Chapitre 2

Chapitre 2

Le décor antique du domaine sacré s’est doté d’un beau manteau blanc.
Ce 15 janvier 1985, le Sanctuaire vit un évènement plutôt rare.
Les vestiges du passé sont dissimulés sous l’épaisse masse de neige qui tombe en abondance.
Le soleil tarde à se lever, l’air est sec et glacé, et la température de ces derniers jours est largement en dessous des normales saisonnières.
De si bon matin, les villageois les plus malins se dépêchent de chercher du bois en forêt avant que la neige ne monte davantage en surface.
Il n’y a pas une seule chaumière qui ne chauffe pas. Certains Saints sont eux-mêmes en train de remplir des charrettes tirées par leurs mules. D’autres chevaliers préfèrent charger leurs esclaves de ce genre de tâches.
Les soldats chargés d’escorter les marchands du Sanctuaire se plaignent de cet hiver rude. Ils conduisent les commerçants sous couvert d’anonymat en dehors du domaine sacré pour y récupérer des produits de première nécessité que ne peut offrir le Sanctuaire. Ils manquent d’accessoires pour se couvrir devant cette météo si inhabituelle.
« Sur conseil de ses prêtres, le Grand Pope s’est rendu sur Star Hill étudier les étoiles et vérifier que ce temps n’était pas signe d’une menace imminente, commente un soldat.
_ Sait-on jamais, répond un autre, après tout, cette année il a été annoncée la venue de la déesse Hébé pour la Journée Sainte !
_ Tu plaisantes, s’étonne un autre, la Journée Sainte est la fête rituelle qui se déroule chaque année en l’honneur de notre déesse Athéna ! Pas de raison de s’émouvoir pour si peu !
_ Oui, complète un quatrième, il arrive à l’occasion que certains dieux réincarnés sur Terre se joignent aux festivités. Mais toujours furent-ils des alliés d’Athéna !
_ Oui, tente de se rassurer le plus inquiet, la déesse Hébé est réincarnée depuis vingt-six ans. Depuis son royaume installé à Yíaros, une île de la mer Egée, elle a toujours soutenu la politique d’Athéna, je m’inquiète pour rien. »


A l’ouest du Sanctuaire, près des murailles, malgré la poudreuse qu’il écrase de ses pieds mouillées, Apodis est en position de combat : « Non Seiya ! Pose ta jambe comme la mienne. Ainsi tu sauras contrer les assauts venus des airs.
_ Mais ce n’est pas ce que Marin m’a appris, rechigne le garnement !
_ Marine t’a enseigné comment parer les attaques de front jusqu’ici. Elle sera agréablement surprise de voir que tu maîtrises un autre type de défense. Allez ! Remets-toi en position ! »
Apodis étudie la pose de Seiya et s’avance vers lui doucement.
Le jeune apprenti est vêtu de vieux vêtements jaunes et d’une épaulette en acier. Ses cheveux sont maintenus par un bandeau de la même couleur que les bandelettes qui enserrent ses poignets. Son bras gauche est protégé par une pièce métallique au niveau de l’avant-bras. Apodis se place alors à côté de lui et lui demande d’imiter ses mouvements afin de saisir la pose idéale.
Tandis qu’ils s’exercent, les craquements de la neige sous les pas d’un troisième individu les informent de sa venue. Vêtu d’un seul pantalon couleur azur trempé jusqu’aux genoux, il porte sur son torse nu un lourd plastron maintenu par deux épaulettes d’acier.
- « Que vois-je, flatte Aiolia qui ne semble pas craindre ce froid ? Deux grands chevaliers ensemble. Vous êtes bien courageux d’être debout si tôt et par ce temps ! »
Seiya est intimidé par Aiolia. Il reconnaît le jeune homme qui accompagne souvent Marin et qui, lui aussi, lui prodigue de nombreux conseils. Ignorant tout du niveau du Grec, Seiya est persuadé qu’Aiolia ferait un puissant Saint.
Apodis, lui, connaît la réelle identité du Lion d’or. Il sait aussi qu’Aiolia n’aime pas qu’on parle de son rang de Saint d’or et qu’il est préférable de ne pas laisser le Lion sortir ses crocs.
Il laisse donc Seiya continuer à perfectionner sa technique et s’écarte en compagnie de son ami : « Laisse-moi deviner, tu profites de ta permission accordée par le Pope pour quitter ta maison.
_ C’est exact, je suis allé voir Marin. Néanmoins les retrouvailles furent de courte durée puisqu’elle cherche ce jeune chenapan, dit-il en désignant d’un hochement de tête le futur Pégase, j’ai donc décidé d’aider Marin à dénicher ce petit intrépide.
_ Il est très volontaire. Il vit à l’autre bout du village sur lequel je veille. C’est donc de manière régulière qu’il me rend visite. Marin a fait du très bon travail, poursuit Apodis en l’observant, l’arrivée de Seiya au Sanctuaire ne s’est pas faite en douceur. Le fait qu’il soit Japonais a été mal vu par la plupart des habitants et des soldats.
_ Oui, il a été rejeté par trop de monde. C’est pour cette raison que je crois en ce gamin. J’ai l’impression de me retrouver en lui au même âge.
_ Décidément, la mentalité du Sanctuaire est vraiment scandaleuse. Brimer un étranger parce qu’il veut être un Saint, c’est vraiment stupide. Le peuple a-t-il oublié qu’à l’origine de la création de l’armée d’Athéna, les Saints étaient des enfants du monde entier ? »
Les deux amis cessent temporairement leur conversation, l’espace d’un instant, durant lequel un éclat cosmique parcourt le corps de Seiya.
_ « Sa cosmo énergie s’intensifie de jour en jour. Je ne suis même pas certain qu’il ait conscience de son réel potentiel, envisage Apodis, comme beaucoup d’autres élèves.
_ Je te vois souvent donner des conseils aux apprentis justement, acquiesce Aiolia. Pourquoi n’abandonnerais-tu pas la garde du territoire pour enseigner ton art ?
_ J’ai une famille à charge. Ma solde de sergent me permet de subvenir à ses besoins bien plus que si je devenais professeur. Et puis mes hommes ont toujours soif d’apprendre, donc je compense avec eux. Et toi, retourne-t-il la question ? Tu n’as jamais voulu transmettre toutes tes capacités ? Tu es tout de même un des hommes les plus puissants de ce domaine sacré !
_ Lorsque je fus éduqué par mon frère, j’ai cru en ses paroles, en ses causes. J’étais absorbé par son savoir…Tu n’as pas idée comme cela a été difficile de me dire que l’image que j’avais de lui était fausse. Alors je refuse de devenir moi aussi un mauvais professeur qui enseignerait sa bêtise et gâcherait de jeunes talents comme Seiya. »


Plus haut, au sommet des douze maisons du zodiaque, juste avant d’atteindre la statue d’Athéna, l’ambiance n’est pas à l’angoisse.
La venue d’Hébé ne trouble en rien le plaisir pris par Saga, enfermé dans son palais en compagnie de deux prêtresses.
Coiffé du heaume rouge sang d’Arlès, l’usurpateur soupire de plaisir.
Assis sur le trône du Pope, les yeux rouges de son masque violet sont braqués sur le corps dénudé d’une des servantes.
Soumise à la volonté de son supérieur, elle laisse glisser le voile de satin qui couvre son corps. Elle démêle, anxieuse, ses longs cheveux mauves tandis que ses petits seins frissonnent.
Au même moment, sa camarade, cachée par la soutane du Grand Pope, réapparaît la mine plus friponne qu’elle. Elle recoiffe ses courts cheveux roses puis se dirige d’un pas léger en direction du plateau généreusement garni qu’elles ont porté à leur seigneur. Tout en ragrafant sa longue robe blanche avec une broche en or, elle boit une coupe de vin. D’un sourire concupiscent, elle enjoint d’un geste de la main sa semblable à le rejoindre. Se doutant bien de ce qu’il va lui arriver, elle observe sans sourciller le supposé Arlès attraper son innocente amie pour la jeter violement contre le siège.
Tandis que la moins farouche glisse ses doigts pour essuyer la sueur qui lui coule entre sa ferme poitrine, la plus timide aux cheveux lilas peine à retenir ses larmes et ses cris de détresse.
La soutane relevée, écartant avec autorité les cuisses de la malheureuse, Saga entame un coït dans un râle qui devient inhumain.
D’abord amusée, un petit sourire pervers maquillant ses lèvres, la prêtresse la plus franche remarque les cheveux de Saga grisonner puis blanchir successivement.
_ « Ah… Grand Pope… J’ai mal… Arrêtez s’il vous plait, gémit la prisonnière de Saga… »
Toutefois, Saga, possédé par le désir et le mal qui le ronge, ignore les pleurs et les plaintes de l’innocente. Il ne remarque pas non plus sa première partenaire qui progresse timidement vers lui.
_ « Majesté ? Vous allez bien, s’enquiert-elle en posant sa main tremblotante sur son heaume ? »
C’est alors qu’il stoppe son échange brutal. D’un revers de la main, craignant pour son identité, il repousse violemment la tentative : « Ah ! Mon visage ! Qu’as-tu cru petite traînée ? Que le Pope te dévoilerait son identité ? »
La malheureuse retombe quelques mètres plus loin.
Lorsqu’il constate son immobilité, un éclat de rire hystérique tétanise son autre victime avachie sur le trône.
La pauvre voit les flammes des torches qui illuminent le palais scintiller dans les grands yeux rouges de son masque. Et tandis que par réflexes elle envisage de se débattre, il lui cramponne la gorge et reprend de plus belle.
Malgré les faibles moulinets de ses bras frêles, elle ne peut lutter contre la folie barbare de celui qu’elle pensait être un homme de foi.
L’étreinte l’étouffe. Elle manque d’air. Ses yeux sont révulsés. Elle pâlit.
L’acte brise son corps. Lui déchire les entrailles.
L’acte anéantit sa foi. Sa conscience se mue.
Le réflexe psychologique l’enferme dans la pensée pour faire abstraction des atrocités vécues en son sein : « Athéna… Pourquoi ? Qu’ai-je mal accompli pour que votre représentant m’inflige ce supplice ? Comme mes cons½urs, nous sommes de jeunes orphelines recueillies par le Sanctuaire ou directement confiées par nos parents afin de recevoir une éducation dans la foi d’Athéna. Notre vie chaste est faite d’une unique dévotion envers Athéna. Tout comme nos confrères prêtres envers le Grand Pope. Nous vivons prêtres d’un côté, prêtresses de l’autre, autour des chambres d’Athéna et du Grand Pope pour être au service du moindre besoin. Lorsque nous nous rendons dans les villes et les villages pour nous approvisionner en linges et en vivres, nous prêchons à chaque Athéniens l’amour de notre déesse. Nous représentons la connaissance aussi bien culturelle que médicale en plus du savoir cultuel. Partant même parfois en pèlerinage dans les domaines annexés par le Sanctuaire, comme le Port du Destin en Crète afin de veiller à ce que le culte d’Athéna demeure inébranlable. Nous mettons nos vies en jeu quand nous nous déplaçons en délégation sur les terres des dieux mineurs ou des autres panthéons pour veiller au respect et à la suprématie de notre culte. Tout ça pour que nous, femmes, devenions Saintias. Alors pourquoi Déesse Athéna ? Pourquoi Majesté ? Quel enfant ai-je mal éduqué ? Quel élixir pour soigner un de nos villageois ai-je mal préconisé ? Envers quel autre dieu pensez-vous que je me sois vouée ? Ne suis-je pas toujours restée fidèle d’esprit et… De corps… Jusqu’à aujourd’hui ? Dois-je considérer le traitement du Pope comme une punition ? Ou peut-être, cela fait-il parti des fonctions de mon rang ? Ai-je mal compris ? Vous servir était-il trop peu ? Dois-je être réduit à rien pour m’attirer votre grâce ? Ou bien est-ce parce que je fais partie de celles qui ne sont jamais parvenues à éveiller leurs cosmos ? Mes services ne sont donc ils pas à la hauteur de votre mansuétude ? Faut-il que je compense en acceptant d’être le réceptacle des désirs de luxure de votre représentant ? »
Plus loin, dans la pièce, l’autre servante revient à elle.
Le visage tuméfié, elle titube, hagarde en direction de la sortie. Comprenant à mesure que ses esprits lui reviennent ce qui se joue ici, son instinct de survie la pousse à fuir en abandonnant sa camarade.
L’issue est à quelques pas : « Je suis désolée de te laisser… Mais je n’ai pas le choix… J’ai cru qu’en étant docile… Moins regardante sur le puritanisme imposé par notre fonction… Qu’en acceptant volontiers que le Grand Pope bafoue les lois en profitant de son statut… J’en tirerai quelques avantages… »
Elle perçoit du bout des doigts le bois épais de la lourde entrée : « … Mais je réalise trop tard que ce choix n’apporte rien de favorable… Le Grand Pope ne laissera jamais le secret d’une telle concupiscence sortir de cette chambre… Je suis désolée de te laisser… »
Au même moment, Saga lâche enfin prise.
La malheureuse asservie sort de ses pensées parmi lesquelles elle cherchait à donner raison à son bourreau, convaincue qu’elle a failli dans sa mission d’aspirante Saintia.
La nature suivant ses réflexes, elle reprend son souffle subitement. Brisant la barrière psychologique dans laquelle elle s’est enfermée jusqu’alors.
Elle crache. Tant l’oxygène reprit à pleins poumons lui brule la gorge jusqu’ici comprimée.
Elle en vomit même.
Elle distingue au loin sa semblable à un cheveu de l’issue.
Elle réalise alors ce qu’elle vient de vivre. Que la fuite de son amie signifie éviter une mort à laquelle elle ne parviendra pas à échapper.
Elle prend alors conscience que rien de cela n’est normal.
Mais sa gorge écrasée et ses sanglots qu’elle ne contrôle pas l’empêchent d’implorer l’aide de son amie. Ses nerfs à fleur de peau n’ont même plus la force de diriger son bras dans sa direction pour mimer un appel au secours.
Saga, lui, reste immobile ses yeux cachés par son masque fixe le sol alors qu’il a les bras ballants.
La couleur de ses cheveux oscille entre le bleu et la teinte grisâtre qui a été la sienne jusqu’alors.
Le tourment de son corps témoigne le supplice de son être.
Incapable de réagir à cette barbarie, la lutte interne à laquelle il se livre l’empêche de constater la fuite pouvant remettre en question sa situation.
La plus opportuniste des deux prêtresses n’est plus qu’à quelques pas des gardes du palais.
Elle tire brutalement et de manière répétée sur les poignées pour faire bouger les massives portes.
L’une d’elle grince puis s’ouvre de quelques millimètres.
Du coin de l’½il, elle voit la lueur du jour et c’est amplement suffisant pour lui transmettre l’assurance que la liberté est proche.

De l’autre côté de la cloison un des gardiens s’étonne de voir l’accès s’entrebâiller.
Il interroge son collègue qui lui fait face : « Tu as vu ? La porte s’est entrouverte !
_ Comment ?! D’habitude le Pope nous fait appeler lorsqu’il souhaite sortir de sa chambre !
_ Deux prêtresses sont venues assurer la toilette et le repas d’Athéna, expose un troisième.
_ Elles s’apprêtent sûrement à partir, se calme alors le premier. J’ai eu tort de m’en faire.
_ Pas de quoi déranger sa Majesté, soupire le quatrième ! »
Alors que chacun reprend sa position, le premier soldat réfléchit avant de foncer résolument en direction de l’entrée : « Je préfère m’assurer que Sa Majesté va bien… »

Percevant l’approche de son sauveur, la fuyarde puise en elle le courage de tirer encore la large poignée d’or massif.
La liberté promise est toute proche… Quand tout à coup, sa vision se trouble.
Un bruit sourd retentit.
L’horizon lui devient flou.
Un voile blanc lui cache la vue.
C’est alors que Saga se reprend.
La lourde percussion est celle des portes.
Celles-ci sont refermées par le corps de la fugitive. Désormais sans vie.
D’abord écrasé contre, le poids mort glisse ensuite doucement sur le côté. Dissipant peu à peu de son crâne un halo violacé.
Elle s’écrase enfin grossièrement au sol, laissant deux trous d’au moins deux centimètres de diamètre de chaque côté de la tempe.
Très vite, la dépouille baigne dans son propre sang qui s’écoule en abondance des perforations crâniennes.
De l’autre côté, le garde le plus inquiet dégaine son épée après le choc entendu : « Grand Pope ! Grand Pope, appelle-t-il en sortant son arme de son fourreau ! »
Une atmosphère macabre envahit les lieux.
Saga reconnaît l’assassin qui sort de l’ombre d’un pilier en faisant tournoyer au bout de son doigt le même halot cosmique qui vient de terrasser la prêtresse.
_ « Tout va bien gardes, rassure Saga à ses soldats prêts à enfoncer la porte ! ! Retournez à vos postes, ordonne-t-il tout en fixant le meurtrier !
_ Vous devriez être plus prudent Grand Pope. Imaginez ce que cette fille aurait pu raconter une fois dehors, murmure calmement le sauveur.
_ Que fais-tu dans mon temple Deathmask ?
_ Grand Pope, vous protéger fait partie de mes attributions, l’auriez-vous oublié ?
_ Il est vrai qu’avec Aphrodite tu fais partie de mes plus fidèles alliés. Tu as même renouvelé ton serment devant moi il y a quelques années en découvrant mon identité alors qu’Aiolia affrontait les Titans de Cronos.
_ Il serait donc ridicule que vous nous fassiez tomber nous, vos chevaliers fidèles, avec vous à cause de pulsions primaires, s’avance Deathmask en pointant du doigt la prêtresse restante, et pour éviter cela j’aimerais savoir ce que vous comptez faire d’elle ?
_ Hum… Elle est à toi ! Tu n’as qu’à en faire ce que tu veux, dit-il en arrachant une tenture qu’il lui jette ensuite pour l’aider à dissimuler la survivante. Pour l’autre, je ferai retirer son cadavre. J’expliquerai aux soldats qu’elle était impure et qu’elle a pêché envers Athéna. Quant à celle que je t’offre, je dirai que je l’ai envoyé en pèlerinage dans un de nos domaines annexés. L’ordre des Saintias est sous mon contrôle. On ne se posera pas de questions à ce sujet. »
Le Cancer s’approche de la survivante.
Ses muscles sont tétanisés par l’émotion, elle est en état de choc.
D’un coup derrière la nuque, il l’assomme et enroule dans le drap le corps nu duquel s’écoule encore le sang de son innocence volée. Ainsi il pourra la transporter sans éveiller les soupçons des Saints d’or lorsqu’il passera à proximité de leurs maisons.
_ « Vous êtes machiavélique, félicite Deathmask. C’est cette justice radicale, imposée et censée qui me fait accepter votre prise de pouvoir.
_ Tu peux disposer Deathmask, tempère Saga à mesure que ses cheveux reprennent leur teinte bleue naturelle. J’aimerais rester seul à présent. »
Sans un mot, l’Italien s’exécute et repart dans la pénombre.

Saga retire son masque, prend une coupe de vin, la boit paisiblement.
Un fois après avoir observé la solitude, il jette subitement le récipient contre le mur.
_ « Pourquoi agis-tu ainsi ? Ce n’était qu’une jeune innocente !
_ Tu en avais envie toi aussi, se répond-il lui-même ! Rassure-toi ! Deathmask saura s’occuper d’elle. Elle ne verra plus jamais la lumière du jour, ton secret est bien gardé.
_ Je te hais, s’insulte-il en s’effondrant à genoux ! Je me hais, conclut-il en sanglotant… »
Ahanant quelques secondes avant de retrouver son calme, il se serre dans une autre coupe et se remet de ses émotions avant de dissimuler à nouveau son visage : « Garde ! Venez jeter ce corps ! Cette femme a trahis le Sanctuaire ! »
Les hommes entrent aussitôt pour débarrasser les lieux et nettoyer les tâches de sang et de vin sans broncher ni poser la moindre question.
Pendant ce temps, Saga se dirige sur le flanc de son temple, là où depuis un grand balcon la vue domine l’ensemble de la contrée.
Il y reprend un rouleau desserré de papier, marqué du sceau de la déesse Hébé, déposé plus tôt sur le trône et en conclut : « Ainsi votre lettre déposée par messager est claire, vous demandez à être reçue lors de la Journée Sainte pour y saluer la jeune Athéna qui entame sa douzième année… Voici une contrariété de plus dont je me serai bien passé… »


A l’ouest, Marin poursuit son investigation dans une clairière.
Les flocons de neige dans sa chevelure rousse lui donnent un style particulièrement sensuel. Sa main gauche, se joint à sa main droite, gantée. Elles les positionnent devant sa bouche, aspire un grand coup et appelle : « Seiya… Seiya ! »
Entendant quelqu’un s’approcher d’elle à grande vitesse elle murmure : « Ces mouvements sont trop rapides pour être ceux de Seiya. »
L’inconnu surgit soudain d’un buisson et fond sur Marin. Celle-ci l’évite en se courbant en arrière et lance un coup de pied pour riposter par la même occasion. Son agresseur le pare aisément avec son avant-bras droit.
_ « Allons Marine ! Du calme ! C’est moi, Aiolia.
_ Je ne t’avais pas reconnu, s’excuse Marin en retrouvant son équilibre. Tu as une si grande faculté à masquer ta cosmo énergie que j’étais sur mes gardes. Trêve de politesse, as-tu retrouvé Seiya ?
_ Apodis est en sa compagnie. Ils s’entraînent près des remparts. J’ai demandé à notre ami de te ramener Seiya sain et sauf avant la tombée de la nuit. Tu n’as rien à craindre. »
La neige tombe de plus en plus fort.
Aiolia s’avance doucement vers Marin. En passant sa main dans ses cheveux, il constate : « Cela fait si longtemps que nous ne nous sommes pas retrouvés seuls tous les deux. »
La jeune femme ôte alors son masque et approche ses lèvres de celles d’Aiolia. Ils s’échangent un tendre baiser puis un regard envoûtant. Le brasier qui se consume dans leurs yeux semble alors réchauffer les environs. Poursuivant leur échange de plus en plus ardent, Aiolia avance tout en embrassant Marin, ce qui la fait reculer contre un bosquet. Lorsqu’elle sent son dos se caler contre l’arbre, elle partage une seconde de répit avec son amant pour se dire simultanément à quel point ils s’aiment…


Comme prévu, Deathmask n’a pas été importuné par ses pairs en redescendant jusqu’à la maison du Cancer avec le corps camouflé de la prêtresse.
Il secoue sa tête pour laisser pleuvoir la neige posée sur sa chevelure bleutée et s’engouffre dans les ténèbres de son temple.
Atteignant un trou qui mène jusqu’au sous-sol, il y descend en réalisant un bond prodigieux.
Le corps de la pauvre enfant tombe à ses pieds sur les dalles froides.
Deathmask ôte alors le drap dans lequel il l’a enroulé et s’accroupit pour observer la mine inconsciente de sa proie. Il glisse ses doigts humidifiés par la neige fondue pour écarter les cheveux mauves qui cachent son visage puis se redresse et la bouscule du pied pour la réveiller.
Ses paupières s’agitent.
Deathmask se retourne brusquement : « Quelqu’un vient d’entrer dans mon temple !
_ Tiens donc mon brave ! Tu as un nouveau jouet, s’avance jusqu’à lui Aphrodite dont les pas couvert de son armure résonnent !
_ Je ne comptais pas te le dire tout de suite, baisse sa garde Deathmask. Elle est encore sale après son passage chez le Pope.
_ Il continue à s’accaparer les prêtresses d’Athéna, s’amuse les Poissons. Si ça continue ainsi, il finira bientôt par ne plus y en avoir et on pourra dire adieu à l’ordre des Saintias, dit-il en baisant la joue du Cancer une fois à sa hauteur. »
La jeune fille ouvre délicatement les yeux.
D’abord obstruée, sa vue identifie progressivement au plafond des masques de morts.
Épouvantée, elle se redresse et constate que l’horreur se propage sur les murs ainsi que sur le sol, sol où elle est couchée nue.
Frénétiquement, elle se passe alors les mains partout sur le corps, révulsée par le contact avec ce sordide décor.
Son calvaire dans la maison du Grand Pope devient dès lors anecdotique tant le réveil est encore plus brutal que ses pires cauchemars. Elle sert son corps dans ses bras, pleure, crie, cherche quelqu’un qui peut lui porter secours.
Aussitôt, au milieu des ténèbres, elle est éblouie par la Cloth d’or des Poissons. Mais plus encore, par la beauté sans égale de son propriétaire.
Pourtant, l’éclat solaire de l’armure dans cette atmosphère lugubre ne la rassure pas. Elle remarque bien vite Deathmask à ses côtés.
_ « Reconnais-tu cette lumière, lui demande l’Italien qui fait tournoyer une lumière violette autour de son index ? Il s’agit d’un halo que je produis en réunissant au fond de mon être une parcelle d’énergie. Cela est bien suffisant pour éliminer quelqu’un, comme ce fut le cas pour ton amie qui a déversée sa cervelle dans la chambre du Grand Pope. »
La détenue met sa main devant sa bouche afin de retenir sa nausée.
Aphrodite s’avance vers elle et détache sa cape pour l’enrouler délicatement autour de son corps. De sa voix douce, d’un ton posé, il lui clarifie la situation : « Je pense qu’il n’est pas nécessaire de t’expliquer que toute résistance serait vaine. »
La pauvre femme, totalement paniquée, ne parvient pas à dévisager ses bourreaux. Malgré qu’ils l’effraient tant, il lui est impossible de détacher son regard des terribles visages qui ornent toutes les parois de la maison du Cancer.
_ « Tous les masques de mort qui se trouvent ici témoignent de ma force. Hommes, femmes, enfants, vieux … Tous ces masques sont les visages de ceux que j’ai tués. Je peux tuer n’importe qui pour atteindre mon but, c’est là la source de ma toute puissance. Tiens, dirige-t-il son regard en direction d’un visage qui se mêle aux autres sur le plafond, ne serait-ce pas ton amie qui vient te rendre visite ? »
La captive crie son désespoir, elle identifie le nouveau trophée de Deathmask. Le visage de son amie prêtresse s’affiche face à elle prisonnière de sa douleur.
_ « Je suis le gardien du puits de la mort, poursuit-il d’un éclat de rire. Grâce à cette faculté que j’ai à m’y déplacer, j’empêche mes victimes d’y tomber afin de tourmenter leurs âmes. Maintenant que ta traînée de complice est ici tu te sentiras moins seule ! »
Par réflexe, avec l’énergie du désespoir, elle part à toute allure dans les catacombes espérant en trouver la sortie.
_ « Elle est encore pleine de ressources, s’extasie Aphrodite en l’observant fuir. Je sens que nous n’allons pas nous ennuyer avec elle.
_ Elle va s’épuiser d’elle-même. Nous sommes dans les souterrains de ma maison. Même si elle parvient à trouver le trou qui conduit à l’étage, le faux plafond est trop haut à atteindre pour un simple humain.
_ Je ne te savais pas détenteur d’autant de trophées, soupire Aphrodite en enlaçant par le dos la taille de Deathmask et en posant sa tête sur son épaule ! J’ai du mal à croire que même ton sous-sol soit jonché de tes victimes ! »
Deathmask affiche un vil sourire, s’estimant flatté.


Dans la clairière, à l’ouest du Sanctuaire, Aiolia et Marin réajustent leurs vêtements.
Les deux amants, le corps humidifié par la neige qui fond sur leurs poitrails brûlants, restent muets.
S’en est trop pour Marin qui semble avoir quelque chose sur le c½ur : « Es-tu heureux de notre situation ?
_ Marin, nous en avons discuté des dizaines de fois pour en venir à la même conclusion. Ma mission de Saint d’or…
_ Bien sûr ! Ta mission, se fâche-t-elle aussitôt ! Tu n’as que cette idée en tête. Pourtant tu sais à quel point je tiens à toi. Depuis le jour où tu m’as vu sans mon masque j’ai su que te tuer me serait impossible. Je t’aime.
_ Tu sais que moi aussi je t’aime Marine. Il n’y a pas un jour où mon c½ur crève de ne pouvoir réaliser nos souhaits. Je ne peux concevoir de vivre publiquement notre histoire tant que mon honneur ne sera pas lavé après ce qu’a fait ce traître d’Aiolos !
_ Aiolos ! Tu ne vis donc que pour lui ! Et moi dans tout ça ? Je passe après ton honneur ?
_ Ne joue pas à ce petit jeu-là avec moi Marin alors que ton statut de Saint n’est qu’une couverture dont tu te sers pour retrouver ton frère cadet.
_ Ne remets pas mon rôle de chevalier en cause. J’ai toujours risqué ma vie pour Athéna !
_ Mais défendre les intérêts d’Athéna a-t-il était l’élément déclencheur en toi qui t’a motivé à devenir Saint d’argent ?
_ Non, avoue-t-elle timidement.
_ Alors pourquoi veux-tu à tout prix officialiser notre couple alors que tu ne seras jamais présente ? Je sais très bien que lorsque l’apprentissage de Seiya sera achevé tu partiras loin encore une fois à la recherche de Toma ! »
Marine ne dit rien, Aiolia est bouleversé car Marin n’aura de cesse de fuir le domaine sacré que lorsqu’elle aura retrouvé son frère.
_ « Marin, il doit rester tout au plus une année avant que Seiya n’achève son entraînement. Sache que si tu pars à nouveau après cela, tu ne me retrouveras plus comme étant l’homme qui t’aime. »
Marin est tout aussi navrée d’entendre cela qu’Aiolia l’est de le prononcer. Elle fait grise mine et remet son masque : « Alors dans ce cas, peut-être mieux vaut-il en rester là. »
Il espère la rattraper par le bras. Malheureusement, l’Aigle se hâte de quitter les lieux nappés de blanc.
Elle saute aussitôt en haut d’un arbre et prend appui sur une branche pour se propulser à des mètres de la clairière et gagner au plus vite sa chaumière.
Aiolia ressent alors une déchirure lui fendre le c½ur. Des éclairs entourent soudain son bras avant de s’abattre sur une vieille souche morte qui part en fumée…
Last Edit: 26 February 2020 à 10h30 by Kodeni

Author Topic: Chapitre 2  (Read 8082 times)

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Cette version du second chapitre est une version rééditée de la publication originale du 19 avril 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.