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Only for Love / Chapitre 67
« Last post by Kodeni on 5 December 2020 à 17h04 »
Chapitre 67

Tandis que l’enquête piétine au Mexique, la nuit tombe en Grèce.
L’obscurité permet à l’ensemble de la population du Sanctuaire de voir la dernière flamme de l’horloge du Sanctuaire vaciller.
Toutes sur le parvis de leur temple, à l’orée des marches qui relient le palais du Pope à la statue d’Athéna, les prêtresses distinguent une silhouette tituber en direction du sommet.
Parce qu’elles ignorent qui est Seiya, la tension est à son comble.
_ « Ca y est, tout est perdu, pleurniche Xiao Ling.
_ Ne dis pas de bêtise, l’invective Erda !
_ Hormis deux cosmos qui s’entrechoquent encore dans le palais du Pope, je ne ressens plus de cosmos qui s’affrontent, dit Shoko tout en étant concentrée.
_ Tu te trompes, la corrige Mii, plus bas vers le passage secret, des combats ont encore lieu.
_ Oui, les cosmos sont plus faibles mais les échanges n’en demeurent pas moins violents, ajoute Xiao Ling.
_ Il s’agit des Saints d’argent de l’Aigle et d’Ophiuchus, reconnaît Erda ! Et parmi les cosmos qui s’opposent à elles, celui du général déchu Phaéton !
_ Le doute n’est plus permis, assure Shoko le poing dressé, les rumeurs de ces derniers mois sont donc vraies ! Les soi-disant renégats n’en seraient pas ! La fille qui les accompagne serait donc bien Athéna !
_ C’est impossible, angoisse Mii en se passant les mains devant sa bouche défigurée…
_ Pourtant, tu l’as certainement entendu plus d’une fois sur les marchés, lorsque nous descendions en ville toi aussi n’est-ce pas ? Ces histoires de complots de plus en plus nombreuses, les opposants de plus en plus rares qui disparaissaient, les prêtres éradiqués, et nous prêtresses pas loin de l’être. »
Toutes les quatre osent à peine se regarder dans les yeux.
Xiao Ling fait alors demi-tour pour rejoindre Katya.
Recroquevillée dans un coin à l’intérieur du temple, dans les bras de sa s½ur Maria, Katya a les yeux gonflés par les larmes qu’elle verse à l’abris des regards suspicieux de Shoko et Erda. La Saintia ne daigne même pas regarder sa camarade, lorsque celle-ci lui demande : « Qu’en penses-tu Katya ? Après tout, de nous toutes, tu es la seule Saintia et la seule à pouvoir rencontrer le Grand Pope. »
La gentillesse de la Chinoise ne trouve de réponse que dans la dureté des propos d’Erda qui est suivie de Shoko et Mii : « C’est parce qu’elle côtoie justement le Grand Pope que Katya n’en pense rien. N’est-ce pas Katya ? S’il y a bien quelqu’un ici qui doit savoir ce qui est arrivé à nos camarades ces dernières années et ce que trame le Grand Pope, c’est bien toi ! »
Erda ne reçoit pour seule réponse qu’un regard plein d’amertume.
_ « S’en est de trop ! Je ne peux me résoudre à rester cachée ici jusqu’à l’issue de cette bataille, se résout Shoko !
_ Oui, la suit Erda sans hésiter !
_ On y va Xiao Ling, commande Mii à sa semblable avant de tourner le dos à Katya. J’ai eu foi en une figure qui n’était pas ici, il est temps pour moi de faire pardonner mon ignorance. Il n’est pas trop tard pour toi de te faire pardonner tes péchés Katya. »
Les quatre aspirantes s’engagent en direction du passage secret, tandis qu’avant elles Saga rejoint Seiya plus haut.
Katya demeure désorientée dans les bras de Maria.

Tandis qu’il a rampé, usé toutes ses forces, Seiya parvient à brandir le Bouclier de la Justice.
A cet instant, la dernière flamme du cadran du zodiaque s’éteint.
La flèche logée dans la poitrine d’Athéna est anéantie.

Au pied des douze maisons du zodiaque, Saori se réveille entre les bras de Tatsumi et Jabu.
Depuis les Cinq Pics, en Chine, Dohko profite du succès des Saints de bronze pour raconter la réalité sur l’usurpation de l’identité du Pope aux Saints d’or survivants.

Dans le passage secret, des soldats dévalent les marches.
Après avoir sauvé Marin et Seiya, Shaina est rattrapée par Phaéton et les derniers hommes de confiance du Grand Pope.
Marin, affaiblie par les roses d’Aphrodite, et Shaina, encore convalescente du coup reçu par Aiolia, luttent à bout de force.
Sur les rotules après avoir éliminé trois nouveaux soldats, Shaina ne voit pas arriver dans son dos Phaéton. En traître, il la cogne de volée dans les reins.
_ « Lâche, s’indigne-t-elle !
_ Il n’est pas trop tard, le Pope lutte encore. Je reviendrai en grâce à ses yeux !
_ Tu n’en auras pas le temps. Tu vas succomber aux coups que Marin et moi t’avons porté.
_ Dans ce cas je vous emmènerai avec moi dans la tombe !
_ C’est ce que tu crois, scande la voix héroïque de Shoko ! »
Instantanément, Phaéton est repoussé par de multiples coups semblables à une pluie de météores.
Au même moment, Marin, désorientée, est secourue des trois gardes qui l’encerclent par l’arrivée d’Erda, Mii et Xiao Ling.
Shaina reprend ses esprits et traîne la jambe jusqu’à Phaéton.
Agenouillé, il n’a plus la force de se relever. Elle le saisit par la gorge et lui écrase le larynx. Elle lève son autre main au ciel avant de l’abattre dans un souffle d’éclairs : « Thunder Claw ! »
Achevé à bout portant, le corps de Phaéton retombe en arrière dans une gerbe de sang qui souille la Saint.
Néanmoins, celle-ci demeure solennelle : « Prêtresses d’Athéna… Merci de votre aide… J’imagine que vous avez compris la vérité. Je vais vous en dévoiler les grandes lignes. Il faut que vous descendiez dans tous les villages rapporter ce qu’il s’est passé ces treize dernières années… »

Pendant que Saori, suivie de Tatsumi, Jabu, Ban, Ichi, Nachi et Geki, entame la montée des marches, les aspirantes Saintias entament le processus inverse par le passage secret.
C’est alors qu’elles ressentent le cosmos d’Athéna au détour d’un temple qu’elles longent, que Shoko stoppe sa course.
_ « Athéna… Elle est dans la maison de la Balance avec ses Saints…
_ Certes, consent Erda, cependant Shaina nous a confié une mission. Nous aurons tout le loisir de prêter serment à Athéna à notre retour.
_ Oui, dis-toi que ce que nous faisons c’est avant tout pour Athéna, la convainc Mii déterminée à se racheter auprès de sa déesse après avoir été dupée. »

Très vite, la nouvelle se répand à travers tout le Sanctuaire.
Filia, comme de nombreuses autres personnes dans tous les villages du domaine, s’époumone en traversant Honkios : « Le Grand Pope Arlès n’a pas succédé à son frère il y a deux mois et demi ! Les deux, le Grand Pope Shion et Arlès Saint d’argent de l’Autel ont été assassinés il y a treize ans… »
Aussitôt, quelques têtes commencent à sortir des demeures et quelques informations sont échangées entre les villageois qui osent se montrer à découvert.
_ « C’est le Saint d’or des Gémeaux qui aurait commandité tout ça, déclare l’un !
_ Il aurait ensuite voulu assassiner Athéna, surenchérit l’autre ! 
_ C’est Aiolos du Sagittaire qui l’a sauvé in extremis au péril de sa vie, intervient un nouveau !
_ Athéna fut alors élevée comme une petite fille ordinaire au Japon, complète un dernier ! »
 
Sans cesse, partout où Filia et les autres villageois heureux vont crier la bonne nouvelle, ces échanges donnent lieu à des scènes d’hystérie, où chacun essaie de prouver à l’autre qu’il détient la vraie version de l’histoire.
Séparées aux quatre coins du domaine, les prêtresses apportent une touche d’authenticité.
Très vite, les rumeurs deviennent vérité.
Comme pour accompagner la véracité des propos scandés, les cloches des temples présents dans chaque village retentissent.
D’ordinaire, lors de tels évènements, se sont les prêtres et les prêtresses qui descendent transmettre la parole d’Athéna et du Grand Pope.
Hélas, les quatre dernières prêtresses ne peuvent compter sur leurs équivalents masculins. Leur caste a été progressivement décimée par un Saga toujours plus soucieux de préserver son anonymat.

Dans tout Honkios, quelques soldats réalisent les faits.
_ « Cela aurait commencé quand le Sanctuaire a retrouvé la trace de l’armure d’or d’Aiolos, comprend un garde !
_ Oui, celui que nous considérions comme un traître était en fait un héros, corrige un autre !
_ C’est à cet instant qu’une nouvelle bataille plus discrète a commencé au Japon, se rend compte un troisième ! »
Aussitôt, dans chaque faction quelques soldats marqués du tatouage que portent les fidèles de Gigas commencent à fuir les rangs.
Très vite rattrapés par leurs semblables, crédules jusqu’ici, ils n’opposent aucune résistance.
Tous comprennent : « Athéna s’éveilla au Japon et avec des Saints de bronze elle a réussi à faire éclater la vérité ! Tous ceux qui profitaient du comportement odieux du Pope pour justifier leur cruauté personnelle doivent être punis ! »

Dans les villages, hautement surveillés par la répression instaurée par Saga, ce sont les paysans qui en profitent pour se révolter et désarmer les quelques soldats qui désertent les rangs de peur d’être jugés.

Les derniers fidèles à l’injustice du Grand Pope sont rapidement maîtrisés, ficelés et amenés par le reste du peuple.
En quelques minutes, dans la nuit tombée, muni de torches, le peuple tout entier se réunit au pied des douze temples du zodiaque pendant que Saga rend son dernier souffle.
Hommes, femmes, enfants, serviteurs, paysans, artisans ou soldats, tous, à bout de force, désoeuvrés, par toutes les batailles menées par l’usurpateur ces dernières années, s’amassent grâce à Shoko, Erda, Mii et Xiao Ling dans Honkios et ont les yeux rivés vers la statue d’Athéna.
Les larmes aux yeux, la bouche en c½ur, le peuple attend qu’Athéna s’adresse à eux.

Au sommet, derrière la chambre d’Athéna, sur la cour de la déesse, marquée par les nombreux fracas des combats acharnés menés encore il y a encore quelques minutes, l’attention de Saori est portée vers le ciel. Sur l’étoile polaire plus précisément. Alors qu’elle tient passionnément Seiya contre elle, une étrange intuition la saisit.
Seulement, Aldebaran, de son timbre grave, se permet de toussoter pour ramener à elle leur Majesté.
Athéna revient alors pour détailler avec amour le visage de chacun. Meurtrie par la vision de Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, dans les bras respectifs de Mû, Milo, Aiolia et Shaka, elle réalise en voyant Marin et Shaina se soutenir mutuellement, les souffrances endurées également par le peuple.
Kiki en profite pour sautiller partout en informant la déesse : « Athéna ! Athéna ! Regardez ! En bas ! Tout le Sanctuaire est réuni ! »
Timide, honteuse également de n’avoir pu agir plus tôt, un léger « Oh ! » s’échappe de Saori.
Aussitôt, Athéna se ressaisit. Elle accroche fermement son sceptre et laisse Seiya aux bons soins du Saint d’or du Taureau.
Elle se positionne le plus près possible du vide pour exposer sa silhouette aux yeux de tous. Malgré la distance, ses sens accrus de déesse lui permettent de distinguer chaque visage à la fois rassuré mais aussi fatigué après tout ce que le peuple a supporté.
Instinctivement, après une profonde inspiration, elle entame son allocution : « Athéniens… »
Sa voix douce et chaleureuse porte loin. Elle résonne dans l’air et dans le c½ur du peuple qui s’agenouille immédiatement. Le brouhaha cesse. Même les enfants observent le silence.
Recroquevillée dans son temple, Katya n’arrive pas à ignorer l’aura chaleureuse qui la soutient dans son chagrin.
Si la distance empêche la population d’admirer parfaitement la beauté de leur souveraine, elle peut néanmoins voir briller le sceptre divin qui libère peu à peu un cosmos doré. La cosmo énergie bienfaitrice d’Athéna inonde progressivement les spectateurs.
_ « … De tout rang, de tout âge, de toute condition, à cause de moi vous avez souffert mille tourments et je vous suis éternellement reconnaissante de votre courage. J’ai conscience du sacrifice de chacun, de la douleur de la perte de vos proches et de ce que cela implique. Grâce à vous, Athéniens, la paix va enfin pouvoir régner sur le Sanctuaire et sur le monde entier. Sachez que dorénavant, je me battrai avec vous, comme tous ceux qui nous ont déjà quittés. De tout mon c½ur, merci. »
Le cosmos divin fait pleurer l’assistance.
D’allégresse les plus démunis.
De culpabilité les voyous au service du mal. Mis à genoux par leurs camarades et les villageois.
Les afflictions de chacun, physiques ou morales, s’estompent le temps de ce bain de lumière.
Bien vite, la lueur divine s’étend sur tout le domaine, faisant éclore quelques bourgeons malgré le solstice d’hiver.
Très vite, le monde entier est touché par cette éclosion.
Dans Honkios, les misérables abdiquent face à l’unité de tout un peuple.
Les villageois s’agenouillent de façon solennelle.
D’une même voix, ils prêtent serment : « Athéna. Nous nous rangeons à vos côtés pour protéger la paix et la justice sur Terre. »
En haut, les larmes d’Athéna accompagnent celles de ses fidèles.

Cette nuit du 20 décembre 1986, lors de la libération du Sanctuaire, le monde entier est inondé par le cosmos d’Athéna. Ce sentiment d’allégresse, inexpliqué pour la quasi-totalité des êtres humains dans le monde a pour les Athéniens et tous les alliés du Sanctuaire une signification particulière. Il laisse présager à tous les hommes et à toutes les femmes des jours de bonheurs. Il apaise les c½urs meurtris.
Et même si cela annonce pour ses ennemis des jours difficiles et de nouvelles Guerres Saintes à venir, Athéna apprécie tout particulièrement ce moment de communion auprès des siens.


Le lendemain matin, à l’arrière de la salle d’audience du Grande Pope aux murs et sols totalement ravagés par la bataille menée la veille, les appartements d’Athéna ont été investis subrepticement par la réelle propriétaire des lieux.
Epuisée, étendue sur un lit de pierre, Saori n’a pas attendu que les locaux soient nettoyés pour les reprendre.
Encore tachée de sang, à peine débarrassée du cadavre de Saga, la pièce centrale, où résidaient autrefois les anciennes réincarnations d’Athéna, offre la vue d’une splendide jeune femme aux cheveux mauves couchée sur le côté. La tête reposant dans le creux de son bras, les cheveux virevoltant au gré du vent.
Il souffle. Par les épaisses trouées faites dans les murs lors des combats acharnés de ses héros protecteurs. La brise s’engouffre sans cesse dans les couloirs aux colonnes fissurés et aux pavés décelés. Elle apporte la froidure hivernale qui chatouille les bras et les jambes nus de la resplendissante Déesse de la Sagesse.
Ses paupières closes remuent sous l’impulsion du malaise qui la gêne durant son court sommeil. Elle se revoit tenant Seiya dans ses bras.
La cruelle bataille est arrivée à son terme après plus de douze heures de luttes.
Pendant que les Saints d’or soignent Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki ; Saori, elle serre de plus en plus fort Seiya au creux de sa poitrine. Elle l’embrasse sans cesse en l’appelant inexorablement par son prénom : « Seiya ! Seiya ! Seiya… »
Il l’entend, elle en est persuadée. Bien qu’il n’ait plus assez de forces pour lui répondre, ses paroles viennent jusqu’à lui, elle le sait. Tout comme ses larmes doivent réchauffer son corps aussi dur et froid que la pierre, elle le sent. Du plus profond de son c½ur, elle ne peut s’arrêter de crier son nom.
_ « A l’époque où je n’étais qu’une enfant capricieuse et égoïste, avant que je ne comprenne mon destin, tu étais le seul qui m’affrontait ouvertement. Pourtant, j’ai toujours ressenti que nous avions une destinée commune. Lorsque mon amie Ksénia n’était pas là, malgré les apparences d’une vie sans privation, j’étais seule. Je n’étais pas heureuse. Et lorsque je voyais mon reflet dans tes yeux, Seiya, je comprenais combien nous sommes semblables. J’ai toujours attendu au plus profond de moi que tu me dises quoi faire. Les profondeurs de mon âme espéraient que tu me guides. Et lorsque tu as revêtu l’armure de Pégase, le visage vigoureux, mon c½ur a compris que mes sentiments d’enfant n’étaient qu’un prélude à notre sort. A cet instant, j’ai changé et je me suis rapprochée. Le froid entre nous a quelque peu disparu. A chaque bataille, à chaque épreuve, à chaque obstacle franchi, la distance entre nous se réduisait de plus en plus. Et aujourd’hui, alors que tout peut enfin nous réunir, tu es à deux doigts de me quitter. Et moi, je suis maintenant Athéna. »
Ce ressentiment trop douloureux réveille non pas Athéna mais Saori, une jeune fille effrayée par l’ampleur de ses sentiments.
Elle se redresse et prend appui sur les pavés aux trous parfois comblés par le ciment apposé par les serviteurs ces derniers siècles.
Les rayons d’un timide soleil de décembre illuminent la pièce sur son flanc droit et éclairent les marches qui guident jusqu’à la cour.
D’un pas léger, voire hasardeux, Saori suit la lumière et retrouve ce sol où l’hémoglobine de la nuit dernière n’a pas encore séchée.
Elle progresse jusqu’au sommet.
Au pied de sa statue, elle revoit le sourire de Seiya. Bien qu’inconscient, il lui offrait hier le sourire victorieux et soulagé du chevalier qui avait accompli son devoir.
Bien entendu, il n’ébahissait pas Saori, mais Athéna comme le murmure cette dernière : « Seiya… Pégase, était satisfait de donner la victoire au symbole de paix que je représente. Cependant, moi, Saori, j’étais heureuse de répondre avec mon c½ur de femme à ce sourire. »
Ses propos la ramènent quelques fractions de secondes dans son rêve, jusqu’à ce que tout à coup une sensation de chaleur lui brûle le c½ur. Elle réalise alors : « A cet instant encore, comme durant mon sommeil, je cesse d’être Athéna et je redeviens une fille normale. »
Elle lève alors les yeux, comme pour demander une réponse à la statue d'Athéna qui s'élève devant elle.

Un raclement de gorge la ramène brusquement à ses obligations.
Elle se retourne et distingue parfaitement dans les marches qui mènent sur le plateau où elle se trouve, ce chevalier à l’armure d’or au cou protégé de cornes : « Mû !
_ Si je puis me permettre, s’agenouille le bien nommé, Majesté, je pense que Seiya souriait autant à Saori que Pégase à Athéna. »
Prise d’une profonde allégresse grâce à ces paroles, la déesse cligne des yeux et arbore un sourire plein de grâce.
_ « Mû… Comme tu es attentionné. De plus, tu es déjà présent, si tôt.
_ En effet Athéna. Nous avons tous peu dormi. Et une longue journée nous attend.
_ Oui. Mais avant cela, je tenais à vous remercier d’avoir veillés aux soins de Seiya et des autres, vous et vos compagnons Saints d’or. »
A mesure qu’Athéna se rapproche, Mû se prosterne. Il ôte son casque qu’il colle fermement contre sa poitrine : « C’est tout à fait normal Déesse Athéna.
_ Avant que la foule ne se réveille, j’aimerai que tu me conduises à la Source d’Athéna. »


Plus bas, dans le village de Noioso, on s’active en espérant la venue d’Athéna.
Ce village du sud du Sanctuaire est abandonné par la jeunesse prometteuse du domaine sacré.
D’ordinaire calme, il voit aujourd’hui ses vieillards et ses quelques miséreux, généralement des serviteurs affranchis, sortir parés de leurs plus belles tenues.
Tous balaient devant chez eux, balancent de grands seaux d’eau sur les statues pour les rendre plus vivantes et déposent leurs maigres victuailles devant le temple.
Les gardes en faction font briller leurs casques et tirent sur leurs vêtements froissés, pour les tendre. Comme partout, on attend la visite d’Athéna.
Comme partout ou presque, car dans une des demeures aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille, malgré les gazouillis de joie de son fils, Myrrha pleure devant la rose rouge laissée la veille par Aphrodite à leur enfant Adonis.
Le visage couché sur la table, étouffé par ses bras qui l’entourent, cette rousse au teint pâle et aux grands yeux bleus revit quelques instants l’annonce de la mort de son ancien amant.

Hier soir, après que tout le Sanctuaire se soit déplacé jusqu’à Honkios, des nouvelles venues d’Athéna étaient délivrés par tous les messagers dans le domaine.
On y annonçait le statut quo pour cette nuit, la visite d’Athéna le lendemain et les noms des Saints et des soldats tombés au combat.
Le soulagement ressenti lorsqu’elle apprit la bonne santé de Milo, son compagnon actuel, retomba dès lors qu’Aphrodite fut mentionné parmi les défunts.
Bien qu’elle pensât avoir fait le deuil de ses sentiments envers le Saint d’or des Poissons, la nouvelle de son décès la bouleverse malgré tout. 

La porte de sa modeste demeure s’ouvre en ce début de matinée pour accueillir un beau Grec d’un mètre quatre-vingt-cinq qui égaille depuis quelques mois sa vie.
Sa Cloth du Scorpion enroulée par une magnifique cape, l’homme râblé aux cheveux bleus tend un panier en osier dans lequel reposent quelques pâtisseries fraîches : « Ce ne fut pas compliqué ce matin de trouver de quoi manger. Tous les commerçants ont ouvert leurs étalages et distribuent des vivres à qui en veut pour célébrer le retour d’Athéna, prononce difficilement Milo la mine triste.
_ Et toi ? Que fais-tu ici ? Ne devrais-tu pas être auprès d’Athéna, se force à sourire Myrrha qui essuie d’un revers de main ses larmes ?
_ Mû se charge de l’accompagner. En attendant de nouvelles directives, nous devons tourner dans le Sanctuaire pour accompagner les villageois nécessiteux. J’ai immédiatement pensé à toi. »
La frêle demoiselle se jette alors contre l’armure glacée de son amant qui l’étreint avec attention.
_ « Quand la bataille fut achevée et que les pertes furent annoncées, j’ai pensé aussitôt à toi. Lorsque j’ai perdu Inakis, tu as été là pour me réconforter. Je m’en veux de n’avoir pu venir que maintenant auprès de vous pour vous accompagner, tente de soutenir Milo malgré toute l’animosité qu’il avait à l’égard d’Aphrodite.
_ C’est d’autant plus généreux de ta part que je devine dans ta voix toute la peine ressentie par la perte du Saint d’or du Verseau. »
Milo répond par un timide sourire et approche son visage de celui de son amante, mais celle-ci préfère baisser le sien.
_ « Ai-je dit quelque chose d’inappropriée ?
_ Non, dit-elle en pointant du doigt la rose laissée par le défunt Suédois. C’est juste… Il a laissé cette rose à Adonis. Avant de partir hier matin. Et malgré qu’il ne soit plus là, la fleur continue d’irradier d’une aura dorée, apaisante. Il avait un mauvais pressentiment.
_ Nous avons pu découvrir hier qu’Aphrodite n’était assurément pas quelqu’un qui était du côté de la justice. Il avait sa propre conception de cette notion.
_ C’est tout ce que tu trouves à répondre à cela, s’offusque-t-elle ?
_ Non. Pas du tout. C’est juste que…
_ Il était comme il était, mais je l’ai aimé parce que je savais qu’au fond de lui il y avait du bon. Il souffrait de cette image qu’il donnait. Mais il en était fier également. Il n’a jamais voulu s’en défaire et est mort avec. Je suis persuadée que si un jour il revenait à la vie il profiterait de cette seconde chance pour faire le bien, déclare-t-elle en se défaisant de l'accolade du Scorpion.
_ Si tel est le cas, alors j’espère que tu dis vrai. Ecoute… J’ai peut-être parlé maladroitement de lui et le moment était peut-être mal venu pour le faire…
_ Peut-être oui, lui signifie-t-elle en ouvrant grand la sortie ! »
Les yeux grands ouverts, pris au dépourvu, Milo prend la sortie et entend la porte claquer derrière lui. Il soupire en quittant Noioso : « Ah… Camus… Mon ami… Mon frère… Je suis convaincu que tu aurais eu encore moins de tact que moi… Et pourtant, toi, on t’aurait passé cet écart… »
Il lève les yeux au ciel et murmure avec une pointe de nostalgie : « Pff… Tu me manques déjà tellement. »


Au centre du domaine, la ville d’Honkios n’a jamais été autant animée.
Les habitants les plus riches se promènent sur leurs plus belles montures et sont affublés de leurs plus beaux bijoux pour rendre hommage à la beauté d’Athéna.
Les plus démunis, eux, soignent la tenue de leurs enfants afin qu’ils soient présentables lorsque passera près d’eux leur déesse.
Les serviteurs ont rentré les poules et autres bêtes qui se baladent habituellement dans les allées et nettoient les chaussées.
Les musiciens des tavernes sont sur le perron des bâtiments pour contribuer à l’euphorie collective.
Les étalages des marchands sont remplis de nourriture et de fabrications artisanales qui sont distribuées gratuitement en ce jour si spécial.

Dans l’une des auberges, vautré sur le comptoir, le mètre quatre-vingt-cinq d’un chauve complètement débraillé ne passe pas inaperçu.
Autour de lui, des chopes entières de bières sont couchées et des soldats avec.
L’un d’eux, père adoptif de Kyoko et Shoko, encore en état de balbutier, l’index en l’air, assure à l’étranger : « Non… Franchement… Hic ! On ne savait pas nous… Hic ! Que c’était la vraie Athéna ! Maintenant avec les copains, on ne t’en veut pas de t’être… Hi ! … Battu contre nous hein ! Hic ! Même… Même que franchement… Hein… Franchement… Même qu’on t’aime bien ! Hic ! Hein les copains ! Franchement ! Qu’on l’aime bien ? ... »
L’ivre guerrier à la moustache drue en se retournant, les yeux dans le vague, ne remarque pas que les membres de son équipe sont tous affalés dans leurs vomis.
Cela n’empêche pas son interlocuteur, l’imposant Tatsumi, sabre de kendo posé contre son tabouret, de lever un nouveau verre : « Mais moi aussi je vous aime ! Mon maître… Le grand Mitsumasa Kido… Serait très fier de voir le retour de sa petite fille en son Sanctuaire aujourd’hui ! Et de voir que d’aussi valeureux combattants que vous sont prêts à la servir ! Je vais même te dire quelque chose… T’es un petit peu comme mon frère maintenant ! Je vais donc t’appeler comme moi : Tatsumi ! Alors, Tatsumi, pour Mitsumasa Kido, trinquons ! »
Le père des aspirantes Saintia, debout, trinque volontiers : « Ouais… Hic ! C’est ça… Appelle-moi comme toi Titsamu ! A Sitmusama Kodi ! Hic ! »
Soudain, une voix fluette, depuis l’entrée, à hauteur des portes battantes, appelle les siens à la rescousse. Le malicieux Kiki s’exclame : « C’est bon ! Je l’ai retrouvé ! Jabu ! Tatsumi est là ! »
Les deux acolytes du comptoir se redressent alors pour articuler difficilement : « Oui je suis là ! »
_ « Félicitations Kiki, le congratule le Saint de la Licorne d’un ton assuré. Je savais qu’on pouvait compter sur toi. »
Jabu, casque sous le bras, tapote sur la touffe de cheveux du gamin : « Tu peux retourner auprès de ton maître à présent. On s’occupe de Tatsumi. »
Derrière lui, les colossaux Geki et Ban emboîtent le pas à Ichi et Nachi.
Le Saint de l’Ours s’adosse à côté du majordome passablement éméché, tandis que Ban profite de son statut de sergent pour sermonner le dernier rescapé des festivités : « Alors soldat ! Dans quelle tenue vous trouvez-vous ? C’est le triomphe d’Athéna aujourd’hui. Dans peu de temps elle sera parmi nous. Alors je t’encourage à ramasser tes équipiers et à vous jeter dans la fontaine la plus proche afin d’être frais pour l’accueillir ! »
Le malheureux, la tête bourdonnante, s’exécute devant des Ichi et Nachi hilares.
Pendant ce temps, Geki secoue Tatsumi : « Dis-moi Tatsumi. Ces gars là, ce n’était pas les mecs qui voulaient te trucider en même temps que Mademoiselle Kido cette nuit ?
_ Si. Mais ils étaient dans le faux comme beaucoup. Dès qu’ils l’ont compris, ils ont juré fidélité et obéissance à Mademoiselle Kido, en disant cela il se redresse et plaque son poing contre son c½ur, comme moi, ils donneront leur vie pour Athéna. Il y en a même un qui a accepté de porter mon nom en hommage au grand guerrier que je suis, conclut-il devant son partenaire au garde à vous après cette annonce !
_ C’est bien beau tout ça, lui dit Jabu en le tapotant dans le dos, mais tu n’as pas oublié que Mademoiselle Kido allait bientôt se présenter à tout le Sanctuaire. Il serait de bon ton que tu sois des nôtres.
_ Mince, s’écarquillent aussitôt les petits yeux noirs du majordome ! Mon estomac gargouille, j’ai mal au crâne et je n’ai rien à me mettre !
_ Tiens grand dadais, lui dit Nachi en lui tendant son smoking ! Tu l’avais laissé dans le jet avec lequel vous êtes venus.
_ Oh ! Il se précipite vers son compatriote pour le récupérer ! Mer… Oh… »
Le geste est certainement trop brutal, il vomit en pleine course, déversant l’alcool non digéré aux pieds d’Ichi, trop hébété à ricaner depuis le début pour esquiver. Cette fois-ci, se sont ses amis qui s’esclaffent alors que lui a les jambières de sa Cloth imprégnées d’acide gastrique.

Plus loin, dans l’étable d’un marchand, une jolie demoiselle aux yeux verts, aux lèvres pulpeuses et aux nattes prune, ajuste sa tunique volontairement dégrafée à hauteur de sa généreuse poitrine.
Pour beaucoup de femmes au c½ur libre du domaine, l’arrivée de nouveaux chevaliers accompagnants Athéna est l’occasion rêvée de se mettre en valeur.
Néanmoins, pour cette vénusté, cela signifie le retour de son amour d’enfance. Ignorant tout de l’état physique dans lequel se trouve Seiya, Filia, actrice principale de la résistance menée par les habitants du Sanctuaire lors de l’oppression de Saga, aimerait séduire à nouveau celui dont elle s’est éprise au fil de leurs rendez-vous amoureux d’antan.


A l’autre bout du monde, au Japon, l’ambiance est moins festive dans l’hôpital de la Fondation Graad.
Sagement couchée dans sa chambre, vêtue de sa blouse de patiente, le Saint de bronze du Caméléon lit une revue. Cette blonde au visage angélique tourne les pages à une vitesse folle, n’arrivant pas à se concentrer sur l’une d’elles.
_ « Shun, murmure-t-elle encore en regardant par la fenêtre de la chambre par laquelle Marin était passée quelques jours plus tôt… »

Soudain, devinant à la hâte des pas venant du couloir que son attente allait être récompensée, elle réajuste son masque sur son visage.
Aussitôt, on frappe à la porte. Sans qu’une seconde tentative ne soit lancée, June s’empresse de crier : « Entrez ! »
Son masque cache son visage figé, dans l’attente d’une nouvelle de l’homme qu’elle aime.
Sa gorge est nouée.
Son c½ur ne bat plus.
D’abord Daichi, le plus petit, Ushio, marqué d’une balafre à la joue, puis Sho, tenant un magnifique bouquet de roses jaunes, s’engouffrent dans la salle.
_ « Bonjour June, commence le Saint d’Acier à l’élément Céleste qui se veut bien trop formel.
_ C’est bon ! Ils ont gagné ! Athéna a remporté la victoire, le devance alors Daichi !
_ Nous avons reçu un fax au quartier général, envoyé depuis des messagers du Sanctuaire à Athènes pour nous en informer, confirme Ushio.
_ Et Shun, bondit June de son lit alors qu’elle tremble encore de fatigue ?!
_ Il est convalescent. Le pronostic vital est engagé, mais il s’en sortira, pense Sho.
_ Il est soigné au Sanctuaire c’est ça, demande-t-elle en se dirigeant fébrilement vers sa penderie ?
_ Je pense qu’il serait préférable que tu restes parmi nous, le temps que tu sois remise de tes émotion, lui dit Ushio.
_ C’est ce que Shun voulait en te laissant auprès de nous, confirme Sho en déposant le bouquet sur le chevet. Lorsque tu seras remise, nous pourrons profiter des moyens de la Fondation Graad pour te faire rejoindre le Sanctuaire. Mais en attendant, me doutant que tu ne tiendrais pas en place ici, je te propose de venir avec nous au quartier général. Tu pourras t’y reposer tout en ayant en temps réel les informations qui nous parviennent de Grèce. »
Contrainte de se rasseoir sur son lit, elle hoche la tête pour approuver cette décision.


En Grèce, au Sanctuaire, à la périphérie d’Honkios, les mains magnifiquement manucurées de Saori soulèvent légèrement sa robe blanche pour éviter de la salir.
Dans la forêt luxuriante où se situe entre autres le camp des femmes chevaliers, la jeune femme fixe ces environs qui sont imprégnés dans sa mémoire de déesse.
Mû remonte à la surface les souvenirs de sa souveraine qui marche à ses côtés avec une démarche noble.
_ « … et donc, dans cet ancien petit temple, dont peu de monde connaît l’existence, se trouve la Source d’Athéna.
_ C’est donc là que vous avez amené Seiya, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki.
_ En effet. Ce lieu de soin miraculeux était indispensable pour maintenir vivant nos amis, qui agonisaient de leurs blessures. »
A mesure qu’ils s’enfoncent dans la forêt, la vue est de plus en plus dissimulée par d’épaisses branches touffues qui tombent du haut des arbres jusqu’au sol.
De plus en plus sombre, le bois contribue à renforcer le mystère.
_ « La tenue austère de cette flore n’est sans doute pas étrangère au fait que la Source d’Athéna soit si méconnue du peuple. »
Inconsciemment, sentant la présence de ses amis, la divinité presse le pas, faisant voltiger sa robe autour d’elle.
_ « Exactement. De plus, une cosmo énergie oppressante, la vôtre, fait ressentir aux plus faibles un profond malaise qui accroît l’envie de rebrousser chemin. Patience Athéna, lui barre la route Mû tandis qu’elle accélère !
_ En tant qu’Athéna, il est tout naturel que je m’inquiète pour mes Saints. De plus, c’est par ma faute qu’ils…
_ Absolument pas. Ils sont chevaliers. C’est normal qu’ils se blessent ou qu’ils meurent en votre nom, Athéna. Et pour cela, vous devez être fière d’eux. »
Erudit, le Saint d’or ressent parfaitement que la femme qui lui fait face n’est pas Athéna mais Saori Kido. Seulement, au vu de l’importance de son rôle, tout en la préservant, il refuse de s’apitoyer.
Seulement, la réaction de Saori le désarçonne : « Prenez-moi dans vos bras. S’il vous plait, Mû. »
D’abord, Mû ne réagit pas. Il reste droit, la bouche entrouverte. Ne sachant que faire.
Le regard persistant de sa déesse le déstabilise.
Hésitant encore l’espace d’une seconde, le Bélier écarte finalement les bras, embarrassé, pour l’accueillir contre sa Cloth.
Malgré cette barrière d’or, solide et froide, il sent cogner fort le c½ur troublé de la douce créature. L’aura qui se dégage d’elle l’accapare totalement.
Instinctivement, il se sent totalement soumis et comblé de l’être.
_ « Si je venais à perdre Seiya… »
Cette remarque prouve au Muvien que la jeune femme, aussi puissante puisse-t-elle être, sait également se montrer encore plus fragile que la légère tenue de soie qu’elle porte et dont il préfère ne pas imaginer les courbes généreuses dont elle s’imprègne.
Comme pour s’extirper de ses mauvais songes provoqués par cette étreinte fortuite, il se racle la gorge avant de la rappeler à son devoir : « Il est inconcevable qu’Athéna ne porte son amour qu’à un seul Saint. L'amour d'Athéna doit être équivalent pour chaque chevalier. »
Cette phrase interpelle la raison d’Athéna qui soustrait Saori à ses obligations de déesse : « Euh… En effet Mû. Je m’égare. Reprenons notre chemin si tu le veux bien. »
Les fragments du passé revenant toujours un peu plus à Saori, Mû la laisse reprendre les devants. Il s’efface, songeur : « On dit que le plus dur est de gagner la guerre. Je dis que le plus dur est de maintenir la paix. Athéna a triomphé. La plus grosse difficulté aujourd’hui pour elle est de tout reconstruire. Il faut rebâtir une armée, faire valoir son statut, se faire reconnaître auprès des siens et préparer l’avenir. Néanmoins, pour cette Athéna là, l’épreuve la plus éprouvante, va sûrement être de combattre… Saori Kido. »
Soudain, une barrière de liserons bourgeonnants bloque le chemin et le ramène à lui.
Il emboîte le pas à Saori pour écarter la végétation de son bras et dévoiler une voûte de fleurs. Celle-ci trace un chemin parfumé et coloré.
_ « Autrefois, la Source d’Athéna n’était qu’un temple comme tant d’autres, où les chevaliers et les soldats blessés attendaient que la mort vienne les chercher. Il s’agissait de l’anti-chambre de la mort pour ceux qui avaient risqués leurs vies pour la justice. Face à ce macabre rituel, depuis les hauteurs de la statue d’Athéna, on dit qu’une larme tomba. A cet instant, doté d’un cosmos charitable et puissant, la larme enveloppa le temple et ses alentours.
Elle guérit les hommes et alimenta sans cesse l’eau qui s’écoulait dans les fontaines… Personnellement, il me parait plus juste de croire qu’une de vos précédentes réincarnations s’est rendue ici où étaient réunis des Saints agonisants et que de chagrin ses larmes se mêlèrent au court d’eau qui nourrit ce lieu… »
Saori débouche sur un jardin aux pétales tourbillonnant légèrement au gré du vent. Plusieurs statues, à l’effigie de soldats et de chevaliers d’Athéna, trônent sur l’herbe épaisse et douce.
Concernée, Saori progresse jusqu’à un autel. Celui-ci représente un chevalier au sol qui redresse le buste, réagissant à la main tendue d’Athéna, venue le relever après la bataille.
_ « Il existe plusieurs lieux sacrés qui permettent aux Saints de se ressourcer, continue Mû. Comme l’île Kanon par exemple. Cependant, aucun n’est plus bénéfique que la Source d’Athéna. »
La petite fille de Mitsumasa Kido lève ses yeux au ciel et distingue à travers les branches des arbres, surmontant l’épreuve des âges, dressé autour de colonnes ébréchées, ce temple si fondamental.
Légèrement surélevé, bercé par l’écoulement de cette eau nourricière et légendaire, l’abri de pierre blanche voit les différents fleuves et ruisseaux du Sanctuaire se regrouper à proximité de lui. Dans son sillage, dans l’horizon, la statue d’Athéna, à l’expression noble et harmonieuse, est parfaitement visible.
Les quelques mètres qui séparent Saori de l’entrée, lui semblent être les plus longs de sa vie.
Il lui tarde de retrouver ses compagnons si chers.
En surgissant au beau milieu de l’immense salle, elle ne remarque pas les pourtours minutieusement travaillés, jouissant de magnifiques statues gravées dans la pierre. Pas plus que le marbre au sol projetant un reflet glaçant. L’immense fontaine, sculptée dans le même marbre blanc que les colonnes qui tiennent la voûte peinte en marine, sans cesse alimentée par les eaux claires de l’extérieur, passe également inaperçue.
Le regard de la déesse pulpeuse demeure sur ces lits de pierre drapé de linges blancs où sont étendus ses cinq fidèles sujets.
Leurs corps sont pansés. Leur peau n’est presque plus visible sous les bandages qui couvrent leurs multiples contusions et maintiennent leurs membres fracturés. Si bien qu’il est presque impossible de voir leurs visages.
Cependant, il en faut plus à Saori pour ne pas reconnaître ses valeureux héros.
La présence à leur chevet d’Aiolia, Shaka et Milo, tout juste arrivé, la rassure. Les visages sereins des hommes forts du domaine calme ses angoisses.
A proximité, Shoko, Maria, Erda, Mii et Xiao Ling, aux toges immaculées, réajustent régulièrement les draps qui réchauffent les miraculés. Certaines d’entre elles, notamment Shoko envers Milo, proposent quelques rafraîchissements aux Saints d’or, devenus de véritables gardiens du temple.
Plus en retrait, Katya, elle, apporte des serviettes fraîches afin de nettoyer les plaies lors des changements de bandes. Sans même s’y attarder, Saori ressent un profond malaise dans le c½ur de cette prêtresse qui ne daigne pas poser les yeux sur elle.
Mais ce qui retient le plus l’attention de la divinité guerrière, plus encore que celle de Shaka veillant sur Ikki, Aiolia sur Shiryu, Aldebaran sur Shun, ou Milo sur Hyoga, est celle de Shaina qui tient la main de Seiya.
Encore pansée après la bataille, sans son armure, agenouillée près de son corps presque éteint, la Saint d’argent cramponne fermement le Japonais. Sa tête masquée, baissée, semble prier Athéna pour que Pégase aille mieux. Ses supplications sont si passionnées, qu’elle est la seule à ignorer la présence de l’éminence du Sanctuaire.
Pendant que tous s’agenouillent pour rendre à Athéna les hommages qui lui sont dus, Saori constate : « Que ce soit au Japon avec Miho, ou en Grèce avec Shaina, il n’y a pas de place pour Saori dans le c½ur de Seiya. La fatalité de mon statut certainement. Oui, désormais je suis… »
Faisant apparaître son sceptre dans sa main droite, Saori le plante fermement dans le sol et poursuit à voix haute en s’adressant à tous : « Je suis la réincarnation d’Athéna en ces temps modernes. Si nous avons combattu les maléfices du Grand Pope, d’autres batailles nous attendent. Seiya de Pégase, Shiryu du Dragon, Hyoga du Cygne, Shun d’Andromède et Ikki du Phénix ont prouvé leur bravoure. Je vous suis à tous reconnaissante de veiller sur eux maintenant que vous avez reconnu leur valeur. »
Encore plus que les autres, comme s’il est le premier à la reconnaître et à la vénérer comme Athéna, Mû s’incline davantage, satisfait de la position adoptée par Saori.
D’un léger mouvement de jambe, comme si elle se retenait de se précipiter vers son dévoué Seiya, Saori s’interdit toute conduite sentimentale.
En commençant par Ikki, elle se contente de tenir à chacun pendant quelques instants la main. Sans toutefois ne pas éprouver une sensation plus fusionnelle au contact de Seiya.
Enfin, elle rebrousse chemin en congratulant l’application des prêtresses quant aux soins prodigués. Derrière elle, Mû, mais aussi ses quatre compagnons, le Taureau, le Lion, la Vierge et le Scorpion, suivent ses pas. Puis, d’un pas lent, obligé, Shaina ferme la marche.
Ils laissent tous les Saints de bronze aux prêtresses, Shoko saluant sans la moindre discrétion Milo.
Le Grec est aussi gêné que les camarades de Shoko, tandis qu’Aldebaran, Aiolia et Athéna sourient, amusés de cette attention alors que Mû, Shaka et Shaina demeurent plus solennels malgré que vienne le temps de la décontraction.
Seule Katya, en retrait, ne semble décidemment pas prendre part à la scène.


A l’autre bout du monde, où le soleil lorsqu’il apparaît n’est pas assez chaud pour permettre aux Asgardiens de se réchauffer, les crépitements du bois dans la grande cheminée ambiancent la chambre d’Hilda au Walhalla.
La maîtresse des lieux, représentante d’Odin sur Terre, caresse ses fins cheveux de la main gauche, tandis qu’elle soulève un verre de vin de la main droite.
Couchée sur la peau d’un ours polaire, observant le feu, elle reste absorbée par l’immense foyer, tandis que sa jeune s½ur est à l’opposée de l’appartement.
Depuis le Sanctuaire jusqu’aux confins de la planète, l’éveil cosmique d’Athéna lors de la nuit dernière n’est pas passé inaperçu.
_ « Et qu’est-ce que cela va changer pour nous, se hasarde à demander Freiya en entortillant ses boucles blondes dans ses doigts ? Nos conditions de vie seront-elles meilleures ? 
_ Chère petite s½ur, quel que soit le sort du monde, notre mission est de survivre en ces lieux et de prier Odin afin qu’il sauvegarde cette planète. Si le retour d’Athéna est une garantie de paix pour les hommes, les appels à Odin sont, eux, des gages de préservation de la vie humaine sur Terre. Si demain nous venions à abandonner ce pourquoi nous sommes nés, alors le monde se retrouvera sous les eaux. Et quoi qu’il arrive je condamnerai davantage notre peuple en lui promettant des contrées ensoleillées.
_ Mais c’est horrible !
_ C’est notre destin. Le mien, mais aussi le tien. S’il venait à m’arriver quoi que ce soit, tant qu’il n’y aura pas d’héritier au trône de Polaris, tu devras assurer mon rôle.
_ Que… Pourquoi dis-tu cela grande s½ur ? Tu me fais peur.
_ Simplement parce que le retour d’Athéna sur Terre annonce également le retour de ses véritables ennemis. Le Sanctuaire a beaucoup souffert de sa guerre interne. Si bien qu’un jour ou l’autre, il nous faudra prêter main forte à Athéna pour maintenir l’équilibre de la paix. Je pressens un grand danger qui nous menace. Tout risque de se jouer en notre époque.
_ En as-tu parlé à Siegfried ?
_ Tu le connais, si je venais à lui en parler, il s’inquiéterait encore plus que toi. Je compte donc sur toi pour t’assurer qu’Asgard reste dans le droit chemin dicté par Odin, quoi qu’il puisse m’arriver un jour. Pour cela tu pourras compter sur Lyfia. »
Leur femme de chambre et amie, restée en retrait, hoche la tête en guise d’approbation.


Dans d’autres contrées toutes aussi froides du nord de l’Europe, le souffle du vent siffle dans la citée en reconstruction de Blue Graad.
Là-bas, à l’extrême nord de la Sibérie, malgré les énormes pierres qui forment les parois du palais, le froid n’a de cesse d’affaiblir le peuple que le nouveau roi, Alexer, a recueilli dans son château.
Pendant que Natassia et les soldats veillent au rationnement des villageois, le Blue Warrior, seul être capable de supporter cette baisse extrême des températures, reste au sommet de la plus haute tour du palais.
Couvert de sa Cloth, les yeux fermés, il sourit : « Même si les températures restent dures à supporter depuis notre Guerre Sainte contre Asgard, le retour d’Athéna dans son Sanctuaire devrait nous être bénéfique. Sa conscience divine va rapidement s’éveiller et les prières de notre peuple seront vite entendues. Son cosmos amoindrira les caprices de la météo. Cela favorisera la reconstruction de la citée après le cyclone qui nous a frappé lorsque les Asgardiens étaient là. »
D’un bond gracieux, il se laisse glisser par la pente d’un toit enneigée et se réceptionne bien plus bas sur le parvis du palais.
Ses yeux fixent l’horizon : « Ksénia… Qui étais-tu réellement ? Malgré tout le mal que tu as pu me faire en me poussant à fomenter un coup d’état contre mon père, le Roi Piotr, mon c½ur souffre encore. Te voir me manque, même si je te devine ennemie d’Athéna. J’aimerai t’embrasser une dernière fois avant de te donner la mort. Car désormais, je vouerai ma vie à Athéna afin d’assurer la paix et d’expier mes crimes envers mon père et notre peuple. »
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Thomas on 15 November 2020 à 13h07 »
J'ai essayé de montrer à mon fils, nouvel échec... :^^;:
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Only for Love / Re: Chapitre 11 - Le destin des orphelins
« Last post by Kodeni on 11 November 2020 à 14h10 »
NEWS

Cette version du chapitre 11 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 3 November 2020 à 22h11 »
Mon Claude Giraud est parti... :-(

Ulysse 31...
Et même Sean Connery dans le Nom de la Rose, quelques jours à peine après lui...
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Only for Love / Chapitre 66
« Last post by Kodeni on 1er November 2020 à 19h17 »
Chapitre 66

En Grèce, au Sanctuaire, le tocsin retentit à travers tout le domaine.
Des bourgs les plus reculés, au centre du domaine, en passant par les villages qui longent les remparts, les cloches alertent la population et fait mettre les gardes en rang.

Encore plus dans Honkios, la ville principale du domaine sacré que dans le reste du domaine, l’annonce d’un danger imminent renforce la présence des soldats.
Au milieu des allées et venues des gardes, quelques rumeurs vont bon train.
_ « Le danger provient du Japon !
_ Seiya, un homme devenu Saint ici serait le meneur de ces renégats !
_ Le Saint d’or Aiolia est devenu leur allié !
_ Le Grand Pope aurait envoûté le Saint du Lion pour qu’il reste fidèle à Athéna !
_ Les traîtres arrivent avec une jeune femme qui veut se faire passer pour Athéna en personne !
_ Ils seraient parvenus à vaincre les Saints d’argent ! »
Celles-ci se répètent et s’amplifient dans l’atelier de Saül, le forgeron le plus réputé du domaine.
Son visage fort buriné et son menton en galoche vieillissent ce quarantenaire qui observe de ses petits yeux inquiets les guerriers qui viennent se servir sous les ordres de Phaéton.
L’ancien général, déchu après ses nombreux échecs, refuse de laisser passer sa revanche : « Merci Saül pour tes services. »
D’un air désabusé, l’homme aux cheveux mi-longs châtains coiffés par une raie au milieu précise : « Je vous en prie. Il m’en reste tout un stock. Cela fait des années que je m’attache à créer armes et protections pour nos hommes. Néanmoins, les effectifs se sont considérablement amoindris ces dernières années. »
Phaéton recule son visage tant l’haleine alcoolisée de Saül est désagréable : « Au lieu de dire cela, tu pourrais épauler ces hommes et m’accompagner à chasser ces traîtres non ? Après tout, tu es Saint toi aussi !
_ Cela fait bien des années que je n’ai pas combattues. Je préfère laisser ça à d’autres. Et puis, si cette femme qui débarque et ces garçons qui l’accompagnent sont du côté des forces du mal, que peuvent-ils espérer contre nos Saints d’or ? »
Phaéton choisit de ne pas relever la volontaire provocation de l’inactif chevalier qui a déjà préféré renoncer à gêner Yulij et Médée lorsqu’elles se sont révoltées contre le Sanctuaire.

Prévenu par les clochers des temples et les crieurs sur les places publiques, le peuple, encore traumatisé par les évènements de la Journée Sainte qui ont conduit à la Guerre Sainte contre Hébé il y a plus d’un an et demi, se presse de regagner sa demeure et de s’y barricader.
Les commerçants remballent leurs étalages et quittent les marchés.
Les artisans ferment boutiques.
Des abbés accueillent dans leurs temples les courageux villageois qui ont bravé leur peur pour venir invoquer la bonne grâce d’Athéna.

Dehors, la jolie Filia, camarade de Seiya durant ses années d’entraînement ici, se faufile dans les allées désertées.
La fille de marchand tortille d’angoisse ses nattes brunes avec ses doigts. Elle écarquille ses grands yeux couleur prune lorsqu’elle croit tomber nez à nez avec une patrouille en faction.
Heureusement, elle réussit à rebrousser chemin et arrive à destination en s’engouffrant dans une maison où quelques habitants de tout âge sont réunis : « C’est bien ce que nous pensions. La chute progressive des lieutenants du Sanctuaire est due à une bataille menée contre des chevaliers qui se sont rebellés contre cette gouvernance tyrannique du Grand Pope. Tout va se jouer aujourd’hui. Nous allons savoir si cette dictature sanglante est réellement du fait d’Athéna. »
Tout autour, dans les villages, d’autres regroupements discrets partagent les informations obtenues à Honkios. Le peuple qui doute depuis quelques mois maintenant de la politique de répression du Grand Pope attend de pied ferme cette bataille fratricide.

A la sortie de la place principale, à proximité du colisée, les mains soulevant un cageot de pommes remplies à lui en cacher la vue, une prêtresse à la chevelure rosée se précipite en direction des douze maisons.
Maladroite et pressée, elle rencontre toutes les difficultés du monde à garder son chargement intact.
Les coins fissurés d’une des marches de pierre achèvent sa course. Elle trébuche en renversant sa marchandise. Les fruits volent dans les airs.
Alors qu’une servante lambda s’écraserait lourdement au sol, ses grands yeux magenta s’écarquillent tandis qu’à la vitesse du son, elle capte chaque pomme avant que celles-ci ne s’écrasent à terre.
Toutes.
Toutes à l’exception d’une seule.
Trop courte, pas assez rapide, la prêtresse n’a pas le temps de grimacer que la pomme disparaît de son champ de vision.
A la place, une lumière aveuglante et dorée l’éblouit.
Devant, cape et cheveux bleus ondulés voguant au gré de la légère brise, le Saint d’or qui a capté le fruit qu’il croque à pleines dents ne lui parait pas inconnu.
La voix de Milo qui lui tourne toujours le dos lui est même familière : « Drôle de coïncidence après la menace d’Eris et de sa Pomme d’Or que nos retrouvailles se fassent autour de ce fruit. »
Shoko se redresse et pose le cageot en restant bouche bée.
Milo se retourne pour la dévisager : « Et encore plus surprenant de te revoir avec un cosmos entraîné !
_ Vous… Vous êtes… Milo du Scorpion… Ce… Celui qui m’a sauvé il y a deux ans ! »
Sans s’en rendre compte, elle rougit en remarquant qu’il est bel homme.
Autrefois subjuguée par sa Cloth d’or, elle n’a d’yeux aujourd’hui que pour ce visage dur et ces beaux yeux bleus.
A son tour, Milo remarque qu’elle est devenue une jolie jeune femme mais ne s’en émeut pas. Il dresse l’ordre de rassemblement du Pope avant de s’éclipser : « Tu me pardonneras mais je n’ai pas le temps de bavarder davantage. Le Grand Pope me convoque et tous ces clochés qui donnent l’alerte ne doivent pas y être étrangers. Je t’invite à rentrer au plus vite dans votre temple des prêtresses et de vous barricader le temps que la menace soit écartée.
_ J’y comptais bien, c’est pour ça que je cours avec ce ravitaillement.
_ Alors presse-toi plus prudemment, sourit-il avant de tourner les talons. »
Avant qu’il n’augmente la cadence et ne se dérobe à elle, Shoko l’interpelle : « Attendez… Chevalier Milo… »
Gênée de l’apostropher de la sorte, elle marque un temps d’arrêt avant de poursuivre : « … Je voulais savoir pourquoi chaque fois que je passe par votre temple, je ne vous y trouve pas pour consulter mon autorisation de passage ? »
Dos tourné, Milo baisse la tête : « Et bien, vois-tu, nous ne nous sommes pas revus depuis le jour où… Où…
_ Où ma s½ur est devenue Eris c’est ça ?
_ En effet. Lorsque je t’ai vu devenir une servante, je n’ai pas eu le courage d’affronter ton regard à nouveau après y avoir lu une fois le désespoir. »
Sans crier garde, Shoko passe devant Milo et lui prend les mains avant de plonger son regard dans le sien.
En effet, ses yeux sont embrumés. Mais ils ne témoignent en rien de l’affliction. Au contraire, ils sont reconnaissants : « Pourtant, depuis ma nomination à devenir prêtresse, j’attends le jour de notre rencontre. Vous m’avez sauvé la vie et… Même si nous n’avons pu empêcher à ma s½ur un drame… Notre rencontre m’a permis d’ouvrir les yeux sur les fondements réels de la vie et ce qu’avait à m’apporter une dévotion envers Athéna. C’est pour cela que je travaille avec acharnement à devenir Saintia comme Kyoko. »
Milo ne sait que répondre à cela. Maladroitement, un sourire en coin, il se défait des mains de Shoko et reprend sa route. Au moment de la croiser, il glisse la main gauche contre sa frêle épaule gauche.
Le contact sur sa peau dénudée fait frémir l’assistante d’Athéna tandis qu’il rétorque avant de poursuivre sa route : « Si notre rencontre a été pour toi une révélation, alors sache que cet aveu me donnera la force aujourd’hui de repousser l’envahisseur. Ne tarde pas à présent. Rentre vite te mettre à l’abri et poursuis ton entraînement et tes prières. Qui sait, peut-être un jour combattrons nous côté à côte pour la protection d’Athéna ? »
Avant qu’il ne disparaisse, elle s’époumone : « Merci chevalier Milo ! Je prierai Athéna pour vous ! »


Au même moment, à l’autre bout du monde, Nicol et Mei d’un côté, Médée et Yulij de l’autre, se remettent difficilement de leurs émotions après les combats menés dans la jungle mexicaine.
Dans le secteur de Nicol et Mei, les garçons approchent les Jaguars prisonniers faits par la Chevelure de Bérénice.
Les deux guerriers humanoïdes essaient de se défaire des liens matérialisés par les cheveux de Mei sans succès : « Calmez-vous les monstres. On a quelques petites questions à vous poser. »
Un des Jaguars tournent la tête en guise de refus catégorique. Instantanément, deux fils viennent percer sa gorge pour lui offrir une mort lente et douloureuse.
_ « Tu es fou, s’exclame Nicol tout autant surpris que le dernier captif ?!
_ Tu as cru qu’ils auraient droit à un traitement de faveur, rétorque sèchement Mei. Ce sont des monstres. Tu as vu ce qu’ils ont fait aux deux étrangers qui gisent là-bas ? Sans parler de ce qu’ils comptent faire à ceux qu’ils ont enlevés. »
Deux autres fils menaçant approchent en même temps le visage du dernier Jaguar qui se résigne : « D’accord, d’accord… Que voulez-vous savoir ?
_ Pourquoi tuez vous des gens ? »
Le condamné précise : « Nous ne les tuons pas. Nous les offrons au soleil pour contenir son courroux… »

Simultanément, entourées d’une vingtaine de cadavres ennemis, Yulij et Médée questionnent l’adversaire couvert du pelage d’un jaguar que la Saint de bronze du Sextant a fait prisonnier. _ « A quoi cela vous sert-il d’écorcher vos animaux, demande Yulij encore toute endolorie ? »
Le guerrier grogne pour montrer son hostilité mais Médée compte l’apprivoiser en pressant du talon sa plaie à la cuisse.
L’homme la défie du regard sans plier alors Médée appuie plus fort.
Le soldat passe sa main devant sa bouche pour retenir sa douleur et ne pas montrer ses faiblesses aux deux Saints.
Yulij se positionne alors au-dessus de l’autre jambe et d’un coup sec lui brise le genou. Cette fois-ci, il abdique : « Nous ne le faisons pas par plaisir, hurle-t-il de souffrance ! Nous le faisons pour représenter les aspects de Tezcatlipoca… »

D’un calme olympien, Nicol commence à presser le Jaguar : « Qu’est-ce que tu entends par le courroux du soleil ? Parle ! »
De peur de finir embroché comme son camarade, il poursuit : « Je n’en sais pas plus, seuls les lieutenants et le grand Prêtre de Tezcatlipoca sont informés de ce qui va se passer. Le soleil choisira de détruire ce monde et nous, les Jaguars, serons les fers de lance d’une nouvelle ère.
_ Les Jaguars, relève Mei ? »
Le thérianthrope arbore ses canines en souriant fièrement : « Il s’agit des combattants au service de Tezcatlipoca. Des hommes et des femmes qui manipulent l’énergie cosmique qui vit en eux… »

Plus loin, Médée poursuit son interrogatoire : « Et ce jaguar humanoïde qui dictait les ordres. Quel type d’être est-il ? »
Le prévenu entre les mains des femmes poursuit sous la menace : « … Il était un homme. Comme moi. Certains d’entre nous font montre d’un cosmos suffisant pour s’élever au rang même de Jaguar. Leurs corps prennent la forme de notre animal emblème et présentent une résistance semblable à celle que peuvent avoir des combattants en armures comme les Saints d’Athéna ou les Marinas de Poséidon. Les armures matérielles, elles, on les appelle des Nahuals. Les seuls Nahuals sont ceux de Tezcatlipoca et du Prêtre Necocyaotl.
_ Même sans Nahual, ce Jaguar semblait très puissant, avoue Yulij. »

A l’opposé, Nicol pose la même question concernant la femme qui les a mis hors de combat : « Cette femme était très puissante, qui est-elle ? »

Les deux détenus répondent de la même façon : « Il s’agit d’un lieutenant du Prêtre Necocyaotl. Tezcatlipoca peut compter sur Necocyaotl. Le Prêtre a, en plus du clergé, à sa disposition quatre lieutenants qui dirigent les Jaguars. »

De leur côté, Mei et Nicol reviennent sur les sacrifices au nom du soleil :
_ « Ce soleil, c’est lui qui dicte sa conduite à Tezcatlipoca n’est-ce pas, insiste Nicol ? »
Le Jaguar s’insurge : « Insolent ! Personne ne dicte sa conduite au Grand Tezcatlipoca. Tezcatlipoca agit par reconnaissance envers celui qui l’a libéré du sceau d’Athéna. En confiant son propre sceau, celui du soleil, il inonde le Nahual de Tezcatlipoca de la chaleur nécessaire à ses pleins moyens. »

Les femmes, elles, préfèrent découvrir la citée des Jaguars.
_ « Où se trouvent Citlali, enquête Médée ? »
Le guerrier ramasse discrètement la machette dont disposait Achcauhtli : « J’en ai déjà trop dis. »
Dans un dernier sursaut, il espère empaler Yulij. Celle-ci, plus véloce, l’achève en balançant son arcane : « Falling Stars ! »

Enfin, le Jaguar retenu par Mei et Nicol se ferme de la même manière : « Tuez-moi à présent. Je ne dirai pas un mot de plus. »
_ « D’accord, accepte Mei qui comprend qu’il n’en tirera plus rien. »
En disant cela, l’élève de Deathmask le terrasse de sang froid et plus rapidement que le précédant Jaguar. Deux de ses cheveux lui transpercent le cerveau en passant par les tempes.
_ « Il est temps de retrouver Yulij et Médée, décrète Nicol en regardant la dépouille s’écrouler au sol. »


En Grèce, les hautes portes qui mènent au trône du Grand Pope sont grandes ouvertes.
L’immense salle fait résonner les pas de l’immense Saint du Taureau jusqu’à ce que ceux-ci soient amortis par le long tapis rouge de la salle d’audience où Shaka l’attend déjà.
_ « Dès la convocation reçue, j’ai quitté la maison du Taureau. Comme chaque fois, je m’attendais à arriver en premier.
_ Cela fait donc la deuxième fois que je te devance, répond d’un ton monocorde le chevalier aux yeux clos, la dernière fois c’était…
_ C’était il y a plus de sept ans, lorsque Cronos a été le Sanctuaire. Et comme à l’époque, j’imagine que si tu étais là avant moi c’est que tu étais déjà avec le Pope et que tu as reçu directement son ordre n’est-ce pas ? Tu pourras donc peut-être m’expliquer alors pourquoi des gardes sont postés devant la maison du Lion et au niveau du passage secret afin de s’assurer qu’on n’y pénètre pas, sur ordre du Pope ? J’ai moi-même vu la missive frappée du sceau du Pope que m’ont dressé fermement chaque fois ces soldats !
_ Je l’ai vu également lorsque j’ai voulu emprunter la maison du Lion pour venir jusqu’ici, confirme Deathmask qui entre à son tour. Aiolia serait-il encore puni pour son tempérament ?
_ Surveille tes paroles Deathmask, proteste Aldebaran qui déteste qu’on dénigre son camarade !
_ Allons, suit Shura, si le Lion est assigné à résidence, c’est qu’il y a une bonne raison. Après tout ce qu’il a déjà accompli par le passé, je ne vois pas pourquoi nous nous emportons à son sujet.
_ Nous sommes tous rassemblés ici parce que le Sanctuaire semble en danger, rappelle Camus qui apparaît à son tour.
_ Néanmoins, la remarque d’Aldebaran envers Shaka est juste, tempère Milo qui entre à son tour, j’ai moi-même était contraint par la garde d’éviter le temple du Lion…
_ … Shaka semble savoir quelque chose que nous ignorons, complète Deathmask.
_ Maintenant que nous sommes complets, Shaka va pouvoir nous dire de quoi il en est, propose Aphrodite en dernier arrivant.
_ Ce n’est pas à Shaka de parler, gronde la voix de Saga derrière les tentures rouges du fond de la salle. »
Tous devinant l’arrivée du Grand Pope, se mettent en ligne et s’agenouillent.
Le souverain sort de la chambre d’Athéna et observe immobile ses sujets.
Docilement courbés, le casque en main, les yeux clos, ils patientent sans broncher qu’il reprenne sa marche jusqu’à son siège.
Toutefois, l’attente est longue. Le pontife réfléchissant à la ruse qu’il va devoir afficher : « L’irruption de Shaka lors de ma confrontation avec Aiolia était inattendue et salvatrice. Shaka, secoué par une attaque du Lion, ne m’a pas vu frapper Aiolia du Genro Mao Ken. Lorsqu’il est revenu à lui, Aiolia était de nouveau docile. Je l’ai fait raccompagner sous haute escorte après avoir imprégné dans son cerveau que personne ne pouvait franchir sa maison. J’avais peur que le passage de ses semblables dans sa demeure ne réveille trop vite la bombe à retardement que j’ai programmé. »
Le malaise instauré par l’arrêt du Grand Pope, calme les ardeurs de ses sujets.
_ « Aiolia est revenu en effet du Japon avec le c½ur remplit de doute, reprend enfin Saga en se dirigeant à sa place. La visite impromptue de Shaka m’a aidé à le ramener à la raison, Shaka pourra vous rassurer à ce sujet, enjoint-il son chevalier en prenant place dans son fauteuil.
_ Absolument, parle doucement la Vierge. Nous nous sommes frictionnés quelques instants. Lorsque j’ai recouvré mes esprits, Sa Majesté le Grand Pope semblait avoir réussi à le remettre sur le droit chemin.
_ A l’heure qu’il est, j’ai demandé qu’il soit seul à méditer, sans qu’on l’importune, afin qu’il soit libéré du moindre doute à l’aube de retrouver ces Japonais. Car c’est de cela qu’il s’agit. C’est pour cela que je vous ai convoqué au Chrusos Sunagein ! »

Plus bas dans le domaine sacré, un éclat doré autre que le soleil éblouit ce matin d’hiver au Sanctuaire.
Parmi les villageois qui découvrent un oiseau d’acier se poser dans l’arène d’Honkios, certains sont ramenés à eux, comme Filia, par un homme en or qui traverse la ville.
Ce dernier, accompagné d’un garnement aux cheveux roux, un pas posé en direction de la montée des douze maisons, se retourne en direction du jet privée de la Fondation Graad.
Avec un sourire en coin, il s’adresse au jeune garçon : « Elle est parvenue à passer outre la barrière de cosmos du Sanctuaire avec un engin moderne qui plus est. Le doute n’est plus permis Kiki, Athéna est parmi nous, concède Mû à Kiki.
_ Nous arrivons juste à temps, sourit à son maître le chenapan. »
Pendant que Mû devance Saori et les siens, Filia est loin de s’imaginer que les villageois s’apprêtent à vivre plus de douze heures d’angoisse.
Les heures les plus longues de leur vie…

Au sommet, Saga conclut : « … Après avoir usé de complicités, sans lesquels ils n’auraient pu assurément décimer la quasi-totalité de l’ordre des Saints d’argent, voilà qu’ils s’attaquent au Sanctuaire pour y installer cette fausse Athéna. Ptolémy Saint d’argent de la Flèche est bien décidé à venger les siens et s’apprêtent à les accueillir, vous avez dû ressentir leurs cosmos forcer l’enceinte du Sanctuaire. Hélas, j’ai peur qu’il ne fasse pas le poids. Dès lors, voilà pourquoi il m’apparaît nécessaire de vous mobiliser afin de défendre les douze maisons du zodiaque de toutes vos forces.
_ Hum… Si tant est qu’ils passent la maison du Taureau, grommelle Milo.
_ C’est peut-être contre ce genre de considération mal placée que nous sensibilise Notre Majesté, tempère Aphrodite d’un ton provocateur. Après tout, ils ont usé de complicité. L’une d’entre elle n’était pas Albior de Céphée contre qui tu as été en difficulté justement ?
_ Comment oses-tu s’indigne, aussitôt le Scorpion en dressant le poing vers les Poissons ?
_ Je te remercie pour l’estime que tu me portes Milo, se redresse Aldebaran flatté, mais vous l’avez tous ressenti comme moi j’imagine, peu de chances qu’ils passent la première maison. Mû est de retour au Sanctuaire !
_ Justement, conteste Deathmask, Mû ne s’est-il pas servi de sa position de réparateur d’armure pour déserter le Sanctuaire pendant toutes ces années ? Peut-on lui faire réellement confiance, questionne le Cancer qui se souvient de l’irruption de Mû alors qu’il affrontait Shiryu il y a quelques jours ?
_ Assez, tonne à nouveau Saga ! Les ordres sont clairs ! »
Tous assurent une révérence pour approuver à nouveau avant de prendre congés.
Néanmoins, avant de réajuster son heaume et de quitter la salle, Aldebaran ne peut s’empêcher de remarquer que Milo, comme lui, semble circonspect.

En bas, dans l’arène où Shiryu vient de les rejoindre, Ptolémy sous sa soutane vient trouver Seiya et ses amis, prêt à mettre en ½uvre le plan diabolique de Saga…
 

Pendant ce temps, au Mexique, dans la citée de Citlali, les modestes habitations sont désertées.
En briques séchées au soleil, ou en roseaux avec le toit en paille, disséminées tout autour de la grande pyramide aztèque, elles sont toutes vides.
Les adeptes de Tezcatlipoca sont tous réunis au pied de l’immense base polygonale qui soutient les faces latérales triangulaires. Ils ont les yeux levés au sommet où se dresse un autel.
Tandis qu’une nouvelle journée chargée en émotion commence en Grèce, celle de la veille n’est pas encore fini au Mexique.
La nuit a pris place, le domaine de Tezcatlipoca scintille grâce à la lueur des torches des fidèles.
Agenouillée et maintenue par les prêtres, la jeune femme enlevée plus tôt dans la forêt, sous le nez de Nicol et Mei, se débat en hurlant de détresse. Sa tenue déchirée et les marques qu’elle porte sur son corps démontrent l’horreur des sévices que les Jaguars lui ont administré.
Elle observe son compagnon d’infortune étendu torse nu sur la desserte. Ses appels au secours sont étouffés par les rugissements des Jaguars.
Tous légèrement vêtus, couverts de peau d’animaux pour ceux qui n’ont pas su s’éveiller à une forme thérianthrope, de tout âge, les Jaguars invoquent machinalement, en le répétant sans cesse, le nom de leur dieu.
La clameur repart de plus belle quand la silhouette d’un homme mince aux épaules tombantes apparaît enfin. Le Prêtre de Tezcatlipoca s’abreuve des acclamations comme en témoigne son regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage, peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu, affiche davantage de perfidie lorsqu’il ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Les sacrifices humains alimentent les dieux. Ils maintiennent ainsi l'équilibre du cosmos. Ces sacrifices permanents perpétuent la course du soleil. Bientôt, ils ne seront plus nécessaires. Le soleil qui a libéré le Grand Tezcatlipoca nous guidera et nous dira à nous, peuple du soleil, que l’éradication de l’humanité est venue. Alors nous permettrons la levée de ce nouveau soleil au nom du Grand Tezcatlipoca ! »
La foule exulte tandis que Necocyaotl aux courts cheveux noirs coiffés d’un bandeau brandit un couteau au-dessus du captif : « Le moment de prier s’achève. L’heure de la destruction approche. »
Il achève sa phrase en enfonçant sans sourciller sa lame en pleine poitrine du malheureux. Elle est si profondément plantée que quand il l’extrait de la chair du sacrifié, une épaisse giclée de sang jaillit et inonde le plateau.
Pendant que la victime agonise en râlant de douleur, sa camarade, horrifiée, se pâme d’angoisse.
Necocyaotl découpe le poitrail de l’offrande humaine pour en extirper le c½ur et le brandir en l’air pour l’offrir au dieu.

Plus bas, dans les profondeurs de la pyramide, assis nu, devant sa statue qui gronde en recevant le sang qui s’infiltre par les nombreux orifices laissés par la roche, Tezcatlipoca reste les yeux fermés pendant que dans son dos, ses lieutenants se réunissent.
L’imposant humanoïde qu’est Titlacauan s’agenouille le premier.
Le second, plus mince, au regard plus vicieux et accompagné d’un serpent, Ipalnemoani, l’imite.
Ixtli, la guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue, les rejoint, suivie d’un jaguar qui se frotte à elle.
La dernière à venir est une Jaguar aux cheveux violacés. Son imposante poitrine est dissimulée par un linge qui descend en lambeau sur sa très mince taille. Ce même linge lui cache le bas-ventre jusqu’au haut de ses fermes cuisses. Son pelage tacheté fait ressortir à merveille ses yeux bleus et un ronronnement constant attribue un charme certain à cette lieutenante humanoïde.
A peine prosternée, elle demande à ses semblables : « Alors vous êtes tombés sur de sérieux obstacles semble-t-il. Cela va nous permettre de nous dégourdir les jambes. »
_ Meztli, toujours entrain de fanfaronner. Ces inconnus sont à prendre au sérieux, grogne Titlacauan toujours très sérieux.
_ Il ne faut rien exagérer, atténue de sa voix hypocrite Necocyaotl qui les a rejoint. »
Avec son anneau accroché au septum, Necocyaotl arrive depuis la pénombre après avoir gratifié la foule du rituel assassin. Il traîne avec fermeté la captive qui a assisté à la mise à mort de son camarade.
Il passe devant les quatre lieutenants et occupe l’espace qui les sépare de Tezcatlipoca. Il balance la jeune femme juste aux pieds du dieu fermement silencieux.
La prisonnière ne peut retenir son effroi lorsque l’homme bardé d’une musculature imposante ouvre ses yeux rouges semblables à deux lasers.
Ne supportant pas les hurlements de la proie qui lui a été offerte, il la saisit par la gorge et rugit de sa voix monstrueuse : « Silence ! »
D’un simple revers de son autre main il défait ce qu’il reste des vêtements de la pauvre prisonnière qu’il plaque contre sa statue.
Le c½ur de feu qui l’alimente se développe à mesure qu’il l’étreint avec force pour libérer son ardeur animale et ses pulsions démoniaques sous les yeux admiratifs de ses lieutenants.
Les plaintes de la voyageuse ne s’inquiète plus de ce viol barbare mais plutôt de l’ardeur libérer par le monument contre lequel elle est appuyée de force. Le brasier organique de la sculpture lui ronge l’épiderme. Du feu fait scintiller les yeux de la statue et de la fumée commence à s’échapper de toute sa surface.
La boule de feu qui l’alimente devient un soleil qui illumine toutes les cavités de la pyramide. Il jaillit par ses fissures au dehors de celle-ci pour offrir aux fidèles la bénédiction qu’ils attendent.
La victime de Tezcatlipoca a les yeux exorbités tant la souffrance est atroce, les flammes lui dévorent la peau. Ses beaux cheveux sont déjà entièrement consumés et sa peau noircie.
Lorsque le dieu, soulagé, abandonne son coït forcé, sa victime a déjà cessé de vivre.
Pendant que le brasier achève de la calciner, Tezcatlipoca s’intéresse enfin à ses seconds.
Il écarte les bras pour recevoir son Nahual et se consacre enfin au propos qui les a réunis ici : « Ces visiteurs dont nous n’avions rien à craindre ont présenté quelques dispositions au combat.
_ En effet, confirme Necocyaotl, comme nous le pensions, ils enquêtent sur nous. »
Tout aussi malicieux que Meztli, Ipalnemoani déclare en souriant : « Les femmes portent des masques. C’est ainsi que se tiennent les femmes chevaliers au service d’Athéna, pour cacher leur féminité. »
Fort masculine grâce à sa carrure rudement travaillée, Ixtli se montre aussi sérieuse que Titlacauan. Elle se permet de dénigrer les femmes Saints : « Quelle coutume ridicule. »
Devant eux, l’incandescence de la statue s’atténue peu à peu.
_ « Quoi qu’il en soit, tempère Tezcatlipoca, nous devons à tout prix nous montrer discrets. Le soleil libérateur nous l’a demandé.
_ Ô Grand Tezcatlipoca, malgré tout le respect que je vous dois, ose Titlacauan, ils sont parvenus à vaincre plusieurs Jaguars. Y compris Achcauhtli qui était un guerrier de renom parmi les nôtres. »
Les paupières du dieu ferment ses yeux au rouge puissant. Il retourne s’asseoir au pied de sa statue qui brille encore faiblement grâce à son noyau de feu à l’intérieur duquel gravite une clochette.
_ « En effet, ajoute Necocyaotl. C’est pourquoi il ne faut pas nous faire remarquer. Ils ne savent pas où est la citée. De plus Cuetzpalli est à Icnoyotl. Et il a un autre espion à ses côtés. Tout ira bien, chers lieutenants, s’engage le Prêtre en réajustant son écharpe rouge autour de son cou, vos ancêtres ont déjà su faire face à des Saints d’or d’Athéna. Nous n’avons donc aucune crainte à avoir. Chargez à présent nos Jaguars d’organiser le prochain sacrifice. Il nous faut des vierges cette fois-ci pour que le soleil soit honoré. Ainsi que pour le plaisir personnel du Grand Tezcatlipoca, conclut-il en prenant la sortie. »


Quelques heures plus tard, en Grèce, ce 20 décembre 1986 est pleinement entamé.
Les pertes humaines commencent.
Des rumeurs enflent, à mesure que les flammes de la grande horloge s’éteignent sans qu’un crieur ne vienne annoncer la défaite des renégats.
_ « Après tout, depuis ces dernières années où le climat s’est dégradé au Sanctuaire, soupçonne Filia avec ses semblables, et si cette fille était bien Athéna ? »
Les villageois avec lesquels elle se cache ne protestent pas. Ils voient même à travers les lucarnes de la réserve de son commerce, d’autres habitants d’Honkios pointer le bout de leur nez dans la rue. Eux aussi en proie au doute.

Plus haut, à mi-chemin entre le palais du Grande Pope et la statue d’Athéna, sur le flanc droit, les prêtresses d’Athéna angoissent dans leur temple.
Alors que Mii a les mains jointes en direction de sa statue pour prier Athéna d’éradiquer le mal qu’amènent ces visiteurs, alors qu’elles ne sont plus que six prêtresses à vivre ici, Shoko est la seule à avoir remarquée que seule Katya manque à l’appel.
_ « As-tu vu ta s½ur, interroge-t-elle Maria ? »
La cadette de Katya répond non de ses yeux vides d’incompréhension.
Inquiète, Xiao Ling cherche du réconfort auprès d’Erda. Elle a les poings serrés, seule, sur le parvis.
_ « C’est horrible ! J’ai peur ! Alors qu’on nous a assurées que les renégats seraient vite éliminés, aucune annonce de leur défaite n’est faite ! Et Mii qui d’ordinaire est si forte semble totalement perdue et… Et… Erda… Erda ? Erda tu m’écoutes ? Tu pleures ?
_ Il est mort, balbutie-t-elle en ignorant sa camarade, ce monstre de crabe… Ils l’ont fait. Je ne ressens plus son cosmos.
_ De quoi parles-tu enfin, secoue son amie Xiao Ling ?
_ Deathmask du Cancer a été vaincu.
_ Comment ?! Mais c’est horrible, pleurniche la Chinoise.
_ Cet homme était un salop. Une pourriture. Le monde se portera bien mieux, maintenant qu’il a disparu.
_ Comment peux-tu te réjouir d’une telle situation ?! Cela veut dire que les traites ont passé la quatrième maison du zodiaque ! Bientôt ils arriveront à Athéna ! Et à nous ! Oui ! Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire de nous, hystérise l’aspirante Saintia ?! S’ils parviennent à vaincre les défenseurs de la justice, alors nous, que sommes nous donc ?! Nous ne pourrons rien faire ! Nous…
_ Ça suffit, l’interrompt Erda d’une violente gifle ! Te rends-tu compte à quel point tu es ridicule ? Comme tes propos sont incohérents ? Deathmask tuait des innocents, il ne s’inquiétait pas des dommages collatéraux, ni même de la nature des missions qui lui étaient confiés. Comme beaucoup d’autres Saints, mercenaires ou soldats d’ailleurs ! Allez, ne me dis pas que tu n’as pas entendu ces histoires, lorsque nous descendions au marché à Honkios ! Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué les comportements de plus en plus inappropriés des soldats ces dernières années, sans même qu’on ne redresse leurs torts ! D’ailleurs où sont-ils les redresseurs de torts ? Ils ont disparu ces dernières années également ! Envoyés dans des missions dont ils ne sont jamais revenus, notamment les Saints les plus justes ! Quand aux soldats fiables, ceux-ci préfèrent se faire discrets, sachant très bien quel sort leur sera réservé ! »
Xiao Ling pose sa main sur sa joue. Morveuse, elle reste interdite. Partagée entre la surprise et l’angoisse.
Ignorant tout de la faiblesse de la Chinoise, Shoko interpelle ses deux camarades : « Erda ! Xiao Ling ! Avez-vous vu Katya ?!
_ Le Grand Pope a dû l’appeler au chevet d’Athéna en ces temps troublés, suggère Erda.
_ Certainement, adhère Shoko en ne remarquant pas Xiao Ling cloîtrée dans sa faiblesse. Après tout, elle reste la seule prêtresse à avoir atteint le statut de Saintia depuis…
_ Depuis que ta s½ur nous a quittées oui, conclut Erda. La seule qui d’ailleurs n’a pas été châtiée par le Grand Pope bizarrement.
_ Que veux-tu dire, demande Maria d’un air intéressé ?
_ Tu l’as remarqué toi aussi n’est-ce pas ? Toutes nos amies qui ne sont jamais revenues des toilettes qu’elles administraient soi-disant à Athéna.
_ Il est vrai, reprend Shoko. On disait que seules celles qui revenaient ici étaient celles qui soignaient davantage le Grand Pope qu’Athéna. D’ailleurs, elles avaient la plupart un comportement souvent déplacé, voire inopportun, au regard de l’éducation qui nous est donnée en ce lieu.
_ Mii l’avait vu aussi, ajoute Erda. Mais trop aveuglée par son dévouement à la cause, elle n’a pu envisager qu’une vie chaste faite de m½urs irréprochables puisse être remise en question par bon nombre d’entre nous. Et le Pope Arlès n’a pas la réputation d’être un enfant de ch½ur.
_ Beaucoup ont donc pu se laisser charmer par les désirs, épuisées par cette vie de privation qu’est la nôtre. Seulement…
_ Seulement ces brebis galeuses ne sont jamais restées libres bien longtemps. Comme les plus chastes, elles finirent toutes par disparaître, avant même qu’on ait eu le temps de soupçonner quoi que ce soit.
_ La seule qui demeure présente est notre aînée, suspecte Shoko devant la s½ur de cette dernière. La froide et discrète Katya.
_ Que peut-elle faire en ce moment, demande Erda en levant la tête en direction du temple du Pope comme Shoko ? »


Au même moment, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, les plus âgés des quatre Saints, Nicol et Médée, discutent autour d’un bol de pozole servi par Ichtaca.
Assis sur une table de l’auberge, ils dégustent leur soupe épicée en spéculant après les diverses informations reçues aujourd’hui.
_ « Nous avons donc les guerriers Jaguars au service de quatre lieutenants mais aussi du prêtre. Ils peuvent se transformer et ainsi obtenir des Nahuals. Ils agissent pour Tezcatlipoca qui vénère un sceau, un soleil. Celui-ci donne ses pleins pouvoirs à Tezcatlipoca qui en reconnaissance sacrifiera la Terre quand le soleil le lui demandera, énumère Médée.
_ Il ne nous reste plus qu’à savoir où est la citée de Citlali. Et qui peut bien être ce soleil, grimace Nicol en faisant tourner sa cuillère dans le bol.
_ En attendant, ce soir amusons nous comme hier pour oublier cette dure journée, propose Médée en observant la taverne se remplir peu à peu. »
Nicol peut lire dans les yeux bleus, libérés du turban que Médée s’inflige, une profonde inquiétude face à ce qui les attend. En retour, il confesse : « J’avoue que nous détendre nous fera le plus grand bien. »

A l’étage, à l’intérieur de leur chambre, Yulij s’étale dans les draps : « Ce n’est pas que ça m’enchante de me voiler à nouveau le visage, mais je pense qu’il est préférable qu’on aille profiter de la soirée en bas avec les autres non ? »
Assis en tailleur, nu lui aussi, près de la fenêtre, Mei fixe avec mélancolie le cactus en pot déposé sur le rebord : « Vas-y si tu veux. Descends. »
Yulij s’enroule dans les draps pour couvrir sa tenue d’Eve et vient coller sa tête contre celle de son compagnon : « Quelque chose te dérange n’est-ce pas ? Tu n’étais pas le même tout à l’heure lorsque nous étions dans le lit.
_ C’est aujourd’hui.
_ Quoi donc ?
_ Le retour d’Athéna au Sanctuaire.
_ Comment le sais-tu ?
_ Enormément de cosmos surpuissants explosent aujourd’hui. Même si cela est à des milliers de kilomètres d’ici, je pense que Nicol l’a ressenti aussi.
_ Il est vrai que vous avez réellement dépassé un cap tous les deux lors de notre entraînement à Jamir. Mais cette tristesse dans ta voix… Cela voudrait dire qu’Athéna a…
_ Non, tremble la voix de Mei ! La bataille est encore en cours… J’ai… J’ai simplement… J’ai simplement ressenti la défaite de mon maître, fond-il en larmes en se réfugiant dans les bras de Yullij.
_ Ça va aller, ça va aller. Je suis là. Ça va aller. Lui dit-elle tout en le calant contre sa poitrine sans trop y croire…
_ J’ai senti son cosmos partir d’un coup brutal, essaie-t-il de dire, étranglé par le chagrin. Il a disparu. Seul. Comme il l’a toujours été. Il était un père pour moi. Mais son changement soudain m’a empêché de lui dire. J’aurai tellement voulu qu’il le sache…
_ Si tu l’admirais vraiment et le lui montrais lorsque vous étiez en Sicile, alors il est parti en le sachant. Sois-en sûr, le réconforte-t-elle en le serrant fort. »


Pendant ce temps, confirmant les soupçons de ses consoeurs, Katya attend de pied ferme devant les portes de la chambre du Pope.
Les gardes sont formels : « Le Grand Pope est toujours en méditation depuis trois heures.
_ C’est pourtant lui qui m’a convoqué ici, assure-t-elle en dressant la missive sous leurs yeux. »
De l’autre côté de la porte, le visage pris dans ses mains, Saga se remet encore de son combat à distance avec Shun. Sa chevelure alterne entre son bleu naturel et ce gris torturé.
La perte de Deathmask qu’il vient de ressentir ne trompe pas son bon côté : « Ces Saints de bronze vont donc réussir à contrecarrer tes plans. »
En recoiffant les mèches qui tombent devant ses yeux, il se reprend.
Solidement redressé, refusant de cacher à nouveau son visage, il se tourne en direction de la tenture qui conduit à la chambre d’Athéna et ordonne : « Qu’on ouvre à la Saintia de la Couronne Boréale ! »
Il attend que les portes se referment derrière elle pour se montrer tel qu’il est.
Bien que son visage soit fermé, son regard reste affectueux envers sa protégée.
Il la regarde avancer timidement dans sa longue toge blanche, dont les bretelles dissimulent avec élégance sa ferme poitrine.
D’ordinaire si dure, la jeune femme parait intimidée. Ses longs cheveux blonds coiffés d’un serre-tête doré virevoltent au gré de la brise. Le léger vent d’hiver s’infiltre par les creux fait par l’usure du temps sur la roche du palais. Le souffle fait coller sa robe contre son corps et ainsi, elle épouse à merveille sa silhouette parfaitement sculptée.
_ « Vous m’avez fait appeler Votre Majesté ?
_ Katya… L’heure de vérité approche. Les Saints de bronze qui ont investis le Sanctuaire ont atteint la maison du Lion.
_ Impossible ! Ces renégats…
_ Il n’en est rien, l’interrompt les Gémeaux dans son instant de bonté. Le renégat, c’est moi.
_ Grand Pope… C’est… C’est absurde voyons…
_ Arrête s’il te plait, sourit le Grec gêné. Tu as bien compris que la jeune femme qui gît au pied des marches des douze maisons est la vraie Athéna n’est-ce pas ?
_ …
_ Oui, tu as tout compris, sourit-il confus, en remarquant qu’elle baisse honteusement la tête. Les prochaines heures diront qui d’Athéna ou de moi est digne de gouverner la Terre.
_ Bien que je lui doive allégeance, tout le bien que le Sanctuaire a apporté au monde ces dernières années, la paix, c’est à vous qu’on la doit et non à elle.
_ La paix… Il ne s’agit là que de faux semblants. Cette paix est instable et elle s’est conclue au prix de nombreux sacrifices.
_ Les habitants du Sanctuaire ne seraient pas d’accord. Le peuple vous trouve bon.
_ Le peuple a peur.
_ Il mange à sa faim, se sent en sécurité !
_ Ne mangent que ceux qui obéissent. Le régime de terreur instaure un semblant de paix. Obligeant le peuple à se terrer. »
Katya baisse la tête, obligée d’admettre qu’elle s’est créé une fausse image, de celui qu’elle idolâtre.
Saga est confus. Du haut des marches où se dresse son trône, il domine la triste prêtresse.
_ « Qu’importe ! Ces Saints de bronze ne peuvent parvenir jusqu’ici. Il reste encore tant de maisons à passer ! Et si même par miracle ils y parviennent ! Même si le peuple tout entier se révolte ! Même si vos hommes vous abandonnent ! Moi je suis là ! Je me dresserai en ultime rempart ! Je donnerai ma vie pour vous, comme je vous ai déjà donné mon corps, mon c½ur et mon âme, avoue-t-elle toute rougie d’émotion. »
Saga a la bouche entrouverte, l’air attendri. Il ne sait que dire. Flatté qu’il est par tant de dévotion.
Refusant qu’elle continue à voir en lui le bienfaiteur qu’il n’est pas, il descend vers elle : « Le mal est en moi. J’ai longtemps lutté. Aspirant à être un homme bon, comme mon camarade Aiolos. Espérant remettre mon frère dans le droit chemin. Mais chaque choix m’a écarté de la bonne conduite à laquelle j’aspirais. Comme si au fond de moi je désire vraiment prendre la direction inverse. Je me suis énamouré d’une déesse, Hébé, dont j’ai ensuite fomenté l’assassinat. Condamné mon jumeau à une mort certaine car nous partagions finalement la même ambition. Fait exécuter mon frère d’arme Aiolos, puis envoyé à la mort de nombreux Saints et soldats afin de préparer mon règne le jour où je remettrai la main sur Athéna. Car oui, j’ai tenté de la tuer lors de sa naissance. Et tant que mon but ne sera pas accompli, cette part de mal en moi fera tout pour y parvenir. »
Katya en tombe à genoux. Ses bras tremblants ont du mal à la maintenir contre le sol.
_ « Ecoute ! Entends les paroles du messager à travers la porte ! Il vient d’arriver. Ses pas pressés ne trompent pas. Malgré les instructions de mes gardes, il insiste pour me délivrer un message. Tu entends ? »
La malheureuse tend l’oreille et discerne, tant bien que mal, la conversation à l’extérieur de la salle.
Saga confirme : « Star Hill. C’est bien de ça dont il s’agit. Marin de l’Aigle a tenté de s’y infiltrer et est tombée sur mes hommes de confiance. Tu entends ? Jaki, un mercenaire banni est chargé de la dérouter. »
Katya écarquille les yeux. Partagée entre horreur et stupéfaction.
_ « Mû était sous surveillance à Jamir. Dans les environs j’ai envoyé des espions. Quelle surprise n’ai-je pas eu il y a une dizaine de jours lorsqu’on m’a informé que Marin s’y rendait. Elle qui a disparu des radars après m’avoir trahi au Japon en aidant les Saints de bronze. Je l’ai donc fait suivre. Elle est arrivée trop tard au Japon pour partir avec Seiya et les autres. Juste le temps de croiser June du Caméléon, une autre traîtresse. Leur conversation fût entendue. Et le projet de Marin de visiter Star Hill découvert…
_ Pourquoi, demande Katya en se jetant aux pieds de son seigneur ? Pourquoi me dévoiler tout ça ?
_ Tu n’es pas sans ignorer que Jaki était condamné pour de nombreux meurtres, viols et délits en tout genre. Son arrestation était un moyen de brouiller les pistes, calmer les esprits les plus crédules. La plupart de ces meurtres étaient commandités par mes soins. Pour les autres crimes, disons que cela venait de son inspiration. Lorsque tout ceci sera terminé, si j’en sors victorieux, alors je le récompenserai de la Cloth correspondant à la constellation sous laquelle il est né. Après tout, avec le nombre de Saints sacrifiés par ma folie, sa constellation doit être libre aujourd’hui…
_ Pourquoi me dîtes vous toutes ces atrocités, sanglote-t-elle ? 
_ Si j’ai fait surveiller Star Hill, poursuit-il en l’ignorant, c’est parce que là-bas se cachent mes plus terribles secrets. On y découvrira que Shion, le Grand Pope et Arlès, son frère et second, sont morts depuis des années. Que j’ai usurpé leurs identités depuis tout ce temps. L’annonce de la mort de Shion il y a quelques mois fût nécessaires tant mes décisions stratégiques prenaient un virage surprenant pour ceux ayant connu Shion.
_ Arrêtez, s’époumone-t-elle ! Ça suffit ! Que cherchez vous à faire à la fin ?! M’aidez à me rendre compte de qui vous êtes ?! Tout ça, c’est peut-être magnifiquement pensé et à la fois cruel, mais dans tous les cas ce n’est pas vous ! Il y a des tremolos dans votre voix, malgré l’assurance que vous essayez de prendre en vous faisant passer pour un monstre ! Quant à l’homme qui m’a sauvé, ça n’était pas celui que vous décrivez ! Le monstre qui habite en vous n’est pas vous, souligne-t-elle en se redressant. Et quand tout ceci sera fini, j’espère que vous aurez le temps de vous en rendre compte, conclut-elle en se dressant à sa hauteur sur la pointe des pieds. »
Tandis qu’elle se laisse guider par son instinct pour lui baiser les lèvres, elle découvre avec plaisir l’étreinte profonde mais tendre de Saga lorsqu’il l’enlace de ses grands bras par le creux de son dos.
Bien plus doux que lorsqu’il lui a pris sa virginité, Saga ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. Celles-ci la ramènent à elle, lui faisant reculer légèrement la tête en arrière.
La relâchant délicatement, Saga sort de sa toge papal un bijou brillant comme l’éclat du soleil.
En fixant avec embarras le frêle cou encore marqué par la pression qu’il y a exercé il y a de cela deux jours, Saga tend de ses deux mains un collier en or à Katya : « Lorsque j’ai brisé l’ancien, tu as accepté le monstre en moi. Aujourd’hui, je tenais à ce que ce soit l’homme bon qui t’en offre un plus beau encore. Merci d’avoir su voir qui je suis, et d’accepter également ce que je peux être. »
Elle referme ses mains sur celles de son idole et en profite pour déposer sa tête contre son buste. Ses yeux se ferment alors qu’elle se niche contre ses muscles pectoraux.
_ « Je prierai pour vous, promet-elle.
_ Non… Prie plutôt pour Athéna, l’enjoint-il la mine dans le vague. Ainsi, si Athéna gagne, l’homme bon en moi aura fini par gagner. Le danger guette. Va à présent, lui dit-il en mettant un terme à leur longue accolade en lui baisant le front tout en faisant glisser ses mains du haut de ses épaules jusqu’à ses menus poignets au bout desquels ses fins doigts serrent le collier qu’il lui a offert. »
Ses mains empoignent avec dévouement le bijou qu’elle colle contre son c½ur.
Timidement, elle se dirige vers la sortie, s’efforçant de ne pas se retourner.
Lui, l’air hagard, attend d’entendre les lourdes portes être refermées par ses hommes pour se fixer dans un miroir.
Si doux jusqu’à présent, le reflet lui renvoie cette version démoniaque de lui aux yeux rouges et aux cheveux gris : « Ça y est ? Tu as fini ? Tu es content ? Je t’ai laissé dire au revoir dans un des derniers instants de bonté que je t’accorde encore. Mais soit rassuré, quand tout sera fini, je prendrai soin de cette Saintia. Quel meilleur sujet qu’elle après tout ? Elle est prête à tout accepter de moi ! Ah ! Ah ! Ah ! »


Au Mexique, sur le toit de la taverne dans laquelle il loge, Mei préfère rester seul après le réconfort apporté par Yulij.
Depuis le village d’Icnoyotl, Mei fixe la constellation du Cancer.
_ « Elle brille moins que d’ordinaire, constate-t-il. »
Allongé, la tête dans les étoiles, il revit quelques instants le passé partagé avec son maître et tout le bonheur que celui-ci a pu lui apporter.
Malheureusement, la peine revient vite lorsqu’il se remémore son changement brutal de personnalité et les déclarations des gens qui lui étaient proches au Sanctuaire.
_ « S’il est mort aujourd’hui, alors cela signifie qu’il n’était réellement pas du côté de la justice, songe-t-il. Par Athéna, se redresse-t-il en un éclair. Je jure sur la constellation du Cancer de laver l’affront fait par mon maître et de toujours me battre pour la justice, lève-t-il le poing au ciel. »
A cet instant, les étoiles du Cancer se mettent toutes à scintiller bien plus fort que Mei ne l’a vu jusqu’à présent. Comme si elle reçoit et adhère à ce v½u solennel.

Au rez-de-chaussée, la fête bat au rythme des pieds qui claquent le plancher, des mains qui s’entrechoquent, des airs de guitares et d’harmonicas.
Les serveurs portent dans chaque main des plateaux remplis de boissons et de nourritures. Toutes les tables sont pleines et l’ambiance est bon enfant.
Accoudé, verre de tequila à la main, Nicol garde un ½il sur Yulij et Médée qui dansent à tours de bras avec tous les clients.
Prises d’une euphorie toute particulière après les atrocités vues dans la forêt, elles font de grands signes de mains au Saint de l’Autel pour l’enjoindre à venir partager ce moment avec eux.
Cependant, il préfère ramasser au passage la main d’une serveuse aux cheveux longs, blonds, épais et agrémentés de plumes noirs pour les décorer.
Iuitl, celle avec qui il a passé la soirée la veille, lui sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Bien qu’ils se soient quittés en froid la veille, Nicol la rappelle contre lui et lui murmure à l’oreille : « Hier tu te plaignais que les gens ici n’étaient que de passage. Tu vois, je suis encore là ce soir. »
Sa robe rouge dédoublée avec audace haut sur la cuisse lui permet d’entourer le Grec avec sa jambe. Elle se colle à lui et se laisse séduire : « Alors allons danser ! »
En rythme, ils s’accordent sur la piste sous le regard globuleux et espiègle de Cuetzpalli.
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Only for Love / Re: Chapitre 10 - Un frisson avant la mort
« Last post by Kodeni on 22 October 2020 à 19h34 »
NEWS

Cette version du chapitre 10 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 16 October 2020 à 22h07 »
Et Patrick poivey (Bruce Willis), en juin dernier...
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 4 October 2020 à 8h13 »
Ah ça n'est pas Michael ni même Ralf. Mais il a quand même fait des films sympa avant Batman 3 et 4 ! Par exemple l'expérience interdite/flatliners !

Sinon, Odile Schmitt aussi nous a quittés en mars dernier... La voix de Tao dans les cités d'or...
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Only for Love / Chapitre 65
« Last post by Kodeni on 3 October 2020 à 17h06 »
Chapitre 65

La porte du studio où a emménagé Seiya, situé au bord de la baie de Tokyo s’ouvre délicatement. 
A la Yacht House, les lampadaires de la rue illuminent par la fenêtre, restée ouverte, le modeste logement du chevalier.
En s’asseyant sur le bord du lit, Miho grelotte : « Qu’est-ce qu’il fait froid ! »
La nuit du 19 au 20 décembre 1986 est particulièrement fraîche, même pour quelqu’un capable de surmonter ce frimas grâce au cosmos.
Seiya se rapproche de l’encadrement pour fermer les fenêtres : « Je ne pensais pas que je partirai si longtemps aujourd’hui, sans quoi j’aurai fermé les carreaux. »
Il se précipite vers sa kitchenette pour y allumer un radiateur : « L’atmosphère devrait se réchauffer rapidement à présent. J’aurai préféré rester à l’orphelinat mais Makoto, Tatsuya et Akira ne nous auraient jamais laissé tranquilles. »
Miho rit avec charme : « Ils s’inquiètent beaucoup pour nous. Ils ont failli se faire mal, en chutant de l’arbre où ils nous espionnaient tout à l’heure. »
Pendant qu’il fait chauffer de l’eau dans une bouilloire, Seiya relève : « Du souci pour nous ?
_ Oui… Je veux dire… Ils souhaitent tellement que tu restes auprès de nous, suggère Miho toute gênée. »
Peu enclin au romantisme, Seiya se contente d’acquiescer d’un : « Ah ! »
Néanmoins, sa bonté naturelle lui permet de venir auprès de Miho toute frigorifiée. Il défait son lit pour l’emmitoufler dans ses draps : « Tu as si froid que ça ?
_ J’ai plus peur que froid.
_ Peur ?
_ Tu ne reviendras pas n’est-ce pas ?
_ Je te l’ai dis tout à l’heure à l’orphelinat Miho, je n’ai pas l’intention de mourir, loin de là.
_ Mais tu resteras avec elle alors ? »
Pégase réalise l’allusion faite à Saori. Alors que cela semble être une évidence pour son amie d’enfance, il lui faut la déclaration de sa camarade pour se sentir bouleversé au fond de lui.
_ « Saori, songe t’il quelques instants. »
Toutefois, sa mission et la réalité à laquelle elles le confrontent le ramène à lui : « Je suis un chevalier au service d’Athéna. Lorsqu’elle aura récupérée la place qui est sienne, le monde se portera mieux et la paix régnera. Elle n’aura plus besoin de moi, alors je pourrai revenir ici pour chercher ma s½ur tout en… étant auprès de toi. »
L’éducatrice profite que Seiya soit positionné à ses côtés, pour lui poser les mains sur son jean. Les yeux teintés d’émotion, elle lui transmet cette envie si pressante de se sentir contre lui.
Elle approche ses lèvres des siennes, pour réaliser enfin, ce que les enfants de l’orphelinat l’ont empêchés de faire tout à l’heure. Guidé par les sentiments amoureux de Miho, Seiya se penche en avant pour exécuter naturellement le baiser tant attendu par elle.
La gorge sèche de l’amoureuse Miho l’empêche de respirer. D’ailleurs elle ne respire plus, le temps se suspend en cet instant où la novice s’abandonne à Seiya.
Alors que leurs lèvres se frôlent, le bourdonnement de la bouilloire fait bondir Seiya : « L’eau est en ébullition ! Je pense qu’un bon thé te réchauffera ! »
Expérimenté après des heures passées aux côtés de Filia, cette fille de marchand d’Honkios avec laquelle il découvrait les joies de l’amour, Seiya se dérobe des attentes de Miho.
_ « Puis-je me permettre de lui donner ce qu’elle désire, sans pouvoir assumer les sentiments qu’elle a pour moi ? Elle est plus qu’une amie après tout, comment ne pas la blesser, réfléchit-il en préparant l’infusion ? »
Brusquement, autour de sa taille, les bras fins de la jeune femme l’enserrent. Trop perturbé par le choix qui s’offre à lui, Seiya, pris par surprise, sursaute.
Il repose le récipient bouillant dans l’évier et la regarde droit dans les yeux. Il ouvre la bouche pour s’excuser, lorsqu’elle le devance : « Suis-je belle Seiya ?
_ Ou… Oui… Oui, tu es sublime.
_ Crois-tu que je suis toujours la petite fille que tu as connue ?
_ N… Non. Non nous avons grandi et… »
Elle se met sur la pointe des pieds et lève son visage pour venir cueillir ses lèvres, tout en l’acculant contre le plan de travail de sa cuisine.
D’un mouvement de bras hésitant, il renverse une tasse et s’ébouillante la main. En sautant comme un fou dans tout l’appartement pour manifester sa douleur, et notamment se défaire de l’étreinte, Seiya simule affreusement.
Bien décidée à se donner à lui, elle se précipite sur la main dont il se plaint pour l’embrasser. De ce geste tout d’abord anodin, elle glisse suavement les doigts de Seiya dans sa bouche. Le mouvement de va et vient pratiqué lascivement ne laisse pas le Saint de bronze insensible.
Voulant une dernière fois la prémunir, Seiya prend la parole : « Miho je… »
Cependant, elle la lui reprend en se dépêchant de se hisser jusqu’à lui pour lui baiser les lèvres.
Langoureux, ce baiser est suivi de caresses sensuelles qui permettent à Miho d’apprécier le physique athlétique de celui dont elle est éprise.
Sans cesser leurs étreintes, ils se rapprochent du lit, s’enroulent dans les couvertures, se frottant l’un l’autre de plus en plus fort afin de stimuler leurs désirs.
A son tour, en lui ôtant ses vêtements, Seiya juge des courbes douces et généreuses de celle contre qui il n’est pas parvenu à lutter…


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’intérieur de la taverne, les heures ont défilé depuis l’arrivée des chevaliers.
Les réserves de boisson sont loin d’être vides et cela motive les clients à s’adonner davantage à la fête.

A l’étage, Mei, assis sur son lit en natte, tapote du pied sur le plancher : « Quand vont-ils arrêter leur vacarme ? Je suis exténué après tous ces jours passés à voyager ! »
Dénudée, Yulij profite de l’eau fraîche qui lui a été apportée dans un grand récipient pour achever sa toilette : « De quoi te plains-tu ? Je ne nous trouve pas si mal tombés. Alors que le secteur est hostile, nous sommes hébergés dans une ambiance cordiale et dans des conditions de vie acceptables. »
Mei se lève en retirant son maillot, il vient coller son torse nu contre le dos de sa concubine et l’entoure sous sa poitrine frissonnante avec ses bras : « Si tu veux mon avis, cette sympathie est anormale. J’ai l’impression qu’ils en font trop et Nicol a dû le remarquer également.
_ Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
_ Le manque de curiosité de notre hôte. Il n’a pas cherché à savoir qui nous sommes, ni ce que nous venions faire dans la région.
_ C’est un commerçant. Il n’a pas voulu nous embêter. Tant que nous payons. »
Mei croque sensuellement l’intérieur du cou de sa compagne, dont les fins sourcils dessinent une totale docilité.

Au rez-de-chaussée, Iuitl refuse quelques pas de danses avec un homme à la peau ébène et aux origines lointaines. Elle préfère saupoudrer le dessus d’un verre de tequila de sel et préparer une rondelle de citron vert.
Elle verse l’alcool au milieu des huit autres verres déjà bus par Nicol. Le Saint d’argent garde les yeux revolvers de Iuitl dans sa mire, lèche le sel, boit ce neuvième verre d’un seul trait, puis mord dans le citron.
_ « Autant de verres en si peu de temps ! La nuit va s’achever sous peu si ça continue.
_ Je pense que d’autres verres feront l’affaire. Tant que Médée s’amuse, je préfère ne pas la laisser seule.
_ D’ailleurs, pourquoi est-elle voilée ? Venez-vous d’un pays où le culte religieux l’impose ? »
Nicol, d’un geste amusé, imite avec ses doigts un pistolet qui tire en plein sur la Mexicaine : « Bien joué. Première question qui nous est posée sur nos origines, depuis que nous sommes arrivés.
_ Je ne voulais pas vous sembler impolie.
_ Ce n’est pas le cas. C’est simplement que je trouve suspect le fait qu’Ichtaca nous offre l’hospitalité sans même savoir qui nous sommes. »
Iuitl libère une mine mélancolique. Elle caresse machinalement avec son index le dessus de la main de Nicol : « Tu sais, les visites ici, ça va, ça vient. Parfois tu crois tomber sur des gens formidables qui enrichiront tes connaissances, ta personnalité. Puis dès le lendemain, ils reprennent la route. Tu ne les vois plus jamais et eux, ils t’oublient dès qu’ils ont tourné le dos à Icnoyotl.
_ Tu sembles affectée par ces mouvements incessants de touristes.
_ Oh ! Nous sommes une humble tribu agricole. Hormis cette taverne, dehors, les paysans mènent une vie laborieuse et obscure dont l’horizon se limite généralement à notre établissement, notre famille, nos champs et nos bêtes.
_ Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. »
Elle se lève et lui tourne le dos : « Ce n’est rien, après tout demain tu seras déjà loin. »
Nicol baisse timidement la tête, navré d’avoir échoué dans son approche : « Peut-être pas. Nous sommes ici pour visiter les environs. Nous espérons voir quelques espèces protégées. »
Elle ne répond rien et charge une autre serveuse d’apporter un nouveau verre à Nicol.

Plus loin, Médée tourne, tourne, rit, chante, tourne à nouveau. Elle s’amuse autour d’un sombrero posé au sol et change à tours de bras de partenaires toujours dans la bonne humeur.
Soudain, dans le rythme, elle se retrouve au bras du propriétaire : « Alors comment trouvez-vous l’endroit, s’intéresse enfin Ichtaca ?
_ Hormis votre plancher sur lequel je danse depuis tout à l’heure, je n’en ai pas encore vu grand-chose. »
Il s’arrête et gratte sa barbe brune, tout en sortant une cigarette roulée par ses soins qui traîne dans sa poche : « Vous venez à table la fumer avec moi ? »
N’oubliant pas que l’investigation est le but premier de sa présence ici, Médée accepte : « Je ne fume pas, mais ça sera avec plaisir que je profiterai de votre compagnie. »
Sans même qu’il n’ait besoin de le demander, Ichtaca est reçu par un serveur qui apporte à chacun la mole poblano.
_ « Qu’est-ce donc, suspecte Médée en prenant le couvert qui accompagne l’assiette ?
_ Du poulet à la sauce au chocolat épicé. Une spécialité. Vous auriez tort de vous en priver.
_ Ce n’est pas mon intention. Mais dîtes-moi, je suis étonnée de voir une telle manifestation festive le jour de funérailles.
_ La plupart des gens présents dans ce bar sont des voyageurs. Et pour les locaux ici présents, ils se moquent des conséquences que peuvent avoir les rituels des adeptes de Tezcatlipoca. Ils veulent vivre de façon moderne, sans se soucier de ces légendes ineptes.
_ Puisque vous pleuriez cet enfant, dois-je en déduire que vous faites partis des croyants à Tezcatlipoca ?
_ Depuis l’origine de notre lignée, je suis rattaché à cette terre. J’ai vécu dans ses croyances et j’y vis encore. Je suis croyant sans être un réel pratiquant… »
Il montre sa cicatrice au visage, tout en recrachant sa fumée : « … Vouloir pratiquer cette croyance, c’est sacrifier beaucoup de soi.
_ J’ai l’impression de remonter des souvenirs douloureux. Je ne veux pas…
_ Non, non, ce n’est rien. Ma femme, mon fils et moi étions fidèles à Tezcatlipoca. Lorsqu’il fut en âge de devenir un guerrier Jaguar, un soldat au service de notre dieu comme le préconise Tezcatlipoca lui-même, mon fils perdit la vie comme cet enfant de tout à l’heure. J’ai alors renoncé à ce culte, au prix de perdre mon épouse. Elle est partie il y a des années à la recherche de la citée de Tezcatlipoca, Citlali.
_ Et cette citée, elle existe vraiment ?
_ Tous ceux partis à sa recherche ne sont jamais revenus.
_ Qui étaient ces gens ?
_ Des gens comme ma femme. Des gens prêts à devenir des Jaguars. »
Derrière eux, un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, ramasse les restes sur une table vide. Il se délecte de la conservation, en laissant pendre sa très grande langue. Très vite, il ramène les verres couchés jusqu’au comptoir où il croise Iuitl envers qui il hoche la tête sommairement.

Exténuée, Médée finit par gagner sa chambre après avoir salué Ichtaca, auprès de qui elle n’a pas pu en s’avoir plus.
_ « Ce n’est pas grave, lui répond Nicol dernier attablé. »
Autour d’eux, la taverne se vide.
La musique perd en intensité, les musiciens cessant un à un de jouer de leurs instruments, le temps de finir leurs verres et rentrer chez eux.
Les tables sont débarrassées, le comptoir nettoyé.
Les étrangers regagnent leurs chambres, tandis que les villageois rentrent chez eux.
Son service terminé, Iuitl laisse son tablier sur le zinc et salue le patron d’un geste de la main.
Dehors, Nicol la rejoint : « Tu vas rentrer seule ? »
Iuitl, encore vexée, ne daigne même pas le regarder : « Tu veux me porter sur ton dos ?!
_ C’est juste que tous les hommes sont rentrés ensemble. Nous sommes au beau milieu de la nuit et en venant ici j’ai entendu des rumeurs d’enlèvements et de sacrifices. Alors…
_ Alors tu es venue me protéger ? Mais toi, qui te protégera quand tu m’auras ramené et qu’il te faudra rentrer seul chez Ichtaca ? »
Nicol aurait aimé lui répondre qu’il serait envisageable de passer la nuit avec elle, mais sa bonne éducation l’en empêche. Finalement, il la laisse à sa folle humeur et rebrousse chemin.

Seule, dans la nuit noire, Iuitl traverse les rues, sous le regard inquisiteur du mystérieux serveur à la langue bien pendue.

Dans la taverne, à l’étage, sur le pallier, Médée passe sa tête par la porte de sa chambre entrebâillée pour intercepter Nicol : « Pst ! »
Nicol, prit de panique, se cramponne la poitrine : « Ah ! Médée ! Bon sang, ce que tu m’as fait peur ! »
Un fou rire nerveux s’empare de Médée et contamine Nicol.
Après quelques minutes d’enfantillages, elle chuchote : « Ichtaca, c’est un ancien adepte de Tezcatlipoca.
_ Bien joué. Pour ma part je n’ai pas réussi à glaner la moindre information. Il nous faudra concentrer nos efforts sur Ichtaca dans ce cas. Nous n’avons que cette piste pour l’instant. »


En sortie de Tokyo, à la Yacht House, le soleil du 20 décembre 1986 perce à travers la fenêtre du studio du Saint de Pégase.
Le sommeil est venu tard pour Seiya.
Le jour déjà haut dans le ciel, baigne le petit appartement d’une lumière agréable pour un mois de décembre. Ses rayons viennent chatouiller les paupières du locataire profondément endormi, ainsi que celles de Miho paisiblement reposée contre son ami.
Lorsqu’il revient parfaitement à lui, Seiya bondit, redressant par la même occasion sa jolie compagne qui défait sa ferme poitrine chaudement collée à son torse nu.
Il regarde l’heure sur son réveil et s’inquiète : « Mince ! Je vais être en retard ! »

En tenue d’Adam, il traverse la pièce pour atteindre la kitchenette et se faire une rapide toilette. Emmitouflée dans les draps, Miho ne perd pas des yeux l’homme de son c½ur qu’elle dévore d’amour.
_ « Reste un peu.
_ Je ne peux pas. Tu sais que j’ai d’autres obligations.
_ Oui, envers cette jeune femme qui t’a t’en fait souffrir pendant ton enfance et qui t’a séparé de ta s½ur. Tu es prêt à la rejoindre à tout moment, envers et contre tous. Contrairement à d’autres.
_ Tu le sais Miho. Je suis un chevalier. Je n’ai pas d’autres choix. Nous en avons déjà parlé hier. »
De colère, elle boude sous les couvertures tandis qu’il achève de s’habiller.
Lorsqu’il vient la libérer de sa cachette, les petits yeux amoureux de la demoiselle le supplient : « Dis-moi que tu reviendras pour moi. »
Seiya garde le silence. Il lui baise le front et endosse sa Pandora Box.

Avant qu’il ne soit entièrement sorti, Miho se précipite totalement nue jusqu’à la porte d’entrée : « Dis-moi au moins que tu reviendras en vie. »
Sans oser se retourner, le visage résolument déterminé, Seiya se contente de répondre : « Je reviendrai Miho. Je reviendrai. »


L’aube commence seulement à pointer le bout de son nez dans le village d’Icnoyotl.
Une légère lumière passe à travers les fibres des rideaux qui ferment les fenêtres des modestes chambres de la taverne où Nicol et les siens ont trouvé refuge.

Reposée sur le torse de Mei, Yulij remonte peu à peu le buste sculpté de son compagnon pour l’extirper de son sommeil par un délicat baiser.
Dans la chambre à-côté, la tête tourne à Médée qui supporte mal les verres de tequila descendus durant la soirée de la veille.
Nicol, lui, ne portant que son sous-vêtement, s’exerce déjà en effectuant rapidement d’innombrables pompes sur le vétuste plancher de sa chambre.

Lorsqu’ils se rejoignent tous les quatre sur la mezzanine qui fait le tour des chambres et surplombe le bar, ils observent, accoudés à la rambarde, la salle où avait lieu la fiesta de la veille.
Ajustant son turban autour du visage, Médée s’exclame : « Incroyable, tout est propre et déjà rangé.
_ J’espère que cela nous permettra de manger plus calmement qu’hier, déclare Mei avec sarcasme. »
Une odeur de tabac vient leur chatouiller les narines et les informe de la présence d’Ichtaca derrière eux.
Le patron se gratte la barbe pendant qu’il aspire quelques bouffées de sa roulée : « Oui. N’attendez pas la bonne ambiance avant ce soir 22h. A cette heure ci, la majeure partie de nos clients ont déjà payé leurs chambres et ont repris la route. Rares sont ceux qui reviendront ce soir. Toutefois, il y a toujours suffisamment de nouveaux venus pour faire la fête. Et puis les villageois se joindront volontiers à nous. »
Le disciple de Deathmask souffle avec exaspération : « Génial ! »
L’épouse de Mû, dont la tête bourdonne encore, se joint aux railleries de son camarade : « A qui le dis-tu ! »
Nicol, lui, précise : « Nous serons encore là ce soir pour notre part. »
Ichtaca fait la moue en tirant de nouveau sur sa cigarette : « Rares sont les visiteurs qui restent bien longtemps. Vous n’avez rien de chercheurs de trésors…
_ Nous sommes venus étudier quelques espèces rares, répète à qui veut le croire Nicol.
_ Sans appareils photos, sans notes, remarque l’observateur Ichtaca ?! »
Yulij espère sortir son frère adoptif de ce mauvais pas : « C’est que… »
Ne voulant en savoir plus, mais n’étant pas dupe, Ichtaca conclut : « Soyez prudents. Il existe de dangereux animaux encore plus offensifs que les moustiques ici. »
Cette boutade destiné à Mei provoque le cynisme du Saint de la Chevelure de Bérénice.
Prudent, Nicol renvoie d’un hochement de tête une réponse pleine d’allusion comme l’était la réflexion du propriétaire de la taverne : « Merci. Nous sommes équipés contre ces bêtes là. »
Ichtaca leur tourne le dos et rentre nettoyer une chambre que des clients ont quitté plus tôt : « Le petit déjeuner vous attend en bas. Mes serveuses vous feront découvrir quelques spécialités locales. A ce soir j’espère. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope, l’aube s’est prononcée depuis quelques heures déjà à travers les lucarnes de l’immense temple.
Le maître des lieux, Saga, paré de sa tenue de représentant d’Athéna, progresse, préoccupé, dans la salle d’audience.
Dans sa main, sur laquelle descend sa longue toge blanche, il tient une lettre qui le laisse coi.

Dans ses pas, file son fidèle messager habillé de sa lourde bure de moine et de son masque de fer, Ptolémy.
_ « Hum… Tu es catégorique Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, interroge la voix du Pope étouffée par son masque ?
_ Absolument. Ce courrier a été rédigé de la main même de Saori Kido. Nos espions sont formels.
_ Cette missive nous annonce sa venue à elle ainsi qu’à celle des Saints de bronze renégats. Elle est encore plus folle que je ne l’aurai pensé. »
Aveuglément fidèle à celui qui lui donna sa chance, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Ptolémy se courbe lorsque son souverain passe à sa hauteur pour se diriger vers le balcon qui domine tout le domaine sacré.
Dans un déchaînement de sarcasmes, le Grand Pope déchire la lettre : « Les pauvres inconscients. Ils ont choisi de se jeter dans la gueule du loup. Ils ne parviendront jamais à franchir les douze maisons du zodiaque !
_ Certes Majesté, mais pensez-vous que des hommes du rang des Saints d’or s’abaisseront à tuer cette jeune femme qui se prétend être Athéna ?
_ Non, car c’est toi qui vas le faire.
_ Comment ?!
_ Oui, tu seras le guide des Saints de bronze lorsqu’ils arriveront. J’aimerai que tu utilises ton arcane pour faire diversion et planter une de tes flèches en pleine poitrine de cette Saori Kido.
_ Pégase et ses amis sont parvenus à vaincre séparément certains de mes semblables bien plus puissants que moi. Je crains hélas que ça ne suffise pas.
_ J’y ai pensé. Voilà pourquoi seule une arme divine peut prendre à défaut ces Japonais. »
Il retourne près de son trône, tandis que son fidèle serviteur reste prosterné. Il sort de dessous un coffret dans lequel est entreposé une dague. Sous les petits yeux rouges de son masque, le Saint des Gémeaux glisse son regard sous la lame et en extirpe une flèche en or.
_ « Cette dague, plonge-t-il dans ses souvenirs… Confiée par Cronos en personne. Si seulement Aiolos n’était pas intervenu il y a treize ans… Heureusement, elle n’était pas la seule arme que j’ai récupérée lors de la Guerre Sainte contre les Titans. Cette flèche est idéalement adaptée à la situation. Ainsi, même si grâce à son statut divin Athéna ne meurt pas sur le coup, si son cosmos lui permet de lutter contre celui d’un dieu primordial, la pointe finira par lui transpercer le c½ur. La seule chose qui pourrait la sauver serait le Bouclier de la Justice. Et pour cela, il faudra d’abord que ses Saints de bronze traversent les douze temples. Autant dire que c’est impossible, planifie-t-il en silence. »
Il sort de ses réflexions et range sous son siège, aussi discrètement qu’il l’a sortie, la boite offerte par Cronos.
Il revient à Ptolémy et lui tend la flèche d’or : « Lorsque ton cosmos est à son paroxysme, ton Phantom Arrow parvient à libérer des flèches matérialisées. Tu es même déjà parvenu à en matérialiser une en or. Celle que je te tends nécessitera seulement toute ton application pour atteindre cette jeune rebelle. Ne te préoccupe que de faire diversion auprès de ses Saints de bronze et applique tout ton cosmos à atteindre Saori Kido. Lorsque tu auras réussi ta mission, tu délivreras un message de ma part à ses chevaliers. Tu leur diras que nul ne peut retirer cette flèche d'or hormis quelqu'un investi d'un pouvoir équivalent au mien. Ils ne disposent que de douze heures pour traverser les maisons du zodiaque et me ramener auprès de cette Saori, car durant ce délai la flèche se rapprochera inexorablement de son c½ur. »
Ptolémy tend les bras pour recevoir l’artefact : « Bien Majesté.
_ Ptolémy. Je ne te cache pas que cette mission n’est pas sans risque. Mais je ne doute pas de ta fidélité envers le Sanctuaire.
_ En effet. Quoi qu’il puisse arriver aujourd’hui, sachez que cela aura été un honneur de servir pour vous au nom d’Athéna. »

Seul, Saga se positionne fermement dans son fauteuil et attend patiemment.
Soudain, quelques fracas retentissent depuis derrière la porte de la salle d’audience.
Un garde l’ouvre en s’écroulant, désemparé et à bout de souffle : « Majesté… Grand Pope… Contre vos ordres, le Saint d’or Aiolia insiste pour vous voir… Il a déjà repoussé plusieurs des nôtres… »
Sans même perdre de sa prestance malgré l’annonce d’une éventuelle menace, le chevalier des Gémeaux décrète : « Bien. Qu’il vienne. Je lui donnerai audience. Pendant ce temps, regroupe d’autres messagers, j’ai une convocation à faire parvenir aux Saints d’or pour un Chrusos Sunagein ! »
L’homme s’exécute et fuit en passant à côté d’Aiolia qui déboule avec rage.
De retour du Japon, le Saint d’or du Lion exige de rencontrer le Grand Pope afin que celui-ci lui rende des comptes sur l’absence d’Athéna au Sanctuaire…


Au Mexique, dans la citée de Citlali, au plus profond de la pyramide aztèque, le massif Tezcatlipoca, les yeux toujours fermés, lève le visage en direction de sa statue.
Il semble prier le c½ur solaire qui l’alimente.

Derrière lui, agenouillé, Necocyaotl attend que son dieu mette un terme à son recueillement.
Il réajuste son écharpe rouge par-dessus le col en or qui encercle son torse et couvre son châle vert.

Plus loin, quelques prêtres totalement prosternés invoquent la pitié de cet organe de feu. Seul le clergé est autorisé à contempler la statue.
Pourtant, les rares élus sont plus attirés par cette sphère incandescente, que par la sculpture en elle-même. Ils réussissent à distinguer un objet au centre même de cette boule de feu. Tezcatlipoca commente : « C’est le sceau apposé sur cette espèce de clochette qui m’a libéré de la perfidie d’Athéna. Le sauveur de notre espèce m’a assuré que cette énergie est l’arme qui détruira l’humanité. Et c’est le cas. Je sens cette chaleur qui pénètre mon c½ur et libère tous mes pouvoirs… »
Il se retourne, les bras grands ouverts vers le ciel et ouvre enfin ses paupières. Ses deux yeux sont semblables à deux lumières rouges. Ils brillent dans l’ombre causé par le reflet du soleil sur les ruines intérieure du temple.
_ « … Le moment de prier va s’achever. L’heure de la destruction approche. C’est ce qui a été prévu pour ce monde. Le monde tel que nous le connaissons sera détruit, pour ensuite renaître. En jurant fidélité au dieu qui nous a libéré de l’emprise d’Athéna, nous avons obtenu la garantie d’être ceux qui débuteront la fin du monde. Quand ce grand jour viendra, ce dieu allié exaucera notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde nouveau. Mais en attendant qu’il nous en donne l’ordre, en attendant que le soleil n’abatte sa colère, il doit se nourrir de c½urs humains. D’autres sacrifices doivent être faits pour perpétuer sa course et éviter de façon immédiate la destruction. Qu’on le dise à mes guerriers Jaguars ! Qu’on m’offre des sacrifices pour occuper la patience du soleil ! »

Les prêtres s’exécutent. Ils quittent la pyramide, pour aller prêcher la bonne parole dans la citée.

En quelques minutes, Tezcatlipoca se retrouve seul en compagnie de Necocyaotl.
Le pontife ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Beau discours ô Grand Tezcatlipoca. Puisque vous parliez de sacrifices, je trouve utile d’évoquer celui que voulait vous faire Titlacauan hier. Cet homme raffiné qui vous conviendrait à ravir a été observé hier par Cuetzpalli. »
Le prélat appelle d’un geste de la main le prénommé Cuetzpalli qui se présente vêtu d’un tilmatli. L’homme, au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, n’est autre que le serveur assurant la veille le service chez Ichtaca.
Il s’assoit en faisant glisser, de manière à le ramener entièrement en avant pour couvrir son corps et ses jambes, ce rectangle en poils de lapins tissées et renforcé pour l'hiver de plumes noué sur l’épaule droite. Il baisse la tête en attendant qu’on lui donne la parole.
Tezcatlipoca et ses yeux semblables à des lasers le toise : « Cuetzpalli. Tu es un Jaguar qui espionne le village d’Icnoyotl n’est-ce pas ? »
Tout en laissant pendre sa très grande langue, le hideux personnage répond : « En effet ô Grand Tezcatlipoca. Je suis serveur chez Ichtaca. »
Tezcatlipoca bouge très lentement sa tête en direction de son représentant : « Ichtaca… N’est-ce pas ce Jaguar qui nous a tourné le dos ?
_ En effet, assure d’un signe de la tête Necocyaotl. Vous n’avez jamais voulu qu’on lui inflige le châtiment réservé aux traîtres.
_ Il peut encore nous être très utile. »
Cuetzpalli, habituellement fort bavard et indélicat, observe la plus grande discrétion de peur de froisser son dieu. Il attend que celui-ci daigne poser la vue sur lui pour continuer : « J’ai pu surprendre une conversation hier soir, durant laquelle une des personnes qui accompagne cet étranger qui plait tant à Titlacauan se renseignait justement sur votre citée, sur les Jaguars et surtout sur vous Grand Tezcatlipoca. »
Necocyaotl laisse apparaître une expression encore plus malsaine qu’habituellement. Son visage peint en horizontal de jaune et noir, couleur symbole de sa tribu, arbore son aspect menaçant : « Ne sachant pas de qui il s’agit réellement, nous devons nous montrer le plus prudent possible. Peut-être qu’enlever un des leurs nous permettra d’en savoir plus sur eux ? »

Tezcatlipoca garde le silence le temps de tourner le dos à ses hommes et de retourner auprès de l’édifice témoin de sa toute puissance. Avant de ne faire qu’un avec, il ordonne : « Cuetzpalli. Sers-toi de ton complice au sein d’Icnoyotl, pour savoir qui ils sont. Necocyaotl. Ne faisons rien d’autres qu’offrir des sacrifices au soleil. Nos ennemis ne tarderont pas à se manifester d’eux-mêmes. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Noioso, le calme règne.
Déserté par la jeunesse athénienne, ce village du sud du domaine sacré n’accueille aujourd’hui que quelques vieillards et malheureux pour qui la vie près d’Honkios est trop chère.

Néanmoins, il fait bon vivre dans ce logis de Noioso aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille.
Cet homme à la chevelure soyeuse, bleue, s’en approche, encapuchonné par sa cape. Celle-ci dissimule au possible sa Cloth en or.
Il s’étonne du calme ambiant et du manque de ronde : « Il faut dire qu’Arachné, le lieutenant de la zone sud a été vaincu lui aussi par ces satanés renégats, constate le Suédois au visage gracieux avant de conclure, de même que les effectifs des soldats ont diminué au fil des batailles menées à travers le globe. Ainsi que sous nos propres lances pour ceux qui ont osés se soulever contre l’autorité du Grand Pope. Ce règne de la terreur a calmé les esprits récalcitrants. »
Une brise fraîche caresse le chevalier au grain de beauté sous l’½il gauche : « Il fait bon matin. La brume voile l’horizon mais cela annonce généralement une journée ensoleillée, pense-t-il mélancoliquement. »
Inhabituellement rêveur, Aphrodite se positionne sur le pas de la demeure de son ancienne compagne. Depuis dehors, il entend les effusions de joie de la jeune femme mêlées aux gazouillis d’Adonis, son fils.
Il baisse sa capuche et glisse son heaume sous son bras. Le même bras dont la main tient une pochette dont la face présente une inscription en grec ancien. Avec son index recroquevillé, il cogne de l’autre main à la porte.
La voix douce et chaleureuse de la propriétaire s’empresse de crier : « J’arrive, j’arrive ! »
Quelle n’est pas la surprise de cette jeune femme à la peau blanche et aux grands yeux bleus : « Aphrodite ! »
Derrière elle, un petit garçon trotte jusqu’à venir se jeter dans ses jambes en criant : « Maman ! »
Cette voix pleine de vie provient de son fils à la chevelure bleuté comme celle du Saint des Poissons. Il porte sous son ½il le même grain de beauté que son père dont il ignore tout.
_ « Bonjour Myrrha… »
Il s’agenouille pour atteindre la hauteur de l’enfant : « … Bonjour Adonis. »
Le susnommé répond en agitant la main pour saluer l’inconnu.
Faisant front de sa maigre apparence, Myrrha bloque l’entrée et fait reculer son fils d’un mouvement de jambe : « Que me vaut l’honneur de cette visite ? Si c’est Milo que tu cherches, il a reçu une convocation et il est parti précipitamment. »
Aphrodite sourit avec gêne. Son attitude si cordiale ne lui ressemble pas : « En effet, dit-il en agitant lui aussi la pochette qu’il tient dans la main, c’est parce que j’étais sûr de ne pas le trouver avec toi que je suis venu vous voir… »
Il emboîte le pas en direction de la demeure mais Myrrha fait front davantage.
_ « … Myrrha. Si je suis venu ce matin, c’est simplement parce que j’ai un mauvais pressentiment. Et je ne voulais pas partir sans dire au revoir à mon fils. Ni à toi d’ailleurs.
_ Ton fils ?! Sais-tu au moins quel âge il a ton fils ?! Etais-tu là lorsqu’il a fait ses premières dents ? Ses premiers pas ? "
_ Il a deux ans et demi. Il est né le 22 juillet 1984 et... Non, je n’ai jamais été là à chaque étape de sa vie. Je voulais simplement le voir une… Avant que le monde ne change.
_ Tu l’as vu. Maintenant, tu peux partir. »
Alors que d’ordinaire il se serait montré insistant, voire violent, Aphrodite se contente de faire la moue. Il reste les yeux rivés sur sa progéniture vers qui il tend une rose rouge : « Je ne reviendrai plus t’embêter mon petit bonhomme. C’est promis. Seulement sache que tant que cette fleur gardera son éclat, je veillerai sur toi. »
Le bambin l’attrape, puis repart à vive allure à l’intérieur de la chaumière.
Myrrha en profite pour claquer la porte au nez de son ancien compagnon mais celui-ci retient la porte au dernier moment. Les yeux noyés de morosité, il se contente de lui dire : « Myrrha ! … Pardon. »
Son regard regagne le sol de Noioso, tandis qu’il rebrousse chemin, laissant la porte se fermer plus délicatement derrière lui.

A l’intérieur de la maisonnette, Myrrha se laisse glisser contre le bois qu’elle vient de repousser jusqu’à choir sur le sol terreux. Elle recroqueville ses genoux contre sa poitrine et s’y réfugie, pour pleurer à chaudes larmes.


Au Mexique, dans la forêt, la sonorité ambiante rappelle la composition extraordinaire de cette jungle.
D’animaux peu communs, aux végétations les plus inattendues, en passant par quelques vestiges des civilisations précolombiennes, les excursions des Saints sont riches en émotions.
Séparés en deux groupes, un constitué des hommes et un second des femmes, les chevaliers ont choisi de se partager deux secteurs à l’est d’Icnoyotl.
Les urnes des armures laissées à la taverne, les chevaliers ont opté pour des vêtements locaux pour espérer passer inaperçus.

Chez les hommes, Nicol tempère son agacement, tandis que Mei ne cesse de se plaindre de la chaleur étouffante, du temps perdu à tourner en rond et des raisons pour lesquelles il ne peut pas faire équipe avec sa bien-aimée.
_ « J’ai trouvé intelligent de varier un peu. Nous sommes une équipe et je pense que nos caractères totalement opposés peuvent donner quelque chose d’intéressant.
_ Ah ça oui ! Tu peux être sûr que ça va se finir en pugilat ! Ça, ça va être intéressant ! »
Faisant preuve d’une maturité poussée à rude épreuve, Nicol préfère se taire. Il pointe du doigt : « Allons à droite. »
Mei se défait avec quelques mouvements de bras, des branches qui lui barrent la route : « C’est bizarre, j’allais proposer la gauche. »
Soudain, un hurlement atroce les met d’accord. Ils hochent la tête pour choisir en ch½ur : « Au centre ! »

Plus loin, l’entente est plus cordiale entre les femmes.
Médée et Yulij profitent d’être loin de tout autochtone pour retirer leurs voiles et réajuster leurs masques de femmes chevaliers : « Je ne pensais pas un jour être si heureuse de pouvoir remettre ce masque, sourit Yulij sous celui-ci.
_ Tu lis dans mes pensées. J’aurais même préféré, vu que nous ne sommes que deux, rester à visages découverts. Néanmoins, nous ne savons pas sur qui ou quoi nous pouvons tomber. »
A cet instant, Yulij sent un étrange liquide lui couler sur l’épaule. Elle passe sa main sur le fluide écarlate qu’elle frotte du bout de ses doigts et, en levant la tête, constate : « A qui le dis-tu ! Regarde en haut ! »
La Muvienne passe sa main devant sa bouche : « Par Athéna ! Que lui est-il arrivé ? »
Le Saint du Sextant fait le tour d’un cadavre animal pendu aux arbres : « Il semble qu’il a été… Ecorché. Sa peau lui a été retirée. »
Dans le bourdonnement incessant des mouches qui viennent se délecter de la chair à vif, le Saint du Graveur voit tout autour, suspendus eux aussi, d’autres cadavres de bêtes du même type : « J’ai l’impression que nous sommes tombés sur un lieu de culte.
_ Un lieu où on sacrifie des animaux ?
_ Pas de sacrifices au sens propre du terme. On leur vole leurs peaux. D’ailleurs, ces bêtes ne te rappellent rien ? »
Yulij se remémore les jaguars vus la veille et avant qu’elle ne puisse répondre, des grognements félins les encerclent.
Une voix brutale accompagne la meute : « Du calme mes jaguars, du calme. »
Un homme sort de la pénombre, entouré d’autres animaux. Il présente une musculature résolument impénétrable. Son corps nu, uniquement caché à l’entrejambe par une peau de bête qu’il a dépecé, a le corps peint aux couleurs des animaux symboles de sa tribu. Ses yeux jaunes et son visage maquillé de jaune et lui retirent tout aspect humain. Ses longs cheveux ébène, poisseux et fourchus, ressemblent davantage à un pelage.
D’autres hommes apparaissent à leur tour, accompagnés eux aussi par des félins. Tous aussi râblés, ils sont couverts par la peau du cheptel dépouillé. Leurs visages, leurs bras, leurs jambes, et pour certains leurs poitrines, sont habillés de toisons de jaguars.
L’homme au visage coloré lève la machette qu’il tient entre les mains vers les cieux : « Pour que nos bêtes nous fournissent une fourrure de qualité, il faut les rassasier ! Qu’on saigne ces intrus ! »
Aussitôt, les jaguars s’élancent sur les deux jeunes femmes qui sont acculées l’une contre l’autre.
_ « Je croyais que les jaguars ne s’attaquaient pas aux hommes, s’étonne Yulij !
_ Sauf s’ils sont sous l’influence de ces derniers, déplore Médée.
_ Dans ce cas, je m’en occupe. Une Chute d’Etoiles devrait suffire à nous débarrasser d’eux : Falling Stars ! »
Semblables à des météores, les coups du Sextant renvoient tous les animaux au tapis.
En retrait, une voix ronronnante félicite la jeune femme : « Je suis étonné de voir par ici une autre caste que nos Jaguars. De qui êtes-vous les représentants ? »
Le colosse à la machette, écarte alors quelques feuillages, pour laisser apparaître un jaguar humanoïde assis sur un trône de pierre taillée de motifs précolombiens. Celui-ci, affublés de parures traditionnelles, porte une couronne de plumes et laisse un serpent s’entortiller autour de son corps.
Face au silence des intruses, le thérianthrope s’adresse à son serviteur : « Achcauhtli. Elles nous font perdre du temps. Elles t’empêchent de préparer de nouvelles tenues pour nos Jaguars. Fais-les parler. »
Ledit Achcauhtli pointe son arme vers les jeunes femmes pour envoyer les soldats à la charge cette fois-ci. Il se retourne alors vers son supérieur : « C’est comme si cela était fait lieutenant Ipalnemoani. »

A l’opposé, Nicol et Mei se précipitent à toute allure en direction du cri qui leur est parvenu.
Inconsciemment, l’un essaie toujours d’être plus rapide que l’autre, pour le devancer. Malgré cette perpétuelle rivalité, les deux Saints n’en oublient pas qu’ils sont dans le même camp. Cela sert Mei lorsque Nicol choisit de le plaquer au sol pour éviter une déferlante de cosmos qui s’abat sur eux.
Lorsqu’ils relèvent la tête, ils remarquent des pattes griffues qui soutiennent les corps de jaguars humanoïdes.
Mei grimace : « Merde. Ça recommence. »
Dans le dos des trois Jaguars qui se dressent en rempart, Nicol distingue trois hommes et une femme vêtus comme des cow-boys : « Eh ! Mais ce sont les touristes de la taverne ! Ils étaient là-bas hier soir ! »
Deux des étrangers sont couchés, leurs cadavres lacérés, tandis que le dernier homme se fait attacher les mains dans le dos et bâillonner.
La femme, elle, est maintenue à la gorge contre un arbre, par une guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue. Autour de ses jambes, couvertes d’un très léger morceau de tissu destiné à dissimuler son intimité, un félin se frotte affectueusement. Ses épaules larges et son visage colorié de jaune et de noir font perdre à cette Jaguar toute féminité. Elle abandonne sa victime en souriant : « Ne t’en fais pas ma belle, je jouerai avec toi après m’être occupée d’eux. »
Mei regarde Nicol et rigole : « Elle n’a pas l’air commode. Je te la laisse, je n’ai pas envie de me faire décoiffer par un simili de bodybuilder dopé. »
Immédiatement, Mei se relève, balance son sombrero à l’un des Jaguars et envoie son poncho sur les deux autres pour arborer sa tunique jaunâtre, ses spartiates et ses poings bandés de bandelettes en papier : « J’en avais marre de me retrouver dans la peau d’un autre homme. Pas vous ? »
Les trois métamorphes ne gouttent guère à la plaisanterie et s’élancent sur le Saint de la Chevelure de Bérénice.
Du côté de Nicol, l’animal de la massive guerrière tente de saisir de ses crocs le Grec. Nicol défait lui aussi son châle et se sert du tissu ample pour étrangler l’animal.
Espérant lui faire perdre connaissance, sans pour autant lui ôter la vie, le Saint d’argent ne remarque pas l’approche de son ennemie au physique herculéen. Elle le cogne par surprise dans les reins, en joignant ses deux énormes mains.
Le chevalier à la carrure digne d’une statue grecque ne se remet pas de ses émotions, qu’elle lui attrape ses cheveux châtain clair pour mieux le frapper d’une violente droite. Elle répète trois fois l’opération, le renvoyant chaque fois plus sonné au tapis.
Pendant ce temps, son animal de compagnie se défait de l’habit qui le gênait et vient choper Nicol derrière la nuque pour le plus grand plaisir de sa maîtresse : « Vas-y, c’est ça. Dévore-le. »
Tout proche, Mei abandonne son rictus provocateur. Les trois Jaguars le menacent sérieusement. Il a beau augmenter son cosmos, ses ennemis se remettent parfaitement de ses coups. Il esquive la droite du premier et lui balaye les jambes pour le renvoyer au tapis. Il saisit le second à la gorge, avant qu’il n’ait pu tenter quoique ce soit, et vient lui faire heurter avec son visage celui du premier.
Enfin, le troisième larron tente de lacérer le Japonais, griffes en avant, mais Mei s’en sort à merveille en le cognant du genou en plein abdomen. Il enchaîne plusieurs coups de poings sur son adversaire. Les chocs au visage suffisent à avoir raison de lui.
Lorsqu’il se retourne, la musclée Jaguar, pensant en avoir fini avec Nicol, le surprend à son tour. Elle fonce depuis les airs, genoux en avant, pour le heurter en plein visage.
Mei est projeté en arrière.
Nicol aux prises avec l’animal féroce, le saisit par chacune de ses mâchoires. En les écartelant il le tue sur le coup.
La guerrière en profite pour disparaître avec les deux touristes. Sa voix retentit dans les airs : « Vous n’auriez pas dû défier Ixtli lieutenante des Jaguars. Vous mourrez pour cette offense. »
Loin de se soucier de telles menaces, Nicol s’inquiète de voir les deux Jaguars que Mei n’a pas achevé prendre la poudre d’escampette.
La main droite tenant son nez gonflé et couvert de sang, Mei libère de sa main gauche de longs filaments qui viennent capturer les fuyards.

A plusieurs kilomètres de là, Médée et Yulij renvoient du mieux qu’elles le peuvent la vingtaine d’ennemis qui se dressent sous les ordres d’Achcauhtli.
Les hommes affublés de peau de bêtes posent quelques soucis aux deux jeunes femmes par leur supériorité numérique et leur résistance.
Derrière, Ipalnemoani, le lieutenant humanoïde, abandonne son fauteuil de pierre et ordonne à son second : « J’ai l’impression qu’Ixtli a quelques ennuis. Il vaut mieux que nous rentrions à Citlali pour avertir notre Grand Tezcatlipoca que ces visiteurs disposent d’une puissante énergie. Tu me rejoindras quand tu te seras débarrassé d’eux et que tu les auras fait parler Achcauhtli. »
Le géant musclé hoche la tête pour approuver les ordres et part à l’attaque.
Acculée, Médée appelle dans ses mains deux outils qui appartiennent à sa Cloth. Sans que le reste de l’armure ne viennent, l’épouse de Mû dispose du marteau et du burin de sa Cloth de bronze. Elle les fait s’entrechoquer et libère des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths : « Gammanium Destroyer ! »
Les billes du Gammanium Destructeur transpercent ses adversaires de part en part, les tuant sur le coup.
Quand elle choisit de faire volte-face pour prêter main forte à Yulij, une épaisse colonne de muscles lui barre la route. A une vitesse dépassant celle d’un simple Saint de bronze, il défait Médée de ses outils et lui assène un violent coup de tête en pleine face. La jeune femme, heureusement, protégée par son masque, titube et ne voit pas la succession de droites et de gauches d’Achcauhtli venir. Elle est martelée sur toute la surface de son corps, si bien que ses muscles sont endoloris et que ses membres ne lui répondent plus. Une dernière droite la fait chanceler et un coup de pied en plein torse l’étale au sol comme si elle n’était rien.
De son côté, Yulij renvoie au tapis les derniers adversaires encore debout. Hélas, ceux-ci n’abdiquent pas. L’un réussi à lui attraper ses longs cheveux blancs pour la déstabiliser. Sitôt, deux autres se précipitent pour la mettre au tapis.
D’un mouvement acrobatique réalisé avec majesté, Yulij parvient à les frapper simultanément avec ses jambes et à passer derrière celui-ci qui croyait la neutraliser. Son coup de poing en pleine colonne vertébrale la lui brise, tout comme les os des deux précédents assaillants ont rompu sous le choc. Autour de la Grecque, l’effluve de son cosmos resplendit : « Puisqu’il vous faut ça, on va passer à la vitesse supé… »
Elle n’achève pas sa phrase qu’Achcauhtli apparaît devant elle comme il l’a fait précédemment avec Médée. Il lance sa tête contre celle de Yulij. Toutefois, la Saint du Sextant est plus vive que son amie et elle l’esquive au moyen d’un déhanché subtil qui aboutit à un violent coup de pied retourné qui cogne la clavicule du Mexicain.
Le bruit du choc est aussi spectaculaire que la résistance inattendue du Jaguar. Sans broncher, il encaisse et s’élance comme si de rien n’était contre Yulij pour la plaquer de toute sa masse : « Carga Carnivoro ! »
Le télescopage est si puissant que les vêtements locaux de Yulij volent en lambeaux, tandis qu’elle retombe au milieu des Jaguars, totalement sonnée.
_ « Ce maillot et ce short kaki. Ses sandales aux pieds. L’odeur du soleil méditerranéen sur sa peau. Il ne peut s’agir que de Saints d’Athéna. Ma Charge Carnassière devrait suffire mais je préfère que vous l’acheviez par sécurité, s’assure Achcauhtli auprès de ses hommes. »
Les derniers Jaguars vivants s’exécutent mais de nouvelles billes de gammanium les achèvent.
Remise sur pied, ses outils ramassés, Médée murmure le nom de son arcane : « Gammanium Destroyer. »
Le titanesque Jaguar fait la moue en voyant ses hommes aux peaux animales trouées : « Tout ce temps que j’ai passé à tanner les peaux de ses pauvres bêtes à été réduit à néant. Je vais te priver de ton marteau et de ton burin, puisque tu ne sembles pas savoir te battre sans. Ensuite je vous ramènerai ta copine et toi dans ma citée. Nous ne sacrifierons pas des êtres aussi abjects que vous. Cependant je pense que vos corps devraient occuper quelques heures nos guerriers et leurs pulsions barbares. Qui sait quel jeu ils prendraient goût à jouer avec vous ? »
En réponse à cela, Médée abandonne ses armes. Derrière elle, son cosmos prend des teintes dorées et fait virevolter ses nattes vertes : « Crois-tu que seuls mes armes me permettent de me battre ? Viens donc subir mes dernières semaines d’entraînement auprès de mon mari. »
Achcauhtli ne demande pas mieux. Il fonce comme un fou sur la jeune femme, les bras grands ouverts comme pour mieux la choper au vol lors de sa Charge Carnassière : « Carga Carnivoro ! »
Avec une facilité et une vitesse déconcertante, d’un balancement nonchalant de bras, elle libère des cendres qui viennent se coller sur la poitrine du monstre qu’elle esquive.
Le Jaguar se réceptionne sans sa proie et observe la poussière ronger son torse. Lorsqu’elle annonce le nom de sa technique, le jour passe à travers la poitrine d’Achcauhtli par de minuscules trous provoqués par la Poussière d’Etoiles : « Stardust Sand ».
Les centaines d’alvéoles ont réussi à traverser les organes vitaux d’Achcauhtli qui le comprend lorsque des jets d’hémoglobines en jaillissent. Cependant, il est trop tard pour lui.
Un dernier soldat à la cuisse percée par le Gammanium Destroyer commence à ramper vers la jungle pour s’échapper.
Remise de ses émotions, Yulij le saisit par la nuque tandis qu’Achcauhtli s’écroule mort aux pieds de Médée : « Bien ! Je suis convaincue que tu as des choses intéressantes à raconter toi ! »
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Only for Love / Re: Chapitre 9 - L’amitié au-delà des valeurs
« Last post by Kodeni on 28 September 2020 à 14h51 »
NEWS

Cette version du chapitre 9 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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