos. Ikki est arrivé.

Elle lâche la belle demoiselle et se retourne pour faire face à un Ikki plein de rage.
_ « Je t’interdis de toucher à un seul de ses cheveux ! Esmeralda est la seule personne sur cette île qui me donne la force et le courage de survivre chaque jour. Jamais je ne pourrai pardonner ton geste.
_ Alors c’est toi l’apprenti de Guilty, approche Ankoku Lynx. Si le Sanctuaire ne tenait pas tant à toi, tu serais déjà mort.
_ Pas de votre main en tout cas. Aucun chevalier noir n’a réussi à me vaincre jusqu’à présent.
_ Tu dis cela car tu n’as pas encore rencontré les quatre Seigneurs Noirs. Mais je ne te laisserai pas cet honneur. Peu importe les ordres du Sanctuaire. »
Lynx Noir fonce sur Ikki qui concentre son attention sur lui. Ours Noir en profite pour attaquer par derrière et frapper Ikki d’un coup de genou dans la colonne vertébrale.
Le Japonais n’a pas le temps de se remettre de la douleur que Lynx Noir le cogne avec son poing dans l’estomac.
Ours Noir empêche Ikki de s’écrouler en le ceinturant et en le soulevant du sol.
Immobilisé, Ikki encaisse coup sur coup les attaques du Lynx Noir.
Tout semble perdu pour lui.
Les villageois qui avaient retrouvé le sourire à son arrivée, sont désormais abattus.

Esmeralda s’approche et s’agenouille aux pieds du chevalier noir du Lynx : « Je vous en supplie, laissez le… »
Il la repousse prestement sur le côté et continue de maltraiter Ikki.
_ « J’accepte de vous suivre sans broncher si vous lui laisser la vie sauve, revient chancelante Esmeralda.
_ Esme… Non… Esmeralda… Ne fais pas ça… Pas pour moi, murmure presque inconscient Ikki…
_ Je ne me pardonnerai jamais ta mort Ikki. Si mon geste peut t’aider à devenir chevalier alors je le ferai sans hésiter. »
Le chevalier de l’ombre s’impatiente et bouscule d’une manière beaucoup plus autoritaire Esmeralda en la giflant violemment.
A cet instant, Ikki ouvre grand les yeux.
Une aura orangée, brulante, entoure son corps.
La femme chevalier peine de plus en plus à le retenir prisonnier de son étreinte.
Son complice fixe Esmeralda sans se soucier du Japonais : « Que tu le veuilles ou non, tu viendras avec nous de toute façon. Mais pas avant d’avoir tué ton ami et… »
Un choc retentit.
Il empêche le meurtrier de finir sa phrase.
Le chevalier noir crache du sang et devient livide.
Ses yeux se penchent avec difficulté sur son flanc droit dans lequel s’est logé le poing d’un Ikki prit d’une furie frénétique.
Pourtant, l’atroce douleur ne vient pas de cette effroyable perforation.
Non.
Elle vient de l’énergie qui continue de se dégager du poing du Phénix et qui finit par exploser.
Le souffle provoqué par l’explosion désintègre les organes vitaux du chevalier noir et fait voler en éclat sa Cloth.
De lui, il ne reste plus qu’un corps sans vie avec un trou béant partant de sa hanche droite jusqu’à l’épaule.

Ikki est transcendé par la colère et la vengeance.
Ankoku Ursa Major recule à mesure qu’Ikki avance dans sa direction.
Elle tremble, profère des insultes et finit par attaquer : « Black Strong ! »
Le poing chargé du cosmos ténébreux de l’Ours Noir s’abat en direction du visage d’Ikki.
Il bloque le coup dans le creux de la paume de sa main gauche sans la moindre peine : « Voilà donc à quoi ressemble un arcane invoqué par la cosmo énergie. Mon maître Guilty m’a enseigné la concentration du cosmos pour le dégager en un coup. Aujourd’hui encore, ces techniques me semblent bien compliquées, néanmoins tu mérites de faire les frais de mon apprentissage. Je nomme ce coup les Ailes du Phénix : Ho Yoku Ten Sho ! »
La cosmo énergie d’Ikki quitte son corps pour prendre la forme d’un Phénix qui, par son envol, emporte la femme chevalier et la balaie par le vent ardent, tranchant et oppressant du futur Saint.

Elle retombe à dix mètres de là, l’armure en morceaux et la chair en lambeaux.
Toutefois, elle redresse encore la tête, bien décidée à défier Ikki du regard.
Enragé, Ikki bondit devant elle pour l’achever mais Esmeralda s’interpose : « Non ! Arrête Ikki ! Ne fais pas ça ! Elle a perdu. »
Ikki ne regarde même pas Esmeralda dans les yeux.
Son souffle est court mais profond.
Son torse se bombe à chaque inspiration.
_ « Elle t’aurait fait vivre mille tourments si je l’avais laissé faire. Cette femme reviendra si je la laisse partir. Elle doit mourir.
_ Qui es-tu Ikki pour avoir droit de vie ou de mort sur les gens, lui demande-t-elle d’une voix douce et chaleureuse ? Tu m’as toujours dit que tu es différent des autres guerriers de cette île. Tu te bats avec ton c½ur pour l’amour d’autrui. Seulement pour l’amour. Ne laisse pas la haine te rendre comme mon père et comme les chevaliers noirs. »
Le poing d’Ikki est si serré que son bras en tremble.
Ses muscles sont raides et son esprit est perdu.
Esmeralda le rejoint alors pour le serrer contre elle et l’apaiser.
C’est seulement au terme d’innombrables secondes que le coléreux héros revient à lui.

_ « Tu ne deviendras jamais le Phénix grâce à l’amour, se redresse difficilement Ankoku Ursa Major. Le Phénix est un oiseau solitaire, il ne connait pas l’affection, seule la haine guide ses pas. Guilty le sait et Jango aussi.
_ Jango ?! Qui est Jango ? Parle !
_ Jango est le chef des chevaliers noirs. Il fut durant des années l’ennemi de Guilty. Pourtant, Guilty revint un jour du Sanctuaire qui lui ordonna de pactiser avec nous. En attendant notre heure, le domaine sacré demanda à Guilty de transmettre à Jango l’ordre de réunir et former les plus dangereux sujets de cette planète à la maitrise du cosmos et d’en faire des chevaliers noirs pendant que Guilty s’active à trouver un meneur pour les troupes.
_ Ce meneur c’est le chevalier du Phénix n’est-ce pas, s’immisce timidement Esmeralda à la discussion ?
_ De tous les apprentis chevaliers du monde envoyés sur cette île, Ikki est le seul qui a survécu ou qui n’a pas perdu la raison. L’armure du Phénix n’a jamais été gagnée par quiconque depuis sa création. C’est pourquoi aux yeux du domaine sacré Ikki est un élément qui mérite d’être reconnu. C’est parce que tu es le meilleur de tous les apprentis que Guilty a reçu l’ordre de t’éduquer en épargnant dans la mesure du possible ta vie pour t’inculquer les bases de la haine qui feront de toi le seul à pouvoir porter cette armure. En la remportant, tu deviendras le maître de cette île et de tous les chevaliers noirs. Avec ton armée, tu pourras mener le Sanctuaire à la victoire.
_ Quel intérêt a-t-il à faire cela, s’inquiète Esmeralda ?
_ Ikki deviendra un sergent de l’armée d’Athéna, la déesse qui gouverne ce monde, se redresse Ankoku Ursa Major. Il s’agit de l’armée la plus puissante de la Terre. Le pouvoir sera à la portée d’Ikki et Athéna, quitte-t-elle le village en titubant…
_ Je sais qui est Athéna et je connais toutes les légendes sur ses chevaliers. Mais pourquoi favoriser la haine alors qu’elle privilégie l’amour, la rappelle Ikki ?
_ Parce qu’aujourd’hui le monde est pourri par l’hypocrisie des sentiments. Il n’y a qu’à voir la raison qui t’a poussé à venir ici et à subir toutes ses souffrances… »
Ikki demeure perturbé par ces propos. Il est pensif.
_ « La haine est la seule arme qui permettra de rétablir la vérité sur ce monde et tu seras celui qui conduira le Sanctuaire et la Terre dans le droit chemin, conclut l’adversaire déjà au loin… »


En Grèce, au Sanctuaire, devant la maison du Bélier, Naïra serre les dents pour ne pas gémir de douleur.
La flamme de la Vierge est maintenant entamée. Cela n’est pourtant pas la principale préoccupation du Saint de bronze de la Colombe.
Enée ne souhaite pas la faire souffrir davantage.
L’Alcide concentre un maximum d’énergie pour porter un coup fatal.
Elle en profite pour frapper par surprise : « Final Justice ! »
Une centaine de coups de poings semblables à de petites étoiles filantes touche Enée uniquement au visage.
L’Alcide de la Capture de Cerbère fait quelques pas en arrière tandis que son casque qui s’est détaché chute en rebondissant jusqu’aux premières marches du seuil de la maison, libérant ainsi ses longs cheveux bruns emmêlés jusqu’alors dans son heaume, dévoilant finalement à ce menaçant guerrier un air efféminé.
Enée n’a pas une seule égratignure néanmoins on devine à sa mine renfrognée que la riposte ne va pas tarder.
Naïra recule rapidement et adopte à nouveau sa pose de combat. Ses longs cheveux couleur feu sont balayés par le vent tandis que son cosmos grandit, elle se lance à nouveau sous les yeux noisettes d’Enée.
_ « Tes vulgaires étoiles ne peuvent rien contre moi, insiste Enée. Je vais te montrer ce qu’est un vrai coup étoilé, de vraies Etoiles Offensives…
_ Final Justice !
_ Charging Stars ! »
Semblables aux Météores de Pégase, les Etoiles Offensives d’Enée écrasent les petites étoiles filantes de Naïra puis, bien plus rapides, plus puissantes et plus nombreuses, elles viennent infliger au Saint de bronze une multitude d’impacts.
La Nord-Coréenne est propulsée à l’intérieur du premier palais et s’écrase contre une colonne de marbre avant s’écrouler sous le poids des blessures.
Enée s’approche de Naïra dont le masque s’est brisé durant la chute.

Alors qu’il est sur le seuil de la maison, il stoppe net car derrière lui une lueur dorée s’accroit.
Enée reconnaît tout de suite le statut de son opposant.
_ « J’imagine que les choses sérieuses commencent pour moi n’est-ce pas ?
_ Tout juste, répond Aiolia. Je ne te laisserai même pas poser un seul pied à l’intérieur de la maison de Mu du Bélier. »
Enée se retourne à la vitesse de la lumière et entame sans plus attendre les hostilités : « Charging Stars ! »
Aiolia esquive chaque Etoile Offensive et se retrouve face à son opposant le coude en avant. Enée évite à son tour en pivotant sur le côté et répond d’une reprise de volée du pied droit dans le dos du Lion. Enée enchaine d’un violent coup de tête derrière le crâne d’Aiolia qui n’a pas eu le temps de se retourner. Le Lion commence à chanceler, à cause de l’élan que vient de lui insuffler un tel télescopage mais se ressaisit et s’accroupit pour éviter Enée qui arrive pied gauche en avant pour le frapper à nouveau dans le dos. Ainsi, se retrouvent-ils face-à-face et, Aiolia, plus rapide cette fois-ci, cogne du poing gauche l’estomac de l’Alcide puis du droit sa tempe. C’est maintenant Enée qui doit se remettre de ce renversement de situation et il n’a pas le temps d’esquiver le coup de pied derrière son genou droit. Il chute genou à terre et reçoit maintenant l’autre jambe d’Aiolia en plein visage, ce qui lui fait dévaler quelques marches. Aiolia ne lui accorde aucun répit et lui envoie sa boule de feu.
_ « Lightning Bolt !
_ Stars And Stripes, riposte en pleine chute Enée ! »
Enée souhaite faire écran avec sa Bannière Etoilée mais la puissance cosmique du Lion écrase celle du Cerbère et Enée est encore repoussé plus bas…


Plus bas, dans la ville d’Honkios, quelques Hébéïens s’avancent prudemment dans les avenues de la plus grande ville du Sanctuaire.
Ils progressent furtivement dans la direction du colisée.
Tous les habitants de la ville ont abandonné l’idée de fêter la Journée Sainte après que l’état d’urgence a été décrété.
D’entre les pavés qui forment les routes de la ville, s’écoule le sang de nombreux Hébéïens qui ont été surpris par les soldats Athéniens.
Comme partout, des actes orchestrés par les mercenaires de Gigas ont fait incriminer à tort les Hébéïens, catalogués dès lors comme ennemis de guerre.
Les plus chanceux ont réussi à passer les camps athéniens du nord, de l’est, de l’ouest et du sud pour arriver aux abords du colisée. Ils espèrent alerter à temps leur déesse, qui ne semble pas être tenu au fait du complot qui la menace.
Malheureusement pour eux, ces braves trouvent les lances et les glaives des gardes d’Athéna qui se sont retranchés au centre sur ordre du commandant Phaéton.

Assuré du succès de sa machination, Gigas poursuit, encapuchonné, son discret parcours, en arpentant les murs des ruelles.
Se camouflant dans les moindres recoins, trop peureux pour affronter l’ennemi lorsqu’il se présente.
Cela jusqu’à la sortie de la ville.
Là, il longe une rivière.
Traverse un bois.
Puis, enfin, entame la montée d’une colline d’où, une fois arrivé au sommet, il surplombe la ville et plus particulièrement le colisée.
En avançant jusqu’au précipice, il parvient jusqu’à un homme qui se tient debout, en transe, entouré d’une aura doré, les bras recroquevillés devant sa poitrine, les yeux imprégnés d’une lueur jaunâtre.
Le vieillard s’approche de lui et le félicite : « Tout marche comme prévu. Continue ainsi Spartan et le Pope sera fier de toi. »
Le mercenaire poursuit son action sans atténuer sa concentration.

Soudain, la voix intéressée d’un homme surprend le général, il s’agit d’un soldat d’Hébé.
_ « Spartan c’est ça ? Voilà donc celui qui brouille les liaisons cosmiques qui émanent de notre majesté Hébé.
_ Que fais-tu ici renégat, le menace Gigas ?
_ Renégat ?! Moi, dégaine son épée le soldat ?! Alors que je viens de découvrir les origines de ce complot ! Je vais vous occire tous les deux et rétablir la vérité sur le Sanctuaire. Meurs ! »
Le soldat brandit sa lame en l’air et l’abat en direction de Gigas pour le pourfendre.
Gigas pose ses bras devant son crâne pour se protéger et ferme les yeux en attendant sa sentence. Un cri strident fait soudain écho dans les airs : « Fantom Arrow ! »

Le pauvre Hébéïen est transpercé de toutes parts par une multitude de flèches d’argent.
Le cadavre, perforé sur toute l’étendue de son corps, s’écroule sur le gazon qui couvre la colline. Gigas rouvre les yeux, cherchant son sauveur du regard. Il ne tarde pas à le reconnaître, vêtu d’une soutane grise et caché derrière un masque violet, inexpressif.
_ « Ptolémy Saint d’argent de la Flèche !
_ J’ai rempli mon rôle comme il se doit, assure le fidèle espion du Pope. J’ai informé nos sergents du danger qui plane et me suis assuré que les mercenaires sous votre coupe fassent discrètement le travail. Désormais, le plus important c’est de veiller sur Spartan pour qu’aucun ennemi ne vienne perturber sa méditation. D’ailleurs, en voici un, pointe-t-il du doigt l’horizon !
_ Tu perds la tête mon pauvre Ptolémy, personne n’est là, scrute le vide Gigas sans discerner quoi que ce soit.
_ Si un vulgaire soldat d’Hébé a pu vous prendre en filature Général, alors rien de plus simple pour un Alcide ! »
Du bras du chevalier est décochée une flèche illusoire qui fond sur le plateau qui domine le haut de la colline.
La flèche finit par choquer un point invisible.
C’est à cet instant que l’atmosphère se fait plus lourde.
Juste le temps qu’un corps en surgisse comme s’il fendait le décor pour en sortir.
Toute aussi irréelle est l’apparence du maître de cette illusion.
Un homme aux genoux distordus qui le font marcher lentement. Traînant les pattes tel un animal abattu.
D’animal il n’a pas que la démarche. Son dos, bossu, lui fait pendre les bras en direction du sol.
Du moins ce qui s’apparente à des bras. Son membre droit est complètement atrophié et les doigts de cette main sont retournés à l’inverse de ceux d’un homme anatomiquement bien formé. Son bras gauche est long et dénué de main, de coude et de toute autre particule composant un corps humain en bonne santé. Il ressemble à un long mat de bateau, rigide, portant de longs poils jaunâtres comme s’il s’agissait d’une patte de chien.
Pourtant, sa Cloth blanche et crème est parfaitement adaptée à ce physique ingrat. Comme les armures des chevaliers d’Athéna, les Cloth des Alcides d’Hébé sont vivantes et s’ajustent au physique de leurs porteurs.
Ainsi ses jambières ressemblant à celles de l’armure de la Lyre, couvrent ses pieds, ses tibias et ses genoux tordus. Ses cuisses, dissemblables l’une de l’autre, la gauche étant maigrelette comparée à la droite exagérément opulente, sa ceinture et son abdomen restent découverts de toute forme de protection.
Seule sa poitrine et ses épaules sont défendues par un plastron blanc, semblable à celui de l’armure de Pégase dans sa première version, où des serres de couleur crème sont gravées.
Les épaulettes se déclinent en une forme de plumage métallique aux extrémités acérées pour chaque plume, alors que sont figées dans le dos du plastron d’immenses ailes blanches à la teinte beige.
Telle la Cloth d’Apodis et le Surplis de Valentine, les avant-bras et plus particulièrement le poignet droit bénéficient d’une défense jusqu’au bout des ongles formant de longues griffes acérées au bout de chaque doigt.
Cette si jolie Cloth est paradoxalement trop belle pour cet Alcide au visage difforme casqué d’un simple diadème avec une tête d’oiseau effrayant en symbole.
Ses yeux rouges souffrent d’un strabisme inconcevable, son nez est désaxé de son visage tout comme sa bouche qui reste entrouverte et de laquelle s’écoule en continu sa bave qui sèche sur ses petites lèvres craquelées et d’où on remarque une dentition particulière. En effet, en le dévisageant, Gigas ne compte que huit dents en haut et sept en bas, aucune n’étant alignée, certaines étant même positionnées dans le palet du malheureux. Son crâne est dégarni sur le dessus alors que sur le tour tombent d’épais cheveux gras jaune pâle.

_ « Alors la rumeur est fondée, constate Gigas !
_ Quoi ?! Quelle rumeur, réagit la voix étouffée par son masque Ptolémy ?
_ Il y a quelques mois, une fois la venue d’Hébé annoncée à notre Pope, ce dernier m’a demandé d’enquêter sur les armées de celle-ci. Après de multiples recherches, un mercenaire sous mes ordres a enlevé sur le Port du Destin, à Iraklion en Crète, un messager d’Hébé qui revenait d’une mission depuis les terres africaines. Nous l’avons interrogé et torturé. En lui demandant quels étaient les Alcides qui étaient les plus à craindre, l’homme nous a annoncé qu’en plus d’Iphiclès du Lion de Némée et Juventas des Juments de Diomède, Hébé dispose d’un atout de taille, spécialisé en télékinésie. Cet homme, fruit d’un viol consanguin, né au bout d’à peine six mois de grossesse il y a vingt-huit ans, a été dès la naissance abandonné dans les bidonvilles de Bolivie, d’où il est originaire. Recueilli par un misérable mendiant, l’handicapé, souffrant d’un trouble de la vue, sourd et muet, véritable phénomène de foire, n’eut pour s’en sortir que son improbable volonté et ses capacités intellectuelles inattendues. Il apprit à communiquer par la pensée en s’ouvrant inconsciemment au septième sens. Voué à la mort dès sa naissance, ne pouvant ni manger ni boire seul, il réussit l’exploit de conserver sa volonté en revenant du royaume d’Hadès, capacité réservée aux hommes maitrisant le huitième sens. C’est en grandissant et en faisant usage de son bon sens qu’il comprit en quoi consiste la cosmo énergie et comment il fallait la manipuler. Quittant son pays natal, il téléporta son âme et son corps pour les déposer sur l’île d’Yíaros. En usant de sa cosmo énergie, il parvint à surmonter toutes les limites repoussant un simple mortel et découvrit le territoire d’Hébé vers laquelle il se sentit attiré. La Cloth des Oiseaux du Lac Stymphale le reconnue aussitôt comme son propriétaire. Depuis ce jour, sur les terres d’Yíaros, plus jamais il ne subit humiliations et railleries, ¼dipe Alcide des Oiseaux du Lac Stymphale a gagné le respect d’une déesse et de son nouveau peuple qui l’a accepté tel qu’il est. Soyez persuadés mes frères que cet ¼dipe donnera sa vie pour protéger ceux qui l’aiment. »
A mesure qu’¼dipe s’avance telle une larve, Ptolémy passe devant son général.
_ « Pff… Le septième sens est une particularité propre aux Saints d’or. Quant au huitième sens… je n’ai jamais entendu parler de ce prodige. On vous a mal renseigné mon général. Les Hébéïens ont fait de ce monstre une légende, rien de moins ! Je vais vous prouver qu’ils ont eu torts ! Le plus important reste ce bouclier cosmique instauré par Spartan. Il faut le protéger jusqu’au bout. »
¼dipe est tout proche, Ptolémy le pointe du doigt : « Arrête-toi là espèce de phénomène de foire ! Arrête ! Sans quoi tu vas goûter à mon Fantom Arrow ! Mes Flèches Fantômes peuvent passer de la simple illusion à de véritables flèches d’argent comme celles reçues par ton soldat et… »
L’Alcide passe à côté de Ptolémy sans même lui prêter attention et continue en direction de Spartan. Ptolémy perd patience : « Tu ne manques pas de culot toi ! Ah oui ! J’oubliais que tu es sourd ! Tant pis pour toi, tu vas subir mes flèches sans même te douter des conséquences. Vu ton physique ingrat, je ne peux que te rendre service ! Meurs à présent… Fantom Arrow ! »
Les flèches d’argent fondent sur ¼dipe.
Alors qu’il croit l’avoir touché ¼dipe, les flèchent traversent un corps illusoire et s’écrasent contre le sol, provoquant de vigoureuses secousses.

Pendant que l’hologramme créé par le cosmos d’¼dipe se désagrège au fil des secondes, Gigas se remet debout, cahoté par l’explosion, et plisse les yeux pour s’assurer que, derrière le nuage de fumée résultant de ce choc, Spartan ne craint rien.
_ « Impossible, mais où est-il, grince des dents Ptolémy ?
_ Juste derrière toi, lui répond une voix venue du ciel. »
Pris d’un frisson, Ptolémy se jette en avant en effectuant une roulade afin de fuir une éventuelle contre-attaque.
Aussitôt debout, il relance son arcane : « Fantom Arrow ! »
L’infirme fait gronder sa voix dans les airs grâce à son cosmos : « Psycho Crusher ! »
Les flèches se heurtent à un mur invisible au grand désarroi de Ptolémy.
Soudain, la barrière instaurée par ¼dipe s’étend et entoure Ptolémy afin de former un cube dans lequel il est retenu.
_ « Mon Psycho Crusher est une technique télékinésique vouée aussi bien à la défense qu’à l’attaque. Après m’être protégé de ton agression ridicule, je vais maintenant te broyer dans mon Ecraseur Psychique. »
En une fraction de seconde, le cube se rétracte, écrasant Ptolémy qui retombe au sol, la soutane désintégré avec, par-dessous, sa Cloth entamée en quelques endroits, le masque en poussière.
De la bouche de Ptolémy, inconscient, s’écoule un filet de sang.

¼dipe achève les quelques mètres qui le séparent de Spartan, toujours concentré.
Il se pose juste à côté de lui et, les muscles totalement relâchés, se transcende.
Gigas, paniqué, se saisit de la dague de son précédent agresseur et se presse d’approcher ¼dipe pour l’abattre dans le dos.
En route, la lame s’effrite et Gigas s’écroule, saisit d’une terrible douleur à l’estomac comme s’il venait de recevoir un coup dans le ventre.
_ « Désormais je vais pouvoir engager ce combat télékinésique contre ce guerrier, résonne la voix d’Oedipe. »
Pendant que sur le cadran zodiacal s’éteint le signe de la Vierge, un duel spirituel s’entame…


A des milliers de kilomètres de là, Ikki et Esmeralda se promenent afin d’oublier la tension qui règne actuellement.
Ils marchent sur une plage, main dans la main, les pieds dans l’eau.
Il s’agit là d’un des seuls coins de l’île où le paysage est agréable et où la misère paraît loin.
Ce court espace sablonneux est reculé du village, il se situe au bas d’une falaise et ne peut être atteint qu’après avoir descendu un sentier couvert de cailloux.
Les deux amis refont le monde en s’imaginant quelle sera la vie qu’Ikki leur offrira une fois qu’il sera chevalier.
_ « Ikki promets-moi que tu seras bon et que tu te battras pour le bien !
_ Je te le jure, tout comme je te jure de t’emmener avec moi loin d’ici. Nous vivrons heureux, dans ce que les autres appellent le domaine sacré, en Grèce, là où tous les chevaliers vivent. Mon frère viendra avec nous et nous combattrons pour défendre le Sanctuaire. Lorsque je reviendrais de campagne avec mes hommes toi tu seras là à m’attendre avec dans tes bras nos enfants et… et… et je t’épouserai et Athéna elle-même nous donnera sa bénédiction !
_ Ikki, balbutie Esmeralda d’anxiété… Quand tu parles de « tes hommes », de qui parles-tu au juste ?
_ Ton père m’a dit qu’au Sanctuaire un chevalier de bronze peut être à la tête d’un escadron de quinze soldats. Il est nommé sergent.
_ Et que feras-tu des chevaliers noirs lorsque tu auras gagné l’armure ? »
Ikki hésite durant un battement de secondes qui semblent interminables pour Esmeralda.
Sa voix est moins affirmée qu’à l’accoutumé, il parle moins fort : « Je prendrais peut-être les meilleurs pour les ramener avec moi au Sanctuaire. Tu sais, il y a de bons éléments parmi eux. Je suis convaincu qu’ils ne sont pas tous mauvais. »
Esmeralda blêmit en entendant cela. Ses yeux sont figés dans ceux d’Ikki.
C’est seulement lorsqu’il comprend son malaise qu’il sourit. Enfin, il perd définitivement son sérieux et rigole.
_ « Tu te moquais de moi n’est-ce pas ? Tu savais qu’elle allait être ma réaction ?
_ Tu devrais voir ta tête ! C’est trop drôle. »
Elle essaie de le bousculer pour se venger. Ikki finit par l’entourer avec ses bras et ensemble ils tombent sur le sable brulant.
Toutefois, le futur Phénix reste songeur après son affirmation…

Toujours au sol, il soupire de douleur.
Esmeralda comprend qu’il souffre des hématomes causés par les nombreux combats qu’il mène depuis son arrivée.
_ « Ne t’en fais pas ! Je vais bien. Voilà bien longtemps que je n’avais pas ris comme ça, c’est tout, se tient-il les côtes.
_ Peut-être que l’eau de la mer soulagera ton mal ? »
Ikki hoche la tête pour approuver sa proposition.
Il lui tourne le dos et ôte son maillot et son pantalon, tous deux usés et craqués, ainsi que ses sandales.
Malgré les cicatrices et les bleus, le beau jeune homme, nu, présente une silhouette taillée dans le marbre.
Esmeralda observe son dos râblé et ses fesses d’acier. Ses épaules sont larges et imposantes, ses biceps magnifiquement sculptés. Ses cuisses et ses mollets paraissent avoir été trempés dans l’acier.
Il s’enfonce dans l’onde chauffée par le soleil ardent malgré les vagues plus ou moins violentes.
Il s’arrête lorsque le niveau de l’eau l’engloutit jusqu’aux hanches et se retourne pour observer Esmeralda qui laisse les vagues venir lui caresser les pieds.
Subitement, entre deux vagues, elle choisit de défaire les bretelles de sa robe rapiécée et la laisse glisser le long de son corps pour enfin choir sur le sable humide.
D’un mouvement délicat avec son pied, elle jette en arrière le tissu afin d’éviter que l’eau ne vienne dessus puis s’avance en direction d’Ikki.
Une fois proche d’Ikki, elle colle son front contre le sien en se hissant sur la pointe de ses pieds.
_ « Esme…
_ Chut ! Chut, l’interrompt-elle en glissant ses doigts sur la bouche d’Ikki ! Ne dis plus un mot… »
Elle retire sa main pour venir déposer ses lèvres et lui échanger un délicat baiser…


Pendant ce temps, dans la forêt de l’est du Sanctuaire, Dante recule de quelques pas.
Teucer vient de lui flanquer un nouveau coup de poing en plein visage.
Le Saint d’argent du Cocher encaisse les coups sans pouvoir riposter, son boulet et sa chaîne sont trop lents pour l’Alcide qui cogne à nouveau son genou dans l’abdomen du chevalier.
Malgré les heures qui défilent sans qu’il puisse prendre le dessus, Dante reste pourtant confiant et souriant. Il n’abdique pas sous les coups répétés de Teucer qui est déjà bien affaibli après son combat contre Capella. Il se relève avec un air défiant à chaque assaut de son adversaire.
L’Alcide perd ainsi patience et dégage de plus en plus de cosmos dans ses coups jusqu’à ce qu’il déclenche son ultime technique : « Je ne voulais pas gaspiller le peu de cosmos qu’il me reste, mais tu ne me laisses pas le choix ! Tu vas mourir broyer par mon Atomiseur : Final Atomic Buster ! »
Son nez aspire à nouveau l’effluve de sa cosmo énergie, ses pupilles deviennent sombres, il croise ses bras et les plaque contre son torse, il baisse la tête puis charge enfin à toute vitesse son adversaire.
Dante affiche une mine satisfaite : « Tu t’es enfin décidé à plonger tête baissée dans le piège que je te tends ! »
L’attaque de front de Teucer ne dispose d’aucun moyen de défense, tout est porté à l’offensive. Dante effectue au-dessus de sa tête un cercle avec sa chaîne comme s’il faisait d’elle un lasso qui enveloppe Teucer sans pour autant stopper sa course. C’est lorsque la chaîne finit de faire plusieurs fois le tour de son adversaire de haut en bas et de droite à gauche qu’elle emprisonne le Sanglier d’Erymanthe dont l’assaut est stoppé net.
Totalement immobilisé, Teucer voit arriver le boulet aux pointes mortelles fondre sur lui.
C’est impuissant qu’il reçoit le coup en pleine face.
Il s’écrase contre un immense arbre, totalement défiguré, le casque éclaté sous l’impact.
Son nez est arraché.
Son crâne souffre d’une hémorragie.
Son ½il droit a éclaté sous le choc
De sa bouche tombent ses dents cassées mêlées à du sang.
Beau et solide jusqu’alors, Teucer apparait dorénavant meurtri.

Le retournement de situation rend en apparence les choses désespérées, cependant Teucer affiche une certaine satisfaction vis-à-vis du fier Saint d’argent.
_ « Ne crois pas m’avoir vaincu trop facilement.
_ Comment ?
_ Dans ton euphorie tu n’as même pas remarqué que l’onde de choc de mon Atomiseur est parvenue jusqu’à toi bien que mon corps fut immobilisé. »
Dante baisse les yeux au niveau de son plastron et constate avec effroi que celui-ci est fissuré.
Pire, il commence à souffrir horriblement.
_ « Chien ! Tu vas payer pour cet affront… »
Néanmoins, une voix résonne dans le bois et interpelle Dante : « Attendez Saint d’argent ! »
Un Saint de bronze surgit devant son supérieur et baisse délicatement sa tête en guise de révérence. Dante reconnaît le Saint de bronze des Voiles du Navire : « Vela, que se passe-t-il pour que tu m’interrompes de la sorte ? »
La Cloth de Vela est dissimulé sous une épaisse étoffe grise en nylon. Seul son casque, similaire à celui de la première armure d’Andromède, aux couleurs rouge pâle et marron, laisse apparaître qu’il s’agit là d’un chevalier. Son visage est bouffi et quelques mèches de ses cheveux gris foncés tombent devant ses yeux noisette.
_ « Maître, je vous ai senti combattre un puissant adversaire. On dit que les Alcides peuvent égaler les Saints d’or voire les surpasser. Vous êtes mon mentor, vous m’avez enseigné l’art de la chevalerie, j’ai donc estimé qu’il était de mon devoir de venir vous prêter main forte une fois les gardes Hébéïens éradiqués dans les villages qu’ils ont attaqués.
_ C’est très aimable de ta part Vela. Cependant tu constateras que mon adversaire est à ma portée, j’allais l’achever sans ton intervention.
_ Je venais vous relayer, insiste tout de même l’ancien élève. L’ennemi a entamé la montée des marches des douze maisons du zodiaque. Il faut que nos meilleurs hommes aillent stopper leur tentative. »

A cette annonce, Teucer réfléchit : « Si Enée s’est lancé dans l’aventure, c’est qu’il n’a toujours pas eu de nouvelles d’Hébé. De plus, je sens les cosmos de nos frères d’armes de plus en plus nombreux à tomber. Il faut que j’aille lui apporter de l’aide. »
Dans un râle inhumain, Teucer puise en lui la force de se relever. Sans même annoncer ses intentions, il embrase sa cosmo énergie.
Dante écarte son ancien élève du bras : « Laisse-moi faire, sa technique n’a plus aucun secret pour moi, je vais lui donner le coup de grâce. »
Dante projette tout son cosmos dans sa chaîne.
Teucer effectue le même mouvement qu’à l’accoutumée lorsqu’il réalise le Final Atomic Buster.
L’Alcide s’élance et attend que la chaîne vienne à son contact.
A cet instant, il lance son corps en avant à une vitesse approchant celle de la lumière, évitant l’étreinte des chaînes qui répétaient le même piège que tout à l’heure. Et, à quatre pattes, il prend appui sur ses membres : « Crawler Assault ! »
Teucer force la muraille de chaîne et, après avoir rampé jusqu’à Dante, soutien ses mains sur le sol pour lancer en plein visage de Dante ses deux pieds débordant de cosmos.
Dante, désarçonné par cet arcane inédit, perd son casque et est projeté dans les airs avant de retomber inconscient dans un tas de feuilles.
Semblable à un sanglier en chasse, Teucer se réceptionne sur ses quatre membres.
Il se redresse ensuite, les bras croisés sur la poitrine, puis s’élance sur le Saint de bronze des Voiles du Navire qui n’a pas le temps d’esquisser le moindre geste : « Final Atomic Buster ! »
Le télescopage est si virulent que la soutane et la Cloth de Vela volent en morceaux, ne laissant ainsi que le corps désarticulé du Saint de bronze, mort sur le coup.

Emporté par l’élan de son arcane, Teucer se laisse tomber sur les genoux et ouvre sa bouche pour reprendre son souffle, n’arrivant plus à respirer par le nez.
Il a si mal.
Sa gorge est sèche. La salive ne lui vient plus et ses contusions lui font souffrir le martyr.
Toutefois, cela n’est rien par rapport au plaisir que lui procure la victoire.
Il s’est enfin débarrassé de ses trois adversaires, Capella, Dante et Vela. Il peut rejoindre Enée.
Il met quelques secondes à se tenir droit debout et entame sa marche.
Subitement, une lumière créée à une centaine de mètres de là traverse l’horizon et passe à hauteur du cou de l’Alcide.
L’éclat continue sa course jusqu’à revenir dans le creux d’une main ensanglantée couverte d’une Cloth.
Teucer comprend trop tard l’enjeu.
Son corps fait encore quelques pas alors que sa tête glisse.
Elle se détache de son coup. Puis tombe au sol.
Le tronc s’écroule à côté.

Plus loin, l’auteur de la lumière provoquée par le reflet des rayons du soleil sur un disque aiguisé, prononce sans aucune fierté : « Saucer No Geki. »
Capella, premier adversaire de Teucer, remis de ses émotions, a profité de l’inattention du Sanglier d’Erymanthe pour lui porter un coup fatal.
Le Saint d’argent du Cocher part chercher son ami Dante en espérant le retrouver dans un meilleur état que Vela…
Last Edit: 22 October 2020 à 19h34 by Kodeni

Author Topic: Chapitre 10  (Read 5068 times)

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Offline Kodeni

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Cette version du chapitre 10 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.