Chapitre 2 - Un coeur de glace

L’année 1985 commença par couvrir le Sanctuaire d’un épais manteau de neige. L’ensemble du peuple d’Athéna prit cela pour un présage. Un bon ou un mauvais présage, chacun le perçut comme il le voulut. Pour ma part, c’était un geste conduit depuis l’au-delà par ma défunte épouse. Une manifestation pour nous rappeler à mon fils et à moi que chaque saison devait être belle pour que nous puissions la vivre pleinement, sans regretter ceux qui nous sont chers. D’autres vous diront que cet événement exceptionnel allait annoncer un changement soudain dans les projets qu’ils souhaitaient mener…



Chapitre 2 - Un c½ur de glace

Le 15 janvier 1985.
A l’ouest du Sanctuaire, près des murailles, Apodis prend une position de combat :
Apodis - " Non Seiya ! Pose ta jambe comme la mienne. Ainsi tu sauras contrer les assauts venus des airs. "
Seiya - " Mais ce n’est pas ce que Marine m’a appris ! "
Apodis - " Marine t’a uniquement appris à parer les attaques de front. Elle sera agréablement surprise de voir que tu maîtrises un autre type de défense. Allez ! Remets-toi en position ! "

Apodis observe la pose de Seiya et s’avance vers lui doucement. Le jeune apprenti est vêtu de vieux vêtements jaunes et d’une épaulette en acier. Ses cheveux sont maintenus par un bandeau de la même couleur que les bandelettes qui enserrent ses poignets. Son bras gauche est protégé par une pièce métallique au niveau de l’avant bras. Apodis se place alors à côté de lui et lui demande d’imiter ses mouvements afin de saisir la pose idéale.

Un homme marche vers eux. Vêtu d’un seul pantalon couleur azur, il porte sur son torse nu un lourd plastron maintenu par deux épaulettes d’acier. Il les flatte :
Aiolia - " Que vois-je ? Deux grands chevaliers ensemble. Vous êtes bien courageux d’être debout si tôt. "
Seiya est intimidé par Aiolia. Il reconnaît le jeune homme qui accompagne souvent Marine et qui, lui-aussi, lui prodigue de nombreux conseils. Ignorant tout du niveau de son ami, Seiya est persuadé qu’Aiolia ferait un puissant Saint.

Apodis, lui, connaît la réelle identité du Lion d’or. Il sait aussi qu’Aiolia n’aime pas qu’on parle de son rang de Saint d’or et qu’il est préférable de ne pas laisser le Lion sortir ses crocs.
Il laisse donc Seiya continuer à perfectionner sa technique et s’écarte en compagnie de son ami :
Apodis - " Laisse moi deviner, tu profites de ta permission accordée par le Pope pour quitter ta maison. "
Aiolia - " C’est exact, je suis allé voir Marine. Néanmoins les retrouvailles furent de courte durée puisqu’elle cherche ce jeune chenapan. "
Il désigne de la tête Seiya puis poursuit :
Aiolia - " J’ai donc décidé d’aider Marine à dénicher ce petit intrépide. "
Apodis - " Il est très volontaire. Il vit à l’autre bout du village sur lequel je veille. C’est donc de manière régulière qu’il me rend visite. "

Tous deux observent le futur Pégase et Apodis poursuit :
Apodis - " Marine a fait du très bon travail. L’arrivée de Seiya au Sanctuaire ne s’est pas faite en douceur. Le fait qu’il soit japonais a été mal vu par la plupart des habitants et des soldats. "
Aiolia - " Oui, il a été rejeté par trop de monde. C’est pour cette raison que je crois en ce gamin. J’ai l’impression de me retrouver en lui au même âge. "
Apodis - " Décidément, la mentalité du Sanctuaire est vraiment scandaleuse. Brimer un étranger parce qu’il veut être un Saint, c’est vraiment stupide. Le peuple a-t-il oublié qu’à l’origine de la création de l’armée d’Athéna, les Saints étaient des enfants du monde entier ? "
Aiolia - " C’est d’autant plus difficile à digérer pour toi alors que tu as des origines japonaises."
Apodis - " Il semblerait en effet qu’un de mes ancêtres soit japonais et qu’il ait participé à la Guerre Sainte de 1743. Néanmoins, depuis, mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et ainsi de suite, sont originaires du Sanctuaire. Pour tout dire, mes origines importent peu, à partir du moment où je sais ce que je vaux, je suis fier de défendre Athéna…"

Les deux amis cessent là leur discussion car l’espace d’un instant un éclat cosmique parcourt le corps de Seiya.
Apodis - " Sa cosmo énergie s’intensifie de jour en jour. Je ne suis même pas certain qu’il ait conscience de son réel potentiel. "
Aiolia acquiesce mais malgré cela quelque chose l’intrigue chez l’Oiseau de Paradis :
Aiolia - " Je te vois souvent donner des conseils aux apprentis. Pourquoi n’abandonnerais-tu pas la garde du territoire pour enseigner ton art ? "
Apodis - " J’ai une famille à charge. Ma solde de sergent me permet de subvenir à ses besoins bien plus que si je devenais professeur. Et puis mes hommes ont toujours soif d’apprendre, donc je compense avec eux. "
Apodis retourne la question au Lion :
Apodis - " Et toi ? Tu n’as jamais voulu transmettre toutes tes capacités ? Tu es tout de même un des hommes les plus puissants de ce domaine sacré ! "
Aiolia - " Lorsque je fus éduqué par mon frère, j’ai cru en ses paroles, en ses causes. J’étais absorbé par son savoir…Tu n’as pas idée comme cela a été difficile de me dire que l’image que j’avais de lui était fausse. Alors je refuse de devenir moi aussi un mauvais professeur qui enseignerait sa bêtise et gâcherait de jeunes talents comme Seiya. "

Le soleil tarde à se lever, l’air est sec et glacé, et la température de ces derniers jours est largement en dessous des normales saisonnières.
De si bon matin, les villageois les plus malins se dépêchent de chercher du bois en forêt avant que le froid ne gèle davantage les environs. Il n’y a pas une seule chaumière qui ne chauffe pas. Certains Saints sont eux-mêmes en train de remplir des charrettes tirées par leurs mules. D’autres chevaliers préfèrent charger leurs esclaves de ce genre de tâches. Toujours est-t-il que les premiers flocons ne tardent pas à tomber.
« La moitié de l’Athènes attique est déjà prise sous la neige ! » - a déclaré tôt ce matin un des marchands qui revenait du port du Pirée après y avoir récupéré sa cargaison venue par la mer.
Escorté par des gardes qui veillent sur l’anonymat du Sanctuaire en dehors du domaine sacré, le commerçant continu de se plaindre du temps rude alors que les hivers sont généralement plus doux en Grèce.

Le Grand Pope a même interrogé les prêtres des temples consacrés d’Athéna afin de savoir si cet événement rare n’était pas le fait d’une menace imminente. Ce à quoi les prophètes lui ont répondu qu’il s’agissait là d’un phénomène tout à fait naturel.
Pourtant, la tension reste palpable chez le représentant d’Athéna chargé d’organiser la « Journée Sainte ». Cette fête rituelle se déroule chaque année en l’honneur de la déesse de la Sagesse. Il arrive même que certains dieux revenus sur Terre demandent l’autorisation à Athéna de se joindre à cette réunion. C’est le cas de la déesse Hébé, réincarnée depuis vingt six ans. Depuis son royaume installé à Yíaros, une île de la mer Egée, elle a fait parvenir via un messager son intention de saluer grâce à ces festivités, la jeune Athéna qui entame sa douzième année.


Dans la chambre du Pope :

Saga, coiffé de son casque rouge sang et de son masque violet, soupire de plaisir. Le tracas causé par la venue d’Hébé n’empêche pas la noirceur de son âme de profiter de son statut de représentant divin. Assis sur son trône, l’intermédiaire d’Athéna s’est enfermé dans son palais en compagnie de deux prêtresses.

Ces demoiselles sont de jeunes vierges qui, par la volonté de leurs parents, sont envoyées en institution pour être formées à servir la déité et son représentant. Il existe également une confrérie pour les prêtres, située à l’opposé du monastère des femmes. Pour gagner la chambre du Grand Pope, il existe un chemin étroit, similaire à celui du passage secret reliant les douze maisons entre elles. Pour se rendre en ville et ravitailler les instituts, les grands sages doivent en rendre compte au Pope, puis à chaque Saint d’or. Leur rôle est de servir Athéna, de guider l’amour des habitants envers elle en prêchant la bonne parole dans les temples de chaque village. Certains partent en pèlerinage dans les domaines annexés par le Sanctuaire, comme le Port du Destin en Crète, afin de veiller à ce que la foi envers Athéna reste inébranlable. D’autres s’assurent auprès des dieux mineurs, de ceux d’autres mythologies et de leurs représentants terrestres, qu’en aucun cas ils ne projettent de rentrer en conflit avec le Sanctuaire et qu’ils reconnaissent la suprématie d’Athéna… Ils représentent la science aussi bien culturelle que médicale. Ils éduquent les enfants des villages et préconisent quelques élixirs pour guérir les villageois souffrants. La sainteté suprême de cet ordre est le Grand Pope lui-même.

Ainsi Saga n’a aucun mal à faire croire en la présence d’Athéna puisqu’il se présente comme le seul interlocuteur qu’elle veuille rencontrer. Les rares croyants qui remettent en cause les propos de Saga et refusant d’admettre qu’Athéna décline toute rencontre, sont abattus pour hérésie. Le Saint des Gémeaux contrôle donc sans crainte le domaine. Il va jusqu’à bafouer les lois puritaines instaurées par Athéna depuis la nuit des temps en pervertissant les prêtresses.

En ce moment même, les yeux rouges du masque de Saga sont braqués sur le corps dénudé d’une des servantes censées rester vierges par respect envers leur déesse. Soumise à la volonté de son suzerain, elle laisse glisser le voile de satin qui couvre son corps. Elle démêle, anxieuse, ses longs cheveux mauves tandis que ses petits seins frissonnent.

Sa camarade est cachée sous la soutane du Pope et on devine sous la robe la forme d’une tête située à l’entrejambe du chevalier. Saga, de sa main droite, serre fort le rebord de son fauteuil tandis que de la main gauche, il tente de saisir une grappe de raisin que les demoiselles ont apporté sur un plateau généreusement garni.

Au fond de lui, Saga ressent ce malaise persistent qui le tourmente sans cesse. Il contraint encore de pauvres innocentes à assouvir ses désirs les plus pervers.

Le Saint d’or n’a pas le temps d’agripper le fruit que déjà il sent venir le plaisir. Il se crispe un instant puis relâche sa tension aussitôt après. De dessous son habit, on voit la prêtresse ressortir. Elle semble moins gênée que son amie. Elle recoiffe ses courts cheveux roses et part d’un pas léger boire une coupe de vin. Elle ragrafe sa tenue avec une broche en or après avoir essuyée avec une serviette posée sur un plateau la sueur qui coule le long de sa poitrine généreuse.

Le Pope, d’un signe de la main, indique alors à l’autre innocente aux cheveux couleur lilas qu’elle doit, elle-aussi, venir assouvir ses désirs. Elle est bien plus embarrassée que son amie.
Résignée au dessein de cet homme elle s’approche. Se décidant enfin à se lever de son siège, Saga soulève sa partenaire et la jette violemment dessus. Par la violence des actes du Pope, la pauvre innocente peine à retenir ses larmes et ses cris de détresse. Sa camarade regarde le spectacle en dégustant les mets du plateau, un sourire pervers aux lèvres. Néanmoins elle finit tout de même par s’inquiéter lorsque son amie commence à se plaindre :
Servante n°1 - " Ah… Grand Pope… J’ai mal… Arrêtez s’il vous plait… "
Mais Saga n’a que faire de ses mises en garde. Il ne cesse d’agir de manière assez bestiale. Son râle devient inhumain, inquiétant. Ses cheveux grisonnent puis blanchissent successivement.
La pauvre fille hurle et pleure :
Servante n°1 - " S’il… s’il vous… s’il vous plait Majesté… "
L’autre prêtresse cesse alors son repas. Elle est étonnée par le physique et l’humeur changeants de la sainteté et s’avance timidement vers lui pour poser sa main tremblotante sur le heaume de Saga :
Servante n°2 - " Majesté ? Vous allez bien ? "
Le chevalier sentant des mains toucher ce visage qu’il souhaite dissimuler en devient hystérique. Stoppant net son échange barbare, il gifle violemment la jeune fille qui tentait une approche. Il la regarde tomber quelques mètres plus loin en hurlant de rage :
Grand Pope - " Ah ! Mon visage ! Qu’as-tu cru petite traînée ? Que le Pope te dévoilerait son identité ? "

Devant le corps immobile de sa victime, il part d’un éclat de rire particulièrement effrayant. Sa victime, toujours avachie sur le trône, voit les flammes scintillantes des torches qui illuminent la pièce se refléter dans les yeux du masque de Saga et s’affole. En sanglots elle essaie de se débattre mais la cruauté du mal qui semble posséder les Gémeaux ne conçoit pas en rester là. Il cramponne sa gorge et la serre tout en reprenant son acte… La pauvre fille pâlit. Ses yeux sont révulsés. Elle manque d’air. Ses mains accrochent celles de Saga en escomptant le faire ainsi réagir. Mais rien n’y fait. Sa folie meurtrière semble ne pas avoir de limite.

Plus loin dans la pièce, l’autre servante se relève, le visage tuméfié. Affolée, perdue, elle titube vers la sortie, laissant là son amie.
Le Grand Pope, concentré sur son plaisir, ne s’en inquiète guère. C’est seulement lorsqu’il soulage ses pulsions qu’il lâche prise. Sa victime, à bout de souffle, respire un grand coup. Elle pleure, crache, vomit même, tant la peur et le manque d’oxygène l’ont horrifié. Le regard flou, elle distingue au loin son amie sur le point de sortir. Sa voix est trop enrouée pour demander à ce que sa camarade l’attende alors elle tend son bras dans sa direction comme pour la prier de ne pas la laisser seule.

Maintenant qu’il a fini de jouer, le Pope s’acharne à inspecter son casque dans un vaste miroir pour s’assurer que les mains impures de sa victime ne l’ont pas sali. Tout à son obsession, il ne réalise pas le danger que représente la prêtresse située à quelques pas des gardes du palais. Celle-ci tire alors brutalement et de manière répétée sur les poignées pour faire bouger les lourdes portes. L’une d’elle grince puis s’ouvre de quelques millimètres. Du coin de l’½il, elle voit la lueur du jour et c’est amplement suffisant pour lui transmettre l’assurance que la liberté est proche.


De l’autre côté de la cloison un des gardiens s’étonne de voir l’accès s’entrebâiller. Il interroge son collègue qui lui fait face :
Soldat n°1 - " Tu as vu ? La porte s’est entrouverte ! "
Soldat n°2 - " Comment ? D’habitude le Pope nous fait appeler lorsqu’il souhaite sortir de sa chambre ! "
Un troisième homme les incite à garder leur sang froid :
Soldat n°3 - " Deux pythies sont en compagnie de notre Majesté. Elles lui ont amené son repas et du linge propre ! "
Le premier retrouve alors son calme :
Soldat n°1 - " Il doit avoir fini de déjeuner et elles s’apprêtent à partir. J’ai eu tort de m’en faire. "
Un autre homme précise :
Soldat n°4 - " Pas de quoi déranger sa Majesté ! "
Le premier soldat réfléchi. Il fonce résolument en direction de l’entrée :
Soldat n°1 - " Je préfère m’assurer que notre seigneur aille bien… "


Percevant les mouvements de son sauveur, la fuyarde puise en elle le courage de tirer encore la large poignée d’or massif. La liberté promise est toute proche… Mais un bruit sourd retentit soudain. Saga ne s’alerte alors qu’à cet instant et voit la porte refermée par le poids du corps sans vie de la fugitive glissant doucement sur le côté avant de s’écraser lourdement au sol.

Une lumière violacée se dissipe peu à peu du crâne de la victime, laissant deux trous d’au moins deux centimètres de diamètre de chaque côté de la tempe. La dépouille ne tarde pas à baigner dans son propre sang. Une atmosphère macabre envahit les lieux. Saga reconnaît l’assassin qui sort de l’ombre d’un pilier en faisant tournoyer au bout de son doigt le même halot cosmique qui vient de terrasser la prêtresse…


De l’autre côté, le garde, tout proche de découvrir la scène, s’inquiète du bruit sourd provoqué par la chute. En dégainant son épée de son fourreau, il hurle :
Soldat n°1 - " Grand Pope ! Grand Pope ! "
Ses frères d’arme s’unissent à ses côtés, prêts à enfoncer la porte.
De l’intérieur, Saga les rassure en masquant les faits :
Grand Pope - " Tout va bien gardes ! Retournez à vos postes ! "


A l’intérieur de la chambre, le Cancer prend enfin la parole :
Deathmask - " Vous devriez être plus prudent Grand Pope. Imaginez ce que cette fille aurait pu raconter une fois dehors. "
Tout aussi impérial avec le Cancer, Saga l’interroge :
Grand Pope - " Que fais tu dans mon temple Deathmask ? "
Deathmask - " Grand Pope, vous protéger fait partie de mes attributions, l’auriez-vous oublié ? "
Grand Pope - " Il est vrai qu’avec Aphrodite tu fais partie de mes plus fidèles alliés. Tu as même renouvelé ton serment devant moi il y a quelques années en découvrant mon identité alors qu’Aiolia affrontait les Titans de Cronos. "
Deathmask s’avance alors d’un air machiavélique :
Deathmask - " Il serait donc ridicule que vous nous fassiez tomber nous, vos chevaliers fidèles, ainsi que vous-même à cause de pulsions primaires… "
Pointant son doigt vers la fille restante :
Deathmask - " … et pour éviter cela j’aimerais savoir ce que vous comptez faire d’elle ? "
Le Pope saisit un des draps de satin que lui avaient apportés ses victimes et le jette à Deathmask :
Grand Pope - " Elle est à toi ! Tu n’as qu’à en faire ce que tu veux. Pour l’autre, je ferai retirer son cadavre. J’expliquerai aux gardes qu’elle était impure et qu’elle a pêché envers Athéna. Quant à celle que je t’offre, je dirai que je l’ai reconduis à son temple en utilisant le chemin de service. Et si l’ordre des prêtres me posent trop de questions, je dirai que j’ai envoyé ces deux idiotes dans un refuge à l’autre bout du monde pour prier Athéna avec quelques fermiers…"

Le Cancer s’approche de la survivante. Elle est tremblante et semble en état de choc. D’un coup derrière la nuque, il l’assomme et enroule dans le drap le corps nu duquel s’écoule encore le sang de son innocence volée. Ainsi il pourra la transporter sans éveiller les soupçons des Saints d’or lorsqu’il passera à proximité de leurs maisons.

Avant de se retirer, Deathmask félicite son supérieur :
Deathmask - " Vous êtes machiavélique. C’est cette justice radicale, imposée et censée qui me fait accepter votre prise de pouvoir. "
Les cheveux de Saga commence à perdre leur teint blafard et redeviennent, petit à petit, bleus. Retrouvant ses esprits :
Grand Pope - " Tu peux disposer Deathmask. J’aimerais rester seul à présent. "
Sans un mot, le Cancer s’exécute et repart dans la pénombre.

Saga retire son masque, prend une coupe de vin, la boit paisiblement puis la jette violemment contre le mur.
S’adressant à lui-même :
Saga bon - " Pourquoi agis-tu ainsi ? Ce n’était qu’une jeune innocente ! "
Saga maléfique - " Tu en avais envie toi aussi ! Rassure-toi ! Deathmask saura s’occuper d’elle. Elle ne verra plus jamais la lumière du jour, ton secret est bien gardé. "
Tombant à genoux :
Saga bon - " Je te haie ! "
En sanglots, à voix basse, il conclut :
Saga - " Je me haie. "
Saga retrouve alors son calme, se serre une autre coupe et se remet de ses émotions avant de dissimuler à nouveau son visage :
Grand Pope - " Garde ! Venez jeter ce corps ! Cette femme a trahis le Sanctuaire ! "
Les hommes entrent aussitôt pour débarrasser les lieux.
Un d’eux remarque alors les tâches de sang sur la porte et au pied de celle-ci ainsi qu’aux alentours du trône. Il revient avec un saut d’eau et un chiffon puis nettoie les sols sans broncher.


Dans une clairière à l’ouest du Sanctuaire :

Marine poursuit son investigation. Les flocons de neige dans sa chevelure rousse lui donnent un style particulièrement sensuel. Sa main gauche, se joint à sa main droite, gantée. Elles les positionnent devant sa bouche, aspire un grand coup et appelle :
Marine - " Seiya… Seeeiyaaa ! "
Entendant quelqu’un s’approcher d’elle à grande vitesse elle murmure :
Marine - " Ces mouvements sont trop rapides pour être ceux de Seiya. "
L’inconnu surgit soudain d’un buisson et fond sur Marine. Celle-ci l’évite en se courbant en arrière et lance un coup de pied pour riposter par la même occasion. Son agresseur le pare aisément avec son avant bras droit.
Aiolia - " Allons Marine ! Du calme ! C’est moi, Aiolia. "
Marine retrouve son équilibre et distingue alors son camarade :
Marine - " Excuse moi. Je ne t’avais pas reconnu. Tu as une si grande faculté à masquer ta cosmo-énergie que j’étais sur mes gardes. "
Trêve de politesse ; Marine l’interroge :
Marine - " As-tu retrouvé Seiya ? "
Aiolia - " Apodis était en sa compagnie. Ils sont partis s’entraîner près des remparts. J’ai demandé à notre ami de te ramener Seiya sain et sauf avant la tombée de la nuit. Tu n’as rien à craindre. "

La neige tombe de plus en plus fort. Aiolia s’avance doucement vers Marine. En passant sa main dans ses cheveux, il constate :
Aiolia - " Cela fait si longtemps que nous ne nous sommes pas retrouvés seuls tous les deux. "
La jeune femme ôte alors son masque et approche ses lèvres de celles d’Aiolia. Ils s’échangent un tendre baiser puis un regard envoûtant. Le brasier qui se consume dans leurs yeux semble alors réchauffer les environs. Poursuivant leur échange de plus en plus ardent, Aiolia avance tout en embrassant Marine, ce qui la fait reculer contre un bosquet. Lorsqu’elle sent son dos se caler contre l’arbre, elle partage une seconde de répit avec son amant pour se dire simultanément à quel point ils s’aiment…


Dans la maison du Cancer :

Comme prévu, Deathmask n’a pas été importuné par ses pairs. Il secoue sa tête pour laisser pleuvoir la neige posée sur sa chevelure bleutée et s’engouffre dans les ténèbres de son temple. Atteignant un trou qui mène jusqu’au sous-sol, il y descend en réalisant un bond prodigieux. Le corps de la pauvre enfant tombe sur les dalles froides. Deathmask ôte alors le drap dans lequel il l’a enroulé et s’accroupit pour observer la mine inconsciente de sa proie. Il glisse ses doigts humidifiés par la neige fondue pour écarter les cheveux mauves qui cachent son visage puis se redresse et la bouscule du pied pour la réveiller. Ses paupières s’agitent…
Deathmask se retourne brusquement. Quelqu’un vient d’entrer chez lui… Il ne tarde pas à reconnaître son fidèle ami et baisse sa garde. Aphrodite marche jusqu’à lui, son armure faisant résonner ses pas.
Aphrodite - " Tiens donc mon brave ! Tu as un nouveau jouet ! "
Aphrodite approche Deathmask et lui baise la joue.
Deathmask glisse ses doigts dans les cheveux du Poisson :
Deathmask - " Je ne comptais pas te le dire tout de suite. Elle est encore sale après son passage chez le Pope. "
Le Poisson s’en amuse :
Aphrodite - " Il continue à s’accaparer les prêtresses d’Athéna. Si ça continue ainsi, il finira bientôt par ne plus y en avoir. "

La jeune fille ouvre délicatement les yeux. Elle reconnaît au plafond des masques de morts. Épouvantée, elle se redresse et constate que l’horreur se propage sur les murs ainsi que sur le sol, sol où elle est couchée nue. Frénétiquement, elle se passe alors les mains partout sur le corps, révulsée par le contact avec ce sordide décor. Elle sert son corps dans ses bras, pleure, crie, cherche quelqu’un qui pourra lui porter secours…Elle n’aperçoit que Deathmask qui fait tournoyer sur son doigt une petite lueur violette et Aphrodite qui, elle doit l’avouer malgré la situation, est d’une beauté sans égale.

Deathmask ne perd pas de temps :
Deathmask - " Reconnais-tu cette lumière ? Il s’agit d’un halot que je produis en réunissant au fond de mon être une parcelle d’énergie. Cela est bien suffisant pour éliminer quelqu’un, comme ce fut le cas pour ton amie qui a déversée sa cervelle dans la chambre du Grand Pope."
La détenue met sa main devant sa bouche afin de retenir sa nausée. Aphrodite s’avance vers elle et détache sa cape pour l’enrouler délicatement autour de son corps. De sa voix douce, d’un ton posé, il lui clarifie la situation :
Aphrodite - " Je pense qu’il n’est pas nécessaire de t’expliquer que toute résistance serait vaine. "

La pauvre femme, totalement paniquée, n’arrive pas à détacher son regard des terribles visages. Ils ornent toutes les parois de la maison du Cancer.
Deathmask - " Tous les masques de mort qui se trouvent ici témoignent de ma force. Hommes, femmes, enfants, vieux … Tous ces masques sont les visages de ceux que j’ai tués. Je peux tuer n’importe qui pour atteindre mon but, c’est là la source de ma toute puissance. "
Il pointe du doigt un visage qui se mêle aux autres sur le plafond :
Deathmask - " Tiens ! Ne serait-ce pas ton amie qui vient te rendre visite ? "
La captive crie son désespoir. Le nouveau trophée de Deathmask s’affiche face à elle : son amie est prisonnière de sa douleur. Dans un éclat de rire, le Cancer poursuit :
Deathmask - " Je suis le gardien du puits de la mort. Grâce à cette faculté que j’ai de m’y déplacer, j’empêche mes victimes d’y tomber afin de tourmenter leurs âmes. Maintenant que ta traînée de complice est ici tu te sentiras moins seule ! "

Avec l’énergie du désespoir, elle part à toute allure dans les catacombes espérant en trouver la sortie. Aphrodite la regarde courir et s’extasie :
Aphrodite - " Elle est encore pleine de ressources. Je sens que nous n’allons pas nous ennuyer avec elle. "
Deathmask - " Elle va s’épuiser d’elle-même. Nous sommes dans les souterrains de ma maison. Même si elle parvient à trouver le trou qui conduit à l’étage, le faux plafond est trop haut à atteindre pour un simple humain. "
Aphrodite, placé derrière Deathmask, l’enlace à la taille et pose sa tête contre son épaule.
Aphrodite - " Je ne te savais pas détenteur d’autant de trophées ! J’ai du mal à croire que même ton sous-sol soit jonché de tes victimes ! "
Deathmask affiche un vil sourire, s’estimant flatté.


Dans la clairière, à l’ouest du Sanctuaire :

Les deux amants se rhabillent sans un mot. Marine semble avoir quelque chose sur le c½ur qu’elle aimerait partager :
Marine - " Es-tu heureux de notre situation ? "
Aiolia comprend immédiatement ce à quoi Marine fait allusion:
Aiolia - " Marine, nous en avons discuté des dizaines de fois pour en venir à la même conclusion. Ma mission de Saint d’or… "
Marine se fâche :
Marine - " Bien sûr ! Ta mission ! Tu n’as que cette idée en tête. Pourtant tu sais à quel point je tiens à toi. Depuis le jour où tu m’as vu sans mon masque j’ai su que te tuer me serait impossible. Je t’aime. "
Aiolia - " Tu sais que moi aussi je t’aime Marine. Il n’y a pas un jour où mon c½ur crève de ne pouvoir réaliser nos souhaits. Je ne peux concevoir de vivre publiquement notre histoire tant que mon honneur ne sera pas lavé après ce qu’a fait ce traître d’Aiolos ! "
Marine - " Aiolos ! Tu ne vis donc que pour lui ! Et moi dans tout ça ? Je passe après ton honneur ? "
Aiolia - " Ne joue pas à ce petit jeu là avec moi Marine alors que ton statut de Saint n’est qu’une couverture dont tu te sers pour retrouver ton frère cadet. "
Marine - " Ne remets pas mon rôle de chevalier en cause. J’ai toujours risqué ma vie pour Athéna ! "
Aiolia - " Mais défendre les intérêts d’Athéna a-t-il était l’élément déclencheur en toi qui t’a motivé à devenir Saint d’argent ? "
Marine avoue timidement :
Marine - " Non. "
Aiolia - " Alors pourquoi veux-tu à tout prix officialiser notre couple alors que tu ne seras jamais présente ? Je sais très bien que lorsque l’apprentissage de Seiya sera achevé tu partiras loin encore une fois à la recherche de Tôma ! "
Marine ne dit rien, Aiolia est bouleversé car Marine n’aura de cesse de fuir le domaine sacré que lorsqu’elle aura retrouvé son frère.
Aiolia - " Marine, il doit rester tout au plus une année avant que Seiya n’achève son entraînement. Sache que si tu pars à nouveau après cela, tu ne me retrouveras plus comme étant l’homme qui t’aime. "
Marine est tout aussi navrée d’entendre cela qu’Aiolia l’est de le prononcer. Elle fait grise mine et remet son masque :
Marine - " Alors dans ce cas, peut-être mieux vaut-il en rester là. "
Il espère la rattraper par le bras. Malheureusement, l’Aigle se hâte de quitter les lieux nappés de blanc. Elle saute aussitôt en haut d’un arbre et prend appui sur une branche pour se propulser à des mètres de la clairière et gagner au plus vite sa chaumière. Aiolia ressent alors une déchirure lui fendre le c½ur. Des éclairs entourent soudain son bras avant de s’abattre sur une vieille souche morte qui part en fumée…





Tandis que je menais avec les enfants du village de Paesco, notre village à Seiya, Marine et moi, une bataille de boule de neige, je pus voir Marine rentrer tête baissée. De sous son masque, coulaient des larmes qui vinrent perforer le parterre purifié par la poudre blanche.
Un sol sain, paradoxe total du quatrième temple situé à quelques kilomètres de là. Un quatrième temple souillé par le diable qu’il abrite…
Last Edit: 1er May 2010 à 12h35 by Kodeni

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