Perdre un élève, ça arrive parfois...

Lydia est décédée ce mercredi, elle avait 17 ans, et était en deuxième année de Service aux Personnes, en Bepa.

Je l'aimais bien, comme c'est le cas de tous mes élèves, à part deux ou trois boulets qui me prennent vraiment pour un con. Eux je les aime pas beaucoup. Je ne les déteste pas non plus. Et puis, dans ce métier, qu'on aime ou pas importe peu, la notation et le jugement doivent se faire de façon objective. C'est ainsi que je procède, par souci d'équité.

Lydia était toujours souriante, toujours présente. En biologie, elle était pratiquement en face de moi, et je l'ai plus d'une fois prise à partie dans mes discours, comme je le fais avec plusieurs élèves, parce que j'aime les taquiner, les faire vivre mes cours.

En EPS, elle a dû faire une fois seulement l'impasse sur un cours. Et encore c'était pas comme j'entends parfois "m'sieur, j'fais pas EPS", mais "t'es d'accord si je fais pas cours aujourd'hui?" Comme quoi, le tutoiement, encore une fois, c'est pas une preuve d'irrespect, et le vouvoiement un preuve de respect. Je lui ai dit "of course", mais c'était parce qu'elle n'avait pas le moral, pas un problème de santé qui la faisait agir.

Des élèves comme ça sont une leçon de vie pour leurs camarades, qui se plaignent au premier bobo, à cause des règles, d'un mal de tête ou de ventre, ou encore d'un pauvre rhume ou d'un mal de gorge. Après, ben y a les certificats médicaux, que parfois les médecins accordent facilement[1].
Faut-il vraiment qu'ils meurent pour que la leçon rentre? Je ne l'espère pas, je ne souhaite pas mourir pour que mes élèves intègrent les principes, au-delà du contenu de cours que j'essaye de leur transmettre.

Enfin bref, il faut aller de l'avant, il faut continuer. J'espère de tout c½ur que ses parents, sa famille sauront faire face, je leur dédie ce sujet de mon blog, en leur prêtant mon affection et mes sincères condoléances.

Je pense à ses camarades de classe, pour qui cela doit être dur. Je pense à mes collègues, qui l'ont côtoyée et appréciée. Je pense à tous ces élèves qu'il faut encore former et éduquer. Et je pense que si sa disparition amène des changements éthiques dans la tête de ceux qui pouvaient la connaître, alors Lydia aura participé par sa - trop courte - vie grandement à la leur.



Pour finir, voici les paroles d'une chanson de Goldman, que j'ai toujours beaucoup aimée, et qui prend une dimension supplémentaire dorénavant:

Elle avait 17 ans
 Jean-Jacques Goldman


A quoi tu rêves redescends
C'est comme ça, pas autrement
Faudra bien que tu comprennes
A chaque jour suffit sa peine

Après tout c'qu'on a fait pour toi
A ton âge, on s'plaignait pas
L'excès en tout est un défaut
T'as pourtant pas tout c'qui te faut ?

Ça devrait être interdit
Tous ces mots tranchants comme des scies
Antidotes à la vie, à l'envie
Mais quelle est sa maladie ?

Elle avait dix-sept ans, elle avait tant et tant de rêves à vivre
Et si peu l'envie de rêver, comme ces gens âgés qui tuent le temps
Qu'ils n'ont plus, assis sur des bancs
Dix-sept ans, elle dérivait à l'envers loin des vérités avérées
Elle disait qui vivra verra, et moi je vivrai, vous verrez !

Méfie-toi de tes amis
Dans la vie pas de sentiment
On ne vit pas avec des si
Y'a les gagnants et les perdants
T'as trop d'imagination
Mais garde un peu les pieds sur terre
Faudra qu'tu t'fasses une raison
Attends, tais-toi, mais pour qui tu t'prends ?

Elle aimait pas les phrases en cage
Être sage, pas le courage
Elle disait quitte à tomber de haut
Qu'elle vendrait chèrement sa peau

Elle avait dix-sept ans
Elle prenait la vie comme un livre qu'elle commençait par la fin
Ne voulait surtout pas choisir pour ne jamais renoncer à rien
Dix-sept ans
Elle était sans clé, sans bagages, pauvres accessoires de l'âge
Elle voulait que ses heures dansent au rythme de ses impatiences

Face à tant d'appétit vorace
Que vouliez-vous que j'y fasse ?
A tant de violente innocence
J'avais pas l'ombre d'une chance
 1. Légalement, les parents sont tenus de gérer leurs enfants, on ne doit pas demander un certificat médical à tout bout de champ, les médecins n'y sont pas tenus. Seuls les examens, ou les CCF obligatoires nécessitent un tel dispositif.

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Offline Nao/Gilles

  • Admin
Mes condoléances à sa famille... :unsure:

Offline Ryō

  • Modérateur
C'est l'une des raisons qui m'ont fait avancer mon départ de Paris, avec le fait que mon collègue et moi étions épuisés, en prenant le train qui partait à 10h28.

... :unsure:

J'ai déjà vécu cette situation et je sais qu'il n'est réellement pas évident de s'en "remettre".


Toutes mes condoléances à la famille.

Tu écris vraiment bien, Ryo.

Toutes mes condoléances à sa famille.