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Only for Love / Chapitre 64
« Last post by Kodeni on 28 September 2020 à 13h48 »
Chapitre 64

L’air frais de ce 19 décembre 1986 glisse sur le masque violet du souverain pontife du royaume d’Athéna.
Appuyé au balcon de sa chambre, penché en avant, il laisse ses cheveux blancs grisonnants voguer au gré du vent. Celui-ci écarte les nuages et dégage un ciel bleu comme on en trouve souvent malgré l’hiver approchant.
Néanmoins, l’ambiance bucolique à l’extérieur dénote avec le courroux du Grand Pope.

Derrière le siège papal, agenouillé plus bas, Phaéton cherche à se faire plus petit qu’il ne l’est.
_ « Donc, si je comprends bien, questionne le Pope d’une voix grave, toujours aucune trace de la Cloth d’or du Sagittaire qui s’est volatilisée ?!
_ Hélas, Seigneur, toutes les tortures menées sur votre ordre n’ont rien donné. Tous les soldats en faction dans les environs de vos chambres à vous et à Athéna ont été passés à la question.
_ Peut-être les interrogatoires ont-ils été menés avec trop de délicatesse ?
_ Mais, Seigneur, tous les hommes interrogés en sont morts.
_ Alors interrogeons les prêtres. Après tout, en venant se recueillir auprès de moi et en assurant mon service ils savent obligatoirement quelque chose.
_ Enfin… Seigneur… Vous n’avez plus de prêtres… Nombreux sont ceux disparus ces derniers mois et les derniers questionnés n’ont pas survécu non plus à l’interrogatoire. »
Ces déclarations font revivre en quelques flashs, les meurtres perpétrés par Saga, lorsque ses fidèles ont découvert par inadvertance son visage ou qu’ils ont dû payer pour les échecs essuyés par le Sanctuaire contre Saori.
Saga reprend son souffle afin de contenir son amertume.
Il se tourne à destination de Phaéton : « J’avais demandé qu’on envoie un Saint d’argent à Jamir pour quérir l’aide de Mû. Avec ses donc de télékinésie, il devrait pouvoir localiser l’armure du Sagittaire. »
Phaéton sue à grosses gouttes : « Nous avons envoyé Arachné de la Tarentule. Le soldat qui l’accompagnait dit que Mû n’était pas à Jamir et qu’en chemin, Arachné a rencontré Seiya de Pégase.
_ J’imagine alors qu’Arachné ne rentrera pas, soupire le Pope.
_ Malheureusement Majesté… Cependant, il nous reste encore quelques Saints d’argent que nous pouvons…
_ Je t’en prie ! Phaéton ! Combien de Saints d’argent avons-nous déjà envoyé ?! Gardons le peu qu’il reste pour des missions de moins grande envergure, gronde-t-il en descendant les marches ! »
Sa voix résonne dans l’immense temple. Puis, s’ensuit le son de ses pas qui approchent de Phaéton.
Le malheureux, arc-bouté plus que de raison, pense sa fin proche.
_ « Après ses échecs, Gigas a fui. Dès lors, une fois qu’on m’a confié le poste de général, disposant des pleins pouvoirs, j’ai cru qu’employer les Saints d’argent m’octroierait un succès rapide. J’aurai eu tous les honneurs de notre maître. Mais j’ai été bien sot. Après tout, avant qu’il ne tombe en disgrâce, Gigas avait rencontré le succès. Notamment contre Eris, Shiva, Hébé… Il a guidé nos hommes dans des victoires face à des dieux. Et pourtant, dès le premier revers, il a compris qu’il était plus judicieux de fuir. Quel idiot ai-je été de penser qu’avec mon manque d’expérience et mes échecs qui s’en sont suivis je parviendrai à m’en sortir, songe-t-il. »
Soudain, le silence le tire de ses pensées. Il n’entend plus les cliquetis métalliques des pas du Grand Pope avancer. Phaéton lève alors les yeux très lentement et reconnaît juste devant lui son souverain.
_ « Phaéton. Quel grade occupais-tu avant que je ne te catapulte général ?
_ Co… Commandant, bégaye-t-il.
_ Je vois. Un poste laissé vacant quand tu as pris la place du déserteur Gigas… Avec les pertes occasionnées chez les Saints d’argent, dont certains étaient lieutenants, sans parler de leur capitaine Misty, l’armée a perdu des éléments de grandes valeurs. C’est même toute la structure de commandement qui a été profondément impactée. Pour ne pas dire décimée, si je compte le nombre de Saints de bronze qui étaient sergents. Ne parlons pas des mercenaires… »
Saga reprend son chemin et quitte l’appartement, pour déboucher dans le grand hall de réception où se trouve son trône. Phaéton le suit, tout penaud.
_ « Le général a le commandement sur tout le domaine sacré. Du simple soldat jusqu’au commandant, en passant par les Saints de bronze et d’argent. D’ailleurs, la plupart du temps, général et commandant sont, ou ont été, des Saints d’argent. Seulement, pour vous, Gigas et toi, j’ai fait une exception, comptant sur votre dévouement et votre sens de la stratégie…
_ Absolument Majesté et je vous en suis profondément reconnaissant, interrompt aussitôt Phaéton qui sent que la fin est proche…
_ Silence, ordonne Saga ! Toujours est-il, que la gouvernance des Saints d’or incombe au Grand Pope que je suis. La situation impose que je prenne les devants. Et tu seras rassuré de savoir que c’est chose faite. J’ai envoyé Aiolia du Lion au Japon pour mettre fin à la mascarade de Saori Kido. Deathmask du Cancer, lui, est parti aux Cinq Pics en Chine, assassiner le traître Dohko et ramener l’armure d’or de la Balance, qu’il conserve depuis plus de deux cent ans. J’attends leurs comptes-rendus d’ici les prochaines heures. Dès lors, il me parait évident que les choses dépassent le général que tu étais.
_ Que… Que j’étais Majesté ?
_ En effet. Nos rangs décimés ont besoin de caporaux.
_ Caporal… Il s’agit du meneur d’une troupe de soldats. Ce n’est même pas le rang que j’occupais lorsque je suis rentré…
_ Ne me trouves-tu pas assez magnanime, demande avec insistance le Grand Pope en se retournant vers son sujet ? »
Phaéton en tombe à la renverse : « Si Majesté ! Absolument ! Je m’en vais prendre mes fonctions de ce pas ! »
Phaéton se redresse avec difficulté, sa hâte le fait glisser sur les dalles usées du temple avant qu’il ne déguerpisse, raccompagné par les soldats qui l’attendent de l’autre côté de la porte, disgracié qu’il est.

Sur son passage, il rencontre une jeune femme aux longs cheveux blond pâle.
L’encadrement musclé autour du général déchu ne la surprend pas outre mesure. Elle avance en le toisant avec mépris de ses yeux verts, comme si sa déchéance avait été son ½uvre.
Austère, implacable, la beauté froide avance avec légèreté dans ses spartiates nouées autour de ses mollets dénudés. Sa robe immaculée, nouée à la taille par une ceinture dorée, descend plus bas que ses cuisses fermes, mais demeure suffisamment évasée pour se soulever et épouser la forme de ses jambes à chacun de ses pas. Elle stoppe net une fois la grande embrasure passée pour plier ses genoux et effectuer une révérence au Grand Pope.
Au dehors, les gardes en faction devant les portes, les repoussent pour laisser le représentant d’Athéna seul avec sa sujette.
Une fois l’accès fermé, le claquement assourdissant résonne dans le grand hall.
Alors que plus d’un frémirait d’effroi, la vénusté, elle, parait soulagée. En effet, malgré sa posture, elle lève le plus discrètement possible ses yeux vers le prélat.
Contre toute attente, une fois le vacarme dissipé, le frottement métallique de son masque contre son casque indique que Saga dévoile son visage.
Tandis qu’il dépose son attirail sur son siège, ses cheveux bleuissent jusqu’à reprendre leur teinte naturelle.
_ « L’heure est grave ! Lève-toi, Katya, représentante des prêtresses d’Athéna ! »
La susnommée s’exécute aussitôt, sans craindre pour autant la réaction de Saga. Au contraire, elle attend impatiemment qu’il se tourne pour apprécier son visage.
_ « L’armure d’or du Sagittaire nous a été dérobée, l’informe-t-il en se retournant. Ni les gardes en faction dans mon temple ni les prêtres d’Athéna n’ont parlé… »
Katya reste muette. Elle ne semble pas découvrir l’identité de Saga mais n’en demeure pas moins admirative chaque seconde de l’honneur qu’il lui fait de lui dévoiler son charme.
_ « … J’ai souhaité me charger personnellement des prêtresses d’Athéna. Seules ses prêtresses sont autorisées à l’approcher et, par la même, à aborder mes appartements. C’est pour cette raison que j’ai expressément ordonné que toutes les prêtresses soient convoquées en ta compagnie ! Or, je ne vois personne avec toi ! »
D’un ton mielleux, malgré une voix qu’on lui devine d’ordinaire autoritaire, elle répond : « Mais Grand Pope… il n’y a plus de prêtresses d’Athéna. Personne d’autre que moi ces derniers mois n’est venue ici pour donner le change. Les seules prêtresses qui n’ont pas disparu après être venues ici, sont des aspirantes Saintias. Des guerrières que vous souhaitez garder sous le coude et pour lesquelles vous me demandez de continuer l’instruction selon les codes de la chevalerie et de la dévotion envers Athéna.
_ Les Saintias… Athéna, marmonne-t-il en passant sa main gauche sur son visage, démontrant ainsi une pointe de fatigue… Il est vrai que leur prédisposition au combat leur a évité un sort auquel n’ont pas échappé les simples servantes que je… Que j’ai… »
Il tombe à genoux, le visage horrifié par la réalité. Katya court aussitôt pour se jeter à ses pieds et cueillir ses mains de ses doigts fins : « Tout ce que vous avez fait Saga, c’est pour apaiser le tourment en vous et vous permettre de rester lucide quand vient le moment de répondre aux responsabilités de votre fonction. Gouverner le monde d’une main de maître.
_ Ka… Katya… bégaie-t-il.
_ Vous êtes grand et bon Saint d’or des Gémeaux, lui assure-t-elle en prenant sa tête pour la plaquer chaleureusement contre sa ferme poitrine. Vos actes sont justifiés car ils sont justice. Moi seule, je longe vos appartements, afin de me rendre derrière cette tenture rouge à l’arrière de votre trône pour accéder à la chambre d’Athéna et assurer la toilette et le repas de cette Athéna qui n’est pas présente. Si vous pensez qu’à un seul moment j’ai pu trahir cette passion pour vous, alors je serai ravie de m’ôter moi-même la vie. Cette vie radieuse que je vous dois après que vous m’ayez sauvé d’une attaque des Titans. »
Le chevalier troublé relève la tête, les yeux gondolés de larmes, et confesse : « Je t’ai converti à mes vices.
_ Je l’ai choisi le plus volontiers du monde.
_ Peut-être bientôt cette guerre interne prendra fin, et peut-être qu’elle m’emportera à son terme…
_ Je ne peux concevoir de vivre sans vous. Ma vie prendrait fin en même temps que la vôtre.
_ Une Saintia est un statut particulier, où les femmes sont autorisées à devenir chevaliers sans renoncer à leur féminité, afin de servir personnellement Athéna. Seules des jeunes filles au c½ur pur et éternellement chastes et dévouées peuvent intégrer sa garde. J’ai interdit aux dernières prétendantes de quitter le temple des prêtresses, afin de les préserver de l’immoralité qu’oblige mon ambition. Mais toi, je t’ai pris. Je t’ai fait trahir Athéna. Je t’ai rendu complice de mes crimes, en te laissant envoyer des prêtresses à une mort certaine, après que je leur ai volé leur innocence, parfois sous tes yeux, en te faisant même à l’occasion exécuter la basse besogne, alors que mon esprit était pris de doutes. Tu as rempli des missions pour moi en transmettant des ordres d’exécution, voire en faisant toi-même le bourreau. Je t’ai tout pris…
_ Non, vous m’avez tout donné. Vous m’avez donné la responsabilité d’assurer votre loi auprès des prêtresses en m’en faisant la doyenne et formatrice. Vous m’avez donné le statut de Saintia en m’offrant la Cloth de bronze de la Couronne Boréale. Vous m’avez fait remplir les missions qui incombent à la stabilité et durabilité de la paix. Vous m’avez confié vos plus lourds péchés, en ne vous cachant pas des crimes qui vous soulagent. Vous m’avez sauvé la vie. Puis, vous avez donné un sens à ma vie. Vous ne m’avez en rien tout pris, vous m’avez tout donné. »
Saga est saisi par la sincérité d’une ferveur si aveuglante, presque gêné par l’influence qu’il exerce sur cette jeune femme.
Celle-ci se relève devant lui, accablé sur le sol. La mine confuse, ses yeux rivés sur les pieds de la Saintia, il est ramené à lui lorsqu’il remarque sa fine robe descendre tout le long de ses chevilles.
Lorsqu’il relève la tête, il ne reste plus comme vêtement sur la vestale que le foulard qu’elle desserre de son cou afin de libérer un large collier d’or.
Alors qu’elle se dirige vers le trône papal en délassant ses spartiates à mesure qu’elle progresse, elle tourne légèrement la tête pour défier d’un regard mutin son idole : « Il ne reste qu’une chose que je ne vous ai pas donné et que vous avez eu l’élégance de ne pas me demander…
_ Je n’aurai jamais osé attendre d’un sujet d’une telle confiance, d’une telle efficacité, ce sacrifice après tous ceux qu’elle a commis pour moi, garantit-il en la suivant comme envoûté. »
Tout en enroulant son foulard autour d’un de ses poignets, elle se cambre pour déposer délicatement avec l’autre main, l’un après l’autre, le casque puis le masque du Grand Pope sur le sol. Exposant ainsi sa croupe à Saga qui se délecte du spectacle.
Lorsqu’il arrive à sa hauteur, elle s’avachit dans le trône en tendant ses deux poignets et prononçant plus en avant ses poings enrubannés : « Il est essentiel pour moi que mon premier instant soit le meilleur de votre vie. Je sais que vous aimez que votre emprise sur toute chose soit totale. »
La vigueur du Saint se reflète alors dans ses yeux prenant un éclat rougeoyant. Sa mâchoire se serre tandis qu’il défait sa toge qu’il abandonne à ses pieds. Exposant ainsi son corps sculpté qu’elle admire avec envie.  D’un mouvement brusque, il saisit les deux mains de Katya qu’il tire vers lui, l’obligeant à s’agenouiller sur le siège. Alors qu’il les lève à sa hauteur, Katya laisse tomber le poids de ses épaules en avant pour approcher sa tête du sexe raidi de Saga. Tandis qu’il lui lace les poignets, donnant à chaque n½ud un à-coup prononcé, Katya goutte follement l’ardeur de Saga, nourrit par l’envie profonde de saisir l’opportunité qu’il s’est toujours refusé.
Ne pouvant contenir plus longtemps la personnalité liée à ce plaisir dont il se sent coupable, sa chevelure grise prend le dessus pour accompagner sa hargne.
D’un coup, d’un seul, il redresse la tête de Katya qu’il saisit à la gorge pour la plaquer au fond du fauteuil. Le contact est si violent que le collier de la Saintia vole en éclat.
Tandis que le choc brutal l’étourdit et que le souffle lui manque, elle écarte les cuisses pour enrouler ses jambes autour de sa taille et l’attirer vers elle : « Oui… Allez-y… Soyez ce que vous aimez être, susurre-t-elle d’une voix étouffée… »
Les yeux rouges de Saga reprennent leur lueur bleue bienfaitrice, tandis qu’il conserve sa chevelure blanchissante, matérialisant ainsi cette dualité qui le caractérise, même lorsqu’il peut librement être celui qu’il souhaite…


Au Mexique, au centre du pays, sur une route déformée et faite de nids-de-poule, un pick-up truck roule péniblement au beau milieu de champs désertiques.
Tout autour, les aspects de la jungle tropicale annoncent qu’il entre dans un aspect le plus coutumier du pays.
En effet, le développement industriel des moyennes et grandes agglomérations mexicaines a entraîné un important exode rural ces dernières décennies.
Le chauffeur du véhicule s’étonne donc de s’enfoncer autant dans l’arrière-pays, comme le désirent les touristes qu’il conduit.

Dans la cabine arrière, sur deux bancs, Nicol, Mei, Yulij et Médée sont balancés au gré des ornières de la route. Les femmes cachent leurs visages de la poussière avec leurs voiles, tandis que les hommes se protègent du soleil avec leurs sombreros.
Entre les deux bancs, les urnes de leurs Cloths, dissimulées sous des draps, leur rappellent leur mission : « Je suis surprise qu’il fasse aussi chaud pour un mois de décembre, soupire Médée.
_ Au Mexique les saisons sont moins marquées que par chez nous. La saison la plus agréable et la moins chargée va de novembre à avril. Le soleil est présent et les pluies presque absentes, leur apprend Nicol. »
Sarcastique, Mei penche son visage par-dessus le véhicule et régurgite son repas : « Bordel… En plus de la chaleur et de ces carnitas trop gras, cette route de merde me fout la gerbe. Pourquoi faut-il qu’on roule encore autant ? Ça fait vingt-quatre heures qu’on traverse le pays du sud au centre. »
En essayant de retenir mieux que Médée et Yulij sa moquerie, Nicol justifie : « Tu l’as entendu comme moi. Dès notre arrivée dans ce pays, il a été question d’une étrange série de disparitions dans la région du centre, exactement là où nous nous rendons. Il est question d’animaux humanoïdes. Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une nouvelle légende urbaine, cela correspond exactement à ce qu’on recherche. »
Répondant à la maturité de Nicol, l’épouse de Mû rajoute : « Et puis il faut en profiter pour admirer le paysage. Cela fait près de mille huit cent kilomètres que nous voyons de verdoyantes prairies et une architecture mélangeant l’art Toltèque, Maya et colonial. »
Pris de terrible maux de ventre, Mei conclut en recrachant sa bile d’un désespéré : « Ne te fous pas de ma gueule, qui amuse ses trois compagnons ! »


Au Japon, à Tokyo, au Coliseum, toutes les issues sont désormais condamnées. Seuls les portes des garages souterrains s’activent encore, pour laisser aller et venir les agents du quartier général de la Fondation Graad.
De l’immense stade couvert qui dominait Tokyo, il ne reste plus rien. Cette version moderne du colisée romain, construite à l’occasion de la Galaxian War n’est plus, aujourd’hui, qu’un amas de pierres, de résidus de plastiques et de bois brûlés.
Alors qu’il s’élevait sur plus de quarante-trois mètres de haut, il n’en reste aujourd’hui plus qu’une dizaine encore debout.

Epargné par les flammes lorsque le Sanctuaire a voulu ravager le dôme, le sous-sol, fraction secrète et profondément enterrée, sent encore le neuf.
Désormais animé par les ordres de Sho, Ushio et Daichi, les Steel Saints, ce centre a pour but d’enquêter sur le Sanctuaire et les agissements maléfiques qui peuvent avoir lieux à travers le monde.
Le meneur des chevaliers d’acier, élancé, les cheveux d’un bleu foncé, cachant son ½il droit par une mèche rebelle, Sho, reste les yeux rivés sur l’écran géant principal : « Il nous a suffit de nous brancher aux caméras installées partout en ville. Grâce à elles nous avons pu remarquer la présence trop fréquente de ce camion de nettoyage qui rode sans cesse autour du QG. Alors que Mademoiselle Kido et nos amis se rendent à l’orphelinat, il les a pris en filature. »
A ses côtés, non moins grand, vêtu d’une combinaison marine et la joue marquée d’une cicatrice, Ushio presse une touche pour activer les micros : « Je pense que c’est le moment de cesser ce petit jeu. Daichi, tu t’en occupes ? »

Dehors, tenant l’équilibre sur le skateboard motorisé qui lui sert de Cloth, le plus petit des trois alliés des Saints de bronze reçoit le message radio.
Pistant depuis leur départ le camion, il passe à la vitesse supérieure.
Il abandonne leur trace pour emprunter une petite ruelle.
Alors que la fourgonnette suit une route éloignée du centre de Tokyo, Daichi surgit sur le flanc du véhicule. Son armure traverse la soute et renverse les agents qui s’y trouvent.
Le Japonais se réceptionne devant le véhicule retourné, d’où sortent deux hommes portant d’ordinaires vêtements d’agent d’entretien.
« Vous êtes dingue, s’exclame le premier !
_ Ce sera marqué dans le constat, prévient le second ! »
Le gamin aux cheveux bruns coiffés d’un bandeau remarque : « Vous avez un accent peu commun pour des gens d’une société de nettoyage locale. On sent le soleil méditerranéen dans vos mots. »
Démasqué, les deux individus n’insistent pas davantage. L’un ramasse dans la cabine, une épée que portent habituellement les soldats en faction dans le domaine sacré.
Il se précipite contre Daichi qui esquive la lame avec agilité.
Le deuxième espion en profite pour contourner les combattants, en espérant bloquer Daichi grâce à une attaque en traître.
C’est toutefois sans compter sur la vitesse du jeune homme à qui il suffit d’un coup de pied retourné, pour le mettre hors d’état de nuire. L’individu armé croit à ce moment pouvoir planter le fer en pleine poitrine de Daichi. Encore une fois, à vive allure, ce dernier l’évite et saisit le poignet de l’adversaire afin de le lui briser, grâce à la simple pression de sa main.
Il lui suffit ensuite d’un direct en plein estomac, pour lui faire mordre la poussière.
Avant que des yeux indiscrets ne viennent se mêler de l’affaire, Daichi ramasse ses adversaires par le col et repart aussi vite qu’il en est venu au quartier général.


Au Mexique, au centre du pays, pendant que Yulij soutient Mei à traverser son mal des transports, Nicol et Médée se laissent charmer par les niveaux élevés de la biodiversité. Ils reconnaissent au loin des espèces charismatiques telles que le jaguar, les singes d'hurleur et les macaws.

Soudain, le véhicule freine brusquement, faisant basculer Mei. Le Japonais se relève furieux, déjà prêt à incendier le chauffeur.
Seulement, celui-ci sort de sa cabine le visage angoissé : « Je n’irai pas plus loin. Il y a encore quelques villages dans les environs, mais les rumeurs disent que ces derniers temps, des groupes indigènes qui vivent dans la forêt s’en prennent aux villageois et les sacrifient au nom du dieu obscur. »
Ventru et moustachu, le conducteur tend sans la moindre élégance sa main en direction de Mei pour être payé.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice lui tourne le dos : « Tu plaisantes j’espère ? Tu n’as pas conclu ta part du marché, tu devais nous conduire au village le plus… »
Il n’achève pas sa phrase, chatouillé au pied par…
_ « Une araignée, sursaute le Saint de la Chevelure de Bérénice ! »
Immense et velue, l’arachnide passe son chemin tandis que Mei se perche sur sa Pandora Box en hurlant de terreur.
Navré, le Mexicain insiste : « C’est la première fois que je vais aussi loin. Je vous en prie. »
Lisant la peur qui pétrifie le pauvre autochtone, Nicol s’évertue à sortir de sa bourse quelques pesos, pendant que les femmes déchargent les urnes en y délogeant avec difficulté Mei : « Ça ira. Prends ces pesos comme nous l’avions convenu et rentre chez toi. Merci pour le voyage. »
Les quatre amis l’observent embrayer avec difficulté, vu l’étroitesse du chemin, un demi-tour puis repartir.
_ « Tu n’aurais jamais dû lui donner ces pesos. On a déjà eu de la chance de tomber sur des bandits de grand chemin et de les détrousser à notre arrivée pour nous affubler de leur argent, grogne Mei.
_ N’ait crainte. Il nous en reste en… »
Une inattendue explosion retentit derrière eux et empêche Nicol d’achever sa phrase.
_ « La voiture ! Le chauffeur, s’inquiète Yulij ! »
Tous les quatre se précipitent dans la direction prise par la voiture.
A leur arrivée, ils ne retrouvent plus que le véhicule retourné et calciné.
Yulij l’inspecte : « Le chauffeur n’est pas dedans.
_ Tu crois qu’il aurait été enlevé comme il le craignait, demande Mei ? »
Médée reconnaît sur la carrosserie ce qui s’apparente à des griffes : « Il semblerait. »
Derrière eux, des grognements félins les informent d’une présence ennemie. De derrière des fougères bondissent quatre grands et massifs carnassiers tachetés.
Yulij se met en garde : « Des jaguars ? »
L’un d’eux tient dans sa gueule l’automobiliste par le cou. Celui-ci, sauf, implore les quatre touristes de lui venir en aide.
Cependant, Mei remarque quelque chose : « Les jaguars ne s’attaquent que très rarement à l’homme. J’ai du mal à croire que ce sont ces quatre gros chatons qui ont mis la voiture dans un tel état. »
Une voix grave et ronronnante leur confirme : « En effet, seul un homme peut faire ça. »
Une silhouette massive sort de l’ombre et s’approche des Saints. Le sol vibre sous ses pas et d’une simple pression de la main, il couche un arbre qui se tenait sur son passage.
« Incroyable, s’étonne Mei en distinguant un grand et immense animal tenir sur ses deux pattes et leur faire la conversation ! »
« Je suis Titlacauan, se présente le meneur de la meute. »
D’un bon mètre quatre-vingt-treize, les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, l’anthropomorphe, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Qui êtes-vous ? »
Mei, toujours aussi provoquant, se gratte la joue : « Des chasseurs. Spécialisé dans le jaguar justement. »
Peu enclin à l’humour, Titlacauan retrousse nerveusement ses babines, pour montrer ses grandes et longues dents : « Habituellement nous ne dévorons pas les hommes. Ils ne nous servent que de sacrifices, mais pour toi je pourrai faire une exception. »
Titlacauan joint les actes à la parole en se jetant sur le chevalier de bronze. D’abord surpris, Mei parvient à esquiver le coup de patte, mais en sacrifiant son poncho.
Titlacauan tente de donner un bon coup de griffes, mais Mei attrape les lanières de sa Pandora Box pour la cogner, contre la poitrine de son assaillant.
Frappé en plein buste par le caisson métallique. Titlacauan recule en grimaçant.
_ « Je sens une drôle d’énergie à l’intérieur de ton corps et de cette boîte. Cette énergie est cosmique, comme celle de notre maître et la nôtre. »
Nicol s’immisce dans la conversation : « Ton maître, ce ne serait pas Tezcatlipoca par hasard ? »
De ses yeux de chasseur, Titlacauan témoigne un certain respect au Saint de l’Autel : « Quelle clairvoyance ! Quel raffinement aussi je dois dire. Rien à voir avec ton ami. »
Mei grimace pour le coup pendant que Médée et Yulij se mettent en garde derrière les hommes. L’animal poursuit : « Notre mission consiste à repousser inlassablement l’assaut du néant. Et pour se faire, il faut fournir au soleil suffisamment de sang. Le sacrifice des hommes et des femmes est nécessaire pour alimenter le soleil d’énergie. Tu me sembles parfait en tout point. T’offrir en sacrifice au Grand Tezcatlipoca ne sera que l’honorer de la plus belle des manières. »
Mei passe devant Nicol et menace le jaguar : « Minute ! Avant de te tailler la part du lion, si je puis me permette, ton adversaire ici c’est moi. »
Titlacauan grogne de plus belle en voyant Mei le provoquer à nouveau : « Hum. Tu fais de l’esprit à ce que je vois. Parfait, je vais pouvoir m’occuper de toi, tu vas subir les Crocs de Tonnerre… »

Avant même qu’il ne puisse invoquer son arcane, une voix sournoise le calme aussitôt : « Ça suffit Titlacauan. »
Le susnommé baisse la tête pour témoigner sa servitude devant un homme mince, les épaules tombantes et le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoignent d’une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert.
_ « Vous vous êtes déplacez en personne Necocyaotl Prêtre de Tezcatlipoca ? »
Le religieux ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Je m’inquiétais de ne pas te voir revenir Titlacauan. Le Grand Tezcatlipoca attend son sacrifice avec impatience.
_ Et eux ? Qu’en faisons-nous ?
_ Rien. Nous les gardons auprès de nous pour nous amuser quelque temps, sourit avec malice Necocyaotl. »

Yulij s’indigne d’être considérée ainsi. A la surprise de tous, elle s’élance contre le prêtre : « Pour qui nous prends-tu ? Falling Stars ! »
Malgré la vitesse du son atteinte par la Chute d’Etoiles, Necocyaotl ne s’en inquiète pas. L’écharpe rouge qui descend le long de ses épaules s’allonge indéfiniment devant lui et bientôt devant l’ensemble des siens : « Darkness Mirror. »
Le Miroir des Ténèbres quadrille la zone et laisse réfléchir les étoiles pour mieux se retourner contre Yulij.
La Saint du Sextant est repoussé jusqu’auprès de ses camarades où Mei la rattrape afin d’éviter à sa compagne une chute dangereuse.

Devant eux, le miroir se dissipe, ne laissant rien d’autre que la jungle vidée de leurs ennemis…


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido, dans une des ailes de l’immense propriété, Saori se recueille seule un instant.
Beaucoup de choses se sont passées en si peu de temps.
Après une dispute avec Seiya à propos de Shiryu, Ikki a choisi de faire cavalier seul. Il demeure introuvable.
Seiya est parti en vain à Jamir pour trouver un remède à la cécité de Shiryu.
Le masque de l’armure d’or du Sagittaire avait disparu, avant que l’armure toute entière ne réapparaisse dans sa véritable forme pour protéger Seiya d’Aiolia du Lion.

Elle s’enferme dans un de ses appartements et soupire éreintée par l’accumulation des circonstances malheureuses.
Alors qu’elle revient du Jardin d’enfants des étoiles, l’orphelinat où ont grandi Seiya et ses frères, Saori revit quelques instants ces regards échangés entre Miho et Seiya.
_ « Je savais que je n’aurai pas dû les accompagner à cet orphelinat lors de leurs adieux avec les enfants. Cette éducatrice partage tellement de choses avec Seiya, je suis certaine qu’elle n’attend que son retour pour le lui dire. Est-ce réciproque au moins, se tracasse-t-elle ? »
Elle passe devant son piano sur lequel elle s’assoit et joue l’air qu’elle a tant l’habitude d’interpréter, la sonate K. 332 de Mozart. Par automatisme, ses doigts pianotent habillement l’instrument musical et lui permettent de songer : « Dois-je lui dire ce que je ressens ? Suis-je sensée le faire ? »
Elle tourne la tête vers un guéridon où est exposée sous cadre une photo d’elle en compagnie de Ksénia : « Mon amie… Je n’ai pas eu de temps à te consacrer dernièrement. Toi tu aurais su me dire que faire vis-à-vis de Seiya… »
Brusquement, ses mains entières pressent plusieurs touches en même temps et produisent un son inaudible : « Non ! Ce que nous allons vivre demain est trop important pour que je puisse faire passer ma personne en premier. Je suis Athéna. Mes sentiments humains ne doivent pas interférer sur ma mission divine. »

Subitement, on frappe à sa porte. « Entrez, dit-elle d’une voix gracieuse ! »
Son majordome au crâne dégarni laisse la porte s’ouvrir et tend le bras à la personne qui l’accompagne : « Je vous en prie Docteur Asamori. »
Le savant à la moustache et aux cheveux grisonnants passe devant Tatsumi et salue comme il se doit la riche héritière de Mitsumasa Kido.
_ « Docteur Asamori. Asseyez-vous je vous en prie. Tatsumi va nous préparer le thé. »
Tel un soldat, Tatsumi se tient droit et s’exécute d’un ton solennel : « Bien Mademoiselle ! »
Le scientifique s’installe dans un fauteuil excessivement confortable, tandis que Saori se positionne avec élégance sur le sofa qui lui fait face.
_ « Docteur Asamori. Je vous ai fait venir pour deux choses. La première, concerne l’armure d’or du Sagittaire. J’imagine que vous voyez où je veux en venir.
_ Oui. Vous voulez parler de son changement de forme n’est-ce pas ? Lorsqu’il est revenu avec de Grèce, votre grand-père craignait que l’armure d’or puisse être retrouvée. Il était vrai que son apparence singulière n’échapperait pas à nos ennemis. C’est pourquoi je l’ai recouverte d’un alliage d’acier doré. Votre grand-père disait des armures qu’elles étaient vivantes. J’imagine que la mort de son propriétaire et l’absence même de successeur, m’ont permis de travailler l’armure d’or sans difficultés durant son sommeil. L’âme de l’armure a certainement ressenti que je n’étais pas animé de mauvais desseins. Toutefois, lorsqu’elle est revenue à elle pour habiller Seiya, l’alliage n’a pas tenu davantage. Ce maquillage d’acier a été annihilé aussitôt par l’émanation d’énergie de l’armure. »
Tatsumi revient fièrement avec un plateau sur lequel sont disposés deux tasses, une théière et quelques gâteaux secs.
Pendant qu’il sert l’invité, la réincarnation d’Athéna poursuit : « Cela m’amène à ma seconde question : cet alliage est-il de la même composition que celui des Steel Cloths ? »
En s’emparant de quelques biscuits, l’ingénieur affiche une mine plutôt fière : « Heureusement, non. L’armure d’or a été mon premier travail. Les Steel Cloths sont venues après. Cela m’a permis de travailler un alliage hyper résistant et amovible pour faciliter les mouvements de Sho, Ushio et Daichi. A proprement parler, cet acier, hyper travaillé, est le métal le plus résistant sur cette planète, après les armures des Saints, cela va de soi. »
La maîtresse de maison reste perplexe malgré tout : « C’est bien ce que je pensais. En plus de ne pas manipuler le cosmos, Sho, Ushio et Daichi sont moins bien équipés que Seiya et ses amis. Sans vouloir vous manquer de respect bien évidemment.
_ Je ne me sens absolument pas offensé Mademoiselle. Au contraire, je suis fier d’avoir pu copier des créations divines. Même si le résultat n’est pas aussi probant que vos armures, j’ai pu parvenir à en créer de très résistantes, grâce au savoir et à la technologie humaine.
_ Vous comprendrez donc que je ne pourrais pas prendre avec moi Sho et ses amis. »
L’éminent chercheur déboutonne sa blouse blanche pour libérer sa cravate, avec laquelle il nettoie les verres de ses lunettes : « Je n’ai pas besoin de vous préciser la peine que cela leur fera.
_ Je l’imagine très bien. Ils nous ont été très utiles lorsque nous avons affronté les Saints d’argent. Mais Seiya et les autres ont franchi un palier, que les Steel Saints hélas n’atteindront jamais. Je ne peux me résoudre à les envoyer à la mort.
_ Je le consens tout à fait. J’imagine que rester au centre des opérations sous le coliseum pour rendre la justice au nom de la Fondation Graad, sera déjà un grand honneur pour eux. »
Des pas pressés retentissent depuis le couloir.
Inquiet, Tatsumi abandonne les deux éminences pour accueillir l’employé impatient. Celui-ci lui tend un morceau de papier et, légèrement angoissé, lui délivre un message à l’oreille.
Navré d’interrompre la rencontre entre le responsable du centre de recherche et la dirigeante de la Fondation, Tatsumi prend une voix empruntée : « Mademoiselle. C’est un message de Sho. Les Steel Saints ont intercepté deux hommes qui vous filaient depuis ces derniers mois. Ils les ont interrogés et, comme vous le pensiez, ils sont des espions du Sanctuaire. »


Au Mexique, au centre du pays, dans un lieu totalement reculé, en plein milieux d’une végétation dense, une construction pyramidale est habitée par la présence autoritaire d’une tribu de guerriers humains et humanoïdes.
Tout autour de cette pyramide à degrés, des habitations, en briques séchées ou en roseaux avec un toit en paille, abritent une population où chacun voue sa vie à Tezcatlipoca.
Hommes, femmes et enfants, tous s’affairent dès leurs naissances à réaliser les desseins dictés par Necocyaotl pour rendre hommage à leur dieu.

Le prêtre à l’allure insidieuse expose aux yeux de tous, depuis le sommet de la pyramide, le corps du chauffeur qui a conduit les Saints d’Athéna.
Allongé sur l’autel dressé en haut du temple solaire, le malheureux implore à gorge déployée qu’on lui laisse la vie sauve.
Au-dessus de lui, couteau pointé en direction de son c½ur, Necocyaotl récite sa prière devant des fidèles absorbés : « … Entendez-vous peuple de Tezcatlipoca ? Entendez-vous Jaguars ? Ces rugissements qui proviennent des entrailles de la terre sont ceux du Grand Tezcatlipoca. Il vous bénit pour ce sang offert en sacrifice pour le soleil. Et lorsque le jour de la fin viendra, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde, sera exaucé par notre dieu de l’obscurité. Versons ce sang à sa gloire ! »
Les « non » suppliés par la victime sont inaudibles sous les acclamations des Jaguars qui se régalent de voir la dague s’enfoncer d’un coup sec et sans arrêt en plein c½ur.
L’arme découpe de façon circulaire la poitrine, sectionnant les os de la cage thoracique. Ainsi, Necocyaotl plonge sa main dans les entrailles du sacrifié qui convulse et en extirpe son c½ur, pour l’offrir à la vue de ses adeptes. Le sang qui s’échappe de la dépouille dégouline sur le plateau principal du temple et s’infiltre à l’intérieur par les brèches formées par le temps.

L’hémoglobine goutte.
Du sommet de la pyramide au plus profond du temple.
Il traverse des mètres et des mètres d’obscurité et de froid.
Il parcourt une atmosphère lugubre et éclate au contact d’une roche rougie par la chute répétée de sang depuis des années.
Le fluide vital brille au c½ur des ténèbres.
Les gouttes s’écrasent et inondent une statue immense, endormie, à l’intérieur de laquelle une lumière solaire brûle constamment, au beau milieu de la nuit éternelle.
Au pied de la statue, un homme accroupi, les mains sur les genoux, se laisse éclabousser par le fracas du sang sur la pierre.
Entièrement nu et bardé d’une musculature imposante, ses yeux sont clos.
Au contact répété du sang sur la statue, le feu solaire attire les rayons de l’astre qui brille au dehors.
Le soleil s’infiltre par une énorme trouée faite depuis le haut du temple, vestige d’un combat passé contre un Saint d’Athéna, et ne fait qu’un avec le noyau de feu qui fait vivre la statue.

De petits crissements retentissent dans ce souterrain. Les ongles des pattes sur lesquels Titlacauan se tient debout griffent les dalles posées par les civilisations précolombiennes.
Le thérianthrope s’agenouille devant l’entité comateuse : « Divin Tezcatlipoca, je crois avoir trouvé le sacrifice le plus digne qui soit pour vous. Je m’en vais le chercher de ce pas. »
Des applaudissements lui répondent. Lents et disgracieux, ces congratulations inspirent un profond cynisme. Le visage sadique du prêtre de Tezcatlipoca arbore une expression bestiale : « Quelle passion tu exerces dans ton rôle de guerrier, ricane Necocyaotl. »
Titlacauan reste courbé pour rendre hommage au second des Jaguars : « Je ne pense qu’à ce renouveau voulu par notre Grand Tezcatlipoca.
_ Oui… Comme nous tous. Cependant, tu n’iras pas retrouver ces étrangers. Pas tout de suite du moins. Nous ne savons pas ce qu’ils sont venus faire ici. »
Une voix caverneuse et terrifiante demande alors : « Sais-tu qui ils sont ? »
Le timbre si puissant de l’intervenant pourrait faire croire qu’il s’agit de la statue elle-même. Cependant, il s’agit en réalité de l’homme qui demeurait accroupi. Il se redresse pour accueillir sur lui une armure sombre qui dissimule son anatomie. Tezcatlipoca, lui-même s’adresse à ses sujets.
Necocyaotl s’incline immédiatement sans perdre pour autant son attitude vicieuse : « Ils portaient des urnes. Comme celles capables de contenir une Cloth de Saint d’Athéna. »
Toujours les yeux fermés, Tezcatlipoca constate aussitôt : « Athéna… C’est par sa faute si je n’ai pu me réincarner qu’en cette époque. Elle a scellé mon âme il y a plus de deux siècles. Sans notre libérateur et la chaleur qu’il nous offre, nous ne pouvons pas préparer le monde nouveau. Athéna ne peut-être là que pour y nuire.
_ Notre libérateur, s’enthousiasme avec énigme Necocyaotl, lui qui nous a offert le soleil capable de vous rendre toutes vos forces… Il nous a confié le bien plus précieux. Tachons de savoir ce que des chevaliers d’Athéna font par ici, avant de les sacrifier pour la gloire de ce soleil qui sera le destructeur de ce monde. »


Au Japon, à Tokyo, à l’intérieur du quartier général de la Fondation Graad, dans une pièce confinée faite de panneaux métalliques, Sho, Ushio et Daichi encerclent les deux agents secrets assis dos à dos.
Appuyés contre les parois de la salle, les trois asiatiques ne cessent de regarder la pendule positionnée au-dessus de la porte.
La tension redescend lorsque cette dernière s’ouvre, pour laisser apparaître le visage angélique de la directrice de la fondation.
Toujours aussi élégante dans son ample robe blanche, Saori Kido émerveille ses trois protecteurs.
Les deux enquêteurs au service du Grand Pope refusent de la regarder dans les yeux, comme pour mieux la dénigrer.
Sho le premier, remarque : « Vous êtes enfin là ! Nous nous inquiétions de voir le temps défiler ! »
Saori pose sa main sur celle du leader de l’équipe pour le rassurer. Sa peau est douce. Elle libère une aura attentionnée : « Il m’a fallu raccompagner le concepteur de vos armures, le Docteur Asamori. Il était mon invité. »
Cette remarque interpelle les trois complices.
Saori, elle, tend simplement une enveloppe aux deux captifs : « Je vous ai préparé un jet privé. Il prendra la direction d’Athènes dès que vous serez à son bord. J’image que vous n’aurez pas de difficultés à retrouver le chemin du Sanctuaire une fois sur place. Vous délivrerez cette missive au Grand Pope. »
Les Steel Saints échangent un regard effaré. Circonspects, ils commencent tous les trois à s’avancer vers les individus mais la maîtresse des lieux complète : « La mission de surveillance de ces hommes est terminée. Ils se sont acquittés de leur mission avec brio. Nous embarquons demain matin pour le Sanctuaire avec Seiya, Hyoga et Shun. Je voulais en avertir moi-même le Grand Pope. »
Elle s’adresse aux deux soldats du Sanctuaire sur un ton particulièrement courtois : « Je suis persuadée que vous ne rechignerez pas à me rendre ce service. »
Le plus râblé des deux acolytes avoue : « En effet. Nous rentrerons sans faire d’histoire. »
Elle claque alors des doigts pour faire venir quatre agents aux costumes et lunettes noirs : « Dans ce cas, ces hommes vous raccompagneront jusqu’en Grèce. Faites bon voyage. »

Les Grecs s’exécutent et laissent Saori seule avec ses Saints. Une fois la porte refermée derrière eux, Ushio s’indigne sans ménagement : « Pourquoi prévenir le Pope ? Une attaque surprise aurait eu plus d’effet. »
La belle aristocrate sourit chaleureusement devant la crédulité de son chevalier.
Daichi, lui, relève : « Avant de libérer nos deux prisonniers, vous évoquiez votre rencontre avec le Dr Asamori. Qu’en est-il ?
_ Vous avez entendu Seiya et les autres à propos de la visite d’Aiolia du Lion n’est-ce pas ? Les Saints d’or sont des adversaires qui ne sont pas à votre portée. Je refuse de vous envoyer à la mort, annonce-t-elle sèchement. »
Ushio, le plus révolté des trois hommes espère protester mais Sho l’en empêche : « Je comprends. Une attaque surprise n’aurait de toute façon aucun effet contre de tels adversaires. Et nous ne serions qu’une gêne pour nos amis. Il nous faut nous rendre à l’évidence. Le chemin vers la maîtrise du cosmos est long. Et nos limites en tant qu’hommes ont été atteintes. Peut-être lorsque vous reviendrez de Grèce, nous aurons réussi à nous éveiller à la cosmo énergie. Et alors nous pourrons rejoindre vos rangs, ceux de la déesse Athéna. »
Sereine, Saori congratule Sho d’un mouvement de tête. Daichi, lui, propose : « Vous accepterez malgré tout que nous vous accompagnions demain jusqu’à votre jet.
_ Oui, accepte Ushio, et durant votre absence, nous continuerons de traquer le mal et à faire régner la justice, afin de faire une liaison pacifiste entre le monde antique et le monde contemporain.
_ Bien, ponctue Sho, puisque nous sommes d’accords, pourquoi ne viendriez-vous pas jusqu’à chez nous, au centre de recherche, boire un verre pour nous faire profiter de vous avant votre longue absence ?
_ Avec plaisir. Tatsumi nous attend avec la limousine dans le parking. »


Sans réellement savoir où ils vont, Nicol et ses amis s’enfoncent depuis des heures dans la forêt tropicale mexicaine.
Jouant de malchance, Mei ne cesse de se gifler le corps en espérant faire baisser la population de moustiques, ce qui a le don d’amuser ses proches.
Médée, elle, plus réfléchie, laisse graviter autour d’elle son cosmos pour repousser les insectes.
Yulij, pour sa part, garde toujours un ½il sur le sol, de peur de croiser le chemin d’un serpent.
Nicol est le seul à s’enthousiasmer du voyage. Il ramasse de la terre humide : « Le sol est très fragile. Il est mince et pauvre puisque tous les éléments nutritifs sont absorbés par la végétation. »
Mei souffle : « Formidable ! »
Nicol continue d’étaler ses connaissances en levant la tête vers quelques stratifications verticales dominées par les plantes : « À lui seul, cet écosystème contient 70% des espèces végétales connues. »
Mei cesse alors sa route et déclare : « Vite ! Au feu ! »
Nicol se retourne sévèrement vers lui : « Ça ne va pas non ?! »
Mais le Japonais tend sa main vers l’ouest : « Non, regarde là-bas, de la fumée. On dirait qu’il y a un feu tout près ! »

Le quatuor, sans se concerter, fonce en direction du nuage. A vive allure, ils débouchent au bord d’un précipice qui rejoint celui d’en face grâce à un pont suspendu.
En tête de file, Mei s’élance sur la passerelle de cordes et de bois pourri. Les femmes l’accompagnent, alors que Nicol ralentit sa course sans toutefois renoncer à les suivre : « Je le sens mal ce pont. »
Aussitôt cette phrase prononcée, les liens cèdent et les amis chutent dans le vide.

Leur descente s’achève dans un bras d’eau d’où ils extirpent difficilement les urnes de leurs armures.
Installé sur une maigre embarcation, un autochtone se moque en les voyant sortir un à un la tête de l’eau. Ce vieillard au teint halé et aux poils blancs dressés sur le menton, pointe du doigt chaque côté de la berge : « Le pont n’est plus utilisé depuis des années. Il est trop dangereux. Des pirogues sont à disposition de chaque côté de la rive. »
Grognant son amertume, Mei refuse de s’engager sur la barque du brave monsieur et nage péniblement jusqu’à l’autre côté. Il y attend ses amis bien moins caractériels en essorant ses vêtements.
Le cordial vieillard se hasarde à demander : « Quelle mouche l’a piqué ? »
Nicol rejoint les autres et ne peut s’empêcher de rire : « Ce n’est pas une mouche, ce sont des moustiques ! »
Les trois chevaliers se gaussent à l’approche de Mei.


Au Japon, à Tokyo, au centre de recherche de la Fondation Graad, le petit salon est animé par quelques éclats de rire.
A l’intérieur de l’immense complexe d’ingénierie où Sho, Ushio et Daichi se sont entraînés durant des années, une table basse, au bois parfaitement lustré, accueille quelques flûtes à champagne.

Daichi s’applique à positionner les verres en les comptant : « Donc huit coupes c’est ça ? Tatsumi va arriver avec Seiya, Hyoga et Shun ? »
La voix quelque peu embrumée, Saori rectifie : « Non, sept. Seiya ne se joindra pas à nous ce soir. »
Dr. Asamori qui ouvre en grand les portes du bar, précise : « Non, six. Il me reste un excellent scotch que votre grand-père m’avait fait garder pour les grandes occasions. »
Ushio en profite : « Dans ce cas j’en prendrai un moi aussi ! »
Son tuteur abandonne pour une fois cet air si sombre qui fait tout son charisme pour stipuler : « Désolé jeune homme. Ce douze ans d’âge est réservé aux papilles gustatives entraînées. La robustesse d’un tel nectar, va bien au-delà de toutes les épreuves que vous avez endurées ces dernières années. »
Les convives de la demoiselle s’empressent de rire aux éclats de cette boutade qui permet à tout le monde de ne pas remarquer la déception passagère de Saori, en évoquant le cas de Seiya resté auprès de Miho. Seul Sho a relevé cette pointe d’amertume.
Avant que les Saints du Cygne et d’Andromède n’arrivent, la réincarnation d’Athéna demande : « Cette soirée était destinée à reposer Hyoga et Shun. Leur vider l’esprit si vous préférez. J’aimerai qu’en leur présence, nous parlions d’autre chose que la journée de demain. Surtout, pas un mot sur le courrier que j’ai fait envoyer au Pope. Ils l’apprendront dans l’avion.
_ Bien évidemment, approuve le scientifique. Mais vous Mademoiselle Kido ? Avez-vous pris le temps de souffler quelques instants ? »
Prenant le fardeau de son rôle comme une formalité, elle sourit timidement : « Il n’y a rien de plus naturel pour Athéna, que de vivre chaque instant avec la passion d’instaurer la paix sur cette planète. »
Daichi est songeur : « A ce propos, comment ferez-vous pour entrer en jet dans le Sanctuaire demain ? Je veux dire, chaque fois que nous avons envoyés des avions survoler les environs, un étrange champ de force les empêchait d’avancer de plus près.
_ Je compte sur ma propre volonté tout simplement. Puisque je suis Athéna, il n’y a aucune raison que je sois repoussée par ma propre barrière de cosmos. »

Enfin, quelques pas résonnent depuis le couloir. Daichi fait immédiatement sauter le bouchon du champagne : « Ah ! Les voilà ! Hyoga ! Shun ! Entrez donc ! »
Bon dernier, Tatsumi grommelle : « Forcément, on n’en a rien à faire de moi ! »
Dans un mouvement de joie général, le Docteur Asamori vient le saisir par l’épaule pour le guider jusqu’au bar : « Allons, allons, j’ai un excellent scotch à vous faire déguster venez. »


En quelques heures, Hyoga échange avec ses compagnons les souvenirs d’enfance qu’il partage avec Shun et les autres.
Certaines anecdotes ne mettent pas Tatsumi à l’honneur. Puisqu’il boude le reste de l’équipe, Ushio en profite pour lui voler son verre d’alcool et pour goûter au scotch. Immédiatement, sa gorge lui pique et ses yeux pleurent. Le groupe n’avait plus besoin que de ça pour plonger dans l’hilarité totale. Shun se permet de comparer le chevalier à l’armure marine : « Lorsque tu fais tes pitreries Ushio, tu as les mêmes expressions que Seiya ! »
Daichi rajoute : « En parlant de lui, je crains qu’il nous faille le faire tomber du lit demain matin, le connaissant. »
Et Hyoga en profite pour enfoncer le clou : « Je ne prendrai pas ce risque. Nous l’avons laissé avec Miho, je préférerai ne pas me mêler de ses histoires. »
Face à la bonne humeur générale, Saori essaie de masquer son désappointement et sort sur le balcon prendre l’air frais de décembre.

Dehors, accoudée à la rambarde, elle entend la porte s’ouvrir et une présence se rapprocher.
Une voix teintée de gentillesse et d’une maturité qu’elle ne soupçonnait pas se permet de lui dire : « Je pense qu’il la partage vous savez, sous-entend Sho.
_ Sho ?! Que veux-tu dire ?
_ Pardonnez mon indiscrétion. Mais je pense que Seiya partage au fond de lui l’affection que vous lui portez. »
Comprenant par l’approche discrète du chevalier à l’élément céleste qu’il saura garder le silence, elle lui avoue : « Je crains hélas qu’il ne partage pour moi, que la passion du Saint envers Athéna. Il a su me regarder comme se doit de le faire un chevalier, quand moi je n’en suis encore réduite qu’à le voir avec mes yeux de femmes.
_ Il y a autre chose. Au fil des mois passés à vos côtés, j’ai pu constater qu’il y avait plus que cela. Aujourd’hui il protége Saori pour tout ce qu’elle est. Et non Athéna seulement.
_ C’est bien là le problème. Pour réussir à surmonter toutes les épreuves demain, je devrai être Athéna, uniquement Athéna, et renoncer à ce que Saori éprouve. »
Sho se frotte les bras pour signifier qu’il fait trop froid pour qu’ils s’éternisent davantage dehors. Il choisit de conclure : « Si la mission de la déesse de la Sagesse est de préserver la paix, l’amitié et l’amour, alors pourquoi lui serait-il interdit d’aimer en retour ? »


Au Mexique, au centre du pays, de retour sur la terre ferme, les quatre Saints achèvent leur périple en direction du la fumée qu’ils ont aperçue auparavant.
Yulij explique à Mei : « Le pêcheur nous a dis qu’il s’agissait de funérailles. Un enfant mort au combat.
_ Mort au combat ? Comment ça ?
_ Dès leurs six ans, les enfants de cette contrée sont entraînés à leurs devoirs militaires pour être placés sous la protection de Tezcatlipoca, répond Nicol.
_ Tezcatlipoca, ce n’est pas le dieu vers lequel nous souhaitons nous diriger ? Celui qui retient le Pendentif de Zeus, s’inquiète Mei ?
_ Si. D’après le pêcheur, les adeptes de Tezcatlipoca ont grossi leurs rangs, ces dernières années. Les infidèles disparaissent peu à peu, ajoute Nicol. »
Médée s’hasarde à demander : « Pourquoi seulement depuis quelques années ?
_ Nous sommes là également pour le découvrir. Il y a plus de deux siècles, un Saint d’or du Scorpion a mené le combat contre les Jaguars, ces guerriers au service de Tezcatlipoca. Cela s’est soldé par la défaite de ce dieu aztèque. Il a été scellé par Athéna et à notre époque, il n’aurait jamais dû réapparaître. »
Mei suggère : « Il pourrait donc y avoir une autre force en présence.
_ C’est fort probable, confirme l’érudit Saint de l’Autel. »

Leur conversation cesse lorsque, après avoir écarté quelques branchements qui leur barrent le chemin, les chevaliers tombent sur le bûcher de fortune dressé pour les obsèques de l’enfant. 
Nicol précise : « Les aztèques brûlent leurs morts. »
Une voix roque stipule : « C’est parce que nous ne sommes que cendres et que nous nous rendons ces cendres à la nature qui nous a donné la vie. »
L’homme, assis sur une souche d’arbre, expose son front dégarni à la lueur de la nuit tombante. Ses épais sourcils lui donnent un regard sévère. Sa barbe drue et ses quelques rides permettent d’avancer un certain âge à cet homme à la carrure large. Une cicatrice, semblable à une griffure de félin, passe par son ½il gauche. Son torse est habillé d’une peau d’animal tacheté, celle d’un jaguar.
Les quatre amis restent prudents : « Nous avons été alertés par le feu, commence Nicol. Nous cherchons un endroit où passer la nuit. »
L’homme reste les yeux rivés sur le bûcher désormais éteint : « Vous savez ce qui est le plus triste là-dedans ? C’est que les parents de cet enfant ne soient même pas venus. Ils l’ont laissé seul pour se rendre à Citlali.
_ Citlali ? »
_ Citlali est le nom de la cité où est érigé le temple de Tezcatlipoca. Derrière moi se trouve mon village, Icnoyotl. Je suis Ichtaca. Je tiens une auberge à Icnoyotl. Si vous cherchez l’hospitalité, vous y êtes les bienvenus.
_ Volontiers. Nous avons des pesos pour payer les nuitées. Voici Yulij, Médée et Mei. Moi c’est Nicol. »
Ichtaca tend son bras en direction d’Icnoyotl : « Enchanté. »

En quelques secondes, la troupe débarque dans un village tenu en plein milieu de la forêt. Une quarantaine d’habitations de briques et de pierres regroupées les unes proches des autres forme Icnoyotl.
En passant par les étroites ruelles, les visiteurs peuvent apercevoir au travers les lucarnes qui forment les fenêtres, uniquement fermées par d’épais linges, le scintillement des lampes à huile qui éclairent quelques habitants.
Leur traversée les rapproche peu à peu d’un florilège musical contemporain de plus en plus vivant. Ainsi, ils gagnent une bâtisse plus haute et plus large que la majorité des autres. Le propriétaire, Ichtaca, écarte le rideau qui ferme l’entrée : « Voici mon établissement. »
Nicol ouvre grand les yeux, surpris par la bonne vingtaine de tables arrondies autour desquelles sont attablés hommes et femmes, étrangers comme locaux : « Je suis étonné de voir autant de monde dans un village si reculé.
_ Malgré la distance, Icnoyotl a toujours accueilli de nombreux visiteurs. D’abord lors de la conquête du continent américain, puis au fil des âges par les touristes curieux de la faune et de la flore de nos forêts. Vous avez ici des gens de passage, de tous les horizons, avec des mobiles différents. »
Sous les airs joués à la guitare et à l’harmonica par des régionaux de l’étape, les clients boivent, frappent des mains et chantent. Presque tous à la tenue et au physique différents, les consommateurs s’abandonnent après de longues journées éprouvantes.
Grincheux, Mei préfère bailler en grand pendant qu’il s’assit sur un tonneau en attendant la suite des évènements. Il garde fermement contre lui sa compagne Yulij, après qu’un moustachu affublé d’un chapeau de cow-boy ait enlevé Médée pour la faire danser sur le vétuste plancher où s’adonnent d’autres hôtes.
Nicol, toujours aussi noble dans son attitude, se laisse amuser par la bonne ambiance en libérant un séduisant sourire.
Ichtaca, d’un signe autoritaire, appelle une serveuse qui officie derrière le bar. Aussitôt, une autre prend la relève, débordée à servir sans cesse l’assoiffée clientèle.
L’employée se présente sans plus tarder : « Que puis-je pour tes invités Ichtaca ? »
Instinctivement, ses yeux verts plongent dans le regard de Nicol qui se sent lui aussi absorbé par la jeune femme. Celle-ci, les cheveux longs, blonds, épais, agrémentés de plumes noirs pour les décorer, sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Sa robe rouge foncé, est dédoublée avec audace haut sur la cuisse, elle est équilibrée au buste par sa ferme poitrine. Une tresse agrémente le brassard qu’elle porte autour du bras.
_ « Iuitl, je te présente Nicol. Lui et ses amis sont en voyage dans les environs. Fais-leur préparer chacun une chambre, ordonne Ichtaca. »
Préférant rester auprès de sa bien-aimée, Mei précise : « Trois chambres ça ira. »
Ayant élevé Yulij comme sa petite s½ur, Nicol insiste : « J’ai suffisamment de pesos pour qu’on puisse s’offrir quatre… »
Yulij qui reste la principale concernée conclut : « Ça ira Nicol. Mei préfère avoir quelqu’un auprès de lui pour chasser les moustiques la nuit. »
Amusée par les chamailleries de leurs convives, Iuitl enjoint le couple à passer à l’étage : « Dans ce cas, je vais vous conduire à votre chambre. Vu que la compagne de monsieur danse, je l’invite à prendre place à cette table et à déguster notre excellente tequila. »
Comprenant qu’Iuitl fait allusion au Saint du Graveur, le Grec précise immédiatement : « Oh ! Médée n’est pas avec moi ! »
Iuitl lui renvoie alors un sourire charmant : « Raison de plus pour accepter le verre que je vous offre. »
22
Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Ryō on 22 September 2020 à 7h15 »
Joël Schumacher, quel pilote...
23
Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 21 September 2020 à 21h45 »
Roger Carel, maintenant...

Et pour ceux qui auraient raté, une liste nerd-friendly pour ces derniers mois : Chadwick Boseman (Black Panther), Diana Rigg (Avengers, l'autre), Fred Willard (Wall-E, Community, Jimmy Kimmel), James Lipton (Inside the Actor's Studio), Naya Rivera (Glee) et Terry Jones (des Python)...
Si j'en ai oublié dites-le moi. ^^
Posted on 18 September 2020 à 13h56

Oubliés dans ma liste : Ennio Morricone, max von sydow, Joël Schumacher, kirk Douglas.
Ceux que j'avais ratés : Alan Parker, Brian dennehy. J'aimais beaucoup cet acteur... (Rambo, etc.)
24
Only for Love / Re: Chapitre 8
« Last post by Kodeni on 14 September 2020 à 17h22 »
NEWS

Cette version du chapitre 8 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
25
Only for Love / Chapitre 63
« Last post by Kodeni on 3 August 2020 à 15h41 »
Chapitre 63

Le soleil hisse timidement ses premiers rayons dans le ciel pour inonder l’Himalaya de sa lumière bienfaitrice ce 11 décembre 1986.
A Jamir, région quittée quelques jours plus tôt par Mû, l’air est encore frais.
Les au revoirs échangés libèrent des bouches, remplies de confiance, de la fumée.
Toujours en retrait, Mei secoue, malgré tout, la tête en guise de salut pour Marin.
Celle-ci, Pandora Box sur le dos, incline son buste en avant, afin de remercier Médée pour son hospitalité, alors que son mari est parti pour le Sanctuaire après un détour par les Cinq Pics en Chine.
Un salut moins formel témoigne à Yulij un respect mutuel, tandis qu’une caresse véhémente sur la joue de Nicol, lui renvoie toute l’affection qu’il lui porte.
Le meneur de cette équipe de mutins du Sanctuaire reste droit, la mâchoire contractée afin de ne pas trahir son habituelle solennité. Toutefois, sa voix teintée d’inquiétude le trahit : « Sois prudente.
_ N’ai crainte. Je voyagerai sans utiliser ma cosmo énergie. Et une fois au Sanctuaire, je connais le lieu comme ma poche. J’arriverai sans faire de grabuge sur Star Hill.
_ Tu me diras à quoi cela ressemble, plaisante-t-il.
_ Tu le sauras le jour où tu prendras cette place qui est tienne désormais, répond Marin avec sérieux. »

Ces mots heurtent Nicol à tel point qu’il ne remarque même pas Marin s’éloigner à l’horizon.
Tandis que Médée et Yulij lui font de grands signes de bras, Mei tourne le dos en direction de la demeure.

Une fois Marin disparue de leur champ de vision, Médée grimace : « C’est dommage que tu n’ais pas pu interpréter les symboles qu’elle a vu. Nous aurions pu l’aider. »
Nicol dévoile un sourire rempli de certitude : « Mais nous allons l’aider. Je sais exactement ce qu’elle a vu. »
Yulij s’offusque : « Pourquoi ne pas le lui avoir dit ?
_ Parce qu’elle a raison. Le plus important aujourd’hui c’est d’aider Athéna à récupérer sa place. Nous ne ferions que les gêner à nous rendre au Sanctuaire. Nous aiderons donc Marin… Je veux dire Athéna, à préparer la prochaine étape : la survie de l’humanité toute entière. »
Le regard déterminé de Nicol se brise sous la réflexion sarcastique du Saint de la Chevelure de Bérénice : « Tu es sûr que ce n’est pas plutôt qu’elle t’a tourné la tête cette Marin.
_ Pas du tout, rougit Nicol !
_ Après tout ça n’aurait rien d’étonnant. Je veux dire, Marin est une Olympienne, toi tu es vachement cultivé et ton statut de Saint de l’Autel aspire à suppléer, voire remplacer, le Grand Pope. Il est normal que tu ais des goûts de luxe. »
Nicol commence à menacer son rival. Amicalement, les deux chevaliers ont besoin de Médée et Yulij pour être séparés.

Tandis que les deux hommes boudent chacun dans leurs coins, Médée déclare avec enthousiasme : « Bien, dans ce cas nous allons récupérer le Pendentif de Zeus. Destination… Le… La… Euh… Mais où allons-nous au fait ? »
Face à tant de légèreté, ses amis ne savent comment réagir. Après qu’une brise de honte caresse ses cheveux, Médée obtient la réponse de la bouche du Saint d’argent de l’équipe. Il prend la relève en pointant avec détermination l’horizon : « Préparez vos baluchons les amis. Nous partons pour le Mexique ! »


Dans une dimension qui surplombe la Terre, l’Olympe, la nuit laisse place au jour dans le coliseum.
Les fidèles s’y font de plus en plus nombreux.
Ceux restés à prier chez eux ou dans les temples la veille pénètrent dans l’enceinte, curieux de ne pas voir leurs semblables en revenir.
 
Au milieu de celle-ci, Apodis distingue difficilement son reflet dans le carrelage brillant qui habille cette majestueuse arène. Ses yeux sont tellement gonflés après les coups reçus, qu’il ne peut distinguer son nouvel adversaire qu’à l’aide de ses autres sens accrus.
Fort de quatre victoires durant la nuit, le chevalier a déjà réalisé ici un exploit que chaque Olympien n’ose pas nommer « miracle ».
L’Ange qui s’amuse avec lui depuis ces dernières heures, se montre bien plus difficile à appréhender.
Ce dernier, fier dans sa Glory, affiche sans cesse une expression dédaigneuse. Il garde sous la main le diadème de son armure, afin de ne pas l’entremêler dans ses longs et lisses cheveux au bleu aussi clair que ses yeux.
A l’image d’un chat qui joue avec une souris, Cycnos tourne autour d’Apodis en s’amusant à le repousser chaque fois au sol lorsque le Grec amorce une tentative pour se mettre debout.
A genoux, sur les coudes, Apodis baisse la tête pour souffler d’exaspération.
_ « Si seulement j’étais capable de maîtriser pleinement les septième et huitième sens à ma guise. Je parviendrais à surmonter instinctivement toutes mes peines, songe-t-il. »
Un nouveau coup de pied dans le creux des reins, le ramène à la réalité.
Son visage heurte le sol pour la énième fois et lui occasionne une contusion supplémentaire au front.
Quelques quolibets pleuvent encore des tribunes et lui donnent encore la rageuse envie de repartir de plus belle au combat.
Mais comme il en a pris la fâcheuse habitude, Cycnos l’humilie une fois encore en lui remémorant son infériorité.
Refusant d’abdiquer, Apodis lève les yeux vers son adversaire qui le dévisage avec mépris.
Malgré une nette fatigue, Apodis prend par surprise son ennemi.
Il fait exploser son cosmos pour projeter son corps, tête la première, contre la poitrine de l’Ange.
Stupéfait et démuni, Cycnos en lâche son diadème. Il est projeté dans les airs et s’y maintient en créant des ailes d’énergie afin d’éviter une dangereuse chute.
Entre lui et le sol, le sang qui s’échappe de sa Glory fissurée s’égoutte jusqu’à son adversaire.
Le Saint est étendu sur le pavement, inconscient, souffrant d’une terrible lésion crânienne après le choc. Sa perte de connaissance le plonge dans de sombres souvenirs qui le rapprochent peu à peu du terme de sa vie…

Flashback
Grelottant, Apodis rentrait dans son logis avec quelques bûches dans les mains. La cape sous laquelle il s’était abrité était couverte de neige en ce mois de décembre 1983.
En balançant un morceau de bois dans la cheminée, il se précipita tout sourire au chevet de sa bien-aimée.
Autour d’elle, des prêtresses s’affairaient à faciliter l’accouchement du fruit de leurs amours.
Surexcité, Apodis leur déclara : « J’ai relancé le feu. Je ne veux pas que notre enfant ait trop froid ! »
Pour réagir à son grand sourire, une prêtresse adopta une mine empruntée.
Eprouvant un profond malaise, Apodis se précipita au chevet de Netsuai : « Que… Quoi… Que se passe-t-il ? »
Aucune prêtresse n’osait répondre au chevalier, elles poursuivaient le nécessaire à la mise au monde de l’enfant.

C’est finalement Netsuai, livide, qui attrapa avec sa main gauche munie d’une alliance, celle de son époux, ornée du même bijou : « Mon époux… Les prêtresses disent que je perds trop de sang…
_ Ne… Non… Ce n’est rien. Hein ce n’est rien ? N’est-ce pas, questionnait Apodis autour de lui l’air faussement rassuré ? »
Aucune des sages-femmes ne répondait. Apodis commença alors à moins bien gérer son angoisse : « Non, ce n’est pas possible. Ce n’est rien. Je vais te couvrir de ma cosmo énergie pour empêcher ceci. Je vais soigner cette hémorragie et…
_ J’ai déjà perdu trop de sang, apparemment je serai trop faible après la mise au monde de notre enfant pour m’en remettre et… »
Netsuai, pousse d’inaudibles cris de souffrances, alors qu’apparait peu à peu la tête de l’enfant.
Apodis serra fort sa femme et, contre son avis, l’inonda de son cosmos puissant et chaleureux.
Il était tellement concentré sur le visage de sa femme, espérant la voir se remettre, qu’il n’entendit pas une prêtresse scander : « C’est un garçon ! »
Il ne regarda même pas son fils, lorsqu’une autre le prit à bras et le débarbouilla de tout le sang dont il était couvert.
Les linges sur lesquels Netsuai était allongée, étaient si imbibés que l’hémoglobine gouttait sur le sol, incapables d’en absorber plus encore.

Soudain, un sourire apparu sur les lèvres de Netsuai, craquelées par sa mort imminente.
Ses yeux, gondolés de larmes en se faisant une raison, distinguèrent l’apparence de ce petit être qui naquit de son amour inestimable pour Apodis.
Elle accueillit le petit homme contre sa poitrine et le plaqua. Elle le maintenait fort contre elle en mélangeant soulagement et chagrin.
Elle échangeait cette fusion d’apaisement et de souffrance avec son mari impuissant qui voulait à la fois partager leur joie d’être parents et le refus d’abdiquer devant la mort.
Son corps était de plus en plus froid et elle ne ressentait plus la douleur. Pas plus que le poids du nouveau né posé dans ses bras.
Elle ne ressentait pas non plus la chaleur du cosmos de son mari, plongé de plus belle contre elle et leur fils.
Elle n’entendait plus non plus. Ni les pleurs de l’enfant. Ni Apodis étouffer ses sanglots contre l’oreiller.
Il ne lui restait que sa vue en parfait état.
La douleur partie, il ne lui restait que le bonheur de la vue de cet enfant et l’affliction qu’elle laissait à son mari.
Les prêtresses, impuissantes, avaient abandonné la pièce les unes après les autres.
Avec le peu de force qui lui restait, Netsuai saisit son époux pour le serrer encore plus fort contre eux. L’obligeant ainsi à relever la tête et à abandonner ses efforts inutiles.
D’une voix haletante et faible, elle murmura : « Sperare… signifie… espérer en italien… Notre fils… Sperarus… Il s’appellera… Sperarus… Parce qu’il est… pour moi… l’espoir… de te savoir… heureux… malgré… mon absence… »
La douleur était si grande qu’Apodis n’arriva pas à lui répondre. Il ahanait de chagrin.
L’enfant cessa ses pleurs, comme pour accompagner calmement sa mère dans ses derniers instants.
_ « Apodis… Je te laisse un petit peu de moi grâce à Sperarus… Je vous aime… Apodis Sperarus… Merci pour tout… »
Aussitôt, Apodis entendit le c½ur de son épouse battre une dernière fois. Le battement retentit dans son esprit. Mais il idéalisait tellement sa femme, il la voyait si forte, qu’il aurait pu jurer que ce dernier interlude en aurait fait craquer les murs. 
Il plongea son regard malheureux dans le sien, pour lui répondre à quel point il l’aimait lui aussi mais aucun son ne put sortir.
Seulement, alors que ses membres cessaient toute étreinte, les yeux de Netsuai pouvaient lire, comme ils l’avaient toujours fait, l’amour que lui vouait son époux.
Puis, plus rien. Il ne resta qu’un sourire sur ce visage désormais éteint.
Apodis prit son enfant et pencha son visage sur celui de sa femme qu’il embrassa sur ses lèvres une dernière fois. Puis, il ferma ses paupières en gémissant : « Moi aussi, je t’aime Netsuai. »
Il recula de trois pas et, s’effondra.
Il chuta sur son postérieur, l’enfant à bras.
Il hurla de douleur pendant que le nourrisson le regardait avec curiosité de ses petits yeux innocents…
Flashback

Le bruit de la chute incessante d’une goutte dans une flaque travaille le subconscient d’Apodis.
_ « Est-ce le bruit de mes larmes qui ne cessaient de couler ? Je ne crois pas. C’est moins limpide. Cela veut dire que je ne suis pas encore auprès de vous… Netsuai… Sperarus... Oui, ce ruissellement, c’est celui du sang de mon adversaire. Cela veut dire que le combat n’est pas terminé. Et puisque je suis voué à vous rejoindre, autant que je le fasse en Saint d’Athéna. En hommage pour mes amis défunts, pour Hébé, pour Athéna… Et pour vous ! »
Apodis revient à lui en murmurant : « Oui, pour vous et tout l’amour que les hommes peuvent partager entre eux… »
Il expose son corps recouvert d’hématomes et achève sa phrase en hurlant : « … Je mourrai en homme fier ! »

Cycnos regagne l’arène et prononce, impassible : « Je vais mettre un terme définitif à cette hérésie. »

Apodis ramasse le diadème abandonné par son opposant et lui balance à pleine vitesse.
Semblable à un objet hostile à cette allure, Cycnos l’esquive et ne peut reprendre sa garde à temps. Le Saint cogne l’Ange en pleine poitrine et enchaîne de plusieurs coups de poings sur l’ensemble de son torse. Cycnos entrevoit une ouverture, dont il profite d’un direct du droit en plein visage. Il l’attrape par le cou pour le balancer contre le mur en haut duquel sont installés les dieux. Cycnos espère le coincer contre le mur en lui éclatant la tête contre la roche.

Le carambolage est si impressionnant, que l’assistance croit entendre le fracas de la boite crânienne d’Apodis.
Seulement, rien d’autre que la roche froide n’est fracturée par Cycnos.
L’Ange regarde instinctivement dans les airs et reconnaît Apodis, bras écartés, tel un oiseau qui déploie ses ailes sous le soleil levant, comme pour en absorber la chaleur.
Les ongles du chevalier de bronze s’allongent à mesure qu’il retombe en direction de son adversaire, comme un rapace qui rase le sol pour piquer dessus au dernier moment.
De ses dix doigts brûlants il entame l’armure de l’Ange et passe au travers pour taillader sa chair et la calciner par la même occasion.
En retombant derrière lui, Apodis murmure le nom de son arcane : « Shining Apus Claw. »

Encore debout, profondément lacéré et brûlé aux nombreux points d’impacts choisis par l’être humain, l’Olympien maintient avec difficulté son imperturbabilité. Ses veines maquillent son expression d’une profonde haine.

Le Saint dresse toujours sa tête aux yeux gonflés en direction d’Hestia.
Même s’il n’arrive plus à le voir, il tient à exposer jusqu’au terme de sa vie sa volonté de venger Philémon et les Hébéïens victimes de la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
En même temps, il cogite : « Les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis n’ont pas réussi à l’achever. Mes réserves s’épuisent. Il me faut achever ce combat au plus vite. »

Cycnos profite de l’immobilité de son adversaire pour l’attaquer dans le dos en balançant sa jambe en direction de sa tête.
Étalant toutes ses dispositions et son expérience, Apodis perçoit le mouvement sans avoir à l’observer. Il s’abaisse pour esquiver et riposte d’un coup de coude en plein visage en faisant volte-face.
Cette fois-ci, c’est Cycnos qui est projeté contre le mur de pierre.
En se heurtant la tête contre, l’arrière de son crâne s’ouvre et libère une importante quantité de sang qui se mêle à ses longs cheveux soyeux. Autrefois azure, sa chevelure est désormais vermillonne.
Bluffé par la résistance de l’humain et son cosmos toujours plus puissant chaque fois qu’il se relève, Cycnos refuse de s’avouer vaincu.
Il effectue un coup de pied retourné qu’Apodis évite en basculant sa tête en arrière. Il profite de l’élan pour cogner avec sa tête Cycnos en pleine tempe.
L’Ange repart s’appuyer contre le mur pour se maintenir debout. Il lève la tête en direction de la tribune d’honneur.

Là-haut, Hermès se lève pour manifester sa lassitude.
Arborant sur ses cheveux couleur or son pétase, sa longue robe bleue agrémentée d’une cape blanche qui entoure ses très larges épaules se plie à mesure qu’il s’incline en direction de Zeus : « Ô Seigneur Zeus. Ce combat a duré de trop longs instants pour me permettre de m’y intéresser davantage. J’aimerai retourner auprès de mes fidèles afin de bénir les offrandes qui m’ont été apportées. »
Aux côtés de son père, Apollon répond pour lui avec cette flegme qui le caractérise : « Hermès. La vue de cette mise à mort t’affecte-t-elle ?
_ Aucunement. Seulement, je me languis de la fin de cet être qui ne vient pas. »
Les petits yeux sombres et inquiets d’Hestia suggèrent : « D’autres Anges pourraient intervenir pour en finir au plus vite. »
Le visage très fin, les traits très tirés, Héra fixe de ses yeux larges et plissés qui expriment à chaque instant la supériorité dont elle se glorifie, sa semblable : « Et cela reviendra à avouer au peuple l’impuissance d’un seul Olympien face à un seul homme. »
La voix tonnante de Zeus clôt le débat : « Nous n’en sommes pas là. Nous resterons tous ici pour rappeler aux Olympiens qu’un homme a subi mille tourments pour avoir osé défier les dieux. »
Aussitôt, parfaite dans sa robe cristalline, Aphrodite indique d’un pressant hochement de tête à l’Ange qui est à son service d’achever au plus vite le combat.

Cycnos s’exécute alors. Ses ailes d’angelot, invoquées par son cosmos s’enroulent autour de lui pour concentrer tout ce dont il est capable.
Peu bavard, comme l’ensemble des siens, Cycnos gratifie Apodis de quelques explications : « Je vais rassembler toute ma cosmo énergie pour t’achever. Ma Douche Soufflante libère un coup qui perce toute défense et surtout toute surface qu’elle rencontre. Tu seras déchiqueté par l’impact. Blowing Shower ! »
Les ailes de Cycnos ne laissent qu’une boule d’énergie absorbée par son poing, afin de mieux la libérer sur le chevalier.
Les bras ballants, Apodis ne réagit que trop tard. Il évite au dernier moment que son c½ur soit frappé. Hélas, c’est à droite de sa poitrine que le faisceau lumineux libéré par Cycnos le transperce.
L’Oiseau de Paradis retombe sur le dos, un trou aussi large qu’une balle de tennis en plein pectoral droit duquel s’écoule avec abondance énormément de sang…


En dehors de la tour de garde où vit Mû à Jamir, urnes encapuchonnées sous des draps, Mei, Nicol et Yulij attendent que Médée daigne sortir de la tour.
_ « Un long voyage pendant lequel nous ne pourrons pas faire l’usage de nos cosmos nous attend encore, soupire Mei. »
Tous les trois armés sous le bras d’un maigre paquetage, ils feignent de tomber à la renverse quand Médée arrive déjà toute vêtue de son poncho et d’un chapeau en criant avec le soleil dans la voix : « Mexique me voilà ! »
Sous ses bras, d’énormes sacs de pagnes accompagnent le reste de sa garde-robe.
Mei se moque d’un ton méprisant : « Tu espères passer incognito dans cette tenue. Le Mexique c’est encore loin je te signale. »
Involontairement, mais toujours dans la contrariété à destination de Mei, Nicol relève : « Toutefois je note que tu as eu l’ingénieuse idée d’ôter ton masque et de voiler ton visage. Cela semblera déjà moins louche lorsque nous traverserons le monde contemporain. »
Les grands yeux mauves de Médée, seul attribut visible de son visage, scintillent de plaisir pour une fois qu’on lui évite une moquerie.

Yulij l’imite en tournant le dos aux siens.
A visage découvert, elle est soudain attirée par une distorsion sur le sol juste devant. Elle pivote légèrement en avant pour identifier cet étrange phénomène quand tout à coup deux énormes yeux globuleux apparaissent. Tout autour de ces globes, se dessine la silhouette d’un enfant aux cheveux roux et au sourire chenapan.
Déstabilisée, le Saint du Sextant tombe en arrière et ramasse aussitôt le linge qui dissimule sa Pandora Box pour se cacher derrière.
L’enfant, identifiable comme étant un Muvien grâce aux deux points qui marquent son front, adopte l’attitude d’un être ensorcelé : « Ouah ! Comme elle est belle ! »
Passablement révolté qu’on ait pu voir le visage de sa bien-aimée, Mei dresse déjà son poing en avant : « Qu’est-ce qu’il a dit ?! »
Médée s’interpose entre l’enragé et le clown qui continue de vanter la beauté de la jeune femme : « Kiki ça suffit ! »
Nicol, bras croisé, ne peut s’empêcher de trouver cela amusant.


En Olympe, le coliseum applaudit déjà la mort proche d’Apodis.
Passablement amoché, Cycnos, le cinquième Ange de suite à faire front à Apodis, reçoit les louanges qu’il a difficilement méritées. En effet, le sang qui le souille et sa Glory en piteux état, attestent la difficulté qu’il a eu à venir à bout de cet homme qui ressort chaque fois plus fort des épreuves rencontrées.

Là, étendu dans son sang, l’être conspué glapit en essayant de contenir sa douleur pour se relever.
« Ces Anges… Un jour ils viendront sur Terre détruire tout ce pourquoi je me suis battu jusqu’à présent. Tout ce qui a été construit au prix d’innombrables sacrifices. Je ne peux laisser les tombes de ma mère… De mon épouse… Et… De mon fils ! … Je ne peux pas les laisser être profanées par ces dieux qui nous rabaissent, s’encourage-t-il ! »

Les acclamations de la foule s’amoindrissent à mesure qu’Apodis reprend appui sur ses membres devant un Cycnos interdit : « P… Pourquoi insiste-t-il ? Les humains font preuve de lâcheté. Ils renoncent au moindre obstacle. Alors pourquoi lui… »
Plus mort que vif, Apodis ne laisse pas à Cycnos le temps d’achever sa réflexion.
Il balance une gauche avec désespoir. L’Ange s’en saisit sans le moindre mal : « Aussi combatif puisses-tu être, tu es limité par ton humanité. Tu as épuisé toutes tes forces. Il ne te reste rien. »
Ayant trop de mal après les heurts subits pour bouger correctement sa mâchoire, Apodis rétorque difficilement : « Si. Il me reste ma combativité. »
Il rappelle si fort et si soudainement sur son poing gauche prisonnier que Cycnos en est déstabilisé et ne parvient pas à éviter une nouvelle droite, bien plus inquiétante et dangereuse que le coup précédant. Celle-ci transperce la poitrine de Cycnos au même endroit où ce dernier a infligé son Blowing Shower à Apodis.

L’assistance est coite.
Certains fidèles se retournent de nouveau vers leurs dieux, pour les prier avec davantage d’assiduité.

Cependant, au centre de l’arène, rien ne change.
Cycnos profondément meurtri essaie de balancer une droite à laquelle Apodis riposte avec plus de vitesse d’un coup en pleine face.
Cycnos tente le tout pour le tout en vidant toute sa cosmo énergie dans la bataille : « Blowing Shower ! »
Cette fois-ci, Apodis bloque le coup dans la paume de sa main. L’onde de choc est si puissante, que l’épaule droite d’Apodis cède sous la pression exercée, dans une gigantesque éclaboussure de sang. Néanmoins, comme s’il devenait insensible à la douleur, le Saint n’abdique pas et, tout en gardant le bras de son adversaire prisonnier de sa paume, il libère avec son autre bras son arcane habituel : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Et même s’il n’a plus qu’une seule aile, le Battement d’Ailes Majestueux libère un cosmo insoupçonné qui arrache progressivement l’armure de Cycnos.
Puis son épiderme.
Jusqu’à le désintégrer totalement…

Le vent cosmique et violent libéré par Apodis souffle jusqu’aux loges divines où Héphaïstos protége les siens, loin d’être inquiets, en le contrant d’un vulgaire revers de la main.

Plus bas, les genoux tremblants, Apodis lutte pour rester debout. Il sait qu’un sixième Ange va le rejoindre.
Instantanément, la silhouette gracieuse d’une Olympienne apparaît pour lui donner raison.
Celle-ci porte une Glory adaptée à ses formes féminines. Le bustier libère sa frêle poitrine, tandis que l’armure protège ses jambes, dès le bas de ses fermes cuisses. Ses yeux gris font le tour de la surface de combat, sans jamais s’attarder sur l’être humain qu’elle dénigre lorsqu’elle parle de lui.
En s’agenouillant en direction de sa maîtresse, elle déclare : « Ô Déesse des Plaisirs et de la Beauté, je m’engage personnellement à achever ce misérable Saint d’Athéna. Moi Penthesíleia Ange de l’olympe j’en fait le serment sur ma Glory. »

Après sa révérence, toujours sans poser le moindre regard sur son adversaire, la guerrière aux longs cheveux noirs bouclés se contente de pointer le doigt dans sa direction : « Amazon Arrow Express. »
Un filet de lumière traverse Apodis en plein genou droit. Toutefois, il ne fléchit pas pour autant. Penthesíleia réitère la même technique sur le genou gauche sans pour autant qu’Apodis ne perde l’équilibre.
L’Ange s’en inquiète : « Les Flèches Expresses des Amazones sont sensées faire perdre toute vie à l’organe qu’elles touchent. Les cellules de tes genoux auraient dû se dissoudre et tes jambes lâcher dès que mes flèches t’ont transpercées. »

Tête baissée, le corps balançant au gré du vent, le chevalier ne répond rien.
Face à cette attitude, l’Ange tend ses dix doigts en direction du mort-vivant : « Dans ce cas, je vais libérer toutes mes forces : Amazon Arrow Express ! »


Au pied de l’Himalaya, mélangé à la population locale, la bande de Nicol et Mei entame son périple.
Derrière, Mei grommelle encore contre l’arrivée fortuite de Kiki.
En tête, Nicol partage les impressions de la Muvienne concernant le garnement.
_ « … Je vois, donc Mû en a fait son apprenti. Il est très doué pour la téléportation en tout cas, s’amuse Nicol. »
Cette dernière remarque ne fait guère sourire Mei.
Médée poursuit : « Durant ces derniers mois il est resté au Japon, au c½ur du conflit entre le Grand Pope et Athéna. Mû a voulu qu’il assiste à la bataille au plus près, afin de le confronter à la réalité des combats de Saints.
_ Tu ne lui as pas dis où nous allons, interroge Nicol ?
_ Non. Il a la langue bien pendue. J’aurai trop peur qu’il en parle à Mû. Je ne veux pas détourner mon mari de sa mission.
_ Tu as bien fait. Et Kiki sait au moins où est Mû ?
_ J’ai refusé de le lui dire. S’il est aussi doué que mon époux le prétend, alors il parviendra à le localiser tôt ou tard et à le rejoindre lorsqu’il arrivera au Sanctuaire s’il n’y est pas déjà parvenu aux Cinq Pics. »


Au centre de l’arène de l’Olympe, dix flèches libérées des mains de Penthesíleia viennent transpercer les principaux points vitaux d’Apodis.
Seulement, l’Olympienne aux belles anglaises n’obtient pas l’effet escompté.
Apodis erre toujours au c½ur de la surface de combat. Seuls quelques filets de sangs s’écoulent des plaies.
_ « Non. Non une seule flèche devrait avoir raison de toi. La destruction des cellules se propage dans tout ton corps. Là j’ai même percé ton c½ur et ton cerveau des Flèches Expresses des Amazones.
_ …
_ Que… Quoi ? Je n’entends pas ? »
La foule se tait pour essayer de percevoir les sons qui s’échappent de la bouche d’Apodis : « … »
Ne craignant plus rien de ce cadavre ambulant, l’Ange se rapproche et lui flanque une droite qui le fait juste reculer d’un pas.
Face à une telle insensibilité, l’Ange lève les yeux l’air penaud vers Aphrodite.
C’est à cet instant, à une vitesse que seuls les dieux peuvent percevoir, qu’Apodis accroche la gorge de Penthesíleia : « Je disais, il est normal que je ne sente pas la destruction de mes organes. Je ne ressens plus rien depuis des heures déjà. »
La voix enrouée, Penthesíleia reste médusée : « C’est impossible. »
_ « Rien n’est impossible pour l’homme. Nous vivons en harmonie avec l’univers. Et même si nos corps sont brisés, le cosmos, lui, est immortel. »

Au sommet du coliseum, Zeus surprend tout le monde : « Face à l’immortalité des dieux, il a répliqué par la fusion de son cosmos avec l’univers. Il a atteint l’éveil. »
Tous posent les yeux vers leur maître, hormis Apollon qui reste rivé sur le combat.

Sans remord, Apodis continue de serrer ses doigts sur la gorge de la guerrière céleste.
Celle-ci prononce difficilement le nom de son arcane en libérant par centaines des Flèches Expresses des Amazones sans pour autant faire flancher Apodis.
Au contraire, le cosmos doré du Saint devient blanc, immaculé. Sa voix retentit dans tout le stade : « Frantic Fury ! »
Il libère avec son autre main un oiseau de cosmos opalin qui arrache instantanément toute trace de Penthesíleia.

La Furie Frénétique d’Apodis gagne la tribune d’honneur une fois de plus.
Héphaïstos se contente du même mouvement qu’auparavant.
Malgré cela, rien n’y fait.
Il est contraint cette fois-ci, au dernier instant, d’écarter les deux bras pour mettre fin à cette vague menaçante.
Une sueur froide roule le long du dos du Dieu du Feu, des Forges et des Volcans.
Hestia, profondément marquée par la blessure provoquée par l’abnégation d’Apodis par le passé, se cachait déjà les bras face à la déferlante.
Apollon se redresse d’un mouvement lent et calculé.
Sans même craindre la colère de Zeus qui doit le leur autoriser, Apollon est debout pour mieux dominer les siens.
_ « Aphrodite. Je pense que tes Anges ont fait ici l’étalage de leur faiblesse. Je vais m’occuper de faire cesser cette offense. Helénê. »
A l’appel de son nom, l’Ange plus connue sous le nom de Ksénia apparaît derrière son maître. L’amante de Vasiliás et la prétendue amie de Saori Kido se montre dans sa Glory qui épouse à merveille ses courbes si généreuses. Le petit c½ur rosé tatoué sur sa joue et ses yeux topaze lui donnent une allure que les autres Anges n’ont pas.
Face à l’attitude autoritaire d’Apollon, tous sont pendus aux lèvres de Zeus, impatients de connaître la suite.
Celui-ci la fait connaître en exposant à son tour sa très grande taille, bien plus imposante encore que celle de son fils : « Assieds-toi, mon fils.
_ Dieu des dieux je… »
Des éclairs accompagnent la grogne du dieu des cieux : « J’ai dit… Assieds-toi ! »
La colère dans la voix provoque une onde de choc qui cloue les spectateurs à leurs sièges.
Digne, Apollon s’exécute en gardant le menton en l’air et sans baisser les yeux.
Zeus poursuit plus calmement : « Envoyer Helénê. La plus puissante de tous les Anges réunis, l’être le plus puissant au monde après les dieux, pour abattre un Saint d’Athéna. Si nous en arrivons là, c’est que cet homme à quelque chose de spécial. Les humains font d’habitude preuve de peu de persévérance. Alors que lui, regardez-le, même à l’article de la mort, il se met de nouveau sur pieds pour faire face. Je laisse une dernière chance à Aphrodite de me prouver que ses Anges sont à la hauteur.
_ Bien, dans ce cas, j’appelle Troïlos, acquiesce Aphrodite honteuse.
_ Ne devrais-tu pas plutôt appeler Hektor et Paris ? Après tout, ils sont tes plus puissants défenseurs, suggère Artémis.
_ Ils composent ma garde personnelle. Troïlos sera parfait pour clore ce combat. »

A l’appel de son nom, le nouvel Ange arrive depuis les airs.
Les cheveux mi-longs, blond pâle, le teint laiteux, ce grand et mince chevalier céleste a une allure très élancée. Ses yeux couleur or s’accordent à merveille avec les deux petits anneaux accrochés à ses oreilles.
Alors que tout porte à croire en la venue d’une entité douce et délicate, comme le son de sa voix, son sourire perfide le trahit : « Quelle horreur. Un être humain qui souille ces lieux. Et qui plus est dans cette tenue et dans cet état. N’as-tu pas honte de vivre ? Il n’y a rien de plus misérable que la condition humaine. Mais dans cette situation, commettre l’outrage de persister à arborer une telle impolitesse devant nos dieux représente le plus grand sacrilège. »
Les bras croisés, refusant de toucher terre, lévitant à merveille grâce à ses ailes d’énergie, Troïlos est surpris par la réponse narquoise du Saint.
Alors qu’il tangue en fonction de l’insistance avec laquelle sa tête lui tourne, Apodis s’amuse à faire de l’esprit en balbutiant : « Parle autant que tu veux, je n’entends plus rien de toute façon. »
Comme une personne ivre, Apodis se met à ricaner nerveusement.

Cette attitude nonchalante provoque l’indignation des tribunes.
Celles-ci implorent les dieux par d’incessantes prières de mettre un terme à tout cela.

Troïlos, croise ses jambes et se tient dans les airs comme s’il était allongé sur un divan, la tête reposant dans la paume de sa main : « Je comprends mieux maintenant pourquoi Eurypylos et les autres ont été vaincus. Tu t’es affranchi de toutes tes faiblesses pour revenir au sommet de ta force. Tu tires cette énergie de l’univers. Ce qui pourrait te rendre invincible. Seulement, pour maintenir un tel niveau, il faut avoir l’esprit sain. Garderas-tu la même détermination une fois que… »
L’Ange s’évapore dans l’atmosphère pour réapparaître dans la même pose mais juste au-dessus d’Apodis sur le crâne duquel il effectue de son index une légère pression tout en achevant sa phrase : « … la Fantasmagorie Angélique t’aura entretenu du fond de sa pensée ? Angelic Fantasia. »

Instantanément, ses sens reviennent peu à peu à Apodis…
L’Olympe disparaît, pour laisser place à une plaine fleurie à l’herbage doux où de jolis rosiers s’enroulent sur les vestiges de temples anciens…
Des fleurs aux pétales jaunes, rouges ou violettes voguent au gré du vent.
Le soleil radieux réchauffe le visage du Saint assis sous un arbre, sur lequel chantent des oisillons.
Il s’étonne de se voir habillé de sa tunique turquoise en parfait état.
Proche d’un lac à l’eau pure, là où il a rencontré Netsuai pour la première fois, le chevalier de bronze distingue au loin son épouse approchant avec leur fils dans les bras.
_ « Ils sont magnifiques n’est-ce pas, lui demande une voix étrangement familière ? »
Le Grec se retourne et reconnaît Mujakis, sa mère, à laquelle il ne répond que d’un regard stupéfait.
Mujakis comprend alors : « Oh, notre présence te trouble sûrement ? »
En prenant appui contre le tronc sur lequel il est adossé, Apodis tente d’approcher sa mère qui recule. Elle emprunte la direction de Netsuai et Sperarus : « Qu’attends-tu ? Viens avec nous ?
_ Je ne peux pas. Je dois me battre.
_ Te battre ? Mais pourquoi donc ? Que trouveras-tu après cette bataille ? Plus personne ne t’attend. Alors que nous nous sommes là. »
Le jeune homme grimace en baissant la tête.
Inconsciemment, il amorce un pas, puis deux, en direction de sa femme et de son fils.
L’air est si doux. Les éclats de rire de Netsuai qui n’étaient qu’un lointain souvenir, sont si réels.
Arrivé à leur hauteur, Apodis reconnaît les gazouillis de Sperarus.
Il est saisit au c½ur par un sentiment insoutenable de bien-être lorsque Netsuai lui sourit avec amour. Le soleil reflète sur ses cheveux bruns quelques mèches orangés et fait ressortir le bleu profondément amoureux de ses yeux.
Sur son épaule, Apodis sent la main chaude et pleine de compassion de sa maman : « Allons, prends-les dans tes bras. Ils n’attendent que ça.
_ Mais… Puis-je vraiment ? Pas maintenant ! Je suis en plein combat, dit-il par réflexe en faisant le tour de lui-même pour chercher son adversaire ! »
Pourtant, ni à proximité, ni à l’horizon, rien ne ressemble à ce coliseum, où depuis des heures ses pieds glissent dans son sang.
_ « Quel combat ? »
Apodis s’obstine à guetter le moindre danger. Mais ni les injures des Olympiens, ni la voix tonnante de Zeus ne lui viennent. Il n’entend que les oiseaux et sa femme rire avec leur fils.
_ « Mais… Puis-je vraiment… Ils ne font plus partis de mon monde désormais, se persuade Apodis. »
Netsuai tend leur enfant dans sa direction et s’inquiète de sa douce voix : « Comment peux-tu dire ça ? Tu es si proche de nous à présent ! »
Apodis détourne son regard vers une statuette d’Athéna couverte de verdure : « C’est que… J’ai une mission… Et Juventas… Et sa fille Agape… Elles méritent que je me batte encore. »
Netsuai reprend son enfant contre sa poitrine : « Comment ?! Tu veux dire que tu nous as remplacé ?! Que tu les aimes plus que nous ?!
_ J… Jamais de la vie… Ce n’est pas… »
Ne voulant peiner davantage celle qui lui manque tant, Apodis s’approche encore pour chercher son fils.
Le bambin tout potelé, dégage cette même odeur d’onction hydratante qu’il lui appliquait sans cesse et qu’il achetait sur le marché d’Honkios.
Il ferme les yeux pour savourer plus intensément cet instant…

Dans le coliseum, l’assistance est muette.
Sans n’avoir rien fait d’autre que de toucher le crâne de son adversaire, Troïlos réussit à faire chuter Apodis.
Réduit à l’état de chair sans âme, le Saint de l’Oiseau de Paradis retombe lourdement sur le dos.
Les battements de son c½ur ralentissent inexorablement.
Toujours confortablement installé en lévitation, Troïlos commente : « Son âme est à deux doigts d’accepter la funèbre fatalité qui a été réservée aux siens. Il va retrouver ceux qu’il aime en renonçant à sa volonté combative. »

Prisonnier de son subconscient, Apodis poursuit l’étreinte contre son petit garçon.
Peu à peu, il étouffe en sanglot : « Vous m’avez tellement manqué. Je meurs chaque jour depuis que vous m’avez quitté. »
Par compassion, Netsuai se laisse submerger par l’émotion. Elle tend Sperarus à Mujakis pour se consacrer à son époux. Elle ramasse son visage de ses soyeuses mains et essuie avec ses pouces les larmes d’Apodis : « J’imagine. Tu avais perdu le sens de ta vie. »
Elle commence à s’approcher de lui pour l’embrasser.
Instinctivement, il se laisse guider.
Son c½ur en crève d’envie, il a attendu ce moment si longtemps.
Pourtant, quelque chose le dérange.
La dernière phrase de Netsuai le contrarie. Au dernier moment, il tourne la tête et se contente de serrer contre lui sa chère et tendre. Ses yeux marquent un trouble de plus en plus profond : « Le sens de ma vie…
_ Quelque chose te dérange ?
_ Vous êtes le sens de ma vie.
_ Alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ?
_ L’amour est le sens de ma vie.
_ C’est nous que tu aimes, alors pourquoi ne m’embrasses-tu pas ? »
Apodis recule progressivement, refusant de regarder plus longtemps les siens : « Parce que c’est vous que j’aime justement. Parce que Juventas et Agape me l’ont rappelé. »
Le visage de Netsuai se crispe. A mesure qu’il s’éloigne elle perd patience : « Tu les aimes plus que nous !
_ Je n’aime pas plus Juventas et Agape que vous. Je vous ai dans la peau, au plus profond de moi. Et elles je les aime, parce qu’elles me rappellent chaque jour que j’ai pu avoir une famille, auprès de laquelle j’ai fais le serment de me battre pour l’amour et la justice sur Terre. Le sens de ma vie ! Ce sont elles qui m’ont convaincu de poursuivre la lutte pour honorer votre mémoire ! Afin de tenir la promesse que je t’ai faite, d’être le chevalier que tu as toujours voulu que je sois ! »
Apodis revient à l’arbre contre lequel il se reposait et arrache sa tunique pour exposer son torse criblé des empreintes de ses récents combats.
Déguisé de la robe rose qui sert de la poitrine à la taille Netsuai, Troïlos laisse apparaître totalement son visage : « Tu ne peux refuser l’amour des tiens ! »
Totalement apathique, comme il l’est en dehors de son subconscient, Apodis réalise un effort pour prononcer : « En effet. Je ne peux y renoncer. C’est pour ça que je me bats : Shining Apus Claw ! »
D’un lourd mouvement de bras, il projette les Serres Brûlants de l’Oiseau de Paradis qui viennent entailler et incendier le visage de Troïlos.
Le hurlement de douleur de Troïlos brise le charme.

Sur l’air de combat, Apodis se relève inexorablement.
Troïlos, lui, perd son équilibre et s’effondre au sol, le diadème brisé, le visage entre les mains sous le regard médusé de l’assistance.

En tribune, tous se regardent.
Au sommet, Aphrodite tourne très lentement la tête vers Zeus de crainte de recevoir son courroux.
A la place de celui du dieu des dieux, concentré sur le centre du coliseum, elle encaisse celui d’Apollon, toujours immobile dans son siège.

Le cadavre ambulant qu’est le chevalier de bronze entame sa pénible approche en direction de l’Ange.
Ce dernier, rampe désespérément en voulant cacher son faciès lacéré. Lui, si fier de son apparence androgyne, ressent au plus profond de ses entrailles la chaleur des Serres Brûlants.
Bavant, ne contrôlant plus son martyre, Apodis bredouille : « C’est fini… J’ai gagné… »
Désemparé, Troïlos abandonne sa fuite et reprend le combat. Il affiche son faciès épouvantablement distordu par l’arcane essuyé.
_ « Bien. Si la douceur de la mort que je t’offrais ne te convient pas. Je torturerai ton esprit. Angelic Fantasia ! »
Il cogne en plein tempe Apodis qui laisse le coup envahir son esprit…

Le coliseum laisse place à la maison d’Apodis dans le village de Paesco.
Le Saint de bronze porte son armure, abîmée après la bataille menée contre Hébé, lors de la Journée Sainte de 1985.
Bien que blessé, son corps ne porte pas les mêmes plaies que celles laissées par les Anges, loin de là.
La demeure est ravagée après le passage du Caraib Ghost Saint de la Méduse et du combat mené contre Mensa de la Table.
Ses pieds trempent dans le sang des siens et son regard est figé sur le petit corps sans vie de Sperarus.
Le nourrisson baigne dans une marre d’hémoglobine. Il crie de toutes ses forces en demandant au ciel une explication.
Apodis se retrouve exactement dans la peau de celui qu’il était le 4 mars 1985, alors qu’il découvrait le soir de la Journée Sainte la mort des siens.
Même homme. Mêmes circonstances. Mêmes questions.
Néanmoins, une voix venue d’outre-tombe lui donne les réponses qu’il n’a pas eu à l’époque.
Rocailleuse et méprisante, il reconnaît le timbre insultant de son père Frontinus Caraib Ghost Saint de la Méduse : « C’était inévitable. Tu n’es qu’un faible et c’est ce qui arrive aux faibles. Ils ne peuvent protéger leur famille. »
Aussitôt, il dévisage cet homme au menton carré et aux petits yeux noirs remplis de haine. Ses cheveux blancs poisseux sont couverts d’un heaume arrondi qui représente l’animal symbole de son armure de mercenaire, la Méduse.
Le Caraib Ghost Saint tient encore dans sa main sa femme qu’il a assassiné : « Tu ressembles comme deux gouttes d’eau à ta mère. Ah… Mujakis ! Elle gémissait comme une catin pendant que je la violais sous les yeux innocents de ton fils. »
Apodis, impuissant, médusé, fait un signe négatif de la tête comme pour refuser ces allégations.
_ « Et ton petit garçon braillait aussi fort que toi lorsque je te battais pendant que je l’étranglais avec mes tentacules…
 _ Non, geint Apodis en passant sa main devant sa bouche…
_ Je regrette que tu n’ais pas pu assister à tout ceci. J’aurai voulu lire le désespoir dans tes yeux, comme je le lis en cet instant.
 _ Arrête, implore Apodis en retenant ses sanglots ! »
Le mercenaire arrache les vêtements de Mujakis et s’amuse à la traîner dans le sang qui s’écoule de son corps : « Regarde comme je la rabaisse à ton rang. Un insecte. Une larve. »
Apodis tape des poings sur le sol, pendant que Frontinus part dans un fou rire machiavélique : « Arrête ! »
Le père indigne, reprenant peu à peu les traits de Troïlos, poursuit ses sarcasmes.
L’Ange s’étonne de devoir forcer davantage sur la voix de Frontinus pour se faire entendre.
En effet, la névrose d’Apodis prend le dessus.
Le visage dans les mains, le Saint de bronze se gausse.
Nerveusement, la folie prend le dessus.
Troïlos n’arrive plus à s’entendre.
Il est étonné d’être dérangé par un autre éclat de folie que celui qu’il joue.
Apodis relève les yeux, hilare, devant un Troïlos médusé.
Gardant la voix du monstrueux paternel du Saint de bronze, l’Ange s’indigne : « Qu’est-ce qui t’amuse ? Tu ne mérites pas ton rang de Saint ! Si tu avais un tant soit peu de fierté tu te donnerais la mort ! »
Comme lors de l’échec précédent de Troïlos, l’apparence illusoire d’Apodis disparaît pour laisser dans ce décors trompeur son corps meurtri.
_ « Misérable Troïlos ! Tu ne vaux pas mieux que mon père de croire pouvoir me pousser au suicide en jouant sur mes culpabilités ! Il y a bien longtemps que j’ai su les surmonter ! Et là où tu as commis une erreur, c’est de penser que j’étais encore sous l’influence malsaine de mon père ! Mais sache que c’est que c’est avec plaisir que je vais mettre fin à ta vie en te frappant sous son apparence. »
Sans même invoquer de technique, Apodis loge son poing en plein flanc, sous le c½ur de Troïlos.
 
Autour des deux combattants, le coliseum reprend forme et expose des Olympiens médusés.
Dans les loges d’honneur, Aphrodite est atterrée. Elle tremble à l’idée de se retourner à nouveau en direction d’Apollon.
Zeus, lui, grimace de colère. D’abord fasciné par ce combat, l’issu l’oblige à un constat : « Félicitations. Après qu’il ait atteint l’éveil en poussant son cosmos à l’infini, ton Ange lui a permis d’atteindre l’illumination, en faisant de son âme un esprit combatif indéfectible. »
D’un violent coup de poing qui fracasse son accoudoir, Héphaïstos propose : « Ô Seigneur Zeus, laissez-moi mettre fin à cette mascarade.
_ Qu’ai-je fais par le passé, demande alors Zeus ? Pour m’élever à mon rang, je me suis éveillé et mon esprit s’est illuminé. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune frontière infranchissable entre cet homme et nous. L’éliminer reviendrait à nier ma propre histoire ! »
Absolument hystérique, perdant son calme Olympien, Hestia se lève : « Mais enfin… »
Un gigantesque éclair s’abat en plein milieu de l’arène et enlève Apodis.
Ce geste de colère de Zeus interrompt la déesse : « Le nies-tu ?! »
Hestia baisse la tête. Tous les autres dieux, excepté Apollon, l’imitent.

Face à la colère impériale, les spectateurs abandonnent l’arène traversée par d’innombrables éclairs laissant croire que le dieu des dieux a anéanti d’un coup Apodis et ainsi exaucé leurs prières.

De longues minutes de silences suivent.
Seuls les puissantes entités attendent les explications de Zeus.
Celles-ci viennent alors qu’il tourne le dos aux siens, après que le tonnerre laisse place à la pluie.
Resté seul à agoniser de ses blessures, Troïlos implose.
Un déluge suit les premières gouttes. Il lave l’arène de tout le sang perdu par le Grec, inonde les travées désertées, se regroupe en flaques, puis mares. Elles se déversent dans le vide au-dessus duquel est suspendue l’arène. Vide sans fin, sauf conduit vers l’Hyperdimension.

A l’abri dans les loges d’honneur, Apollon, fièrement installé dans son trône ne bouge pas.
Il écoute son père sans esquisser la moindre réaction.
_ « La prison de l’Olympe est le seul refuge pour ces êtres qui s’opposent à nous et que nous refusons de reconnaître. Je l’y ai renvoyé, emprisonné de mon sceau. J’ai créé les hommes et ils récompensent mon amour en me défiant. Je ne permettrai jamais que cela se propage. Cependant, le garder en vie est le meilleur moyen de nous rappeler que les sous-estimer peut s’avérer dangereux. »
Pour conclure, la prunelle de ses yeux laisse place à la foudre qui change son corps en éclairs. Ceux-ci prennent la forme d’un aigle qui repart en direction du Mont Olympe.

Tour à tour, Aphrodite, Artémis, Déméter et Hermès imitent Zeus et regagnent leurs temples.

Dans le coliseum, seuls les conspirateurs sont restés dans la tribune d’honneur à observer les dernières gouttent tomber du ciel pour se perdre plus bas.
Tapis dans l’ombre en attendant leur dieu, Helénê et Roloi patientent calmement, refroidis par les déclarations de Zeus.
Héphaïstos, lui, s’inquiète de la décision de Zeus : « Étrange qu’il veuille garder cet humain en vie. »
Les phrases courtes du meneur des conjurés ponctue son calme impérial : « C’est fâcheux en effet. Cela prouve qu’il tient encore les humains en estime. »
Hestia s’en indigne : « Si ce que tu dis est vrai, Apollon, ce serait une insulte de Zeus vis-à-vis de nous !
_ Je dirai plutôt qu’il s’agit d’une punition. Si les Anges d’Aphrodite avaient correctement fait leur travail tout aurait été différent. Zeus aurait compris que les hommes sont insultants et n’inspirent aucun respect.
_ Certes mais Helénê aurait pu le tuer. Il n’avait pas à le protéger. »
La ténébreuse Héra corrige : « Au contraire. Cela a permis à Zeus de mettre en défaut les dieux qui veulent à tout prix reprendre la Terre à Athéna. En valorisant les actes de cet homme, il espère prouver que ceux-ci peuvent être dignes d’intérêt, comme veut le faire croire Athéna.
_ Exactement, ponctue Apollon. Lorsque Athéna provoquera sa colère, cet homme sera ici la représentation de ma chère s½ur. Il en paiera les conséquences.
_ Athéna parviendra-t-elle au moins à perdre la confiance de Zeus, s’inquiète Hestia ?
_ Elle y parviendra. N’ait crainte. Nous avons encore beaucoup de cartes à jouer. Et notre plus beau jeu est sur Terre, assure Apollon. »
En disant cela, il regarde avec détermination Helénê, responsable en tant que Ksénia de toute sa machination auprès des dieux sur Terre.

A plusieurs kilomètres de là, étendu sur le dos, respirant difficilement en raison de la douleur et de l’effort que cela nécessite pour lui, Apodis marmonne : « Et maintenant, que vont-ils faire de moi ? »
En dehors de la tour où il est retenu prisonnier, Déméter se maintient debout au-dessus du vide. Toujours aussi peu vêtue, ses formes envieuses fort exposées, la déesse aux cheveux noirs de jais, approche sa main en direction du rideau de lumière qui entoure désormais la prison. Aussitôt, quelques grésillements hostiles annoncent une probable décharge du cosmos de Zeus : « L’amour de Zeus pour les hommes émousse sa colère. C’est son amour sans limite qui a rendu les hommes forts. Et aujourd’hui, manipulé par les discours des siens, il veut leur faire payer leur insolence. Tu n’es qu’un exemple.
_ Je vois. Quoi qu’il arrive, même si je parviens à me rétablir, je suis voué à finir mes jours ici.
_ De plus, le cosmos de Zeus m’empêche de te maintenir en vie comme je le faisais jusqu’ici. Je crois en l’homme. Mais je ne peux agir pour lui. Quand le moment sera venu, d’autres hommes seront là pour t’aider. En attendant, persévère, poursuit ton entraînement. Car les Anges d’Aphrodite ne sont rien face à ceux d’autres dieux. »
La silhouette de la divinité s’évapore dans l’atmosphère, tandis qu’Apodis bombe son torse en prenant une profonde aspiration : « J’espère qu’à ce moment là, Athéna sera auprès de moi. Car aujourd’hui, c’est en son nom que j’ai surmonté tous les obstacles. »


Sur Terre, vers laquelle Apodis envoie ses prières, les événements s’accélèrent.
Le Grand Pope reçoit tour à tour, les nouvelles des défaites des Saints envoyés punir les différents rebelles.
L’idée de faire appel aux Saints d’or pour clore la menace japonaise, trotte de plus en plus dans sa tête…
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Only for Love / Re: Chapitre 7
« Last post by Kodeni on 14 July 2020 à 15h20 »
NEWS

Cette version du chapitre 7 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Only for Love / Chapitre 62
« Last post by Kodeni on 5 July 2020 à 16h27 »
Chapitre 62

A la frontière de la Chine et de l’Inde, là où l’atmosphère se raréfie et où les tibétains eux-mêmes ne s’aventurent jamais, une jeune femme aux cheveux orangés et le visage masqué achève de traverser un pont.

Ce 10 décembre 1986, derrière elle, retombent en morceaux plusieurs squelettes qui s’étaient dressés pour lui barrer la route de Jamir.
Son corps porte quelques égratignures dues aux épreuves endurées pour parvenir jusqu’ici.
En brassant de l’air avec ses mains, elle parvient à dissiper le brouillard himalayen et à apercevoir au loin l’immense tour qu’elle est venue visiter.
Elle rehausse les lanières de sa Pandora Box d’argent et puise en elle la force d’achever son périple.
« Traverser la planète à pieds sans user de ma cosmo énergie pour ne pas me faire repérer ni du Sanctuaire ni de l’Olympe n’aura pas été de tout repos. J’espère que Mû saura m’accueillir comme il se doit, pense-t-elle. »

Tout à coup, si proche de son but, l’intruse est étrangement immobilisée, sans remarquer la présence de qui que ce soit.
Une voix féminine accompagne une gracieuse silhouette qui apparaît au détour d’une roche : « Le périple pour venir jusqu’ici est long et douloureux. Je pense que ton épuisement t’a empêché de remarquer les cheveux de Bérénice. »
La voyageuse s’attarde sur ses membres paralysés, pour cette fois-ci distinguer une sorte de filaments qui l’enserrent et qui rejoignent la main d’un inconnu derrière elle.
La complice de son bourreau, cheveux longs, fins et argentés, elle aussi le visage dissimulé sous un masque, la questionne : « C’est étrange que le Sanctuaire n’envoie qu’un seul assassin. Tes amis sont-ils morts devant le cimetière des armures ? »
La prisonnière confesse : « Je suis Marin Saint d’argent de l’Aigle. Si tu es toi aussi poursuivie par le Sanctuaire, tu dois savoir que j’ai été, au même titre que toi, cataloguée comme renégate. »
Un troisième allié se montre à son tour. Il expose sans gêne un visage aussi mature que celui de certains Saints d’or. Ses cheveux châtain clair ébouriffés et sa carrure digne d’une statue grecque lui donnent un certain charme, que Marin lui reconnaîtrait volontiers dans d’autres circonstances.
D’un geste raffiné et d’une voix imposant un certain charisme, il se présente : « Je suis Nicol Saint d’argent de l’Autel. Cette jeune femme à qui tu fais face est Yulij Saint de bronze du Sextant. Et l’homme qui te tient en joug est Mei Saint de bronze de la Chevelure de Bérénice. Nous aussi nous sommes venus chercher asile à Jamir. »
Marin gesticule pour montrer que la façon dont on la traite est inappropriée : « Je ne suis pas vraiment venue chercher asile. Et si tel avait été le cas, j’aurai tout de même espéré un autre accueil. »
En fermant les yeux, d’un hochement de tête, Nicol demande au moins docile de ses complices : « Ça ira Mei, tu peux la relâcher. »
Le Japonais s’exécute en marmonnant : « Agis comme ci ! Pas comme ça ! Non mais, pour qui il se prend celui là ?! »

Enfin, une quatrième personne vient accueillir le Saint de l’Aigle.
Également masquée, deux longues nattes de ses cheveux pommes tombent par-devant ses épaules. Habillée de sa Cloth de bronze faite d’épaulettes ovales et d’un plastron qui met sa poitrine en valeur, Médée berce Marin de sa voix douce et mélancolique : « Bienvenue sur la terre de mes ancêtres. Entre donc te reposer. »


A l’est de l’Olympe, dans les terres habitées par les fidèles qui ont été élus par les dieux, un brouhaha résonne dans le Coliseum.
Inoccupé depuis des décennies, ce stade qui a vu par le passé de grands combats rassasier le plaisir des dieux commence à se remplir de spectateurs.
Hormis les prêtres et les servants des temples des dieux de l’Olympe, tout le peuple se déplace dans la discipline la plus totale à l’intérieur du stade.

Les tribunes sont ouvertes en arc de cercle. Elles dominent l’arène et sa plateforme rectangulaire. Celle-ci, suspendue par d’énormes chaînes par-dessus le vide, surplombe ainsi le grand lac de l’Olympe. Cette mer s’étend à perte de vue et meurt au pied de l’arène dans l’Hyperdimension.
Les gigantesques chaînes s’élèvent vers la pointe montagneuse qui abrite l’arène. Elles sont reliées dans la main d’une statue de Zeus taillée dans la roche.
Au centre des gradins, surélevées par des colonnes de marbres, les loges des dieux représentent, sous la statue de Zeus, le point culminant du Coliseum.

Dispatchés sous leurs bienfaiteurs, les Olympiens ne cessent d’applaudir chaque divinité qui elles ne daignent même pas les regarder en se positionnant dans leurs fauteuils.
Arrivées chacune sur litière, les déesses s’installent en premières.
Hestia, accompagnée d’Héra, prend plaisir à observer la surface carrelée et brillante qui accueillera sous peu Apodis.
Les deux manipulatrices sont suivies d’Aphrodite et Artémis toutes deux aveuglément tombées dans le piège ourdi.
Déméter, aux traits aussi tirés et à la démarche aussi fière que les siens, n’affiche cependant pas le même plaisir que les autres.
Hermès et Héphaïstos ferment la marche.
Le Dieu du Feu, des Forges et des Volcans glisse un regard complice à Héra et Hestia, en prenant place à côté d’un Hermès crédule.

Les invocations envers les dieux s’atténuent peu à peu. C’est seulement lorsque le silence le plus complet revient que se montre enfin l’empereur des cieux.
Dans l’assistance, tous s’inclinent, tête baissée. Certains pleurent même face au bonheur de voir enfin leur seigneur.
Lui qui se montre peu, se racle la gorge avant de prendre la parole.
A cet instant, l’impact de son imposante voix fait résonner le tonnerre.
Un éclair illumine davantage l’espace d’un instant le Coliseum.
Les épais sourcils de ses yeux larges et plissés se froncent à mesure que s’ouvre la bouche de Zeus : « Peuple de l’Olympe… »
Ces deux mots seuls suffisent à faire trembler les tribunes. Si le temps se suspend lorsqu’il ouvre la bouche, le monde autour de lui tremble : « … vos dieux bienfaiteurs vous ont réunis en ce jour pour condamner l’hybris d’un homme. Il a commis la faute fondamentale. Défier les dieux. Son châtiment est la destruction. »
Aussitôt, le souverain prend position dans son trône et laisse ses épaisses mains tomber sur ses cuisses habillées d’une courte jupe blanche.

A ses côtés, son fils se positionne dans l'ombre de la musculature inouïe du dieu des dieux, en tapant dans ses mains. Son geste est si noble, si discret et délicat qu’il émet à peine le son dû à l’éloge de son père.
Apollon entame ainsi les applaudissements que suivent durant de longues minutes le reste de l’assemblée en hommage à Zeus qui reste impassible.
Le dieu du Soleil, lui, dissimule du mieux qu’il peut son regard sadique destiné au c½ur de l’arène où apparaît malgré lui Apodis.

Agenouillé, habillé de son pantalon bleu, encore recouvert sur les jambes et les poignets de quelques morceaux de sa Cloth de bronze, le Saint de l’Oiseau de Paradis expose son torse nu et son regard fier à l’entité qui lui fait face.

Debout, bras tendu vers lui, responsable de son arrivée dans l’arène, un ange arbore sa Glory et dévisage Apodis avec dédain. Son armure, semblable à celle de Peleus et des autres Anges, laisse passer par sa clavicule un linge blanc qui couvre la moitié de son torse. Ses cheveux opulents, oscillant entre l’azur et le vert bleuté sont coiffés par le diadème de sa Glory. Cela permet de dévoiler ses yeux jaunes et son sourire fier qui défient le chevalier.

Seul contre tous, Apodis tourne sur lui-même et ne reçoit du public qu’insultes et moqueries. Il remarque, plus haut, les dieux aisément installés qui se délectent de nectar et d’ambroisie que des échansons leurs servent déjà à foison.
D’abord circonspect en apercevant parmi eux Déméter, si bienveillante à son encontre, son expression change radicalement lorsqu’il reconnaît Hestia.
Alors qu’aucun Olympien n’a osé dévisager les dieux, Apodis fixe avec audace la Déesse du Feu Sacré et du Foyer.
Des premiers mots descendent des travées pour l’invectiver suite à son comportement.
Hermétique, Apodis a le regard de plus en plus noir. Le reflet rouge de ses yeux scintille de plus en plus.

En haut, d’abord outrée, Hestia a du mal à se sentir rassurée. Elle, la seule déesse ici présente qui connaît désormais la peur depuis qu’Apodis l’a atteinte sur Terre. Elle souhaite fuir son regard assassin, mais son rang l’en empêche.
Refusant voir cette mascarade continuer plus longtemps, Apollon, de sa voix lente et malsaine, suggère à Aphrodite : « Aphrodite. Toi qui tenais tant à ce que ce soit tes anges qui punissent cet homme. Faut-il encore attendre qu’il nous souille davantage ? »
Apeurée par le seul d’entre eux qui ne craint pas de se positionner à côté de leur souverain, Aphrodite effectue immédiatement un geste de la main à son fidèle sujet qui n’attend que ça.

L’ange se courbe pour accuser réception de l’approbation d’Aphrodite, puis se dresse en direction d’Apodis.
Alors qu’il n’a pas quitté Hestia des yeux, Apodis sent une soudaine douleur lui heurter la poitrine.
Il s’effondre au sol sans même comprendre ce qui lui est arrivé.
Ses yeux se ferment aussi forts que ses poings sont serrés afin de retenir la douleur et de ne pas pâlir sous les huées du stade.
A côtés de lui, il peut entendre les cliquetis métalliques de la rencontre entre les pieds de son ennemi couvert de sa Glory et le carrelage brillant de l’air de combat.

Enfoncé avec élégance dans le fond de son siège, Apollon remue une coupe de nectar dont il se délecte en esquissant un très léger rictus sadique.
Devant lui, les mains enroulées de crispation dans sa toge, Hestia remue nerveusement sa jambe. Son esprit est ailleurs, son comportement, limite profane, inspire chez Héra, sa voisine, un profond agacement. Elle le manifeste en tapotant légèrement et discrètement la cuisse de l’anxieuse déité.

Plus bas, l’ange ramasse Apodis par les cheveux. Il l’élève avec froideur à direction des spectateurs.
Apodis reste fixé sur ses pensées : « Toutes ces semaines d’entraînement… Trop lent, trop faible… Trop loin de Peleus, cet Ange que j’ai combattu sur Terre. Pas étonnant que je n’ai pas le niveau contre celui-là. Les instants de répit offerts par les Olympiens ne m’ont pas permis pas de surpasser ce cap nécessaire, pour aller au-delà du niveau du simple humain.
Les jours ont passé et chaque fois je sentais venir ma limite. Il me manquait le déclic, l’éveil… »
Insensible, le chevalier céleste garde son visage strictement fermé lorsqu’il déclare à Apodis : « Je suis surpris de voir que tu es en vie. Tu as encaissé de plein fouet la Grande Croix. Aucun homme ne peut survivre à l’attaque d’Eurypylos Ange de l’Olympe. »
Maintenu par la tête, la douleur dissipée, Apodis défie Eurypylos du regard : « Désolé. Je suis un homme fait de contrariété. »
D’un calme propre aux Olympiens, Eurypylos réagit à la provocation en balançant Apodis dans les airs afin de lui faire perdre tout appui : « Tu as eu tort de me provoquer. Tu vas recevoir cette technique à pleine puissance. Big Cross. »
Il remonte ses bras qu’il croise en direction d’Apodis. La rencontre de ses deux membres libère un X lumineux que seuls des yeux avertis peuvent distinguer.
Celui-ci frappe Apodis en plein torse et lacère profondément sa chair, sans qu’il puisse faire quoique ce soit. Il retombe à plat sur le carrelage où se déverse son sang.
Avec dédain, Eurypylos s’assure de son immobilité avant de s’agenouiller en direction de la Déesse des Plaisirs et de la Beauté.
Néanmoins, l’assistance retient son souffle. Dans le dos du guerrier, Apodis prend appui sur ses bras pour reprendre le combat.
_ « Je ne peux le croire. Tu es plus mort que vif après ces deux échanges. Comment fais-tu pour ne pas succomber ? L’homme est semblable à un insecte. Il doit mourir quand on l’écrase. »
D’un revers de la main, l’Oiseau de Paradis essuie le filet de sang qui s’écoule de sa bouche et remarque la sensibilité de ses plaies après que la Grande Croix lui ait entaillé profondément la poitrine. « Si je ressens encore la douleur, c’est que je ne suis pas encore totalement arrivé à surmonter mes cinq sens, réfléchit-il. »
Entêté, il entame un pas en avant, puis un second. Après s’être assuré qu’il tient parfaitement sur ses jambes. Il tente une approche jusqu’à Eurypylos, sous les sarcasmes des spectateurs.
Arrivé devant lui, sans même tenir sa garde, Apodis le regarde droit dans les yeux avec un sourire idiot.
Eurypylos cligne des yeux pour témoigner son incompréhension. Aventureux, il s’empresse de lui asséner un direct du gauche dans l’estomac, suivi d’un coup de pied retourné dans la tempe, qu’il ponctue d’un direct du gauche dans l’arrête nasale.
A peine déstabilisé, Apodis ne perd pas des yeux son adversaire tout en riant encore.
Eurypylos fronce légèrement ses sourcils, abandonnant son visage serein. Il repart lui heurter la poitrine coude gauche en avant, puis frappe son c½ur du plat du pied. Il saute devant lui pour mettre tout son poids dans son coude droit, qu’il laisse retomber sur le sommet de son crâne. En reculant, Apodis manque de chuter mais tient bon.
Eurypylos s’en mord l’intérieur de la joue. Il s’élance à une vitesse dépassant l’entendement,  jambe gauche en pleine gorge, poursuivi d’un uppercut gauche, il passe derrière lui pour cogner son genou contre sa nuque.
Emporté par l’élan, Apodis se laisse tomber en glissant sur le parterre brillant.
La foule se lève alors et scande le nom d’Eurypylos.

Au sommet des loges, le dieu des dieux réajuste le voile blanc qui passe au travers de son torse et habille la moitié de sa poitrine.
Il prononce dans sa barbe dense qui descend jusqu’au c½ur de ses pectoraux taillés dans le marbre : « Voilà. Était-ce la peine de réunir notre peuple pour un seul homme ? »
Parmi les siens, aucun n’a l’arrogance de répondre à cette voix qui fait trembler les murs hormis le Dieu du Soleil : « C’était nécessaire. Notre suprématie doit être justifiée à ceux qui nous vénèrent. Il est indispensable que les infidèles soient punis. Il n’y a qu’à voir le plaisir procuré à nos ouailles.
_ Dans ce cas… »

Brusquement, l’attention sévère de Zeus est rappelée au centre de l’arène.
Les cris de joie se changent en sifflets.
Sous les injures des partisans de l’Olympe, Apodis est de nouveau sur pieds.
Devant le Saint de bronze, Eurypylos est perplexe : « Co....Comment ? Comment peux-tu encore tenir debout ? »
Le corps balançant, Apodis n’affiche rien d’autre que sa mine provocante.
Eurypylos perd les nerfs. Il hausse le ton puis s’élance bras tendu.
_ « Tu devrais déjà être mort depuis longtemps ! »
Avec une agilité déconcertante et une vitesse inattendue, Apodis esquive et riposte d’une reprise de volée acrobatique. Il se réceptionne et poursuit de trois directs en pleine poitrine.
L’Ange réagit d’un crochet du droit mais, à peine celui-ci encaissé en plein visage, le Saint déclenche un coup de pied dans le flanc gauche de son adversaire.
Le choc est si violent, que dans les travées, tous entendent la Glory se fissurer sur le coup.
Eurypylos recule en se tenant ses côtes brisées : « Impo… »
Il n'a pas fini sa phrase qu’Apodis arrive par les airs pour balancer toute sa puissance dans son poing droit. Autour de lui, son aura devenue dorée dessine un oiseau majestueux qui déploie ses ailes avant de foncer sur son adversaire : « Frantic Fury ! »
L’impact contre le sommet du crâne d’Eurypylos est si puissant que les yeux de l’ange sortent de leurs orbites et que du sang coagulé, certainement mêlé à des morceaux d’organes réduits en bouillis, jaillit de ses orifices.

Complètement démantibulé, le cadavre d’Eurypylos s’écroule et implose sous l’attention de spectateurs médusés.
Les sifflets cessent.
Le vent emporte au loin le bruit de la détonation provoquée par la destruction du corps d’Eurypylos.
Le bruissement de l’eau qui chute au pied de l’arène dans l’Hyperdimension devient audible et son chuintement angoissant peut même être reconnu dans les travées aphasiques.

En haut, Zeus passe sa main dans ses cheveux blancs grisonnants qui se mêlent à sa barbe. Sa voix détonne : « Intéressant. »
Il lance ainsi les premiers échos des spectateurs qui plus bas s’échangent :
_ « Il a commis l’outrage de tuer un Ange.
_ Sa folie n’a pas de limite
_ Le moindre de ses souffles est un sacrilège pour nous autres.
_ … »
Apodis pourrait y prêter attention, s’il cessait de fixer avec hargne Hestia et d’adresser contre elle son cosmos hostile.
Hestia, elle, se cramponne aux accoudoirs de son siège. Les voix s’élèvent de plus en plus fort. Néanmoins, le tollé dont est victime Apodis ne vient même pas à ses oreilles. Les battements de son c½ur sont trop forts pour lui permettre d’entendre autre chose que sa peur.

Déméter, elle, reste insensible en apparence mais, au fond d’elle intéressée, remarque : « Contrairement à ce qu’il pensait, cet humain a fait d’énormes progrès. En plus de sa force et de sa vitesse, il a entraîné sa résistance. Ainsi il a pris le temps d’analyser les mouvements de son ennemi pour le devancer. Astucieux. »
Élégante et majestueuse dans son affriolante robe blanche, Aphrodite se contente de claquer des doigts pour ramener le calme autour d’elle.

Immédiatement, depuis les airs, ailes d’angelot dans le vent, arrive un nouveau chevalier céleste.


A Jamir, à l’intérieur de la tour, dans les étages supérieurs, sur des tapis brodés aux motifs orientaux, Nicol, Médée et Yulij, sont assis autour d’une table en compagnie de Marin.
Celle-ci, dos tourné, enlève son masque un instant pour déguster la tisane qui lui est servie.

Resté debout, en retrait, à l’encadrement d’une fenêtre, Mei observe l’horizon d’un air songeur : « Donc si j’ai bien compris, tu as affronté une déesse de l'Olympe et pas des moindres, en compagnie d’Hébé et d’une partie de son armée ?
_ En effet. Tous mes compagnons sont morts pour me permettre de récupérer le Jonc d’Athéna. »
Yulij, comme Médée et Mei, reste crédule : « C’est quoi le Jonc d’Athéna ? »
Marin restant bien étrangement silencieuse, Nicol éclaire ses amis des connaissances qu’il tire de son défunt professeur Arlès : « Après la première Guerre Sainte qu’elle dut livrer, malgré la victoire, Athéna comprit que son armée avait besoin d’un réel meneur. Durant cette bataille, Pégase s’illustra particulièrement. Comme pour les suivantes. Elle confia alors à sa Chouette, sa messagère personnelle, d’être à chaque réincarnation proche de Pégase afin de le réunir à Athéna. A chaque réincarnation, Pégase et la Chouette sont dotés d’un bracelet destiné à les identifier et à les réunir. Il s’agit des Joncs d’Athéna. »
Mei se rapproche de la table en agitant son doigt : « Attends, attends, attends. On parle quand même d’artefacts divins. D'accord pour cette histoire de Joncs d’Athéna, mais moi ce qui m’inquiète le plus, c’est cette histoire de pendentifs de Zeus. »
Visage à nouveau caché après son breuvage, Marin baisse la tête : « Comme Pégase et la Chouette sont liés, je suis liée à mon frère qui s’est réincarné comme moi en portant une clochette à la forme particulière. Il s’agit des pendentifs de Zeus. Tout comme je soupçonne l’Olympe d’être à l’origine de l’enlèvement du Jonc de la Chouette, je suis persuadée qu’ils ont ma clochette.
_ Donc tu voudrais venir ici, pour savoir de Mû, comment faire pour se rendre en Olympe, croit comprendre Mei ?
_ Hélas, mon mari est parti hier. La situation au Sanctuaire implique son retour impératif, s’excuserait presque la douce et chaleureuse Médée.
_ N’en soit pas désolée Médée. Et non, je ne cherche pas à me rendre en Olympe. Pour se faire, je sais comment agir. Et mon pendentif me serait indispensable. J’ai pu découvrir en ôtant le sceau qui retenait le jonc dans le temple d’Hestia,  quelques indices sur le lieu où était retenu mon Pendentif. Du moins, j’ai eu quelques flashs et les connaissances de Mû m’auraient sans doute permis de combler les lacunes restantes.
 _ Bref, nous sommes dans une impasse. Allons Yulij, partons nous entraîner, ça vaut mieux. Nous pourrons ainsi rejoindre Mû et combattre avec ceux qui se révoltent contre le Pope, s’impatiente Mei en tirant par le bras son amante. »

Médée, elle, débarrasse le plateau et laisse Nicol, extrêmement pensif, en compagnie d’une Marin totalement perdue.
_ « Moi dans tout ça, ce que j’aimerai savoir, c’est quel est ton rôle dans toute cette histoire ? Je veux dire, Pégase et la Chouette sont liés à Athéna. Toi et ton frère à Zeus. Mais pourquoi ? Que fais-tu sur Terre ? »
Marin regarde autour d’eux pour s’assurer qu’aucune mauvaise langue ne soit restée dans les parages : « Lorsqu’il a laissé la Terre à sa fille, Zeus aimait profondément les humains. Et ceux-ci lui vouaient, comme à tous les dieux de l'Olympe, une foi inébranlable. Quand les Guerres Saintes contre Athéna ont éclaté, ses rivaux les justifiaient auprès de Zeus comme étant des actes de punition envers ces hommes qui ne respectaient plus leur planète et encore moins les dieux. Ne voulant croire à cela et impressionné par le dévouement de sa fille envers les hommes, Zeus a maintenu sa confiance en Athéna. Seulement, Poséidon et Hadès n’étaient pas les seuls à se plaindre de la passion de moins en moins entretenus des hommes pour eux. Dans l’Olympe, d’autres vinrent apprendre à Zeus l’émancipation progressive des humains. Ne voulant prendre de décision trop hâtive, il choisit de réincarner à chaque époque ses deux sujets les plus fidèles, son Aigle et son Trait de Foudre. Porteurs des Pendentifs de Zeus, ils pouvaient aller et venir à leur guise du monde des mortels à l'Olympe. Des Olympiens vivant sur Terre. Générations après générations, ils confirmaient à Zeus que l’homme perdait la foi mais qu’ils se réfugiaient dans d’autres valeurs, telles que l’amour et la solidarité. En même temps furieux et curieux, il choisit de se retirer définitivement de ce débat. Ne demandant à son Aigle et à son Trait de Foudre de ne l’avertir que si Athéna, trop attachée aux hommes, outrepassent ses droits, ou si l’un de ses ennemis attente à l’équilibre du monde. Malheureusement, dans l’Olympe, d’autres dieux ne l’entendirent pas ainsi et refusèrent de laisser plus longtemps Athéna et les hommes vivre sans leur exprimer la moindre reconnaissance. Ils profitèrent de nos jeunes réincarnations à mon frère et moi pour nous mettre hors jeu. Mon pendentif m’a été subtilisé et j’ignore tout de ce qu’il a pu advenir de mon frère. Aujourd’hui Zeus est seul, pensant que même ses sujets les plus fidèles l’ont abandonné, entouré par des dieux médisants qui ne rêvent que d’une chose, soumettre à nouveau les hommes. »
Alors que de telles révélations en feraient frémir plus d’un, Nicol, absorbé, se gratte le menton : « Si ce que tu dis est vrai, alors la Terre risque de vivre la Guerre Sainte la plus meurtrière qui soit. Tout va se jouer maintenant, en notre époque.
_ Je le pense aussi. Poséidon, Hadès et les autres ne seront que des épreuves cette fois-ci. Le vrai danger, c’est l’Olympe.
_ Je sais que l’idéal serait que tu récupères ton pendentif et que tu alertes Zeus de tout ce qui se trame, comprend Nicol préoccupé. Cependant, pour qu’Athéna puisse se montrer à la hauteur des épreuves qui nous attend, il me semble impératif qu’elle puisse récupérer son Sanctuaire. Tu ne penses pas ?
_ Si bien sûr. De toute manière, sans Mû, je ne sais pas qui pourra interpréter les signes qui me sont apparus.
_ Mon maître, Arlès, et son frère, le Grand Pope Shion, auraient pu…
_ Tu les as connu tous les deux ?
_ Jusqu’à ce qu’ils disparaissent au sein même du Sanctuaire, oui. Mon maître m’apprenait même à lire les étoiles comme le faisait le Grand Pope. Il disait qu’un jour peut-être je pourrai monter sur Star Hill y établir des prophéties. »
Un déclic surprend tout à coup Marin : « Star Hill ! Tout à l’heure tu m’as bien dis qu’après qu’ils aient disparu, tu as cherché quasiment dans tout le Sanctuaire ton maître et le Grand Pope en vain ?!
_ Oui. Hormis l’armure d’Arlès prisonnière à Dignity Hill, je n’ai jamais rien retrouvé.
_ Et sur Star Hill ? Tu aurais peut-être pu y apprendre quelque chose ?
_ J’y avais songé. Mais l'escalade de ce pic rocheux nécessite des capacités surpassant même le niveau d’un simple Saint d’or. »
Sous son masque, Marine sourit : « N’oublie pas qu’à l’origine je ne suis pas humaine.
_ Tu comptes t’y rendre ?
_ Je n’ai pas spécialement le choix. La Chouette n’étant jamais apparu pour protéger Pégase, il me faut alors aider Pégase à vaincre l’usurpateur qui occupe le trône de Grand Pope. Pégase est trop important pour qu’on puisse le laisser mourir bêtement.
_ Je comprends. »

Médée les rejoint avec un plateau sur lequel sont disposés quelques étoffes, des huiles locales et du coton : « Tu nous feras le plaisir de prendre d’abord une nuit de repos avant de reprendre ta route. Tu trouveras derrière la tour, en direction du village où vivent encore quelques Muviens, un cours d’eau où tu pourras te prendre une agréable toilette. »
Marin espère pouvoir protester mais Nicol lui prend sagement la main et la devance : « Bien sûr qu’elle va rester se ressourcer ici. Un bon repas et un peu de repos n’ont jamais tué personne. Et puis comme ça Marin pourra me parler des signes qu’elle aurait voulu que Mû interprète. Qui sait, peut-être en sais-je suffisamment pour la mettre sur la voie ? »


Dans le Coliseum en Olympe, sur la surface carrelée où il a triomphé d’Eurypylos, Apodis découvre son nouvel adversaire.
Fort bien apprêté dans son armure semblable à celles des autres anges, celui-ci présente un teint plus halé. Ses cheveux couleurs feu, s’accommodent à merveille avec son regard brûlant et ses anneaux orangés accrochés à ses oreilles.

Depuis la loge d’honneur, Apollon balance : « Memnon ! Voici un des meilleurs Anges au service d’Aphrodite. »
Aux côtés du Dieu du Soleil, Zeus s’affaisse confortablement dans son trône : « Espérons que ce combat soit plus divertissant. »
Les autres divinités écarquillent leurs yeux après cette déclaration. Quand eux attendent la punition d’un vulgaire humain, Zeus, favorable envers les hommes jusqu’à peu, s’impatiente de voir ce qu’un être à la solde d’Athéna peut avoir à montrer.

Dans l’arène, Apodis, conspué, ne compte pas attendre d’être mis à terre comme face à Eurypylos.
Memnon s’avance en lévitant grâce à ses ailes d’énergie. Bien silencieux, il ne prend même pas la peine de se présenter à son adversaire. Le dédaigneux Olympien engage même les hostilités en lui crachant dessus.
Apodis esquive la salive de son ennemi qui en profite pour lui asséner un coup de coude en pleine pommette, la fendant sur le coup. Malgré l’impact, l’humain parvient à lancer suffisamment haut sa jambe pour lui rendre la pareille et lui égratigner la joue.

C’est la consternation dans la foule. Les apostrophes manquent, tant le répertoire a eu le temps d’être usé en raison de la grande résistance du Grec.

Néanmoins, l’Ange, toujours en l’air, n’abdique pas. Son regard, toujours aussi sévère, attire inexorablement Apodis. Involontairement, le chevalier de bronze est plongé dans ces yeux ardents. Ceux-ci semblent projeter des chatoiements dans le cerveau d’Apodis. Pour la première fois, l’Ange fait entendre sa voix en nommant son arcane : « Curtain Falls. »
Alors qu’il reprenait sa garde, Apodis est immobilisé, voire statufié. Ses yeux n’expriment plus rien, son souffle est court.

Au sommet, Héphaïstos de sa voix grondante est amusé : « Memnon n’a jamais été du genre à aimer perdre son temps n’est-ce pas Aphrodite ?
_ En effet. Même s’il n’a aucun respect pour son adversaire, Memnon ne joue pas avec lui. »
Portant noblement son pétase sur la tête, Hermès s’étonne : « Tout de même. Utiliser le Curtain Falls. »
Soudain, l’air derrière eux semble les aspirer. Zeus ouvre sa bouche pour commenter à son tour : « Le Curtain Falls. Le Rideau Tombe. Cette attaque psychique annihile totalement le système nerveux. L’être qui la subit est plongé à tout jamais dans les souvenirs du passé. Son esprit en est prisonnier et ne peut plus contrôler son corps. Ce Saint d’Athéna va mourir à petit feu. Son corps se décomposera sans qu’il ne s’en aperçoive, noyé dans les sentiments qui l’habitent. »
Toujours aussi peu rassurée, Hestia se cramponne à son siège pour se donner un élan qui surprend tout le monde. A pleins poumons, elle ordonne à Memnon : « Je refuse d’attendre qu’il meurt ! Chaque souffle qu’il recrache encore est une injure envers moi ! Qu’on l’achève ! »

A côté d’Apodis, l’Ange d’Aphrodite courbe l’échine, comme pour approuver l’ordre donné par Hestia.
Il plane jusqu’à lui et se laisse tomber pied en avant, en plein dans le foie de son adversaire qui était resté debout. Totalement amorphe.
Il décoche une droite à ce qui n’est plus rien d’autre qu’un sac de sable. Tout son corps est martelé, le sang coule à flot sans qu’Apodis ne puisse réagir.

L’attraction du cosmos d’Artémis prend totalement place après que le soleil d'Apollon n’ait chauffé le domaine céleste toute la journée.
Les serviteurs de l’Olympe allument les immenses torches qui encerclent la surface et réfléchissent leurs lueurs chatoyantes sur le carrelage inondé de sang.
La nuit tombante annonce pour Apodis une longue et pénible soirée…


Sur le chemin de retour du village des Muviens, Nicol et Marin rient de la réaction du peuple de Mû : « Je n’arrive pas à y croire. Ils étaient encore plus enchantés que moi, qu’on puisse se rencontrer. »
Nicol, mains derrière le dos, s’en amuse : « C’est normal, les Muviens sont très croyants. Et là, ils ont eu affaire à l’Aigle en personne. Eux qui sont habitués à former et à recevoir des Saints, ils ont eu droit à la présence d’une Olympienne.
_ Dans l’âme. Car de sang et de naissance, je suis humaine, comme toi. »
Nicol fixe le masque de la jeune femme avec insistance. Sa voix est empruntée : « Mais tu as quelque chose de spécial. Le Pendentif de Zeus t’accordera tes vrais pouvoirs. Ceux-ci sont scellés actuellement.
_ Il est vrai qu’à la base le Trait de Foudre et moi-même sommes semblables aux Anges en origine et en force. Seulement, plus les jours passent et plus je désespère. »

A mi-chemin entre la tour de garde et le village des Muviens, Nicol saisit les mains de Marin et la dévisage : « Je refuse de te laisser t’abattre ainsi. Ce n’est pas parce que les signes que tu as entraperçu ; une tribu de guerrier dans une jungle tropicale, des guerriers en forme de jaguars humanoïdes ; ne m’éclairent pas plus, que personne ne peut le faire. Quand tu seras au Sanctuaire, une fois la bataille terminée, peut-être que Mû saura les interpréter. »
Ne pouvant lui rendre le sourire chaleureux qu’il lui témoigne, Marin laisse glisser ses bras à l’intérieur des mains de Nicol qui la retiennent. Elle caresse alors avec les siens ses doigts longs et doux. Bien qu’il a vécu dans la misère et travaillé de ses mains durant treize ans, les membres de Nicol sont magnifiques, aussi soignés que son visage est raffiné.
A cet instant, ni l’un ni l’autre ne savent quoi dire. Leurs gorges se nouent et leurs corps deviennent moites.
Cela fait bien longtemps que Nicol n’avait pas été si proche d’une femme, mais ses manières de gentleman lui interdisent d’ôter le masque qui le cache d’un portrait dont il rêve de convoitise. « Il me serait si simple de le lui retirer, se morfond-il. »
Elle, haletante dessous sa parure, seule et en manque d’affection depuis sa séparation brutale avec Aiolia se surprend à vouloir sentir cet homme au plus près d’elle : « Son charme dégage tellement de bien-être. »
Finalement, elle dépose sa tête contre son athlétique torse et se contente de lui dire : « Merci pour cette attention portée sur moi. J’en ai eu tellement besoin ces derniers mois. »
Il ouvre la bouche sans finalement être capable de lui dire ce qu’il a sur le c½ur. Somme toute, il lui passe le bras dans le creux de ses reins afin de l’étreindre davantage et de soulager la Japonaise, convaincu que ce geste vaut bien plus que des mots.


En Olympe, dans les gradins, les applaudissements et les acclamations retentissent de plus belle.
La fraîcheur de la nuit tombée ne calme pas la foule.
Presque tous s’agenouillent en direction des dieux pour leur consacrer quelques louanges que leurs idoles, pourtant si friandes de tant d’égards, ignorent totalement.

Sous les yeux des emblématiques seigneurs, seule la correction d’Apodis incombe.
Celui-ci, insensible aux coups qui lui sont adressés, immobilisé par l’arcane de Memnon, ne sent pas ses plaies s’ouvrir ni ses os craquer. Il est totalement absorbé par sa mémoire…

Flashback
1982 - Un beau jour comme les autres, alors qu’il achevait son tour de garde, Apodis s’étonnait de ne pas voir Netsuai sur le chemin du retour.
A mesure qu’il regagnait Paesco, il percevait une profonde réserve de sentiment inhabituelle chez les villageois. Aucun n’osait le regarder dans les yeux.
Alors qu’il approchait peu à peu le c½ur du village, il remarquait un attroupement autour de la maison d’Orphée. Tous portaient le deuil.
_ « Que se passe-t-il, interroge Apodis ? »
Sans même attendre de réponse, il força la porte de la demeure de son maître et fut témoin d’une horrible scène.
Allongée, en sanglot, par-dessus le cadavre de sa s½ur, Netsuai était rongée par le chagrin.
Devant elles, Orphée, le regard vide, le visage bleui par les larmes, muré dans le silence, se basculait sur sa chaise.
Apodis passa sa main sur sa bouche lorsqu’il observa le teint livide de la défunte : « Eu… Eurydice… Mais comment est-ce possible ? »
Trop affectée, Netsuai ne put rien dire. La réponse était si insoutenable, qu’elle plongea davantage dans le chagrin.
Orphée, sans exprimer la moindre vivacité ni dans son ton, ni dans le regard, ni dans les gestes, expliqua d’une voix basse : « Je peux tuer facilement. Je peux sentir n’importe quel danger. Je donnerai ma vie pour ma bien-aimée. Toujours. Toujours je lui ai assuré qu’elle pouvait vivre sans crainte à mes côtés. J’ai éliminé les adversaires du Sanctuaire. Je l’ai protégé des guerriers d’Arès. Et là… Un serpent. Comme dans la mythologie. Un ridicule… Serpent ! »

Ne sachant que faire, debout les bras ballants, Apodis choisit de venir détacher Netsuai de sa s½ur pour l’étreindre contre lui.
Ensemble, ils s’assirent dans un fauteuil à attendre.
Attendre le regarde vide.
Attendre sans savoir que dire. Que faire.
Attendre qu’Orphée se décide d’agir, n'ayant aucune autre solution que de préparer ses funérailles.
Il attendit que Netsuai s’endorme pour se lever et décréter : « Il faut que j'aille l'arracher des griffes d'Hadès ! »
Apodis déposa délicatement son amie reposant dans les bras de Morphée avant d’ouvrir en grand les bras : « Malgré tout le respect que je vous dois maître, laissez-moi vous dire que c’est de la folie !
_ Tu crois que je ne suis pas capable de réussir à atteindre le royaume des enfers ? Il me semblait pourtant t’avoir enseigné qu’il existait un sens au-delà même du septième qui permettait de contrôler sa propre conscience dans le royaume des morts.
_ Le problème ne vient pas de là maître. Vous m’avez vous-même appris qu’il était contre nature et égoïste de vouloir faire revivre les morts.
_ Ne soit pas stupide Apodis, s’énerva Orphée lui qui était habituellement si serein en l’empoignant ! Imagine s’il s’agissait de Netsuai ! Tu ne ferais pas tout pour la ramener près de toi ?
_ Athéna l’a accompagné jusque dans l’au-delà. Cela s’arrête là, assure Apodis qui se défit de son maître d’un mouvement d’épaule. Quitter le Sanctuaire sans accord est un acte de haute trahison. Et je ne parle pas de votre projet de requête auprès d’Hadès. »
Il tourna le dos à son professeur et assura : « Maître, je préférerai que vous renonciez et je vais faire comme si vous n’aviez rien dit. »
Soudain, un picotement parcourut tout le corps du jeune Grec. Son corps se raidit et un lien fin et solide l’enserra. Orphée arborait sa lyre : « Hélas mon garçon, ma décision est prise. Je suis désolé. Peut-être vivras-tu difficilement le fait que je sois catalogué comme déserteur, mais moi je ne peux vivre sans Eurydice. Je vais utiliser mon Death Trip Serenade à un niveau moindre que d’ordinaire. Tu seras plongé dans un simple sommeil pendant quelques heures. À ton réveil, je serai parti avec le corps d’Eurydice. Ne cherche pas à nous retrouver. Si je reviens, ce sera seulement victorieux. Pas autrement. Adieu Apodis et merci pour tout…
_ Maître attendez ! Ne faites pas ça !
_ Death Trip Serenade. »

Quelques heures plus tard, libéré de tout lien et de tout maléfice, la lueur d’une chandelle virevoltait à travers les paupières clauses d’Apodis. Cela le ramena à lui.
Peu à peu, légèrement étourdi par l’arcane de son maître, il se redressa et reconnut l’apparence de son amie, assise sur la couche où reposait auparavant la dépouille d’Eurydice.
Elle examinait une lettre qu’elle s’empressa de résumer à Apodis : « Il est parti avec elle. Orphée a emmené ma s½ur. Il a dit qu’il ne reviendrait pas tant, qu’il ne l'aura pas ramené parmi nous. Il parle d’un voyage que toi seul peux comprendre. Et que durant celui-ci, il offrira une sépulture digne de ce nom à Eurydice. Loin de tout. »
Le Grec se tenait la tête tant elle bourdonnait, alors qu’il se relevait. Netsuai chercha à savoir : « Qu’est-ce qu’il a voulu dire ? »
Ne préférant pas l’accabler davantage, il la serra fort contre lui et lui dissimula la vérité : « Je n’en ai aucune idée. J’imagine qu’il s’est retiré loin d’ici et qu’il consacrera le reste de sa vie à jouer de sa lyre sur la tombe de sa bien-aimée. Ils partageront dorénavant, seul à seul, la vie qu’il reste à Orphée. »
Déchirée, elle se mit sur la pointe des pieds et se nicha dans le cou de son ami pour chercher du réconfort. Il lui proposa alors : « Tu étais ici chez eux. Une page se tourne après leur départ. Ne devrais-tu pas venir vivre chez moi ? Ma demeure est suffisamment grande et… »
Contre toute attente, elle lui répondit par un délicat baiser sur les lèvres.
Pris au dépourvu, il laissa ses bras prendre le long de son corps sans réagir. Il éprouvait à cet instant une sensation nouvelle et si… chaude. Son c½ur était tel un brasier qui enflammait tout son être. Son sang chaud et brûlant alimentait son organisme.
Lorsqu’elle eut fini de lui prendre ses lèvres, c’est à son tour qu’il délivra un langoureux baiser. D’abord délicat, puis peu à peu passionné, il commença à l’agripper aux épaules avant de glisser ses mains dans son dos.
Libérée par un tel geste qui représentait un aveu de ses sentiments, elle glissa ses doigts sous le maillot de l’athlétique chevalier. Ses doigts heurtèrent chaque carré d’abdominaux qui lui dessinait une parfaite silhouette. Ils s’arrêtèrent à hauteur de ses pectoraux, durs et parfaitement assortis au reste de sa parfaite apparence.
Lui continuait à descendre dans le creux de son dos puis passa ses mains sur ses hanches pour les soulever fermement.
Elle l’enserra avec ses jambes autour de sa taille et se laissa guider dans une autre pièce de la maison où se tenait sa propre couche.
Arrivés là, il l’allongea délicatement en plongeant dans ses yeux pour lui déclarer avec sincérité à quel point il l’aime. Ce qu’elle fit, elle aussi, simultanément.
Tous deux se mirent à sourire, tant la circonstance n’était finalement pas si surprenante. Tant leurs aveux étaient une libération. Un soulagement. Après tant d’émotions en quelques heures.
Ce moment de complicité se solda par une nuit calme où tous deux finirent par s’allonger côte à côte. Épuisés par les tragiques événements du jour, ils s’endormirent en songeant à des lendemains plus radieux. À des lendemains où Apodis aspirerait à ce sens, qui allait au-delà du septième. Comme l’avait fait Orphée auparavant.
Flashback

Défiguré, le visage et la poitrine couverts de sang, le corps d’Apodis voltige dans toute l’arène sous les va et vient de la brutalité encouragée par les spectateurs.
Memnon s’étonne qu’après les nombreuses contusions infligées, son adversaire soit encore instinctivement debout. En virevoltant dans les airs tout autour de lui comme pour mieux l’observer, l’Ange choisit enfin de toucher terre pour venir soulever son menton.
Immédiatement, son apparence austère change radicalement. Il est stupéfait par les yeux révulsés d’Apodis et par ses lèvres qui bougent toutes seules.
Il recule d’un pas tremblant face à son adversaire en transe.

Au plus proche des cieux, Zeus tend l’oreille d’un air satisfait, tandis que les siens optent pour le silence afin de mieux entendre les paroles du cadavre ambulant.

Sous eux, l’euphorie des spectateurs s’essouffle à nouveau. Jusqu’à obtenir un calme suffisant pour distinguer les murmures d’Apodis : « … Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort… »
Le Saint de bronze continue de répéter en boucle cette phrase, de plus en plus fort, comme s’il redevenait lucide.

Tout autour de son poing, Memnon concentre son cosmos et choisit de donner sans plus tarder le coup de grâce.
Alors qu’il allait heurter Apodis en plein c½ur, celui-ci se saisit du poing adversaire avec une vitesse déconcertante. D’une force inouïe, il lui brise le poignet en le fixant avec une expression à nouveau déterminée : « Je dois te remercier. Grâce à toi je me suis souvenu de ce que mon maître Orphée me disait de l’Arayashiki : « Le huitième sens est la cosmo énergie que tout homme a à la source de sa vie, il est au-delà du septième sens. Il permet de rester maître de sa conscience et de son corps, même par delà la mort. » ».
Le bruit de fracas des os et de la Glory de Memnon accompagne le flot de sang qui s’en suit. Apodis poursuit : « Même si je meurs peu à peu, je reste maître de ma volonté. Et c’est celle-ci qui guide mon destin. »
Avec son second poing, l’Ange essaie de balancer une nouvelle droite devant laquelle Apodis s’accroupit et répond d’un direct du gauche. Le choc violent oblige Memnon à se plier en deux. Il espère lui balayer les jambes avec la sienne, mais Apodis se déplace suffisamment vite pour venir le cogner du genou derrière le crâne.
L’Ange retombe jusque devant la loge d’honneur, le diadème de son armure brisée et le visage souillé d’hémoglobine.
Pendant qu’Apodis approche de Memnon pour l’achever, deux autres Anges arrivent par les airs, chacun sur un flanc.
Aussi bien protégés que leurs semblables, les deux Anges foncent à vive allure sur Apodis qui ne prend même pas la peine de les étudier.
Sans même savoir à quoi ils ressemblent réellement, il concentre dans ses poings tout son cosmos doré et libère derrière lui l’image d’un oiseau battant des ailes : « Wing Jikan No Yoyu ! »
Le Battement d’Ailes Majestueux de l’Oiseau de Paradis déclenche un véritable cyclone. Il anéantit le vol de ses ennemis, les emporte, les balaie, les lacère et les fait imploser sans qu’ils aient eu le temps de montrer leurs visages.
Après un tel exploit, l’homme chute sur ses genoux, les bras lui retombant le long du corps.
Totalement désabusé, à bout de force, Apodis lève malgré tout son visage pour défier une fois de plus Hestia.

Dans les tribunes, fortement secoué par le prodige opéré par Apodis, le peuple implore des yeux leurs dieux de les débarrasser de ce fléau. Certains prient, suivis d’autres qui se mettent à genoux et supplient qu’un terme soit mis à la vie de cet hérétique.

Ceux-ci ne répondent rien, l’angoisse d’Hestia est palpable tandis qu’Apollon reste digne et discret.

Déshonoré, Memnon titube jusqu’à son adversaire agenouillé. Sans crier garde, il lui flanque un violent coup de pied en plein buste.
Emporté en arrière, condamné à s’écrouler sur le dos, Apodis compte avec l’énergie du désespoir sur sa musculature abdominale pour se relancer en avant. Il bondit, poing chargé de sa cosmo énergie, en plein visage de son adversaire. Le choc, juste entre les deux yeux, est si violent que Memnon recule se tenant la tête entre les mains, la rétine brûlée par l’impact.
Comptant malgré tout sur des sens hyper accrus, le guerrier à la peau brunie utilise son dernier bras valide pour riposter. Cette fois-ci, c’est Apodis qui fléchit, désorienté.
Memnon en profite pour lui agripper la gorge et pour la lui serrer jusqu’à ce qu’il manque de souffle ou bien que sa nuque se brise.
Puisque Memnon profite d’une allonge plus grande, Apodis balance irrémédiablement ses bras en avant sans pouvoir faire grand-chose. Par miracle, il finit par réussir à attraper un des anneaux accrochés aux oreilles de Memnon. Il tire fort dessus et lui arrache le lobe. Éclaboussé par son sang, Memnon lâche prise sur le coup. Apodis en profite pour envoyer un crochet en direction de l’oreille blessée pour accentuer la douleur.
Perdu après une telle correction, Memnon erre sur la surface noyée d'hémoglobine, sans reprendre sa garde. Apodis se jette de tout son poids et vient le cogner avec ses deux genoux dans les reins. Memnon plonge tête en avant et glisse sur le parterre souillé.

Épuisé, Apodis traîne la jambe jusqu’à son adversaire qui rampe pitoyablement en espérant pouvoir se relever.
L’Oiseau de Paradis, du tranchant de la main, achève son ennemi d’un coup sec derrière la nuque.
Ce qui reste de son corps implose pour ne laisser qu’un homme au milieu d’une foule hostile. Sous les yeux de dieux enragés.
Pourtant, l’homme, est réduit à s’asseoir sur son postérieur. Ne pouvant plus lever le petit doigt, il ne perd pas de vue Hestia pour autant.
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Thomas on 1er July 2020 à 15h04 »
Confiné quoi  :sifflote:
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Only for Love / Re: Chapitre 6
« Last post by Kodeni on 29 June 2020 à 18h50 »
NEWS

Cette version du chapitre 6 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 29 June 2020 à 17h46 »
Purée mais j'ai raté plein de truc... Ian Holm, aussi. :(
https://www.lci.fr/people/disp...a-l-age-de-88-ans-2157042.html

C'est pas possible, j'ai passé les 3 derniers mois dans une grotte ou quoi ?

...

Ah ben oui, ça se tient.
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