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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Thomas on 15 November 2020 à 13h07 »
J'ai essayé de montrer à mon fils, nouvel échec... :^^;:
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Only for Love / Re: Chapitre 11 - Le destin des orphelins
« Last post by Kodeni on 11 November 2020 à 14h10 »
NEWS

Cette version du chapitre 11 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 3 November 2020 à 22h11 »
Mon Claude Giraud est parti... :-(

Ulysse 31...
Et même Sean Connery dans le Nom de la Rose, quelques jours à peine après lui...
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Only for Love / Chapitre 66
« Last post by Kodeni on 1er November 2020 à 19h17 »
Chapitre 66

En Grèce, au Sanctuaire, le tocsin retentit à travers tout le domaine.
Des bourgs les plus reculés, au centre du domaine, en passant par les villages qui longent les remparts, les cloches alertent la population et fait mettre les gardes en rang.

Encore plus dans Honkios, la ville principale du domaine sacré que dans le reste du domaine, l’annonce d’un danger imminent renforce la présence des soldats.
Au milieu des allées et venues des gardes, quelques rumeurs vont bon train.
_ « Le danger provient du Japon !
_ Seiya, un homme devenu Saint ici serait le meneur de ces renégats !
_ Le Saint d’or Aiolia est devenu leur allié !
_ Le Grand Pope aurait envoûté le Saint du Lion pour qu’il reste fidèle à Athéna !
_ Les traîtres arrivent avec une jeune femme qui veut se faire passer pour Athéna en personne !
_ Ils seraient parvenus à vaincre les Saints d’argent ! »
Celles-ci se répètent et s’amplifient dans l’atelier de Saül, le forgeron le plus réputé du domaine.
Son visage fort buriné et son menton en galoche vieillissent ce quarantenaire qui observe de ses petits yeux inquiets les guerriers qui viennent se servir sous les ordres de Phaéton.
L’ancien général, déchu après ses nombreux échecs, refuse de laisser passer sa revanche : « Merci Saül pour tes services. »
D’un air désabusé, l’homme aux cheveux mi-longs châtains coiffés par une raie au milieu précise : « Je vous en prie. Il m’en reste tout un stock. Cela fait des années que je m’attache à créer armes et protections pour nos hommes. Néanmoins, les effectifs se sont considérablement amoindris ces dernières années. »
Phaéton recule son visage tant l’haleine alcoolisée de Saül est désagréable : « Au lieu de dire cela, tu pourrais épauler ces hommes et m’accompagner à chasser ces traîtres non ? Après tout, tu es Saint toi aussi !
_ Cela fait bien des années que je n’ai pas combattues. Je préfère laisser ça à d’autres. Et puis, si cette femme qui débarque et ces garçons qui l’accompagnent sont du côté des forces du mal, que peuvent-ils espérer contre nos Saints d’or ? »
Phaéton choisit de ne pas relever la volontaire provocation de l’inactif chevalier qui a déjà préféré renoncer à gêner Yulij et Médée lorsqu’elles se sont révoltées contre le Sanctuaire.

Prévenu par les clochers des temples et les crieurs sur les places publiques, le peuple, encore traumatisé par les évènements de la Journée Sainte qui ont conduit à la Guerre Sainte contre Hébé il y a plus d’un an et demi, se presse de regagner sa demeure et de s’y barricader.
Les commerçants remballent leurs étalages et quittent les marchés.
Les artisans ferment boutiques.
Des abbés accueillent dans leurs temples les courageux villageois qui ont bravé leur peur pour venir invoquer la bonne grâce d’Athéna.

Dehors, la jolie Filia, camarade de Seiya durant ses années d’entraînement ici, se faufile dans les allées désertées.
La fille de marchand tortille d’angoisse ses nattes brunes avec ses doigts. Elle écarquille ses grands yeux couleur prune lorsqu’elle croit tomber nez à nez avec une patrouille en faction.
Heureusement, elle réussit à rebrousser chemin et arrive à destination en s’engouffrant dans une maison où quelques habitants de tout âge sont réunis : « C’est bien ce que nous pensions. La chute progressive des lieutenants du Sanctuaire est due à une bataille menée contre des chevaliers qui se sont rebellés contre cette gouvernance tyrannique du Grand Pope. Tout va se jouer aujourd’hui. Nous allons savoir si cette dictature sanglante est réellement du fait d’Athéna. »
Tout autour, dans les villages, d’autres regroupements discrets partagent les informations obtenues à Honkios. Le peuple qui doute depuis quelques mois maintenant de la politique de répression du Grand Pope attend de pied ferme cette bataille fratricide.

A la sortie de la place principale, à proximité du colisée, les mains soulevant un cageot de pommes remplies à lui en cacher la vue, une prêtresse à la chevelure rosée se précipite en direction des douze maisons.
Maladroite et pressée, elle rencontre toutes les difficultés du monde à garder son chargement intact.
Les coins fissurés d’une des marches de pierre achèvent sa course. Elle trébuche en renversant sa marchandise. Les fruits volent dans les airs.
Alors qu’une servante lambda s’écraserait lourdement au sol, ses grands yeux magenta s’écarquillent tandis qu’à la vitesse du son, elle capte chaque pomme avant que celles-ci ne s’écrasent à terre.
Toutes.
Toutes à l’exception d’une seule.
Trop courte, pas assez rapide, la prêtresse n’a pas le temps de grimacer que la pomme disparaît de son champ de vision.
A la place, une lumière aveuglante et dorée l’éblouit.
Devant, cape et cheveux bleus ondulés voguant au gré de la légère brise, le Saint d’or qui a capté le fruit qu’il croque à pleines dents ne lui parait pas inconnu.
La voix de Milo qui lui tourne toujours le dos lui est même familière : « Drôle de coïncidence après la menace d’Eris et de sa Pomme d’Or que nos retrouvailles se fassent autour de ce fruit. »
Shoko se redresse et pose le cageot en restant bouche bée.
Milo se retourne pour la dévisager : « Et encore plus surprenant de te revoir avec un cosmos entraîné !
_ Vous… Vous êtes… Milo du Scorpion… Ce… Celui qui m’a sauvé il y a deux ans ! »
Sans s’en rendre compte, elle rougit en remarquant qu’il est bel homme.
Autrefois subjuguée par sa Cloth d’or, elle n’a d’yeux aujourd’hui que pour ce visage dur et ces beaux yeux bleus.
A son tour, Milo remarque qu’elle est devenue une jolie jeune femme mais ne s’en émeut pas. Il dresse l’ordre de rassemblement du Pope avant de s’éclipser : « Tu me pardonneras mais je n’ai pas le temps de bavarder davantage. Le Grand Pope me convoque et tous ces clochés qui donnent l’alerte ne doivent pas y être étrangers. Je t’invite à rentrer au plus vite dans votre temple des prêtresses et de vous barricader le temps que la menace soit écartée.
_ J’y comptais bien, c’est pour ça que je cours avec ce ravitaillement.
_ Alors presse-toi plus prudemment, sourit-il avant de tourner les talons. »
Avant qu’il n’augmente la cadence et ne se dérobe à elle, Shoko l’interpelle : « Attendez… Chevalier Milo… »
Gênée de l’apostropher de la sorte, elle marque un temps d’arrêt avant de poursuivre : « … Je voulais savoir pourquoi chaque fois que je passe par votre temple, je ne vous y trouve pas pour consulter mon autorisation de passage ? »
Dos tourné, Milo baisse la tête : « Et bien, vois-tu, nous ne nous sommes pas revus depuis le jour où… Où…
_ Où ma s½ur est devenue Eris c’est ça ?
_ En effet. Lorsque je t’ai vu devenir une servante, je n’ai pas eu le courage d’affronter ton regard à nouveau après y avoir lu une fois le désespoir. »
Sans crier garde, Shoko passe devant Milo et lui prend les mains avant de plonger son regard dans le sien.
En effet, ses yeux sont embrumés. Mais ils ne témoignent en rien de l’affliction. Au contraire, ils sont reconnaissants : « Pourtant, depuis ma nomination à devenir prêtresse, j’attends le jour de notre rencontre. Vous m’avez sauvé la vie et… Même si nous n’avons pu empêcher à ma s½ur un drame… Notre rencontre m’a permis d’ouvrir les yeux sur les fondements réels de la vie et ce qu’avait à m’apporter une dévotion envers Athéna. C’est pour cela que je travaille avec acharnement à devenir Saintia comme Kyoko. »
Milo ne sait que répondre à cela. Maladroitement, un sourire en coin, il se défait des mains de Shoko et reprend sa route. Au moment de la croiser, il glisse la main gauche contre sa frêle épaule gauche.
Le contact sur sa peau dénudée fait frémir l’assistante d’Athéna tandis qu’il rétorque avant de poursuivre sa route : « Si notre rencontre a été pour toi une révélation, alors sache que cet aveu me donnera la force aujourd’hui de repousser l’envahisseur. Ne tarde pas à présent. Rentre vite te mettre à l’abri et poursuis ton entraînement et tes prières. Qui sait, peut-être un jour combattrons nous côté à côte pour la protection d’Athéna ? »
Avant qu’il ne disparaisse, elle s’époumone : « Merci chevalier Milo ! Je prierai Athéna pour vous ! »


Au même moment, à l’autre bout du monde, Nicol et Mei d’un côté, Médée et Yulij de l’autre, se remettent difficilement de leurs émotions après les combats menés dans la jungle mexicaine.
Dans le secteur de Nicol et Mei, les garçons approchent les Jaguars prisonniers faits par la Chevelure de Bérénice.
Les deux guerriers humanoïdes essaient de se défaire des liens matérialisés par les cheveux de Mei sans succès : « Calmez-vous les monstres. On a quelques petites questions à vous poser. »
Un des Jaguars tournent la tête en guise de refus catégorique. Instantanément, deux fils viennent percer sa gorge pour lui offrir une mort lente et douloureuse.
_ « Tu es fou, s’exclame Nicol tout autant surpris que le dernier captif ?!
_ Tu as cru qu’ils auraient droit à un traitement de faveur, rétorque sèchement Mei. Ce sont des monstres. Tu as vu ce qu’ils ont fait aux deux étrangers qui gisent là-bas ? Sans parler de ce qu’ils comptent faire à ceux qu’ils ont enlevés. »
Deux autres fils menaçant approchent en même temps le visage du dernier Jaguar qui se résigne : « D’accord, d’accord… Que voulez-vous savoir ?
_ Pourquoi tuez vous des gens ? »
Le condamné précise : « Nous ne les tuons pas. Nous les offrons au soleil pour contenir son courroux… »

Simultanément, entourées d’une vingtaine de cadavres ennemis, Yulij et Médée questionnent l’adversaire couvert du pelage d’un jaguar que la Saint de bronze du Sextant a fait prisonnier. _ « A quoi cela vous sert-il d’écorcher vos animaux, demande Yulij encore toute endolorie ? »
Le guerrier grogne pour montrer son hostilité mais Médée compte l’apprivoiser en pressant du talon sa plaie à la cuisse.
L’homme la défie du regard sans plier alors Médée appuie plus fort.
Le soldat passe sa main devant sa bouche pour retenir sa douleur et ne pas montrer ses faiblesses aux deux Saints.
Yulij se positionne alors au-dessus de l’autre jambe et d’un coup sec lui brise le genou. Cette fois-ci, il abdique : « Nous ne le faisons pas par plaisir, hurle-t-il de souffrance ! Nous le faisons pour représenter les aspects de Tezcatlipoca… »

D’un calme olympien, Nicol commence à presser le Jaguar : « Qu’est-ce que tu entends par le courroux du soleil ? Parle ! »
De peur de finir embroché comme son camarade, il poursuit : « Je n’en sais pas plus, seuls les lieutenants et le grand Prêtre de Tezcatlipoca sont informés de ce qui va se passer. Le soleil choisira de détruire ce monde et nous, les Jaguars, serons les fers de lance d’une nouvelle ère.
_ Les Jaguars, relève Mei ? »
Le thérianthrope arbore ses canines en souriant fièrement : « Il s’agit des combattants au service de Tezcatlipoca. Des hommes et des femmes qui manipulent l’énergie cosmique qui vit en eux… »

Plus loin, Médée poursuit son interrogatoire : « Et ce jaguar humanoïde qui dictait les ordres. Quel type d’être est-il ? »
Le prévenu entre les mains des femmes poursuit sous la menace : « … Il était un homme. Comme moi. Certains d’entre nous font montre d’un cosmos suffisant pour s’élever au rang même de Jaguar. Leurs corps prennent la forme de notre animal emblème et présentent une résistance semblable à celle que peuvent avoir des combattants en armures comme les Saints d’Athéna ou les Marinas de Poséidon. Les armures matérielles, elles, on les appelle des Nahuals. Les seuls Nahuals sont ceux de Tezcatlipoca et du Prêtre Necocyaotl.
_ Même sans Nahual, ce Jaguar semblait très puissant, avoue Yulij. »

A l’opposé, Nicol pose la même question concernant la femme qui les a mis hors de combat : « Cette femme était très puissante, qui est-elle ? »

Les deux détenus répondent de la même façon : « Il s’agit d’un lieutenant du Prêtre Necocyaotl. Tezcatlipoca peut compter sur Necocyaotl. Le Prêtre a, en plus du clergé, à sa disposition quatre lieutenants qui dirigent les Jaguars. »

De leur côté, Mei et Nicol reviennent sur les sacrifices au nom du soleil :
_ « Ce soleil, c’est lui qui dicte sa conduite à Tezcatlipoca n’est-ce pas, insiste Nicol ? »
Le Jaguar s’insurge : « Insolent ! Personne ne dicte sa conduite au Grand Tezcatlipoca. Tezcatlipoca agit par reconnaissance envers celui qui l’a libéré du sceau d’Athéna. En confiant son propre sceau, celui du soleil, il inonde le Nahual de Tezcatlipoca de la chaleur nécessaire à ses pleins moyens. »

Les femmes, elles, préfèrent découvrir la citée des Jaguars.
_ « Où se trouvent Citlali, enquête Médée ? »
Le guerrier ramasse discrètement la machette dont disposait Achcauhtli : « J’en ai déjà trop dis. »
Dans un dernier sursaut, il espère empaler Yulij. Celle-ci, plus véloce, l’achève en balançant son arcane : « Falling Stars ! »

Enfin, le Jaguar retenu par Mei et Nicol se ferme de la même manière : « Tuez-moi à présent. Je ne dirai pas un mot de plus. »
_ « D’accord, accepte Mei qui comprend qu’il n’en tirera plus rien. »
En disant cela, l’élève de Deathmask le terrasse de sang froid et plus rapidement que le précédant Jaguar. Deux de ses cheveux lui transpercent le cerveau en passant par les tempes.
_ « Il est temps de retrouver Yulij et Médée, décrète Nicol en regardant la dépouille s’écrouler au sol. »


En Grèce, les hautes portes qui mènent au trône du Grand Pope sont grandes ouvertes.
L’immense salle fait résonner les pas de l’immense Saint du Taureau jusqu’à ce que ceux-ci soient amortis par le long tapis rouge de la salle d’audience où Shaka l’attend déjà.
_ « Dès la convocation reçue, j’ai quitté la maison du Taureau. Comme chaque fois, je m’attendais à arriver en premier.
_ Cela fait donc la deuxième fois que je te devance, répond d’un ton monocorde le chevalier aux yeux clos, la dernière fois c’était…
_ C’était il y a plus de sept ans, lorsque Cronos a été le Sanctuaire. Et comme à l’époque, j’imagine que si tu étais là avant moi c’est que tu étais déjà avec le Pope et que tu as reçu directement son ordre n’est-ce pas ? Tu pourras donc peut-être m’expliquer alors pourquoi des gardes sont postés devant la maison du Lion et au niveau du passage secret afin de s’assurer qu’on n’y pénètre pas, sur ordre du Pope ? J’ai moi-même vu la missive frappée du sceau du Pope que m’ont dressé fermement chaque fois ces soldats !
_ Je l’ai vu également lorsque j’ai voulu emprunter la maison du Lion pour venir jusqu’ici, confirme Deathmask qui entre à son tour. Aiolia serait-il encore puni pour son tempérament ?
_ Surveille tes paroles Deathmask, proteste Aldebaran qui déteste qu’on dénigre son camarade !
_ Allons, suit Shura, si le Lion est assigné à résidence, c’est qu’il y a une bonne raison. Après tout ce qu’il a déjà accompli par le passé, je ne vois pas pourquoi nous nous emportons à son sujet.
_ Nous sommes tous rassemblés ici parce que le Sanctuaire semble en danger, rappelle Camus qui apparaît à son tour.
_ Néanmoins, la remarque d’Aldebaran envers Shaka est juste, tempère Milo qui entre à son tour, j’ai moi-même était contraint par la garde d’éviter le temple du Lion…
_ … Shaka semble savoir quelque chose que nous ignorons, complète Deathmask.
_ Maintenant que nous sommes complets, Shaka va pouvoir nous dire de quoi il en est, propose Aphrodite en dernier arrivant.
_ Ce n’est pas à Shaka de parler, gronde la voix de Saga derrière les tentures rouges du fond de la salle. »
Tous devinant l’arrivée du Grand Pope, se mettent en ligne et s’agenouillent.
Le souverain sort de la chambre d’Athéna et observe immobile ses sujets.
Docilement courbés, le casque en main, les yeux clos, ils patientent sans broncher qu’il reprenne sa marche jusqu’à son siège.
Toutefois, l’attente est longue. Le pontife réfléchissant à la ruse qu’il va devoir afficher : « L’irruption de Shaka lors de ma confrontation avec Aiolia était inattendue et salvatrice. Shaka, secoué par une attaque du Lion, ne m’a pas vu frapper Aiolia du Genro Mao Ken. Lorsqu’il est revenu à lui, Aiolia était de nouveau docile. Je l’ai fait raccompagner sous haute escorte après avoir imprégné dans son cerveau que personne ne pouvait franchir sa maison. J’avais peur que le passage de ses semblables dans sa demeure ne réveille trop vite la bombe à retardement que j’ai programmé. »
Le malaise instauré par l’arrêt du Grand Pope, calme les ardeurs de ses sujets.
_ « Aiolia est revenu en effet du Japon avec le c½ur remplit de doute, reprend enfin Saga en se dirigeant à sa place. La visite impromptue de Shaka m’a aidé à le ramener à la raison, Shaka pourra vous rassurer à ce sujet, enjoint-il son chevalier en prenant place dans son fauteuil.
_ Absolument, parle doucement la Vierge. Nous nous sommes frictionnés quelques instants. Lorsque j’ai recouvré mes esprits, Sa Majesté le Grand Pope semblait avoir réussi à le remettre sur le droit chemin.
_ A l’heure qu’il est, j’ai demandé qu’il soit seul à méditer, sans qu’on l’importune, afin qu’il soit libéré du moindre doute à l’aube de retrouver ces Japonais. Car c’est de cela qu’il s’agit. C’est pour cela que je vous ai convoqué au Chrusos Sunagein ! »

Plus bas dans le domaine sacré, un éclat doré autre que le soleil éblouit ce matin d’hiver au Sanctuaire.
Parmi les villageois qui découvrent un oiseau d’acier se poser dans l’arène d’Honkios, certains sont ramenés à eux, comme Filia, par un homme en or qui traverse la ville.
Ce dernier, accompagné d’un garnement aux cheveux roux, un pas posé en direction de la montée des douze maisons, se retourne en direction du jet privée de la Fondation Graad.
Avec un sourire en coin, il s’adresse au jeune garçon : « Elle est parvenue à passer outre la barrière de cosmos du Sanctuaire avec un engin moderne qui plus est. Le doute n’est plus permis Kiki, Athéna est parmi nous, concède Mû à Kiki.
_ Nous arrivons juste à temps, sourit à son maître le chenapan. »
Pendant que Mû devance Saori et les siens, Filia est loin de s’imaginer que les villageois s’apprêtent à vivre plus de douze heures d’angoisse.
Les heures les plus longues de leur vie…

Au sommet, Saga conclut : « … Après avoir usé de complicités, sans lesquels ils n’auraient pu assurément décimer la quasi-totalité de l’ordre des Saints d’argent, voilà qu’ils s’attaquent au Sanctuaire pour y installer cette fausse Athéna. Ptolémy Saint d’argent de la Flèche est bien décidé à venger les siens et s’apprêtent à les accueillir, vous avez dû ressentir leurs cosmos forcer l’enceinte du Sanctuaire. Hélas, j’ai peur qu’il ne fasse pas le poids. Dès lors, voilà pourquoi il m’apparaît nécessaire de vous mobiliser afin de défendre les douze maisons du zodiaque de toutes vos forces.
_ Hum… Si tant est qu’ils passent la maison du Taureau, grommelle Milo.
_ C’est peut-être contre ce genre de considération mal placée que nous sensibilise Notre Majesté, tempère Aphrodite d’un ton provocateur. Après tout, ils ont usé de complicité. L’une d’entre elle n’était pas Albior de Céphée contre qui tu as été en difficulté justement ?
_ Comment oses-tu s’indigne, aussitôt le Scorpion en dressant le poing vers les Poissons ?
_ Je te remercie pour l’estime que tu me portes Milo, se redresse Aldebaran flatté, mais vous l’avez tous ressenti comme moi j’imagine, peu de chances qu’ils passent la première maison. Mû est de retour au Sanctuaire !
_ Justement, conteste Deathmask, Mû ne s’est-il pas servi de sa position de réparateur d’armure pour déserter le Sanctuaire pendant toutes ces années ? Peut-on lui faire réellement confiance, questionne le Cancer qui se souvient de l’irruption de Mû alors qu’il affrontait Shiryu il y a quelques jours ?
_ Assez, tonne à nouveau Saga ! Les ordres sont clairs ! »
Tous assurent une révérence pour approuver à nouveau avant de prendre congés.
Néanmoins, avant de réajuster son heaume et de quitter la salle, Aldebaran ne peut s’empêcher de remarquer que Milo, comme lui, semble circonspect.

En bas, dans l’arène où Shiryu vient de les rejoindre, Ptolémy sous sa soutane vient trouver Seiya et ses amis, prêt à mettre en ½uvre le plan diabolique de Saga…
 

Pendant ce temps, au Mexique, dans la citée de Citlali, les modestes habitations sont désertées.
En briques séchées au soleil, ou en roseaux avec le toit en paille, disséminées tout autour de la grande pyramide aztèque, elles sont toutes vides.
Les adeptes de Tezcatlipoca sont tous réunis au pied de l’immense base polygonale qui soutient les faces latérales triangulaires. Ils ont les yeux levés au sommet où se dresse un autel.
Tandis qu’une nouvelle journée chargée en émotion commence en Grèce, celle de la veille n’est pas encore fini au Mexique.
La nuit a pris place, le domaine de Tezcatlipoca scintille grâce à la lueur des torches des fidèles.
Agenouillée et maintenue par les prêtres, la jeune femme enlevée plus tôt dans la forêt, sous le nez de Nicol et Mei, se débat en hurlant de détresse. Sa tenue déchirée et les marques qu’elle porte sur son corps démontrent l’horreur des sévices que les Jaguars lui ont administré.
Elle observe son compagnon d’infortune étendu torse nu sur la desserte. Ses appels au secours sont étouffés par les rugissements des Jaguars.
Tous légèrement vêtus, couverts de peau d’animaux pour ceux qui n’ont pas su s’éveiller à une forme thérianthrope, de tout âge, les Jaguars invoquent machinalement, en le répétant sans cesse, le nom de leur dieu.
La clameur repart de plus belle quand la silhouette d’un homme mince aux épaules tombantes apparaît enfin. Le Prêtre de Tezcatlipoca s’abreuve des acclamations comme en témoigne son regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoigne une expression malsaine. Son visage, peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu, affiche davantage de perfidie lorsqu’il ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Les sacrifices humains alimentent les dieux. Ils maintiennent ainsi l'équilibre du cosmos. Ces sacrifices permanents perpétuent la course du soleil. Bientôt, ils ne seront plus nécessaires. Le soleil qui a libéré le Grand Tezcatlipoca nous guidera et nous dira à nous, peuple du soleil, que l’éradication de l’humanité est venue. Alors nous permettrons la levée de ce nouveau soleil au nom du Grand Tezcatlipoca ! »
La foule exulte tandis que Necocyaotl aux courts cheveux noirs coiffés d’un bandeau brandit un couteau au-dessus du captif : « Le moment de prier s’achève. L’heure de la destruction approche. »
Il achève sa phrase en enfonçant sans sourciller sa lame en pleine poitrine du malheureux. Elle est si profondément plantée que quand il l’extrait de la chair du sacrifié, une épaisse giclée de sang jaillit et inonde le plateau.
Pendant que la victime agonise en râlant de douleur, sa camarade, horrifiée, se pâme d’angoisse.
Necocyaotl découpe le poitrail de l’offrande humaine pour en extirper le c½ur et le brandir en l’air pour l’offrir au dieu.

Plus bas, dans les profondeurs de la pyramide, assis nu, devant sa statue qui gronde en recevant le sang qui s’infiltre par les nombreux orifices laissés par la roche, Tezcatlipoca reste les yeux fermés pendant que dans son dos, ses lieutenants se réunissent.
L’imposant humanoïde qu’est Titlacauan s’agenouille le premier.
Le second, plus mince, au regard plus vicieux et accompagné d’un serpent, Ipalnemoani, l’imite.
Ixtli, la guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue, les rejoint, suivie d’un jaguar qui se frotte à elle.
La dernière à venir est une Jaguar aux cheveux violacés. Son imposante poitrine est dissimulée par un linge qui descend en lambeau sur sa très mince taille. Ce même linge lui cache le bas-ventre jusqu’au haut de ses fermes cuisses. Son pelage tacheté fait ressortir à merveille ses yeux bleus et un ronronnement constant attribue un charme certain à cette lieutenante humanoïde.
A peine prosternée, elle demande à ses semblables : « Alors vous êtes tombés sur de sérieux obstacles semble-t-il. Cela va nous permettre de nous dégourdir les jambes. »
_ Meztli, toujours entrain de fanfaronner. Ces inconnus sont à prendre au sérieux, grogne Titlacauan toujours très sérieux.
_ Il ne faut rien exagérer, atténue de sa voix hypocrite Necocyaotl qui les a rejoint. »
Avec son anneau accroché au septum, Necocyaotl arrive depuis la pénombre après avoir gratifié la foule du rituel assassin. Il traîne avec fermeté la captive qui a assisté à la mise à mort de son camarade.
Il passe devant les quatre lieutenants et occupe l’espace qui les sépare de Tezcatlipoca. Il balance la jeune femme juste aux pieds du dieu fermement silencieux.
La prisonnière ne peut retenir son effroi lorsque l’homme bardé d’une musculature imposante ouvre ses yeux rouges semblables à deux lasers.
Ne supportant pas les hurlements de la proie qui lui a été offerte, il la saisit par la gorge et rugit de sa voix monstrueuse : « Silence ! »
D’un simple revers de son autre main il défait ce qu’il reste des vêtements de la pauvre prisonnière qu’il plaque contre sa statue.
Le c½ur de feu qui l’alimente se développe à mesure qu’il l’étreint avec force pour libérer son ardeur animale et ses pulsions démoniaques sous les yeux admiratifs de ses lieutenants.
Les plaintes de la voyageuse ne s’inquiète plus de ce viol barbare mais plutôt de l’ardeur libérer par le monument contre lequel elle est appuyée de force. Le brasier organique de la sculpture lui ronge l’épiderme. Du feu fait scintiller les yeux de la statue et de la fumée commence à s’échapper de toute sa surface.
La boule de feu qui l’alimente devient un soleil qui illumine toutes les cavités de la pyramide. Il jaillit par ses fissures au dehors de celle-ci pour offrir aux fidèles la bénédiction qu’ils attendent.
La victime de Tezcatlipoca a les yeux exorbités tant la souffrance est atroce, les flammes lui dévorent la peau. Ses beaux cheveux sont déjà entièrement consumés et sa peau noircie.
Lorsque le dieu, soulagé, abandonne son coït forcé, sa victime a déjà cessé de vivre.
Pendant que le brasier achève de la calciner, Tezcatlipoca s’intéresse enfin à ses seconds.
Il écarte les bras pour recevoir son Nahual et se consacre enfin au propos qui les a réunis ici : « Ces visiteurs dont nous n’avions rien à craindre ont présenté quelques dispositions au combat.
_ En effet, confirme Necocyaotl, comme nous le pensions, ils enquêtent sur nous. »
Tout aussi malicieux que Meztli, Ipalnemoani déclare en souriant : « Les femmes portent des masques. C’est ainsi que se tiennent les femmes chevaliers au service d’Athéna, pour cacher leur féminité. »
Fort masculine grâce à sa carrure rudement travaillée, Ixtli se montre aussi sérieuse que Titlacauan. Elle se permet de dénigrer les femmes Saints : « Quelle coutume ridicule. »
Devant eux, l’incandescence de la statue s’atténue peu à peu.
_ « Quoi qu’il en soit, tempère Tezcatlipoca, nous devons à tout prix nous montrer discrets. Le soleil libérateur nous l’a demandé.
_ Ô Grand Tezcatlipoca, malgré tout le respect que je vous dois, ose Titlacauan, ils sont parvenus à vaincre plusieurs Jaguars. Y compris Achcauhtli qui était un guerrier de renom parmi les nôtres. »
Les paupières du dieu ferment ses yeux au rouge puissant. Il retourne s’asseoir au pied de sa statue qui brille encore faiblement grâce à son noyau de feu à l’intérieur duquel gravite une clochette.
_ « En effet, ajoute Necocyaotl. C’est pourquoi il ne faut pas nous faire remarquer. Ils ne savent pas où est la citée. De plus Cuetzpalli est à Icnoyotl. Et il a un autre espion à ses côtés. Tout ira bien, chers lieutenants, s’engage le Prêtre en réajustant son écharpe rouge autour de son cou, vos ancêtres ont déjà su faire face à des Saints d’or d’Athéna. Nous n’avons donc aucune crainte à avoir. Chargez à présent nos Jaguars d’organiser le prochain sacrifice. Il nous faut des vierges cette fois-ci pour que le soleil soit honoré. Ainsi que pour le plaisir personnel du Grand Tezcatlipoca, conclut-il en prenant la sortie. »


Quelques heures plus tard, en Grèce, ce 20 décembre 1986 est pleinement entamé.
Les pertes humaines commencent.
Des rumeurs enflent, à mesure que les flammes de la grande horloge s’éteignent sans qu’un crieur ne vienne annoncer la défaite des renégats.
_ « Après tout, depuis ces dernières années où le climat s’est dégradé au Sanctuaire, soupçonne Filia avec ses semblables, et si cette fille était bien Athéna ? »
Les villageois avec lesquels elle se cache ne protestent pas. Ils voient même à travers les lucarnes de la réserve de son commerce, d’autres habitants d’Honkios pointer le bout de leur nez dans la rue. Eux aussi en proie au doute.

Plus haut, à mi-chemin entre le palais du Grande Pope et la statue d’Athéna, sur le flanc droit, les prêtresses d’Athéna angoissent dans leur temple.
Alors que Mii a les mains jointes en direction de sa statue pour prier Athéna d’éradiquer le mal qu’amènent ces visiteurs, alors qu’elles ne sont plus que six prêtresses à vivre ici, Shoko est la seule à avoir remarquée que seule Katya manque à l’appel.
_ « As-tu vu ta s½ur, interroge-t-elle Maria ? »
La cadette de Katya répond non de ses yeux vides d’incompréhension.
Inquiète, Xiao Ling cherche du réconfort auprès d’Erda. Elle a les poings serrés, seule, sur le parvis.
_ « C’est horrible ! J’ai peur ! Alors qu’on nous a assurées que les renégats seraient vite éliminés, aucune annonce de leur défaite n’est faite ! Et Mii qui d’ordinaire est si forte semble totalement perdue et… Et… Erda… Erda ? Erda tu m’écoutes ? Tu pleures ?
_ Il est mort, balbutie-t-elle en ignorant sa camarade, ce monstre de crabe… Ils l’ont fait. Je ne ressens plus son cosmos.
_ De quoi parles-tu enfin, secoue son amie Xiao Ling ?
_ Deathmask du Cancer a été vaincu.
_ Comment ?! Mais c’est horrible, pleurniche la Chinoise.
_ Cet homme était un salop. Une pourriture. Le monde se portera bien mieux, maintenant qu’il a disparu.
_ Comment peux-tu te réjouir d’une telle situation ?! Cela veut dire que les traites ont passé la quatrième maison du zodiaque ! Bientôt ils arriveront à Athéna ! Et à nous ! Oui ! Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir faire de nous, hystérise l’aspirante Saintia ?! S’ils parviennent à vaincre les défenseurs de la justice, alors nous, que sommes nous donc ?! Nous ne pourrons rien faire ! Nous…
_ Ça suffit, l’interrompt Erda d’une violente gifle ! Te rends-tu compte à quel point tu es ridicule ? Comme tes propos sont incohérents ? Deathmask tuait des innocents, il ne s’inquiétait pas des dommages collatéraux, ni même de la nature des missions qui lui étaient confiés. Comme beaucoup d’autres Saints, mercenaires ou soldats d’ailleurs ! Allez, ne me dis pas que tu n’as pas entendu ces histoires, lorsque nous descendions au marché à Honkios ! Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué les comportements de plus en plus inappropriés des soldats ces dernières années, sans même qu’on ne redresse leurs torts ! D’ailleurs où sont-ils les redresseurs de torts ? Ils ont disparu ces dernières années également ! Envoyés dans des missions dont ils ne sont jamais revenus, notamment les Saints les plus justes ! Quand aux soldats fiables, ceux-ci préfèrent se faire discrets, sachant très bien quel sort leur sera réservé ! »
Xiao Ling pose sa main sur sa joue. Morveuse, elle reste interdite. Partagée entre la surprise et l’angoisse.
Ignorant tout de la faiblesse de la Chinoise, Shoko interpelle ses deux camarades : « Erda ! Xiao Ling ! Avez-vous vu Katya ?!
_ Le Grand Pope a dû l’appeler au chevet d’Athéna en ces temps troublés, suggère Erda.
_ Certainement, adhère Shoko en ne remarquant pas Xiao Ling cloîtrée dans sa faiblesse. Après tout, elle reste la seule prêtresse à avoir atteint le statut de Saintia depuis…
_ Depuis que ta s½ur nous a quittées oui, conclut Erda. La seule qui d’ailleurs n’a pas été châtiée par le Grand Pope bizarrement.
_ Que veux-tu dire, demande Maria d’un air intéressé ?
_ Tu l’as remarqué toi aussi n’est-ce pas ? Toutes nos amies qui ne sont jamais revenues des toilettes qu’elles administraient soi-disant à Athéna.
_ Il est vrai, reprend Shoko. On disait que seules celles qui revenaient ici étaient celles qui soignaient davantage le Grand Pope qu’Athéna. D’ailleurs, elles avaient la plupart un comportement souvent déplacé, voire inopportun, au regard de l’éducation qui nous est donnée en ce lieu.
_ Mii l’avait vu aussi, ajoute Erda. Mais trop aveuglée par son dévouement à la cause, elle n’a pu envisager qu’une vie chaste faite de m½urs irréprochables puisse être remise en question par bon nombre d’entre nous. Et le Pope Arlès n’a pas la réputation d’être un enfant de ch½ur.
_ Beaucoup ont donc pu se laisser charmer par les désirs, épuisées par cette vie de privation qu’est la nôtre. Seulement…
_ Seulement ces brebis galeuses ne sont jamais restées libres bien longtemps. Comme les plus chastes, elles finirent toutes par disparaître, avant même qu’on ait eu le temps de soupçonner quoi que ce soit.
_ La seule qui demeure présente est notre aînée, suspecte Shoko devant la s½ur de cette dernière. La froide et discrète Katya.
_ Que peut-elle faire en ce moment, demande Erda en levant la tête en direction du temple du Pope comme Shoko ? »


Au même moment, au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, les plus âgés des quatre Saints, Nicol et Médée, discutent autour d’un bol de pozole servi par Ichtaca.
Assis sur une table de l’auberge, ils dégustent leur soupe épicée en spéculant après les diverses informations reçues aujourd’hui.
_ « Nous avons donc les guerriers Jaguars au service de quatre lieutenants mais aussi du prêtre. Ils peuvent se transformer et ainsi obtenir des Nahuals. Ils agissent pour Tezcatlipoca qui vénère un sceau, un soleil. Celui-ci donne ses pleins pouvoirs à Tezcatlipoca qui en reconnaissance sacrifiera la Terre quand le soleil le lui demandera, énumère Médée.
_ Il ne nous reste plus qu’à savoir où est la citée de Citlali. Et qui peut bien être ce soleil, grimace Nicol en faisant tourner sa cuillère dans le bol.
_ En attendant, ce soir amusons nous comme hier pour oublier cette dure journée, propose Médée en observant la taverne se remplir peu à peu. »
Nicol peut lire dans les yeux bleus, libérés du turban que Médée s’inflige, une profonde inquiétude face à ce qui les attend. En retour, il confesse : « J’avoue que nous détendre nous fera le plus grand bien. »

A l’étage, à l’intérieur de leur chambre, Yulij s’étale dans les draps : « Ce n’est pas que ça m’enchante de me voiler à nouveau le visage, mais je pense qu’il est préférable qu’on aille profiter de la soirée en bas avec les autres non ? »
Assis en tailleur, nu lui aussi, près de la fenêtre, Mei fixe avec mélancolie le cactus en pot déposé sur le rebord : « Vas-y si tu veux. Descends. »
Yulij s’enroule dans les draps pour couvrir sa tenue d’Eve et vient coller sa tête contre celle de son compagnon : « Quelque chose te dérange n’est-ce pas ? Tu n’étais pas le même tout à l’heure lorsque nous étions dans le lit.
_ C’est aujourd’hui.
_ Quoi donc ?
_ Le retour d’Athéna au Sanctuaire.
_ Comment le sais-tu ?
_ Enormément de cosmos surpuissants explosent aujourd’hui. Même si cela est à des milliers de kilomètres d’ici, je pense que Nicol l’a ressenti aussi.
_ Il est vrai que vous avez réellement dépassé un cap tous les deux lors de notre entraînement à Jamir. Mais cette tristesse dans ta voix… Cela voudrait dire qu’Athéna a…
_ Non, tremble la voix de Mei ! La bataille est encore en cours… J’ai… J’ai simplement… J’ai simplement ressenti la défaite de mon maître, fond-il en larmes en se réfugiant dans les bras de Yullij.
_ Ça va aller, ça va aller. Je suis là. Ça va aller. Lui dit-elle tout en le calant contre sa poitrine sans trop y croire…
_ J’ai senti son cosmos partir d’un coup brutal, essaie-t-il de dire, étranglé par le chagrin. Il a disparu. Seul. Comme il l’a toujours été. Il était un père pour moi. Mais son changement soudain m’a empêché de lui dire. J’aurai tellement voulu qu’il le sache…
_ Si tu l’admirais vraiment et le lui montrais lorsque vous étiez en Sicile, alors il est parti en le sachant. Sois-en sûr, le réconforte-t-elle en le serrant fort. »


Pendant ce temps, confirmant les soupçons de ses consoeurs, Katya attend de pied ferme devant les portes de la chambre du Pope.
Les gardes sont formels : « Le Grand Pope est toujours en méditation depuis trois heures.
_ C’est pourtant lui qui m’a convoqué ici, assure-t-elle en dressant la missive sous leurs yeux. »
De l’autre côté de la porte, le visage pris dans ses mains, Saga se remet encore de son combat à distance avec Shun. Sa chevelure alterne entre son bleu naturel et ce gris torturé.
La perte de Deathmask qu’il vient de ressentir ne trompe pas son bon côté : « Ces Saints de bronze vont donc réussir à contrecarrer tes plans. »
En recoiffant les mèches qui tombent devant ses yeux, il se reprend.
Solidement redressé, refusant de cacher à nouveau son visage, il se tourne en direction de la tenture qui conduit à la chambre d’Athéna et ordonne : « Qu’on ouvre à la Saintia de la Couronne Boréale ! »
Il attend que les portes se referment derrière elle pour se montrer tel qu’il est.
Bien que son visage soit fermé, son regard reste affectueux envers sa protégée.
Il la regarde avancer timidement dans sa longue toge blanche, dont les bretelles dissimulent avec élégance sa ferme poitrine.
D’ordinaire si dure, la jeune femme parait intimidée. Ses longs cheveux blonds coiffés d’un serre-tête doré virevoltent au gré de la brise. Le léger vent d’hiver s’infiltre par les creux fait par l’usure du temps sur la roche du palais. Le souffle fait coller sa robe contre son corps et ainsi, elle épouse à merveille sa silhouette parfaitement sculptée.
_ « Vous m’avez fait appeler Votre Majesté ?
_ Katya… L’heure de vérité approche. Les Saints de bronze qui ont investis le Sanctuaire ont atteint la maison du Lion.
_ Impossible ! Ces renégats…
_ Il n’en est rien, l’interrompt les Gémeaux dans son instant de bonté. Le renégat, c’est moi.
_ Grand Pope… C’est… C’est absurde voyons…
_ Arrête s’il te plait, sourit le Grec gêné. Tu as bien compris que la jeune femme qui gît au pied des marches des douze maisons est la vraie Athéna n’est-ce pas ?
_ …
_ Oui, tu as tout compris, sourit-il confus, en remarquant qu’elle baisse honteusement la tête. Les prochaines heures diront qui d’Athéna ou de moi est digne de gouverner la Terre.
_ Bien que je lui doive allégeance, tout le bien que le Sanctuaire a apporté au monde ces dernières années, la paix, c’est à vous qu’on la doit et non à elle.
_ La paix… Il ne s’agit là que de faux semblants. Cette paix est instable et elle s’est conclue au prix de nombreux sacrifices.
_ Les habitants du Sanctuaire ne seraient pas d’accord. Le peuple vous trouve bon.
_ Le peuple a peur.
_ Il mange à sa faim, se sent en sécurité !
_ Ne mangent que ceux qui obéissent. Le régime de terreur instaure un semblant de paix. Obligeant le peuple à se terrer. »
Katya baisse la tête, obligée d’admettre qu’elle s’est créé une fausse image, de celui qu’elle idolâtre.
Saga est confus. Du haut des marches où se dresse son trône, il domine la triste prêtresse.
_ « Qu’importe ! Ces Saints de bronze ne peuvent parvenir jusqu’ici. Il reste encore tant de maisons à passer ! Et si même par miracle ils y parviennent ! Même si le peuple tout entier se révolte ! Même si vos hommes vous abandonnent ! Moi je suis là ! Je me dresserai en ultime rempart ! Je donnerai ma vie pour vous, comme je vous ai déjà donné mon corps, mon c½ur et mon âme, avoue-t-elle toute rougie d’émotion. »
Saga a la bouche entrouverte, l’air attendri. Il ne sait que dire. Flatté qu’il est par tant de dévotion.
Refusant qu’elle continue à voir en lui le bienfaiteur qu’il n’est pas, il descend vers elle : « Le mal est en moi. J’ai longtemps lutté. Aspirant à être un homme bon, comme mon camarade Aiolos. Espérant remettre mon frère dans le droit chemin. Mais chaque choix m’a écarté de la bonne conduite à laquelle j’aspirais. Comme si au fond de moi je désire vraiment prendre la direction inverse. Je me suis énamouré d’une déesse, Hébé, dont j’ai ensuite fomenté l’assassinat. Condamné mon jumeau à une mort certaine car nous partagions finalement la même ambition. Fait exécuter mon frère d’arme Aiolos, puis envoyé à la mort de nombreux Saints et soldats afin de préparer mon règne le jour où je remettrai la main sur Athéna. Car oui, j’ai tenté de la tuer lors de sa naissance. Et tant que mon but ne sera pas accompli, cette part de mal en moi fera tout pour y parvenir. »
Katya en tombe à genoux. Ses bras tremblants ont du mal à la maintenir contre le sol.
_ « Ecoute ! Entends les paroles du messager à travers la porte ! Il vient d’arriver. Ses pas pressés ne trompent pas. Malgré les instructions de mes gardes, il insiste pour me délivrer un message. Tu entends ? »
La malheureuse tend l’oreille et discerne, tant bien que mal, la conversation à l’extérieur de la salle.
Saga confirme : « Star Hill. C’est bien de ça dont il s’agit. Marin de l’Aigle a tenté de s’y infiltrer et est tombée sur mes hommes de confiance. Tu entends ? Jaki, un mercenaire banni est chargé de la dérouter. »
Katya écarquille les yeux. Partagée entre horreur et stupéfaction.
_ « Mû était sous surveillance à Jamir. Dans les environs j’ai envoyé des espions. Quelle surprise n’ai-je pas eu il y a une dizaine de jours lorsqu’on m’a informé que Marin s’y rendait. Elle qui a disparu des radars après m’avoir trahi au Japon en aidant les Saints de bronze. Je l’ai donc fait suivre. Elle est arrivée trop tard au Japon pour partir avec Seiya et les autres. Juste le temps de croiser June du Caméléon, une autre traîtresse. Leur conversation fût entendue. Et le projet de Marin de visiter Star Hill découvert…
_ Pourquoi, demande Katya en se jetant aux pieds de son seigneur ? Pourquoi me dévoiler tout ça ?
_ Tu n’es pas sans ignorer que Jaki était condamné pour de nombreux meurtres, viols et délits en tout genre. Son arrestation était un moyen de brouiller les pistes, calmer les esprits les plus crédules. La plupart de ces meurtres étaient commandités par mes soins. Pour les autres crimes, disons que cela venait de son inspiration. Lorsque tout ceci sera terminé, si j’en sors victorieux, alors je le récompenserai de la Cloth correspondant à la constellation sous laquelle il est né. Après tout, avec le nombre de Saints sacrifiés par ma folie, sa constellation doit être libre aujourd’hui…
_ Pourquoi me dîtes vous toutes ces atrocités, sanglote-t-elle ? 
_ Si j’ai fait surveiller Star Hill, poursuit-il en l’ignorant, c’est parce que là-bas se cachent mes plus terribles secrets. On y découvrira que Shion, le Grand Pope et Arlès, son frère et second, sont morts depuis des années. Que j’ai usurpé leurs identités depuis tout ce temps. L’annonce de la mort de Shion il y a quelques mois fût nécessaires tant mes décisions stratégiques prenaient un virage surprenant pour ceux ayant connu Shion.
_ Arrêtez, s’époumone-t-elle ! Ça suffit ! Que cherchez vous à faire à la fin ?! M’aidez à me rendre compte de qui vous êtes ?! Tout ça, c’est peut-être magnifiquement pensé et à la fois cruel, mais dans tous les cas ce n’est pas vous ! Il y a des tremolos dans votre voix, malgré l’assurance que vous essayez de prendre en vous faisant passer pour un monstre ! Quant à l’homme qui m’a sauvé, ça n’était pas celui que vous décrivez ! Le monstre qui habite en vous n’est pas vous, souligne-t-elle en se redressant. Et quand tout ceci sera fini, j’espère que vous aurez le temps de vous en rendre compte, conclut-elle en se dressant à sa hauteur sur la pointe des pieds. »
Tandis qu’elle se laisse guider par son instinct pour lui baiser les lèvres, elle découvre avec plaisir l’étreinte profonde mais tendre de Saga lorsqu’il l’enlace de ses grands bras par le creux de son dos.
Bien plus doux que lorsqu’il lui a pris sa virginité, Saga ne peut s’empêcher de verser quelques larmes. Celles-ci la ramènent à elle, lui faisant reculer légèrement la tête en arrière.
La relâchant délicatement, Saga sort de sa toge papal un bijou brillant comme l’éclat du soleil.
En fixant avec embarras le frêle cou encore marqué par la pression qu’il y a exercé il y a de cela deux jours, Saga tend de ses deux mains un collier en or à Katya : « Lorsque j’ai brisé l’ancien, tu as accepté le monstre en moi. Aujourd’hui, je tenais à ce que ce soit l’homme bon qui t’en offre un plus beau encore. Merci d’avoir su voir qui je suis, et d’accepter également ce que je peux être. »
Elle referme ses mains sur celles de son idole et en profite pour déposer sa tête contre son buste. Ses yeux se ferment alors qu’elle se niche contre ses muscles pectoraux.
_ « Je prierai pour vous, promet-elle.
_ Non… Prie plutôt pour Athéna, l’enjoint-il la mine dans le vague. Ainsi, si Athéna gagne, l’homme bon en moi aura fini par gagner. Le danger guette. Va à présent, lui dit-il en mettant un terme à leur longue accolade en lui baisant le front tout en faisant glisser ses mains du haut de ses épaules jusqu’à ses menus poignets au bout desquels ses fins doigts serrent le collier qu’il lui a offert. »
Ses mains empoignent avec dévouement le bijou qu’elle colle contre son c½ur.
Timidement, elle se dirige vers la sortie, s’efforçant de ne pas se retourner.
Lui, l’air hagard, attend d’entendre les lourdes portes être refermées par ses hommes pour se fixer dans un miroir.
Si doux jusqu’à présent, le reflet lui renvoie cette version démoniaque de lui aux yeux rouges et aux cheveux gris : « Ça y est ? Tu as fini ? Tu es content ? Je t’ai laissé dire au revoir dans un des derniers instants de bonté que je t’accorde encore. Mais soit rassuré, quand tout sera fini, je prendrai soin de cette Saintia. Quel meilleur sujet qu’elle après tout ? Elle est prête à tout accepter de moi ! Ah ! Ah ! Ah ! »


Au Mexique, sur le toit de la taverne dans laquelle il loge, Mei préfère rester seul après le réconfort apporté par Yulij.
Depuis le village d’Icnoyotl, Mei fixe la constellation du Cancer.
_ « Elle brille moins que d’ordinaire, constate-t-il. »
Allongé, la tête dans les étoiles, il revit quelques instants le passé partagé avec son maître et tout le bonheur que celui-ci a pu lui apporter.
Malheureusement, la peine revient vite lorsqu’il se remémore son changement brutal de personnalité et les déclarations des gens qui lui étaient proches au Sanctuaire.
_ « S’il est mort aujourd’hui, alors cela signifie qu’il n’était réellement pas du côté de la justice, songe-t-il. Par Athéna, se redresse-t-il en un éclair. Je jure sur la constellation du Cancer de laver l’affront fait par mon maître et de toujours me battre pour la justice, lève-t-il le poing au ciel. »
A cet instant, les étoiles du Cancer se mettent toutes à scintiller bien plus fort que Mei ne l’a vu jusqu’à présent. Comme si elle reçoit et adhère à ce v½u solennel.

Au rez-de-chaussée, la fête bat au rythme des pieds qui claquent le plancher, des mains qui s’entrechoquent, des airs de guitares et d’harmonicas.
Les serveurs portent dans chaque main des plateaux remplis de boissons et de nourritures. Toutes les tables sont pleines et l’ambiance est bon enfant.
Accoudé, verre de tequila à la main, Nicol garde un ½il sur Yulij et Médée qui dansent à tours de bras avec tous les clients.
Prises d’une euphorie toute particulière après les atrocités vues dans la forêt, elles font de grands signes de mains au Saint de l’Autel pour l’enjoindre à venir partager ce moment avec eux.
Cependant, il préfère ramasser au passage la main d’une serveuse aux cheveux longs, blonds, épais et agrémentés de plumes noirs pour les décorer.
Iuitl, celle avec qui il a passé la soirée la veille, lui sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Bien qu’ils se soient quittés en froid la veille, Nicol la rappelle contre lui et lui murmure à l’oreille : « Hier tu te plaignais que les gens ici n’étaient que de passage. Tu vois, je suis encore là ce soir. »
Sa robe rouge dédoublée avec audace haut sur la cuisse lui permet d’entourer le Grec avec sa jambe. Elle se colle à lui et se laisse séduire : « Alors allons danser ! »
En rythme, ils s’accordent sur la piste sous le regard globuleux et espiègle de Cuetzpalli.
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Only for Love / Re: Chapitre 10 - Un frisson avant la mort
« Last post by Kodeni on 22 October 2020 à 19h34 »
NEWS

Cette version du chapitre 10 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 16 October 2020 à 22h07 »
Et Patrick poivey (Bruce Willis), en juin dernier...
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Cynarhum² / Re: Un être s'éteint, un topic s'éveille...
« Last post by Nao/Gilles on 4 October 2020 à 8h13 »
Ah ça n'est pas Michael ni même Ralf. Mais il a quand même fait des films sympa avant Batman 3 et 4 ! Par exemple l'expérience interdite/flatliners !

Sinon, Odile Schmitt aussi nous a quittés en mars dernier... La voix de Tao dans les cités d'or...
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Only for Love / Chapitre 65
« Last post by Kodeni on 3 October 2020 à 17h06 »
Chapitre 65

La porte du studio où a emménagé Seiya, situé au bord de la baie de Tokyo s’ouvre délicatement. 
A la Yacht House, les lampadaires de la rue illuminent par la fenêtre, restée ouverte, le modeste logement du chevalier.
En s’asseyant sur le bord du lit, Miho grelotte : « Qu’est-ce qu’il fait froid ! »
La nuit du 19 au 20 décembre 1986 est particulièrement fraîche, même pour quelqu’un capable de surmonter ce frimas grâce au cosmos.
Seiya se rapproche de l’encadrement pour fermer les fenêtres : « Je ne pensais pas que je partirai si longtemps aujourd’hui, sans quoi j’aurai fermé les carreaux. »
Il se précipite vers sa kitchenette pour y allumer un radiateur : « L’atmosphère devrait se réchauffer rapidement à présent. J’aurai préféré rester à l’orphelinat mais Makoto, Tatsuya et Akira ne nous auraient jamais laissé tranquilles. »
Miho rit avec charme : « Ils s’inquiètent beaucoup pour nous. Ils ont failli se faire mal, en chutant de l’arbre où ils nous espionnaient tout à l’heure. »
Pendant qu’il fait chauffer de l’eau dans une bouilloire, Seiya relève : « Du souci pour nous ?
_ Oui… Je veux dire… Ils souhaitent tellement que tu restes auprès de nous, suggère Miho toute gênée. »
Peu enclin au romantisme, Seiya se contente d’acquiescer d’un : « Ah ! »
Néanmoins, sa bonté naturelle lui permet de venir auprès de Miho toute frigorifiée. Il défait son lit pour l’emmitoufler dans ses draps : « Tu as si froid que ça ?
_ J’ai plus peur que froid.
_ Peur ?
_ Tu ne reviendras pas n’est-ce pas ?
_ Je te l’ai dis tout à l’heure à l’orphelinat Miho, je n’ai pas l’intention de mourir, loin de là.
_ Mais tu resteras avec elle alors ? »
Pégase réalise l’allusion faite à Saori. Alors que cela semble être une évidence pour son amie d’enfance, il lui faut la déclaration de sa camarade pour se sentir bouleversé au fond de lui.
_ « Saori, songe t’il quelques instants. »
Toutefois, sa mission et la réalité à laquelle elles le confrontent le ramène à lui : « Je suis un chevalier au service d’Athéna. Lorsqu’elle aura récupérée la place qui est sienne, le monde se portera mieux et la paix régnera. Elle n’aura plus besoin de moi, alors je pourrai revenir ici pour chercher ma s½ur tout en… étant auprès de toi. »
L’éducatrice profite que Seiya soit positionné à ses côtés, pour lui poser les mains sur son jean. Les yeux teintés d’émotion, elle lui transmet cette envie si pressante de se sentir contre lui.
Elle approche ses lèvres des siennes, pour réaliser enfin, ce que les enfants de l’orphelinat l’ont empêchés de faire tout à l’heure. Guidé par les sentiments amoureux de Miho, Seiya se penche en avant pour exécuter naturellement le baiser tant attendu par elle.
La gorge sèche de l’amoureuse Miho l’empêche de respirer. D’ailleurs elle ne respire plus, le temps se suspend en cet instant où la novice s’abandonne à Seiya.
Alors que leurs lèvres se frôlent, le bourdonnement de la bouilloire fait bondir Seiya : « L’eau est en ébullition ! Je pense qu’un bon thé te réchauffera ! »
Expérimenté après des heures passées aux côtés de Filia, cette fille de marchand d’Honkios avec laquelle il découvrait les joies de l’amour, Seiya se dérobe des attentes de Miho.
_ « Puis-je me permettre de lui donner ce qu’elle désire, sans pouvoir assumer les sentiments qu’elle a pour moi ? Elle est plus qu’une amie après tout, comment ne pas la blesser, réfléchit-il en préparant l’infusion ? »
Brusquement, autour de sa taille, les bras fins de la jeune femme l’enserrent. Trop perturbé par le choix qui s’offre à lui, Seiya, pris par surprise, sursaute.
Il repose le récipient bouillant dans l’évier et la regarde droit dans les yeux. Il ouvre la bouche pour s’excuser, lorsqu’elle le devance : « Suis-je belle Seiya ?
_ Ou… Oui… Oui, tu es sublime.
_ Crois-tu que je suis toujours la petite fille que tu as connue ?
_ N… Non. Non nous avons grandi et… »
Elle se met sur la pointe des pieds et lève son visage pour venir cueillir ses lèvres, tout en l’acculant contre le plan de travail de sa cuisine.
D’un mouvement de bras hésitant, il renverse une tasse et s’ébouillante la main. En sautant comme un fou dans tout l’appartement pour manifester sa douleur, et notamment se défaire de l’étreinte, Seiya simule affreusement.
Bien décidée à se donner à lui, elle se précipite sur la main dont il se plaint pour l’embrasser. De ce geste tout d’abord anodin, elle glisse suavement les doigts de Seiya dans sa bouche. Le mouvement de va et vient pratiqué lascivement ne laisse pas le Saint de bronze insensible.
Voulant une dernière fois la prémunir, Seiya prend la parole : « Miho je… »
Cependant, elle la lui reprend en se dépêchant de se hisser jusqu’à lui pour lui baiser les lèvres.
Langoureux, ce baiser est suivi de caresses sensuelles qui permettent à Miho d’apprécier le physique athlétique de celui dont elle est éprise.
Sans cesser leurs étreintes, ils se rapprochent du lit, s’enroulent dans les couvertures, se frottant l’un l’autre de plus en plus fort afin de stimuler leurs désirs.
A son tour, en lui ôtant ses vêtements, Seiya juge des courbes douces et généreuses de celle contre qui il n’est pas parvenu à lutter…


Au Mexique, dans le village d’Icnoyotl, à l’intérieur de la taverne, les heures ont défilé depuis l’arrivée des chevaliers.
Les réserves de boisson sont loin d’être vides et cela motive les clients à s’adonner davantage à la fête.

A l’étage, Mei, assis sur son lit en natte, tapote du pied sur le plancher : « Quand vont-ils arrêter leur vacarme ? Je suis exténué après tous ces jours passés à voyager ! »
Dénudée, Yulij profite de l’eau fraîche qui lui a été apportée dans un grand récipient pour achever sa toilette : « De quoi te plains-tu ? Je ne nous trouve pas si mal tombés. Alors que le secteur est hostile, nous sommes hébergés dans une ambiance cordiale et dans des conditions de vie acceptables. »
Mei se lève en retirant son maillot, il vient coller son torse nu contre le dos de sa concubine et l’entoure sous sa poitrine frissonnante avec ses bras : « Si tu veux mon avis, cette sympathie est anormale. J’ai l’impression qu’ils en font trop et Nicol a dû le remarquer également.
_ Qu’est-ce qui te fait dire ça ?
_ Le manque de curiosité de notre hôte. Il n’a pas cherché à savoir qui nous sommes, ni ce que nous venions faire dans la région.
_ C’est un commerçant. Il n’a pas voulu nous embêter. Tant que nous payons. »
Mei croque sensuellement l’intérieur du cou de sa compagne, dont les fins sourcils dessinent une totale docilité.

Au rez-de-chaussée, Iuitl refuse quelques pas de danses avec un homme à la peau ébène et aux origines lointaines. Elle préfère saupoudrer le dessus d’un verre de tequila de sel et préparer une rondelle de citron vert.
Elle verse l’alcool au milieu des huit autres verres déjà bus par Nicol. Le Saint d’argent garde les yeux revolvers de Iuitl dans sa mire, lèche le sel, boit ce neuvième verre d’un seul trait, puis mord dans le citron.
_ « Autant de verres en si peu de temps ! La nuit va s’achever sous peu si ça continue.
_ Je pense que d’autres verres feront l’affaire. Tant que Médée s’amuse, je préfère ne pas la laisser seule.
_ D’ailleurs, pourquoi est-elle voilée ? Venez-vous d’un pays où le culte religieux l’impose ? »
Nicol, d’un geste amusé, imite avec ses doigts un pistolet qui tire en plein sur la Mexicaine : « Bien joué. Première question qui nous est posée sur nos origines, depuis que nous sommes arrivés.
_ Je ne voulais pas vous sembler impolie.
_ Ce n’est pas le cas. C’est simplement que je trouve suspect le fait qu’Ichtaca nous offre l’hospitalité sans même savoir qui nous sommes. »
Iuitl libère une mine mélancolique. Elle caresse machinalement avec son index le dessus de la main de Nicol : « Tu sais, les visites ici, ça va, ça vient. Parfois tu crois tomber sur des gens formidables qui enrichiront tes connaissances, ta personnalité. Puis dès le lendemain, ils reprennent la route. Tu ne les vois plus jamais et eux, ils t’oublient dès qu’ils ont tourné le dos à Icnoyotl.
_ Tu sembles affectée par ces mouvements incessants de touristes.
_ Oh ! Nous sommes une humble tribu agricole. Hormis cette taverne, dehors, les paysans mènent une vie laborieuse et obscure dont l’horizon se limite généralement à notre établissement, notre famille, nos champs et nos bêtes.
_ Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. »
Elle se lève et lui tourne le dos : « Ce n’est rien, après tout demain tu seras déjà loin. »
Nicol baisse timidement la tête, navré d’avoir échoué dans son approche : « Peut-être pas. Nous sommes ici pour visiter les environs. Nous espérons voir quelques espèces protégées. »
Elle ne répond rien et charge une autre serveuse d’apporter un nouveau verre à Nicol.

Plus loin, Médée tourne, tourne, rit, chante, tourne à nouveau. Elle s’amuse autour d’un sombrero posé au sol et change à tours de bras de partenaires toujours dans la bonne humeur.
Soudain, dans le rythme, elle se retrouve au bras du propriétaire : « Alors comment trouvez-vous l’endroit, s’intéresse enfin Ichtaca ?
_ Hormis votre plancher sur lequel je danse depuis tout à l’heure, je n’en ai pas encore vu grand-chose. »
Il s’arrête et gratte sa barbe brune, tout en sortant une cigarette roulée par ses soins qui traîne dans sa poche : « Vous venez à table la fumer avec moi ? »
N’oubliant pas que l’investigation est le but premier de sa présence ici, Médée accepte : « Je ne fume pas, mais ça sera avec plaisir que je profiterai de votre compagnie. »
Sans même qu’il n’ait besoin de le demander, Ichtaca est reçu par un serveur qui apporte à chacun la mole poblano.
_ « Qu’est-ce donc, suspecte Médée en prenant le couvert qui accompagne l’assiette ?
_ Du poulet à la sauce au chocolat épicé. Une spécialité. Vous auriez tort de vous en priver.
_ Ce n’est pas mon intention. Mais dîtes-moi, je suis étonnée de voir une telle manifestation festive le jour de funérailles.
_ La plupart des gens présents dans ce bar sont des voyageurs. Et pour les locaux ici présents, ils se moquent des conséquences que peuvent avoir les rituels des adeptes de Tezcatlipoca. Ils veulent vivre de façon moderne, sans se soucier de ces légendes ineptes.
_ Puisque vous pleuriez cet enfant, dois-je en déduire que vous faites partis des croyants à Tezcatlipoca ?
_ Depuis l’origine de notre lignée, je suis rattaché à cette terre. J’ai vécu dans ses croyances et j’y vis encore. Je suis croyant sans être un réel pratiquant… »
Il montre sa cicatrice au visage, tout en recrachant sa fumée : « … Vouloir pratiquer cette croyance, c’est sacrifier beaucoup de soi.
_ J’ai l’impression de remonter des souvenirs douloureux. Je ne veux pas…
_ Non, non, ce n’est rien. Ma femme, mon fils et moi étions fidèles à Tezcatlipoca. Lorsqu’il fut en âge de devenir un guerrier Jaguar, un soldat au service de notre dieu comme le préconise Tezcatlipoca lui-même, mon fils perdit la vie comme cet enfant de tout à l’heure. J’ai alors renoncé à ce culte, au prix de perdre mon épouse. Elle est partie il y a des années à la recherche de la citée de Tezcatlipoca, Citlali.
_ Et cette citée, elle existe vraiment ?
_ Tous ceux partis à sa recherche ne sont jamais revenus.
_ Qui étaient ces gens ?
_ Des gens comme ma femme. Des gens prêts à devenir des Jaguars. »
Derrière eux, un homme au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, ramasse les restes sur une table vide. Il se délecte de la conservation, en laissant pendre sa très grande langue. Très vite, il ramène les verres couchés jusqu’au comptoir où il croise Iuitl envers qui il hoche la tête sommairement.

Exténuée, Médée finit par gagner sa chambre après avoir salué Ichtaca, auprès de qui elle n’a pas pu en s’avoir plus.
_ « Ce n’est pas grave, lui répond Nicol dernier attablé. »
Autour d’eux, la taverne se vide.
La musique perd en intensité, les musiciens cessant un à un de jouer de leurs instruments, le temps de finir leurs verres et rentrer chez eux.
Les tables sont débarrassées, le comptoir nettoyé.
Les étrangers regagnent leurs chambres, tandis que les villageois rentrent chez eux.
Son service terminé, Iuitl laisse son tablier sur le zinc et salue le patron d’un geste de la main.
Dehors, Nicol la rejoint : « Tu vas rentrer seule ? »
Iuitl, encore vexée, ne daigne même pas le regarder : « Tu veux me porter sur ton dos ?!
_ C’est juste que tous les hommes sont rentrés ensemble. Nous sommes au beau milieu de la nuit et en venant ici j’ai entendu des rumeurs d’enlèvements et de sacrifices. Alors…
_ Alors tu es venue me protéger ? Mais toi, qui te protégera quand tu m’auras ramené et qu’il te faudra rentrer seul chez Ichtaca ? »
Nicol aurait aimé lui répondre qu’il serait envisageable de passer la nuit avec elle, mais sa bonne éducation l’en empêche. Finalement, il la laisse à sa folle humeur et rebrousse chemin.

Seule, dans la nuit noire, Iuitl traverse les rues, sous le regard inquisiteur du mystérieux serveur à la langue bien pendue.

Dans la taverne, à l’étage, sur le pallier, Médée passe sa tête par la porte de sa chambre entrebâillée pour intercepter Nicol : « Pst ! »
Nicol, prit de panique, se cramponne la poitrine : « Ah ! Médée ! Bon sang, ce que tu m’as fait peur ! »
Un fou rire nerveux s’empare de Médée et contamine Nicol.
Après quelques minutes d’enfantillages, elle chuchote : « Ichtaca, c’est un ancien adepte de Tezcatlipoca.
_ Bien joué. Pour ma part je n’ai pas réussi à glaner la moindre information. Il nous faudra concentrer nos efforts sur Ichtaca dans ce cas. Nous n’avons que cette piste pour l’instant. »


En sortie de Tokyo, à la Yacht House, le soleil du 20 décembre 1986 perce à travers la fenêtre du studio du Saint de Pégase.
Le sommeil est venu tard pour Seiya.
Le jour déjà haut dans le ciel, baigne le petit appartement d’une lumière agréable pour un mois de décembre. Ses rayons viennent chatouiller les paupières du locataire profondément endormi, ainsi que celles de Miho paisiblement reposée contre son ami.
Lorsqu’il revient parfaitement à lui, Seiya bondit, redressant par la même occasion sa jolie compagne qui défait sa ferme poitrine chaudement collée à son torse nu.
Il regarde l’heure sur son réveil et s’inquiète : « Mince ! Je vais être en retard ! »

En tenue d’Adam, il traverse la pièce pour atteindre la kitchenette et se faire une rapide toilette. Emmitouflée dans les draps, Miho ne perd pas des yeux l’homme de son c½ur qu’elle dévore d’amour.
_ « Reste un peu.
_ Je ne peux pas. Tu sais que j’ai d’autres obligations.
_ Oui, envers cette jeune femme qui t’a t’en fait souffrir pendant ton enfance et qui t’a séparé de ta s½ur. Tu es prêt à la rejoindre à tout moment, envers et contre tous. Contrairement à d’autres.
_ Tu le sais Miho. Je suis un chevalier. Je n’ai pas d’autres choix. Nous en avons déjà parlé hier. »
De colère, elle boude sous les couvertures tandis qu’il achève de s’habiller.
Lorsqu’il vient la libérer de sa cachette, les petits yeux amoureux de la demoiselle le supplient : « Dis-moi que tu reviendras pour moi. »
Seiya garde le silence. Il lui baise le front et endosse sa Pandora Box.

Avant qu’il ne soit entièrement sorti, Miho se précipite totalement nue jusqu’à la porte d’entrée : « Dis-moi au moins que tu reviendras en vie. »
Sans oser se retourner, le visage résolument déterminé, Seiya se contente de répondre : « Je reviendrai Miho. Je reviendrai. »


L’aube commence seulement à pointer le bout de son nez dans le village d’Icnoyotl.
Une légère lumière passe à travers les fibres des rideaux qui ferment les fenêtres des modestes chambres de la taverne où Nicol et les siens ont trouvé refuge.

Reposée sur le torse de Mei, Yulij remonte peu à peu le buste sculpté de son compagnon pour l’extirper de son sommeil par un délicat baiser.
Dans la chambre à-côté, la tête tourne à Médée qui supporte mal les verres de tequila descendus durant la soirée de la veille.
Nicol, lui, ne portant que son sous-vêtement, s’exerce déjà en effectuant rapidement d’innombrables pompes sur le vétuste plancher de sa chambre.

Lorsqu’ils se rejoignent tous les quatre sur la mezzanine qui fait le tour des chambres et surplombe le bar, ils observent, accoudés à la rambarde, la salle où avait lieu la fiesta de la veille.
Ajustant son turban autour du visage, Médée s’exclame : « Incroyable, tout est propre et déjà rangé.
_ J’espère que cela nous permettra de manger plus calmement qu’hier, déclare Mei avec sarcasme. »
Une odeur de tabac vient leur chatouiller les narines et les informe de la présence d’Ichtaca derrière eux.
Le patron se gratte la barbe pendant qu’il aspire quelques bouffées de sa roulée : « Oui. N’attendez pas la bonne ambiance avant ce soir 22h. A cette heure ci, la majeure partie de nos clients ont déjà payé leurs chambres et ont repris la route. Rares sont ceux qui reviendront ce soir. Toutefois, il y a toujours suffisamment de nouveaux venus pour faire la fête. Et puis les villageois se joindront volontiers à nous. »
Le disciple de Deathmask souffle avec exaspération : « Génial ! »
L’épouse de Mû, dont la tête bourdonne encore, se joint aux railleries de son camarade : « A qui le dis-tu ! »
Nicol, lui, précise : « Nous serons encore là ce soir pour notre part. »
Ichtaca fait la moue en tirant de nouveau sur sa cigarette : « Rares sont les visiteurs qui restent bien longtemps. Vous n’avez rien de chercheurs de trésors…
_ Nous sommes venus étudier quelques espèces rares, répète à qui veut le croire Nicol.
_ Sans appareils photos, sans notes, remarque l’observateur Ichtaca ?! »
Yulij espère sortir son frère adoptif de ce mauvais pas : « C’est que… »
Ne voulant en savoir plus, mais n’étant pas dupe, Ichtaca conclut : « Soyez prudents. Il existe de dangereux animaux encore plus offensifs que les moustiques ici. »
Cette boutade destiné à Mei provoque le cynisme du Saint de la Chevelure de Bérénice.
Prudent, Nicol renvoie d’un hochement de tête une réponse pleine d’allusion comme l’était la réflexion du propriétaire de la taverne : « Merci. Nous sommes équipés contre ces bêtes là. »
Ichtaca leur tourne le dos et rentre nettoyer une chambre que des clients ont quitté plus tôt : « Le petit déjeuner vous attend en bas. Mes serveuses vous feront découvrir quelques spécialités locales. A ce soir j’espère. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans la chambre du Grand Pope, l’aube s’est prononcée depuis quelques heures déjà à travers les lucarnes de l’immense temple.
Le maître des lieux, Saga, paré de sa tenue de représentant d’Athéna, progresse, préoccupé, dans la salle d’audience.
Dans sa main, sur laquelle descend sa longue toge blanche, il tient une lettre qui le laisse coi.

Dans ses pas, file son fidèle messager habillé de sa lourde bure de moine et de son masque de fer, Ptolémy.
_ « Hum… Tu es catégorique Ptolémy Saint d’argent de la Flèche, interroge la voix du Pope étouffée par son masque ?
_ Absolument. Ce courrier a été rédigé de la main même de Saori Kido. Nos espions sont formels.
_ Cette missive nous annonce sa venue à elle ainsi qu’à celle des Saints de bronze renégats. Elle est encore plus folle que je ne l’aurai pensé. »
Aveuglément fidèle à celui qui lui donna sa chance, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, Ptolémy se courbe lorsque son souverain passe à sa hauteur pour se diriger vers le balcon qui domine tout le domaine sacré.
Dans un déchaînement de sarcasmes, le Grand Pope déchire la lettre : « Les pauvres inconscients. Ils ont choisi de se jeter dans la gueule du loup. Ils ne parviendront jamais à franchir les douze maisons du zodiaque !
_ Certes Majesté, mais pensez-vous que des hommes du rang des Saints d’or s’abaisseront à tuer cette jeune femme qui se prétend être Athéna ?
_ Non, car c’est toi qui vas le faire.
_ Comment ?!
_ Oui, tu seras le guide des Saints de bronze lorsqu’ils arriveront. J’aimerai que tu utilises ton arcane pour faire diversion et planter une de tes flèches en pleine poitrine de cette Saori Kido.
_ Pégase et ses amis sont parvenus à vaincre séparément certains de mes semblables bien plus puissants que moi. Je crains hélas que ça ne suffise pas.
_ J’y ai pensé. Voilà pourquoi seule une arme divine peut prendre à défaut ces Japonais. »
Il retourne près de son trône, tandis que son fidèle serviteur reste prosterné. Il sort de dessous un coffret dans lequel est entreposé une dague. Sous les petits yeux rouges de son masque, le Saint des Gémeaux glisse son regard sous la lame et en extirpe une flèche en or.
_ « Cette dague, plonge-t-il dans ses souvenirs… Confiée par Cronos en personne. Si seulement Aiolos n’était pas intervenu il y a treize ans… Heureusement, elle n’était pas la seule arme que j’ai récupérée lors de la Guerre Sainte contre les Titans. Cette flèche est idéalement adaptée à la situation. Ainsi, même si grâce à son statut divin Athéna ne meurt pas sur le coup, si son cosmos lui permet de lutter contre celui d’un dieu primordial, la pointe finira par lui transpercer le c½ur. La seule chose qui pourrait la sauver serait le Bouclier de la Justice. Et pour cela, il faudra d’abord que ses Saints de bronze traversent les douze temples. Autant dire que c’est impossible, planifie-t-il en silence. »
Il sort de ses réflexions et range sous son siège, aussi discrètement qu’il l’a sortie, la boite offerte par Cronos.
Il revient à Ptolémy et lui tend la flèche d’or : « Lorsque ton cosmos est à son paroxysme, ton Phantom Arrow parvient à libérer des flèches matérialisées. Tu es même déjà parvenu à en matérialiser une en or. Celle que je te tends nécessitera seulement toute ton application pour atteindre cette jeune rebelle. Ne te préoccupe que de faire diversion auprès de ses Saints de bronze et applique tout ton cosmos à atteindre Saori Kido. Lorsque tu auras réussi ta mission, tu délivreras un message de ma part à ses chevaliers. Tu leur diras que nul ne peut retirer cette flèche d'or hormis quelqu'un investi d'un pouvoir équivalent au mien. Ils ne disposent que de douze heures pour traverser les maisons du zodiaque et me ramener auprès de cette Saori, car durant ce délai la flèche se rapprochera inexorablement de son c½ur. »
Ptolémy tend les bras pour recevoir l’artefact : « Bien Majesté.
_ Ptolémy. Je ne te cache pas que cette mission n’est pas sans risque. Mais je ne doute pas de ta fidélité envers le Sanctuaire.
_ En effet. Quoi qu’il puisse arriver aujourd’hui, sachez que cela aura été un honneur de servir pour vous au nom d’Athéna. »

Seul, Saga se positionne fermement dans son fauteuil et attend patiemment.
Soudain, quelques fracas retentissent depuis derrière la porte de la salle d’audience.
Un garde l’ouvre en s’écroulant, désemparé et à bout de souffle : « Majesté… Grand Pope… Contre vos ordres, le Saint d’or Aiolia insiste pour vous voir… Il a déjà repoussé plusieurs des nôtres… »
Sans même perdre de sa prestance malgré l’annonce d’une éventuelle menace, le chevalier des Gémeaux décrète : « Bien. Qu’il vienne. Je lui donnerai audience. Pendant ce temps, regroupe d’autres messagers, j’ai une convocation à faire parvenir aux Saints d’or pour un Chrusos Sunagein ! »
L’homme s’exécute et fuit en passant à côté d’Aiolia qui déboule avec rage.
De retour du Japon, le Saint d’or du Lion exige de rencontrer le Grand Pope afin que celui-ci lui rende des comptes sur l’absence d’Athéna au Sanctuaire…


Au Mexique, dans la citée de Citlali, au plus profond de la pyramide aztèque, le massif Tezcatlipoca, les yeux toujours fermés, lève le visage en direction de sa statue.
Il semble prier le c½ur solaire qui l’alimente.

Derrière lui, agenouillé, Necocyaotl attend que son dieu mette un terme à son recueillement.
Il réajuste son écharpe rouge par-dessus le col en or qui encercle son torse et couvre son châle vert.

Plus loin, quelques prêtres totalement prosternés invoquent la pitié de cet organe de feu. Seul le clergé est autorisé à contempler la statue.
Pourtant, les rares élus sont plus attirés par cette sphère incandescente, que par la sculpture en elle-même. Ils réussissent à distinguer un objet au centre même de cette boule de feu. Tezcatlipoca commente : « C’est le sceau apposé sur cette espèce de clochette qui m’a libéré de la perfidie d’Athéna. Le sauveur de notre espèce m’a assuré que cette énergie est l’arme qui détruira l’humanité. Et c’est le cas. Je sens cette chaleur qui pénètre mon c½ur et libère tous mes pouvoirs… »
Il se retourne, les bras grands ouverts vers le ciel et ouvre enfin ses paupières. Ses deux yeux sont semblables à deux lumières rouges. Ils brillent dans l’ombre causé par le reflet du soleil sur les ruines intérieure du temple.
_ « … Le moment de prier va s’achever. L’heure de la destruction approche. C’est ce qui a été prévu pour ce monde. Le monde tel que nous le connaissons sera détruit, pour ensuite renaître. En jurant fidélité au dieu qui nous a libéré de l’emprise d’Athéna, nous avons obtenu la garantie d’être ceux qui débuteront la fin du monde. Quand ce grand jour viendra, ce dieu allié exaucera notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde nouveau. Mais en attendant qu’il nous en donne l’ordre, en attendant que le soleil n’abatte sa colère, il doit se nourrir de c½urs humains. D’autres sacrifices doivent être faits pour perpétuer sa course et éviter de façon immédiate la destruction. Qu’on le dise à mes guerriers Jaguars ! Qu’on m’offre des sacrifices pour occuper la patience du soleil ! »

Les prêtres s’exécutent. Ils quittent la pyramide, pour aller prêcher la bonne parole dans la citée.

En quelques minutes, Tezcatlipoca se retrouve seul en compagnie de Necocyaotl.
Le pontife ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Beau discours ô Grand Tezcatlipoca. Puisque vous parliez de sacrifices, je trouve utile d’évoquer celui que voulait vous faire Titlacauan hier. Cet homme raffiné qui vous conviendrait à ravir a été observé hier par Cuetzpalli. »
Le prélat appelle d’un geste de la main le prénommé Cuetzpalli qui se présente vêtu d’un tilmatli. L’homme, au nez aplati et aux yeux globuleux, coiffé d’une crête hérissée, n’est autre que le serveur assurant la veille le service chez Ichtaca.
Il s’assoit en faisant glisser, de manière à le ramener entièrement en avant pour couvrir son corps et ses jambes, ce rectangle en poils de lapins tissées et renforcé pour l'hiver de plumes noué sur l’épaule droite. Il baisse la tête en attendant qu’on lui donne la parole.
Tezcatlipoca et ses yeux semblables à des lasers le toise : « Cuetzpalli. Tu es un Jaguar qui espionne le village d’Icnoyotl n’est-ce pas ? »
Tout en laissant pendre sa très grande langue, le hideux personnage répond : « En effet ô Grand Tezcatlipoca. Je suis serveur chez Ichtaca. »
Tezcatlipoca bouge très lentement sa tête en direction de son représentant : « Ichtaca… N’est-ce pas ce Jaguar qui nous a tourné le dos ?
_ En effet, assure d’un signe de la tête Necocyaotl. Vous n’avez jamais voulu qu’on lui inflige le châtiment réservé aux traîtres.
_ Il peut encore nous être très utile. »
Cuetzpalli, habituellement fort bavard et indélicat, observe la plus grande discrétion de peur de froisser son dieu. Il attend que celui-ci daigne poser la vue sur lui pour continuer : « J’ai pu surprendre une conversation hier soir, durant laquelle une des personnes qui accompagne cet étranger qui plait tant à Titlacauan se renseignait justement sur votre citée, sur les Jaguars et surtout sur vous Grand Tezcatlipoca. »
Necocyaotl laisse apparaître une expression encore plus malsaine qu’habituellement. Son visage peint en horizontal de jaune et noir, couleur symbole de sa tribu, arbore son aspect menaçant : « Ne sachant pas de qui il s’agit réellement, nous devons nous montrer le plus prudent possible. Peut-être qu’enlever un des leurs nous permettra d’en savoir plus sur eux ? »

Tezcatlipoca garde le silence le temps de tourner le dos à ses hommes et de retourner auprès de l’édifice témoin de sa toute puissance. Avant de ne faire qu’un avec, il ordonne : « Cuetzpalli. Sers-toi de ton complice au sein d’Icnoyotl, pour savoir qui ils sont. Necocyaotl. Ne faisons rien d’autres qu’offrir des sacrifices au soleil. Nos ennemis ne tarderont pas à se manifester d’eux-mêmes. »


En Grèce, au Sanctuaire, dans le village de Noioso, le calme règne.
Déserté par la jeunesse athénienne, ce village du sud du domaine sacré n’accueille aujourd’hui que quelques vieillards et malheureux pour qui la vie près d’Honkios est trop chère.

Néanmoins, il fait bon vivre dans ce logis de Noioso aux murs en torchis et au toit fait de planches et de paille.
Cet homme à la chevelure soyeuse, bleue, s’en approche, encapuchonné par sa cape. Celle-ci dissimule au possible sa Cloth en or.
Il s’étonne du calme ambiant et du manque de ronde : « Il faut dire qu’Arachné, le lieutenant de la zone sud a été vaincu lui aussi par ces satanés renégats, constate le Suédois au visage gracieux avant de conclure, de même que les effectifs des soldats ont diminué au fil des batailles menées à travers le globe. Ainsi que sous nos propres lances pour ceux qui ont osés se soulever contre l’autorité du Grand Pope. Ce règne de la terreur a calmé les esprits récalcitrants. »
Une brise fraîche caresse le chevalier au grain de beauté sous l’½il gauche : « Il fait bon matin. La brume voile l’horizon mais cela annonce généralement une journée ensoleillée, pense-t-il mélancoliquement. »
Inhabituellement rêveur, Aphrodite se positionne sur le pas de la demeure de son ancienne compagne. Depuis dehors, il entend les effusions de joie de la jeune femme mêlées aux gazouillis d’Adonis, son fils.
Il baisse sa capuche et glisse son heaume sous son bras. Le même bras dont la main tient une pochette dont la face présente une inscription en grec ancien. Avec son index recroquevillé, il cogne de l’autre main à la porte.
La voix douce et chaleureuse de la propriétaire s’empresse de crier : « J’arrive, j’arrive ! »
Quelle n’est pas la surprise de cette jeune femme à la peau blanche et aux grands yeux bleus : « Aphrodite ! »
Derrière elle, un petit garçon trotte jusqu’à venir se jeter dans ses jambes en criant : « Maman ! »
Cette voix pleine de vie provient de son fils à la chevelure bleuté comme celle du Saint des Poissons. Il porte sous son ½il le même grain de beauté que son père dont il ignore tout.
_ « Bonjour Myrrha… »
Il s’agenouille pour atteindre la hauteur de l’enfant : « … Bonjour Adonis. »
Le susnommé répond en agitant la main pour saluer l’inconnu.
Faisant front de sa maigre apparence, Myrrha bloque l’entrée et fait reculer son fils d’un mouvement de jambe : « Que me vaut l’honneur de cette visite ? Si c’est Milo que tu cherches, il a reçu une convocation et il est parti précipitamment. »
Aphrodite sourit avec gêne. Son attitude si cordiale ne lui ressemble pas : « En effet, dit-il en agitant lui aussi la pochette qu’il tient dans la main, c’est parce que j’étais sûr de ne pas le trouver avec toi que je suis venu vous voir… »
Il emboîte le pas en direction de la demeure mais Myrrha fait front davantage.
_ « … Myrrha. Si je suis venu ce matin, c’est simplement parce que j’ai un mauvais pressentiment. Et je ne voulais pas partir sans dire au revoir à mon fils. Ni à toi d’ailleurs.
_ Ton fils ?! Sais-tu au moins quel âge il a ton fils ?! Etais-tu là lorsqu’il a fait ses premières dents ? Ses premiers pas ? "
_ Il a deux ans et demi. Il est né le 22 juillet 1984 et... Non, je n’ai jamais été là à chaque étape de sa vie. Je voulais simplement le voir une… Avant que le monde ne change.
_ Tu l’as vu. Maintenant, tu peux partir. »
Alors que d’ordinaire il se serait montré insistant, voire violent, Aphrodite se contente de faire la moue. Il reste les yeux rivés sur sa progéniture vers qui il tend une rose rouge : « Je ne reviendrai plus t’embêter mon petit bonhomme. C’est promis. Seulement sache que tant que cette fleur gardera son éclat, je veillerai sur toi. »
Le bambin l’attrape, puis repart à vive allure à l’intérieur de la chaumière.
Myrrha en profite pour claquer la porte au nez de son ancien compagnon mais celui-ci retient la porte au dernier moment. Les yeux noyés de morosité, il se contente de lui dire : « Myrrha ! … Pardon. »
Son regard regagne le sol de Noioso, tandis qu’il rebrousse chemin, laissant la porte se fermer plus délicatement derrière lui.

A l’intérieur de la maisonnette, Myrrha se laisse glisser contre le bois qu’elle vient de repousser jusqu’à choir sur le sol terreux. Elle recroqueville ses genoux contre sa poitrine et s’y réfugie, pour pleurer à chaudes larmes.


Au Mexique, dans la forêt, la sonorité ambiante rappelle la composition extraordinaire de cette jungle.
D’animaux peu communs, aux végétations les plus inattendues, en passant par quelques vestiges des civilisations précolombiennes, les excursions des Saints sont riches en émotions.
Séparés en deux groupes, un constitué des hommes et un second des femmes, les chevaliers ont choisi de se partager deux secteurs à l’est d’Icnoyotl.
Les urnes des armures laissées à la taverne, les chevaliers ont opté pour des vêtements locaux pour espérer passer inaperçus.

Chez les hommes, Nicol tempère son agacement, tandis que Mei ne cesse de se plaindre de la chaleur étouffante, du temps perdu à tourner en rond et des raisons pour lesquelles il ne peut pas faire équipe avec sa bien-aimée.
_ « J’ai trouvé intelligent de varier un peu. Nous sommes une équipe et je pense que nos caractères totalement opposés peuvent donner quelque chose d’intéressant.
_ Ah ça oui ! Tu peux être sûr que ça va se finir en pugilat ! Ça, ça va être intéressant ! »
Faisant preuve d’une maturité poussée à rude épreuve, Nicol préfère se taire. Il pointe du doigt : « Allons à droite. »
Mei se défait avec quelques mouvements de bras, des branches qui lui barrent la route : « C’est bizarre, j’allais proposer la gauche. »
Soudain, un hurlement atroce les met d’accord. Ils hochent la tête pour choisir en ch½ur : « Au centre ! »

Plus loin, l’entente est plus cordiale entre les femmes.
Médée et Yulij profitent d’être loin de tout autochtone pour retirer leurs voiles et réajuster leurs masques de femmes chevaliers : « Je ne pensais pas un jour être si heureuse de pouvoir remettre ce masque, sourit Yulij sous celui-ci.
_ Tu lis dans mes pensées. J’aurais même préféré, vu que nous ne sommes que deux, rester à visages découverts. Néanmoins, nous ne savons pas sur qui ou quoi nous pouvons tomber. »
A cet instant, Yulij sent un étrange liquide lui couler sur l’épaule. Elle passe sa main sur le fluide écarlate qu’elle frotte du bout de ses doigts et, en levant la tête, constate : « A qui le dis-tu ! Regarde en haut ! »
La Muvienne passe sa main devant sa bouche : « Par Athéna ! Que lui est-il arrivé ? »
Le Saint du Sextant fait le tour d’un cadavre animal pendu aux arbres : « Il semble qu’il a été… Ecorché. Sa peau lui a été retirée. »
Dans le bourdonnement incessant des mouches qui viennent se délecter de la chair à vif, le Saint du Graveur voit tout autour, suspendus eux aussi, d’autres cadavres de bêtes du même type : « J’ai l’impression que nous sommes tombés sur un lieu de culte.
_ Un lieu où on sacrifie des animaux ?
_ Pas de sacrifices au sens propre du terme. On leur vole leurs peaux. D’ailleurs, ces bêtes ne te rappellent rien ? »
Yulij se remémore les jaguars vus la veille et avant qu’elle ne puisse répondre, des grognements félins les encerclent.
Une voix brutale accompagne la meute : « Du calme mes jaguars, du calme. »
Un homme sort de la pénombre, entouré d’autres animaux. Il présente une musculature résolument impénétrable. Son corps nu, uniquement caché à l’entrejambe par une peau de bête qu’il a dépecé, a le corps peint aux couleurs des animaux symboles de sa tribu. Ses yeux jaunes et son visage maquillé de jaune et lui retirent tout aspect humain. Ses longs cheveux ébène, poisseux et fourchus, ressemblent davantage à un pelage.
D’autres hommes apparaissent à leur tour, accompagnés eux aussi par des félins. Tous aussi râblés, ils sont couverts par la peau du cheptel dépouillé. Leurs visages, leurs bras, leurs jambes, et pour certains leurs poitrines, sont habillés de toisons de jaguars.
L’homme au visage coloré lève la machette qu’il tient entre les mains vers les cieux : « Pour que nos bêtes nous fournissent une fourrure de qualité, il faut les rassasier ! Qu’on saigne ces intrus ! »
Aussitôt, les jaguars s’élancent sur les deux jeunes femmes qui sont acculées l’une contre l’autre.
_ « Je croyais que les jaguars ne s’attaquaient pas aux hommes, s’étonne Yulij !
_ Sauf s’ils sont sous l’influence de ces derniers, déplore Médée.
_ Dans ce cas, je m’en occupe. Une Chute d’Etoiles devrait suffire à nous débarrasser d’eux : Falling Stars ! »
Semblables à des météores, les coups du Sextant renvoient tous les animaux au tapis.
En retrait, une voix ronronnante félicite la jeune femme : « Je suis étonné de voir par ici une autre caste que nos Jaguars. De qui êtes-vous les représentants ? »
Le colosse à la machette, écarte alors quelques feuillages, pour laisser apparaître un jaguar humanoïde assis sur un trône de pierre taillée de motifs précolombiens. Celui-ci, affublés de parures traditionnelles, porte une couronne de plumes et laisse un serpent s’entortiller autour de son corps.
Face au silence des intruses, le thérianthrope s’adresse à son serviteur : « Achcauhtli. Elles nous font perdre du temps. Elles t’empêchent de préparer de nouvelles tenues pour nos Jaguars. Fais-les parler. »
Ledit Achcauhtli pointe son arme vers les jeunes femmes pour envoyer les soldats à la charge cette fois-ci. Il se retourne alors vers son supérieur : « C’est comme si cela était fait lieutenant Ipalnemoani. »

A l’opposé, Nicol et Mei se précipitent à toute allure en direction du cri qui leur est parvenu.
Inconsciemment, l’un essaie toujours d’être plus rapide que l’autre, pour le devancer. Malgré cette perpétuelle rivalité, les deux Saints n’en oublient pas qu’ils sont dans le même camp. Cela sert Mei lorsque Nicol choisit de le plaquer au sol pour éviter une déferlante de cosmos qui s’abat sur eux.
Lorsqu’ils relèvent la tête, ils remarquent des pattes griffues qui soutiennent les corps de jaguars humanoïdes.
Mei grimace : « Merde. Ça recommence. »
Dans le dos des trois Jaguars qui se dressent en rempart, Nicol distingue trois hommes et une femme vêtus comme des cow-boys : « Eh ! Mais ce sont les touristes de la taverne ! Ils étaient là-bas hier soir ! »
Deux des étrangers sont couchés, leurs cadavres lacérés, tandis que le dernier homme se fait attacher les mains dans le dos et bâillonner.
La femme, elle, est maintenue à la gorge contre un arbre, par une guerrière tatouée de symboles aztèques sur les bras et par-dessus sa poitrine nue. Autour de ses jambes, couvertes d’un très léger morceau de tissu destiné à dissimuler son intimité, un félin se frotte affectueusement. Ses épaules larges et son visage colorié de jaune et de noir font perdre à cette Jaguar toute féminité. Elle abandonne sa victime en souriant : « Ne t’en fais pas ma belle, je jouerai avec toi après m’être occupée d’eux. »
Mei regarde Nicol et rigole : « Elle n’a pas l’air commode. Je te la laisse, je n’ai pas envie de me faire décoiffer par un simili de bodybuilder dopé. »
Immédiatement, Mei se relève, balance son sombrero à l’un des Jaguars et envoie son poncho sur les deux autres pour arborer sa tunique jaunâtre, ses spartiates et ses poings bandés de bandelettes en papier : « J’en avais marre de me retrouver dans la peau d’un autre homme. Pas vous ? »
Les trois métamorphes ne gouttent guère à la plaisanterie et s’élancent sur le Saint de la Chevelure de Bérénice.
Du côté de Nicol, l’animal de la massive guerrière tente de saisir de ses crocs le Grec. Nicol défait lui aussi son châle et se sert du tissu ample pour étrangler l’animal.
Espérant lui faire perdre connaissance, sans pour autant lui ôter la vie, le Saint d’argent ne remarque pas l’approche de son ennemie au physique herculéen. Elle le cogne par surprise dans les reins, en joignant ses deux énormes mains.
Le chevalier à la carrure digne d’une statue grecque ne se remet pas de ses émotions, qu’elle lui attrape ses cheveux châtain clair pour mieux le frapper d’une violente droite. Elle répète trois fois l’opération, le renvoyant chaque fois plus sonné au tapis.
Pendant ce temps, son animal de compagnie se défait de l’habit qui le gênait et vient choper Nicol derrière la nuque pour le plus grand plaisir de sa maîtresse : « Vas-y, c’est ça. Dévore-le. »
Tout proche, Mei abandonne son rictus provocateur. Les trois Jaguars le menacent sérieusement. Il a beau augmenter son cosmos, ses ennemis se remettent parfaitement de ses coups. Il esquive la droite du premier et lui balaye les jambes pour le renvoyer au tapis. Il saisit le second à la gorge, avant qu’il n’ait pu tenter quoique ce soit, et vient lui faire heurter avec son visage celui du premier.
Enfin, le troisième larron tente de lacérer le Japonais, griffes en avant, mais Mei s’en sort à merveille en le cognant du genou en plein abdomen. Il enchaîne plusieurs coups de poings sur son adversaire. Les chocs au visage suffisent à avoir raison de lui.
Lorsqu’il se retourne, la musclée Jaguar, pensant en avoir fini avec Nicol, le surprend à son tour. Elle fonce depuis les airs, genoux en avant, pour le heurter en plein visage.
Mei est projeté en arrière.
Nicol aux prises avec l’animal féroce, le saisit par chacune de ses mâchoires. En les écartelant il le tue sur le coup.
La guerrière en profite pour disparaître avec les deux touristes. Sa voix retentit dans les airs : « Vous n’auriez pas dû défier Ixtli lieutenante des Jaguars. Vous mourrez pour cette offense. »
Loin de se soucier de telles menaces, Nicol s’inquiète de voir les deux Jaguars que Mei n’a pas achevé prendre la poudre d’escampette.
La main droite tenant son nez gonflé et couvert de sang, Mei libère de sa main gauche de longs filaments qui viennent capturer les fuyards.

A plusieurs kilomètres de là, Médée et Yulij renvoient du mieux qu’elles le peuvent la vingtaine d’ennemis qui se dressent sous les ordres d’Achcauhtli.
Les hommes affublés de peau de bêtes posent quelques soucis aux deux jeunes femmes par leur supériorité numérique et leur résistance.
Derrière, Ipalnemoani, le lieutenant humanoïde, abandonne son fauteuil de pierre et ordonne à son second : « J’ai l’impression qu’Ixtli a quelques ennuis. Il vaut mieux que nous rentrions à Citlali pour avertir notre Grand Tezcatlipoca que ces visiteurs disposent d’une puissante énergie. Tu me rejoindras quand tu te seras débarrassé d’eux et que tu les auras fait parler Achcauhtli. »
Le géant musclé hoche la tête pour approuver les ordres et part à l’attaque.
Acculée, Médée appelle dans ses mains deux outils qui appartiennent à sa Cloth. Sans que le reste de l’armure ne viennent, l’épouse de Mû dispose du marteau et du burin de sa Cloth de bronze. Elle les fait s’entrechoquer et libère des centaines de billes de gammanium, l’alliage nécessaire à la fabrication des Cloths : « Gammanium Destroyer ! »
Les billes du Gammanium Destructeur transpercent ses adversaires de part en part, les tuant sur le coup.
Quand elle choisit de faire volte-face pour prêter main forte à Yulij, une épaisse colonne de muscles lui barre la route. A une vitesse dépassant celle d’un simple Saint de bronze, il défait Médée de ses outils et lui assène un violent coup de tête en pleine face. La jeune femme, heureusement, protégée par son masque, titube et ne voit pas la succession de droites et de gauches d’Achcauhtli venir. Elle est martelée sur toute la surface de son corps, si bien que ses muscles sont endoloris et que ses membres ne lui répondent plus. Une dernière droite la fait chanceler et un coup de pied en plein torse l’étale au sol comme si elle n’était rien.
De son côté, Yulij renvoie au tapis les derniers adversaires encore debout. Hélas, ceux-ci n’abdiquent pas. L’un réussi à lui attraper ses longs cheveux blancs pour la déstabiliser. Sitôt, deux autres se précipitent pour la mettre au tapis.
D’un mouvement acrobatique réalisé avec majesté, Yulij parvient à les frapper simultanément avec ses jambes et à passer derrière celui-ci qui croyait la neutraliser. Son coup de poing en pleine colonne vertébrale la lui brise, tout comme les os des deux précédents assaillants ont rompu sous le choc. Autour de la Grecque, l’effluve de son cosmos resplendit : « Puisqu’il vous faut ça, on va passer à la vitesse supé… »
Elle n’achève pas sa phrase qu’Achcauhtli apparaît devant elle comme il l’a fait précédemment avec Médée. Il lance sa tête contre celle de Yulij. Toutefois, la Saint du Sextant est plus vive que son amie et elle l’esquive au moyen d’un déhanché subtil qui aboutit à un violent coup de pied retourné qui cogne la clavicule du Mexicain.
Le bruit du choc est aussi spectaculaire que la résistance inattendue du Jaguar. Sans broncher, il encaisse et s’élance comme si de rien n’était contre Yulij pour la plaquer de toute sa masse : « Carga Carnivoro ! »
Le télescopage est si puissant que les vêtements locaux de Yulij volent en lambeaux, tandis qu’elle retombe au milieu des Jaguars, totalement sonnée.
_ « Ce maillot et ce short kaki. Ses sandales aux pieds. L’odeur du soleil méditerranéen sur sa peau. Il ne peut s’agir que de Saints d’Athéna. Ma Charge Carnassière devrait suffire mais je préfère que vous l’acheviez par sécurité, s’assure Achcauhtli auprès de ses hommes. »
Les derniers Jaguars vivants s’exécutent mais de nouvelles billes de gammanium les achèvent.
Remise sur pied, ses outils ramassés, Médée murmure le nom de son arcane : « Gammanium Destroyer. »
Le titanesque Jaguar fait la moue en voyant ses hommes aux peaux animales trouées : « Tout ce temps que j’ai passé à tanner les peaux de ses pauvres bêtes à été réduit à néant. Je vais te priver de ton marteau et de ton burin, puisque tu ne sembles pas savoir te battre sans. Ensuite je vous ramènerai ta copine et toi dans ma citée. Nous ne sacrifierons pas des êtres aussi abjects que vous. Cependant je pense que vos corps devraient occuper quelques heures nos guerriers et leurs pulsions barbares. Qui sait quel jeu ils prendraient goût à jouer avec vous ? »
En réponse à cela, Médée abandonne ses armes. Derrière elle, son cosmos prend des teintes dorées et fait virevolter ses nattes vertes : « Crois-tu que seuls mes armes me permettent de me battre ? Viens donc subir mes dernières semaines d’entraînement auprès de mon mari. »
Achcauhtli ne demande pas mieux. Il fonce comme un fou sur la jeune femme, les bras grands ouverts comme pour mieux la choper au vol lors de sa Charge Carnassière : « Carga Carnivoro ! »
Avec une facilité et une vitesse déconcertante, d’un balancement nonchalant de bras, elle libère des cendres qui viennent se coller sur la poitrine du monstre qu’elle esquive.
Le Jaguar se réceptionne sans sa proie et observe la poussière ronger son torse. Lorsqu’elle annonce le nom de sa technique, le jour passe à travers la poitrine d’Achcauhtli par de minuscules trous provoqués par la Poussière d’Etoiles : « Stardust Sand ».
Les centaines d’alvéoles ont réussi à traverser les organes vitaux d’Achcauhtli qui le comprend lorsque des jets d’hémoglobines en jaillissent. Cependant, il est trop tard pour lui.
Un dernier soldat à la cuisse percée par le Gammanium Destroyer commence à ramper vers la jungle pour s’échapper.
Remise de ses émotions, Yulij le saisit par la nuque tandis qu’Achcauhtli s’écroule mort aux pieds de Médée : « Bien ! Je suis convaincue que tu as des choses intéressantes à raconter toi ! »
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Only for Love / Re: Chapitre 9 - L’amitié au-delà des valeurs
« Last post by Kodeni on 28 September 2020 à 14h51 »
NEWS

Cette version du chapitre 9 est une version rééditée de la publication originale du 1er mai 2010.
Bonne relecture aux lecteurs les plus fidèles, et bonne découverte pour les nouveaux.
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Only for Love / Chapitre 64
« Last post by Kodeni on 28 September 2020 à 13h48 »
Chapitre 64

L’air frais de ce 19 décembre 1986 glisse sur le masque violet du souverain pontife du royaume d’Athéna.
Appuyé au balcon de sa chambre, penché en avant, il laisse ses cheveux blancs grisonnants voguer au gré du vent. Celui-ci écarte les nuages et dégage un ciel bleu comme on en trouve souvent malgré l’hiver approchant.
Néanmoins, l’ambiance bucolique à l’extérieur dénote avec le courroux du Grand Pope.

Derrière le siège papal, agenouillé plus bas, Phaéton cherche à se faire plus petit qu’il ne l’est.
_ « Donc, si je comprends bien, questionne le Pope d’une voix grave, toujours aucune trace de la Cloth d’or du Sagittaire qui s’est volatilisée ?!
_ Hélas, Seigneur, toutes les tortures menées sur votre ordre n’ont rien donné. Tous les soldats en faction dans les environs de vos chambres à vous et à Athéna ont été passés à la question.
_ Peut-être les interrogatoires ont-ils été menés avec trop de délicatesse ?
_ Mais, Seigneur, tous les hommes interrogés en sont morts.
_ Alors interrogeons les prêtres. Après tout, en venant se recueillir auprès de moi et en assurant mon service ils savent obligatoirement quelque chose.
_ Enfin… Seigneur… Vous n’avez plus de prêtres… Nombreux sont ceux disparus ces derniers mois et les derniers questionnés n’ont pas survécu non plus à l’interrogatoire. »
Ces déclarations font revivre en quelques flashs, les meurtres perpétrés par Saga, lorsque ses fidèles ont découvert par inadvertance son visage ou qu’ils ont dû payer pour les échecs essuyés par le Sanctuaire contre Saori.
Saga reprend son souffle afin de contenir son amertume.
Il se tourne à destination de Phaéton : « J’avais demandé qu’on envoie un Saint d’argent à Jamir pour quérir l’aide de Mû. Avec ses donc de télékinésie, il devrait pouvoir localiser l’armure du Sagittaire. »
Phaéton sue à grosses gouttes : « Nous avons envoyé Arachné de la Tarentule. Le soldat qui l’accompagnait dit que Mû n’était pas à Jamir et qu’en chemin, Arachné a rencontré Seiya de Pégase.
_ J’imagine alors qu’Arachné ne rentrera pas, soupire le Pope.
_ Malheureusement Majesté… Cependant, il nous reste encore quelques Saints d’argent que nous pouvons…
_ Je t’en prie ! Phaéton ! Combien de Saints d’argent avons-nous déjà envoyé ?! Gardons le peu qu’il reste pour des missions de moins grande envergure, gronde-t-il en descendant les marches ! »
Sa voix résonne dans l’immense temple. Puis, s’ensuit le son de ses pas qui approchent de Phaéton.
Le malheureux, arc-bouté plus que de raison, pense sa fin proche.
_ « Après ses échecs, Gigas a fui. Dès lors, une fois qu’on m’a confié le poste de général, disposant des pleins pouvoirs, j’ai cru qu’employer les Saints d’argent m’octroierait un succès rapide. J’aurai eu tous les honneurs de notre maître. Mais j’ai été bien sot. Après tout, avant qu’il ne tombe en disgrâce, Gigas avait rencontré le succès. Notamment contre Eris, Shiva, Hébé… Il a guidé nos hommes dans des victoires face à des dieux. Et pourtant, dès le premier revers, il a compris qu’il était plus judicieux de fuir. Quel idiot ai-je été de penser qu’avec mon manque d’expérience et mes échecs qui s’en sont suivis je parviendrai à m’en sortir, songe-t-il. »
Soudain, le silence le tire de ses pensées. Il n’entend plus les cliquetis métalliques des pas du Grand Pope avancer. Phaéton lève alors les yeux très lentement et reconnaît juste devant lui son souverain.
_ « Phaéton. Quel grade occupais-tu avant que je ne te catapulte général ?
_ Co… Commandant, bégaye-t-il.
_ Je vois. Un poste laissé vacant quand tu as pris la place du déserteur Gigas… Avec les pertes occasionnées chez les Saints d’argent, dont certains étaient lieutenants, sans parler de leur capitaine Misty, l’armée a perdu des éléments de grandes valeurs. C’est même toute la structure de commandement qui a été profondément impactée. Pour ne pas dire décimée, si je compte le nombre de Saints de bronze qui étaient sergents. Ne parlons pas des mercenaires… »
Saga reprend son chemin et quitte l’appartement, pour déboucher dans le grand hall de réception où se trouve son trône. Phaéton le suit, tout penaud.
_ « Le général a le commandement sur tout le domaine sacré. Du simple soldat jusqu’au commandant, en passant par les Saints de bronze et d’argent. D’ailleurs, la plupart du temps, général et commandant sont, ou ont été, des Saints d’argent. Seulement, pour vous, Gigas et toi, j’ai fait une exception, comptant sur votre dévouement et votre sens de la stratégie…
_ Absolument Majesté et je vous en suis profondément reconnaissant, interrompt aussitôt Phaéton qui sent que la fin est proche…
_ Silence, ordonne Saga ! Toujours est-il, que la gouvernance des Saints d’or incombe au Grand Pope que je suis. La situation impose que je prenne les devants. Et tu seras rassuré de savoir que c’est chose faite. J’ai envoyé Aiolia du Lion au Japon pour mettre fin à la mascarade de Saori Kido. Deathmask du Cancer, lui, est parti aux Cinq Pics en Chine, assassiner le traître Dohko et ramener l’armure d’or de la Balance, qu’il conserve depuis plus de deux cent ans. J’attends leurs comptes-rendus d’ici les prochaines heures. Dès lors, il me parait évident que les choses dépassent le général que tu étais.
_ Que… Que j’étais Majesté ?
_ En effet. Nos rangs décimés ont besoin de caporaux.
_ Caporal… Il s’agit du meneur d’une troupe de soldats. Ce n’est même pas le rang que j’occupais lorsque je suis rentré…
_ Ne me trouves-tu pas assez magnanime, demande avec insistance le Grand Pope en se retournant vers son sujet ? »
Phaéton en tombe à la renverse : « Si Majesté ! Absolument ! Je m’en vais prendre mes fonctions de ce pas ! »
Phaéton se redresse avec difficulté, sa hâte le fait glisser sur les dalles usées du temple avant qu’il ne déguerpisse, raccompagné par les soldats qui l’attendent de l’autre côté de la porte, disgracié qu’il est.

Sur son passage, il rencontre une jeune femme aux longs cheveux blond pâle.
L’encadrement musclé autour du général déchu ne la surprend pas outre mesure. Elle avance en le toisant avec mépris de ses yeux verts, comme si sa déchéance avait été son ½uvre.
Austère, implacable, la beauté froide avance avec légèreté dans ses spartiates nouées autour de ses mollets dénudés. Sa robe immaculée, nouée à la taille par une ceinture dorée, descend plus bas que ses cuisses fermes, mais demeure suffisamment évasée pour se soulever et épouser la forme de ses jambes à chacun de ses pas. Elle stoppe net une fois la grande embrasure passée pour plier ses genoux et effectuer une révérence au Grand Pope.
Au dehors, les gardes en faction devant les portes, les repoussent pour laisser le représentant d’Athéna seul avec sa sujette.
Une fois l’accès fermé, le claquement assourdissant résonne dans le grand hall.
Alors que plus d’un frémirait d’effroi, la vénusté, elle, parait soulagée. En effet, malgré sa posture, elle lève le plus discrètement possible ses yeux vers le prélat.
Contre toute attente, une fois le vacarme dissipé, le frottement métallique de son masque contre son casque indique que Saga dévoile son visage.
Tandis qu’il dépose son attirail sur son siège, ses cheveux bleuissent jusqu’à reprendre leur teinte naturelle.
_ « L’heure est grave ! Lève-toi, Katya, représentante des prêtresses d’Athéna ! »
La susnommée s’exécute aussitôt, sans craindre pour autant la réaction de Saga. Au contraire, elle attend impatiemment qu’il se tourne pour apprécier son visage.
_ « L’armure d’or du Sagittaire nous a été dérobée, l’informe-t-il en se retournant. Ni les gardes en faction dans mon temple ni les prêtres d’Athéna n’ont parlé… »
Katya reste muette. Elle ne semble pas découvrir l’identité de Saga mais n’en demeure pas moins admirative chaque seconde de l’honneur qu’il lui fait de lui dévoiler son charme.
_ « … J’ai souhaité me charger personnellement des prêtresses d’Athéna. Seules ses prêtresses sont autorisées à l’approcher et, par la même, à aborder mes appartements. C’est pour cette raison que j’ai expressément ordonné que toutes les prêtresses soient convoquées en ta compagnie ! Or, je ne vois personne avec toi ! »
D’un ton mielleux, malgré une voix qu’on lui devine d’ordinaire autoritaire, elle répond : « Mais Grand Pope… il n’y a plus de prêtresses d’Athéna. Personne d’autre que moi ces derniers mois n’est venue ici pour donner le change. Les seules prêtresses qui n’ont pas disparu après être venues ici, sont des aspirantes Saintias. Des guerrières que vous souhaitez garder sous le coude et pour lesquelles vous me demandez de continuer l’instruction selon les codes de la chevalerie et de la dévotion envers Athéna.
_ Les Saintias… Athéna, marmonne-t-il en passant sa main gauche sur son visage, démontrant ainsi une pointe de fatigue… Il est vrai que leur prédisposition au combat leur a évité un sort auquel n’ont pas échappé les simples servantes que je… Que j’ai… »
Il tombe à genoux, le visage horrifié par la réalité. Katya court aussitôt pour se jeter à ses pieds et cueillir ses mains de ses doigts fins : « Tout ce que vous avez fait Saga, c’est pour apaiser le tourment en vous et vous permettre de rester lucide quand vient le moment de répondre aux responsabilités de votre fonction. Gouverner le monde d’une main de maître.
_ Ka… Katya… bégaie-t-il.
_ Vous êtes grand et bon Saint d’or des Gémeaux, lui assure-t-elle en prenant sa tête pour la plaquer chaleureusement contre sa ferme poitrine. Vos actes sont justifiés car ils sont justice. Moi seule, je longe vos appartements, afin de me rendre derrière cette tenture rouge à l’arrière de votre trône pour accéder à la chambre d’Athéna et assurer la toilette et le repas de cette Athéna qui n’est pas présente. Si vous pensez qu’à un seul moment j’ai pu trahir cette passion pour vous, alors je serai ravie de m’ôter moi-même la vie. Cette vie radieuse que je vous dois après que vous m’ayez sauvé d’une attaque des Titans. »
Le chevalier troublé relève la tête, les yeux gondolés de larmes, et confesse : « Je t’ai converti à mes vices.
_ Je l’ai choisi le plus volontiers du monde.
_ Peut-être bientôt cette guerre interne prendra fin, et peut-être qu’elle m’emportera à son terme…
_ Je ne peux concevoir de vivre sans vous. Ma vie prendrait fin en même temps que la vôtre.
_ Une Saintia est un statut particulier, où les femmes sont autorisées à devenir chevaliers sans renoncer à leur féminité, afin de servir personnellement Athéna. Seules des jeunes filles au c½ur pur et éternellement chastes et dévouées peuvent intégrer sa garde. J’ai interdit aux dernières prétendantes de quitter le temple des prêtresses, afin de les préserver de l’immoralité qu’oblige mon ambition. Mais toi, je t’ai pris. Je t’ai fait trahir Athéna. Je t’ai rendu complice de mes crimes, en te laissant envoyer des prêtresses à une mort certaine, après que je leur ai volé leur innocence, parfois sous tes yeux, en te faisant même à l’occasion exécuter la basse besogne, alors que mon esprit était pris de doutes. Tu as rempli des missions pour moi en transmettant des ordres d’exécution, voire en faisant toi-même le bourreau. Je t’ai tout pris…
_ Non, vous m’avez tout donné. Vous m’avez donné la responsabilité d’assurer votre loi auprès des prêtresses en m’en faisant la doyenne et formatrice. Vous m’avez donné le statut de Saintia en m’offrant la Cloth de bronze de la Couronne Boréale. Vous m’avez fait remplir les missions qui incombent à la stabilité et durabilité de la paix. Vous m’avez confié vos plus lourds péchés, en ne vous cachant pas des crimes qui vous soulagent. Vous m’avez sauvé la vie. Puis, vous avez donné un sens à ma vie. Vous ne m’avez en rien tout pris, vous m’avez tout donné. »
Saga est saisi par la sincérité d’une ferveur si aveuglante, presque gêné par l’influence qu’il exerce sur cette jeune femme.
Celle-ci se relève devant lui, accablé sur le sol. La mine confuse, ses yeux rivés sur les pieds de la Saintia, il est ramené à lui lorsqu’il remarque sa fine robe descendre tout le long de ses chevilles.
Lorsqu’il relève la tête, il ne reste plus comme vêtement sur la vestale que le foulard qu’elle desserre de son cou afin de libérer un large collier d’or.
Alors qu’elle se dirige vers le trône papal en délassant ses spartiates à mesure qu’elle progresse, elle tourne légèrement la tête pour défier d’un regard mutin son idole : « Il ne reste qu’une chose que je ne vous ai pas donné et que vous avez eu l’élégance de ne pas me demander…
_ Je n’aurai jamais osé attendre d’un sujet d’une telle confiance, d’une telle efficacité, ce sacrifice après tous ceux qu’elle a commis pour moi, garantit-il en la suivant comme envoûté. »
Tout en enroulant son foulard autour d’un de ses poignets, elle se cambre pour déposer délicatement avec l’autre main, l’un après l’autre, le casque puis le masque du Grand Pope sur le sol. Exposant ainsi sa croupe à Saga qui se délecte du spectacle.
Lorsqu’il arrive à sa hauteur, elle s’avachit dans le trône en tendant ses deux poignets et prononçant plus en avant ses poings enrubannés : « Il est essentiel pour moi que mon premier instant soit le meilleur de votre vie. Je sais que vous aimez que votre emprise sur toute chose soit totale. »
La vigueur du Saint se reflète alors dans ses yeux prenant un éclat rougeoyant. Sa mâchoire se serre tandis qu’il défait sa toge qu’il abandonne à ses pieds. Exposant ainsi son corps sculpté qu’elle admire avec envie.  D’un mouvement brusque, il saisit les deux mains de Katya qu’il tire vers lui, l’obligeant à s’agenouiller sur le siège. Alors qu’il les lève à sa hauteur, Katya laisse tomber le poids de ses épaules en avant pour approcher sa tête du sexe raidi de Saga. Tandis qu’il lui lace les poignets, donnant à chaque n½ud un à-coup prononcé, Katya goutte follement l’ardeur de Saga, nourrit par l’envie profonde de saisir l’opportunité qu’il s’est toujours refusé.
Ne pouvant contenir plus longtemps la personnalité liée à ce plaisir dont il se sent coupable, sa chevelure grise prend le dessus pour accompagner sa hargne.
D’un coup, d’un seul, il redresse la tête de Katya qu’il saisit à la gorge pour la plaquer au fond du fauteuil. Le contact est si violent que le collier de la Saintia vole en éclat.
Tandis que le choc brutal l’étourdit et que le souffle lui manque, elle écarte les cuisses pour enrouler ses jambes autour de sa taille et l’attirer vers elle : « Oui… Allez-y… Soyez ce que vous aimez être, susurre-t-elle d’une voix étouffée… »
Les yeux rouges de Saga reprennent leur lueur bleue bienfaitrice, tandis qu’il conserve sa chevelure blanchissante, matérialisant ainsi cette dualité qui le caractérise, même lorsqu’il peut librement être celui qu’il souhaite…


Au Mexique, au centre du pays, sur une route déformée et faite de nids-de-poule, un pick-up truck roule péniblement au beau milieu de champs désertiques.
Tout autour, les aspects de la jungle tropicale annoncent qu’il entre dans un aspect le plus coutumier du pays.
En effet, le développement industriel des moyennes et grandes agglomérations mexicaines a entraîné un important exode rural ces dernières décennies.
Le chauffeur du véhicule s’étonne donc de s’enfoncer autant dans l’arrière-pays, comme le désirent les touristes qu’il conduit.

Dans la cabine arrière, sur deux bancs, Nicol, Mei, Yulij et Médée sont balancés au gré des ornières de la route. Les femmes cachent leurs visages de la poussière avec leurs voiles, tandis que les hommes se protègent du soleil avec leurs sombreros.
Entre les deux bancs, les urnes de leurs Cloths, dissimulées sous des draps, leur rappellent leur mission : « Je suis surprise qu’il fasse aussi chaud pour un mois de décembre, soupire Médée.
_ Au Mexique les saisons sont moins marquées que par chez nous. La saison la plus agréable et la moins chargée va de novembre à avril. Le soleil est présent et les pluies presque absentes, leur apprend Nicol. »
Sarcastique, Mei penche son visage par-dessus le véhicule et régurgite son repas : « Bordel… En plus de la chaleur et de ces carnitas trop gras, cette route de merde me fout la gerbe. Pourquoi faut-il qu’on roule encore autant ? Ça fait vingt-quatre heures qu’on traverse le pays du sud au centre. »
En essayant de retenir mieux que Médée et Yulij sa moquerie, Nicol justifie : « Tu l’as entendu comme moi. Dès notre arrivée dans ce pays, il a été question d’une étrange série de disparitions dans la région du centre, exactement là où nous nous rendons. Il est question d’animaux humanoïdes. Même si tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une nouvelle légende urbaine, cela correspond exactement à ce qu’on recherche. »
Répondant à la maturité de Nicol, l’épouse de Mû rajoute : « Et puis il faut en profiter pour admirer le paysage. Cela fait près de mille huit cent kilomètres que nous voyons de verdoyantes prairies et une architecture mélangeant l’art Toltèque, Maya et colonial. »
Pris de terrible maux de ventre, Mei conclut en recrachant sa bile d’un désespéré : « Ne te fous pas de ma gueule, qui amuse ses trois compagnons ! »


Au Japon, à Tokyo, au Coliseum, toutes les issues sont désormais condamnées. Seuls les portes des garages souterrains s’activent encore, pour laisser aller et venir les agents du quartier général de la Fondation Graad.
De l’immense stade couvert qui dominait Tokyo, il ne reste plus rien. Cette version moderne du colisée romain, construite à l’occasion de la Galaxian War n’est plus, aujourd’hui, qu’un amas de pierres, de résidus de plastiques et de bois brûlés.
Alors qu’il s’élevait sur plus de quarante-trois mètres de haut, il n’en reste aujourd’hui plus qu’une dizaine encore debout.

Epargné par les flammes lorsque le Sanctuaire a voulu ravager le dôme, le sous-sol, fraction secrète et profondément enterrée, sent encore le neuf.
Désormais animé par les ordres de Sho, Ushio et Daichi, les Steel Saints, ce centre a pour but d’enquêter sur le Sanctuaire et les agissements maléfiques qui peuvent avoir lieux à travers le monde.
Le meneur des chevaliers d’acier, élancé, les cheveux d’un bleu foncé, cachant son ½il droit par une mèche rebelle, Sho, reste les yeux rivés sur l’écran géant principal : « Il nous a suffit de nous brancher aux caméras installées partout en ville. Grâce à elles nous avons pu remarquer la présence trop fréquente de ce camion de nettoyage qui rode sans cesse autour du QG. Alors que Mademoiselle Kido et nos amis se rendent à l’orphelinat, il les a pris en filature. »
A ses côtés, non moins grand, vêtu d’une combinaison marine et la joue marquée d’une cicatrice, Ushio presse une touche pour activer les micros : « Je pense que c’est le moment de cesser ce petit jeu. Daichi, tu t’en occupes ? »

Dehors, tenant l’équilibre sur le skateboard motorisé qui lui sert de Cloth, le plus petit des trois alliés des Saints de bronze reçoit le message radio.
Pistant depuis leur départ le camion, il passe à la vitesse supérieure.
Il abandonne leur trace pour emprunter une petite ruelle.
Alors que la fourgonnette suit une route éloignée du centre de Tokyo, Daichi surgit sur le flanc du véhicule. Son armure traverse la soute et renverse les agents qui s’y trouvent.
Le Japonais se réceptionne devant le véhicule retourné, d’où sortent deux hommes portant d’ordinaires vêtements d’agent d’entretien.
« Vous êtes dingue, s’exclame le premier !
_ Ce sera marqué dans le constat, prévient le second ! »
Le gamin aux cheveux bruns coiffés d’un bandeau remarque : « Vous avez un accent peu commun pour des gens d’une société de nettoyage locale. On sent le soleil méditerranéen dans vos mots. »
Démasqué, les deux individus n’insistent pas davantage. L’un ramasse dans la cabine, une épée que portent habituellement les soldats en faction dans le domaine sacré.
Il se précipite contre Daichi qui esquive la lame avec agilité.
Le deuxième espion en profite pour contourner les combattants, en espérant bloquer Daichi grâce à une attaque en traître.
C’est toutefois sans compter sur la vitesse du jeune homme à qui il suffit d’un coup de pied retourné, pour le mettre hors d’état de nuire. L’individu armé croit à ce moment pouvoir planter le fer en pleine poitrine de Daichi. Encore une fois, à vive allure, ce dernier l’évite et saisit le poignet de l’adversaire afin de le lui briser, grâce à la simple pression de sa main.
Il lui suffit ensuite d’un direct en plein estomac, pour lui faire mordre la poussière.
Avant que des yeux indiscrets ne viennent se mêler de l’affaire, Daichi ramasse ses adversaires par le col et repart aussi vite qu’il en est venu au quartier général.


Au Mexique, au centre du pays, pendant que Yulij soutient Mei à traverser son mal des transports, Nicol et Médée se laissent charmer par les niveaux élevés de la biodiversité. Ils reconnaissent au loin des espèces charismatiques telles que le jaguar, les singes d'hurleur et les macaws.

Soudain, le véhicule freine brusquement, faisant basculer Mei. Le Japonais se relève furieux, déjà prêt à incendier le chauffeur.
Seulement, celui-ci sort de sa cabine le visage angoissé : « Je n’irai pas plus loin. Il y a encore quelques villages dans les environs, mais les rumeurs disent que ces derniers temps, des groupes indigènes qui vivent dans la forêt s’en prennent aux villageois et les sacrifient au nom du dieu obscur. »
Ventru et moustachu, le conducteur tend sans la moindre élégance sa main en direction de Mei pour être payé.
Le Saint de la Chevelure de Bérénice lui tourne le dos : « Tu plaisantes j’espère ? Tu n’as pas conclu ta part du marché, tu devais nous conduire au village le plus… »
Il n’achève pas sa phrase, chatouillé au pied par…
_ « Une araignée, sursaute le Saint de la Chevelure de Bérénice ! »
Immense et velue, l’arachnide passe son chemin tandis que Mei se perche sur sa Pandora Box en hurlant de terreur.
Navré, le Mexicain insiste : « C’est la première fois que je vais aussi loin. Je vous en prie. »
Lisant la peur qui pétrifie le pauvre autochtone, Nicol s’évertue à sortir de sa bourse quelques pesos, pendant que les femmes déchargent les urnes en y délogeant avec difficulté Mei : « Ça ira. Prends ces pesos comme nous l’avions convenu et rentre chez toi. Merci pour le voyage. »
Les quatre amis l’observent embrayer avec difficulté, vu l’étroitesse du chemin, un demi-tour puis repartir.
_ « Tu n’aurais jamais dû lui donner ces pesos. On a déjà eu de la chance de tomber sur des bandits de grand chemin et de les détrousser à notre arrivée pour nous affubler de leur argent, grogne Mei.
_ N’ait crainte. Il nous en reste en… »
Une inattendue explosion retentit derrière eux et empêche Nicol d’achever sa phrase.
_ « La voiture ! Le chauffeur, s’inquiète Yulij ! »
Tous les quatre se précipitent dans la direction prise par la voiture.
A leur arrivée, ils ne retrouvent plus que le véhicule retourné et calciné.
Yulij l’inspecte : « Le chauffeur n’est pas dedans.
_ Tu crois qu’il aurait été enlevé comme il le craignait, demande Mei ? »
Médée reconnaît sur la carrosserie ce qui s’apparente à des griffes : « Il semblerait. »
Derrière eux, des grognements félins les informent d’une présence ennemie. De derrière des fougères bondissent quatre grands et massifs carnassiers tachetés.
Yulij se met en garde : « Des jaguars ? »
L’un d’eux tient dans sa gueule l’automobiliste par le cou. Celui-ci, sauf, implore les quatre touristes de lui venir en aide.
Cependant, Mei remarque quelque chose : « Les jaguars ne s’attaquent que très rarement à l’homme. J’ai du mal à croire que ce sont ces quatre gros chatons qui ont mis la voiture dans un tel état. »
Une voix grave et ronronnante leur confirme : « En effet, seul un homme peut faire ça. »
Une silhouette massive sort de l’ombre et s’approche des Saints. Le sol vibre sous ses pas et d’une simple pression de la main, il couche un arbre qui se tenait sur son passage.
« Incroyable, s’étonne Mei en distinguant un grand et immense animal tenir sur ses deux pattes et leur faire la conversation ! »
« Je suis Titlacauan, se présente le meneur de la meute. »
D’un bon mètre quatre-vingt-treize, les oreilles, les poignets, les chevilles et la queue affublés d’ornement aztèques, l’anthropomorphe, couvert d’un pagne retenu à la taille par une ceinture en or, a le regard sévère : « Qui êtes-vous ? »
Mei, toujours aussi provoquant, se gratte la joue : « Des chasseurs. Spécialisé dans le jaguar justement. »
Peu enclin à l’humour, Titlacauan retrousse nerveusement ses babines, pour montrer ses grandes et longues dents : « Habituellement nous ne dévorons pas les hommes. Ils ne nous servent que de sacrifices, mais pour toi je pourrai faire une exception. »
Titlacauan joint les actes à la parole en se jetant sur le chevalier de bronze. D’abord surpris, Mei parvient à esquiver le coup de patte, mais en sacrifiant son poncho.
Titlacauan tente de donner un bon coup de griffes, mais Mei attrape les lanières de sa Pandora Box pour la cogner, contre la poitrine de son assaillant.
Frappé en plein buste par le caisson métallique. Titlacauan recule en grimaçant.
_ « Je sens une drôle d’énergie à l’intérieur de ton corps et de cette boîte. Cette énergie est cosmique, comme celle de notre maître et la nôtre. »
Nicol s’immisce dans la conversation : « Ton maître, ce ne serait pas Tezcatlipoca par hasard ? »
De ses yeux de chasseur, Titlacauan témoigne un certain respect au Saint de l’Autel : « Quelle clairvoyance ! Quel raffinement aussi je dois dire. Rien à voir avec ton ami. »
Mei grimace pour le coup pendant que Médée et Yulij se mettent en garde derrière les hommes. L’animal poursuit : « Notre mission consiste à repousser inlassablement l’assaut du néant. Et pour se faire, il faut fournir au soleil suffisamment de sang. Le sacrifice des hommes et des femmes est nécessaire pour alimenter le soleil d’énergie. Tu me sembles parfait en tout point. T’offrir en sacrifice au Grand Tezcatlipoca ne sera que l’honorer de la plus belle des manières. »
Mei passe devant Nicol et menace le jaguar : « Minute ! Avant de te tailler la part du lion, si je puis me permette, ton adversaire ici c’est moi. »
Titlacauan grogne de plus belle en voyant Mei le provoquer à nouveau : « Hum. Tu fais de l’esprit à ce que je vois. Parfait, je vais pouvoir m’occuper de toi, tu vas subir les Crocs de Tonnerre… »

Avant même qu’il ne puisse invoquer son arcane, une voix sournoise le calme aussitôt : « Ça suffit Titlacauan. »
Le susnommé baisse la tête pour témoigner sa servitude devant un homme mince, les épaules tombantes et le regard vicieux. Le fond blanc totalement imbibé de sang, ses petits yeux couleur feux témoignent d’une expression malsaine. Son visage est peint en horizontal de jaune et de noir, couleur symbole de sa tribu. Un bandeau de même couleur coiffe ses courts cheveux noirs, tandis qu’un anneau est accroché à son septum. Un large col en or encercle son torse par-dessus son châle vert.
_ « Vous vous êtes déplacez en personne Necocyaotl Prêtre de Tezcatlipoca ? »
Le religieux ouvre sa très large et très fine bouche pour sortir sa grande langue et arborer ses dents longues et pointues : « Je m’inquiétais de ne pas te voir revenir Titlacauan. Le Grand Tezcatlipoca attend son sacrifice avec impatience.
_ Et eux ? Qu’en faisons-nous ?
_ Rien. Nous les gardons auprès de nous pour nous amuser quelque temps, sourit avec malice Necocyaotl. »

Yulij s’indigne d’être considérée ainsi. A la surprise de tous, elle s’élance contre le prêtre : « Pour qui nous prends-tu ? Falling Stars ! »
Malgré la vitesse du son atteinte par la Chute d’Etoiles, Necocyaotl ne s’en inquiète pas. L’écharpe rouge qui descend le long de ses épaules s’allonge indéfiniment devant lui et bientôt devant l’ensemble des siens : « Darkness Mirror. »
Le Miroir des Ténèbres quadrille la zone et laisse réfléchir les étoiles pour mieux se retourner contre Yulij.
La Saint du Sextant est repoussé jusqu’auprès de ses camarades où Mei la rattrape afin d’éviter à sa compagne une chute dangereuse.

Devant eux, le miroir se dissipe, ne laissant rien d’autre que la jungle vidée de leurs ennemis…


Au Japon, à Tokyo, dans la résidence Kido, dans une des ailes de l’immense propriété, Saori se recueille seule un instant.
Beaucoup de choses se sont passées en si peu de temps.
Après une dispute avec Seiya à propos de Shiryu, Ikki a choisi de faire cavalier seul. Il demeure introuvable.
Seiya est parti en vain à Jamir pour trouver un remède à la cécité de Shiryu.
Le masque de l’armure d’or du Sagittaire avait disparu, avant que l’armure toute entière ne réapparaisse dans sa véritable forme pour protéger Seiya d’Aiolia du Lion.

Elle s’enferme dans un de ses appartements et soupire éreintée par l’accumulation des circonstances malheureuses.
Alors qu’elle revient du Jardin d’enfants des étoiles, l’orphelinat où ont grandi Seiya et ses frères, Saori revit quelques instants ces regards échangés entre Miho et Seiya.
_ « Je savais que je n’aurai pas dû les accompagner à cet orphelinat lors de leurs adieux avec les enfants. Cette éducatrice partage tellement de choses avec Seiya, je suis certaine qu’elle n’attend que son retour pour le lui dire. Est-ce réciproque au moins, se tracasse-t-elle ? »
Elle passe devant son piano sur lequel elle s’assoit et joue l’air qu’elle a tant l’habitude d’interpréter, la sonate K. 332 de Mozart. Par automatisme, ses doigts pianotent habillement l’instrument musical et lui permettent de songer : « Dois-je lui dire ce que je ressens ? Suis-je sensée le faire ? »
Elle tourne la tête vers un guéridon où est exposée sous cadre une photo d’elle en compagnie de Ksénia : « Mon amie… Je n’ai pas eu de temps à te consacrer dernièrement. Toi tu aurais su me dire que faire vis-à-vis de Seiya… »
Brusquement, ses mains entières pressent plusieurs touches en même temps et produisent un son inaudible : « Non ! Ce que nous allons vivre demain est trop important pour que je puisse faire passer ma personne en premier. Je suis Athéna. Mes sentiments humains ne doivent pas interférer sur ma mission divine. »

Subitement, on frappe à sa porte. « Entrez, dit-elle d’une voix gracieuse ! »
Son majordome au crâne dégarni laisse la porte s’ouvrir et tend le bras à la personne qui l’accompagne : « Je vous en prie Docteur Asamori. »
Le savant à la moustache et aux cheveux grisonnants passe devant Tatsumi et salue comme il se doit la riche héritière de Mitsumasa Kido.
_ « Docteur Asamori. Asseyez-vous je vous en prie. Tatsumi va nous préparer le thé. »
Tel un soldat, Tatsumi se tient droit et s’exécute d’un ton solennel : « Bien Mademoiselle ! »
Le scientifique s’installe dans un fauteuil excessivement confortable, tandis que Saori se positionne avec élégance sur le sofa qui lui fait face.
_ « Docteur Asamori. Je vous ai fait venir pour deux choses. La première, concerne l’armure d’or du Sagittaire. J’imagine que vous voyez où je veux en venir.
_ Oui. Vous voulez parler de son changement de forme n’est-ce pas ? Lorsqu’il est revenu avec de Grèce, votre grand-père craignait que l’armure d’or puisse être retrouvée. Il était vrai que son apparence singulière n’échapperait pas à nos ennemis. C’est pourquoi je l’ai recouverte d’un alliage d’acier doré. Votre grand-père disait des armures qu’elles étaient vivantes. J’imagine que la mort de son propriétaire et l’absence même de successeur, m’ont permis de travailler l’armure d’or sans difficultés durant son sommeil. L’âme de l’armure a certainement ressenti que je n’étais pas animé de mauvais desseins. Toutefois, lorsqu’elle est revenue à elle pour habiller Seiya, l’alliage n’a pas tenu davantage. Ce maquillage d’acier a été annihilé aussitôt par l’émanation d’énergie de l’armure. »
Tatsumi revient fièrement avec un plateau sur lequel sont disposés deux tasses, une théière et quelques gâteaux secs.
Pendant qu’il sert l’invité, la réincarnation d’Athéna poursuit : « Cela m’amène à ma seconde question : cet alliage est-il de la même composition que celui des Steel Cloths ? »
En s’emparant de quelques biscuits, l’ingénieur affiche une mine plutôt fière : « Heureusement, non. L’armure d’or a été mon premier travail. Les Steel Cloths sont venues après. Cela m’a permis de travailler un alliage hyper résistant et amovible pour faciliter les mouvements de Sho, Ushio et Daichi. A proprement parler, cet acier, hyper travaillé, est le métal le plus résistant sur cette planète, après les armures des Saints, cela va de soi. »
La maîtresse de maison reste perplexe malgré tout : « C’est bien ce que je pensais. En plus de ne pas manipuler le cosmos, Sho, Ushio et Daichi sont moins bien équipés que Seiya et ses amis. Sans vouloir vous manquer de respect bien évidemment.
_ Je ne me sens absolument pas offensé Mademoiselle. Au contraire, je suis fier d’avoir pu copier des créations divines. Même si le résultat n’est pas aussi probant que vos armures, j’ai pu parvenir à en créer de très résistantes, grâce au savoir et à la technologie humaine.
_ Vous comprendrez donc que je ne pourrais pas prendre avec moi Sho et ses amis. »
L’éminent chercheur déboutonne sa blouse blanche pour libérer sa cravate, avec laquelle il nettoie les verres de ses lunettes : « Je n’ai pas besoin de vous préciser la peine que cela leur fera.
_ Je l’imagine très bien. Ils nous ont été très utiles lorsque nous avons affronté les Saints d’argent. Mais Seiya et les autres ont franchi un palier, que les Steel Saints hélas n’atteindront jamais. Je ne peux me résoudre à les envoyer à la mort.
_ Je le consens tout à fait. J’imagine que rester au centre des opérations sous le coliseum pour rendre la justice au nom de la Fondation Graad, sera déjà un grand honneur pour eux. »
Des pas pressés retentissent depuis le couloir.
Inquiet, Tatsumi abandonne les deux éminences pour accueillir l’employé impatient. Celui-ci lui tend un morceau de papier et, légèrement angoissé, lui délivre un message à l’oreille.
Navré d’interrompre la rencontre entre le responsable du centre de recherche et la dirigeante de la Fondation, Tatsumi prend une voix empruntée : « Mademoiselle. C’est un message de Sho. Les Steel Saints ont intercepté deux hommes qui vous filaient depuis ces derniers mois. Ils les ont interrogés et, comme vous le pensiez, ils sont des espions du Sanctuaire. »


Au Mexique, au centre du pays, dans un lieu totalement reculé, en plein milieux d’une végétation dense, une construction pyramidale est habitée par la présence autoritaire d’une tribu de guerriers humains et humanoïdes.
Tout autour de cette pyramide à degrés, des habitations, en briques séchées ou en roseaux avec un toit en paille, abritent une population où chacun voue sa vie à Tezcatlipoca.
Hommes, femmes et enfants, tous s’affairent dès leurs naissances à réaliser les desseins dictés par Necocyaotl pour rendre hommage à leur dieu.

Le prêtre à l’allure insidieuse expose aux yeux de tous, depuis le sommet de la pyramide, le corps du chauffeur qui a conduit les Saints d’Athéna.
Allongé sur l’autel dressé en haut du temple solaire, le malheureux implore à gorge déployée qu’on lui laisse la vie sauve.
Au-dessus de lui, couteau pointé en direction de son c½ur, Necocyaotl récite sa prière devant des fidèles absorbés : « … Entendez-vous peuple de Tezcatlipoca ? Entendez-vous Jaguars ? Ces rugissements qui proviennent des entrailles de la terre sont ceux du Grand Tezcatlipoca. Il vous bénit pour ce sang offert en sacrifice pour le soleil. Et lorsque le jour de la fin viendra, notre souhait d’être les nouvelles fondations du monde, sera exaucé par notre dieu de l’obscurité. Versons ce sang à sa gloire ! »
Les « non » suppliés par la victime sont inaudibles sous les acclamations des Jaguars qui se régalent de voir la dague s’enfoncer d’un coup sec et sans arrêt en plein c½ur.
L’arme découpe de façon circulaire la poitrine, sectionnant les os de la cage thoracique. Ainsi, Necocyaotl plonge sa main dans les entrailles du sacrifié qui convulse et en extirpe son c½ur, pour l’offrir à la vue de ses adeptes. Le sang qui s’échappe de la dépouille dégouline sur le plateau principal du temple et s’infiltre à l’intérieur par les brèches formées par le temps.

L’hémoglobine goutte.
Du sommet de la pyramide au plus profond du temple.
Il traverse des mètres et des mètres d’obscurité et de froid.
Il parcourt une atmosphère lugubre et éclate au contact d’une roche rougie par la chute répétée de sang depuis des années.
Le fluide vital brille au c½ur des ténèbres.
Les gouttes s’écrasent et inondent une statue immense, endormie, à l’intérieur de laquelle une lumière solaire brûle constamment, au beau milieu de la nuit éternelle.
Au pied de la statue, un homme accroupi, les mains sur les genoux, se laisse éclabousser par le fracas du sang sur la pierre.
Entièrement nu et bardé d’une musculature imposante, ses yeux sont clos.
Au contact répété du sang sur la statue, le feu solaire attire les rayons de l’astre qui brille au dehors.
Le soleil s’infiltre par une énorme trouée faite depuis le haut du temple, vestige d’un combat passé contre un Saint d’Athéna, et ne fait qu’un avec le noyau de feu qui fait vivre la statue.

De petits crissements retentissent dans ce souterrain. Les ongles des pattes sur lesquels Titlacauan se tient debout griffent les dalles posées par les civilisations précolombiennes.
Le thérianthrope s’agenouille devant l’entité comateuse : « Divin Tezcatlipoca, je crois avoir trouvé le sacrifice le plus digne qui soit pour vous. Je m’en vais le chercher de ce pas. »
Des applaudissements lui répondent. Lents et disgracieux, ces congratulations inspirent un profond cynisme. Le visage sadique du prêtre de Tezcatlipoca arbore une expression bestiale : « Quelle passion tu exerces dans ton rôle de guerrier, ricane Necocyaotl. »
Titlacauan reste courbé pour rendre hommage au second des Jaguars : « Je ne pense qu’à ce renouveau voulu par notre Grand Tezcatlipoca.
_ Oui… Comme nous tous. Cependant, tu n’iras pas retrouver ces étrangers. Pas tout de suite du moins. Nous ne savons pas ce qu’ils sont venus faire ici. »
Une voix caverneuse et terrifiante demande alors : « Sais-tu qui ils sont ? »
Le timbre si puissant de l’intervenant pourrait faire croire qu’il s’agit de la statue elle-même. Cependant, il s’agit en réalité de l’homme qui demeurait accroupi. Il se redresse pour accueillir sur lui une armure sombre qui dissimule son anatomie. Tezcatlipoca, lui-même s’adresse à ses sujets.
Necocyaotl s’incline immédiatement sans perdre pour autant son attitude vicieuse : « Ils portaient des urnes. Comme celles capables de contenir une Cloth de Saint d’Athéna. »
Toujours les yeux fermés, Tezcatlipoca constate aussitôt : « Athéna… C’est par sa faute si je n’ai pu me réincarner qu’en cette époque. Elle a scellé mon âme il y a plus de deux siècles. Sans notre libérateur et la chaleur qu’il nous offre, nous ne pouvons pas préparer le monde nouveau. Athéna ne peut-être là que pour y nuire.
_ Notre libérateur, s’enthousiasme avec énigme Necocyaotl, lui qui nous a offert le soleil capable de vous rendre toutes vos forces… Il nous a confié le bien plus précieux. Tachons de savoir ce que des chevaliers d’Athéna font par ici, avant de les sacrifier pour la gloire de ce soleil qui sera le destructeur de ce monde. »


Au Japon, à Tokyo, à l’intérieur du quartier général de la Fondation Graad, dans une pièce confinée faite de panneaux métalliques, Sho, Ushio et Daichi encerclent les deux agents secrets assis dos à dos.
Appuyés contre les parois de la salle, les trois asiatiques ne cessent de regarder la pendule positionnée au-dessus de la porte.
La tension redescend lorsque cette dernière s’ouvre, pour laisser apparaître le visage angélique de la directrice de la fondation.
Toujours aussi élégante dans son ample robe blanche, Saori Kido émerveille ses trois protecteurs.
Les deux enquêteurs au service du Grand Pope refusent de la regarder dans les yeux, comme pour mieux la dénigrer.
Sho le premier, remarque : « Vous êtes enfin là ! Nous nous inquiétions de voir le temps défiler ! »
Saori pose sa main sur celle du leader de l’équipe pour le rassurer. Sa peau est douce. Elle libère une aura attentionnée : « Il m’a fallu raccompagner le concepteur de vos armures, le Docteur Asamori. Il était mon invité. »
Cette remarque interpelle les trois complices.
Saori, elle, tend simplement une enveloppe aux deux captifs : « Je vous ai préparé un jet privé. Il prendra la direction d’Athènes dès que vous serez à son bord. J’image que vous n’aurez pas de difficultés à retrouver le chemin du Sanctuaire une fois sur place. Vous délivrerez cette missive au Grand Pope. »
Les Steel Saints échangent un regard effaré. Circonspects, ils commencent tous les trois à s’avancer vers les individus mais la maîtresse des lieux complète : « La mission de surveillance de ces hommes est terminée. Ils se sont acquittés de leur mission avec brio. Nous embarquons demain matin pour le Sanctuaire avec Seiya, Hyoga et Shun. Je voulais en avertir moi-même le Grand Pope. »
Elle s’adresse aux deux soldats du Sanctuaire sur un ton particulièrement courtois : « Je suis persuadée que vous ne rechignerez pas à me rendre ce service. »
Le plus râblé des deux acolytes avoue : « En effet. Nous rentrerons sans faire d’histoire. »
Elle claque alors des doigts pour faire venir quatre agents aux costumes et lunettes noirs : « Dans ce cas, ces hommes vous raccompagneront jusqu’en Grèce. Faites bon voyage. »

Les Grecs s’exécutent et laissent Saori seule avec ses Saints. Une fois la porte refermée derrière eux, Ushio s’indigne sans ménagement : « Pourquoi prévenir le Pope ? Une attaque surprise aurait eu plus d’effet. »
La belle aristocrate sourit chaleureusement devant la crédulité de son chevalier.
Daichi, lui, relève : « Avant de libérer nos deux prisonniers, vous évoquiez votre rencontre avec le Dr Asamori. Qu’en est-il ?
_ Vous avez entendu Seiya et les autres à propos de la visite d’Aiolia du Lion n’est-ce pas ? Les Saints d’or sont des adversaires qui ne sont pas à votre portée. Je refuse de vous envoyer à la mort, annonce-t-elle sèchement. »
Ushio, le plus révolté des trois hommes espère protester mais Sho l’en empêche : « Je comprends. Une attaque surprise n’aurait de toute façon aucun effet contre de tels adversaires. Et nous ne serions qu’une gêne pour nos amis. Il nous faut nous rendre à l’évidence. Le chemin vers la maîtrise du cosmos est long. Et nos limites en tant qu’hommes ont été atteintes. Peut-être lorsque vous reviendrez de Grèce, nous aurons réussi à nous éveiller à la cosmo énergie. Et alors nous pourrons rejoindre vos rangs, ceux de la déesse Athéna. »
Sereine, Saori congratule Sho d’un mouvement de tête. Daichi, lui, propose : « Vous accepterez malgré tout que nous vous accompagnions demain jusqu’à votre jet.
_ Oui, accepte Ushio, et durant votre absence, nous continuerons de traquer le mal et à faire régner la justice, afin de faire une liaison pacifiste entre le monde antique et le monde contemporain.
_ Bien, ponctue Sho, puisque nous sommes d’accords, pourquoi ne viendriez-vous pas jusqu’à chez nous, au centre de recherche, boire un verre pour nous faire profiter de vous avant votre longue absence ?
_ Avec plaisir. Tatsumi nous attend avec la limousine dans le parking. »


Sans réellement savoir où ils vont, Nicol et ses amis s’enfoncent depuis des heures dans la forêt tropicale mexicaine.
Jouant de malchance, Mei ne cesse de se gifler le corps en espérant faire baisser la population de moustiques, ce qui a le don d’amuser ses proches.
Médée, elle, plus réfléchie, laisse graviter autour d’elle son cosmos pour repousser les insectes.
Yulij, pour sa part, garde toujours un ½il sur le sol, de peur de croiser le chemin d’un serpent.
Nicol est le seul à s’enthousiasmer du voyage. Il ramasse de la terre humide : « Le sol est très fragile. Il est mince et pauvre puisque tous les éléments nutritifs sont absorbés par la végétation. »
Mei souffle : « Formidable ! »
Nicol continue d’étaler ses connaissances en levant la tête vers quelques stratifications verticales dominées par les plantes : « À lui seul, cet écosystème contient 70% des espèces végétales connues. »
Mei cesse alors sa route et déclare : « Vite ! Au feu ! »
Nicol se retourne sévèrement vers lui : « Ça ne va pas non ?! »
Mais le Japonais tend sa main vers l’ouest : « Non, regarde là-bas, de la fumée. On dirait qu’il y a un feu tout près ! »

Le quatuor, sans se concerter, fonce en direction du nuage. A vive allure, ils débouchent au bord d’un précipice qui rejoint celui d’en face grâce à un pont suspendu.
En tête de file, Mei s’élance sur la passerelle de cordes et de bois pourri. Les femmes l’accompagnent, alors que Nicol ralentit sa course sans toutefois renoncer à les suivre : « Je le sens mal ce pont. »
Aussitôt cette phrase prononcée, les liens cèdent et les amis chutent dans le vide.

Leur descente s’achève dans un bras d’eau d’où ils extirpent difficilement les urnes de leurs armures.
Installé sur une maigre embarcation, un autochtone se moque en les voyant sortir un à un la tête de l’eau. Ce vieillard au teint halé et aux poils blancs dressés sur le menton, pointe du doigt chaque côté de la berge : « Le pont n’est plus utilisé depuis des années. Il est trop dangereux. Des pirogues sont à disposition de chaque côté de la rive. »
Grognant son amertume, Mei refuse de s’engager sur la barque du brave monsieur et nage péniblement jusqu’à l’autre côté. Il y attend ses amis bien moins caractériels en essorant ses vêtements.
Le cordial vieillard se hasarde à demander : « Quelle mouche l’a piqué ? »
Nicol rejoint les autres et ne peut s’empêcher de rire : « Ce n’est pas une mouche, ce sont des moustiques ! »
Les trois chevaliers se gaussent à l’approche de Mei.


Au Japon, à Tokyo, au centre de recherche de la Fondation Graad, le petit salon est animé par quelques éclats de rire.
A l’intérieur de l’immense complexe d’ingénierie où Sho, Ushio et Daichi se sont entraînés durant des années, une table basse, au bois parfaitement lustré, accueille quelques flûtes à champagne.

Daichi s’applique à positionner les verres en les comptant : « Donc huit coupes c’est ça ? Tatsumi va arriver avec Seiya, Hyoga et Shun ? »
La voix quelque peu embrumée, Saori rectifie : « Non, sept. Seiya ne se joindra pas à nous ce soir. »
Dr. Asamori qui ouvre en grand les portes du bar, précise : « Non, six. Il me reste un excellent scotch que votre grand-père m’avait fait garder pour les grandes occasions. »
Ushio en profite : « Dans ce cas j’en prendrai un moi aussi ! »
Son tuteur abandonne pour une fois cet air si sombre qui fait tout son charisme pour stipuler : « Désolé jeune homme. Ce douze ans d’âge est réservé aux papilles gustatives entraînées. La robustesse d’un tel nectar, va bien au-delà de toutes les épreuves que vous avez endurées ces dernières années. »
Les convives de la demoiselle s’empressent de rire aux éclats de cette boutade qui permet à tout le monde de ne pas remarquer la déception passagère de Saori, en évoquant le cas de Seiya resté auprès de Miho. Seul Sho a relevé cette pointe d’amertume.
Avant que les Saints du Cygne et d’Andromède n’arrivent, la réincarnation d’Athéna demande : « Cette soirée était destinée à reposer Hyoga et Shun. Leur vider l’esprit si vous préférez. J’aimerai qu’en leur présence, nous parlions d’autre chose que la journée de demain. Surtout, pas un mot sur le courrier que j’ai fait envoyer au Pope. Ils l’apprendront dans l’avion.
_ Bien évidemment, approuve le scientifique. Mais vous Mademoiselle Kido ? Avez-vous pris le temps de souffler quelques instants ? »
Prenant le fardeau de son rôle comme une formalité, elle sourit timidement : « Il n’y a rien de plus naturel pour Athéna, que de vivre chaque instant avec la passion d’instaurer la paix sur cette planète. »
Daichi est songeur : « A ce propos, comment ferez-vous pour entrer en jet dans le Sanctuaire demain ? Je veux dire, chaque fois que nous avons envoyés des avions survoler les environs, un étrange champ de force les empêchait d’avancer de plus près.
_ Je compte sur ma propre volonté tout simplement. Puisque je suis Athéna, il n’y a aucune raison que je sois repoussée par ma propre barrière de cosmos. »

Enfin, quelques pas résonnent depuis le couloir. Daichi fait immédiatement sauter le bouchon du champagne : « Ah ! Les voilà ! Hyoga ! Shun ! Entrez donc ! »
Bon dernier, Tatsumi grommelle : « Forcément, on n’en a rien à faire de moi ! »
Dans un mouvement de joie général, le Docteur Asamori vient le saisir par l’épaule pour le guider jusqu’au bar : « Allons, allons, j’ai un excellent scotch à vous faire déguster venez. »


En quelques heures, Hyoga échange avec ses compagnons les souvenirs d’enfance qu’il partage avec Shun et les autres.
Certaines anecdotes ne mettent pas Tatsumi à l’honneur. Puisqu’il boude le reste de l’équipe, Ushio en profite pour lui voler son verre d’alcool et pour goûter au scotch. Immédiatement, sa gorge lui pique et ses yeux pleurent. Le groupe n’avait plus besoin que de ça pour plonger dans l’hilarité totale. Shun se permet de comparer le chevalier à l’armure marine : « Lorsque tu fais tes pitreries Ushio, tu as les mêmes expressions que Seiya ! »
Daichi rajoute : « En parlant de lui, je crains qu’il nous faille le faire tomber du lit demain matin, le connaissant. »
Et Hyoga en profite pour enfoncer le clou : « Je ne prendrai pas ce risque. Nous l’avons laissé avec Miho, je préférerai ne pas me mêler de ses histoires. »
Face à la bonne humeur générale, Saori essaie de masquer son désappointement et sort sur le balcon prendre l’air frais de décembre.

Dehors, accoudée à la rambarde, elle entend la porte s’ouvrir et une présence se rapprocher.
Une voix teintée de gentillesse et d’une maturité qu’elle ne soupçonnait pas se permet de lui dire : « Je pense qu’il la partage vous savez, sous-entend Sho.
_ Sho ?! Que veux-tu dire ?
_ Pardonnez mon indiscrétion. Mais je pense que Seiya partage au fond de lui l’affection que vous lui portez. »
Comprenant par l’approche discrète du chevalier à l’élément céleste qu’il saura garder le silence, elle lui avoue : « Je crains hélas qu’il ne partage pour moi, que la passion du Saint envers Athéna. Il a su me regarder comme se doit de le faire un chevalier, quand moi je n’en suis encore réduite qu’à le voir avec mes yeux de femmes.
_ Il y a autre chose. Au fil des mois passés à vos côtés, j’ai pu constater qu’il y avait plus que cela. Aujourd’hui il protége Saori pour tout ce qu’elle est. Et non Athéna seulement.
_ C’est bien là le problème. Pour réussir à surmonter toutes les épreuves demain, je devrai être Athéna, uniquement Athéna, et renoncer à ce que Saori éprouve. »
Sho se frotte les bras pour signifier qu’il fait trop froid pour qu’ils s’éternisent davantage dehors. Il choisit de conclure : « Si la mission de la déesse de la Sagesse est de préserver la paix, l’amitié et l’amour, alors pourquoi lui serait-il interdit d’aimer en retour ? »


Au Mexique, au centre du pays, de retour sur la terre ferme, les quatre Saints achèvent leur périple en direction du la fumée qu’ils ont aperçue auparavant.
Yulij explique à Mei : « Le pêcheur nous a dis qu’il s’agissait de funérailles. Un enfant mort au combat.
_ Mort au combat ? Comment ça ?
_ Dès leurs six ans, les enfants de cette contrée sont entraînés à leurs devoirs militaires pour être placés sous la protection de Tezcatlipoca, répond Nicol.
_ Tezcatlipoca, ce n’est pas le dieu vers lequel nous souhaitons nous diriger ? Celui qui retient le Pendentif de Zeus, s’inquiète Mei ?
_ Si. D’après le pêcheur, les adeptes de Tezcatlipoca ont grossi leurs rangs, ces dernières années. Les infidèles disparaissent peu à peu, ajoute Nicol. »
Médée s’hasarde à demander : « Pourquoi seulement depuis quelques années ?
_ Nous sommes là également pour le découvrir. Il y a plus de deux siècles, un Saint d’or du Scorpion a mené le combat contre les Jaguars, ces guerriers au service de Tezcatlipoca. Cela s’est soldé par la défaite de ce dieu aztèque. Il a été scellé par Athéna et à notre époque, il n’aurait jamais dû réapparaître. »
Mei suggère : « Il pourrait donc y avoir une autre force en présence.
_ C’est fort probable, confirme l’érudit Saint de l’Autel. »

Leur conversation cesse lorsque, après avoir écarté quelques branchements qui leur barrent le chemin, les chevaliers tombent sur le bûcher de fortune dressé pour les obsèques de l’enfant. 
Nicol précise : « Les aztèques brûlent leurs morts. »
Une voix roque stipule : « C’est parce que nous ne sommes que cendres et que nous nous rendons ces cendres à la nature qui nous a donné la vie. »
L’homme, assis sur une souche d’arbre, expose son front dégarni à la lueur de la nuit tombante. Ses épais sourcils lui donnent un regard sévère. Sa barbe drue et ses quelques rides permettent d’avancer un certain âge à cet homme à la carrure large. Une cicatrice, semblable à une griffure de félin, passe par son ½il gauche. Son torse est habillé d’une peau d’animal tacheté, celle d’un jaguar.
Les quatre amis restent prudents : « Nous avons été alertés par le feu, commence Nicol. Nous cherchons un endroit où passer la nuit. »
L’homme reste les yeux rivés sur le bûcher désormais éteint : « Vous savez ce qui est le plus triste là-dedans ? C’est que les parents de cet enfant ne soient même pas venus. Ils l’ont laissé seul pour se rendre à Citlali.
_ Citlali ? »
_ Citlali est le nom de la cité où est érigé le temple de Tezcatlipoca. Derrière moi se trouve mon village, Icnoyotl. Je suis Ichtaca. Je tiens une auberge à Icnoyotl. Si vous cherchez l’hospitalité, vous y êtes les bienvenus.
_ Volontiers. Nous avons des pesos pour payer les nuitées. Voici Yulij, Médée et Mei. Moi c’est Nicol. »
Ichtaca tend son bras en direction d’Icnoyotl : « Enchanté. »

En quelques secondes, la troupe débarque dans un village tenu en plein milieu de la forêt. Une quarantaine d’habitations de briques et de pierres regroupées les unes proches des autres forme Icnoyotl.
En passant par les étroites ruelles, les visiteurs peuvent apercevoir au travers les lucarnes qui forment les fenêtres, uniquement fermées par d’épais linges, le scintillement des lampes à huile qui éclairent quelques habitants.
Leur traversée les rapproche peu à peu d’un florilège musical contemporain de plus en plus vivant. Ainsi, ils gagnent une bâtisse plus haute et plus large que la majorité des autres. Le propriétaire, Ichtaca, écarte le rideau qui ferme l’entrée : « Voici mon établissement. »
Nicol ouvre grand les yeux, surpris par la bonne vingtaine de tables arrondies autour desquelles sont attablés hommes et femmes, étrangers comme locaux : « Je suis étonné de voir autant de monde dans un village si reculé.
_ Malgré la distance, Icnoyotl a toujours accueilli de nombreux visiteurs. D’abord lors de la conquête du continent américain, puis au fil des âges par les touristes curieux de la faune et de la flore de nos forêts. Vous avez ici des gens de passage, de tous les horizons, avec des mobiles différents. »
Sous les airs joués à la guitare et à l’harmonica par des régionaux de l’étape, les clients boivent, frappent des mains et chantent. Presque tous à la tenue et au physique différents, les consommateurs s’abandonnent après de longues journées éprouvantes.
Grincheux, Mei préfère bailler en grand pendant qu’il s’assit sur un tonneau en attendant la suite des évènements. Il garde fermement contre lui sa compagne Yulij, après qu’un moustachu affublé d’un chapeau de cow-boy ait enlevé Médée pour la faire danser sur le vétuste plancher où s’adonnent d’autres hôtes.
Nicol, toujours aussi noble dans son attitude, se laisse amuser par la bonne ambiance en libérant un séduisant sourire.
Ichtaca, d’un signe autoritaire, appelle une serveuse qui officie derrière le bar. Aussitôt, une autre prend la relève, débordée à servir sans cesse l’assoiffée clientèle.
L’employée se présente sans plus tarder : « Que puis-je pour tes invités Ichtaca ? »
Instinctivement, ses yeux verts plongent dans le regard de Nicol qui se sent lui aussi absorbé par la jeune femme. Celle-ci, les cheveux longs, blonds, épais, agrémentés de plumes noirs pour les décorer, sourit malgré elle en desserrant ses lèvres charnues. Sa robe rouge foncé, est dédoublée avec audace haut sur la cuisse, elle est équilibrée au buste par sa ferme poitrine. Une tresse agrémente le brassard qu’elle porte autour du bras.
_ « Iuitl, je te présente Nicol. Lui et ses amis sont en voyage dans les environs. Fais-leur préparer chacun une chambre, ordonne Ichtaca. »
Préférant rester auprès de sa bien-aimée, Mei précise : « Trois chambres ça ira. »
Ayant élevé Yulij comme sa petite s½ur, Nicol insiste : « J’ai suffisamment de pesos pour qu’on puisse s’offrir quatre… »
Yulij qui reste la principale concernée conclut : « Ça ira Nicol. Mei préfère avoir quelqu’un auprès de lui pour chasser les moustiques la nuit. »
Amusée par les chamailleries de leurs convives, Iuitl enjoint le couple à passer à l’étage : « Dans ce cas, je vais vous conduire à votre chambre. Vu que la compagne de monsieur danse, je l’invite à prendre place à cette table et à déguster notre excellente tequila. »
Comprenant qu’Iuitl fait allusion au Saint du Graveur, le Grec précise immédiatement : « Oh ! Médée n’est pas avec moi ! »
Iuitl lui renvoie alors un sourire charmant : « Raison de plus pour accepter le verre que je vous offre. »
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